BiBLIQTHEQUE
DE LA
FACULT& DE SVIEDECIME
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90152
ANNALES
MEDICO-PSYCHOLOGIQUES
REVUE PSYCHI ATRIQUE
BULLETIN OFFICIEL DE LA
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
ANNEE 1936
TOME PREMIER
ANNALES MEDICO-PSYCHOLOGIQUES
ANCIENS REDACTEURS EN CHEF :
(1843-1930)
BAJLLARGER, CERISE, LONGET,
BRIERRE DE BOISMONT, MOREAU (de Tours),
LUNIER, FOV1LLE, R1TT1, HenRI COLIN
Redacteur en Chef : Rene CHARPENT1ER
COMITE DE REDACTION :
MM. ABADIE, D. ANGLADE, BEAUSSART, Ch. BLONDEL, CAPGRAS
H. CLAUDE, COURBON, Ach. DELMAS, DEMAY, G. DUMAS, DUPOUy’
EUZIERE, j. HAMEL, Pierre JANET, KLJPPEL, LAIGNEL-LAVASTINe!
LAUZ1ER, J. LEPJNE, LEVY-VALENS1, LHERM1TTE, R. MALLET
MARCHAND, MIGNOT, PACTET, PIERON, POROT, RAVIART, RAYNIER
ROGUES DE FURSAC. SEGLAS. SER1EUX, Th. SIMON TINEl’
TOULOUSE, TRUELLE, VERNET.
ANNALES
MEDICO-PSYCHOLOGIQUES
REVUE PSYCHI ATRIQUE
BULLETIN OFFICIEL DE LA
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
FONDATEUR.
J.BAILLARGER
REDACTEUR EH CHEF:
RENE CHARPENTIER
XVe SERIE — 94e ANNEE — 1936
TOME PREMIER
MASSON e> C|e,EDITEURS
LIBRAIRES DE L'ACADEMIE DE MEDECINE
120. BOULEVARD $AINT-GERMA!N, PARIS
publication periodique
PARA! SCANT 10 FO/S PAR AH
TABLE DES MATIERES
QUINZiEME SER1E - 94* ANNfiE - TOME 1
J ANV1ER-MAJ 1 936
MEMO! RES OR1G1NAUX
Pages
Les aspects familiaux des paroxysmes reflexes du tonus (Contribution
a l’etude des faits de Cataplexie et d’Hypertonie dites affectives et
de leurs relations avec la pathologie constitutionnelle), par M. L. van
. . 1
Nouvelles recherches sur l’acide formique dans le liquide cephalo-
rachidien (d’apres la methods de Toye et Jaulmes), par MX1. J. Hamel,
R. Buisson et M. Chavarot . 28
Une correspondance de Kant sur les rapports de l’Ame et du cerveau
(Premiere traduction franqaise des lettres de E. Kant a S. Th. Soem-
merring), avec une note preliminaire, par MM. W. Riese et A. Reqcet. 44
Anatomo-pathologie et physio-pathologie de l’epilepsie, par H. Steck. 145
Sur trois cas d’hallucinations visuelles chez des cataractes, par MM.
A. Brunerie et R. Coche . 166
Note au sujet des peintures et dessins d’un schizophrene malgache,
parV.-L. . . 1^2
Vitamine C. Precarence et neuro-psychiatrie, parH: Bersot . 187
Hallucinations visuelles et lesions de l’appareil visuel, par MM. J . Lher-
mitte. et J. de Ajuriaguerra . 321
Syndrome psychasthenique et hyperhypophysie (Relations possibles
entre le trouble endocrinien et l’o Mentation des manifestations
psychopathologiques), par MM. C.-I. Parhon, A. Krkindler et E. Weigl. 352
Les tendances actuelles de la psychiatric en Belgique, par M. G. Ver-
meylen . 359
Le syndrome d’Adie en pathologie mentals. Ses rapports avec les
syndromes neuro et psycho-anemiques, par MM. G. Petit et J. Delmond. 497
Ann. Med.-Psych., 15c serie. — Tables du tome I, 1936. a.
ANNEE 1936. — TABLES DU TOME 1
’S^r
Ascaridiose et psychopathie, par MM. G. Gassiot et J. Leclerc .
en Hoii"de> ■»- mm- w-»-
Z£”e.“6 •* "■0“b,“ ^
c““ r1” L™»“d:
Le syndrome de Capgras, par M. Alberto Brochado
Les tendances actuelles de la psychiatrie en Suisse, par M. A . Repond !
520
534
548
554
694
706
718
SOCJETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Liste des Presidents, Secretaires generaux
Psycliologique (1852-1936) .
Bureau pour 1936 .
Liste des Membres .
Tresoriers de ia Societe Medii
52
54
54
Seance du jeudi 9 janvier 1936
Syndrome infundibulaire, trophoedeme et troubles mentaux, par MM
ir . L.OURBON et G. FeUILLET .
Epilepsie generalises. Ralentissement intellectuel et tumeur cerebrals
probable, par MM. R. Anolade et L. Vidart .
Seance du lundi 27 janvier 1936
Allocution de M. Th. Simon, president sortant
Allocution de M. Cl. Vurpas, president .
Adoption du proces-verbal .
Correspondance .
Commission des prix .
Election d'un membre correspondant national .
Commission chargee d’etudier la question des Assistances'sociales
Vitamine C, Precarence et neuro-psychiatrie, par H. Bersot.
L ’assistance aux enfants difficiles ;
E. Minkowski et Mile A. Silz .
Foyer de Soulins, par MM.
87
90
91
91
92
92
TABLE DES MAT1ERES
Exhibitionnisme et acromegalie, par M. J. Picard .
Syndrome d’Adie et syndrome neuro-anemique a type de psychose
polynevritique. Amelioration par la methode de Castle, par MM.
G. Petit et J. Delmond . . ” .
Une nouvelle reaction hypophysaire applicable a la psychose intermit-
tente, par MM. X. et P. Abely, M. et Mme Couleon .
Seance dnjeudi 13 fevrier 1936
Une maratre parkinsonienne, par MM. Paul Courbon et Ch. Feuillet -
Note sur un appareil pour la mesure de l’amplitude des reflexes rotu-
liens, par MM. Tlr. Simon, L. Anglade et Mile P. Petit . .
Hallucinations visuelles projetees et dessinees, symptomes pre- et
post-paroxystiques epileptiques, par MM. L. Marchand, J. Fortineau
et Mile P. Petit .
Symptomes et lesions du systems nerveux vegetatif dans l’alcoolisme
chronique, par M. P. Guiradd, Mine Bonnafous-Sehieux et M. Ch. Nodet
Tentatives de suicide repetees chez un instable deprime, sans travail,
par MM. Laignel-Lavastine, G. d’HEUCQUEViLLE et J.-J. Sambron .
Seance du lundi 24 fevrier 1936
Adoption du proces-verbal .
Correspondance .
Date de la seance du mois d’avril . ♦
Declaration de vacance d’une place de membre tilulaire .
Election d'uu membre correspondant national . .
Election d’un membre associe etranger .
Rapport de la Commission sur les Assistanles sociales .
Syndrome catatonique consecutif a une intolerance au novarseno-
benzol, par M. Aubin . .
Delire d’analogie chez un Hindou, par M. Aubin .
Etude clinique et pathogenique des hallucinations chez les ophtalmo-
pathes, par MM. J. Lhermitte et Ajuriaguerra .
Syndrome d’Adie transitoire, anemie et parkinsonisme fruste au cours
d’une confusion mentals subaigue avec lymphocytose rachidienne,
par MM. G. Petit et J. Delmond .
Procedes de defense sensorielle chez un persecute, par MM. Laignel-
Lavastine, J. Vinchon, G. d’HEUcQUEviLLE et J.-J. Sambron .
Contribution a l’etude pathogenique des formes frustes de neurosy¬
philis. Paludisme et syphilis, par J. Dublineau .
Superinfection syphilitique et formes frustes de neuro-syphilis.
Discussion d’un cas, par J. Dublineau .
Conductibilite electrique du corps humain et dysendocrinie. Un
nouveau test biometrique : la mesure de l’angle de phase (note
preliminaire), par M. Y. Porc’hbr .
Hallucinations visuelles, conscientes et transitoires, par M. Daumezon..
100
106
113
199
203
205
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223
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245
. 249
254
257
AX NEE i936. — TABLES DU TOME I
Seance du ieudi 12 mars 1936
Pages
Gigantisme, terreurs nocturnes et delire d’imagination, par MM. J.
Delmond et L. Anglade . 385
Stereotypie dementielle d’attitude en station sur la tete, par MM. P.
Courbon et C. Feuillet . 390
Etat du fond d’oeil dans 115 cas de paralysie generale traites par le
stovarsol sodique, par M. L. Marchand . 398
Aphasie chez les syphilitiques et paralysie generale. Problemes de
diagnostic et de traitement, par MM. P. Guiraud et G. Ferdiere . 404
Un cas de simulation discute, par MM. H. Claude, P. Sivadon et
A.-P.-L. Beley . 408
Desequilibre mental post-encephalitique. (Perversions sexuelles :
autoerotisme du mollet, fetichisme du soulier, etc.), par MM. H.
Claude, P. Sivadon et J. Ajuriaguerra . . . 412
Une forme particuliere de delire a deux chez un parkinsonien et sa
m&re, par MM. G. Heuyer et Ch. Durand . 416
Seance du lundi 23 mars 1936
Adoption du proces-verbal . 426
Deces de M. le Professeur L. Bouman . 426
Correspondence . 426
A propos des lesions du fond d’ceil chez les paralytiques generaux
traites par la tryparsamide, par M. L. Marchand . 427
Methodes speciales de traitement des maladies mentales, par M.-H.
Roxo . 428
Cyclothymie et dysendocrinie. Essai de traitement d’un cas, par M. J.
Rondi- PIERRE . 429
Paralysie generale et hemorragie meningee : un cas d'hematome
intra-arachnoidien, par MM. Donnadieu et Bargues . 435
Le butyl-ethyl-barbiturate de sodium dans le traitement du delirium
tremens, par MM. Bargues et Grimal . 439
Statistique du service de psychiatrie d’urgence de la Pitie : role des
services ouverts des hopitaux, par MM. Laignel-Lavastine et G.
d'HEUCQUEVILLE . 444
Les crises oculogyres en pathologie mentale, par M. G. Petit . 450
Merycisme dementiel par altruisme morbide, par MM. P. Courbon et
M. Leconte . 463
Seance du lundi 27 avril 1936
Adoption du proces-verbal . 581
Correspondence . . 58!
Election d’un membre correspondant national . 582
Contribution a l’etude des psycho-anemies. Examen psychiatrique de
quatre cas d’anemie de Biermer, par MM. A. Cain et A. Ceillier . 582
Remarques et statistiques sur le service de psychiatrie d’urgence de
l’hdpital Saint-Antoine, par MM. Ph. Pagniez et A. Ceillier . 589
Productions gommeuses survenues chez deux paralytiques ge ne aux
impaludes. Tertiarisation precoee ou tardive, par MM. H. Claude et
FI. Coste . 607
TABLE DBS MAT1ERES
Paraple-ie en flexion d’origine eerebrale chez un paralytique general
traite par les ondes courtes, par MM. H. Claude et FI. Costs .
Delire de gynecopathie interne chez une paralytique generale apres
malarisation, par Mile Cullerre et Mme Edert . . ••
Reactions psychopathiques ebauchees en rapport avec des difficultes
sociales chez des desequilibres, par M. J. Vie .
Folie d’opposition chez un ancien catatonique traumatise cranien et
tabetique. Contribution a l’etude des attitudes d’opposition pseudo-
volontaires par dissociation psychique et psycho-motrice. Leurs
mecanismes psycho-physiologiques. Indications therapeutiques, par
MM. H. Baruk, Cheneveau et Alliez . . .
Seance du jeudi lb mai 1936
Seances de Juillet et Octobre . .
Dipsomanie reactionnelle et periodique, par M. G. Daumezon .
Amnesie retardee dans une intoxication oxycarbonee, par M. G. Dau-
Parkinsonisme post-encephalitique chez un enfant traite par la
methode de Roemer. Resultats peu encourageants, par MM. M. Brissot
Polydactylie chez un imbecile mental. Pouce surnumeraire, MM. M.
Brissot et Delsuc . . . . ; ' ' ' '
Meningite aigue pneumococcique enkystee chez un paralytique general,
par M. L. Marchand, M«* P. Petit et M. J. Fortineau . . .
Neurinome du nerf acoustique. Cecite et troubles psychiques, par
M. L. Marchand . .
Impulsions au suicide chez un vieillard epileptique, par M. P. Couiibon
et M"e S. Rousset . . . .
Impulsion au magnicide revelatrice d’hebephrenie, par MM. P. Courbon
et Fortineau .
Seance da lundi 25 mai 1936
Adoption du proces-verbal .
Correspondance .
Celebration du 3° Centenaire de l’Universite Harvard .
Voeu concernant la protection des malades mentaux .
Rapport sur le memoire presente pour le prix Aubanel .
Rapport sur le memoire presente pour le prix Moreau de Tours .
Rapport sur les Assistantes sociales psychiatriques, par M. J. Vie .
Les Services hospitaliers de psychiatrie dans l’Afrique du Nord
(Algerie et Tunisie), par M. A. . .
Maladie de Biermer et Responsabilite medico-legale (a propos d’une
expertise), par MM. A. Porot et R. Valence .
Syndrome catatonique post-typhique curable, par MM. H. Roger, Albert
Cremieux et J. Alliez .
Les troubles psychiques de la melitococcie, par MM. H. Roger et
Albert Cremieux . . . . . .
Ann. Med. -Psych., 158 serie. — Tables du tonie I, 1936.
Pages
611
613
618
627
738
739
742
746
752
754
760
766
770
776
776
776
777
778
780
783
793
806
810
816
AN NEE 1936. — TABLES DU TOMJS I
Page s
Anxiete chez un deprime hypocondriaque. Heureux effet de la vagoto-
mne, par MM. J. Hamel et R. Buisson . gg3
Nanisme achondroplasique : hyperorchidie ; exhibitions et bestiality
sadique, par MM. Picard et G. Marquet . 827
Syndrome de delire aigu chez un predispose. Succes d’un tra'itement
par le carbone intraveineux, par J. MM. Picard et G. Marquet . 832
SOClETfiS
Society de Neurologie de Paris
Seance du jeudi 9 janvier 1936 . llg
Seance da jeudi 23 janvier 1936 . ......... 123
Seance du jeudi 6 fevrier 1936 . . 263
Seance du jeudi 5 mars 1936 . . 4g7
Seance du jeudi 2 avril 1936 . . 640
Seance du jeudi 7 mai 1936 . g36
Society de Medecine legale de France
Seance du lundi 13 janvier 1936 . 266
Seance du lundi 26 avril 1936 . 643
Seance du lundi 11 mai 1936 . . . . g3g
Society franoaise de Psychologie
Seance du jeudi 27 fevrier 1936 . 267
Seance du jeudi 26 mars 1936 . 643
Seance du jeudi 28 avril 1936 . g44
Society de Medecine mentale de Belgique
Seance du samedi 21 decembre 1935 . 125
Seance du samedi 25 janvier 1936 . 268
Seance du samedi 29 fevrier 1936 . ’ 47g
Seance du samedi 28 mars 1936. . 646
Seance du samedi 25 avril 1936 . 839
Society beige de Neurologie
Seance du samedi 21 decembre 1935 . j27
Seance du samedi 29 fevrier 1936 . 472
Seance du samedi 25 avril 1936 . 839
TABLE DES MATIERES
Groupement beige d’Etudes Oto-neuro-ophtalmologiques
et Neuro-chirurgicales
Pages
Seance da samedi 25 janvier . . 270
Seance da samedi 28 mars 1936 . . . ®^7
VAR1ETES
Academie de Medecim
Asiles Publics d’Alienes :
: Prix a decerner en 1936 .
Nominations .
: Nominations . 140, 313, 425
— Postes vacants . 140, 313, 495
— Distinctions honorifiques .
— Hommage de la Ville de Paris a la memoire de
Magnan .
— Concours pour la nomination a deux emplois de
Medecin-chef de Service dans les Asiles publics
d'Alienes de la Seine . 141
— Un infirmier victime d’un aliene .
— Etablissements d'Alienes classes monuments his-
toriques .
— Necrologie . .
— Legion d’honneur .
— Medaille d’honneur de 1’Assistance publique .
— Concours pour 10 postes de Medecin des Asiles
publics d’Alienes . 313
— Concours pour un emploi de Medecin-chef de
Service de Neuropsychiatrie a l’Hopital civil
francais de Tunis . .
— Asile de Bron .
t Legislation : Un projet de reforme de la loi sur le regime des
malades mentaux en Belgique .
— — L’assistance aux psychopathies non internes....
Faculte de Medecine d’Alger .
Hopital Henri-Rousselle .
Hygiene et Prophylaxie : Inventaire des etablissements destines a la reedu¬
cation des enfants anormaux .
— — L’examen prenuptial aux Etats-Unis .
— — Prochaine creation a Nantes d’un etablissement
d’education de jeunes filles anormales ou arrie-
Assistance e
Reunions et Congre;
La sterilisation en Suisse .
: 2« Congres International d’Hygiene mentale..
316
864
141
141
314
142
142
312
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862
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144
315
143
143
ANNEE 1936.
TABLES DU TOME I
Pages
Reunions et Congres : Premiere conference internationale de pyretothe-
raPie . 143
— — Societe suisse de Psychiatrie . 315
— — Federation internationale des organisations d’Euge-
nique . 315
— — 9e conference des Psychanalystes de langue frangaise. 496
— 92« reunion annuelie de l’American Psychiatric As¬
sociation . 496
— XIe Congres international de Psychologie . 496
— 8e cours international de Haute culture medicale
(Fondation Tomarkin) . 496
Societe Medico-Psychologique : Seances . 138, 312, 495, 687 862
~ — Legion d’honneur . 138 687
— — Diner annuel . 138 312
— — Prix : annee 1937 . 139
“ - - - 1938 . 139
“ “ - - 1939 . 140
Universite de Lausanne . 864
TABLE ANALYT1QUE DES MAT1ERES (D
Abces du oerveau ou ramollissement
cerebral ? (Louis Ramond), 288.
Acrodynie infantile (anatomie patho-
logique de 1’) (Pehu, J. Dechaume
et S. Boncomond), 296.
Action (de 1’) a la pensee (W. Mal-
gaud), 649.
Actualite (F) et les psychoses (J. Levy-
ValensI), 651.
Adie (syndrome d’) et syndrome neu-
ro-anemique, amelioration par la
methode de Castle (Georges Petit
et Jacques Delmond), 106.
- transitoire, anemie et par- ■
kinsonisme fruste, confusion avec
lymphocytose rachidienne (Georges
Petit et Jacques Delmond). 236.
— - (Jean Curveille), 487.
- en pathologie mentale (Geor¬
ges Petit et Jacques Delmont), 497.
Adiposo-genital (syndrome) et acro-
megalie (David), 122.
- . Traitement speciflque. Gue-
rison (J. Lhermitte et Albessah),
837.
Adrenaline (la reaction a 1’) dans un
complexe symptomatique nevrosi-
que (L.-J. Chargarodsky), 299.
Afflectif (modifications de 1’etat) et
deviation de l’equilibre acido-basi-
que (F. Hoff), 681.
Alcooliques (la psychose aigue de
Korsakoff des) (L. Marchand et
A. Courtois), 277.
— (traitement des) et reflexes condi-
tionnels (G. Ichok), 308.
Alooolisme chronique. Symptomes et
lesions du systeme nerveux vegeta-
tif (P. Guiraud, Mme Bonnafous-
Serieux et Ch. Nodet), 211.
• — (l’intradermoreaction a l’alcool
pour le diagnostic d’) (Oreste
Bonazzi), 299.
— . Traitement par le chlorhydrate
d’emetine (Antonio Tena), 308.
— . Traitement des troubles mentaux
par la strychnine (L. Corman et
Paul Horveno), 686.
Algies scapulo-humerales et traite¬
ment par les agents physiques (G.
Chaumet), 310.
Alienes (etude du systeme neuro-vege-
tatif chez les) (Giorgio Sandor),
854.
Alzheimer (maladie d’) (D. Roths¬
child), 279.
Amnesie retardee dans une intoxica-
. tion oxycarbonee (G. Daumfzon),
742.
Amputations (des) an point de vue de
la mortalite, de la technique et de
la physiologie (Rene Leriche), 137.
Analgesie hysterique (Quercy et He-
douin), 653.
Anemie aigue (survie et reviviscence
des centres nerveux apres) (C. Hey-
mans), 472.
— de Biermer. Les psycho-anemies
(Andre Cain et Andre Ceillier), 582.
Angiographie (technique de 1’) cere-
brale (Egas Moniz), 287.
Angiomatose du systeme nerveux cen¬
tral et de la retine (W. Putschar),
667.
Annee psychologique (P) (Henri Pie-
ron), 482.
Anxiete (F) (Henry Harris), 130.
— chez un deprime hypocondriaque.
Heureux effet de la vagotonine (J.
Hamel et R. Buisson), 823.
Anxieux (traitement des etats) par
l’hyposulfite de magnesium (Fausto
Guerner et E. de Aguiar Whita¬
ker), 306.
Aphasie de Wernicke chez une syphi-
litique (J. Heernu), 268.
— dite parietale (Niessl von Mayen-
dorf), 853.
(1) Les chiffres en caracteres gras correspondent aux Memoires originals et aux Commd-
sications a la Societe Mcdico-Psychologiquc .
ANNEE 1936. — TABLES DV TOME I
Arachnoi'dites primitives sans lesions
medullaires (Barbie), 119.
■ — opto-chiasmatiques (Pierre Puech
et D. Mahoudeau), 668.
Armee. Mesures de protection a l’egard
des pervers (Georges Fromaget),
846.
Ascaridiose et psychopathie (G. Gas-
siot et J. Leclerc), 534.
Assistance aux enfants diiliciles au
Foyer de Soulins (E. Minkowski et
Mile Silz), 92.
Assistantes sociales psychiatriques
(Jacques Vie), 783.
Astrocytomes du vermis chez l’enfant
(Guy Loisel), 686.
Atrophies optiques d'origine syphili-
tique (la pyretotherapie dans les)
(Luis Sanchez-Bulnes), 309.
Audition (la duree de la perception
osseuse dans F) (G. Hicguet), 647.
Autoevisceration consideree comme un
crime (Triqueneaux), 839.
Autohemotherapie et meningites asep-
tiques dans les affections toxi-infec-
tieuses chroniques du nevraxe (M.
Boschi), 135.
Basophilisme de Cushing, formes
frustes (F. Turyn), 303.
Biermer (maladie de) et responsa-
bilite medico-legale (A. Porot et
R. Valence), 806.
Brome sanguin dans les psychoses
(T. J. Hennely et E. D. Yates), 682.
— sanguin dans la crise oculogyre
du parkinsonisme post-encephali-
tique (Guiseppe Aragona), 682.
— (augmentation du) sanguin en
rapport avec les crises d’epilepsie
Guiseppe Curti), 682.
C
Canal vertebral (la situation des seg¬
ments medullaires dans le) (E.
Hintzsche et P. Gisler), 295.
Cancer et maladies mentales (Gui¬
seppe Bianchi), 131.
— (syndrome metastatique aigu me-
dullaire dans le) (G. Roussy, J. Lher-
mitte et Rene Hdguenin), 469).
Cap gras (syndrome de) (Alberto Bro-
chado), 706.
Caractere (introduction a une science
du) (Ch. Baudouin), 282.
Caricature (la) medicale (A. Weber).
474,
Cataplexiques (crises) et anomalies
de caractere (de Busscher, Martin
et van Bogaert), 473.
Catatonie (la). (P. Meignant), 272.
— (la) experimentale (F. d’HoLLAN-
der et Cb. Lavista), 470.
Catatonique (syndrome) consecutif a
une intolerance au novarsenobenzol
(Aubin), 225.
— (folie d’opposition chez un ancien)
traumatise cranien et tabetique (H.
Baruk, Cheneveau et Alliez), 627.
— (syndrome) post-typhique curable
Henri Roger, Albert Cremieux et
Joseph Alliez), 810.
Cellule nerveuse (degenerescence amy-
loide de la) (L. Marchand), 673.
Centres cortico-oculogyres (G.-E. Jay-
le), 675.
— encephaliques de regulation des
fonctions vegetatives (L. Rigcitelli),
680.
Cephalo-Rachidien (Liquide). Recher-
ches sur l’acide formique (J. Hamel,
R. Buisson et M. CIiavarot), 28.
- — et Sang. Recherche du virus
tuberculeux chez les dements pre-
eoces (Beerens), 126.
- chez les syphilitiques. Indi¬
cations therapeutiques (A. Sezary),
- - — . Pouvoir amylolytique (Nor¬
man Moulson), 302.
- — dans l’epilepsie (Spirito Ca-
gliero), 302.
- — . Taux de cholesterine (F.
Plaut et H. Rudy), 683.
- — . Presence de cellules cance-
reuses (H. Bertha), 684.
Cerveau (les modifications du) dans
1’alcoolisme chronique et la psy-
chose de Korsakoff (Francis James
Warner), 296.
— (1’activite electrique du) (Tomasso
Senise), 298.
— d’un savant hiologiste et medecin
(R. Anthony), 859.
Cervelet (les tumeurs du) et du IV"
ventricule. Troubles labyrinthiques
(Aubry et Jean Lereboullet), 836.
— (cholesteatome du) (P. Divry), 840.
— (hemiaplasie du) (Stanislaw Macki-
WIEGG), 861.
Chlorure de Sodium en injections in-
traveineuses hypertoniques dans
1’epilepsie et la schizophrenic (I.-M.
Slivko et Mme K.-P. Krijanows-
kaia), 307.
Cholesterinemie (relations entre la) et
la cholesterinorachie (F. Plaut et
H. Rudy), 683.
Choree chronique non huntingtonien-
ne. Incrustations des cellules cor-
ticales (J. Lhermitte et J.-O. Trel-
les), 124,
TABLE ANALYTIQUE DES MAT IE RES
— fibrillaire de Morvan, acrodyni
infantile et troubles psychiques
(Henri Roger et Joseph Alliez),
— (troubles psychiques du type « acai-
ria » dans la) de Huntington (0.
J. Volforski), 856.
— atypique chez un sujet hysterique
(Renato Cristini), 856.
Ciroonvolutions calleuses chez les Ja-
ponais (Kintaro Watanabe), 294.
Claude-Bernard-Horner (Syndrome de)
par blessure intra-orbitaire (Lai-
gnel-Lavastine et Jean Voisin), 119.
Coma hypercalcemique experimental
(J. A. Collazo et A. Santoz Ruiz),
299.
Commissure calleuse (agenesie com¬
plete de la) (G. de Morsier et J.-J.
Mozer), 294.
Conductibilite electrique du corps
humain et dysendocrinie (Yves
PORC’HER ), 254.
Confusion mentale (forme delirante de)
due a une pyohemie a colibacilles
(Desmedt), 269.
Convention et nature psycnologique
(E. Dupreel), 284.
Crane (augmentation considerable du
volume du) chez une adolescente ;
troubles psychiques et epilepsie
(H. Baonville, J. Ley, A. Meyers et
J. Titeca), 125.
— les perturbations psychiques chez
les blesses du) (J. Nelken), 660.
— (blessure du) par arme a feu. Am-
nesie (J. Handelsman et J. Nelken),
661.
Crepusculaires (les etats), leur genese
et leur structure (N.-M. Krol et
E.-M. Bonnegarde), 279.
Crime et Chatiment (Angel Garma),
310.
Cryptoooocus histolyticus (infection du
systeme nerveux par le) V. Tron-
cini), 299.
Cysticercose cerebrale (Monier-Vinard
et Weil), 641.
— cerebrale (anosognosie de cecite
dans un cas de) (Mme H. Joz), 667.
D
Debile mental (insuffisance motrice
avec syndrome myotonique chez
un) (Divry et Evrard), 127.
Delinquance repetee et identiquement
renouvelee (E. Gelma), 643.
Delire d’analogie chez un Hindou (Au-
jbin), 228.
— a deux chez un parkinsonien et
sa mere (G. Heuyer et Charles Du¬
rand), 416.
— de gynecopathie interne chez une
paralytique generale apres malari-
sation (Mile Cullerre et Mme
Edert), 613. '
— d’imagination et Mythopianie (Luis-
ce Levi), 653.
— aigu (syndrome de) chez un pre¬
dispose (J. Picard et G. Marquet),
832.
Delirium (etude clinique du) Desmond
Curran), 281.
— tremens. Traitement par le butyl-
ethyl-barbiturate de sodium (Bar¬
ques et Grimal), 439.
Demence infantile (W. Lopez Albo),
273.
— presenile (H. Baonville, J. Ley et
J. Titeca), 471.
Demence pr^coce (la) et les etats schi-
zophreniques (Henri Ey), 132.
Demences (les) chez l’enfant (Gilbert
Robin), 274.
Dementiels (troubles). Signe d’Argyll-
Robertson sans syphilis nerveuse
(J.-A. Barre, Mile S. Rousset et
C. d’ANDRADE), 124.
Dengue (psychoses de la) (Nic M. Ar-
calides), 654.
Depersonnalisation dans les maladies
cerebrales (B. Frank), 131.
Dercum (maladie de) avec troubles
mentaux predominants (Vermeylen
et Heernu), 840.
Dermatoses pellagroides chez les ma-
lades mentaux (Paul Reiter et
Jakob Jakobsen), 481.
Desequilibre mental post-encephaliti-
que (H. Claude, P. Sivadon et J.
Ajuriaguerra), 412.
Desequilibres (reactions psychopathi-
ques ebauchees en rapport avec des
difficultes sociales chez des) (J. Vie),
618.
Diatete (facteurs psychologiques dans
l’etiologie du) (VV. C. Menn-inger) ,
858.
Diagnostie difficile (P. Martin et L. van
Bogaert), 473.
Dipsomanie reactionnelle et periodi-
que (G. Daumezon), 739.
Doliohostenomelie, maladie de Marfan
(Mme M. Roudinf.sco), 266.
Donaggio (reaction de) en psychiatrie
(G. Ciafaloni), 881.
- 1 — dans les urines (Ciampi et
Bruno), 681.
Droit (le) penal allemand, 493.
Dure-mere spinale (pathologie de la)
(E. Rutishauer), 676.
- (adeno-epitheliome metastati-
que de la) (G. Marinesco et M.
Goldstein), 677.
ANN EE 1936. — TABLES DU TOME 1
Dysplasies neuro-ectodermiques conge-
nitales (L. van Bogaeiit), 663.
Dystasie areflexique hereditaire (Gus¬
tave Roussy et Gabrielle Levy), 289.
E
Eclampsie. Etude anatomo-clinique
(Alajouanine et Hornet), 123.
Ecorce cerebrate (les phenomenes elec-
triques de 1’) (Mario Gozzano), 298.
- — (etat penetre de 1’). Troubles
circulatoires du cortex (Alajouani¬
ne, Th. Hornet et R. Thuhel), 641.
Embolies gazeuses (manifestations
encephaliques des) (J. Lhermitte),
663.
Encephale (les parasites de 1’) (Mme
A. A. Mirotvorskaia), 2,90.
— de l’embryon et du foetus. Teneur
en calcium et en potassium (R. J.
Landa-Glaz), 299.
Encephalite japonaise ; anatomo-pa-
thologie (Ivan Berthand et K.
Miyashita), 12.1.
— guanidinique (Antonio Gomez Mar-
cano), 296.
Encephalite epidemique. Hallucina¬
tions visuelles et troubles de la
perception (Mme E. L. Kaganow-
skaia), 276.
- - (psychoses de 1’) chronique (R.
Helsper), 276.
- . Unite ou plurality ? (Robert
Clement), 849.
— — . Les sequelles oculaires tardives
(F. Terrien), 849 ; (M. Teulieres et
J. Beauvieux), 850.
- . Mouvements associes de la lan-
gue controles par l’effort volontaire
(Melbourne J. Copper), 850.
Encephalo-myelite subaigue consecuti¬
ve a la vaccination Antiamarile
(J. Lhermitte et Fribourg-Blanc),
264.
Endocrinologie (Noel Fiessinger), 489.
Enfants (compagnons imaginaires des)
(Margaret Svendsen), 283.
Epilepsie generalisee. Ralentissement
intellectuel et tumeur cerebrale
probable (R. Angladi; et L. Vidart),
77.
— . Anatomo et Physiopathologie (H.
Steck), 145.
— experimental© du chien (E. M.
Steblow), 297.
— extrapyramidale avec crises pseu-
do-emotives et polyurie paroxysti-
que (Baruk et Pommeau-Delille),
640.
— post-malariatherapique (Alexander
et J. Titeca), 646.
— (metabolisme de l’eau dans 1’)
(A. Neri), 682.
Epileptiques (etat mental des) (Edward
M. Bridge), 279.
— (etudes en serie de 1’intelligence
chez les) (Joseph Fetterman et
Margaret R. Barnes), 279.
— (variations cholesterinemiques et
desequilibre du metabolisme lipoi-
dique chez les) (L. Jacchia et G.
Fattovitch), 302.
Etudes neurologiques (Georges Guil-
lain), 483.
Evolution (la notion d’) et les rap¬
ports de la mentalite primitive
avec la psychopathologie (P. Rube¬
ns ovitch), 652.
Excitation (etats d’) post-operatoires
(Wendell Muncie), 277.
Exhibitionnisme et acromegalie (Jean
Picard), 100.
Faux du cerveau (les calcifications de
la) (James Ferraz Alvim), 289.
Fievre (le facteur endocrino-sympa-
thique dans le mecanisme de la)
(Albert Salmon), 303.
Flechisseurs de la main. Reaction
myotonique isolee (G. Heuyer, Mme
Roudinesco et Mme Lesueur), 836.
Flexion de la tete (le signe de) (F. Th.
Munzer), 664.
Fractures de la base du crane. Indi¬
cations therapeutiques precoces (Ch.
Lenormand), 137.
Friedreich (maladie de) et heredo-
ataxie cerebelleuse. Le feutrage
arachnoidien posterieur (Th. Ala¬
jouanine, Th. Hornet et R. Andre),
641.
t - — et affections lieredo-degene-
ratives. Etude des fonctions coch-
leaires (Georges Guillain, P. Mol-
laret et M. Aubry), 670.
Frontale (les lesions de la troisieme)
gauche sans aphasie (Marcos Vic¬
toria), 290.
G
Genetique et psychanalyse (W. Bisch-
ler), 662,
Genie (le) et le bonheur (Henry Har-
peii-Hart), 286.
Gigantisme, terreurs nocturnes et de¬
lire d’imagination (Jacques Del-
mond et Louis Anglade), 385.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES
Glande pineale (tumeurs de la) sans
signes de localisations (Schaeffer,
Th. de Martel et Guillaume), 266.
Goitre et maladie mentale (P. Cop¬
pola), 304.
— a forme toxique. Anamnese (Agnes
Conrad), 304.
— de la puberte (E. B. del Castillo
et J. Argonz), 304.
— exophtalmique (simulation d’une
atrophie musculaire par) (J. B.
Ayer, J. H. MIeans et J. Lerman),
305.
Gratitude (la) chez les enfants et les
adolescents (Franziska Baumgar-
ten), 845.
Groupes sanguins (la differentiation
psychique par rapport aux) (V.
Tomaszewski) , 300.
H
Hallucinations visuelles chez les cata-
ractes (A. Brunerie et R. Coche),
166.
— visuelles projetees et dessinees (L.
Marchand, J. Fortineau et Mile P.
Petit), 205.
— chez les ophtalmopathes (Lher-
mitte et Ajuriaguerra), 232, 321.
— visuelles, conscientes et transitoi-
res (Daumezon), 257.
— auditives verbales. Examen audio-
metrique (Ferdinand Morel), 520.
— (recidive d’) apres une hemorragie
(Vurpas et Fabre), 644.
Hemianopsie binasale (A. Baudouin,
Pierre Halbron et M. Departs), 289.
Hemibulbaire (syndrome) associe a
une paralysie croisee du pathetique
(Levy-Valensi, Justin-BEZANQON et
G. Tilitcheef), 468.
Hemiplegie par embolie gazeuse due a
un pneumothorax (J. Tinel et M.
Jacquet), 263.
— a debut progressif (Louis Ramond),
291.
— a la suite d’hemorragie et de tam-
ponnement de la region carotidien-
ne (H. Callewaert), 473.
Hemorragie meningee chez un hemo-
phile (W. Lopez Albo), 293.
— sous-durale tardive (M. W. Ster¬
ling et M. Wolff), 853.
Hippocrate philosophe (M. Klippel),
129.
Histoire illustree de la Medecine (Rene
Dumesnil), 847.
Hydrocephalies (les) d’origine optique,
accidents meninges otogenes (Ro¬
bert Bourgeois), 486.
Hyperpnee (Laruelle et L. Massion),
473.
Hypertension intrarachidienne post-
traumatique par exostose de la
voute (P. Masquin), 266.
Hypertonie paroxystique emotionnelle
(Max Levin), 272.
Hypnotisme (concepts fondamentaux
de 1’) (Americo Funk), 858.
Hypophysaire (nouvelle reaction) ap¬
plicable a la psychose intermittente
(X. et P. Abely, M. et Mme Cou-
leon), 113.
Hypopbyse et diabete (Leon Binet),
304.
Hypothalamus (P) (G. Roussy et M.
Mosinger), 675.
— . Alterations des noyaux de la base
dans l’alcoolisme (A. Cacchione),
675.
Hysterie (le probleme actuel de 1’)
(H. Codet), 857.
Ictus apoplectiforme suivi d’acalculie,
dyslexie et dysgraphie chez un
polyglotte (Jacques Ley), 841.
Idiotie (la psychose catatonique pri¬
mitive de D (C. J. C. Earl), 132.
— familiale amaurotique juvenile
(R. M. Norman), 855.
Illusion des amputes (Quehcy et de
Boucaud), 653.
Impulsion au magnicide revelatrice
d’hebephrenie (P. Courbon et For¬
tineau), 770.
Inoonscient (le cycle de 1’) (Emile
Lubac), 650.
Index phytotoxique (P) dans la schi¬
zophrenic (William Freeman, Jo¬
seph M. Looney et Rose R. Small),
300.
Indigence (P) intellectuelle (Evvald),
i3l.
Infarctus du poumon d’origine embo-
lique. Role du systeme nerveux
vaso-moteur (J. Delarue, L. Justin-
Bezanqon et P. Bardin), 676.
Infundibulaire (syndrome), trophoede-
me et troubles mentaux (Paul Cour¬
bon et G. Feuillet), 73.
— (syndrome) avec phenomene de
depersonnalisation (Lhermitte et
Albessar), 469.
Innervation antagoniste systematique
et irreductible (Ed. Beck), 852.
Instrument (l’usage de P) chez les
singes (P. Guillaume et I. Meyer-
son), 284.
Insuline. Valeur therapeutique dans
certains troubles ovariens (O. Pou-
lain-Landrieu), 309.
b .
Ann. Med.-Psych., 15e serie. — Tables du tome I, 1936.
ANNEE 1936. — TABLES DU TOME I
Intoxication oxycarbonee avec legere
hemorragie meningee et troubles
mentaux tardifs (H. Baonville,
J. Ley et J. Titeca), 471.
Ironie (!’) (Vladimir Jankelevitch).
Jalousie et erotomanie (Henri Claude
et Daniel Lagache), 643.
Kant (eorrespondance de) sur les rap¬
ports de Fame et du corps (W
Riese et A. Requet), 44.
Lag“dry (maladie de) (Callewaert)
Laurence-Moon (syndrome de) (Lher-
mitte et Bollack), 265.
Lemniscus lateral (la region du) et ses
commissures (A. Gerebtzoff), 27 o'
Lobe frontal. Ablation partielle sans
troubles de Fequilibre (A. Thomas,
Th. de Martel et Guillaume), 120.
— prefrontal (symptomes du) (Egas
Moniz et Almeida Lima), 468.
— parietal. Physiopathologie et syn¬
dromes anatomo-cliniques (Rouue
Orlando), 674.
(tumeurs du) frontal. Le syndrome
akinetico-hypertonique (Paolo Otto-
NELLO), 851.
Logique (la) vivante de l’esprit ensei-
2846 Par 16 laUgage (E‘ PlCH0N).
Logopedie (la) des aphasies (A. A.
Florensky), 853.
Magnesium (I’hyposuliite de) en the-
rapeutique ^ psychiatrique (Maurice
Malades agites (le sang des) non sou-
mis a un traitement par la diethyl-
malonyluree (A. Leroy), 126.
Maladie (politiques morbides de la)
(Montassut), 652.
Maladies mentales (1’auto-epilation dans
les). (Guido Garnevali), 282.
- (la pyretotherapie chimique dans
les) (Ricardo Bordas-Jan£), 309.
(la natalite dans certains grou-
pes de) (Erik Essen-Moller), 480.
• L’index-tyrosine de polypepti-
demie (P. Tomesco, N. Gruia Tones-
co et P. Con stantinesco) , 548.
~~ (desequilibre vago-sympathique
dans les) (Henrique Roxo), 654.
; (syndrome interparietal dans
les) (M. Gurewitsch), 661.
Malariatherapie (Guerison durable d’un
cas d’asthme bronchique avec la)
(Charles Costanzi), 310.
Maniaque-depressive (Psychose). Re-
cherches anatomo et histopathologi-
ques (Fr. Meyer), 295.
~ endogene; metabolisme hydro-
carbone (Jose M. Sacristan), 300.
“ et folies discordantes (Julien
Rouart), 475.
Marihuana (la). Nouveau procede d’in-
toxication par le chanvre indien
(Walter Bromberg), 278.
— (troubles mentaux par l’intoxica-
tion aigue par la) (Samuel Ramirez-
Moreno), 278.
iuastoidites (signes neurologiques dans
les) (J. M. Nielsen et Cyril B. Cour-
ville), 288.
Medecine et Education (M. Pehu, G.
Mouriquand, J. Froment, P. Mazel,
A. Feyeux, A. Jouve, A. Mestrallet,
R.-P. Jacquet et Rene Biot), 490.
Medicaments sympathicolytiques (Rav¬
in ond Hamet), 136.
Melitococcie (les troubles psychiques
de la) (Henri Roger et Albert-CRE-
mieux), 816.
Memoire (la). Psychogenese et patho-
genese (M, Dide), 285.
Meninges (modifications des) dans cer-
tames maladies du systeme nerveux
eentral (Alajouanine et Hornet),
Meningiomes cerebraux (L. Puusepp),
de la petite aile du sphenoide
66^8 FCe* Eavid et Mahoudeau),
Meningite aigue lymphocytaire beni-
|g| (Fernando de Oliveira Bastos),
- aigue aacpLique i,nenry
James W. Watts), 293.
— sereuse evoluant sous forme de
tumeur du cerveau (V. G. Lazarev
et B. Leibovitch), 669.
— sereuse de la poliomyelite et me-
nmgite tuberculeuse (B. Tassovatz),
— lymphocytaire (Laurent Pinelli et
Pierre Ventre), 669.
’ . a'Su® pneumococcique enkystee
chez un paralytique general (L.
Marchand, Mile P. Petit et J. For-
tineau), 754.
TABLE AN ALYTIQUE DES MATIERES
— pneumococcique traumatique
(Evraiid), 842.
Meningites a pneumocoques (traite-
ment biologique des) (Alfredo Cas-
toldi), 309.
— infectieuses. Clinique et anatomo-
pathologie (G. G. Sokolanski et
E. N. Kovalov), 669.
— (les) sont plexogenes (K. Lewko-
wicz), 677.
Meningococcies (les) (R. L. Golberg),
293.
Merasthenie paroxystique de nature
psychonevrosique (E. Gelma et P.
Chavigny), 264.
Merycisme dementiel par altruisme
morbide (Paul Courbon et Maurice
Leconte), 463.
Mesencephalite (tableaux cliniques
pseudo-schizophreniques dans la)
(Th. Detenhoff), 856.
Metabolisme avant et pendant la mor-
phinisation (H. Birkhauser), 680.
Miction (les troubles de la) en patho-
logie nerveuse (Th. Alajouanine et
R. Thurel), 288.
Migraines (traitement des) (Pasteur
Vallery-Radot), 136 ; (Pasteur Vai.-
lery-Radot et Jean Hamburger),
485.
— allergiques (Jean Hamburger), 664.
Miller (delire de). Etude comparee de
la psychologie des foules (Simon
Stone), 281.
Moyens biologiques (action des) sur
les processus biologiques (G. E.
Richter), 306.
Myasthenie bulbo-spinale et paraly-
sies oculaires periodiques (Henri
Schaeffer), 667.
Myelite compliquant la grossesse et
l’accouchement (S. A. Freiman), 134.
Myeloses funiculaires (A. Austregesi-
lo), 134 ; (Jairos Ramos), 671.
Myoclonies rythmees et myoclonies
squelettiques (0. Chouzon et Jean
Christophe), 120.
— velo-pharyngo-laryngees (J. De-
reux), 467.
— velo-palato-linguales et des globes
oculaires (Helsmoortel et L. van
Bogaert), 647.
— (de Savitsch), 647.
Myoclonique (le syndrome) synchrone
et rythme velo-pharyngo-laryngo-
oculo - diaphragmatique (Georges
Guillain et Pierre Mollaret), 665.
Myoneurale (zone de jonction) ou pla¬
que motrice (R. Noel et B. Pomme),
673.
Myotonie atrophique (Cas atypique
de) (L. Masshon-Verniory), 127.
N
Nanisme achondroplasique (J. Picard
et G. Marquet), 827.
Narcolepsie (la) (Pasquale Penta), 848.
— (le rdle du cortex cerebral dans la)
(Max Levin), 849.
Nerf (modifications fonctionnelles du)
au cours de la degenerescence wal-
lerienne (Jean Titeca), 663.
Neurinome du nerf acoustique. Cecite
et troubles psychiques (L. Mar-
chand), 760.
Neurinomes multiples (P. Sainton et
J. Lhermitte), 123.
Neurofibromatose (compressions me-
dullaires dans la) (O. Crouzon et
J. Christophe), 134.
Neurologie (R. Monier-Vinard), 484.
Neurologue (la formation du) (Perci-
val Bailey), 286.
Neuro-myelite optique (Cestan, Riser
et Planques), 292.
- optique autonome (Halbron,
Levigne et Klotz), 642.
Neurosyphilis (pathogenie des formes
frustes de). Paludisme et syphilis
(J. Dublineau), 245.
— (formes frustes de) et superinfec¬
tion syphilitique (J. Dublineau),
249.
Nevralgie essentielle et paroxystique
du grand nerf d’Arnold. Traitement
chirurgical (F. Ody), 137.
— du glosso-pharyngien guerie par
l’alcoolisation (G. Guillain et M.
Aubry), 265.
— du glosso-pharyngien et son trai¬
tement (D. Petit-Dutaillis et P.
Schmite), 672.
Nevralgies du trijumeau (J. Hague-
nau), 672.
Nevrite hypertrophique progressive de
l’enfance. Cas anatomo-clinique aty¬
pique (A. Souques et Ivan Ber¬
trand), 135.
Ncvroglie humaine (V. Tronconi), 859.
— (alterations de la) dans la me-
ningo-encephalite tuberculeuse, 860.
Nevrose du systeme vegetatif pendant
la compression oculaire (R. A.
Schwob et Marcel Monnier), 264.
— et criminalite (M. Muller), 494.
Nevroses (classification des) (P. Har-
tenberg), 857.
O
Obsedes (psychologie et physiologie
des) (Henry M. Gallot), 478.
Oculogyres (les crises) en pathologie
mentale (Georges Petit), 459.
ANNEE 1936.
TABLES DU TOME I
Oligodendrogliome de la base du cer-
veau (Divry et Ewrard), 269.
Ophtalmoplegies familiales (Crouzon,
Christophe et Mme Braun-Vallon),
667.
Osteo-arthropathies vertebrates tabe-
tiques (Th. Alajouanine et H. Thu-
rel), 135.
Paget (maladie osseuse de). Compres¬
sion medullaire et restauration ope-
ratoire (Cl. Vincent, L. Langeron,
J. Dereux et L. Lemaitre), 641.
Paludisme (existe-t-il un virus filtra-
ble du parasite du) ? (B. Spagnoli),
301.
Para-hypophysaires (affections chirur-
gicales) a symptomatologie ophtal-
mologique (P. Martin), 648.
Paralysie flasque au cours d’un can¬
cer de la prostate (Lhermitte et
Beaudoin), 125.
— ascendante de Landry. Clinique et
histopathologie (J. N. Korganow),
135.
— due au serum antidiphterique et
paralysies diphteriques (J.-A. Gha-
vany, F. Thiebaut et S. Thieffry),
468.
Paralysies d’origine centrale. Trou¬
bles vaso-moteurs (Paul C. Bucy),
664.
Paralysie generate senile (Adanto
Bothelo), 280.
- (la) au Bresil et dans d’autres
pays (Ivanasso Seuisse), 280.
- . Negativite du liquide cephalo-
rachidien (Mariano Fontana), 301.
- . 115 cas traites par le Stovarsol
sodique (L. Marchand), 398.
- et aphasie chez les syphilitiques
(P. Guiraud et G. Ferdiere), 404.
- et hemorragie meningee '(Don-
nadieu et Bargues), 435.
— ■ — (tableaux cliniques schizophre-
niques dans la) (I. Somogyi et L. V.
Angyal), 659.
- des tabetiques (A. Sezary et H.
Gallot), 659.
- (les plexus choroi'des dans la)
(M. B. Ubaldo), 677.
Paralytiques generaux (la forme clini-
que dans la production des remis¬
sions chez les) (Alex Obregia, Alfred
Dimolesco et Alex Vasilesco), 280.
- (etats affectifs des) (Purcell G.
Schube), 281.
- (lesions du fond d’ceil des) trai¬
tes par la tryparsamide (L. Mar¬
chand), 427.
— — (productions gommeuses chez
deux) impaludes (Henri Claude et
FI. Coste), 607.
- avant et apres le traitement
malarique (M. Weissfeld), 659.
— < — (les pigments neuroferriques
dans l’encephale des) (Carlo Pana-
ra), 678.
Paraplegie en flexion d’origine cere-
brale chez un paralytique general
traite par les ondes courtes (Henri
Claude et FI. Coste), 611.
— pottique (E. Sorrel et Mme Sor-
rel-Dejerine), 641.
— obstetricale avec myelomalacie (G.
Hoerner), 676.
Parkinson (maladie de) et syphilis
(H. Schaeffer et Rene Bize), 850.
- familiale (M. Nagy), 851.
Parkinsonienne (une maratre) (Paul
Courbon et Ch. Feuillet), 199.
Parkinsonisme post-encephalitique (le
traitement du) (R. Ley), 127.
— post-traumatique chez un ancien
encephalitique (Tinel), 469.
— post-encephalitique. Anatomie pa-
tologique (S. Messing), 679.
— . Recherches electro-myographiques
(E. Miserocchi), 684.
— post-encephalitique chez un en¬
fant traite par la methode de
Roemer (M. Brissot et Delsuc), 746.
— manganique (Louis Lyon-Caen et
Andre Jude), 851.
Peines (de la legalite des) (J. Cons¬
tant), 492.
Perivascularites (les) dans les affec¬
tions nerveuses inflammatoires (Ivan
Bertrand et K. Miyashita), 125 et
— degeneratives (Ivan Bertrand et
Miyashita), 125.
Persecute (Precedes de defense senso-
rielle chez un) (Laignel-Lavastine,
Jean Vinchon, Georges d’HEUCQUE-
ville et J.-J. Sambron), 242.
Peste (la) d’Athenes (J.-P. Beteau),
475.
« Phenom^ne d’obstacle # de Donaggio
dans l’epilepsie (L. Cabitto), 301,
Phobies (M. Schaechter), 653.
Pick (maladie de) (E. Becker), 678.
- . Exploration encephalographi-
que (B. Spagnoli), 854.
Plasticite (la) des mots et la cohesion
du discours (Pkzylusiii), 285.
Pneumonie chez les enfants. Syndro¬
mes encephalo-meninges et abdo-
minaux (P. Nobecourt), 288.
Polydactylie chez un imbecile (M. Bris¬
sot et Delsuc), 752.
Polyglobulie et psychonevroses hyste-
riques (G. Bravetta), 682,
Polynevrite neuro-anemique des mem-
bres superieurs (H. Roger et Jean
Olmer), 122.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES
— (association de) nephrite et cram-
pes (J. Dereux et J. Titeca), 641.
— tuberculeuse (Carlos F. Cardenas,
Francisco J. Menendez, Emilio Soto
Pradera, Sidney Orret et Augustin
M. Abril), 672.
Profils psychologiques de Vermeylen.
Une presentation nouvelle (F. Fish-
gold), 284.
Prophylaxie (la) criminelle et les psyL
chiatres (L. Vervaeck), 269.
Psvchanalyse (ce que la clinique fran-
caise a retenu de la) (A. Hesnard),
662.
Psyohasthenie et psychose depressive
(P. Armenise), 275.
_ avec acces hysteroides ou simula¬
tion (L. Ballif, Ch. Ballif et E. Gli-
noer), 857.
Psychasthenique (syndrome) et hyper-
hypophysie (C.-I. Parhon, A. Kreind-
ler et E. Weigl), 352.
Psychiatrie (la) dans ses rapports
avec la psychopathologie de 1 en¬
fant (G. Vermeylen), 268.
— (tendances actuelles de la) en Bel¬
gique (G. Vermeylen), 359.
— (tendances actuelles de la) en Hol-
lande (W.-M. van der Scheer et
W. Hemmes), 554.
— hindoue ancienne (R. F. G. Mul¬
ler), 651.
— (tendances actuelles de la) en
Suisse (A. Repond), 718.
Psychologie (la) experimentale et
comparee (Pierre Janet), 481.
Psychonevroses (les associations motri-
ces dans les) (Clarke H. Barnacle,
Franklin G. Ebauch et Frederik
LemeRe), 858.
Psychopathologie collective (H. Clau¬
de), 651.
Psychose typhique (Manuel-M. Cabe-
za), 276.
— puerperale a evolution demen-
tielle, guerison brusque par fievre
spontanee (Daelman), 471.
— associee a une tumeur cerebelleuse
de la ligne mediane (Leo Stone et
William G. Menninger), 856.
Psychoses symptomatiques (le pro-
bleme des) (I. Gottschick), 130.
— depressives. Etudes cliniques des
differents types (Paul Schilder),
274.
— endogenes atypiques et recherches
familiales (K. Leonhard), 275.
— affectives prodromiques de Pence
phalite epidemique et des syndro
mes parkinsoniens (Tomasso Seni
se), 275.
— seniles. Etiologie et pathogenie (F.
Colapietra), 280.
— associees aux alterations probables
de l’hypothalamus (Milton-L. Mil-
— de la menopause (Hoven), 471.
— et cecite (Heernu et Baudoux), 646.
Pupille excentrique et neo-formation
basilaire (Garcin), 122.
Q
Quincke (maladie de). Paralysie reci-
divante des nerfs craniens (J. Pinc-
zeweski et W. Stein), 666.
R
Rachis (tumeur du) secondaire a un
kyste du thorax (Th. de Martel,
Guillaume et Thurel), 836.
Racines rachidiennes posteneures (les
fibres motrices intramedullaires des)
(Andre Barbe), 860.
Radiculo-nevrite avec hyperalbuminose
cephalo-rachidienne (Georges Guil-
lain), 642. . .
Ramollissement hemorragique d ongi-
ne veineuse chez un enfant (J. Lher-
mitte, J. Lereboullet et Kaplan),
124- , ,
— (le) laminaire de l’ecorce cerebrale
(Th. Alajouanine et Th. Hornet),
Ramollissements (conservation des cou¬
ches superficielles du cortex dans
les) (Alajouanine, Hornet et Thu-
rel), 467.
Recklinghausen (maladie de) associee
a d’autres dysgenesies du systeme
nerveux (V. M. Slonimskaia et S. B.
Balaban), 670. ,
Reflexe oculo-cardiaque spontane et
intempestif (S. Vialard), 664.
Reflexes rotuliens ; appareil pour la
mesure de l’amplitude (Th. Simon,
Louis Anglade et Mile P. Petit),
203.
— condi tionnels (Marinesco et Kreind-
ler), 286, 487.
Regeneration du tissu nerveux chez
les vertebres superieurs (O. Rossi
et G. Gastaldi), 859.
Releveur de la paupiere supeneure
(les etats spasmodiques du) par le¬
sion cerebrale en foyer (Gustave
Roussy et Gabrielle Levy), 289.
Responsabilite medicale. Serotherapie
antitetanique (M. Courtois-Suffit
et Francis Bourgeois), 311.
Retine (hypotonie traumatique de
l’artere centrale de la) (H. Goppez),
270, 648.
ANNEE 1936. — TABLES DU TOME I
Reves (nos) et leurs qualites (Rene
Franquet), 662.
Rhumatisme cerebral (J. Cathala, E.
Friedman et R. Laplane), 856.
Rire spasmodique immediatement
avant le deces ; hemorragie thala-
mique double (Andersen), 128.
Rocher (reperage radiographique du)
dans les tumeurs de la 8e paire
(Clovis Vincent), 120.
— (le syndrome de la pointe du)
(G. Marinesco et Grigoresco), 666.
Rubrospinal (faisceau) (Andre-THO-
mas), 123.
Schilder (maladie de) (Jacques de Mas¬
sary et R. Albeissar), 121.
Schizophasie (Jacques Delmond), 478.
Schizophrene malgache (peintures et
dessins d’un) (V.-L. Huot), 172.
Schizophrenes (le dessin des) (Peter
Emil Becker), 133.
— (recherches anatomo- et histopa-
thoiogiques cbez les) (Fr. Meyer),
— (la constitution morphologique des)
(Carmelo Ventra), 656.
— (les differences sexuelles dactylo-
graphiques chez les) (H. Poll), 657.
Schizophrenic (les recherches vegetati-
ves dans la) par la technique de
Danielopolu (N. Ancochea et C. Ro¬
driguez Cuevillas), 132.
— (de la toxicite dans la) (P.-E. Snes-
sahef), 273.
— . Traitement par les injections de
sang de placenta (J. B. Galant), 307.
— . Traitement par le soufre (Albrecht
Langeluddeke), 307.
— (crime inintelligibl i, symptdme ini¬
tial de) (A. W. Haciifield), 311.
— (debuts aigus dans la) (J. J. Rosen-
blum et B. S. Guesselson), 654.
— (influence des processus focaux du
cerveau sur le tableau de la)
(J. Dretler), 656.
•. Etiologie et pathogenie (Torsten
Lindner), 656.
— a evolution benigne (B. D. Fried¬
mann), 657.
— (pseudo-hallucinations dans la)
(G. Pisk), 658.
— greffee (H. Katzenfuss), 658.
— . Traitement par 1’insuline (L. Ba-
RANOWSKI, J. BORYSOWICZ, MARZYNS-
KI> „A- Ossendowski, J. Paradowski
685^ T' WlTEK^’ Strecker),
. Traitement par le choc hypoely-
cimique (W. Ederle), 685.
. Actions de certains medicaments
(H. C. Beccle), 686.
— (la) et les etats schizoides dans le
mUieu militaire (Paul Faveret),
Schizophrenies exogenes et compo-
santes « symptomatiques » des
schizophrenies idiopathiques (K.
Leonhard), 655.
Schizophrenique (syndrome) exogene
(Gunnar Lindquist), 655.
Sclerose en plaques familiale (J. De-
rEux et A. Pruvost), 265.
• Etiopathogenese (Salvatore
Gullotta), 671.
- • Diagnostic precoce (S. Just-
man), 671.
- - associee a la maladie de Ba¬
sedow (M. A. I. Vilkomihsky), 671.
Sclerose laterale amyotrophique a de¬
but bulbaire (J. Moldaveh et J.
Titeca), 842.
Sclerose tubereuse avec lesions osseu-
ses rares (Jacques S. Gottlieb et
Georges R. Lavine), 855.
Sensations (les) sont-elles dans notre
tete ? (R. Ruyer), 283.
Service de psychiatrie d’urgence de la
Piti6 (Laignel-Lavastine et Georges
d’HEUCQUEVILLE), 444.
— de psychiatrie d’urgence de I’hopi-
tal Saint-Antoine (Ph. Pagniez et
A. Geillier), 589.
Services (les) hospitaliers de psychia¬
trie dans 1’Afrique du Nord (A.
Porot), 793.
Simulation discutee (H. Claude, P. Si-
vadon et A. P. L. Beley), 408.
Societe M6dico-Psychologique. Liste
des Presidents, Secretaires gen6raux
et Tresoriers, 52.
- - — . Bureau pour 1936, 54.
- ■ Liste des membres, 54.
- - — • Allocution de M. Th. Simon,
president sortant, 87.
— . Allocution de M. Vuhpas,
president, 88.
- • Commission des Prix, 90.
- — • Elections. Membres corres-
pondants nationaux : Mine ' A. Mas¬
son, 91 ; Mile Deschamps, 224 ;
Mans, 582. — Membre titulaire :
R. Anglade, 91. — Membre associe
etranger : A. Brochado, 224.
- • Commission chargee d’etu-
dier la question des Assistantes so-
ciales, 224.
- ■ Deces du Professeur L. Bou-
man, 426.
— - . Calibration du 3' Centenaire
de I’Universite Harvard, 776.
- - • Voeu concernant la protec¬
tion des malades mentaux, 777.
— Rapport sur le memoire pre¬
sente pour le prix Aubanel, 778,
TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES
_ _ _ .. Rapport sur le memoire pre¬
sente pour le prix Moreau de Tours,
Somnieil (les centres du) (T. Okhuma
et K. Tuyuno), 294.
_ (le) et la veille au cours du cycle
vital de l’homme (J. Mazurkiewicz) ,
679.
Status dysraphicus (Luis Rojas), 289.
Steiner (maladie de) (Claude et Cos-
te), 120. ...
Stereotypie dementielle d attitude en
station sur la tete (Paul Courbon
et Feuillet), 380.
Strontium (les sels de) en therapeuti-
que (Jean Goujon), 492.
Suggestibility (la) dans les troubles
mentaux (G. G. Ingvarsson et S. J.
Lindberg), 652.
Suicide (tentatives de) repetees chez
un instable deprime sans travail
(Laignel-Lavastine, Georges d’HEUc-
queville et J.-J. Sambron), 218.
— (impulsions au) chez un vieillard'
epileptique (P. Courbon et Mile S.
Rousset), 766.
Suicides et homicides dans leurs re¬
lations avec les modifications baro-
metriques (C. A. Mills), 311.
Sympathique (la radiotherapie du)
(L. Delherm et Beau), 136.
— lombaire (infiltration novocai'nique
du) (Rene Leriche et Rene Fontai¬
ne), 136.
Sympathiques (terminaison des nerfs)
(C. Ungar), 674.
Syndrome denomme « mains et pieds
en fourche » (G. Muyle et R. Bat-
selaere), 839.
— protuberantiel (H. Baonville, M.
Moreau et J. Titeca), 841.
Syphilis (la) congenitale chez les defi¬
cients mentaux adultes (K. C. L.
Paddle), 274.
— nord-africaine et localisations ner-
veuses (Etienne Boltanski), 859.
Syringobulbie avec atrophie optique
unilaterale (Coste, Bollack, Fauvet
et Mme S. Delthil), 265.
Syringomyelie (la radiotherapie dans
la) (Lhermitte), 469.
— (forme acroparesthesique de la)
(J. Lhermitte, Bijon et Nemouhs-
Auguste), 640.
Systfeme nerveux vegetatif (Explora¬
tion du) (C. Vazquez-Velasco), 297.
Tabes (caracteres des douleurs fulgu-
rantes du) (Alajouanine, Thurel et
Brunelli), 119.
Tabetiques (crises salivaires) (Juan C.
Montanero et Julio L. Hanon), 292.
Tabo-paralysie avec symptomatology
initiale de tumeur cerebrale (Aristi¬
des Barrancos et Rafael Hernandez
Ramirez), 292,
Thalamus (Hemorragie du) ; sympto-
matologique (J. Lhermitte), 121.
Therapeutique aspecifique complete
dans la confusion mentale et la
demence precoce (A. Lasszea), 686.
Thrombophlebite (Aspect de) du sinus
caverneux, complication d’une sep-
tieemie (J. Coppez et P. Martin),
270.
Thorium (bioxyde de) colloidal. Son
injection dans le diagnostic intra-
cranien (L. Alexander, T. S. Jung
et R. S. Lyman), 287.
Thorotrast (injection de) pour les re-
cherches experimentales sur le sys-
teme nerveux central- (K. Koshimi-
zu), 297.
Thrombose des vaisseaux avec signes
de lesion transversale de la moelle
(K. Uttl et Jos. Cernaeck), 134.
Tonus (les aspects familiaux des
paroxysmes reflexes du) (Lndo van
BOGAERT), 1. . , r\T
Topographie cranio-encephalique (V.
Bertola), 673. .
Toxicomanies. Traitement par les lipi-
des vegetaux (Roger Dupouy et
Maurice Delaville), 307.
— . Autoserotherapie par le vesicatoi-
re (Carratala), 308.
Traitement de certaines maladies ner-
veuses et mentales. Methodes spe-
ciales (Henrique Roxo), 642.
Traumatismes craniens (L’cedeme ce¬
rebral dans les) (Puech), 838.
Travail (therapeutique par le) (W. M.
van der Scheer), 305.
— (traitement par le) dans l’Etat de
New-York (Eleanor C. Slagle), 305.
traitement des malades mentaux
- le). Idees et realisations de
n. Simon (Jacques Vie), 306.
Travestissement (le). Essai de psycho-
pathologie sexuelle (Agnes Masson),
479.
Tribunal des Enfants (P. de Nemeth),
494
Trou occipital (le syndrome du) (La-
ruelle), 265. , , . , •
Troubles mentaux. Conditions biologi-
ques (Pierre Doussinet), 488.
Tryptophane (variations du) dans le
serum des malades mentaux (Anto¬
nio Campana), 683 ; (Massaut et
Mathieu), 840.
Tuberculose et demence precoce (Ma¬
nuel M. Cabeza), 273.
— cerebrale (Robalinho Cavalcanti),
291.
r
XX
ANNEE 1936. — TABLES DU TOME 1
— (recherche du bacille de la) dans
les maladies mentales. Methodc de
Hartung (A. Anscuri), 683.
Tumeur angiomateuse du bulbe et du
cervelet (David), 838.
— epiphysaire ; envahissement des
ventricules lateraux (J. de Buss-
Cheh), 842.
Tumeurs (deux) simultanees dans
l’hemisphere cerebral d’uu enfant
(Percival Bailey et Adolfo Ley), 297.
— de I’angle ponto-cerebelleux (Dar-
quier et Schmite), 666.
Tumeurs cerebrales (le mecanisme de
la mort dans les) (P. van Gehuch-
ten), 265, 271.
- metastatiques (Henri Roger et
Jean-E. Paillas), 291.
- , excepte les tumeurs de l’hypo-
physe (Th. de Martel), 291.
- • (troubles psychiques dans les)
(W. Sterling), 660.
- — (valeur localisatrice et patho-
genie des troubles psychiques dans
les) (J. Rothfeld), 660.
— — (formes mentales des) (E. Lar-
rive et R. Mathon), 694.
Vasodilateurs (appareils pdripheriques)
et terminaisons nerveuses sensiti¬
ves (C. Ungar), 674.
Venin d’abeilles (1’action neurolyti-
que du (J. Lhermitte et Haskovec),
122.
Ventriculaires (parois). Differences lo¬
cales de conformation (A. Opalski),
294.
Ventriculographie (la) dans les abces
cerebraux (P. Martin), 2i71.
— (Raymond Garcin), 287.
Versification psychopathique (F. Gor-
riti), 652.
Vestibulaire (nerf). Etude anatomi-
que chez un malade atteint de
vertige de Meniere (A. Thomas et
Aubry), 470.
— (influence du systeme) sur la pres-
sion arterielle (Rubinsztejn), 680.
Vestibulaires (les reactions) dans l’in-
toxication ethylique chronique (J.
A. Barre et O. Metzger), 837.
Vision centrale (le champ de projec¬
tion de la) dans le corps genouille
externe et l’ecorce visuelle de
l’homme (Adolf Juba), 861.
Vitamine C., precarence et neuropsy-
chiatrie (H. Bersot), 92, 187.
— et troubles mentaux (Vermeylen et
Heernu), 646.
Voies biliaires (infection des) et trou¬
bles mentaux (Mario Yahn), 277.
Z
« Zar » (les representations religieu-
ses relatives au) en Ethiopie du
Nord (Leiris), 267.
TABLE ALPHABET] QUE
DES NOMS D’AUTEURS (D
Abely (Paul). V. Abety (Xavier).
Discussion, 204, 210, 432, 822.
Abely (Xavier). Discussion, 106, 433.
- , Abely (Paul) et Couleon (M. et
Mme) . Reaction hypophysaire ap¬
plicable a la psychose intermitten-
te, 113.
Abril (A.-M.). V. Cardenas.
Aguiar Whitaker (E. de), V. Guerner.
Ajuriaguerra. V. Lhermitte.
— et Titeca (J.). Epilepsie post-ma-
lariatherapique, 646.
Alliez. V. Baruk.
— . V. Roger.
Ancochea (N.) et Rodriguez Cuevil-
las (C.). Les recherches vegetatives
dans la schizophrenic par la tech¬
nique de Danielopolu, 132.
Andersen. Rire spasmodique et he-
morragie thalamique double, 12o.
Andrade (C. d’). V. Barre.
Andre (R.) V. Alajouanme.
Anglade (Louis). V. Simon.
v. L.iauae.
Alajouanine, Thurel et Brunelli.
Caractere des douleurs fulgurantes
du tabes, 119.
— et Hornet. Modifications des me¬
ninges dans certaines maladies du
systeme nerveux central, 123.
— et Hornet. Etude anatomo-clinique
d’un cas d’eclampsie, 123.
— et Thurel (R.). Les osteo-arthro-
pathies vertebrates tabetiques, 135.
— et Thurel (R.). Les troubles de la
miction en pathologie nerveuse,
288.
-i-j Hornet et Thurel. Conservation
des couches superficielles du cor¬
tex dans les ramollissements, 467.
— •, Hornet (Th.) et Andre (R.). Le
feutrage arachnoidien posterieur
dans la maladie de Friedreich et
l’heredo-ataxie cerebelleuse, 641.
— , Hornet (Th.) et Thurel (R.).
L’dtat penetre de l’ecorce. Troubles
circulatoires du cortex, 641.
— et Hornet (Th.). Le ramollissement
laminaire de 1’ecorce cerebrale, 838.
Albeissar (R.). V. Massary.
— . V. Lhermitte.
Alexander (L.), Jung (T. S.) et Lyman
(R.-S.). Le bioxyde de thorium col¬
loidal dans le diagnostic intracra-
nien, 287.
Anglade (R.) et Vidart (L.). Epilep¬
sie generalisee. Ralentissement m-
tellectuel et tumeur cerebrale pro¬
bable, 77.
Angyal (L.-V.). V. Somoyi.
Anscuri (A.). Methode de Hartung
pour la recherche du bacille de la
tuberculose dans les maladies men-
tales, 683.
Aragona (G.). Le brome sanguin dans
la crise oculogyre du parkinsonisme
post-encephalitique, 682.
Arcalides (Nic. M.). Psychoses de la
dengue, 654.
Argonz (J.). V. Castillo.
Armenise (P.). La psychose depres¬
sive et la psychasthenie, 275.
Aubin. Syndrome catatonique consecu-
tif a une intolerance au novarseno-
benzol, 225.
— . Delire d’analogie chez un Hin-
dou, 228.
Aubry (M.). V. Guillain.
— . V. Thomas.
— et Lereboullet (Jean). Les trou¬
bles labyrinthiques dans les tu-
meurs du cervelet et du IV ven-
tricule, 836.
Austregesilo (A.). Myeloses fumcu-
laires, 134.
(1) Les chiffres en caracteres gras correspondent aux Memoires originacx et aux Commu¬
nications a la Societe Medico- Psycliolologique.
ANNEE 1936. — - TABLES DU TOME I
Ayer (J. B.), Means (J. H.) et Ler-
man (J.). Simulation d’une atro-
phie musculaire progressive par
goitre exophtalmique, 305.
B
Bailey (Percival). La formation du
neurologue, 286.
— et Ley (Ad.). Developpement si-
multane de deux tumeurs dans
l’hemisphere cerebral d’un enfant,
297.
Balapan (S.-B.). V. Slonimskaia.
Ballif (L.), Ballif (Ch.) et Glinoer
(E.). Psychasthenie avec acces hys-
teroi'des ou simulation, 857.
Baonville (H.), Ley (J.), Meyers (A.)
et Titeca (J.). Augmentation du
volume du crane, troubles psychi-
ques et epilepsie, 125.
— , Ley (J.) et Titeca (J,). Demence
presenile, 471.
— Moreau (M.) et Titeca (J.). Syn¬
drome pfotuberantiel, 841.
Baranowsky CL.), Borysowicz (J.),
Marzynsiii, Ossendowski (A.), Para-
dowski et Witek (S.-T.). Traite-
ment de la schizophrenic par l’in-
suline, 685.
Bahbe (Andre). Les fibres motrices
intramedullaires des racines rachi-
diennes posterieures, 860.
Bardin (P.). V. Delarue.
Bargues. V. Donnadieu.
— et Grimal. Le butyl-ethyl-barbitu¬
rate de sodium dans le delirium
tremens, 439.
Barnacle (Clarke H.), Ebaugh (Fran¬
klin (G.) et Lemere (Frederik). Les
associations motrices dans les psy-
chonevroses, 858.
Barnes (Margaret R.). V. Fetterman.
Barrancos (Aristides) et Hernandez
Ramirez (Rafael). Tabo-paralysic
avec symptomatology initiale de
tumeur cerebrate, 292.
Barre (J.-A.). Arachnoidites primiti¬
ves sans lesions m<5dullaires, 119.
— , Rousset (Mile S.) et Andrade (C.
C. d’). Troubles dementiels. Signe
d’Argyll-Robertson sans syphilis
nerveuse, 124.
— et Metzger (Oscar). Resultats eloi-
gnes d’intervention chirurgicale
pour arachnoi'dite, 467.
— et Metzger (O.). Les reactions ves-
tibulaires dans l’intoxication ethy-
lique chronique, 837.
Baruk (H.). Discussion, 597, 626, 815.
— , Cheneveau et Alliez. Folie depo¬
sition chez un ancien catatonique
traumatise cranien et tabetique,
627.
et Pommeau-Delille. Epilepsie
extrapyramidale avec crises pseudo-
emotives et polyurie paroxystique,
Batselaere (R.). V. Muyle.
Baudouin (A.), Halbron (Pierre) et
Deparis (M.). L’hemianopsie bina-
sale, 289.
Baudouin (Ch.). Introduction a une
science du caractere, 282.
Baudoux. V. Beernu.
Baumgarten (Franziska). La gratitude
chez les enfants et les adolescents,
845.
Beau. V. Delherm.
Beaudoin. V. Lhermitte,
Beaudouin. Discussion, 456.
Beauvieux (J.). V. Teulieres.
Becgle (H. C.). Action de certains
medicaments dans la schizophrenic,
686.
Beck (Ed.). Innervation antagoniste
avec rigidite et paroxysmes epilep-
tiques et hallucinatoires, 852.
Becker (Peter-Emil) . Le dessin des
schizophrenes, 133.
— . Maladie de Pick, 678.
Beerens. Le virus tuberculeux dans
le liquide cephalo-rachidien et le
sang des dements precoces, 126.
Beley (A. P. L.). V. Claude.
Bersot (H.). Vitamine C, precarence
et neuropsychiatrie, 92, 187.
Bertha (H.). Cellules cancereuses dans
le liquide cephalo-rachidien, 684.
Bertola (V.). Topographie cranio-en-
cephalique, 673.
Bertrand (Ivan) et Miyashita (K.).
L’encephalite japonaise, 121.
— et Miyashita (K.). Les perivascula-
rites dans les affections nerveuses
inflammatoires, 125 ; — degenera-
tives, 125.
— . V. Souques.
Beteau (J.-P.). La peste d’Athenes,
475.
Bezanijon (Justin-). V. Levy-Valensi.
— . V. Delarue.
Bianchi (Guiseppe). Le cancer et les
maladies mentales, 131.
Bijon. V. Lhermitte.
Binet (Leon). Hypophyse et diabete,
304.
Birkhauser (H.). Metabolisme avant
et apres la morphinisation, 680.
Bischler (W.). Genetique et psycha-
' nalyse, 662.
Bize (Rene). V. Schaeffer.
Bogaert (Ludo van). Les aspects
familiaux des paroxysmes reflexes
du tonus, 1.
— . V. Martin.
TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS D' AUTEURS
— . V. Busscher.
_ . V. Helsmoortel.
— . Les dysplasies neuro-ectodermi-
ques congenitales, 663.
Bollack. V. Lhermitte.
— . V. Coste.
Boltanski (Etienne). Syphilis nord-
africaine et localisations nerveuses,
859.
Bonazzi (Oreste). L’intradermoreac-
tion a l’alcool pour le diagnostic de
1’alcoolisme, 299.
Boncomond (S.). V. Pehu.
Bonnafous-Serieux (Mme). V. Giu-
Bonnegarde (E.-M.). V. Krol.
Bordas-Jane (Ricardo). La pyretothe-
rapie chimique dans les maladies
mentales, 309.
Borges Fortes (A.). Maladie de Fried¬
reich avec atrophie musculaire du
type Charcot-Marie, 670.
Borysowicz (J.). V. Baranowski.
Boschi (M.). L’autohemoth5rapie as-
sociee a la provocation de menra-
gites aseptiques, 135.
Botelho (Adanto). Paralysie generate
senile, 280.
Boucaud (de). V. Quercy.
Bourgeois (Francis). V. Courtois-
Suffit.
Bourgeois (Robert). Les hydrocepha-
lies d’origine optique, accidents
meninges otogenes, 486.
Braun-Vallon (Mme). V. Crouzon.
Bravetta (G.). Polyglobulie et psy-
chonevroses hysteriques, 682.
Bridge (Edward M.). Etat mental des
epileptiques, 279.
Brissot. Discussion, 456, 791.
— et Delsuc. Parkinsonisme post-
encephalitique chez un enfant trai-
te par la methode de Roemer, 746.
— et Delsuc. Polydactylie chez un
imbecile, 752.
Brochado (Alberto). Le syndrome de
Capgras, 706.
Bromberg (Walter). Nouvelle intoxi¬
cation par le chanvre indien : la
marihuana, 278.
Brunelli. V. Alajouanine.
Bruno. V. Ciampi.
Brunerie (A.) et Coche (R.). Halluci¬
nations visuelles chez des catarac-
tes, 166.
Bucy (P.-C.). Troubles vaso-moteurs
associes aux paralysies d’origine
centrale, 664.
Buisson (R.). V. Hamel.
Busscher (de), Martin et Bogaert (L.
van). Crises cataplexiques et ano¬
malies de caractere, 473.
— . Tumeur epiphysaire ; envahisse-
ment des ventricules cerebraux, 842.
Cabeza (Manuel M.). Tuberculose et
demence precoce, 273.
— . Psychose typhique, 276.
Cabitto (L.). Le « phenomene d’obsta-
cle » de Donaggio dans l’epilepsie,
301.
Cacchione (A.). Les alterations des
noyaux de la base et de l’hypotha-
lamus dans l’alcoolisme, 675.
Cagliero (Spirito). Le liquide cepha-
lo-rachidien dans l’epilepsie, 302.
Cain (Andre) et Ceillier (Andre). Les
psycho-anemies. Examen psychiatri-
que de 4 cas d’anemie de Biermer,
Callewaert (H.). Hemiplegie a la
suite d’hemorragie et de tamponne-
ment de la region carotidienne, 473.
— . Maladie de Landry, 842.
Campana (Antonio). Le tryptophane
dans le serum sanguin des malades
mentaux, 683.
Cappelle (Maurice). L’hyposulnte de
magnesium en therapeutique psy-
chiatrique, 491.
Cardenas (C.-F.), Menendez (F.-J.),
Soto Pradera (E.), Orret (S.) et
Abril (A.-M.). Polynevrite tubercu-
leuse, 672. .....
Carnevali (Guido). L’auto-epilation
dans les maladies mentales, 282.
Carratala. L’autoserotherapie au ve-
sicatoire dans les toxicomanies,
308.
Castillo (E.-B. del) et Argonz (J.).
Les goitres de la puberte, 304.
Cathala (J.), Friedman (E.) et Lapla-
ne (R.). Diagnostic du rhumatisme
cerebral, 855.
Ceillier. Discussion, 104, 455, 458.
— . V. Cain.
L-ttt. V. Pagniez.
Cernacek (Jos.). V. IJttl.
Gestan, Riser et Planques. La neuro-
myelite optique, 292.
Chargarodsky (L. J.). Reaction a
l’adrenaline dans le complexe
symptomatique nevrosique, 299.
Charpentier (Rene). Discussion, 204,
209, 221, 403, 458, 600, 627, 803.
Chaumet (G.). Les algies scapulo-
humerales et leur traitement par
les agents physiques, 310.
Chavany (J.-A.), Thiebaut (F.) et
Thieffry (S.). Coexistence de para¬
lysie due au serum antidiphterique
et de paralysies diphteriques, 468.
Chavarot (M.). V. Hamel.
Chavigny (P.). V. Gelma.
Cheneveau. V. Baruk.
Christophe (J.). V. Crouzon.
Ciafaloni (G.). La reaction de Donag¬
gio en psychiatric. 681.
ANNEE 1936.
TABLES DU TOME I
Ciampi et Bruno. La reaction de
Donaggio dans les urines, 681.
Claude (H.) et Coste. Maladie de
Steiner, 120.
— et Corman (L.). Arachnoidite kys-
tique de la region fronto-parietale,
290.
Sivadon (P.) et Beley (A.-P.-L.).
Simulation discutee, 408.
— , Sivadon (P.) et Ajuriaguerra (J.).
Desequilibre mental post-encepha-
litique, 412.
— . Discussion, 601.
— et Coste (FI.). Productions gom-
meuses survenues cliez deux para-
lytiques generaux paludes, 607.
— et Coste (FI.). Paraplegie en flexion
d’origine cerebrale chez un paraly-
tique general traite par des ondes
courtes, 611.
— et Lagache (Daniel). Les relations
de la jalousie et de l’erotomanie,
643.
— . Psyehopathologie collective, 651.
Clement (Robert). Encephalites epi-
demiques (Unite ou Plurality ?),
849.
Coche (R.). V. Brunerie.
Codet. Discussion, 626.
— . Le probleme actuel de l’hysterie,
857.
Colapietra (F.). Les conditions etio-
logiques et pathogeniques des psy¬
choses seniles, 280.
Collazo (J.-A.) et Santos Ruiz (A.).
Coma hypercalcemique experimen¬
tal, 299.
Conrad (Agnes). L’anamnese chez les
malades atteints de goitre a forme
toxique, 304.
Constant (J.). La legalite des peines,
492.
Constantinesco (P.). V. Tomesco.
Copper (Melbourne J.). Mouvements
associes de la langue controles par
1’effort volontaire dans l’encephali-
te Epidemique, 850.
Coppez (J.) et Martin (P.). Aspect de
thrombophlebite du sinus caver-
neux apres septicemie, 270.
— . Hypotonie atonique traumatique
de 1’artere centrale de la retine,
270, 648.
Coppola (P.). Goitre et maladie men-
tale, 304.
Corman (L.). V. Claude.
— et Horvens (Paul). Le traitement
des troubles mentaux de l’alcoolis-
me par la strychnine, 686.
Costanzi (Charles). Guerison durable
d’un asthme bronchique par la ma-
lariatherapie, 310.
Coste, V. Claude.
— , Bollack, Fauvet et Delthil (Mme
S.). Syringobulbie avec atrophie
optique unilateral, 265.
Couleon (Mme et M.). V. Abely.
Courbon (Paul) et Feuillet (G.). Syn¬
drome infundibulaire, trophcedeme
et troubles mentaux, 73.
— et Feuillet (Ch.). Une maratre
parkinsonienne, 199.
— . Discussion, 210, 233, 234, 457.
— et Feuillet (C.). Stereotypie de-
mentielle d’attitude en station sur
la tete, 390.
— et Leconte (Maurice). Merycisme
dementiel par altruisme morbide,
463.
— et Rousset (Mile S.). Impulsions
au suicide chez un vieillard epi-
leptique, 766.
— et Fortineau. Impulsion au magni-
cide revelatrice d’hebephrenie, 770.
Courtois (A.). V. Marchand.
Courtois-Suffit (M.) et Bourgeois
(Francis). Responsabilite medicale ;
serotherapie antitetanique, 311.
Courville (Cyril B.). V. Nielsen.
Cremieux (Albert). V. Roger.
Christini (Renato). Choree atypique
chez un sujet hysterique, 856.
Crouzon (O.) et Christophe (Jean).
Myoclonies rythmees, 120.
— et Christophe (J.). Compressions
medullaires dans la neurofibroma-
tose, 134.
— . Discussion, 454, 589.
— , Christophe et Braun-Vallon
(Mme). Les ophtalmoplegies fami-
liales, 667.
Cullerre (Mile) et Edert (Mme). De¬
lire de gynecopathie interne chez
une paralytique generale apres ma-
larisation, 613.
— . Discussion, 835.
Curran (Desmond). Etude clinique du
delirium, 281.
Curti (Guiseppe). Le hrome sanguin
dans les crises d’epilepsie, 682.
Curveille (Jean). Syndrome d’Adie,
487.
D
Daelman. Psychose puerperale a Evo¬
lution dementielle, guerison brus¬
que par flevre spontanee, 471.
Darquier et Schmite. Tumeurs de
l’angle ponto-cerebelleux, 666.
Daumezon. Hallucinations visuelles,
conscientes et transitoires, 257.
— . Dipsomanie reactionnelle et perio-
dique, 739.
— . Amnesie retardee dans une intoxi¬
cation oxycarbonee, 742.
TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS D’ AUTEURS
David (M.). Syndrome adiposo-genital
et acromegalie, 122.
— et Mahoudeau (D.). Les meningio-
mes de la petite aile du sphenoiide,
668.
— . Tumeur angiomateuse du bulbe et
du cervelet, 838.
Dechaume (J.). V. Pehu.
Delabue (J.), Bezanijon (L.-Justin) et
Bardin (P.). Infarctus du poumon
d’origine embolique. Role du syste-
rae nerveux vaso-moteur, 676.
Delaville (Maurice). V. Dupouy.
Delherm (L.) et Beau. La radiothera-
pie du sympathique, 136.
Delmas (Ach.). Discussion, 599.
Delmond (Jacques). V. Petit.
— et Anglade (Louis). Gigantisme,
terreurs nocturnes et delire d’ima-
gination, 385.
— . La schizophasie, 478.
Delsug. V. Brissot.
Dei/thh. (Mme S.). V. Coste.
Demay (G.). Discussion, 455, 790.
Deparis (M.). V. Baudouin.
Dereux (J.) et Pruvost (A.). Sclerose
en plaques familiale, 265.
— . Myoclonies velo-pharyngo-laryn-
gees, 467.
— . V. Vincent.
— et Titeca (J.). Association de poly-
nevrite, nephrite et crampes, 641.
Desmedt. Forme delirante de confu¬
sion mentale due a une pyohemie a
colibacilles, 269.
Desruelles. Discussion, 791.
Detenhoff (Th.). Tableaux cliniques
pseudo-schizophreniques dans la
mesencephalite, 856.
Dide (M.). La mdmoire. Psychogenese
et pathogenese, 285.
Dimoi.esco (Alfred). V. Obregia.
Divry et Evrard. Insuffisance motri-
ce avec syndrome myotonique, 127.
— et Evrard. Oligodendrogliome de
la base du cerveau, 269.
— . Cholesteatome du cervelet, 840.
Donaggio (A.). Cerveau frontal et sys-
teme extrapyramidal, 852.
Donnadieu et Bargues. Paralysie ge¬
nerate et hemorragie meningee, 435.
Doussinet (Pierre). Conditions biolo-
giques de certains troubles men-
taux, 488.
Dretler (J.). Influence des processus
focaux du cerveau sur la schizo¬
phrenic, 656.
Dublineau (J.). Formes frustes de
neurosyphilis, 245.
— . Superinfection syphilitique et for¬
mes frustes de neuro-syphilis, 249.
Dumas (Georges). Discussion, 106, 222,
234.
Dumesnil (Rene). Histoire illustree de
la medecine, 847.
Dupain. Discussion, 416.
Dupouy (Roger) et Delaville (Mauri¬
ce). Le traitement des toxicomanies
par l’emulsion des lipides vegetaux,
307.
Dupreel (E.). Nature psychologique
et convention, 284.
Durand (Charles). V. Heuger.
Earl (C. J. C.). La psychose catatoni-
que primitive de l’idiotie, 132.
Ebauch (F. G.). V. Barnacle.
Ederle (W.). Le traitement de la
schizophrenic par le choc hypo-
glycemique, 685.
Edert (Mme). V. Cullerre.
Essen-Moller (Erik). La natalite dans
certains groupes de maladies men-
tales, 480.
Evrard. V. Divry.
Meningite pneumococcique trau-
matique, 842.
Ewald. L’indigence intellectuelle, 131.
Ey (Henri). La demence precoce et les
etats schizophreniques, 132.
— ■. Discussion, 547.
Fattovitch (G.). V. Jacchia.
Fauvet. V. Coste.
Faveret (P.). La schizophrenic et les
etats schizoides dans le milieu mi-
litaire, 846.
Ferraz Alvim (James). Les calcifica¬
tions de la faux du cerveau, 289.
Fetterman (Joseph) et Barnes (Mar¬
garet R.). L’intelligence chez les
epileptiques, 279.
Feuillet (C.). V. Courbon.
Fiessinger (Noel). Endocrinologie, 489.
Fishgold (F.). Presentation nouvelle
des profils psychologiques de Ver-
meylen, 284.
Florensky (J. A.). La logopedie des
aphasies, 853.
Fontaine (Rene). V. Leriche.
Fontana (Mariano). La negativite du
liquide cephalo-rachidien dans la
paralysie generale progressive, 301.
Fortineau (J.). V. Marchand.
V. Courbon.
Frank (B.). La depersonnalisation
dans les maladies cerebrales, 131.
Franquet (Rene). Nos reves et leurs
qualites, 662.
Freeman (William), Looney (Joseph-
ANNEE 1936.
TABLES DU TOME 1
M.) et Small (Rose-R.). L’index phy-
totoxique dans la schizophrenic,
Fbeiman (S. A.). Myelite compliquant
la grossesse et l’accouchement, 134.
Fribouhg-Blanc. V. Lhermitte.
Friedman (E.). V. Cathala.
Friedmann (B.-D.). Influence du pro¬
cessus sur le caractere dans la
schizophrenic henigne, 657.
Fromaget (G.). La protection des per-
vers dans l’armee, 846.
Funck (A.). Les concerts fondamen-
taux de 1’hypnotisine, 858.
G
Galant (J.-B.). Traitement de la schi¬
zophrenic par le sang de placenta,
307.
Gallot (Henry-M.). La psychologie et
la physiologie des ohsedes, 478.
— . V. Sezary.
Garcin (R.). Pupille excentrique dans
un cas de neo-formation basilaire,
122.
— . La ventriculographie, 287.
Garma (Angel). Crime et chatiment,
310.
Gassiot (G.) et Leclerc (J.). Ascari-
diose et psychopathic, 534.
Gastaldi (G.). V. Rossi.
Gehuchten (van). Mecanisme de la
mort dans les tumeurs cerebrales,
265, 271.
Gelma (E.) et Chavigny (P.). Merasthe-
nie paroxystiqiie de nature psycho-
nevrosique, 264.
— • Delinquance repetee et identique-
ment renouvelee, 643.
Gerebtzoff (A.). Le lemniscus lateral
et ses commissures, 270.
Gisleh (P.). V. Hintzsclie.
Glinoer (E.). V. Ballif.
Goldberg (R.-L.). Les meningococcies,
Goldstein (M.). V. Marinesco.
Gomez Mahcano (Antonio). L’encepha-
lite guanidinique, 206.
Gorriti (F.). Versification psychopa-
thique, 652.
Gottlieb (J.-S.) et Lavine (G.-R.).
Sclerose tubereuse avec lesions os-
seuses rares, 855.
Gottschick (I.). Les psychoses symp-
tomatiques, 130.
Goujon (Jean). L’emploi therapeuti-
que des sels de strontium, 492.
Gouriou. Discussion, 605, 626.
Gozzano (Mario). Les phenomenes
electriques de 1’ecorce cerebrale,
298.
Grigoresco. V. Marinesco.
Grimal. V. Bargues.
Gruia Ionesco (N.). V. Tomesco.
Guerner (Fausto) et Aguiar Whita¬
ker (E. de). Traitement des etats
anxieux par l’hyposulfite de magne¬
sium, 306.
Guesselson (B. S.). V. Rosenblum.
Guillain (G.) et Aubry (M.). Nevralgie
du glosso-pharyngien guerie par
l’alcoolisation, 265.
— . Etudes neurologiques, 6“ annee,
483.
— . Radiculo-nevrite avec hyperalbu-
minose cephalo-rachidienne sans
reaction cellulaire, 642.
— et Mollaret (Pierre). Le syndrome
myoclonique velo-pharyngo-laryngo-
oculo-diaphragmatique, 665.
! — , Mollaret (P.) et Aubry (M.). Les
fonctions cochleo-vestibulaires dans
la maladie de Friedreich et les
affections heredo-degeneratives, 670.
Guillaume. V. Thomas.
— . V. Schaeffer.
— et Meyerson (I.). L’usage de 1’ins-
trument chez les singes, 284.
— . V. Martel.
Guiraud. Discussion, 85, 204, 209,
232, 233, 242, 403, 412, 611, 618, 759,
804, 816.
— , Bonnafous-Serieux (Mme) et No-
det (Ch.). Symptomes et lesions du
systeme nerveux vegetatif dans
l’alcoolisme chronique, 211.
— et Ferdieiie (G.). Aphasie chez les
syphilitiques et paralysie generale,
404.
Gullotta i(Salvatore) . L’etiopathoge-
nese de la sclerose en plaques, 671.
Gunnar Lindquist. Syndrome schizo-
phrenique exogene, 655.
Gurewitsch (M.). Le syndrome inter¬
parietal dans les maladies menta-
les, 661.
— . Particularites anatomo-pathologi-
ques de la paralysie generale, 678.
Hackfield (A. W.). Crimes inintelli-
gibles, signe initial de schizophre¬
nic, 311.
Haguenau (J.). Les nevralgies du tri-
jumeau, 672.
Halbron (Pierre). V. Baudouin.
— , Levigne et Klotz. Neuromyelite
optique autonome, 642.
Hamburger (Jean). V. Pasteur-Valle-
ry-Radot.
— . Les migraines allergiques, 664.
Hamel (J.), Buisson (R.) et Chavarot
(M.). L’acide formique du liquide
cephalo-rachidien, 28.
TABLE ALPHABETIQUE DES NOME D’ AUTEURS
— ■; Discussion, 118, 802.
— et Buisson (R.). Anxiete chez un
deprime hypocondriaque. Heureux
eifet de la vagotonine, 823.
Hamet (Raymond). Les medicaments
sympathicolytiques, 136.
Hanon (Julio-L.). V. Montanaro.
Harper-Hart (Henry). Le genie et le
bonheur, 286.
Harris (Henry). L’anxiete, 130.
Hartenberg (P.). Glassification des
nevroses, 857.
Haskovec. V. Lhermitte.
Hedouin. V. Quercy.
Heernu (J.). Aphasie de Wernicke
chez une syphilitique, 268.
— et Baudoux. Psychoses et cecite,
646.
— . V. Vermeylen.
Helsmoortel et Bogaert (L. van).
Myoclonies velo-palato-linguales et
des globes oculaires, 647.
Helsper (R.). Psychoses de 1’encepha-
lite epidemique chronique, 276.
Hemmes (W.). V. Scheer.
Hennely (T. J.) et Yates (E. D.). Le
brome sanguin dans les psychoses,
682.
Hernandez Ramirez (Rafael). V. Bar-
rancos.
Hesnard (A.). Ce que la Clinique fran-
caise a retenu de la psychanalyse,
662.
Heucqueville (Georges d’). V. Laignel-
Lavastine.
Heuyer (G.) et Durand (Ch.). Delire a
deux chez un parkinsonien et sa
mere, 416.
— . Discussion, 595, 791.
— ■, Roudinesco (Mme) et Lesueur
(Mme). Reaction myotonique, isolee
des flechisseurs de la main, 836.
Heymans (C.). Survie et reviviscence
des centres nerveux apres anemie
aigue, 472.
Hicguet (G.). La duree de la percep¬
tion osseuse dans l’audition, 647.
Hintzsche (E.) et Gisler (P.). Les seg¬
ments medullaires dans le canal
vertebral, 295.
Hoerner (G.). Paraplegic obstetricale
avec myelomalacie, 676.
Hoff (F.). Modifications de l’etat
affectif et desequilibre acido-basi-
que, 681.
Hollander (F. d’) et Lavista (Ch.).
La catatonie experimentale, 470.
Hornet. V. Alajouanine,
Horveno (Paul). V. Corman.
Hoven. Psychoses de la menopause,
471.
Huguenin (Rene). V. Roussy.
Hiiot (V.-L.). Peintures et dessins
d’un schizophrene malgache, 172.
Ichok (G.). Les reflexes conditionnels
et le traitement de l’alcoolique,
308.
Ingvarsson (C. G.) et Lindberg (S. J.).
La suggestibility dans les troubles
mentaux, 652.
Jacchia (L.) et Fattovitch (G.). La
cholesterinemie et le metabolisme
des lipoides chez les epileptiques,
302.
Jacquet (M.).-V. Tinel.
Jakobsen (Jakob). V. Reiter.
Janet (Pierre). La psychologie expe¬
rimentale et comparee, 481.
Jankelevitch (V.). L’ironie, 843.
Jayle (G.-E.). Les centres cortico-
o eulogy res, 675.
Joz (Mme H.). Anosognosie de cecite
dans la cysticercose cerebrale, 667.
Juba (A.). Projection de la vision cen-
trale dans le corps genouille exter-
ne et l’ecorce visuelle de l’homme,
861.
Jude (A.). V. Lyon-Caen.
Jung (T. S.). V. Alexander.
Justman (S.). Le diagnostic precoce
de la sclerose en plaques, 671.
K
Kaganowskaja (Mme E. L.). Halluci¬
nations visuelles et troubles de la
perception au cours de l’encepha-
iite epidemique, 276.
Kaplan. V. Lhermitte.
Katzenfuss (H.). La schizophrenic
greffee, 658.
Kllippel (M.). Hippocrate philosophe,
129.
Klotz. V. Halbron.
Korganow (J. N.). La paralysie ascen-
dante de Landry, 135.
Kosiiimizu (K.). Representation en re¬
lief du systeme nerveux central
dans l’image radiologique par le
thorotrast, 297.
Kovalov (E. N.). V. Sokolanski.
Kreindler. V. Marinesco.
— . V. Parhon.
Krijanowskaia (Mme K. P.). V. Slivko.
Krol (N.-M.) et Bonnegarde (E.-M.).
Les etats crepusculaires, genese et
structure, 279.
ANNEE 1936. — TABLES DU TOME I
Lagache (Daniel). V. Claude.
Laignel-Lavastine et Voisin (Jean).
Syndrome de Claude Bernard-Hor-
ner et signe d’Argyll-Robertson
traumatiques, 119.
- , Heucqueville (Georges d’) et
Sambron (J.-J.). Tentatives de sui¬
cide repetdes chez un instable de¬
prime sans travail, 218.
_ ,, Vinchon (Jean), Heucqueville
(Georges d’) et Sambron (J. J.). Pre¬
cedes de defense sensorielle chez
une persdcutee, 242.
- . Sympathique et interferemd-
- ’ et Heucqueville (Georges d’).
Le Service de psychiatrie de la
Pitie, 444.
Landa-Glaz (R. J.). Rapports du cal¬
cium et du potassium humain avec
l’Sge du foetus, 299.
Langeluddeke (Albrecht). Le traite-
ment par le soufre dans la schizo¬
phrenic, 307.
Langeron (L.). V. Vincent.
Laplane (R.). V. Cathala.
Larrive (E.) et Mathon (R.). Les for¬
mes mentales des tumeurs cerebra-
les, 694.
Labuelle. Le syndrome du trou o
pital, 265.
— et Massion (L.). L’hyperpnee, 473.
Lasszea (A.). Therapeutique aspecifi-
que complete dans la confusion
mentale et la demence precoce, 686.
Lavine (G.-R.). V. Gottlieb.
Lavista (Ch.). V. Hollander.
Lazarev (V. G.) et Leibovitch (B.).
Meningite sereuse evoluant s "
forme de tumeur du cerveau, 6i
Leclerc (J.). V. Gassiot.
Leconte (Maurice). V. Courbon.
Leibovitch (B.). V. Lazarev.
Leiris. Les representations religieuses
relatives au « Zar » en Ethiopie du
Nord, 267.
Lemaitre (L.). V. Vincent.
Lemere (F.). V. Barnacle.
Lenormand (Ch.). Les indications the-
rapeutiques precoces dans les frac¬
tures de la base du cr5ne, 137.
Leonhard (K.). Recherches familiales
sur les psychoses endogdnes atypi-
ques, 275,
— . Schizophrenics exogfenes et idio-
pathiques, 655.
Lereboullet (J.). V. Lhermitte.
— . V. Aubry.
Leriche (Rene) et Fontaine (Rene).
L’infiltration hovoca'inique du sym¬
pathique lombaire,, 136.
— . Des amputations du point de vue
de la mortalite, de la technique et
de la physiologie, 137.
Lerman (J.). V. Ayer.
Leroy (A.). Le sang des agites non
soumis a la dietylmalonyluree, 126.
Lesueur (Mme) . V. Heuyer.
Levi (Luisce). Delire d’imagination et
Mythomanie, 653.
Levigne. V. Halbron.
Levin (Max). Hypertonie paroxystique
emotionnelle, 272.
— . Role du cortex cerebral dans la
narcolepsie, 849.
Levy (Gabrielle). V. Roussy.
Levy-Valensi. Discussion, 204, 742.
— , Bezanqon (Justin-) et Tilitcheef.
Syndrome hemibulbaire associe a
une paralysie croisee du pathetique,
468.
— . L’actualite et les psychoses, 651.
Lewkowicz (K.). Les meningites sont
plexogdnes, 677.
Ley (Ad.). V. Bailey.
Ley (J.). V. Baonville.
— . Ictus apoplectiforme suivi d’acal-
culie, dyslexie et dysgraphie, 841.
Ley (R.). Le traitement du parkin-
sonisme post-encephalitique, 127.
Lhermitte (J.). L’hemorragie du tha¬
lamus, 121.
— et Haskovec. Action neurolytique
du venin d’abeilles, 122.
— . V. Sainton.
— , Lereboullet (J.) et Kaplan. Ra-
mollissement hemorragipare d’ori-
gine veineuse chez un enfant, 124.
. — et Trelles (J.-O.). Incrustations
des cellules corticales dans la cho¬
ree chronique non huntingtonienne,
124.
— et Beaudouin. Paralysie Basque au
cours d’un cancer de la prostate,
125.
— et Ajuriaguerra. Les hallucina¬
tions chez les ophtalmopathes, 232.
— et Fribourg-Blanc. Encephalo-
myelite subaigue consecutive a la
vaccination Antiamarile, 264.
— et Bollack. Syndrome de Lauren-
ce-Moon, 265.
— et Ajuriaguerra (J. de). Hallucina¬
tions visuelles et lesions de l’ap-
pareil visuel, 321.
— . La radiothdrapie dans la syringo-
myelie, 469.
— et Albessar. Syndrome infundibu-
laire avec phenomdne de deperson-
nalisation, 469.
— . V. Roussy.
— , Bijon et Nemouhs-AuGuste. Forme
acroparesthesique de la syringo-
myelie, 640.
— ■. Manifestations encephaliques des
embolies gazeuses, 663.
TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS D’ AUTEURS
_ et Albessar. Syndrome adiposo¬
genital. Traitement specifique. Gue-
rison, 837.
Lima (Almeida). V. Moniz.
Lindberg (S. J.). V. Ingvarsson.
Lindner (Torsten). Etioiogie et patho-
genie de la schizophrenic, 656.
Loisel (Guy). Astrocytomes du ver¬
mis chez l’enfant, 666.
Looney (Joseph-M.). V. Freeman.
Lopez Albo (W.). Demence infantile,
273. . ,
— . Hemorragie meningee chez un
hemophile, 293.
Lubac (Emile). Le Cycle de l’lncons-
cient, 650. .
Lyon-Caen (L.) et Jude (A.). Parkin-
sonisme manganique, 851.
Lyman (R. S.). V. Alexander.
Mackiwiecg (S.). Hemiaplasie du cer-
velet, 861.
Mahoudeau (D.). V. David.
— . V. Puech.
Malgaud (W.). De l’action a la pensee,
Marchand (L.). Discussion, 84, 204,
218, 233, 438, 742.
if#-. Fortineau et Petit (Mile P.). Hal¬
lucinations visuelles pro.ietees et
dessinees, symptomes epileptiques,
205. . ..
_ et Courtois (A.). La psychose aigue
de Korsakoff des alcooliques, 277.
— Etat du fond d’oeil dans 115 cas
de paralysie generale traites par le
stovarsol sodique, 398.
_. Lesions du fond d’ceil chez les
paralytiques generaux traites par
la tryparsamide, 427.
— . Degenerescence amyloide de la
cellule nerveuse, 673.
— . Petit (Mile P.) et Fortineau (J .) .
Meningite aigue pneumococcique en-
kystee chez un paralytique gene¬
ral, 754.
— Neurinome du nerf acoustique,
760.
Marinesco et Kreindler. Les re¬
flexes conditionnels ; application a
certains problemes cliniques, 28b.
— et GriGoresco. Le syndrome de la
pointe du rocher, 665. .
— et Goldstein (M.). Adeno-epithe-
lium metastatique de la dure-mere,
677.
Marquet (G.). V. Picard.
Martel (Th. de). V. Thomas.
-. V. Schaeffer.
— . Tumeurs cerebrales, excepte l’hy-
pophyse, 291.
— , Guillaume et Thurel. Tumeur du
rachis secondaire a un kyste du
thorax, 836.
Martin (P.). V. Coppez.
— . La ventriculographie dans les ab-
ces cerebraux, 271.
— et Bogaebt (L. van). Diagnostic
difficile, 473.
. — . V. Busscher.
— . Les affections chirurgicales para-
hypophysaires a symptomatologie
clinique uniquement ophtalmologi-
que, 648.
Mahzynski. V. Baranowski.
Masquin (P.). Syndrome tardif d’hy-
pertension intracranienne post-trau-
matique, 266. '
Massary (Jacques de) et Albeissar
(R.). Maladies de Schilder, 121.
Massaut et Mathieu. Le tryptophane
du sang dans les maladies menta-
les, 840.
Massion-Verniory (L.). Cas atypique
de myotonie atrophique, 127.
- . V. Laruelle.
Masson (Agnes). Le travestissement.
Essai de psycho-pathologie sexuelle,
479.
Mathieu. V. Massaut.
Mathon (R.). V. Larrive.
Mazurkiewicz (J.). Le sommeil et la
veille au cours du cycle vital, 679.
Means (J. H.). V. Ayer.
Meignant (P.). La catatonie, 272.
Menendez (Francisco J.)* V. Cardenas.
Menninger (W.-C.). V. Stone.
— . Facteurs psychologiques dans
i’etiologie du diabete, 858.
Messing (S.). Anatomie pathologique
du parkinsonisme post-encephaliti-
que, 679.
Metzger (Oscar). V. Barre.
Meyer (Fr.). Anatomo- et histopatho-
logie de la psychose maniaque-de-
pressive, 295.
Meyers (A.). V. Baonville.
Meyerson (I.). V. Guillaume.
Miller (Milton-L.). Psychoses asso-
ciees aux alterations hypothalami-
ques et voisines, 303.
Mills (G. A.). Suicides et homicides
sous l’influence des modifications
barometriques, 311.
Minkowski (E.) et Silz (Mile A.) L’as-
sistance aux enfants difficiles au
foyer de Soulins, 92.
Mirotvorskaia (Mme A. A.). Les pa¬
rasites de l’encephale, 290.
Miserocchi (E.). Recherches electro-
myographiques dans le parkinso¬
nisme, 684.
Miyashita (K.). V. Bertrand.
Ann. Med.-Psych., 15' serie. — Tables du tome I, 1936.
ANNEE 1936.
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laterale amyotrophie a debut bul-
baire, 842.
Mollaret (Pierre). V. Guillain.
Monier-Vinard. Neurologie, 484.
- et Weil. Cysticercose cerebrale,
841.
Moniz (Egas). Evolution de la techni¬
que de 1’angiographie cerebrale, 287.
— et Lima (Almeida). Symptdmes du
lobe prefontal, 468.
Monnier (Marcel). V. Schwob.
Montanaro (Juan C.) et Hanon (Ju-
lio-L.). Crises salivaires tabetiques,
292.
Montassut (M.). Politiques morbides
de la maladie, 652.
Moreau (M.). V. Baonville.
Morel (Ferdinand). Examen andio-
metrique de malades presentant des
hallucinations additives verbales,
520.
Morsier (G. de) et Mozer (J.-J.). Age-
nesie calleuse et troubles du deve-
loppement de 1’hemisphere gauche,
MOsinger (M.). V. Roussy.
Moulson (Norman). Le pouvoir amy-
lolytique du liquide cerebro-spinal,
Mozer (J.-J.). V. Morsier.
Muller (R. F. G.). Nevrose et crimi-
nalite, 494.
— . Psychiatrie hindoue ancienne, 651.
Muncie (Wendell). Etats d’excitation
post-operatoires, 277.
Munzer (F. Th.). Le signe de flexion
de la tete, 664.
Muyle (G.) et Batselaere (R.). Le
syndrome des « mains et pieds en
fourche », 839.
N
Nagy (M.). Maladie de Parkinson fa-
miliale, 851.
Nelken (J.). Les perturbations psychi-
ques chez les blesses du crftne, 660.
— . L’amnesie, suite de blessure du
crane par arme a feu, 661.
Nemeth (P. de). Le Tribunal des En-
fants, 494.
Nemours-Auguste. V. Lhermitte.
Nielsen (J.-M.) et Courville (Cyril
B.). Signes neurologiques dans les
mastoidites, 288.
Niessl von Mayendorf. L’aphasie dite
parietale, 853.
Nobecourt (P.). Syndromes encepha-
lo-meninges et abdominaux au de¬
but de la pneumonie chez l’enfant.
Nodet (Ch.). V. Guiraud.
Noel (R.) et Pomme (B.). Zone de
jonction myoneurale ou plaque mo-
trice, 673.
Norman (R. M.). Idiotie familiale
amaurotique juvenile, 855.
0
Obregia (Alex), Dimolesco (Alfred) et
Vasilesco (Alex). La forme Clini¬
que dans la production des remis¬
sions ^chez les paralytiques gene-
Ody (F.). Traitement chirurgical de la
nevralgie essentielle et paroxysti-
que du grand nerf d’Arnold, 137.
Okhuma (T.) et Tuyuno (K.) Les cen¬
tres du sommeil, 294.
Oliveira Bastos (Fernando de). Me-
ningite aigue lymphocytaire beni-
gne, 292.
Olmer (Jean). V. Roger.
Opalski (A.). Les parois ventriculai-
res, 294.
Orlando (Roque). Physiopathologie et
syndromes anatomo-cliniques du
lobe parietal, 674.
Orret (Sidney). V. Cardenas.
Ossendowski (A.). V. Baranowski.
Ottonello (Paolo). Le syndrome aki-
netico-hypertonique dans les tu-
meurs du lobe frontal, 851.
Paddle (K.-G.-L.). La syphilis conge-
nitale chez les deficients mentaux
adultes, 274.
Pagniez (Ph.) et Ceillier (A.). Le ser¬
vice de psychiatrie d’urgence de
I’hopital Saint-Antoine, 589.
Paillas (Jean-E.). V. Roger.
Panara (Carlo). Les pigments neuro-
ferriques dans 1’encephale des pa¬
ralytiques generaux, 678.
Paradoyvski (J.). V. Baranowski.
Parhon (C.-L), Kreindler (A.) et
Weigl (E.). Syndrome psychasthe-
nique et hyperhypophysie, 352.
Pasteur Vallery-Radot. Traitement
des migraines, 136.
- et Hamburger (Jean). Les
migraines, 485.
Pehc (H.), Dechaume (J.) et Bonco-
mond (S.). Anatomie pathologique
de 1’acrodynie infantile, 296.
— , Mouriquand (G.), Froment (J.),
Mazel (R.), Ff.yeux (A.), Jouve (A.),
TABLE ALPHABET1QUE DES NOMS D’ AUTEURS
Mestrali.et (A.), Jacquet (R.-P.) et
Biot (Rene). Medecine et Education,
490.
Penta (Pasquale). La Narcolepsie,
848.
Peron (Noel). Discussion, 589.
Perrussel. Discussion, 802, 822.
Petit (Georges) et Delmond (Jacques).
Syndrome d’Adie et syndrome neu-
ro-anemique a type de psychose
polynevritique. Amelioration par la
methode de Castle, 106.
• — et Delmond (Jacques). Syndrome
d’Adie, confusion mentale avec lym-
phocytose rachidienne, 236.
— . Les crises oculogyres en patholo¬
gic mentale, 459.
— et Delmond (Jacques). Le syn¬
drome d’Adie en pathologie men¬
tale, 497.
— . Discussion, 810, 822.
Petit (Mile P.). V. Simon.
— . V. Mccrchand.
Petit-Dutaillis (D.) et Schmite (P.).
Neyralgie ou glosso-pharyngien et
son traitement, 672.
Picard (Jean). Exhibitionnisme et
acromegalie, 100.
— . Discussion, 235, 803.
— et Marquet (G.). Nanisme achon-
droplasique, 827.
— et Marquet (G.). Syndrome de de¬
lire aigu chez un predispose. Suc-
ees du carbone intraveineux, 832.
Pichon (E.). La logique vivante de
1’esprit enseignee par le langage,
284.
Pi:'-' on (Henri). L’annee psychologique
1934, 482,
Pinczewski (J.). et Stein (W.). Para-
lysie recidivante des nerfs craniens
dans la maladie de Quincke, 666.
Pinelli (Laurent) et Ventre (Pierre).
Meningite lymphocytaire, 669.
Pisk (G ). Les pseudo-hallucinations
dans la schizophrenic, 658.
Pkzyluski. La plasticite des mots et
la cohesion du discours, 285.
Planques. V. Cestan.
Plaut (F.) et Rudy (H.). Les relations
entre la cholesterinemie et la cho-
lesterinorachie, 683.
— et Rudy (H.). La cholesterine du
liquide oephalo-rachidien, 683.
Poll (H.). Les differences sexuelles
dactylographiques chez les schizo-
phrenes, 657.
Pomme (B.). V. Noel.
Pommeau-Delille. V. Baruk.
Porc’her. Discussion, 233, 790.
— . Conductibilite electrique du corps
humain et dysendocrinie, 254.
Porot (A.). Discussion, 791, 822.
— . Les services hospitaliers de psy¬
chiatric dans l’Afrique du Nord,
793.
— et Valence (R.). Maladie de Bier-
mer et responsabilite medico-legale,
806.
Poulain-Landrieu (O.). L’insuline dans
certains troubles ovariens, 309.
Pruvost (A.). V. Dereux.
Puech (Pierre) et Mahoudeau (D.).
Les arachnoi'dites opto-chiasmati-
ques, 668.
— . L’oedeme cerebral dans les trau-
matismes craniens, 838.
Putschar (W.). L’angiomatose du
systeme nerveux central et de la
retine, 667.
Puusepp (L.). Meningiomes cerebraux.
Q
Quercy et Hedouin. L’analgesie hys-
terique, 653.
— et Boucaud (de). L’illusion des
amputes, 653.
Ramirez-Moreno (Samuel). Troubles
mentaux produits par l’intoxication
aigue par la marihuana, 278.
Ramond (Louis). Abces du cerveau ou
ramollissement cerebral ? 288.
— . Etiologie d’une hemiplegie a debut
progressif, 291.
Ramos (Jairos). Myelose funiculaire,
671.
Rayneau. Discussion, 85, 221, 746, 760.
Reiter (Paul) et Jakobsen (Jakob).
Dermatoses pellagroi'des chez les
malades mentaux, 481.
Repond (A.). Les tendances actuelles
de la psychiatrie en Suisse, 718.
Requet (A.). V. Riese.
Riccitelli (L.). Les centres encephali-
ques de regulation des fonctions
vegetatives, 680.
Richter (G.-E.). Action des moyens
biologiques sur les processeus schi-
zophreniques, 306.
Riese (W.) et Requet (A.). Correspon-
dance de Kent sur les rapports de
l’ame et du cerveau, 44.
Riser. V. Cestan.
Robalinho Cavalcanti. Tuberculose
cerebrale, 291.
Robin (Gilbert). Les demences chez
l’enfant, 274.
Roger (H.) et Olmer (Jean). Polyne-
vrite neuro-anemique des membres
superieurs, 122.
ANNEE 1936. — TABLES DU TOME 1
— et Paillas (Jean-E.). Les tumeurs
cerebrates metastatiques, 291.
— et Alliez (Joseph). Choree fibril-
laire de Morvan. Acrodynie infan¬
tile et troubles psychiques, 689. -
— , Gremieux (Albert-) et Alliez (Jo¬
seph). Syndrome catatonique post-
typhique curable, 810.
— et Cremieux (Albert-). Les troubles
psychiques de la melitococcie, 816.
Rodriguez Cuevillas (C.). V. Anco-
Rojas (Luis). Status dysraphicus, 289.
Romero (Andrea). Alterations de la
nevroglie dans la meningo-ence-
phalite tuberculeuse, 860.
Rondepierre (J.). Cyclothymie et
dysendocrinie, 429.
Rosenblum (J. J.) et Guesselson (B.
S.). Debuts aigus dans la schizo¬
phrenic, 654.
Rossi (O.) et Gastaldi (G.). La regene¬
ration du tissu nerveux chez les
vertebres superieurs, 859.
Rotiifeld (J.). Les troubles psychi¬
ques au cours des tumeurs cere¬
brales, 660.
Rothschild (D.). Maladie d’Alzhei-
mer, 279.
Rouart (J.). Discussion, 105.
— . Psychose maniaque-depressive et
folies discordantes, 475.
Roudinesco (Mme M.). Dolichosteno-
melie ou maladie de Marfan, 266.
— . V. Heuyer.
Rousset (Mile S.). V. Barre.
— •. V. Courbon.
Roussy (Gustave) et Levy (Gabrielle).
Les etats spasmodiques du releveur
de la paupiere superieure par
lesion cerebrale, en foyer, 289.
— , Lhermitte (J.) et Haguenin (Rene).
Syndrome metastatique aigu me-
dullaire dans le cancer, 469.
— et Mossinger (M.). L’hypothalamus,
Roxo (Henrique). Methodes speciales
de traitement des maladies menta-
les, 428.
— . Traitement de certaines maladies
nerveuses et mentales, 642.
— . Desequilibre vago-sympathique
dans les maladies mentales, 654.
Rubenovitch (P.). Mentalite primiti¬
ve et psychopathologie, 652.
Rubinsztejn. Influence du systeme
vestibulaire sur la pression arte-
rielle, 680.
Rudy (H.). V. Plaut.
Rutishauer (E.). Pathologie de la
dure-mere spinale, 676.
Ruyer (R.). Les sensations sont-elles
dans notre tete ? 283. I
S
Sacristan (Jose M.). Le metabolisme
hydrocarbone dans la psychose ma¬
niaque-depressive endogene, 300.
Sainton (P.) et Lhermitte (J.). Neu-
rinomes multiples, 123.
Salmon (Albert). Le facteur endocri-
no-sympathique dans la fievre, 303.
— . Le role des noyaux diencephali-
ques dans le mecanisme des crises
epileptiques, 862.
Sameron (J.-J.). V. Laignel-Lavastine.
Sanchez-Bulnes (Luis), La pyretothe-
rapie des atrophies optiques syphi-
litiques, 309.
Sandor (Giorgio). Le systeme neuro-
vegetatif chez les alienes, 854.
Santos Ruiz (A.). V. Cdllazo.
Savitsch (E. de). Myoclonies velo-
palato-linguales et des globes ocu-
laires, 647.
Schaechter (M.). Les phobies, 653.
Schaeffer, Martel (Th. de) et Guil¬
laume. Les tumeurs de la glande
pineale sans signes focaux de loca¬
lisation, 266.
— . Myasthenie bulbo-spinale et para-
lysie oculaire periodiques, 667.
— et Bize (R.). Maladie de Parkinson
et syphilis, 850.
Schiff. Discussion, 85.
Schilder (Paul). Differents types de
psychoses depressives, 274.
Schmite. V. Darquier.
— . V. Petit-Dutaillis.
Schube (Purcell G.). Etats affectifs
des paralytiques generaux, 281.
Schwob (R.-A.) et Monnier (Marcel).
Nevrose du systeme vegetatif avec
arret du oceur et automatisme ven-
triculaire pendant la compression
oculaire, 264.
Senise (Tomasso). Les psychoses affec-
tives prodromiques de l’encephalite
epidemique et des syndromes par-
kinsoniens, 275.
— . L’activite electrique du cerveau,
298.
Seuise (Ivanasso). La paralysie gene-
rale au Bresil et dans d’autres pays,
280.
Sezary (A.). Examen du liquide ce-
phalo-rachidien chez les syphiliti-
ques, 301.
— et Gallot (H.). La paralysie gene-
rale des tabetiques, 659.
Silz (Mile A.). V. Minkowski.
Simon (Th.). Allocution, 87.
— , Anglade (Louis) et Petit (Mile P.).
Appareil pour la mesure de l’am-
plitude des reflexes rotuliens, 203.
— . Discussion, 456, 599, 626.
TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS D’ AUTEURS
Sivadon (P.). V. Claude.
Sjogren (Forsten). Recherches heredo-
pathologiques sur la choree de
Huntington, 133.
Slagle (Eleanor C.). Le traitement
par le travail dans l’Etat de New-
York, 305.
Slivko (I. M.) et Krijanowskaja (Mme
K.-P.). Le chlorure de sodium hyper-
tonique intraveineux dans l’epilep-
sie et la schizophrenic, 307.
Slonimskaia (V. M.) et Balaban (S. B.).
Maladie de Recklinghausen associee
a d’autres dysgenesies du systeme
nerveux, 670.
Small (Rose R.). V. Freeman.
Snessaref (P.-E.). De la toxicite dans
la schizophrenic, 273.
Sokolanski (G. G.) et Kovalov (E. N.).
Les meningites infectieuses, 669.
Somogyi (I.) et Angyal (L.-V.). Les
tableaux cliniques schizophreniques
dans la paralysie generate, 659.
Sorrel (E.) et Sorrel-Dejerine
(Mme). Paraplegie pottique, 641.
Sorrel-Dejerine (Mme). V. Sorrel.
Soto-Pradera (Emilio). V. Cardenas.
Soto Romay (Ramon). L’arachnoidite
spinale kystique, 670.
Souques (A.) et Bertrand (Ivan). Ne-
vrite hypertrophique progressive de
1’enfance, 135.
Spagnoli (B.). Y a-t-il un virus filtra-
ble du parasite du paludisme ? 301.
— . L’exploration encephalographique
dans la maladie de Pick, 854.
Steblow (E.-M.). Epilepsie experi-
mentale chez le chien, 297.
Steck (H.). Anatomopathologie et phy-
siopathologie de l’epilepsie, 145.
Stein (W.). V. Pinczewski.
Sterling (W.). Les troubles psychi-
ques dans les tumeurs cerebrales.
— et Wolff (M.). Hemorragie sous-
durale tardive, 853.
Stone (Leo) et Menninger (William
C.). Psychose associee a une tumeur
cerebelleuse de la ligne mediane,
856.
Stone (Simon). Le delire de Miller ;
la psychologie des foules, 281.
Streciier (H.). Traitement de la schi¬
zophrenie par 1’insuline, 685.
Svendsen (Margaret). Compagnons
imaginaires des enfants, 283.
T
Tassovatz (B.). La meningite sereuse
de la poliomyelite et la meningite
tuberculeuse, 669.
Tena (Antonio). Le chlorhydrate
d’emetine dans le traitement de
l’alcoolisme, 308.
Terrien (F.). Les sequelles oculaires
tardives de l’encephalite epidemi-
que, 849.
Feulieres (M.) et Beauvieux (J.). Les
manifestations oculaires tardives
dans l’encephalite epidemique, 850.
Thiebaut (F.). V. Chavany.
Thieffry (S.). V. Chavany.
Thomas (A.), Martel (Th. de) et Guil¬
laume. Ablation partielle du lobe
frontal sans troubles de l’equilibre,
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Tome I. — N° 1
Janvier 1926
ANNALES
MfiDICO-PSYCHOLOGIQUES
MfiMOIRES ORIGINAUX
LES ASPECTS FAMILIAUX
DES PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
Contribution a Vetude des faits de Cataplexie
et d’Hypertonie dites affectives
et de leurs relations avec la pathologie constitutionnelle 0)
PAR
Ludo van BOGAERT
L’influence des emotions et, particulierement, de celles qui
s’accompagnent de surprise, sur l’etat de la tonicite musculaire
est connue depuis longtemps, a telle enseigne qu’elle a passe
dans le langage populaire. C,es manifestations n’ont pas attire
l’attention, semble-t-il, des neurologistes et cependant de temps
a autre elles se presentent a leur observation, avec des caracteres
d 'intensity, de rapidite et de facilite telles qu’elles evoquent
1’idee d’un phenomene reflexe.
Ces pertes brusques du tonus d’attitude sont bien connues
dans la litterature neurologique contemporaine, sous le nom de
cataplexie ou d ’attaques cataplectiqu.es et ont fait 1’objet de
(1) Travail du Service de Medecine de THopital de Stuyvenbergh et de la
Section Genealogique de 1’Institut Bunge, a Anvers.
Ann. Med.-psych., XV6 serie, 94' annee, t. I. — Janvier 1936. 1 .
LUDO VAiV BOGAERT
nombreux travaux, tant en France que dans les pays anglo-
saxons. On trouve, dans les travaux de Lhermitte (1), TouP-
nay (2), Thiele et Bernhardt (3), Max Levin (4), un expose et
la bibliographie complete des relations de ces etats avec le
sommeil normal et pathologique ; d’autre part, dans ceux de
S.-A.-K. Wilson (5), Claude et Baruk (6), Baruk (7), les acqui¬
sitions les plus recentes sur leur differentiation a l’egard des.
pertes de controle epileptique. Nous ne reviendrons pas ici sur
ce cote de leur diagnostic differ entiel.
L’interet des observations que nous desirons etudier aujour-
d’hui reside dans ce seul fait que Yattaque tonique s’y presente-
sous forme d’une reaction motrice, surgissant dans les condi¬
tions les plus variees, chez des sujets d temperament bien par-
ticulier, independamment de tout autre phenomene d’inhibi-
tion cerebrate, comme si elle constituait, a elle seule, une de&
caracteristiques constitutionnelles de ces individus.
Dans la seconde partie de notre travail, nous rechercherons.
si on retrouve, dans la litterature contemporaine, d’autres docu¬
ments, permettant de considerer, sous un angle aussi general*
les paroxysmes toniques, spontanes ou induits.
I. Famille R... Cataplexie, obesity, vagotonie,
cataracte de Coppock
Nous avons eu l’occasion d’etudier, ces dernieres annees, une
famille ou les chutes cataplectiques sont accompagnees d’ua
etat dysendocrinien avec cataracte. Sans vouloir tirer de cette
association des conclusions physiopathologiques qu’elle ne com-
porte pas, nous croyons que ces cas meritent d’etre connus et
discutes. Voici 1’observation initiale dont nous sommes partis :j
Obsehvation I. — P. H..., 24 ans.
Anamnese. — Une cataracte bilaterale s’est developpee tres preco¬
cement, chez elle, des la plus tendre enfance. A l’age de trois ans, la
vision etait deja genee. Elle a ete observee par le Prof. H. Coppez en
1916.
Histoire. — La malade est agee actuellement de 23 ans, elle a un
enfant bien portant age de 3 ans et qui ne presente pas de cataracte.
Elle a beaucoup gmssi apres cet accouchement. Depuis huit mois,
elle presente des « chutes brusques » qui se produisent a l’occasion
d’une emotion, triste ou gaie, ne s’accompagnant pas de perte de
conscience, ni de cephalee, ni de troubles sphincteriens. Ces acces
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
sont d’une grande rapidite et souvent la malade est deja relevee au
moment ou l’entourage s’aperfoit de son effondrement. Elle-meme
accuse simplement un derobement des jambes, elle se replie brutale-
ment sur elle-meme, mais sans aucune eclipse de conscience. Une
seule chute a ete plus penible du fait de circonstances exterieures, la
perte du control e s’est produite dans un escalier en colimacon, au
moment d’un eclat de rire.
Les chutes sont devenues plus frequentes depuis un mois et se
produisent une a trois fois par jour, parfois a l’occasion d’un effort
brusque.
Examen le 10 aout 1931. — Malade obese, a peau fine, seche, poils
peu abondants, cheveux tres soyeux et de taille petite (1 m. 51).
La graisse des flancs et des fesses est tres developpee. Les mains
sont minces, tines et un peu succulentes. Les extremites des pieds
sont cyanosees et froides. Elle a frequemment des fourmillements
dans les membres inferieurs. Elle est frileuse, ses regies sont peu
abondanles et frequemment en retard.
L’examen neurologique est negatif.
La pression arterielle est basse, 120-80. Indice petit (2), ausculta¬
tion normale.
Ancienne otite et masto'idite a l’oreille gauche.
Aerocolie avec constipation. Metabolisme basal ( — 14- %) ( — 16 %).
Wassermann-sang, negatif.
Description d’un des acces. — Certains acces sont de veritables
surprises, d’autres sont precedes d’un malaise « qui me renseigne a
temps pour que je puisse m’accouder ou m’asseoir sur un seuil, par
exemple, si je suis surprise en rue. Ces acces relativement lents
n’excedent cependant en duree pas cinq a six minutes. Je sens alors
des fourmillements dans la main, la nuque se serre, je suis incapable
de parler, la poitrine est serree comme dans un etau...
« Je m’affaisse lentement et suis a terre incapable de bouger, sans
voix. Des que je retrouve ma voix, la force me revient. A deux repri¬
ses, un acces lent m’a surpris en rue a l’occasion d’une montee
rapide des escaliers, au port, comme si I’essoufilement avait raison
de mes forces. Contre les acces rapides et contre les acces lents, je
suis sans aucune defense. Je n’ai jamais perdu conscience ni eprouve
de cephalee apres la chute. »
Evolution. — Un traitement belladone-g'ardenal et ovaro-hypophy-
saire est prescrit. L’amelioration est considerable, elle n’a plus
presente, pendant ces trois mois, une seule crise.
Revue le 21 avril 1932, elle est enceinte de quatre mois, et, en dehors
des nausees et vomissements des trois premiers mois, elle n’a accuse
aucun malaise, sauf deux chutes un peu differentes d’ailleurs. Pen¬
dant une partie de bridge, elle a ete surprise par une reponse tres
vive de son pere, est devenue pale et dyspneique, et elle a perdu
LUDO VAN BOGAERT
connaissance. II y a eu ici un vrai trou de memoire. Apres, revenue
a elle, elle s’est sentie fort fatiguee pendant le restant de la soiree.
Une seconde crise analogue s’est produite apres un surmenage
intense de trois jours. Le debut a ete fait de vertiges, d’une sensation
de vide, elle se sentait etouffer, s’est couchee par terre, mais n’a pas
perdu conscience. En dehors de ces crises un peu atypiques, elle a
presente encore trois chutes habituelles du type rapide.
Revue le 10 septembre 1932. L’accouchement a ete facile. L’enfant
est bien portant et sans cataracte actuellement decelable.
Apres l’ accouchement, les chutes ont ete plus frequentes.
Nous avons assiste a un acces typique le 26 avril 1933. La malade
avait a cette epoque de violentes quintes de toux ; au moment ou
nous l’auscultions, elle en fit une, particulierement violente avec
cyanose du visage, puis brusquement elle palit et s’affale.
Le visage a perdu toute tonicite, il est rose pale, les paupieres sont
abaissees comme pendant le sommeil, les globes revulses, les pupilles
serrees. Le pouls est lent, mais bien frappe, il bat aux environs de
64-68. La respiration est lente et reguliere, elle a son amplitude
normale.
Les reflexes tendineux sont affaiblis mais existent, iln’y a pas de
signe de Babinski. Elle ne repond a aucune question, ni excitation
douloureuse. Les levres tremblent. Nous avons tente en vain de veri¬
fier les reactions pupillaires a la lumiere, 1’eversion des globes ocu-
laires rend cette recherche impossible. Au bout de 3 minutes 20 secon-
des, l’aspect du visage change, elle redevient rose, prononce quelques
paroles peu intelligibles, d’une voix sourde, puis brusquement la
parole s’ameliore, elle tente de se retourner sur le cote mais sans
succes, il faut attendre encore quatre nouvelles minutes pour qu’elle
puisse repondre distinctement a nos questions.
Les reflexes restent encore affaiblis au bout de ce temps, mais pas
de signe de Babinski. Le pouls remonte progressivement a 72 puis
au bout d’un quart d’heure a 84 par minute, en meme temps que la
respiration est plus profonde. A ce moment, les pupilles ont deja
deux fois le diametre de celui qu’elles avaient au moment de l’acces.
La patiente se souvient de tout ce qui s’est passe, elle n’a pas de
cephalees et peut circuler, comme avant.
Apres le retour des regies, les crises se sont espacees considerable-
ment. Comme la malade se sent bien, elle renonce a toute therapeu-
tique.
Revue le 9 juillet 1934, elle a fait, pendant ces seize mois, en tout,
quatre pertes de controle a l’occasion de rires ou d’emotions. Etat
general excellent. L’acrocyanose des mains et des pieds est cependant
plus accentuee. Les regies n’apparaissent que toutes les six semaines
et durent deux jours.
Sang : globules blancs, 8.700 ; globules rouges, 4.210.000 ; lympho¬
cytes, 41 % ; eosinopliilie, 1,2 % ; ralentissement du temps de sedi¬
mentation.
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
Reflexe oculo-cardiaque positif.
Epreuve de glycosurie alimentaire negative.
Glycemie, 0,78 mgr. %c, 81 mgr. %0. Calcemie, 103 mgr.
L’epreuve de la pression a 1’adrenaline donne une reaction vago-
tonique.
En resume : chutes cataplectiques a l’emotion, gaie ou triste
(surtout a l’emotion gaie) et a l’effort de toux (surtout a la
quinle penible).
Insufflsance thyro-ovarienne. Metabolisme basal legerement
abaisse. La periode post-puerperale est marquee par une recru¬
descence des chutes. Le retour des regies exerce une action
inhibitrice.
M... H... nous apprit alors que ces chutes n’avaient rien
d’exceptionnel dans la famille, du cote paternel, et que presque
tous les individus gras, atteints de cataracte, avaient de ces
derobements brusques des jambes au moment des emotions, du
rire ou d’une surprise.
Une enquete soigneuse (mais combien difficile) nous a permis
de confirmer la realite de ces f aits.
Chez notre deuxieme malade, les attaques cataplectiques rap-
pellent celles de l’Obs. I ; elles sont cependant plus brusques.
Cette malade est, par ailleurs, une nenrasthenique ou plutot
une cyclique. Celles des observations 3 et 4 sont superposables
a celle de M... H...
Obs. II. — X. J..., 17 ans. Acrocyanose. Cataracte.
Les regies sont apparues pour la premiere fois a 14 ans, elles du-
rent un jour et n’apparaissent que toutes les 7-8 semaines. Les
chutes se produisent depuis l’age de 12 ans et se produisent a des
intervalles variables, cependant, on peut compter chez elle une chute
par semaine en moyenne. 11 s’ag'it d’une perte de controle moins
brusque, plutot d’un affaissement de courte duree, qui est parfois
suivi d’une transpiration abondante. La premiere fois que la malade
a ete surprise par l’acces, c’etait en rue, apres une course assez fati-
gante avec des amies de classe, elle a senti brusquement une
oppression dans la region epigastrique, puis dans les seins, puis
une sorte d’etau qui enserrait le haut du thorax, a la maniere d’un
corset, oppression rappelant celle des cauchemars. Elle a eprouve
quelques fourmillements dans les deux mains, s’est appuyee au mur
et s’est affaissee lentement. Elle a pu dire d’une voix decomposee a
ses compagnes : « Je tombe, prenez-moi... », puis a ete incapable de
parler.
Au bout d’une minute, elle a pu reparler et a pu se rem
lettre debout.
LUDO VAN BOGAERT
Elle n’a pas perdu connaissance du tout. Elle a pu continuer la pro¬
menade, sans mal de tete.
Les acces suivants ont parfois ete precedes de fourmillemeilts,
mais pas toujours : elle a remarque toujours la disparition de la
parole. Cet « eloignement » de la voix precede de plusieurs secon-
des le flechissement du corps.
Une seule fois, Faeces a ete introduit par une flexion trop accentuee
du tronc en avant, lors d’une legon de gymnastique.
Elle ne peut pas arreter l’acces.
La duree de la chute n’excede pas 8-14 secondes.
L’examen somatique n’offre aucun interet particulier.
Au point de vue biologique, nous retiendrons les donnees ci-des-
sous :
Examen du sang : calcemie, 94 mgr. ; glycemie, 97 mgr., 98 mgr. ;
cholesterinemie, 210 mgr. ; globules rouges, 4.600.000 ; globules
blancs, 7.100 ; hemoglobine, 81 % ; lymphocytes, 39 % ; eosinophi-
les, 0,7 %.
Le temps de sedimentation etait particulierement long.
Reflexe oculo-cardiaque inexistant, le pouls varie entre 60 et
72 pulsations par minute.
Epreuve de glycosurie alimentaire negative.
Examen des urines negatif.
Metabolisme basal, — 18 %, — 21 %.
Cette malade a ete traitee regulierement par Fephetonine depuis
trois ans et n’a plus presente, depuis cette epoque, aucun trouble
appreciable.
En resume : ehez cette jeune fille, qui est egalement une obese
avec hypogenitalisme et abaissement du metabolisme de base,
on observe les memes attaques cataplectiques : la premiere s’est
produite a l’effort, apres une course, les autres se sont produites
souvent spontanement, une autre encore a la suite d’un effort
musculaire isole. L’ephetonine les a supprime radicalentent.
Obs. III. — B. J..., 14 ans.
A ete maigre jusqu’a I’age de 11 ans, puis a commence brusque-
ment a grossir. En depit de tous les regimes proposes, elle a gagne
13 kilos. Les premieres regies ont apparu a ce moment, elle est reglde
regulierement toutes les cinq semaines, mais V ecoulement ne dure
qu’une demi-journee.
Pas d’acrocyanose, developpement normal des poils pubiens.
Frilosite, pas de poils axillaires, peu de cheveux, signe du sourcil.
A presente deux chutes, a l’occasion d’une frayeur ; les chutes sont
peu brutales comme celles de la soeur.
. La premiere chute se situe a 12 ans 1/2. Etant en rue, elle a assiste*
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
a quelques metres d’elle, a une collision d’automobiles, tres violente.
Surprise brusquement par le fracas des vitres et le bruit du choc, elle
s’est affaissee lentement, sans aucune sensation prealable, dit-elle. A
terre, elle etait pale, comme endormie. Elle etait incapable d’ouvrir
la bouche, ni les yeux ; une personne etrangere qui l’accompagnait
•croyait qu’elle etait morte. Au bout de quelques instants, elle a pu
rouvrir les yeux, parler, se lever, et a ete transports, malgre elle,
au commissariat de police, avec les blesses de l’accident.
Elle a garde le souvenir de tous les faits qui se sont deroules.
Une seconde chute a ete precedee d’un etat rigide de tres courts
duree, dans les circonstances suivantes : au sortir d’une fete, la nuit,
elle revient chez elle avec quelques fillettes et garcons. Un de ceux-ci
s’est embusque derriere un arbre et la surprend en imitant l’aboie-
ment d’un chien. Elle se saisit, se dresse sur la pointe des pieds,
devient toute raide, puis s’affaisse lentement, comme au moment de
l’accident.
Ce sont les deux seuls acces qui se sont presented chez elle.
Des examens biologiques nous retiendrons les faits suivants :
Sang : globules rouges, 4.000.000 ; globules blancs, 5.600 ; lympho¬
cytes, 52 % ; eosinophiles, 3 % ; cholesterinemie, 2,06 mg. ; glycemie,
102 mg. ; calcemie, 91 mg. ; temps de sedimentation normal.
Reflexe oculo-cardiaque positif, le pouls passe de 81 a 67.
Pression arterielle basse, 12/9, 11, 5/8, 12/7.
Epreuve de glycosurie alimentaire negative.
Metabolisme basal, — 13 %, — 15 %.
Absence de parasites dans les selles.
Chez cette jeune fille hypo-ovctrienne et hypo-thyroidienne,
<on a observe deux acces cataplectiques, tous deux survenus a
la suite d’une ifrayeur brusque. Le second acces a ete precede
d’une periode de rigidite de tres courte duree. Sans aucun traite-
ment, les acces sont disparus aujourd’hui. II nous a ete impossi-
hle de les provoquer par l’eftort.
Obs. IV. — Homme tres corpulent (94 kilos), de taille petite, 1 m. 69.
Cyanose marquee du visage et des mains.
Absence de sourcils, absence de poils ctxillaires. Abdomen parti-
-culierement developpe. Organes genitaux petits. II a pese jusqu’a
l’age de 28 ans entre 52 et 61 kilos. A ce moment il a gagne 11 kilos
cn deux ans. Les premieres chutes apparurent a 29 ans.
A fait plusieurs chutes analogues entre 30 et 42 ans. Depuis 2 ans,
II n’en a plus presente une seule. II a des crises brusques de sommeil
irresistible en dehors de la periode digestive. II peut etre eveille mais
se rendort aussitot. Ces crises de somnolence sont apparues vers l’age
■de 40 ans.
LUDO VA1V BOGAERT
Voici quelques renseignements plus detailles sur les chutes.
La premiere crise a apparu a 1’age de 29 ans a l’occasion d’une-
violente colere. II reprimandait vertement un de ses employes comme
celui-ci repondait d’une fagon insultante, il s’est fache, s’est mis a,
crier et brusquement sa voix a change de nuance, il est devenu
aphone, a senti une contraction tres penible a la gorge, dans le cou,
les epaules... il s’est affaisse lentement. La chute n’a occasionne:
aucune blessure. Au bout de quelques secondes, il a pu se relever, 1&
voix est revenue, il etait couvert de sueur, la bouche et l’arriere-gorge
etaient dessechees. Le medecin est venu et a diag'nostique une angme
de poitrine et l’a mis au lit pendant huit jours en depit des protesta¬
tions du malade qui se sentait fort bien.
Le second acces s’est produit trois mois plus tard, a l’occasion
d’une emotion agreable.
De 30 a 42 ans, il a eu un assez grand nombre d’acces, lui-meme en<
compte quatre a huit par an. Quatre de ces acces se sont produits a-
l’occasion d’un colt.
Sur les acces de somnolence, il donne les renseignements suivants :
« Brusquement, souvent pendant que je joue aux cartes, et que je-
viens de finir un jeu tres palpitant, je tombe dans un etat ;de som-
meil..., qui dure cinq a six minutes, etat de sommeil irresistible, mais:
j’ai toujours le temps de m’allonger. »
« Les partenaires connaissant ce defaut, on m’installe alors dans,
un fauteuil, et, quand ma figure est redevenue normale, on me re¬
veille et je puis recommencer a jouer. Je n’ai pas souvenance de ce
qui se passe pendant ce temps et je ne sais pas non plus combien de¬
temps je dors, mais ce sommeil, d’apres ce qu’on me dit, n’excede
jamais une dizaine de minutes. Le sommeil est irresistible, mais,.
grace a des efforts et des mouvements, je puis lui resister pendant
quelques instants, tandis que la chute est immediatement irresistible..
Pendant que la somnolence m’envahit, mes idees s’ecoulent plus
lentement, elles sont moins precises, comme quand on va s’endormir,
mais je puis encore continuer a parler. Une fois par terre, au cours
de ma chute, il est impossible d’emettre le moindre mot, ni de faire-
le moindre geste pour me ressaisir.
* J’eprouve de temps a autre cette sensation au moment de mon
reveil, le matin..., il y a une dizaine de secondes pendant lesquelles je
suis conscient, mais encore incapable de parler ou de bouger. La
volonte y est, mais le corps refuse. Au debut, je m’inquietais de ces
etats de reveil sans reveil vrai..., maintenant, je ne m’en preoccupe
plus : je suis alors, dans mon lit, comme quand je suis par terre..., je-
sais que c’est de courte duree. »
Chez ce patient, a deux reprises, apres une hyperventilation, pen¬
dant 11 minutes, nous avons vu apparaitre un etat de sommeil durant
quatre minutes, avec un signe de Cbwosteck fortement positif.
Pendant ce temps, le masque est celui d’un homme endormi. Il a
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
conserve sa coloration normale. Les paupieres sont abaissees comme
pendant le sommeil paisible. Les globes oculaires revulses vers le
haut. Le reflexe corneen est conserve.
Le pouls, qui est monte a 110, pendant les premieres six minutes
de l’hyperventilation, se maintient maintenant a 92 par minute.
Metabolisme basal, — 11 %.
Sang : globules rouges, 4.800.000 ; globules blancs, 8.100 ; lympho¬
cytes, 31 % ; eosinophiles, 3,4 % ; cholesterine, 1,90 mgr. ; glycemie,
8,8 mgr. ; uree-sang, 41 mgr.; calcemie, 106 mgr.; reflexe oculo-
cardiaque indifferent.
Epreuve de glycosurie alimentaire negative.
Dans cette famille, nous trouvons associes, tant chez les
hommes que chez les femmes : 1° une cataracte dn type decrit
par Coppock ; 2° un etat dysendocrino-vegetatif a predominance
d’insuffisance thyro-genitale et de vagotonie ; 3“ des acces de
cataplexie, associes, dans un cas, a des crises de narcolepsie.
L’association de la catalepsie et de la narcolepsie est frequem-
ment signalee dans la litterature. On sait, depuis bien longtemps,
que les attaques cataplectiques se terminent souvent par un som-
meil de courte duree, mais le probleme du rapport physiologique
entre les deux phencmenes est encore tres mal connu. Si la rela¬
tion du sommeil normal et de la narcolepsie est evidente, au
point que Kinnier- Wilson croit qu il est difficile d’etablir, entre
le sommeil naturel et les etats de stupeur et de transe, des diffe¬
rences profondes, nous ne trouvons, dans la physiologie normale
des emotions, aucun type de reaction comparable a la cataplexie.
Sans doute, les analogies ne manquent pas. Differents auteurs
ont rapproche les attaques cataplectiques de la perte de controle
du tonus general ou local (sphincterien par exemple) dans le
lire, le chatouillement, l’effroi, mais on peut se demander, avee
Redlich (8), si ces rapports depassent la simple ressemblance
exterieure. II est evident que des manifestations aussi parcellaires
que la chute de la machoire, que le flechissement des bras et des
jambes, l’echappement des ob jets a la suite d’une impression
de surprise ou d’effort ne peuvent etre compares a ces inhibi¬
tions brusques de tout le tonus somatique, que nous venons de
rappeler plus haut. En outre, il y a, dans les deux etats, des
symptomes d’accompagnement differents : Scharfetter et Seeger,
qui separent egalement la perte du tonus affectif normal de
l’attaque cataplectique, insistent sur 1’ouverture large des yeux*
10
LUDO VAN BOGAERT
I’acceleration du pouls et les phenomenes vasomoteurs de la
face. II en resulte que, si l’on peut admettre avec Kinnier- Wilson,
qu’entre la cataplexie et les perturbations affectives normales du
tonus il y a une relation, en ce sens que tous deux sont des
modes d’un meme mecanisme physiologique, il y a entre les
deux des differences importantes.
Le second point souleve par le phenomene cataplectique est
eelui de ses relations avec le sommcil normal : il ressort de
toute une serie de symptomes qui accompagnent l’un et l’autre
de ces etats. Le miosis, les modifications de position des globes
oculaires, l’abaissement de l’excitabilite des reflexes, le ralen-
tissement du pouls, le deplacement vagotonique de l’etat vege--
tatif, les paresthesies, parfois meme certains mouvements invo-
lontaires appartiennent aux deux etats et c’est leur presence qui
a fait considerer la cataplexie par quelques-uns comme une
manifestation isolee du complexe hypnique.
Il ne faut pas perdre de vue cependant que l’acces cataplecti¬
que differe du sommeil normal et pathologique par des caracte-
res importants : 1’abaissement du tonus est, dans l’etat cataplec¬
tique, beaucoup plus profond que dans le sommeil. Il suffit de
rappeler ici les constatations empiriques de notre observation 4
qui savait qu’atteint par le sommeil, il pouvait encore s’installer
pour dormir, tandis qu’il etait surpris et immobilise par la
chute. D’autre part, la conscience est claire et vigile pendant
l’acces cataplectique, elle est en veilleuse pendant le sommeil.
Le malade, que nous venons de rappeler, l’avait parfaitement
note.
A ces differences que J. Wilder avait deja signalees, s’en ajou-
tent encore d’autres et que nos observations confirment avec certi¬
tude. La rapidite avec laquelle s’installe la cataplexie est celle
d’un mecanisme reftexe : le patient s’affaisse en l’espace d’un
Instant, il n’entre pas progressivement dans cet etat de resolu¬
tion. La cataplectique ne peut pas etre tiree dans son etat
d’inhibition par des excitations quelconques : le narcoleptique
peut etre reveille. Les bruits, les mouvements qui luttent contre
le sommeil, n’influencent pas l’acces cataplectique : bien au
contraire, ils le favorisent.
It y a done, au point de vue semioloyique, une difference qua¬
litative entre Vacces narcoleptique et cataplectique et qui nous
parait confirmee par P existence d’ observations de cataplexie
pure.
Sans doute, la cataplexie isolee reste-t-elle exceptionnelie ct
nous ne connaissons, a l’heure actuelle, que les observations de
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
Munzer (9), de Villaverde (10), de Kinnier-Wilson (11) et de
Scharfetter et Seeger (12). Mais nous avons la conviction qu’a
l'avenir, maintenant que l’attention est attiree sur ces Mats, on
les observera plus frequemment.
I e second caractere de cette observation et qui, au point de
vue medical, est le plus interessant, est le developpement de la
cataplexie dans le cadre d’un syndrome endocrino-vegetatif . C’est
un point sur lequel, dans la litterature, l’attention n’a pas ete
suffisamment attiree, du moins a notre connaissance. Or, noS
quatre malades sont des obeses. Leur obesite n’a rien de parti-
culier, si ce n’est qu’elle a apparu dans ^observation 1 et 4 avant
1’installation des attaques cataplectiques ; coincidence qui n a
rien d’exceptionnel, si on se rappelle que les etats d’obesite post-
encephalitiques evoluent souvent dans la periode preparlunso-
nienne. Leur obesite s’accompagne de troubles genitaux. Dans la
premiere observation, elle fait suite a un accouchement, elle s’ac¬
compagne d’une diminution du flux menstruel et de retards fre¬
quents. Dans la seconde observation, l’obesite precede l’appari-
tion des premieres regies, d’ailleurs peu abondantes et irregu-
lieres. Dans la troisieme, la poussee d’obesite est contemporaine
de la periode puberale. La menstruation est egalement peu abon-
dante. Dans la quatrieme, le patient accuse un etat d’hypogeni-
talisme. Dans tous les cas, les caracteres sexuels secondaires,
■en particulier les poils axillaires et pubiens sont peu indiques,
sinon deficients. Le metabolisme de base est abaisse dans toutes
nos observations, abaissement discret mais qui depasse nota-
blement la limite des erreurs de technique. A cette nuance
hypogenitale du syndrome endocrinien, s’ajoutent de petits
signes d’hi/pothgro'idie : peau seche, frilosite, eclaircissement du
tiers externe du sourcil (Hertoghe), etc... bien difficiles a separer
des precedents. Nulle part on ne trouve d’indications cliniques
ou radiologiques plaidant en faveur d’une participation hvpo-
physaire. Que les attaques de cataplexie aient quelques rapports
fonctionnels avec les cycles de la vie sexuelle, nous en trouvons
une preuve assez interessante dans l’observation 1 oil, pendant
toute la grossesse, les chutes ont ete rares pour reprendre, avec
une frequence inusitee, dans la periode post-puerperale et deve-
nir, a nouveau, moins frequentes apres le retour de couches.
Aux troubles endocriniens, se combine un syndrome vegetatif
du type vagotonique. Dans les collateraux, nous trouvons deux
cas d’urticaire, un cas de bronchite asthmatiforme et une rhinite
spasmodique.
L’hypertension avec bradycardie, la deviation lymphocytaire
LVDO VAN BOGAERT
de la formule avec une leucocytose normale ou basse, le reflexe-
oculo-cardiaque positif, l’allongement du temps de sedimentation,,
l’absence de glycosurie a l’epreuve de la glycosurie alimentaire,
avec une glycemie habituelle plutot basse, autant de symptomes
de vagotonie. La valeUr constamment normale des calcemies.
montre que les attaques de cataplexie n’ont rien a faire avec une
hypercalcemie d’origine centrale comme l’a suppose Wagner (13).
L’epreuve de Strauss, faite chez deux de ces malades, avait mon¬
tre une capacite de dilution et de concentration normales. D’au-
tie part, la deviation lympho'cvtaire de la formule s’accorde bien
avec la constatation de Lhermitte sur la frequence de l’aspect
lymphatique dans les narcolepsies essentielles (14). Une predo¬
minance vagotonique aurait ete remarquee egalement avec une
grande frequence dans cette derniere affection comme le montrent
bien les recherches de Redlich, de Thiele, Kahler, Sterling et
Bernhardt (3).
II est important pour Vintelligence des faits de cataplexie de
savoir si, en realite, la vagotonie existe ou se renforce encore ai t
corns de Vacces lui-meme. Mais, ici, les documents sont peu nom-
breux du fait que beaucoup d’auteurs n’ont pu assister au derou-
lement de celui-ci. Dans l’observation I, nous avons eu cette bonne
fortune et, de fait, pendant la chute cataplectique, le pouls et
la respiration se ralentissent, les pupilles sont contractees. Cette
observation isolee serait sans valeur si elle n’etait pas confirmee-
par les recherches experimentales de Scharfetter et Seeger, qui
ont pu provoquer des crises chez leurs sujets, et les etudier a
loisir ; ils enregistrent aussi un miosis, une bradycardie assez
frequente quoique non reguliere, traduite a relectrocardiographie
par un ralentissement du rythme sinusal, en nieme temps que la
respiration se faisait arythmique. Ces auteurs conclurent a un
renforcement du tonus parasympathique basal, au moins dans
certaines de ses manifestations, pendant l’acces.
Sur un dernier caractere clinique du syndrome, nous serons-
brefs, la cataracte centrale hereditaire pure presentee par nos
malades est connue sous le no'm de cataracte de Coppock, quoi¬
que decrite en premier lieu par Nettleship (23).
Elle aussi appartient, suivant la note que le Prof. H. Coppez a
bien voulu nous remettre sur certains de ces malades, au type
dominant et est essentiellement caracterisee par une opacite dans
le noyau du cristallin avec conservation de la transparence des
couches peripheriques. Les oculistes savent qu’elle s’accompagne
frequemment de tetanie ou de troubles endocriniens.
Ces caracteres cliniques bien etablis, il nous reste a dire un
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
mot de la date d’apparition de ces singulieres chutes. Elies appa-
raissent a la puberte comme les narcolepsies essentielles, dans
deux de nos cas ; dans une autre, vers 22 ans, apres le manage et
la premiere grossesse ; un peu avant la trentaine, chez le qua-
trieme. Ces predilections d’age se retrouvent egalement et sont
connues depuis longtemps dans les etats narcoleptiques vrais.
Leur evolution est chronique et il s’agit ici d'un trouble parti-
eulierement tenace ; il n’obeit spontanement qu’aux incidents
puerperaux. Le pronostic en est benin, et dans aucun de nos cas
on ne voit de formes de passage entre ces etats et les chutes
d’origine epileptique.
Nous retrouvons, seulement, dans les collateraux des affections
du type anaphylactique, angiospasmodique et dystrophique.
Cette enquete ccnstitutionnelle demontre done, chez nos mala-
des cataplectiques, l’existence d’un etat endocrino-vegetatif parti¬
cular et cependant, 1’acces ne se montre qu’a l’occasion de mani¬
festations affeetives.
Huit fois sur dix, dans nos observations, les attaques cataplec-
tiques sont en rapport avec des emotions agreables ou desagrea-
bles, quoique les premieres et particulierement le rire les provo-
quent le plus aisement.
On peut, cependant, les voir survenir dans des circonstances
differentes et vides de tout apport affectif, quel qu’en soit le
signe : a l’occasion d’une violente quinte de toux (Obs. 1), d’une
hyperflexion marquee du tronc en avant {Obs. 2), e’est-a-dire de
raises en jeu brusques de la musculature thoraco-abdominale.
Cette coincidence ne nous aurait pas particulierement frappe,
si elle n’avait ete soulignee expressement dans un travail recent
de MM. Scharfetter et Seeger. Ces auteurs, dont le travail si
minutieux merite d’etre lu dans 1’original, observent que ce
n’est peut-etre pas autant le phenomene affectif qui agit que
I’expression motrice corpcrelle qui Vaccompagne, telle que les
expirations forcees du rire prolonge ; des quintes de toux, des
cris aigus, de l’eternuement... Les phenomenes affectifs prepare-
raient l’acces, le mouvement thoraco-abdo'minal le declancherait
et, comme il est iteratif, il l’entretiendrait.
Au point de vue physiopathologique, l’ existence d’une consti¬
tution endocrino-vegetative particuliere chez tons nos patients
doit etre retenue : elle est le lit de Vattaque cataleptique comme
d’un grand nombre de crises narcoleptiques. L’existence d’un
desequilihre dans le sens vagotonique explique peut-etre cette
fragilite du tonus d’attitude, car nous savons par ailleurs que
le deplacement de l’equilibre vegetatif dans le sens vagal est
LUDO VAN BOGAERT
egalement caracteristique du sOmmeil normal et du paroxysme
narcoleptique. On pourrait etendre plus loin ces inductions et
ces analogies, mais nous les croyons inutiles, et l’immense inte-
ret de ces questions, au point de vue de la physiopathologie de
la vigilance et du sommeil, a ete bien mis en valeur par tous.
ceux qui se sont occupes de ce groupe morbide. Les faits demeu-
rent : nous avons vu dans une famille apparaitre des attaques.
cataplectiques percues comme un phenomene anormal, mais a
peine pathologique, les membres atteints etant des hypogenitaux,
obeses, vagotoniques, avec une cataracte du type de Coppock.
Nous n’avons pas retrouve dans la literature des observations
de cataplexie familiale. Nous avons recherche une comparaison
dans le domaine des narcolepsies : Thiele et Bernhardt signalent
(p. 141) une forme familiale de narcolepsie, ou la meme maladie
existe a l’etat pur chez une tante. J. Bauer (5) l’a observee chez:
le pere et le fils, mais les observations les plus importantes sont
celles de Hoff et Stengel concernant quatre families ou les nar¬
colepsies apparurent chez deux ou plusieurs membres. Ces
observations ont toutefois ete soumises a une critique serree par
Wenderowic qui croit a 1’origine exogene du syndrome (22).
II. Famille M... Cataplexie, narcolepsie,
atrophie optique bilat6rale
Observation I. — Antecedents hereditaires. — Les grands-parents
des deux cotes etaient solides et atteignirent respectivement l’age de
80 et de 90 ans.
Ils eurent huit enfants qui tous sont encore en vie, a l’heure actuelle^
sauf la mere de notre patient.
Du cote paternel, le grand-pere a presenle une cataracte senile, la
grand’mere un glaucome et une atrophie bilaterale des nerfs opliques.
Le pere de notre patient subit, a l’age de 42 ans, une intervention
chirurgicale suivie d’une hemorragie grave qui entraina une atrophie
des nerfs optiques.
II est encore en vie, est age de 58 ans, et presente a l’heure actuelle
des crises de vertiges avec chute sur lesquelles nous allons revenir.
La mere de notre malade est morte de tuberculose pulmonaire a
l’age de 29 ans.
Le pere de M. M. presente deux sortes d’acces.
Les premiers sont tres frequents, pratiquement quotidiens, et il
en note parfois plusieurs par jour.
Ils le surprennent le plus souvent en promenade : les objets tour-
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
15
nent rapidement autour de lui, il s’arrete quelques instants, puis le
vertige passe et il peut reprendre sans difficult^ sa marche.
La seconde variete de troubles est beaucoup plus rare. Ceux-ci
entrainent une chute ou tout au moins une perte instantanee de con¬
sole. Brusquement, il remarque que tout tourne autour de lui, et il
a la sensation que le sol se derobe sous ses pas. C’est elle qui entraine
sa chute. Il suffit, alors, de le prendre par le bras, au moment ou le
vertige commence et meme quand il vient de sentir le flechissement
apparaitre, pour que tout soit passe, une seconde apres.
Ce flechissement instantane des jambes est parfois pressenfl : il
appelle- aussitot quelqu’un de son entourage, et, le plus souvent, un
soutien minime sufflt a prevenir les chutes.
Dans les heures qui precedent un acces semblable, il ne resent
rien d’anormal, sauf, peut-etre, une certaine lourdeur ou vide
dans la tete. Immediatement, apres cette chute, il n est ni confus,
ni etonne il ne ressent aucun mal de tete et n’a jamais perdu cons¬
cience un instant. Voici, comme exemple, l’une. des dermeres crises
du second type, racontee par le frere du patient.
« Mon frere etait assis dans son fauteuil a table et ecoutait la lec¬
ture d’un journal. Brusquement, sans que rien ait pu f-ire prevom
quelque chose, il m’appelle : « Leon, Leon, je tombe. » En reaUte,
il s’affaisse dans son fauteuil au point qu'il ghsse presque par terre,
remue un instant les bras. Je le saisis aussitot par un poignet, ]e lui
dis : « Qu’y a-t-il ? ». A cet instant meme, il se remonte et me re¬
pond : « Ce n’est rien, tu peux continuer ta lecture. »
Ce premier malade presente deux types d’acces : l’un, venta-
bles crises vertigineuses de tres courte duree, mais sans trou
de conscience et sans chute, les seconds, suspensions tomques
de tres courte duree, introduites ou non par un vertige, avee
integrite de la conscience.
En dehors de ces paroxysmes, qui n’ont pas vane depuis
vingt ans, et d’une atrophie optique bilaterale, on n’observe
aucun trouble fonctionnel.
La mere de ce patient a presente une atrophie bilaterale des
nerfs optiques.
Obs. II. _ Antecedents personnels. — M. M. n’a jamais ete souffrant
jusqu’au moment de son service militaire. A cette epoque, il fit une
fracture de la rotule, qui dut etre operee a trois reprises.
Il se maria a l’age de 29 ans et n’a pas d’enfants.
Pas d’exces alcooliques ni veneriens.
Histoire. — Il se plaint depuis une dizaine d’annees, mais de plus
en plus frequemment depuis six ans de somnolence, puis d’arrets
bizctrres dans le mouvement qu’il a denomme lui-meme des « reflexes
LUDO VAN BOGAERT
contraires » ; de crises qu’il dit internes, de phenomenes vasomo-
teurs et vegetatifs. L’interrogatoire de ce sujet qui est un homme
intelligent nous a permis de preciser tres aisement ces differents
troubles assez subtils :
1° Somnolence. En tout temps et a tout moment du jour, il sent
des envies irresistibles de dormir, meme avant le repas.
« Au bureau, pendant que je tape a la machine, pendant que je
fais des additions ou que je fais d’autres operations arithmetiques, il
m’arrive de m’endormir, sans que j’aie le courage ou la volonte de
reagir. Des mon lever, meme pendant mon dejeuner, en lisant le
journal, il m’arrive de m’endormir. Je me leve, me promene, la som¬
nolence disparait, mais il suffit de quelques instants d’immobilite
pour que je me rendorme. Meme quand je me tiens debout expresse-
ment, pres de la table, pour lire mon journal, je m’endors debout. »
Il a envie de dormir en roulant en bicyclette et doit faire des
efforts considerables pour resister alors au sommeil. Il lui est arrive,
A plusieurs reprises, de rouler en dormant : il s’en apercoit quand il
s’eveille et qu’il realise la distance pareourue.
Il lui est arrive, au bureau, de se rendre, volontairement, en rem-
placement d’un collegue, dans la salle des coffres, ou le travail est
plus minutieux, esperant trouver ainsi une derivation a son envie de
sommeil. Il lui est arrive de s’y retrouver endormi, le doigt sur la
poignee d’un coffre, la main sur un dossier ou debout sur une echelle.
« Au moment ou je me reveille, voici ce que je ressens : j’ai
1’impression que tout a coup la direction de ma circulation change,
j’ai 1’impression d’un tremblement interieur, d’une vibration rappe-
lant celle qu’on eprouve a l’interieur d’un vehicule qui, lance a toute
vitesse freine brusquement. On reste alors sous 1’impression de ce
tremblement interieur pendant quelques instants, meme apres 1’arret
complet. >>
2° Les etats cataplectiques. Le malade etant dans ses dispositions
habituelles, on dit a l’improviste quelque chose qui le fait rire :
aussitot, les jambes plient, souvent plusieurs echappements analogues
se succedent au point qu’il doit se tenir, pour ne pas s’agenouiller.
La meme sensation et la meme perte de controle surviennent quand
il doit emettre avec energie une remarque, une observation : « Quand
mon chien desobeit, ou que j’ai a plusieurs reprises du lui defendre
energiquement quelque chose et que je le crie trop energiquement...,
je suis par terre. »
La meme chose lui arrive, quand, pour appuyer un ordre energi-
que, il fait quelques mouvements de force : « Un jour, j’intime a mon
chien, d’un geste violent du bras droit, l’ordre de sortir de la cham-
bre, mon bras reste etendu, je suis incapable de le retirer pendant
un court moment, ma bouche reste ouverte, je suis incapable de la
refermer et j’eprouve quelques tremulations dans les levres. Tout
cela ne dure evidemment qu’un instant, mon entourage ne remarque
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
Tien, il n’y a que moi qui me rends compte que quelque chose est
deregie : c’est ce que j’appelle mes reflexes contraires. »
Ces phenomenes se presented aussi quelquefois, quand il tient un
•objet en main. Et voici un exemple :
« J’avais depose ma cigarette allumee sur le bord d’un cendrier,
place sur la table devant moi. Mon petit neveu, age de 7 ans, pensant
que je ne l’observais pas, s’empare de la cigarette et veut la porter a
ses levres. A ce moment, je tendais avec la main droite mon bol a ma
femme pour le faire remplir de cafe. J’avais deja defendu a plusieurs
reprises a mon petit neveu de fumer, et, au moment ou je vois qu’il
va atteindre a la cigarette, je lui donne de ma main gauche, une
legere chiquenaude. A ce moment, j’ai senti mon bras droit m’echap-
per, j’ai du rapidement deposer la tasse sur la table, parce qu il
m’e'tait impossible de la garder plus longtemps en main. »
Il n’est jamais arrive au sujet de rester bloque dans un mouvement
pres du but ou a mi-chemin d’un but. Le trouble du mouvement est
surtout marque au moment ou il accomplit, en meme temps que le
premier, un autre mouvement accompagne d’une modification dans
son affectivite. L’exemple de la cigarette est caracteristique. Le se¬
cond mouvement est alors execute. Le premier s’abolit pendant un
court espace de temps.
Ces pertes de tonus n’ont jamais entraine de chute.
En voici un autre exemple :
« J’ai appele mon chien a plusieurs reprises. Il n’obeit pas, je
l’appelle plus fort, en faisant des mouvements giratoires au-dessus
de ma tete, avec mon fouet, au meme moment, je flechis a trois ou
quatre reprises, a travers les genoux, sans etre capable de lutter
contre ces echappements. »
3° Les paralysies paroxystiques prehypniques. Quand le malade se
couche, il est presque toujours sujet a des phenomenes subjectifs
qu’il appelle ses « crises internes », et qu’il decrit comme suit : « Je
me couche, je ne suis pas encore endormi, ni meme somnolent. Cette
crise n’apparait que 5-6 minutes apres que je me suis mis au
lit, et d’ailleurs pas tous les soirs. Mes oreilles commencent a
siffler, je suis aussitot incapable du moindre mouvement, incapable
de parler, ma langue a l’air d’etre flxee dans mon arriere-gorge, mon
coeur bat violemment, pendant que quelque chose de mal definissable
m’envahit. Il arrive que ces battements de coeur soient douloureux.
Quelques instants apres, j’ai une respiration profonde et tout rede-
vient normal. »
Ces incidents se reproduisent parfois a plusieurs reprises et a la
fin seulement, je me rendors. Quand cela m’arrive, je suis tres bien
-eveille, je ne suis pas oppresse, et je n’ai pas de cauchemars. Je sais
exactement oil je suis, ce que je ressens, mais j’ai l’impression de
mourir, je voudrais crier, prevenir, mais j’en suis incapable. Je suis
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94e annee, t. I. — Janvier 1936. 2,
LUDO VAN BOGAERT
incapable de faire de moi-meme la respiration profonde, liberatrice*
Ma femme, qui a ce moment m’a deja, a ma demande observe, me dit
que toute expression de ma figure disparait et que mes levres sont
retirees, decouvrant mes dents, comme si j’allais sourire. »
4° Les phenomenes vasomoteurs et vegetatifs : II se plaint surtout
de douleurs precordiales et de palpitations. Cette gene s’accompagne
d’une sensation de battements dans toutes les arteres. A ce moment :
on sent battre partout son pouls, nous dit sa femme, et il est tres.
rouge. Si, a ce moment, « je me trouve dans une place sombre, ou je
je ferme les yeux, je ne vois devant les yeux que des scintillements,.
des fusees comme d’un feu d’artifice ». II a toujours trop chaud et
transpire abondamment lorsque tout le monde se plaint de froid. Les
paroxysmes circulatoires sont parfois remplaces par des crises dou-
loureuses epigastriques avec salivation intense, pendant une a deux
minutes, puis il a quelques nausees, parfois un vomissement et tout
rentre dans l’ordre.
Examen objectif : Habitus du type pycnique.
Pression arterielle 15/10. Reflex e oculo-cardiaque fortement
positif.
Pupilles en miosis. Fond d’oeil normal. Reflexes pupillaires
conserves.
Examen neurologique et auscultatoire negatif.
Metabolisme basal, + 3 %.
Sang : globules rouges, 4.100.000 ; globules blancs, 11.200 ; formule
normale ; hemoglobine, 100 % ; Wassermann et Kahn negatif s.
Nous retrouvons, chez ce malade, depuis dix ans, a cote d’atta-
ques narcoleptiques caracteristiiques, de courtes pertes du con-
trole touique, des attaques de paralysie prehypnique, des signes.
de vagotonie.
Ce malade, qui est un excellent observateur, donne de curieu-
ses notations sur les impressions qui accompagnent les decon-
nexions de V initiative vclontciire et de la vigilance . Le sentiment
de vibration interne, de choc en retour profond, qui accompagne
le paroxysme paralytiique du coucher, sont des nuances si par-
ticulieres qu’on ne les retrouve chez aucune autre categorie de
malades. Dans le cas que void, les deconnexions de la vigilance
ne s’acompagnent d’aucun phenomene onirique. D’ailleurs, en
general, le sujet reve rarement et lui-meme signale qu’il a une
puissance d’evocation visuelle tres minime. Cette pauvrete des
reves et de l’imagination se retrouve cgalement chez son pere.
Les intermittences de la vigilance et de l’initiative motrice
surgissent ici sur un fond de vagotonie rouge.
On ne peut s’empecher de rapprocher les eclipses cataplecti-
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
ques de ce malade des pertes de contrcle tonique du pere ; la
l'orte teinte vaso-paroxystique du fils de la notion d’une amaurose
hrutale survenant chez son pere, a la suite d’une hemorragie
gastrique grave et amo'rcant une atrophie optique bilaterale, et
du glaucome avec atrophie optique bilaterale chez la grand’mere.
Dans toute cette famille, nous retrouvons une grande fragilite
de la regulation vasomotrice, une grande labilite du controle
tonique et de la vigilance. Ces dereglements apparaissent preci-
sement a 1’occasion des circonstances physiologiques qui, norma-
lement, exigent une alerte efficace de ces fonctions : emotion,
surprise ; periode de preparation an sommeil... Le complexe
pathologique familial se dissocie au hasard des individus et c’est
pourquoi on risque de passer a cote des fils qui relient entre eux
ces symptomes. La situation de l’atrophie optique des parents
et grands-parents est difficile a definir dans ce complexe : est-
elle une resultante des desordres vasomoteurs ? fait-elle partie
du groupement morbid e ?
Cette derniere hypothese ne doit pas etre formellement reje-
tee car les perturbations que nous venons d’enumerer ont pro-
bablement pour cadre l’etage hypothalamo-tuberien, c’est-a-dire
une region juxta-chiasmatique : nous n’en dirons pas plus.
Ce complexe fait de troubles paroxystiques du tonus d’attitude,
de Vinnervation volontaire, de la vigilance, de la vasomotricite,
merite d’etre signale.
III. Famille V... Hypertonie affective isolee
Le negatif des faits precedents de cataplexie emotionnelle est
eonstitue par des processus affectifs realisant des renforcements
momentanes du tonus musculaire. Suivant certains auteurs, les
emotions agreables auraient plus particulierement ce pouvoir
renforgateur.
Nous avons eu Foccasion d’etudier un etat analogue, dans
une famille que nous suivons depuis quelques annees, et de nous
assurer que ces renforcements « corresponding opposites » des
abolitions precedentes n'ont rien a voir avec un processus palho-
logique determine, mais qu’ils constituent des modes de reaction
individuels, exceptionnels sans doute, par leur intensite, suscep-
tibles d’etre transmis hereditairement.
Obs. I. — Mine V... est ag'ee de 27 ans, mariee a 1’age de 21 ans elle
a trois enfants bien portants. Le mari est bien portant. Pas de mala-
20
LUDO VAN BOGAERT
dies graves sauf a l’age de 18 ans une scarlatine avec nephrite hemor-
ragique. La convalescence fut longue mais le retablissement complet.
Cette malade a ete observee par nous a plusieurs reprises car elle
presente de temps a autres des etats de depression anxieuse, neces-
sitant un repos prolonge, hors du cadre familial.
Le dernier accouchement fut plus penible que les deux precedents,
la parturiente ayant ete affaiblie, vers la fin de sa gravidite, par un
regime tres severe necessite par une poussee de pyeloriephrite. Le
premier retour des regies a degenere en une veritable hemorragie
pour laquelle un gynecologue a ete convoque. C’est celui-ci qui nous
a fait appeler aupres d’elle, etant impressionne par la rigidite de
la malade, avec un pouls ralenti et bien frappe.
L’hemorragie avait cesse depuis une heure quand nous avons exa¬
mine la malade. L’aspect etait en effet assez impressionnant. La
malade etait couchee sur le dos, le tronc legerement incurve, en
arriere. Les jambes etendues, le corps reposant sur le lit, par les
fesses et les talons. Les pupilles etait dilatees, reagissant lentement a
la lumiere, le reflexe corneen etait conserve.
Temperature 36°4. Pas de transpiration, ni de moiteur, la chaleur
du corps paraissait normale.
A nos injonctions, nous voyons que la malade entend ; les globes
oculaires se tournent vers nous. Pas de mouvement mimique. Pas de
reponse.
Sensibilite a la piqure conservee : au lieu de retirer la jambe, elle
la raidit et le masque se crispe legerement.
Pas de signes de Babinski. Reflexes tendineux nets. Pas de clonus
du pied. Persistance des attitudes : sans roue dentee, ni exaltation
des reflexes de posture. Quand on recherche le reflexe de posture
par la manoeuvre classique, au niveau du jambier anterieur, on voit
celui-ci denieurer en tension, pendant un certain temps puis se rela-
cher brusquement. Ce meme relachement brusque s’observe au
niveau des segments des membres auxquels on impose une attitude
anormale. Nous avons revu la malade une seconde fois six heures
plus tard. La situation n’avait pas change : 1’hemorragie etait arretee,
le pouls demeurait a 68-70. Nous avons pratique alors, dans un but
suggestif, une injection intramusculaire de 3 cc. d’ether sulfurique.
Cette injection fort douloureuse etait bien ressentie. Une heure apres
la malade put bouger. Le lendemain tout avait disparu. Elle avait
conserve un souvenir exact de tous les evenements deroules pendant
son immobilisation, mais ne pouvait pas prononcer un mot malgre
ses efforts, meme pas crier au moment de 1’injection d’ether.
Elle reprochait au voisinage et a nous-meme de nous etre inquietes
de cet etat de raideur qu’elle avait deja ressenti deux fois avant, une
fois pendant la nuit et une autre fois pendant le jour, mais pas aussi
longtemps. Elle nous a assure que sa mere avait presente, a l’occasion
d’un accouchement penible, le .meme acces de rigidite et que les
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
medecins consultes avaient craint une infection tetanique. La rigidite
de la mere dura une journee entiere. Ces faits n’ont pu etre contro-
les. La mere est inorte a 54 ans de cancer gastrique.
Notre malade avait ete fort impressionnee par l’hemorragie uterine
et s’etait affolee.
Malade de tres belle taille, pigmentee, cheveux noirs, regies regu-
lieres plutot abondantes, type longiligne, aspect un peu asthenique.
Sommet gauche submat. Lesions de fibrose apicale ancienne.
Coeur normal. Pression arterielle, 14,5/10. Tendance a l’arythmie
cardiaque, surtout apres enervement et a l’occasion d’aerophagie.
Metabolisme basal : 4- 9 %.
Glycemie : 1,08. Cholesterine : 1,95. Uree-sang : 0,30.
Wassermann negatif.
Examen hematologique normal.
Epreuve de glycosurie alimentaire negative.
Obs. II. — Jean V..., 8 ans, est un enfant assez chetif, il a presente
pendant deux ans des poussees febriles attributes a une adenopathie
tracheobronchique suspecte. II a ete eleve au bord de la mer, par sa
tante paternelle. Cet enfant a contracts, a l’age de 6 ans 1/2 une
rougeole banale et a presente a l’occasion d’une poussee febrile assez
elevee, au moment de 1’eruption (40°3), une crise de rigidite qui a
dure une vingtaine de minutes et qui s’est repetee le lendemain pen¬
dant une dizaine de minutes au moment d’un nouveau clocher ther-
mique (39°7).
Le medecin traitant n’a rien remarque de particulier avant et apres
I’acces. La conscience etait parfaitement conservee. Cet enfant ne
presente aucune manifestation neurologique, ni nevropathique, par
ailleurs.
Type asthenique tout a fait net. Adenopathie tracheobronchique.
Coeur et pression arterielle normaux. Metabolisme basal : + 4 %.
Glycemie : 0,71 ; cholesterine : 1,30 ; leucocytose : 9.100 ; globules
rouges : 4.650.000.
Formule a deviation lymphocytaire : 41 %.
Epreuve de glycosurie alimentaire negative.
Pirquet :
Obs. III. — Helene V..., 6 ans.
Enfant bien portante, mais difficile, plutot adipeuse, faisant facile-
ment des eczemas et des manifestations d’acne sur fond seborrheique.
Varicelle a l’age de 3 ans 1/2 sans complication.
La mere nous a renseigne spontanement que, de temps a autre, a
l’occasion d’une grande joie, l’enfant se dresse sur la pointe des pieds,
qu’elle se raidit, que le tronc se renverse en arriere, qu’elle ecarte les
doigts et tombe comme une statue. Cette chute est de courte duree et,
le plus souvent, elle se ramasse avant d’etre vraiment par terre. Elle
ne se blesse jamais.
22
LUDO VAN BOGAERT
Cette raideur ne s’accompagne d’aucune morsure de la langue, ni
de pertes d’urines ou d’inconscience.
Nous n’avons jamais vu ces acces de rigidite, mais tin jour, en l’exa-
minant, contre son gre, elle a fait devant nous une vraie crise de
colere pathologique suivie de chute avec rigidite persistante pendant
une quinzaine de secondes.
Son attitude alors rappelle exactement celle de la mere ; elle n’en
differe que sur un seul point, c’est qu’il est impossible d’attirer l’atten-
tion de l’enfant et que les reflexes tendineux sont beaucoup plus
exaltes. Elle presente aussi la persistance des attitudes. Une injection
de cafeine (nous n’avions pas d’ether sous la main) a mis fin a l’etat
de rigidite et l’enfant s’est mise a pleurer. Conservation des souvenirs,
pas de perte d’urine pendant cet acces.
L’examen neurologique et general ne decele aucun trouble.
Type adipeux, enfant pale, cheveux tres fins, tendance a la bouffis-
sure palpebrale. Abdomen tres developpe. Chapelet costal rachitique.
Auscultation negative pour le coeur et les poumons.
Metabolisme basal : — 7 % ( — 8 %).
Glycemie : 0,81 ; cholesterinemie : 1 gr. 97 ; uree-sang : 0,21.
De temps a autre, urobiline en assez forte quantite dans les urines.
Vomit facilement. Tres sensible au vertige. Epreuve de glycosurie
alimentaire positive.
Cuti-reaction negative.
Nous trouvons done, chez la mere et deux enfants, des crises
de catalepsie survenant a l’occasion d'une emotion (frayeur,
colere), caracterisees par un renforcement anormal clu tonus,
aboutissant au maintien des attitudes, avec mydriase et sans
troubles des reflexes tendineux ou cutanes. La grand’mere aurait
presente, dans les mernes circonstances que sa fille, un acces
semblable. L’enfant presente, en dehors de ce seul acces que
nous avons vu, des renforcements tres courts, avec chute conse¬
cutive, mais la reprise du co'ntrole est tellement rapide qu’il
parvient generalement a se ramasser avant de s’etre etale sur
le sol. Nous trouvons done, chez ces malades, tous les types
intermediaires entre la crise cataleptique de longue duree et les
eclipses cataleptiques tellement breves que, si 1’enfant avant de
tomber ne se dressait pas sur la pointe des pieds et le corps en
arriere, la phase rigide pourrait passer inapercpie.
Dans l’observation 3 de la famille R..., nous avons note l’exis-
temce d’un paroxysme de rigidite analogue, immediatement avant
une chute cataplectique.
L’absence des autres signes de la serie epileptique, de tout
autre incident convulsif ou equivalent, permet d’eliminer cette
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
23
ctiologie. II faut admettre que nous sommes en presence de
uhenomenes cataleptiques isoles.
1 On voit aussitot, en parcourant ces trois observations, que ces
incidents ne sont lies a aucune autre modification endocn-
nienne ou trophique, et qu’ils s’observent chez des types morpho-
element aussi differents que la mere et la fdle . Contraire-
ment aux observations de cataplexie, le trouble neurologique ne
paratt pas lie, dans la famille qui nous occupe, a une constitution
somatique constante et ce fait negatif nous a conduit a chercher,
si on ne trouve pas dans les collateraux, d’autres indices qui
nous mettent sur la trace du capital hereditaire auquel nous
pouvions rattacher ces paroxysmes rigides. a ,
Dans la premiere generation, nous retrouvons du cote mater-
nel une tante qui a presente pendant toute sa vie des troubles,
mentaux graves ; morte a 41 ans a Gheel. Le premier trouble
avait apparu a l’age de 20 ans, et etait car acterise par un delire
La grand’mere de notre malade etait une originale, assez
misanthrope, trfes depensiere et avail fait, vers la quarantaine,
un episode depressif. Sur les collateraux paternels, pas de ren-
seignements. Son grand-pere (1/3) etait un homme fort cultive,
de caractere apparemment normal, rnais avait eu, a lage de
37 ans, une tuberculose osseuse fistulisee de la hanche.
Dans la deuxieme generation, nous trouvons une femme
atteinte de demence precoce, une femme (II/3) du cote maternel
atteinte de troubles mentaux legers (schizophrenie ?). Du cote
paternel, dans les descendants collateraux, un tuberculeux, mor-
phinomane et ayant mene une existence de reclus, mort a
38 ans (II/7). . , ,
Dans la troisieme generation, un enfant nettement arnere
avec double pied-bot (III/2).
Un autre enfant du cote paternel, qui a fait, a l’occasion d’une
grippe banale, des manifestations encephalitiques graves, avec
sequelles (III/2).
L’enquete genealogique revele, du cote paternel, une impre¬
gnation tuberculeuse qu’on peut poursuivre dans les collate¬
raux ; du cote maternel, plusieurs individus avec des troubles
mentaux graves, qui semblent devoir etre rattaches plutot au
gro’upe de la schizophrenie. On se demande si les troubles psychi-
ques discrets que nous avons observes chez la mere (obs. 1) a
deux ou trois reprises, ne sont pas des manifestations episodi-
ques de la meme origine.
La litterature neurologique reeente apporte quelques faits qui
LUDO V.4.Y BOGAERT
s’inscrivent dans le meme groupe que celui de la famille V... que
nous venom de rapporter.
L’hypertonie affective paroxystique a ete tres completement
etudiee au point de vue clinique et physiologique par Max
Levin (18) et il suffira de se reporter a son travail pour retrou-
ver les nombreux exemples de cette reaction observes chez des
animaux inferieurs (chevre, mouton, cheval, perroquet, co-
baye...) et la litterature complete qui les comcerne. II rassemble
egalement une serie d'exemples tires de la litterature, oil ce
paroxysme hypertonique a apparu, chez l’homme, a la suite
d’une emotion, sans perte de connaissance, au cours d’etats.
pathologiques fort differents : myotonie, paraplegie spasmodi-
que, epilepsie larvee ou sous-corticale, lesions striees, parkin-
sonisme, etc... Ce groupe de faits est fort different de ceux
que nous rapportons plus haut et aussi de ceux que decrit Max
Levin (18) dans la seconde partie de son travail. II s’agit ici
de paroxysmes toniques constituant somme toute des fragments
d’automatismes moteurs complexes, qui ne se presentent pas
isoles dans leur evolution. Nous reconnaissons vo'lontiers que la
distinction semiologiqne de ces hypertonies paroxystiques secon-
daires et des autres, qu’on pourrait appeler essentielles, est
impossible, mats ce qui separe precisement celles-ci de celles-
la, c’est qu’elles ne sont accompagnees d’aucun trouble moteur
neurologique tels qu’un equivalent epileptique, un etat rigide
permanent, une paraplegie spasmodique, etc. Cependant, l’obser-
vation 1 de Levin est entierement de l’ordre de nos cas person¬
nels. Cette malade presenta, de 11 a 17 ans, de nombreuses atta-
ques oil elle etait incapable de bouger, avec une sensation de
raideur intense, attaques apparaissant a la suite de honte^
d’angoisse, de rancune, ou d’emotion penible. Apres 17 ans, elle
ne presente plus qu’un seul acces (a 43 ans). Elle ne perd cons¬
cience qu’une seule fois. L’examen neurologique est negatif,
Texamen somatique, a 59 ans, ne montre qu’une arteriosclerose
moderee.
La troisieme observation de Levin concerne une jeune femme
de 21 ans presentant, depuis l’age, de 18 ans, un tremblement
des membres, persistant meme pendant le solnmeil. A l’age de
20 ans, elle presenta des attaques de cataplexie et d’hypertonie
affective ; a 1’age de 21 ans, les attaques d’hypertonie se pro-
duisirent a l’occasion d’une frayeur, d’une surprise, d’une
angoisse, parfois meme en se reveillant d’un mauvais reve. Dans
aucune de ces attaques, la patiente ne perd conscience, pas de
pertes d’urines, ni de chutes. Elle presente, en meme temps, de
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
25
veri tables cataplexies au rire, a la frayeur, au bruit, cbmme
dans la famille R...
Dans aucun des deux cas de Levin, nous ne trouvons de
renseignements sur une incidence familiale eventuelle.
L’etat cataleptique ne s’accompagne pas, dans nos observa¬
tions, de revulsion des globes oculaires, de miosis, ni d’un depla¬
cement de l’equilibre vegetatif dans le sens vagotonique. II se
differencie done, par ses symptomes d’accompagnement, des
etats cataplectiqu.es et, cependant, tous les dpux s’installent avec
la brusquerie d’un etat reflexe.
Les relations de la qualite des modifications toniques avec
la qualite de V emotion qui les provoque ont ete prises en consi¬
deration par bon nombre d’auteurs : il est convenu d’admettre
que les cataplexies sont le plus souvent liees a des emotions
violentes et agreables, telles que le rire (gelolepsie) et Forgasme
(orgasmolepsie) que les attaques d’hypertonie ou de catalepsie
sent le plus souvent provoquees par des emotions penibles. Cette
regie n’a rien d’absolu comme le montrent les observations de
Ziegler (17), de Keller (18), et les notres, mais elles semblent
corroborees par les recherches experimentales faites par Pas-
ldnd (19) sur le tonus normal, au cours du rire. Que d’autres
facteurs comme l’effort musculaire (Scharfetter et Seeger),
Fhemorragie, la fievre, puissent intervenir dans leur genese, nos
observations semblent le demontrer.
Quci qu’il en soit, le mecanisme du renforcement ou de Vabo-
lition du tonus est purement reftexe. Chez Findividu normal, ces
variations sont a peine perceptibles : elles sont inhibees tres
probablement par les centres les plus eleves. Des lors, on doit
se demander comment ce mecanisme affectivo-tonique en arrive
a etre decontrole. Deux hypotheses sont possibles : on peut
admettre avec Levin une exaltation de l’irritabilite au niveau
meme de Fart reflexe, comparable a l’exaltation de Fexcitabilite
des arcs reflexes par la strychnine, ou bien une diminution du
pouvoir de freinage des centres superieurs. Notre ignorance sur
le trajet exact de cet art reflexe doit rendre toute interpretation
particulierement prudente, cependant il semble bien qu’entre
autres voies, cet arc emprunte l’appareil thalamostrie. Sa raise
ei circuit a F occasion d’emo'tions, la forme assez souvent extra-
pyramidale de sa formule motrice autorisent cette hypothese.
Cette interpretation peut etre etendue, sans forcer les faits, aux
26
LUDO VAN BOGAERT
observations familiales que nous venons de decrire. Dans la pre¬
miere, nous sommes en presence d’un syndrome endocrino-
vegetatif familial et on croit que l’appareil endocrino-vegetatif
a une action regulatrice sur l’activite des centres cerebraux
superieurs. Dans la troisieme, nous trouvons un terrain psychopa-
thique ou dominent les tendances a la dissociation mentale. II est
impossible de dire si les facteurs constitutionnels interviennent,
an titre d’un phenomene tcxique augmentant l'excitabilite de
Parc reflexe, ou, comme cause d’une insufflsance dans l’inhibition
corticale.
Conclusions
1. Dans la famille R..., nous trouvons associes, sous une forme
keredo-familiale dominante, la triade suivante : cataracte de
Coppcck, syndrome hypogenito-thyroidien, vagotonie et attaques
de cataplexie. Ce complexe se retrouve chez quatre membres de
la souche. Nous discutons les rapports du phenomene tonique
avec le syndrome endocrinien.
2. Dans la famille M... nous surprenons, sous une forme here-
ditaire, le complexe : cataplexie-narcolepsie, associe deux fois a
des atrophies optiques bilaterales. On ne peut pas deceler dans
ces cas de constitution endocrino- vegetative constante ; mais le
malade le mieux etudie se presentait cgalement comme un vago-
tonique. ,
3. Dans une famille V... nous trouvons, sous une forme heredo-
familiale dominante, des attaques de cataplexie ou d’hypertonie
affective. Cette souche a par ailleurs une teinte schizophrenique
non douteuse. On ne peut pas deceler, chez les sujets atteints du
trouble tonique, une constitution endocrinienne ou vegetative
constante. Nous discutons les rapports de ces cas avec les obser¬
vations connues dans la litterature.
4. Les paroxysmes de renforcement ou d’abolition toniques
sont le plus souvent lies a des emotions, mais cette regie n’est pas
absolue. Quel que soit le mecanisme physiopathologique en cause,
dans ces denivellations d’origine affective, les paroxysmes consti¬
tuent des symptomes et non une maladie : ils constituent un
mode de reaction motrice que l’organisme met en jeu dans
des circonstances tres variees et dont les caracteres heredi-
taire et familial meriteraient d’etre recherches plus souvent : ils
sont distincts des reactions epileptiques et hysteriques.
Aoiit 1935.
PAROXYSMES REFLEXES DU TONUS
27
BIBLIOGRAPHIE
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2'3. Nettleship. — Transact. Oph /,. U. K., 1906.
NOUVELLES RECHERCHES
SUR L’ACIDE FORMIQUE
DANS LE LIQUIDE CEPHALO-RACHIDIEN 0>
(d’apres la methode de Toye et Jaulmes J
J. HAMEL, R. BUISSON et M. CHAVAROT
Depuis l’annee derniere, a la suite des travaux de Toye, les.
psychiatres ont appris a connaitre line notion nouvelle : la pre¬
sence frequente d’acide formique dans le liquide cephalo-rachi-
dien de dements precoces hebephreno-catatoniques.
Cet auteur ccnsacre sa these a l’etiologie de la demence precoce
et, considerant plus specialement les rapports de cette affection
avec la tuberculose, il declare :
Tout un faisceau d’arguments milite en faveur d’une concep¬
tion toxique, abiotropliique de la demence precoce, qui n’est pas
un syndrome tuberculeux vrai, mais un syndrome paratuber-
culeux (Pages), c’est-a-dire caracterise par 1’exageration des
processus de defense contre l’infection tuberculeuse, grace a
1’intervention d’agents chimiques antituberculeux.
La demence precoce serait done la consequence d’une intoxi¬
cation de l’organisme.
Les travaux de l’ecole de Montpellier, depuis longtemps deja,
avaient signale l’existence chez les dements precoces d’un pro¬
cessus degeneratif qui serait peut-etre a la base des troubles
mentaux et que de nombreux auteurs francais et beiges ont
verifie depuis. Or, ce processus degeneratif a ete realise experi-
(1) Travail du laboratoire de l’Asile de Mareville.
Ann. Med.-psych., XV0 serie, 94' annee, t. I. — Janvier 1936.
RECHERCHES SUR L’ACIDE FORMIQUE
mentalement chez le chien par Grinfelt et Mile Simon a l’aide
•de I’acide formique. L’action de celui-ci sur le systeme nerveux
-se traduisait par l’atrophie neuroepitheliale du cortex, la chro-
matolyse cellulaire, en particulier des grandes cellules pyrami-
dales et la degenerescence muqueuse de la nevroglie interfasci-
culaire : lesions anatomo-pathologiques que la plupart des
.auteurs admettent aujourd’hui comme frequentes dans la
demence precoce.
C’est sur cette hypothese que Toye developpe sa these, qu’il
complete par un recent travail experimental. Ses conclusions
sont les suivantes :
1° L’acide formique constitue une etape dans le metabolisme
-des graisses, des hydrates de carbone et d’un certain nombre
-d’amino-acides (l’histamine en particulier). II existe dans le sang
«t dans les urines normales.
2° Experimentalement, l’acide formique diminue le pouvoir
pathogene du Bacille de Koch et de sa toxine.
3° La neurotoxicite de l’acide formique cree la degenerescence
muqueuse de la nevroglie. L’animal iirtoxique presente de la
eatalepsie et un comportement special.
4° L’acide formique n’existe pas dans tous les liquides
cephalo-rachidiens, je ne l’ai jamais trouve dans les liquides
cephalo-rachidiens d’idiots et de paralytiques generaux.
Je l’ai trouve 18 fois dans 34 liquides cephalo-rachidiens de
•dements precoces, soit dans plus de 50 % des cas.
Si l’oii rapproche des publications de Toye la these de Depoire,
laquelle demontre que l’acide oxalique est egalement un prin-
•cipe antituberculeux, on cede volontiers a la tentation de voir
1’acide formique succeder dans l’organisme par simple decar¬
boxylation a l’acide oxalique qui, lui aussi, est un produit de
disintegration alimentaire et tissulaire. Tous deux, reducteurs,
peuvent probablement s’opposer a la pullulation du germe tuber-
-culeux, qui appelle au contraire l’oxydation.
Lorin a signale l’acide formique comme terme intermediaire
de la decomposition par la chaleur de l’acide oxalique en CO,
CO2 et HsO.
Carles l’a reproduit par chaulfage a 100" a l’aide d’une solu¬
tion concentree d’acide oxalique.
Corvisart a mis en evidence le passage d’un acide a l’autre,
1’acide formique naissant d’une solution oxalique etendue (a la
Jumiere, en presence de sels d’amyle).
L’organisme, les plexus choro'ides possedent-ils, chez le
J. HAMEL, R. BUISSON ET M. CHAVAROT
dement precoce, le catalyseur necessaire a cette transformation T
Ou bien une toxine tuberculeuse permet-elle la production
d’acide formique a partir de l’acide oxalique et d’un alcool
polyatomique venu des glycerides, dont est particulierement
riche le systeme nerveux ?
Ce probleme de chimie biologique reste entier, dit Depoire.
Du point de vue psychiatrique, faut-il faire un parallele entre
la transformation acide oxalique-acide formique et la transition
clinique de la psychasthenie oxalemique tuberculeuse a la de-
mence precoce ?
Les auteurs montpellierains en semblent convaincus et les
travaux des eleves que nous avons signales refletent les concep¬
tions de leurs maitres, le doyen Euziere et le Professeur Pages,,
pere des syndromes paratuberculeux. Quoi qu’il en soit, Toye,
qui s’est specialement attache a l’acide formique, a eu le merite,
apres avoir essaye deux methodes discutables, d’avoir mis au
point avec Jaulmes une technique sure de recherches, derivee de
celle de Lafargue.
La lecture du travail.de Toye, nous ayant vivement interesses,
nous avons eu l’idee d’experimenter sa technique. Puis, remar-
quant que le materiel clinique qu'il avait utilise n’etait deflni
que par le diagnostic de l’affection mentale : demence precoce
(Jimitee a l’hebephreno-catatonie), nous nous sommes demande
s’il n’y aurait pas un moyen, en choisissant nos sujets d’expe-
rience, d’etablir des rapports plus precis entre la notion de
tuberculose d’une part, celle de demence precoce d’autre part et
la presence d’acide formique dans le liquide cephalo-rachidiem
C’est pourquoi nous n’avons pas pris nos malades au hasard.
En premier lieu, nous les avons classes en dements precocesr
tuberculeux et non tuberculeux, puis, pour faire la contre partie,.
en non dements precoces tuberculeux et non dements precoces.
non tuberculeux.
Mais au cours de nos recherches, nous nous sommes rendu
compte que cette discrimination en 4 categories n’etait pas.
suffisante et qu’il fallait encore tenir compte des antecedents
hereditaires bacillaires. C’est pourquoi nous avons classe defini-
tivement nos malades en 8 categories : 4 pour les dements pre¬
coces, 4 pour les non dements precoces.
Ces 8 categories sans doule arbitraires et non exemptes de
critiques sont les suivantes :
1° Des dements precoces tuberculeux evolutifs a signes varia¬
bles.
2° Des dements precoces non evolutifs avec antecedents bacil-
RECHERCHES SUR L’ACIDE FORMIQUE
laires personnels visibles a la radio, avec, cu sans antecedents
familiaux.
3° Des dements precoces sans signes ni antecedents person¬
nels avec antecedents familiaux tuber culeux.
4° Des dements precoces sans signes ni antecedents person¬
nels connus, ni antecedents familiaux connus.
5° Des non dements precoces tuberculeux evolutifs.
6° Des non dements precoces avec antecedents bacillaires
personnels.
7“ Des non dements precoces sans signes ni antecedents per¬
sonnels, rnais avec heredite bacillaire.
8° Des non dements precoces non tuberculeux ni heredo-tuber-
culeux.
N. B. — Le diagnostic demence precoce est pris dans un sens
beaucoup plus large que ne l’emplcie Toye et comprend les
demences paranoides.
Notre experimentation a porte sur 44 cas. Nous aurions desire
avoir un plus grand nombre de malades, mais il n’est pas tou-
jours facile de soustraire les 20 cc. de liquide ccphalo-rachidien
necessaires, a des dements precoces le plus souvent agites et
negativistes, que l’on doit prealablement conduire an laboratoire,
souvent fort eloigne des quartiers, si 1’on vent effectuer une reac¬
tion dans les meilleures conditions possibles.
Nous avons utilise la derniere methode de Toye. Pour chaque
malade, nous avons recueilii 20 cc. de liquide cephalorrachidien
dans des tubes steriles prealablement jauges. Pour Cviter la
naissance d’acide formique a partir du glucose du liquide
cephalo-rachidien sous l’action de ferments, le tube est porte au
bain-marie bouillant, pendant les 30 minutes qui suivent la
ponction lombaire, effectuee sur le lit d’examen du laboratoire.
L’isolement de l’acide formique se fait par deplacement avec
l’acide tartrique et distillation sous le vide a la plus basse tem¬
perature possible jusqu’a siccite. (On ne chauffe au bain-marie
qu’a la fin). Le distillat, recueilii dans 5 cc. de soude N/50, est
evapore a sec au bain-marie. Sur le residu, repris par 1’eau, et
acidifie par une goutte d’acide acetique a 1/10, on effectue la
reaction classique de Deniges pour la detection de l’acide for¬
mique.
Au residu acidifie, amene a 2 ou 3 cc., on ajouie 1 cc. de solu¬
tion saturee d’acetate de Na et 1 cc. de bichlorure de mercure a
1/100. On place le tout dans un tube a centrifuger conique ou
dans un tube a hemolyse, que l’on porte au bain-marie bouil¬
lant pendant 10 minutes.
32 J. HAMEL, R. BUISSON ET M. CHAVAROT
Nous avons laisse refroidir les tubes a la temperature du
laboratoire.
L’acide formique par reduction, transforme le sublime en
protochlorure insoluble, dont les cristaux typiques du systeme
quadratique se rassemblent au fond du tube.
II
Nous ferons un bref resume de chaque observation avec tous
les renseignements que nous avons pu obtenir sur les antece¬
dents tuberculeux, puis dans la troisieme partie nous essaierons
d’en degager les enseignements que 1’on peut en deduire.
Premiere categorie
Dements precoces tuberculeux evolutifs a signes variables
Observation I. — Plo..., 34 ans, dement precoce a type hebephre-
nique.
A. H. Pas d’antecedents familiaux.
A. P. Bronchites frequentes et tumeur blanche du coude.
A l’auscultation : a droite murmure diminue.
Radio : opacite de tout le champ pulmonaire droit avec attraction
du coeur.
Vernes : 13.
Acide formique : pas de cristaux du type. Reaction negative ( — ).
Observation II. — Hirch..., 16 ans, dement precoce a type hebe-
phrenique.
A. H. Antecedents familiaux inconnus.
A. P. Febricule marque pendant 2 mois, neanmoins rien a l’auscul¬
tation.
Radio : asymetrie des deux sommets droit > gauche.
Vernes : 4.
Acide formique : pas de cristaux du type. Reaction negative ( — ).
Observation III. — No..., 18 ans, dement precoce a type « schi-
A. H. Pere mort de tuberculose pulmonaire.
A. C. Pas d’antecedents collateraux.
A. P. Quelques broncliites.
Auscultation : quelques frottements au sommet droit.
Radio : voile homogene de l’apex droit.
Vernes : 7.
Acide formique : Croix de Malte mal formees. Reaction positive
faible (+).
RECHERCHES SUR L'ACIDE FORMIQUE
33
Observation IV. — Christ..., 28 aiis, dement precoce a type hebe-
phrenique.
A. H.. Rien de connu.
A. C. Une soeur morte a 6 ans de meningite bacillaire.
A. P. Febricule.
Auscultation : rien a signaler.
Radio : ombres hilaires augmentees, par ailleurs aspect normal.
Vernes : 5 puis 8.
Acide formique : nombreuses petites croix a 4 branches. Reaction
positive (+).
Observation V. — Simon..., 28 ans, dement precoce a type hebe-
phrenique.
A. H. Mere debile.
A. C. Une soeur internee.
A. P. Febricule irreductible.
Auscultation : respiration rude aux deux sommets.
Radio : rien d’evolutif, nodule opaque dans le sinus costo-dia-
phragmatique gauche.
Vernes : 7.
Acide formique : Croix a quatre branches simples. Quelques croix
* a branches ramifiees. Rares croix de Malte. Reaction positive (+ + +).
Observation VI. — Lim..., 34 ans, dement precoce a type confu¬
sion mentale chronique.
A. H. Grand’mere deprimee neurasthenique.
A. C. Un frere mort de tuberculose pulmonaire. Un frere mort de
tuberculose intestinale.
A. P. Le malade presente actuellement de la tuberculose intestinale.
Auscultation : negative.
Radio : diminution de la transparence des deux champs pulmo-
naires surtout a droite.
Acide formique : Croix a quatre branches simples. Quelques croix
a branches ramifiees. Rares croix mal formees. Reaction positive
C++).
Deuxieme categorie
Dements precoces non evolutifs
AVEC ANTECEDENTS BACI CLAIRES PERSONNELS VISIBLES A LA RADIO,
AVEC OU SANS ANTECEDENTS FAMILIAUX
Observation VII. — Ger..., femme Pr..., 35 ans. Demence precoce
type confusion mentale chronique.
A. H. Rien a signaler.
A. P. Sueurs et febricule.
Auscultation : negative, mais la malade ne respire pas.
Ann. Med.-psych., XV6 serie, 94c annee, t. 1. — Janvier 1936. 3.
34
J. HAMEL, R. BUISSON ET M. CHAVAROT
Radio : opacite non homogene de l’apex droit.
Yernes : 8.
Acide formique : pas de cristaux du type. Reaction negative ( — )-
Observation YIII. — Bro..., femme Cle..., 29 ans. Demence precoce:
a type hebephrenique.
A. H. Rien de connu.
A.P. et auscultation : rien a signaler.
Radio : voile inter-cleido-hilaire s’eclairant a la toux.
Vernes : 17.
Acide formique : petites croix a quatre branches. Reaction posi¬
tive (+).
Observation IX. — Lit... Georgette, 20 ans. Demence precoce »
type catatonique.
A. H. Mere internee atteinte de manie chronique.
A. C. Freres et sceurs suspects de bacillose.
A. P. et auscultation : rien a signaler.
Radio : tres peu de signes, hile charge.
Vernes : 7.
Acide formique : petites croix a 4 branches. Reaction (+).
Obervation X. — Lambert, femme Marc..., 38 ans. Demence pre¬
coce a type paranoide.
A. H. Pere mort poitrinaire.
A.P. 1 enfant mort de meningite a 6 mois.
Auscultation : rien a signaler.
Radio : a droite, petit nodule opaque parahilaire.
Vernes : 25.
Acide formique : croix nombreuses a 4 branches moyennement
ramifiees. Reaction positive (+ + +)•
Observation XI. — Boul..., femme Pana..., 31 ans. Demence pre¬
coce a type hebephrenique.
A. H. Mere internee a 1’Asile de C.
A. C. 1 soeur morte de tuberculose.
A. P. et auscultation : rien a signaler.
Radio : voile homogene de l’apex droit s’eclairant a la toux.
Vernes : 28.
Acide formique : croix a 4 branches ramifiees. Quelques croix do
Malte. Reaction positive ( + ++)•
Observation XII. — Tiss... Andree, 30 ans. Demence precoce a
type hebephrenique.
A. H. Mere atteinte de folie intermittente.
A. C. et H. P. et auscultation : rien a signaler.
Radio : a gauche, diminution de transparence du champ droit.
RECHERCHES SUR L’ACIDE FORMIQUE
35
Vernes : 12. Bacille de Koch : negatif.
Acide formique : nombreuses croix a 4 branches ramifiees. Reac¬
tion positive ( + + + + ).
Troisieme categorie
Dements precoces sans signes ni antecedents personnels
AVEC ANTECEDENTS FAMILIAUX
Observation XIII. — Schneid..., 34 ans. Demence precoce a type
hebephrenique.
A. H. Rien a signaler.
A. C. 1 soeur suspecte de bacillose.
A. P. et auscultation : rien a signaler.
Radio : aspect normal.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XIV. — Pid... Marie, 29 ans. Demence precoce a type
hebephrenique.
A. H. Pere mort de tuberculose pulmonaire. Mere morte de nephrite
bacillaire.
A. C., A. P. et auscultation : rien a signaler.
Radio : Aspect normal.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XV. — Chabr... Marie, 33 ans. Demence precoce a
type hebephreno-catatonique.
A. H. Pere mort a 29 ans (alcoolique ?).
A. C. 1 soeur faible. 1 frere mort de meningite a 17 mois.
A. P. auscultation et radio : rien a signaler.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ). -
Observation XVI. — Laheur... Lu..., 40 ans. Demence precoce a
type hebephrenique.
A. H. Inconnus (enfant naturelle).
A. C. 2 soeurs atteintes de demence precoce dont l'une est decedee
(peut-etre de bacille de Koch).
A. P. auscultation et radio : rien a signaler.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XVII. — Brio... Marie-Louise, 42 ans. Demence pre¬
coce a type parano'ide.
A. H. Tante deprimee.
Mere morte de tuberculose a 48 ans.
A, C. 2 freres et soeurs poitrinaires.
A. P., auscultation et radio : rien a signaler.
Acide formique : tres petites croix mal formees. Reaction posi¬
tive faible (±).
36
J. HAMEL, R. BUISSON ET M. CHAVAROT
Observation XVIII. — Guy... femme March..., 50 ans. Demence
precoce a type paranoiide.
A. H. Mere morte de broncho-pneumonie.
A. C. 1 frere et 1 soeur morts de bacille de Koch.
A. P., auscultation et radio : rien a signaler.
Vernes : 13. ....
Acide formique : cristaux a 4 branches assez ramifiees. Reaction
positive (+ + )•
Observation XIX. — Udre..., femme Dub... Demence precoce a type
hebephrenique. , .
A. H. Grand’mere demente senile ; 1 frere interne persecute. Rien
d’autre a signaler.
A. C. 1 frere mort de bacillose. 1 frere lesion au poumon.
A. P., auscultation et radio : rien a signaler.
Acide formique : croix a 4 branches. Croix de Malte. Reaction
positive ( + + -T-)-
Observation XX. — Thom... Marie. Demence precoce a type hebe¬
phrenique.
A. H. Grand’mere morte de tuberculose.
A. C. 1 soeur bacillaire internee, demence precoce.
A. P., auscultation et radio : rien a signaler.
Vernes : 9. , , , ,
Acide formique : nombreuses croix simples et a 4 branches rami¬
fiees, tres abondantes. Reaction positive ( + + + )•
Quatrieme categorie
Dements precoces sans signes ni antecedents personnels connus
NI ANTECEDENTS FAMILIAUX CONNUS
Observation XXI. — Math... Marie-Louise, 30 ans. Demence pre¬
coce a type hebephrenique. .
A H., A. C., A. P. Auscultation. Radio : rien a signaler.
Vernes * 29
Acide formique : tres petites croix a quatre branches mal cristal-
lisees, tres irregulieres. Reaction positive faible (±).
Observation XXII. - Masse..., 22 ans. Demence precoce a type
hebephrenique. . . , . .
A. H., A. C., A. P. Auscultation et radio : rien a signaler.
AcideVormique : tres petites croix a quatre branches. Cristallisa-
tion rare mais tres pure. Reaction positive (+).
Observation XXIII. — Cham..., 24 ans. Demence precoce au debut
a type depression melancolique.
A. H. et Coll. Rien de connu.
RECHERCHES SUR L’ACIDE FORMIQUE
A. P. Grosse bronchite vers 22 ans.
Auscultation et radio : normal. »
Vernes : 8.
Acide formique : croix a quatre branches peu ramiflees, extreme-
xnent nombreuses, quelques croix de Malte. Reaction positive (+ ++).
Observation XXIV. — Odd..., 38 ans. Demence precoce a type
hebephreno-catatonique.
Rien a signaler dans les antecedents, sauf quelques bronchites
dans l’enfanee.
Radio : normal.
Acide formique : quelques croix a quatre branches ramiflees.
Petites croix de Malte. Reaction positive (+4- + + )-
Observation XXV. — Zambra..., 21 ans. Demence precoce a type
hebephrenique.
A. H., A. C., A. P. Rien a signaler.
Radio : aspect normal, mais hemidiaphragme droit onduleux.
Acide formique : croix moyennes a quatre branches et quelques
autres types de croix. Reaction positive (+ + + )• 11
Observation XXVI. — Pier... Louis, 23 ans. Demence precoce a
type confusion mentale.
A. C. Une' sceur internee (imbecillite).
Rien d’autre a signaler.
Acide formique : tres belles croix tres abondantes. Reaction posi¬
tive (+ + + +).
Observation XXVII. — Seresk..., femme Polaws..., 45 ans. Demence
precoce a forme parano'ide.
Rien a signaler, sauf un internement anterieur.
Radio : normale.
Vernes : 10.
Acide formique : melange de cristaux typiques a quatre branches
tres ramiflees. Reaction positive (+ + + +.)i.‘0V;;"
Observation XXVIII. — Vi..., femme Tourd..., 29 ans. Demence
precoce a forme paranoiide.
Rien a signaler.
Acide formique : nombreuses grandes croix ramiflees. Reaction
positive (%3- + + ).
Cinquieme categorie
Non dements pr^coces tuberculeux evolutifs
Observation XXIX. — Fer..., 30 ans. Confusion mentale post-
puerperale. Decedee depuis de tuberculose.
A. H. Rien a signaler dans les antecedents familiaux.
A. P. Pleuresie sero-fibrineuse en 1934.
J. HAMEL, R. BUISSON ET M. CHAVAROT
Auscultation : nombreuses bulles humides.
Radio : voile sur toute la hauteur du poumon gauche. Quelques
pommelures.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XXX. — Da Rug..., 34 ans. Delire imagino-interpre-
tatif.
Ralien : aucun renseignement, sauf une pleuresie a 7 ans et 9 fre-
res et sceurs morts en bas age.
Auscultation : rales sous-crepitants aux deux sommets. Matite
gauche.
Radio : a gauche, marbrures sous-claviculaires parahilaires avec
image cavitaire axillaire.
Yernes : 16. Crachats purulents, pas de bacille de Koch.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XXXI. — Lam..., 42 ans. Psychose hallucinatoire
chronique.
A. H. Pere bronchite chronique.
A. P. Congestion pulmonaire en 1915 et pleurite. Angines frequen-
tes.
Auscultation : signes d’infiltration du sommet gauche.
Radio : a droite, diminution de transparence de tout le champ avec
opacite non homogene du lobe superieur ne s’eclairant pas a la toux.
Opacite parahilaire. A gauche, aspect normal.
Vernes : 20. Bacille de Koch + + + •
Acide formique : tres petites croix non ramifiees. Reaction positive
faible.
Observation XXXII. — Mang... Louise, 43 ans. Psychose hallucina¬
toire chronique degenerative (etat voisin de demence precoce).
Rien a signaler dans les antecedents familiaux.
Tumeur blanche du majeur (main gauche).
Decedee depuis.
Radio : a droite, opacite du tiers inferieur avec pommelures dans
le reste du champ. Retraction du champ pulmonaire.
Acide formique : croix a quatre branches ramifiees. Croix de Malte.
Reaction positive (+ + +)•
Observation XXXIII. — Lesq..., 31 ans. Epileptique avec status
dementiel simulant une demence precoce.
A. H. Grand’mere suicidee. Oncle degenere. Tous alcooliques dans
la famille.
Convulsions a 3 ans.
Febricule evoluant par poussees.
Auscultation negative.
Radio : diminution de transparence a droite. Voile leger de l’apex
s’eclairant a la toux.
RECHERCHES SUR L'ACIDE FORMIQUE
Vernes : 12.
Acide formique : nombreuses croix a quatre branches ramifiees.
<Quelques forts Vauban. Reaction positive (+ + + + )•
Observation XXX1Y. — Lecom..., 27 ans. Epileptique.
A. H. Antecedents incertains, deux soeurs mortes ?
A. P. Toux, amaigrissement, febricule.
Auscultation : respiration legerement granuleuse aiix deux bases.
Radio : sommets asymetriques. Cotes horizontales. Hyperclarte.
Accentuation de ia trame.
Acide formique : cristallisation abondante de tous les types. Croix
ramifiees. Croix a quatre branches simples. Croix de Malte avec quel-
<jues forts Vauban. Reaction positive ( + + + +)•
Sixieme categorie
Non dements precoces avec antecedents personnels
VISIBLES A LA RADIO
Observation XXXV. — Hasl..., 30 ans. Imbecillite.
Rien a signaler dans les antecedents personnels ou familiaux.
A la radio : emphyseme et voile sous-claviculaire.
Vernes : 2.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XXXVI. — Boug..., femme Thom..., 52 ans. Epileptique.
Mere epileptique, soeur jumelle epileptique.
Fils epileptique.
Rien d’autre a signaler.
Radio : a droite, voile homogene sous-claviciilaire s’eclairant a la
toux.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XXXVII. — Clau... Julienne, 51 ans. Imbecillite.
Rien a signaler dans les antecedents familiaux.
Aurait eu une broncho-pneumonie ancienne. Tousse un peu, ne cra-
che pas.
Rien a l’auscultation.
A la radio : a droite, voile inter-cleido-hilaire, se diffusant vers
1’apex. Accentuation des travees broncho-vasculaires vers la base.
Vernes : 17.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XXXVIII. — Gabr... Yvonne, 17 ans. Epileptique.
Rien de connu dans les antecedents.
Radio : voile leger dans 1’ ensemble avec diminution de la mobilite
■diaphragmatique.
Acide formique : quelques croix tres petites a quatre branches. De
gros cristaux cubiques. Reaction positive ( + +)•
./. HAMEL, R. BUISSON ET M. CHAVAROT
Septieme categorie
Non dements precoces sans signes ni antecedents personnels.
AVEC ANTECEDENTS FAMILIAUX
Observation XXXIX. — Dusr..., 20 ans. Imbecillite. <
Parents morts tous deux de tuberculose.
Un frere mort de tuberculose.
Aucun antecedent personnel.
Radio : cotes horizontales ; augmentation de la trame. Aspect
normal.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Huitieme categorie
Non dements precoces, non tuberculeux' ni heredo-tuberculeux
Observation XL. — Vail..., 36 ans. Melancolie anxieuse.
Italien dont on ne connait pas les antecedents. Transfere depute-
Auscultation et radio : normal.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XLI. — Moug... Alice, 48 ans. Paralysie generate.
A. H., A. P. Auscultation et radio : normal.
Vernes : 7.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XLII. — Dahl..., 47 ans. Alcoolisme subaigu.
A. H., A. P. Auscultation et radio : normal.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative ( — ).
Observation XLIII. — Kaziem..., 46 ans. Alcoolisme subaigu.
A. H., A. P. Auscultation et radio : normal.
Acide formique : pas de cristaux. Reaction negative (— ).
Observation XLIV. — Mul... Silvel., 23 ans. Maniaque depressiL
Rien a signaler dans les antecedents familiaux.
Auscultation : respiration rude aux sommets.
Antecedents personnels suspects, neanmoins radio normale.
Acide formique : tres petites croix a quatre branches tres abon-
dantes. Reaction positive (+).
Ill
En resume, sur les 44 observations que nous venons brieve-
ment de decrire, nous avons trouve 27 reactions positives et
seulement 17 reactions negatives. Voyons comment ces resuitats.
se repartissent :
RECHERCHES SUR L’ACIDE FORMIQUE
Notre experimentation a porte d’une part sur 28 dements pre-
coces et d’autre part sur 16 non dements precoces.
Nous remarquons :
1° Les dements precoces presentent tres souvent de l’acide
formique dans le liquide cephalo-rachidien puisque, sur 28 cas,
nous avons trouve 21 reactions positives, ce qui nous donne une
proportion de 75 % des cas envisages ; proportion superieure a
celle de Toye, qui n’est que de 50 %.
2° Les non dements precoces ont le plus souvent une reac¬
tion negative : 10 negatifs sur 16, soit 62,5 % des cas envisages.
Ces deux premiers points viennent confirmer les conclusions
de Toye.
Mais que devons-nous penser des cas qui font exception et
d’abord quels sont-ils ?
Parmi les dements precoces negatifs, 7 sur 28 (25 % des cas)*
nous avons :
1 0 Dans la premiere categorie :
Deux jeunes malades (Obs. I et II) hebephreniques catalogues
tuberculeux a cause d’un febricule marque et d’une tumeur blan¬
che du coude, mais dont les antecedents familiaux ne sont pas
bacillaires.
2° Dans la seconde categorie :
Une confusion mentale chronique (Obs. VII) avec antecedents
personnels de type bacillaire, mais sans antecedents familiaux
tuberculeux.
3° Dans la troisieme categorie 4 malades (Obs. XII-XIV-XV-
XVI) hebephreniques sans antecedents personnels bacillaires
et avec antecedents familiaux peu marques, c’est-a-dire, antece¬
dents, soit hereditaires, soit cqllateraux, mais jamais les deux
reunis. Au contraire, dans les 4 observations de cette categorie
qui sont positives, nous trouvons des antecedents bacillaires a
la fois collateraux et hereditaires, done beaucoup plus marques.
Parmi les non dements precoces positifs, 6 sur 16, nous trou¬
vons :
1° Dans la cinquieme categorie :
A) Une psychose hallucinatoire chronique (Obs. XXXI), avec
antecedents personnels tres marques, presence de bacilles de
Koch, evolution tres rapide depuis la ponction. Le pere mort
etait afflige d’une bronchite chronique.
B) Une autre psychose hallucinatoire chronique (Obs. XXXII),
42
J. HAMEL, R. BUISSON ET M. CHAVAROT
a type degeneratif (tres voisin du type paranoide de la demence
precoce). Cette malade, decedee de tuberculose, avait une tumeur
blanche et presentait des pommelures a la radio.
C) 1 epileptique (Obs. XXXIII), avec status dementiel simu¬
lant a s’y meprendre une demence precoce avec de grosses tares
psychiques dans la famille et un febricule evoluant par poussees.
D) 1 epileptique (Obs. XXXIV), en evolution tuberculeuse,
dont les antecedents familiaux sont incertains (2 sceurs mortes).
2° Dans la sixieme categorie :
1 epileptique (Obs. XXXVIII), dont les antecedents heredi-
taires ne sont pas connus, mais qui presente quelques petits
signes a la radio.
3° Dans la septieme categorie :
1 maniaque depressif (Obs. XLIV), dont les antecedents per¬
sonnels sont suspects.
Comment interpreter les resultats que nous avons cbtenus.
II est evident que nous ne pouvons en tirer des conclusions
absolues, neanmoins on serait tente d’en degager les conside¬
rations suivantes :
1) L’acide formique est tres frequent dans le liquide cephalo-
rachidien des dements precoces. Nous l’avons trouve 21 fois
sur 28.
2) II semble qu’il y ait un certain rapport entre la presence de
1’acide formique et la notion de tuberculose. Nos resultats d’en-
semble dans presque toutes les categories nous permettent cette
supposition. Seule notre quatrieme categorie parait au premier
abord mal s’adapter a cette hypothese. Mais, si par definition
nos malades sont indemnes de tuberculose personnelle, ou tout
au moins nous le paraissent, nous ne savons rien de leurs ante¬
cedents familiaux.
3) II ne semble pas qu’il y ait une relation directe entre 1’inten-
site de la reaction formique et l’atteinte bacillaire personnelle ;
mais nous avons cru remarquer que la reaction est d’autant plus
positive que la tuberculose est notee plus ancienne dans les ante¬
cedents hereditaires.
Une autre notion, non denuee d’interet, est que l’heredite
psychopathique n’est pas moins trequente chez les sujets a reac¬
tion fortement positive.
4) L’acide formique ne peut en general etre decele dans le
liquide cephalo-rachidien chez les non dements precoces. Toye
n’en a jamais trouve chez les idiots et les paralytiques generaux.
RECHERCHES SUR L’ACIDE FORMIQUE
INous avons 10 reactions negatives sur 16 et les cas positifs sont
5 fois sur 6 en rapport avec une infection tuberculeuse certaine.
Les non dements precoces, non tuberculeux, sont negatifs.
5) II est interessant de souligner combien l’etat mental de
nos malades non dements precoces, mais a reaction positive,
s’apparente a la demence precoce.
6) Si l’on examine ces diverses propositions, on voit qu’il n’est
pas possible d’en deduire une reponse precise a la question que
nous nous etions propose de resoudre : La presence de l’acide
formique est-elle en rapport avec la notion de tuberculose ou
.avec celle de demence precoce.
Malgre le choix de nos categories, les conclusions restent
imprecises. C’est qu’il nous manque une contre-epreuve indis¬
pensable, car si nos sujets non dements precoces et positifs sont
bien des tuberculeux, ils sont aussi des malades mentaux et jus-
tement leur etat psychique est assez voisin de la demence pre¬
coce. C’est done en dehors des Asiles, a des tuberculeux aux
■divers degres, mais parfaitement sains au point de vue mental,
qu’il y a lieu de s’adresser maintenant pour une nouvelle serie
cle recherches. Si l’on pouvait ainsi etablir que la presence d’acide
formique dans le liquide cephalo-rachidien est plus en rapport
avec la disintegration des centres nerveux qu’avec la notion de
tuberculose, alors la reaction prendrait une valeur pronostique
de premier plan — dans ces etats atypiques si frequents au debut
de la demence precoce.
BIBLIOGRAPHIE
Toye (G.-P.). — Contribution a l’etude physio-pathologique de la demence
precoce. Th. Montpellier, 1934, n" 22.
Depoire (A.). — Essai sur le role de 1’acide oxalique dans l’immunite anti-
tuberculeuse. Th. Montpellier, 1934, n* 48.
Toye (G.-P.). — Recherches biochimiques sur les liquides cephalo-rachi-
diens de dements precoces. Montpellier, 1935.
UNE CORRESPONDANCE DE KANT
SUR LES RAPPORTS DE L’AME
ET DU CERVEAU
( Premiere traduction frangaise des lettres de E. Kant
a S. Th. Soemmerring) , avec une note preliminaire
PAR
W. RIESE et A. REQUET
Note preliminaire
C’est tout d’abord un interet historique qui semble justifier
la premiere traduction francaise de la correspondance echangee-
entre l’illustre philosophe et un anatomiste de haute valeur. Mais
aussi le probleme souleve et discute dans cette correspondance
precieuse est des plus saisissants et des plus actuels : il s’agit des
rapports de fame et du cerveau.
Evidemment, dans le petit ouvrage de Soemmerring « Sur for¬
gone de fame » (« Ueber das Organ der Seele », Konigsberg,
1796) ainsi que dans les lettres de Kant, le probleme se pose d’une
maniere qui ne nous est plus gu6re familiere. Impressionnes par
« 1’unite du moi », les anciens auteurs ont cherche le « siege de
fame » ou, du moins, du « sensorium commune », c’est-a-dire
le lieu de la reunion de toutes les sensations. Des qu’au cours du
dix-neuvieme siecle le probleme des rapports de l’ame et du cer¬
veau revet la forme du probleme des localisations cerebrales, la
question d’un siege de l’ame ou d’un sensorium commune n’est
plus a l’ordre du jour ; on cherche a etablir le rapport de fonc-
tions psychiques plus ou moins elementaires et d’endroits corres-
pondants de la surface cerebrale, mais on se passe de l’unite du
moi qui a tant occupe les predecesseurs. C’est seulement de nos
jours que l’idee d’un tout et d’une unite de 1’organisme reappa-
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94e annee, t. I. — Janvier 1936.
UNE CORRESPONDANCE DE KANT
45
rait, pour changer completement l’aspect du probleme des loca-
Jisations cerebrates, des rapports de l’ame et du cerveau. C’est
dire, que 1’heure a sonne de rejoindre le passe dont nous som-
mes mieux a meme d’apprecier les efforts que la generation qui
nous a precede.
La tentative de Soemmerring de reclamer le liquide cerebral
comme endroit du « sensorium commune » n’est pas la premiere
de son genre (1). Herophile cherchait le siege de l’ame dans les
grands ventricules du cerveau ; Servetto, dans l’acqueduc de
Sylvius ; Auranti, dans le troisieme ventricule du cerveau. Pour
apprecier les nouveaux efforts de Soemmerring, il est de la plus
haute importance d’en saisir l’idee et les buts :
Jusqu’ici, on cherchait une partie solide, un lieu dans la masse
cerebrale meme, dans laquelle tous les nerfs se rassembleraient ; ou,
en d’autres termes : on cherchait une partie solide du cerveau, dans
laquelle tous les nerfs se reuniraient, ou dans laquelle on pourrait
.suivre les terminaisons cerebrales de tous les nerfs ; ou : on cher¬
chait, ce qui veut dire la meme chose exprimee seulement d’une
fagon plus figuree, une partie du cerveau, d’ou prendraient origine
tous les nerfs ; ou une partie du cerveau, d’ou l’on pourrait deduire
les origines, debuts ou racines de tous les nerfs, ou a laquelle se
rendraient tons les nerfs ; ou une partie de la masse cerebrale, dont
on pourrait presumer, d’apres des donnees anatomiques, du moins
quelque chose de semblable, bien qu’on ne puisse pas l’exposer. d’une
fa$on directement visible...
II m’a toujours ete inconcevable, comment on pouvait chercher ce
sensorium commune dans une partie dite solide, mieux dans une
partie raide, rigide du cerveau ; comme il n’y aurait decidement
alors pas de raison, comment pourrait naitre quelque chose de si
different du mouvement provoque par le nerf que doit etre une sen¬
sation de par son essence ? (Par exemple, le nerf optique est homo¬
gene depuis le globe oculaire jusqu’a la cavite cerebrale, autant qu’on
puisse le deceler ; par consequent, le mouvement provoque par lui
est homogene tant qu’il conserve la meme structure).
Si, par. contre, j’admets que le mouvement provoque par le nerf
vers le cerveau reste le meme jusqu’a sa terminaison cerebrale (car,
pourquoi devrait-on admettre une modification dans 1’effet, tant qu’on
ne remarque aucune modification dans la structure du nerf ?), mais
qu’il se transmet la ou le nerf finit au liquide de la cavite cerebrale,
du moins il est concevable qu’alors quelque chose de vraiment diffe¬
rent — a savoir une sensation — peut naitre sans qu’on puisse indi-
(1) V. F. J. Gall, Anatomie et phgsiologie du sgsteme nerveux, Paris,
1812, deuxieme volume, p. 214.
46
W. RIESE ET A. REQUET
quer ni ce qui se produit precisement, ni la fagon dont cela se pro-
duit.
Dans ma « Neurologie », § 98, je cite encore une autre raison,
contre l’admissibilite de l’opinion : que le sensorinm commune de-
vrait etre contenu dans une partie solide du cerveau ; je m’exprime
ainsi : comme on ne trouve pas de partie definie de la moelle
cerebrale, qu’on n’aurait trouve parfois detruite sans gene percepti¬
ble d’une quelconque fonction, sans un desavantage concomitant
perceptible pour le sensdrium commune ; le sensorinm commune ne
semble done pas etre limite a une plus petite partie de la moelle
cerebrale (e’est-a-dire d’une masse solide).
Si, par suite, le sensorium commune doit se trouver dans le cer¬
veau la ou tous les nerfs se rassemblent, ce sont les parois des
cavites cerebrales, ou effectivement les nerfs se rassemblent avec
leurs veritables terminaisons, et sont veritablement lies ou reunis au
moyen du liquide qui s’y trouve en tant qu’un intermediaire simple^
continu et commun a eux.
L’ intermediaire reunissant ( Medium uniens) serait en consequence
le liquide des cavites cerebrales.
(Soemmerring, Sur I’organe le I’ame, p. 35).
Peu importe que nos connaissances anatomiques actuelles n’ad-
mettent plus l’existence d’une terminaison des nerfs dans les
parois de la cavite cerebrale ; le probleme du rapport de fame et
du cerveau tel qu’il est souleve par Kant dans sa grande lettre a
Soemmerring n’en existe pas moins et le lecteur ne peut pas ne
pas reconnaitre la portee generate et la valeur methodique de
l’expose du philosophe critique. Kant delimite les frontiers
au-dela desquelles aucune tentative d’expliquer ce rapport ne
peut jamais se hasarder. Selon lui, le probleme du rapport de
l’ame et du cerveau n’admet qu’une solution phgsiologique.
Remarquons enfin que les idees des deux auteurs qui discutent
le role physiologique de « l’eau cerebrale » offrent une certaine
valeur d’actualite, quoique evidemment un peu modeste et vague,,
grace a la renaissance de la pathologie humorale en general, aux
decouvertes du role et de la nature du liquide cephalo-rachidieix
en particulier.
Vous m’avez fait, tres honore Monsieur, comme le premier anato-
miste philosophe du visible chez l’homme, a moi qui m’occupe de-
l’anatomie de l’invisible chez le meme, l’honneur de la dedicace de
votre excellent expose, comme invitation sans doute a la reunion de
ces deux affaires pour un but commun.
Je joins au remerciement cordial pour votre confiance l’esquisse
UNE CORRESPONDANCE DE KANT
47
de la compatibility, d’une part, et de l’incompatibilite, d’autre part,
des deux desseins, en declarant d’en faire, comme bon vous semble,
tel usage qui vous plaira, voire public.
Vu votre vigueur et votre talent, votre age non encore avance, la
science peut encore attendre de vous un grand enrichissement ; ce
pourquoi je vous souhaite de tout coeur sante et paix, tandis que le
mien ne laisse plus guere attendre de moi que de proflter, autant que
possible de Penseignement d’autrui.
Votre admirateur et tres humble serviteur.
I. Kant.
A Samuel Thomas Soemmerring
Konigsberg, 10 aout 1795.
Vous venez soumettre a mon appreciation, tres honore Monsieur,
l’ouvrage que vous avez fait sur un certain principe de force vitale
chez les etres amines, principe qui, du point de vue de la seule per¬
ception, est designe par l’organe sensoriel direct uporrov AkSr^ptov,
mais du point de vue de Pensemble de toutes les perceptions reunies
dans une partie delude du cerveau, prend le noin de terntoire
commun des sensations (sensorium commune) : honneur que je recon-
nais avec une profonde gratitude dans la mesure ou ll m’est fait
comme non complement etranger aux sciences de la nature. — Mais
cela pose en meme temps une question de l’ordre de la metaphysique
(dont Poracle est, comme on dit, muet depuis longtemps), et me me
dans l’embarras de savoir si je dois accepter cet honneur ou non : car
la question du siege de Vame ( sedes animve) est aussi contenue dans ce
probleme, qu’on la considere aussi bien dans son pouvoir percep tlf
(facultas sensitive percipiendi) que dans son pouvoir moteur (facultas
,0Onlcherche done une reponse, an sujet de laquelle deux facultes
peuvent entrer en conflit du fait de leurs competences respec ives
(forum competens), la medecine. dans son domaine anatomo-p^iol^
gique, et la philosophie, dans son domaine metaphysmo-psycho log ^q ,
conflh au cours duquel naissent des desagrements comme dan^^s
les ■tentative* de conciliation, entre ceux qui veulent tout fonder sur
les principes empiriques et ceux qui reclament en P1-6™1
fondements d priori (cas qui survient toujours
reunion de la doctrine pure du droit avec la polit q , «3
tionnee empiriquement, ainsi que dans les tentatives de reunion de la
doctrine pare de la religion avec la doctrine de ^
est egalement conditionnee empiriquement). Ces desa
reposent que sur le differend de decider a qudle facuUe revienWe
probleme, quand, a son sujet, on cherche une solution dans une
university (qui represente une institution er^^ ou^ ^
connaissances). - Qui, dans le cas present, donne satisfactio
TV. RIESE ET A. REQUET
medecin en tant que physiologiste, indispose le philosophe en tant
que metaphysicien ; et inversement, qui fait droit a celui-ci se heurte
a celui-la.
Mais c’est precisement l’idee d’un siege de Vdme qui occasionne le
conflit des facultes sur l’organe sensoriel commun, et il vaut par
consequent mieux ne pas la mettre en jeu ; ce que 1’on est d’autant
plus en droit de faire, qu’elle reclame une presence localisee, qui
a la chose qui n’est qu’objet du sens interieur, et pour autant n’est
determinable que selon des conditions de temps, attribue une rela¬
tion spatiale, mais precisement de ce fait se contredit elle-meme ;
au lieu qu’une presence virtuelle, qui n’appartient qu’a l’entende-
ment, precisement de ce fait n’est pas localisee, fournit une idee, qui
rend possible de traiter la question soulevee (du sensorium com¬
mune )> uniquement comme probleme physiologique. — Gar, bien que
la plupart des hommes croient sentir la pensee dans la tete, cela n’est
cependant qu’une fausse interpretation, a savoir, de prendre le juge-
ment que l’on porte sur la cause de la sensation a un certain endroit
(du cerveau) pour la sensation de la cause a ce meme endroit, et de
faire accompagner ensuite, suivant les lois de l’association, les pen-
sees par les traces laissees dans le cerveau par les impressions qui
s’y sont produites, en les designant sous le terme d’idees materielles
(Descartes), qui, bien qu’elles soient des hypotheses tres arbitraires,
n’exigent pas un siege de l’ame et ne melangent pas le probleme phy¬
siologique avec la metaphysique. Nous n’avons done a faire qu’a la
matiere, laquelle rend possible la reunion de toutes les representa¬
tions sensorielles dans 1 ’esprit (Gemiit) (1). — Mais la matiere qui (en
tant que sensorium commune ) est seule qualifiee pour cela, d’apres
les decouvertes dues a vos profondes recherches anatomiques, est
contenue dans la cavite c6rebrale, et ce n’est que l’eau : organe im-
mediat de l’ame qui, d’un cote, separe les uns des autres les faisceaux
nerveux qui viennent s’y terminer, afin que par eux les sensations ne
se melangent pas, et d’un autre cote realise entre eux une commu-
naute complete, de facon que quelques sensations, bien que recues
par le meme esprit, n’en soient cependant pas au dehors (ce qui est
une contradiction).
(1) Par esprit (Gemiit), on ne comprend que le pouvoir (animus) de
combiner les representations donnees et d’effectuer l’unite de l’aperception
empirique, pas encore la substance ( anima ), de par sa nature complete-
ment differente de la matiere, dont on fait alors abstraction ; de ce fait,
on obtient que nous ne devons pas en. ce qui concerne le sujet pensant
passer a la metaphysique, qui en tant que telle a a faire avec la conscience
pure et son. unite ci priori dans la combinaison de representations donnees
(avec 1’entendement), mais ne nous occupey que de l’imagination, dont les
intuitions (aussi sans presence de leur objet) en tant que representations
empiriques peuvent etre considerees comme correspondantes aux impres¬
sions dans le cerveau (plutot habitus de la reproduction) et appartenant
a un tout de l’intuition interieure de soi-meme.
UNE CORRESPONDANCE DE KANT
49
Mais alors apparait la grande difficulte : a savoir que, comme I’eau
«n tant que liquide, ne peut raisonnablement etre consideree comme
•organisee, que cependant, sans organisation, c’est-a-dire, sans un
arrangement convenable et stable, quant a sa forme, des parties, au-
cune maniere ne peut servir d’organe immediat de l’ame, cette belle
•decouverte n’atteint pas encore son but.
Est fluide une matiere continue, dont chaque partie, dans l’espace
qu’elle remplit, peut etre ecartee de sa place par la plus petite force.
Mais cette propriety semble contredire l’idee d’une matiere organisee,
qu’on se represente comme machine, done comme matiere rigide (1),
resistant avec une certaine force au deplacement de ses parties, et
par consequent a la modification de sa configuration interieure,
mais se representer cette eau en partie liquide et en partie rigide
(comme, par exemple, l’humidite cristalline de l’oeil), detruirait en
partie aussi la raison pour laquelle on admet cette propriete de
1’organe sensoriel immediat pour en expliquer la fonction.
Que penser, si, au lieu de l’organisation mecanique reposant sur
la juxtaposition des parties pour la formation d’une certaine struc¬
ture, je proposals une organisation dynamique qui repose sur des
principes chimiques (comme l’autre repose sur des principes mathe-
matiques), et qui peut s’accorder ainsi avec la fluidite de cette matiere.
— De meme que la division mathematique d’un espace et de la matiere
qui le remplit (par exemple de la cavite cerebrale et de l’eau qui la
remplit) va a l’infini, ainsi, il peut en aller de meme avec la division
chimique en tant que division dynamique (decomposition de diffe-
rentes especes reciproquement dissoutes dans une matiere), de telle
sorte que, pour autant que nous le savons, elle va de meme a l’infini (in
indefinitum) . — L’eau pure ordinaire, consideree, il y a encore peu,
comme element chimique, est decomposee a l’heure actuelle en deux
differents gaz par des experiences pneumatiques. Chacun de ses gaz, en
dehors de sa base, renferme en lui un principe inflammable (War-
mestoff), qui, sans doute, a son tour, peut se laisser transformer par
la nature en matiere lumineuse ou autre, de meme que la lumierc
encore en differentes couleurs, etc... Si l’on ajoute a cela I’innombra-
ble variete de substances, en partie volatiles, que le regne vegetal peut
former de cette eau ordinaire, vraisemblablement, par decomposition,
et autre mode de synthese : on peut se representer quelle diversite
d’organes les terminaisons nerveuses peuvent rencontrer dans le liqui¬
de cerebral (qui n’est peut-etre autre chose que de l’eau ordinaire),
pour, par leur intermediate, etre receptives au monde sensoriel, et
reciproquement, par ailleurs, agir aussi sur lui.
Si done, 1’on admet l’hypothese qu’un pouvoir des nerfs est a la
base de l’esprit dans sa pensee empirique, c’est-a-dire dans la res
(1) Au fluide ffluidum) doit etre precisement oppose le rigide (rigidum)
comme l’emploie egalement Euler en opposition avec le premier. Au.
' solide il faut opposer le creux.
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94" annee, t. I. — Janvier 1936. 4.
50
W. RIESE ET A. REQUET
lution et la combinaison de representations sensorielles donnees*
pouvoir de decomposer, selon leur multiplicity l’eau de la cavite
eerebrale en differents elements primaires (Urstoffe), et ainsi, par le
degagement de l’un ou l’autre de ceux-ci, permettre le jeu de diffe-
rentes sensations (par exemple, celle de la lumiere, au moyen de-
l’excitation du nerf optique, ou du son, par le nerf auditif, etc), mais.
de telle facon que ces elements, apres l’arret de l’excitation, se
recombinent de nouveau immediatement, si l’on admet cette hypo-
these, dis-je, on pourrait dire que cette eau est continuellement
organisee, sans cependant etre jamais organisee : ce qui permet
cependant d’atteindre le but qu’on se proposait avec l’organisation
stable, savoir, de rendre saisissable l’unite collective de toutes les
representations sensorielles dans un organe commun ( sensorium com¬
mune), mais seulement par sa decomposition chimique.
Mais (1) le probleme, comme il est specialement imagine par Haller »
n’est cependant pas resolu de cette fa?on, car il n’est pas seulement
physiologique, mais il doit servir de moyen de demontrer l’unite de
la conscience de soi-meme (qui appartient a l’entendement) dans le
rapport spatial de Vame avec les organes du cerveau (qui releve du
sens exterieur), done, le siege de Fame, en tant que presence locah -
see, ce qui est un probleme de la metaphysique, non seulement inso¬
luble pour celle-ci, mais contradictoire en soi-meme. — Car, si je dois
demontrer le lieu de mon ame, e’est-a-dire de mon moi absolu, quel-
que part dans l’espace, je suis oblige de me percevoir moi-meme jus-
tement par le meme sens, par lequel je per?ois aussi la matiere qui
m’environne, comme cela se passe lorsque je veux determiner ma.
place en tant qu’homme dans le monde, a savoir que je suis oblige-
de considerer mon corps en rapport avec d’autres corps en dehors
(je moi. _ Or, l’ame Me peut se percevoir que par le sens interne, mais
ne peut percevoir le corps que par les sens externes (que ce soit
interieurement ou exterieurement), done, elle ne peut decidement se
determiner aucune place, parce qu’elle serait obligee, pour cela, de
se prendre pour objet de sa propre intuition exterieure, et de se
jilacer hors d’elle-meme, ce qui est contradictoire. — Ainsi la solu¬
tion desiree du probleme du siege de Fame qu’on exige abusivement
de la metaphysique, conduit a une grandeur impossible (S/ — 2) ; et
on peut, a celui qui l’entreprend, clamer avec Terence : « nihil plus
agas, quam si des operam, ut cum ratione insanias » ; cependant
qu’on ne peut en vouloir au physiologiste, auquel il sufflt d’avoir
recherche la seule presence dynamique, si possible, jusqu’a ce qu’eUe
soit immediate, d’avoir fait appel au metaphysicien pour remplacer
ce qui manque encore.
p. m*. w, — - > — -
entre nos deux traductions.
UNE CORRESPONDANCE DE KANT
N. B. — II existe encore une lettre de Kant a Soemmerring du 4 aout
1800 qui n’a ete ni terminee ni envoyee et que nous avons renonce a
traduire parce qu’elle ne s’occupe pas de notre probleme.
A Samuel Thomas Soemmerring
Le 17 septembre 1795.
Comme M. Nicolovius me demande, tres cher ami, si j’ai quelque
chose a ajouter a la lettre qu’il vous adresse, ce peut-etre l’idee sui-
vante :
Dans le probleme de l’organe sensoriel commun, il s’agit, en pnn-
cipe, d’apporter l’unite d’agregat dans l’infini divers de toutes les
representations sensorielles de l’esprit ou plutot de la rendre conce-
vable par la structure du cerveau. Cela ne peut se produire que par le
fait qu’il y a un moyen d’associer les impressions, meme hetero¬
genes, mais seriees d’apres le temps, par exemple, la representation
visuelle d’un jardin, avec la representation auditive d’une musique
entendue dans ce meme jardin, le gout d’un repas qu’on y a pris, etc.,
impressions qui se confondraient si les faisceaux nerveux s’influen-
caient par des contacts reciproques. Mais I’ean des cavites cerebrates
peut ainsi servir d’intermediaire pour transporter l’influence d un
nerf sur un autre, et par reaction de ce dernier, a lier la representa¬
tion qui lui correspond a un etat de conscience, sans que ces impres¬
sions se confondent, aussi peu que dans un concert a plusieurs voix,
les sons sont propages par fair en se melangeant.
Mais vous avez conpu, sans doute, la meme idee. C’est pourquoi je
n’ajoute rien d’autre, que j’.ai constate avec la plus grande satisfac¬
tion dans votre agreable lettre l’expression de votre amitie et de
l’harmonie de nos fa§ons de penser.
I. Kant.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
fondee le 27 avril 185 2
reconnue comme elablissement d’utilile publique
par decret da 11 decembre 1867
LISTE
des Presidents, Secretaires generaux et Tresoriers
de la Soci6t6 Medico-psychologique (1852-1936)
Presidents (1)
1852- 1853 MM. Ferrus. 1877
1853- 1854 Gerdy. 1878
1854- 1855 Buchez. 1879
1855- 1856 PArchappe. 1880
1856- 1857 Peisse. 1881
1857- 1858 Baillarger. 1882
1858- 1859 Cerise. 1883
1859- 186,0 Trelat. 1884
1861 Brierre de Boismont. 1885 .
1862 Adolphe Garnier. 1886
1863 Delasiauve. 1887
1864 J.-J. Moreau de Tours. 1888
1865 Girard de Cailleux. 1889
1866 Felix Voisin. 1890
1867 Paul Janet. 1891
1868 Brochii*. 1892
1869 Constans. 1893
1870-1871 Lasegue. 1894
1872 Jules Falret. 1895
1873 Lunier. 1896
1874 Loiseau. 1897
1875 Blanche. 1898
1876 Dumesnil. 1899
Baillarger.
Prosper Lucas.
Legrand du Saulle.
Motet.
A. Foville.
H. Dagonet.
Armand Semela.gne.
Magnan.
Cotard.
Jules Falpet.
Bouchereau.
Theophile Roussel.
Christian.
Auguste Voisin.
Paul Moreau de Tours.
Eugene Giiarpentier.
Paul Garnier.
Meuriot.
Jules Voisin.
(1) Fondee le 27 avril 1852, la Societe Medico-Psychologique fut presidee
d’abord par Ferrus et, jusqu’en 1860, choisit en juillet son president annuel.
A partir de 1860, le president fut elu a la seance de decembre pour entrer
en fonctions au mois de janvier.
LISTE DES MEMBRES
1900
1901
1902
1903
1904
1905
1906
1907
1910
1911
1912
1913
1914-1916
191-7
1918
1919
JOFFROY.
Motet.
Gilbert Ballet.
Brunet.
Briand.
Deny.
Seglas.
Legras.
Arnaud.
Serieux.
Klippel.
Rene Semelaigne.
VlGOUROUX.
Chaslin.
Hemi Colin.
Dupain.
1920 MM. Trenel.
1921 Pactet.
1922 Toulouse.
1923 Antheaume.
1924 Truelle.
1925 Roubinovitch.
1926 Sollier.
1927 Legrain.
1928 Raoul Leroy.
1929 Pierre Janet.
1930 Capgras.
1931 Henri Claude.
1932 Marchand.
1933 Georges Dumas.
1934 Mignot.
1935 Th. Simon.
1936 Vurpas.
Secretaires generaux
1852-1856 MM. Dechambre. 1873-1881
1856-1858 Cerise. 1882-1920
1858- 1859 Brierre de Boismont. 1920-1930
1859- 1861 Archambault. 1930-1935
1862-1866 Brochin. 1936
1867-1873 Loiseau.
Motet.
Ritti.
Henri Colin.
Rene Charpentier.
Courbon.
Tresoriers-Archivistes
1852-1855 MM. Michea.
1855-1861 Brochin.
1862-1871 Legrand du Saulle.
1872-1892 Auguste Voisin.
1893-1897 Jules Voisin.
1898-1902 MM. Brunet.
1903-1908 Antheaume.
1908-1920 Pactet.
1921-1931 R- Mallet.
1931-1936 Mine Thuillier-Landp.y.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
54
BUREAU POUR 1936
President : M. Cl. Vurpas.
Vice-President ; M. Rene Charpentjer.
Secretaire general : M. Paul Gourbon.
Tresoriere-Archiviste : Mme Thuillier-Landry.
Secretaires des seances : MM. Paul Abely et Carrette.
LISTE DES MEMBRES etablie le 28 janvier 1936 0)
Membres titulaires honoraires (16)
Membres titulaires
1884. MM. Seglas.
1888. Legrain.
1893. Klippel.
— Pactet.
— Serieux.
1895. Pierre Janet.
1899. Nageotte.
1905; Lwoff.
Membres titulaires
depuis :
1909. MM. Leroy.
1910. PlERON.
— • Truelle.
1930(2). Paul Camus.
GuillAin.
— Pierre Marie.
— Henry Meige.
— Andre Thomas.
Membres titulaires (99)
Membres titulaires
depuis :
1888. MM. Dupain.
1895. Roubinovitch.
1896. Toulouse.
1910. Rogues de Fursac.
1911. Capgras.
— Marchand.
— Vurpas.
— Mignot.
— Rene Charpentieb.
Membres titulaires
depuis :
1913. Fillassier.
— Laignel-Lavastine.
1919. Mallet.
Ach. Delmas.
— Devaux.
— Dupouy.
1920. Barbe.
— Revault d’ALLONNES.
— Meuriot.
(1) La Soeiete reunit actuellement 405 membres. Les candidats au titre
de membre titulaire, membre correspondant national ou membre associe
etranger de la Soeiete Medico-psychologique, doivent adresser au Secretaire
general, en mSme temps que leur lettre de candidature, une liste de titres et
travaux scientifiques et un exemplaire de leurs publications.
(2) Membres honoraires nommes exceptionnellement en 1930 a l’occasion
de la fusion de la Soeiete Clinique de Medecine Mentale et de la Soeiete de
Psychiatrie avee la Soeiete Medico-psychologique.
LISTE DES MEMBRES
55
Membres titulaires
depuis :
1920. MM. Simon.
1922. Raynier.
— Henri Claude.
1923. Georges Dumas.
— Bussard.
1924. Lhermitte.
— Guiraud.
1926. Courbon.
— Logre.
.1927. Petit.
— D. Santenoise.
— Calmels.
— H. Beaudouin.
— Minkowski.
1930. Demay.
— Heuyer.
Xavier Abely.
— A. Baudouin.
— Fribourg-Blanc.
— Genil-Perrin.
— Levy-Valensi.
— Maillard.
— Senges.
■ — Tinel.
— Wallon.
1931. Paul Abely.
Ceillier.
VlNCHON.
- CODET.
— H. Baruk.
— A. Borel.
— Collet.
— Hartenberg.
— Mine Thuillier-Landry.
— MM. Targowla.
Peron.
— Bonhomme.
Gouriou.
— Abadie(I).
Membres titulaires
depuis :
1931. MM. Ameline.
Aubry.
J. Baruk.
Ch. Blondel.
- P. COMBEMALE.
- Danjean.
— Desruelles.
— , Dide.
— Euziere.
— Guichard.
— Halberstadt.
— - J. Hamel.
— Hesnard.
— Lagriffe.
— Lauzier.
— J. Lepinev
— M. Olivier.
— Pasturel.
- POROT.
— Raviart.
— Rayneau.
— Robert.
— R. Rougean.
— Ach. Santenoise.
— Vieux.
— Wahl.
— Bourguignon.
— Vignaud.
— Largeau.
1932. Cenac.
1933. Carrette.
1934. Brissot.
— LerAt.
1935. Alajouanine.
— Crouzon.
— Mine Minkowsiia.
1936. M. R. D. Anglade.
— N...
(1) Ici, par ordre alphabetique, noms de membres non residants elus
membres titulaires le 28 mai 1931, par suite des modifications apportSes aux
■Statuts de la Societe le 26 janvier 1931 (de M. Abadie a M. Wahl mclusi-
'vement).
56
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Membres Correspondants Nationaux (121)
Membres correspondants
1888. MM. Lemoine.
1899. Breton.
1902. Cololian. '
1903. Chknais.
1904. Vernet.
— A. Riche.
- SlZARET.
1905. V. Parant.
— Perpere.
1911. Mile Pascal.
19J2. MM. Beaussart.
— Ossip-Lourie.
1913. Albes.
- VOIVENEL.
1918. Gilles.
- J. COURJON.
1919. Boudon.
— Benon.
1920. Renaux.
VlAN.
1921. Allamagny.
— Molin de Teyssieu.
1922. Brousseau.
— Eissen.
— Quercy.
1923. Ch. Reboul-Lachaux.
- POTEL.
1924. Prince.
1925. G. Paul-Boncour.
— Gilbert Robin.
1928. Montassut.
1930. Cornelius.
— Delaville.
— Gallais.
— • Vie.
— Schaeffer.
— Schiff.
— Mile Weinberg.
1931. MM. Barre.
— Chartier.
— Dumolard.
— Gonnet.
Hyvert.
Membres correspondants
depuis :
1931. MM. Mace de Lepinay.
— Martin-Sisteron.
— Meignant.
— Frantz Adam.
— Paul Delmas.
Lamache.
— Villey-Desmeserets.
— Grimbert.
— Calmettes.
— Delmas-Marsalet.
— Labuchelle.
— Perrussel.
— Artur.
— - Paul Cossa.
— Larrive.
— - Fromenty.
1932. Mestrallet.
— P. Lassalle.
— Morat.
— Ombredane.
H. Roger.
— Martimor.
— P. Masquin.
— Burckard.
— Henri Ey.
— Le Guillant.
— Rondepierhe.
1933. Cuel.
— Pichard.
- VlGNERON d’HeUCQUEVILLE-
Dublineau.
Potet.
1934. Corman.
— Le Grand.
— Donnadieu.
— L6o.
— Leculieb.
— Mareschal.
— Lacan.
LISTE DES MEMBRES
5?
Membres correspondants
Membres correspondants
depuis :
1935. MM. Dupytout.
— Trillot.
— Le Savoureux.
— Remi Courjon.
— Leclercq.
— Toye.
- SlVADON.
— Rouart.
— ,J. Borel.
1934. Mile Martriiae.
— MM. Dechaume.
POMME.
Bargues.
Emile Adam.
Frey.
ScHUTZENBERGER.
- Mile CULLERRE.
1935. MM. Lagache.
Got.
Durand-Saladin,
J. Lassale.
Christy.
COSTEDOAT.
— Mile Derombies.
— M. Rubenovitch.
1936. Mme Masson.
Nous donnons ci-dessous la liste et les adresses des membres titulaires,
correspondants nationaux et associes etrangers, avec la date de leur entree
dans la Societe. Priere d’adresser toutes rectifications au Secretaire general
de la Societe Medico-Psychologique.
Membres titulaires honoraires (16)
MM. Camus (Paul), 55, quai Bourbon, Paris (IV8). — 22 decembre 1930.
Guillain (Georges), 215 bis, boulevard Saint-Germain, Paris (VIP). —
22 decembre 1930.
Janet (Pierre), 54, rue de Varenne, Paris (VIP). — 28 janvier 1895.
Klippei. (Maurice), 63, boulevard des Invalides, Paris (VII8): — 27 no-
vembre 1893.
Legp.ain (Maurice), 9, rue Pelouze, Paris (VIIP). ■ — 30 juillet 1888.
Leroy (Raoul), 16, rue Julie, Paris (XIVe). — 23 mars 1898.
Layoff, 14, avenue Marie-Louise, La Varenne-St-Hilaire (Seine). —
20 janvier 1893.
Marie (Pierre), 76, rue de Lille, Paris (VIP). — 22 decembre 1930.
Meige (Henry), allee Boileau, Chanrpignolle, La Varenne-St-Hilaire
(Seine). — 28 fivrier 1898.
Nageotte (J.), 82, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris (VP). — 25 juil¬
let 1898.
Pactet, 35, Grande-Rue, Chatenay (Seine). — 29 fevrier 1892.
Pieron (Henri), 52, route de la Plaine, Le Vesinet (Seine-et-Oise).
27 avril 1903.
Seglas (J.), 96, rue de Rennes. Paris (VI8). — 28 juillet 188t.
Serieux (P.), 131, boulevard Brune, Paris (XIV8). - — 25 janvier 1892.
Thomas (Andre), 28, rue Marbeuf, Paris (VIIP). — 22 decembre 1930.
Truelle (V.), 4, avenue Courteline, Paris (XII8). — 25 novembre 1901.
58
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Membres titulaires (99)
MM. Abadie (J.), 18, rue Porte-Dijeaux, a Bordeaux. — 29 mai 1922.
Abely (Paul), Asile de Villejuif (Seine). — 30 juin 192k.
Abely (Xavier), Asile de Villejuif (Seine). — 27 juin 1921.
Alajouanine (Th.), 120, avenue Victor-Hugo, Paris (XVI'). — 22 decern -
Ore 1930.
Ameline (Marius), Mehun-sur-Yevre (Cher). — 30 mai 1910.
Anglade (Roger-D.), Asile de Villejuif (Seine). — 28 mai 1931.
Aubry (J.-M.-E.), Maison de Sante de Mareville (Meurthe-et-Moselle).
Barbe (Andre), 39, rue de l’Universite, Paris (VIIO. — 24 avril 1911.
Baruk (Henri), 57, Grande-Rue, a Saint-Maurice (Seine). — 26 janvier
1931.
Baruk (Jacques), Maison de Sante de Sainte-Gemmes-sur-Loire (Maine-
et-Loire). — 26 decembre 1910.
Bauer (E.), Asile de Naugeat, a Limoges (Haute-Vienne). — 27 avril 1931.
Baubouin (A.), 5, rue Palatine, Paris (VI'). — 22 decembre 1930.
Beaudouin (H.), Asile de Maison-Blanche, a Neuilly-sur-Marne (Seine-
et-Oise). — 29 septembre 192k.
Blondei. (Ch.), 1, quai Zorn, a Strasbourg (Bas-Rhin). — 21 juillet
1928.
Bonhomme (J.), 17, rue de Penthievre, a.Sceaux (Seine). — 27 novembre
1916.
Borejl, (A.), 11, quai aux Fleurs, Paris (IVe). — 29 decembre 1923.
Bourguignon (G.), 15, rue Royer-Collard, Paris (V'). — 22 decembre
1930.
Brissot (M.), Colonie d’enfants anormaux, a Perray-Vaucluse (Seine-
- et-Oise). — 27 juin 1921.
Bussard (Edouard), 8, avenue du Onze-Novembre 1918, a Bellevue
(Seine-et-Oise). — 29 juillet 1907.
Buvat (J.-fi.), 130, rue de la Glaciere, Paris (XIIP). — 27 mars 1905.
Caljiels (F.-L.), 22, avenue des Gobelins, Paris (V'). — 25 avril 192 7.
CApgras (J.), Asile Clinique (Sainte-Anne), 1, rue Cabanis, Paris (XIV').
— 29 janvier 1906.
Carrette (Paul), 8, avenue du Onze-Novembre-1918, a Bellevue (Seine-
et-Oise). — 31 mai 1926.
Cenac (M.), 3, rue Coetlogon, Paris (VIe). — 28 juin 1926.
Ceillier (Andre), 20, quai de Bethune, Paris (IV'). — 28 mai 1923.
Charpentier (Rene), 119, rue Perronet, a Neuilly-sur-Seine (Seine). —
30 decembre 1907.
Claude (Henri), 89, boulevard Malesherbes, Paris (VHP). — 27 mars
1922.
Combemale (P.), route d’Ypres, a Bailleul (Nord). — 28 mai 1931.
Codet (Henri), 10, rue de l’Odeon, Paris (VP). — 29 decembre 1923.
Collet (Georges), 6, avenue des Marronniers, a Fontenay-sous-Bois
(Seine). — 23 fevrier 191k.
Courbon (Paul), Asile Clinique (Sainte-Anne), 1, rue Cabanis, Paris
(XIV'). — 18 decembre 1916.
Crouzox (Oct.), 70 bis, avenue d’lena, Paris (XVI'). — 28 janvier 1935.
LIS TE DES MEMBRES
1M. Danjean (Alexis), Asile public d’alienes d’Aix-en-Provence (Bouches-
du-Rhone). — 28 mai 1931.
Dei.mas (Achille), 23, rue de la Mairie, a Ivry-sur.-Seine (Seine). —
26 avril 1909.
Demay (G.), Asile de Maison-Blanche, Neuilly-sur-Marne (Seine-et-Oise).
— 27 juillet 191b.
Desruelles (Maurice), Asile public d’alienes de Saint- Ylie, par Dole
(Jura). — 26 janvier 1931.
Devaux (Albert), 117 bis, rue Perronet, a Neuilly-sur-Seine (Seine). —
24 juillet 1905. , .
Dide (M:), Asile de Braqueville, pres Toulouse (Hte-Gauonne). — 28 jan¬
vier 1901.
Dumas (Georges), 6, rue Garanciere, Paris (VIC). — 28 juillet 1890.
Dupain (J.-M.), 5, boulevard Saint-Michel, Paris (Ve). — 25 juin 1888.
Dupouy (Roger), 15, Villa du Bel-Air, Paris (XIIC). — 29 juillet 1907.
Euziere (J.), 12, rue Marceau, a Montpellier (Herault). — 28 mai 1931.
Fillassier (M.-J.-A.), 10, quai Gallieni, a Suresnes (Seine). — 27 juin
1910.
Fribourg-Blanc (A.), 15, rue Fays, a Saint-Mande (Seine). — 22 decem-
bre 1930.
Genil-Perrin (Georges), 99, avenue. La Bourdonnais, Paris (VIP). —
29 decembre 1919.
Gouriou (Paul), Asile de Maison-Blanche, a Neuilly-sur-Marne (Seine-
et-Oise). — 27 avril 1931.
Guichard (V.), 77, route de Levens, a Nice (Alpes-Maritimes). — 28 mai
1931.
Guiraud (P.), Asile-Clinique (Sainte-Anne), 1, rue Cabanis, Paris (XIVe).
— 27 novembre 1922.
Halberstadt (Gregoire), Asile departemental de Saint-Venant (Pas-de-
Calais). — 24 novembre 1919.
Hamel (J.), Maison de Sante de Mareville (Meurthe-et-Moselle). —
28 mai 1931.
Hartenberg (P.), 64, rue de Monceau, Paris (VIIP). — 24 juin 1907.
Hesnard (A.), 4, rue Peiresc, a Toulon (Var). — 29 decembre 1923.
Heuyer (Georges), 1, avenue Emile-Deschanel, Paris (VIP). — 27 de¬
cembre 1926.
Lagp.iffe (L.), Asile des alienes, a Quimper (Finistere). — 18 decem¬
bre 1905.
Laignf.i.-Lavastine (M.), 12 bis, place Laborde, Paris (VHP). —
28 juillet 1913.
Largeau (Rob.), 29, rue de Clichy, Paris (IXC). — 22 decembre 1930.
Lauzier (Jean), Maison de Sante de Fitz-James, a Clermont-de-l’Oise.
— 26 mars 1928.
Eepine (Jean), 1, place Gailleton, a Lyon (Rhone). — 22 fevrier 1909.
Lerat (H.), Asile de Lafond, a La Rochelle (Charente-Inferieure). — 28
juillet 1913.
Levy-Vai.ensi (J.), 48, avenue Victor-Hugo, Paris (XVP). — 22 decembre
1930.
Lhermitte (J.), 9, rue Marbeuf, Paris (VIIP). — 28 avril 192b.
Logre (B.), 49, avenue Montaigne, Paris (VIIP). — 28 juin 1920.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
MM. Maillard (Gaston), 2, rue Dispan, a l’Hay-les-Roses (Seine). —
22 decembre 1930.
Mallet (Raymond), 22, avenne Mozart, Paris (XVIC). — 25 fevrier 1918*
Marchand (L.), 47, rue Falguiere, Paris (XVe). — 25 mars 1901.
Meuriot (Henri), Chateau du Bel-Air, Villeneuve-Saint-Georges (Seine-
et-Oise). — 27 decembre 1920.
Mignot (Roger), Asile de Ville-Evrard, a Neuilly-sur-Marne (Seine-et-
Oise). — 26 juin 1905.
Mme Minkowska (Franchise), 132, boulevard Montparnasse, Paris (XIV').
25 mai 1925.
MM. Minkowski (Eugene), 132, boulevard Montparnasse, Paris (XIV'). —
25 mai 1925.
Nayrac (Paul), 25, boulevard Charles-Delesalle, a Lille (Nord). ■—
28 mai 1931.
Olivier (Maurice), 34, avenue du Marechal-Maunoury, a Blois (Loir-
et-Cher) . — 24 juin 1907.
Pasturel (Paul-Armand), Colonie familiale de Dun-sur-Auron (Cher).
— 28 mai 1931.
Peron (Noel), 10, quai Gallieni, a Suresnes (Seine). — 26 janvier 1931 *
Petit (Georges), 2, avenue Jean-Jaures, a Neuilly-sur-Marne (Seine-
et-Oise). — 27 juin 1921.
Porc’her (Yves-J.-M.), Asile de Villejuif (Seine). — 23 janvier 1933.
Porot (A.), Clinique Saint-Raphael, El Biar, pres Alger. — 25 novem-
bre 1912.
Raviart (G.), 91, route d’Esquermes, a Lille (Nord). — 29 mai 1922.
Rayneau (James-A.), 117, boulevard Jourdan, Paris (XIV'). — 28 mar
Raynier (Julien), 190, avenue Daumesnil, Paris (XII'). — 28 fevrier
1921. .
Revault d’Allonnes (Gab.), Chateau du Bel-Air, a Villeneuve-Saint-
Georges (Seine-et-Oise). — 30 juin 1919.
Robert (J.), 37, rue Rouget-de-l’Isle, a Auch (Gers). — 26 juin 1922.
Rodiet (A.), Asile de Ville-Evrard, a Neuilly-sur-Marne (Seine-et-Oise).
— 25 novembre 1907.
Rogues de Fursac (J.), Asile de Villejuif (Seine). — 28 fevrier 1910
Roubinovitch (Jacques), 3, rue de Medicis, Paris (VI'). — 27 juin 1892*
Rougean (R.), 12, rue Dagobert, a Saint-Lo (Manche). — 26 janvier 1931*
Santenoise (Ach.), Asile public d’alienes de Saint-Ylie, par Dole (Jura).
— 28 mai 1931.
Santenoise (Daniel), 96, rue de Strasbourg, a Nancy (Meurthe-et-
Moselle). — 26 novembre 1923.
Senges (N.), Asile de Moisselles (Seine-et-Oise). — 22 dicembre 1930.
Simon (Th.), Asile Clinique (Sainte-Anne) , 1, rue Cabanis, Paris (XIV').
— 24 mai 1909.
Targowla (Rene), 169, rue de l’Universite, Paris (VII'). — 29 decem¬
bre 1923. ■ .
Mme Thuillier-Landry (L.), 102, rue de Crenelle, Paris (VII'). - 26 janvier
1931.
M. Tinel (J.), 254, boulevard St-Germain, Paris (VII'). ■
1930.
22 dicembre
LISTE DES MEMBRES
MM. Toulouse (Ed.), 1, rue Cabanis, Paris (XIV). — 27 juin 1892.
Vieux (N.), a Divonne-les-Bains (Ain). — 24 juin 1912.
Vignaud (J.-B.), 4, avenue d’Orleans, Paris (XIVe). — 28 novembre 1927.
Vinchon (Jean), 108, rue du Bac, Paris (VIP). — 27 juin 1921.
Vurfas (CL), 161, rue de Charonne, Paris (XP). — 27 juillet 1903.
Wahl (Maurice), Asile Saint-Pierre, a Marseille (Bouches-du-Rhone).
— 22 juillet 1901.
Wallon (Henri), 19, rue de la Tour, Paris (XVI6). — 22 decembre 1930.
Membres Correspondents Nationaux (121)
MM. Adam (Emile), Maison de Sante Saint-Georges, a Bourg (Ain). — 18 de¬
cembre 1934.
Adam (Frantz), Asile de Rouffach (Haut-Rhin). — 23 fevrier 1931.
Albf.s, Asile de Chalons-sur-Marne (Marne). — 26 mai 1913.
Allamagny (P.), 46, boulevard Carnot, Le Vesinet (Seine-et-Oise). —
29 mars 1921.
Artur, 3, rue Amiral-Reveillere, a Brest (Finistere). — 22 juin 1931.
Bargues (Roger), Asile public d’alienes d’Agen (Lot-et-Garonne). —
26 novembre 1934.
Barre (J.-A.), 8, avenue de la Paix, a Strasbourg (Bas-Rhin). — 26 jan-
vier 1931.
Beaussart (P.), Asile de Fleury-les-Aubrais (Loiret). — 25 novembre
1912.
Benon (R.-L.), Hospice Saint-Jacques, a Nantes (Loire-Inferieure). — •
24 novembre 1919.
Borel (J.), 4, avenue du Parc de Monsouris, Paris (XIV). — 23 decem¬
bre 1935.
Boudon (L.), 179, boulevard Saint-Germain, Paris (VIP). — 28 juil¬
let 1919.
Breton (A.), 15, place Darcy, a Dijon (C6te-d’Or). — 27 novembre 1899.
Brousseau (Albert), 109, avenue Henri-Martin, Paris (XVP). — 30 jan-
vier 1922.
Burckard (E.), Asile de Stephansfeld (Bas-Rhin). — 27 juin 1932.
Calmettes (Albert), Asile de Naugeat, a Limoges (Haute-Vienne). —
27 avril 1931.
Caron (Marcel), Asile de Chezal-Benoit (Cher). : — 25 juin 1934.
Casalis (B.-A.), 40, avenue Horace- Vernet, Le Vesinet (Seine-et-Oise).
— 23 decembre 1935.
Chartier (M.), 9 bis, avenue des Fleurs, a Nice (Alpes-Maritimes) . —
26 janvier 1931.
Chenais (L.), 6, rue Piccini, Paris (XVP). — 30 mars 1903.
Christy (Henri-Ed.), Maison de Sante departementale, Le Mans (Sar-
the). — 24 juin 1935.
Cololian (P.), 37 bis, rue de Ponthieu, Paris (VHP). —
1902.
27 octobre
62
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
e Militaire, a Lyon (Rhone).
MM. Corman (Louis), Hospice General de Nantes (Loire-Inf erieure) . —
26 fevrier 193b.
Cornelius (Rene), 7, avenue Constant-Coquelin, Paris (VII'). — 22 de¬
cembre 1930. .
Cossa (Paul), 29, boulevard Victor-Hugo, a Nice (Alpes-Maritimes).
22 juin 1931.
Costedoat (Andre), Ecole du Service
Courjon (Jean), Asile prive de Meyzieux (Isere). — 29 juillet i918-
Courjon (Remi), Asile prive de Meyzieux (Isere). — 28 octobre 193o .
Cuel (J-R.), 2, rue Dorian, Paris (XII'). — 23 janvier 1933.
M1" Cullerre (Elisabeth), Asile de Mareville (Meurthe-et-Moselle). -
18 decembre 193b.
MM. Daday (P.), 57, Grande-Rue, a Saint-Maurice (Seine). — 26 janvier 1931 .
Daussy '(H.), Asile de Rennes (llle-et-Vilaine). 26 jum 1933.
Dechaume (Jean), 13, quai Victor-Augagneur, a Lyon (Rh6ne). —
26 novembre 193b. ,
Delaville (M.), 9, boulevard Malesherbes, Paris (VIII'). — ~2 decem-
Delmas (Paul), 23, rue de la Mairie, a Ivry-sur-Seine (Seine). — 23 fevrier
1931.
Delmas-Marsalet (A.), 79, Cours Aristide-Briand, a Bordeaux (Gironde).
— 27 avril 1931.
M11" Derombies iM.), Asile Clinique (Sainte-Anne), T,
(XIVe) . — 23 decembre 1935.
MM. Donnadieu (A.), Asile de Ber-Rechid (Maroc). — 28 mai 193b
Dublineau (J.), 104, rue de Roubaix, Armentieres (Nord). — 27 fevrier
Dumolard (Leon), 64, rue d’Isly, a Alger. — 26 janvier 1931.
Dupytout (Gabriel), 11, rue Armand-Barbes, a Limoges (Haute-Vienne).
— 2b juin 193 5. ' . .
Durand-Saladin (Jean), TO, quai Gallieni, a Suresnes (Seine). — 24 jam
1935.
Eissen (Louis), Asile de Stephansfeld, a Brumath (Bas-Rhin).
26 juin 1922.
Ernst (Henri), a Divonne-les-Bains (Ain). — 28 mai 1931.
Ey (Henri), Asile de Bonneval (Eure-et-Loir) . — 27 jum 1932.
Folly (E.), 4, rue Lebeuf, Auxerre (Yonne). — 27 avril 1931.
Frey (Bernard), Asile de Rouffach (Haut-Rhin). — 18 decembre 193b.
Fromenty (L.), 32, rue de l’Hospitalite, a Tours (Indre-et-Loire). —
23 decembre 1931. ■
Gallais (Alf.), 58, rue de Rennes, Paris (VI'). — 22 decembre 1930.
Gauthier (M.), Ecole du Service de Sante militaire, a Lyon (Rhone).
26 novembre 193b. ... M .,
Gilles (Andre), Asile Saint-Luc, a Pau (Basses-Pyrenees) . — 29 avril
Gonnet (A.), 21, rue Brossard, a Saint-Etienne (Loire). — 26 janvier
Got (Roger), Asile de Sarreguemines (Moselle). — 25 mars 193o.
Grimbert (Ch.), 11, rue Duroc, Paris (VII'). — 30 mars 1931.
Hyyert (M.), Asile de Dury-les-Amiens (Somme). — 26 janvier 1931.
i Cabanis, Paris
LISTE DES MEMBRES
63
MM. Jude (R.), Directeur du Service de Sante, 84a, rue de Lodi, Marseille
(Bouches-du-Rh6ne). — 26 janvier 1931.
Labuchelle (M.), 29, rue Naujac, a Bordeaux (Gironde). — 27 avril
1931.
Lacan (Jacques), 149, rue de la Pompe, Paris (XVP). — 22 octobre 1934.
Lagachg (Daniel), 10, rue Georges, de Porto-Riche, Paris (XIVe). —
28 janvier 1935.
Lahy (J.-M.), 22, avenue de l’Observatoire, Paris (V°). — 22 decembre
1930.
' Lamache (Alex.), 27, boulevard de la Liberte, a Rennes (Ille-et-Vilaine) .
— 23 fevrier 1931.
Larrive (E.), 192 bis, route de Vienne, a Lyon (Rhone). — 23 novembre
1931.
Lassale (Jean), Ecole d’ Application du Service de Sante Militaire du
Val-de-Gr&ce, 277 bis, rue Saint-Jacques, Paris (V"). — 24 juin 1935.
Lassai-le (Pierre), Asile de Saint-Lizier (Ariege). — 22 fevrier 1932.
Leclercq (P.), 40, avenue Horace-Vernet, Le Vesinet (Seine-et-Oise).
— 28 octobre 1935.
Leculier (Pierre), Asile du Bon-Sauveur, a Begard (C6tes-du-Nord). —
25 juin 1934.
Le Grand (Andre), 27, rue de la Bassee, a Lille (Nord). 23 avril 1934.
Le Guillant (Louis), Asile de La Charite-sur-Loire (Nievre). — 27 juin
1932.
Lemoine, a Levanges, par Decize (Nievre). — 27 fevrier 1888.
Le Savoureux (Henri), Maison de Sante de La Vallee-aux-Loups, a Cha-
tenay-Malabry (Seine). — 24 juin 1935.
Leulier (P.-M.), 40, avenue Horace-Vernet, Le Vesinet (Seine-et-Oise).
— 23 decembre 1935.
Loo (Pierre), Institut neuropsychiatrique de La Charite-sur-Loire (Nie-
vre). — 28 mai 193b.
Mace de Lepinay (Ch.), 4, rue d’Angivilliers, a Versailles (Seine-et-Oise).
— 26 janvier 1931.
Mareschal (Pierre), Hopital de la Manouba (Tunisie). — 25 juin 1934.
Martimor (Emm.), Asile de Ville-Evrard, a Neuilly-sur-Marne (Seine-
et-Oise). — 23 mai 1932.
Martin-Sisteron (M.), 14, rue Edmond-Rey, a Grenoble (Isere). —
26 janvier 1931.
M 118 Marthille (Denise), Etablissement neuropsychiatrique de La Charite-
sur-Loire (Nievre). — 22 octobre 1934.
M. Masquin (Pierre), 10, rue d’Annanelle, a Avignon (Vaucluse). — 23 mai
Mme Masson" (Agnes), Asile de Saint-Alban (Lozere). - 27 janvier 1936
MM. Meignant (Paul), 8, rue Saint-Lambert, a Nancy (Meurthe-et-Moselle).
— 26 janvier 1931.
Mestrallet (Andre), 196, route de Vienne, a Lyon (Rhone).
26 janvier 1932. , .
Molin de Teyssieu (Gerard), 14, rue Blanc-Dutrouiih, a Bordeaux (Gi¬
ronde). — 28 novembre 1921. .
Montassut (Marcel), 12, rue Quatrefages, Paris (V'). — 28 juin 1V-8.
Morat (Daniel), 10, rue Coutureau, a Saint-Cloud (Seine-et-Oise).
22 fevrier 1932.
SOCIETE MED1C0-PSYCH0L0GIQUE
MM. Ombredane (Andre), 124, avenue Emile-Zola, Paris (XV). — 25 avril
1932.
Ossip-Lourie, 42, avenue de Wagram, Paris (VIII0). — 25 novembre 1912.
Parant (Victor), Saint-Loup par Saint-Genies (Haute-Garonne) . —
17 avril 1905.
Mlle Pascal (C.), Asile de Maison-Blanche, a Neuilly-sur-Marne (Seine-et-
Oise). — 26 juin 1911.
MM. Paul-Boncour (Georges), 164, faubourg Saint-Honore, Paris (VIlIe). —
27 avril 1925.
Perpere (Eugene), 4, rue des Marronniers, Paris (XVI®). — 25 decembre
1906.
Perrussel (Georges), . Asile Saint-Pierre, a Marseille (Bouches-du-
Rh6ne). — 28 mai 1931.
Picard (Jean), Asile de Bonneval (Eure-et-Loir) . — 28 novembre 1932.
Pichard (Henry), 23, rue Saint-Germain, a Fontenay-sous-Bois (Seine).
— 23 janvier 1933.
Pomme (Bernard), 7, rue Jose-Maria-de-Heredia, Paris (VIP). • — 26 no¬
vembre 1935.
Potel (R.), 57, rue du Port, a Lorient (Morbihan). — 29 decembre 1923.
Potet (M.), Directeur du Service de Sante de la VII8 Region a Besan-
gon (Doubs). • — 27 novembre 1933.
Prince (A.), Asile de Rouffach (Haut-Rhin). — 25 fevrier 1925.
Quercy (Pierre), Asile de Chateau-Pieon, a Bordeaux (Gironde). —
23 decembre 1922.
Reboul-Lachaux (Ch.), 8, boulevard Salvator, a Marseille (Bouches-du-
Rhone). — 26 novembre 1923.
Renaux (J.), Asile de Saint-Gemmes, pres Angers (Maine-et-Loire). —
31 mai 1920.
Riche (A.), 28, rue Drouot, Paris (IP). — 25 fevrier 1905.
Robin (Gilbert), 9, rue de Vezelay, Paris (VIIP). — 27 avril 1925.
Roger (Henri), 66, boulevard Notre-Dame, a Marseille (Bouches-du-
Rhone). — 25 avril 1932.
Rondepierre (Jacques), Asile de Fains (Meuse). — 23 decembre 1932.
Rouart (J.), 40, rue de Villejust, Paris (XVI8). — 23 decembre 1935.
RubenOvitch (P.), 15, rue Saint-Simon, Paris (VIP). — 23 decembre
1935.
Schaeffer (Henri), 170, rue de la Pompe, Paris (XVIe). — 22 decembre
1930.
Schiff (Paul), 14, rue Cesar-Franck, Paris (XVe). — 22 decembre 1930.
Schutzenberger (Pierre), 34, avenue du Marechal-Maunoury, a Blois
(Loir-et-Cher) . — 18 decembre 1935.
Sivadon (Paul), 45, rue Polissard, a Bondy (Seine). — 25 novembre
1935.
Sizaret (J.), Asile d’alienes de Pontorson (Manche). — 27 fevrier 1905.
Toye (G.-P.), 11, rue Carlencas, a Montpellier (Herauit). — 28 octobre
1935.
Trillot (Jean), Asile du Bon-Sauveur, A Albi (Tarn). — 25 juin 1935.
Trivas (J.), Asile de Niort (Deux-Sevres). — 25 avril 1932.
Vernet (Georges), Asile de Beauregard, a Bourges (Cher). — 28 novembre
1905.
Vi an (L.), 49, rue Pastorelli, a Nice (Alpes-Maritimes). — 28 juin 1920.
LISTE DES MEMBRES
65
JIM. Vie (J.), Colonie familiale d’Ainay-le-Chateau (Allier). — 22 decembre
1930.
Vigneron d’Heucqueville (G.), Asile de Bailleul (Nord). — 23 jan-
vier 1933.
Villey-Desmeserets (G.), 130, rue de la Glaciere, Paris (XIII'). — 23 fe-
viier 1931.
Voivenel (Paul), 18, rue de la Dalbade, a Toulouse (Haute-Garonne) . —
28 juillet 1913.
MUe Weinberg, 20, rue Daviel, Paris (XIII0). — 22 decembre 1930.
Membres associes etrangers (169)
Amerique (Etats-Unis d’)
Mme Alexander (Harriet-C.-B.), 303, Ravine Drive, Highland Park (Illinois).
— 25 mars 1912.
3VIM. Blumer (George- Adler), Superintendent Emeritus, Butler Hospital, 196,
Blackstone Blvd, Providence (Rhode Island). — 30 octobre 1899.
Briggs (L.-Vernon), 64, Beacon Street, Boston (Massachusetts). —
27 novembre 1916.
Campbell (G.-Macfie), Director, Boston Psychopathic Hospital, 74,
Fenwood Road, Boston (Massachusetts). — 28 mai 1931.
Farnell (Frederick-J.), 577, Angell Street, Providence (Rhode Island),
— 30 novembre 1925.
Gordon (Alfred), 1812, Spruce Street, Philadelphie (Pennsylvania). —
22 fevrier 1909.
Greene (Ransom-A.), Superintendent, Walter E. Fernald State School,
Waverley (Massachusetts). — 28 mai 1931.
Jelliffe (Smith Ely), Managing editor of the Journal of Nervous and
Mental Disease, 64, West 56th Street, New- York City. — 28 mai 193k.
Liber (Amour-F.), Neurological Hospital, Welfare Island, New-York
City. — 18 decembre 193k.
May (James V.), Superintendent, Boston State Hospital, Dorchester
Center (Massachusetts). — 27 novembre 1933.
M,lc Robinovitch (Louise-G.), Golden (Colorado). — 30 octobre 1899.
MM. Rosanoff (Aaron-J.), 2007, Wilshire Blvd., Los-Angeles (California). —
28 mai 1931.
Thom (Douglas-A.), 520, Commonwealth Avenue, Boston (Massachu¬
setts). — 28 novembre 1927.
Argentine (Republique)
MM. Bosch (Gonzalo), Professeur a l’Universite du Littoral, Directeur de
l’Hospicio de las Mercedes, Buenos-Aires. — 27 fevrier 1933.
Delfino (Victor), Buenos-Aires. — 22 mars 1910.
Dimitri (Vicente), Professeur de Neurologie a la Faculte de Medecine
de Buenos-Aires, Chef du Service de Neurologie de l’H6pital de
Alvear, Suipacha, 819, Buenos-Aires. — 23 avril 193k.
Ann. Med.-psych., XV° serie, 94° annee, t. I. — Janvier 1936. 5.
66
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
MM. Gorriti (Fernando), Vice-Directeur de la Colonie Nationale d’Alienes
« D*’ Domingo Cabred », Bulnes, 945, Buenos-Aires. 23 fevrier
Lopez (Lucio-Vicente), 419, Tucuman, Buenos-Aires. — 23 fevrier 1931 ~
Pinero (HeetorrM.), Secretario de la Sociedad de Neurologia y Psiquia-
tria, 1686, Tucuman, Buenos-Aires. — 23 fevrier 1931.
Rojas (Nerio), Professeur de MMecine legale a PUniversite, 736, Rodri¬
guez Pena, Buenos-Aires. — 26 janvier 1932.
Autriche
M. Wagner-Jauregg, Professeur, 18, Mandesgerichtsstrasse, Vienne.
27 avril 1931.
Belgique
MM. de Chaene (Em.), Agrege a PUniversite, 48, rue du Lac, Bruxelles. -
30 mai 1929.
d’Hollander, Professeur a PUniversite, 86,
Vital-Decoster, Louvain.
— 2.5 novembre 1907.
du Chateau, Inspecteur genera], 36, rue Alfred-Giron, Bruxelles. —
26 fevrier 1900.
Francotte, Professeur a PUniversite, 15, quai de Grande-Bretagne,.
Liege. — 31 decembre 189 b.
Hoedemakers (W.), Medecin du Service d’Anthropologie penitentiaire,.
11, avenue Miehel-Ange, Bruxelles. — 29 decembre 1921.
Hove’n, Medecin-directeur de l’Asile d’alienes de l’Etat, Mons/ —
25 novembre 1918.
Ley (Auguste), Professeur a PUniversite, 200, avenue du Prince-d’Orange,
Uccle-les-Bruxelles. — 29 mai 1922.
Ley (Jacques), Agrege de l’Enseignement Superieur, 11, rue de la
Luzerne, Bruxelles, 3. — 22 octobre 193b.
Leroy (Alphonse), Medecin-Chef du Sanatorium Sainte-Agathe, Liege.
— 25 avril 1932.
Meeus, Medecin en chef de l’Asile de Mortsel, 21, rue des Nerviens,
Anvers. — 29 fevrier 190b.
Sano (Fritz), Medecin-directeur de la Colonie familiale de Gheel. —
30 octobre 1899.
Titeca (Jean), Agrege de PUniversite, Medecin-Chef du Centre neuro-
psychiatrique, 28, Chaussee de Dieleghem, Jette-Bruxelles. — 25 no¬
vembre 1935.
Van Bogaert (Ludo), Agrege a PUniversite de Bruxelles, 22, rue
d’Aremberg, Anvers. — 18 decembre 193b.
Mrac Vandervelde-Beeckman, Medecin du Service d’Anthropologie peniten¬
tiaire, Residence-Palace, rue de la Loi, Bruxelles. — 30 mai 1929.
MM. Vermeylen (G.), Professeur a PUniversite, Medecin principal de l’lnsti-
tut Universitaire de Psychiatrie, 28, rue Saint-Bernard, Bruxelles.
— 28 fevrier 1931.
Verstraeten (Paul), Medecin en Chef de l’lnstitut Caritas, a Mclle,
pres Gand. — 28 mai 193b.
Vervaeck (Louis), Directeur general du Service d’Anthropologie peni¬
tentiaire, 35, rue Verhulst, Uccle-lez-Bruxelles. — 30 mai 1929.
LISTE DES MEMBRES
MM. Vervaeck (Paul), Inspecteur des Asiles et Internals medico-pedago-
giques, 35, rue Verhulst, Uccle-lez-Bruxelles. — 25 novembre 1935.
Vii.lers, Agrege a l’Universite, 31, rue Montoyer, Bruxelles. — 26 fevrier
1900.
MM. Ferraz-Alvim (James), 29, rue Benjamin-Constant, Sao-Paulo. —
28 octobre 1935. ;
(Junto (Plinio), 890, Copacabana, Rio-de-Janeiro. — 22 juin 1931.
Pacheco e Silva (A.-C.), Hopital de Juquery, Sao-Paulo. — 22 juin 1931.
Peixoto (Afranio), Professeur de Medecine legale a la Faculte, Rio-de-
Janeiro. — 29 fevrier 1904.
Rocha (Franco da), Directeur-Medecin de l’Hopital de Juquery, Sao-
Paulo. — 24 decembre 1906.
Roxo (Henrique de Brito Belford), Professeur de Clinique psychiatrique
a 1’Universite, Rio-de-Janeiro. — 26 mat 1924.
Souza-Leite (Jose), ancien Interne des Asiles de la Seine, Bahia. —
11 novembre 1889.
Vianna (Ulysses), Professeur, 106, calle Alvaro-Ramos, Rio-de-Janeiro,
— 27 avril 1931.
Grande-Bretagne
Sir Armstrong- Jones, Lord Chancellor’s Visitor in Lunacy, 9, Bramham
Gardens, London, S. W. 5. — 26 janvier 1931.
M. Bolton (Joseph Shaw), Professor, West Riding Mental Hospital, Wake¬
field (England). — 28 novembre 1927.
Sir Bond (Hubert), Commissioner of the Board of Control, Caxton House
West, Tothill Street, Westminster, London S. W. — 30 mai 1926.
MM. Bruce (Alexander-Ninian), 8, Ainslie Place, Edinburgh (Scotland). —
28 novembre 1927.
Chambers (James), The Priory, Roehampton (England). — 25 mai 1912.
Sir Crichton-Browne (James), ancien Lord Chancellor’s Visitor, 45, Hans
Place, London S. W. 1. — 31 octobre 1881.
MM. Goodall (Edwin), « Fairlawn », Iiingsway, Hove, Sussex (England). —
30 juin 1902.
Gordon (George), 14, Guessens Court, Welwyn Garden City, Herts
(England). — 29 mai 1922.
James (G. W. B.), Medecin psychiatre du St-Mary’s Hospital, 124, Harley
Street, London W. 1. — 26 novembre 1934.
Marr (Hamilton), 10, Suecoth Avenue, Edinburgh (Scotland). — 30 mai
1927.
Ross (Donald), Argyll and Bute Asylum, Lochgilphead, Argyll Scot¬
land). — 30 mai 1927.
Rutherford (James), Brislington House, Bristol (England). — 31 octo¬
bre 1881.
Smith (Percy), ancien Superintendent de l’Hopital de Bethlem, 42 Albion
Street, London, W. 2. — 24 juin 1895.
Worth (Reginald), Springfield Mental Hospital, Tooting, London,
S. W. 17. — 28 novembre 1927.
68 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Canada
MM. Caron (Sylvio), professeur agrege a l’Universite Laval, Medecin de
l’Hopital Saint-Michel-Archange, Mastai, Quebec. — 26 janvier 1 J.
Chagnon, Medecin de l’Hotel de Ville, Departement de la Sante, Mont¬
real. — 27 mars 1899. . .
Desloges (A.-H.), Directeur medical general des Hopitaux d allenes,
515, Saint-Gabriel, Montreal. — 30 mars 1931.
Devlin, ancien Surintendant medical de l’Hopital Saint-Jean-de-Dieu,
pres Montreal. — 30 mars 1931. . ,
Lariviere (Paul), Medecin de l’Hopital Saint-Jean-de-Dieu, Montreal.
— 27 juin 1932. . ,
Lefebure de Bellefeuille (Gaston), Professeur a l’Un.versite de Mont¬
real, medecin de l’Hdpital Saint-Jean-de-Dieu. — 30 mars 1931.
Miller (J.-Ch.), Medecin de l’Ecole La Jemmerais, Mastai, Quebec.
27 juin 1927. ■
Noel (Omer), Surintendant medical, Hopital Saint-Jean-de-Dieu, pre.
Montreal. — 30 janvier 1928.
Ploijffe (Daniel), Surintendant medical, H6pital de Bordeaux, pres
Montreal. — 30 janvier 1928.
Roy (C.-S.), Surintendant medical, H6pital Saint-Michel-Archange,
Mastai, Quebec. — - 30 mars 1931.
Chili
MM. Beca (Manuel), casa de Crates, Santiago. — 29 mars 1897.
Fontecilla (Oscar), Professeur, 330, Sante-Lucia, Santiago. — 28 mai
1931.
Colombie
M. Maximiliano Rueda (G.), Professeur de Psychiatric a la Faculte, Mede¬
cin en Chef de l’Asile d’alienes, Bogota. — 26 fevrier 193 h.
M. Valdes AnCiano (J.-A.), Professeur a l’Universite de La Havane.
‘28 novembre 1910.
Danemark
MM. Christiansen (Viggo), 18, Lille Strandweg, Hellerupt, Copenhague. -
28 juin 1926. .
Wimmer (Aug.), Doyen de la Faculte de Medecine, Universitets Labora-
torium, 15, Nonevoldgade, Copenhague. - — 28 fevrier 1918.
Egypte
M. Hadges, Le Caire. — 11 novembre 1889.
Espagne
MM. Alvarez y G. Salazar, 2, c. Conde de Xiquerra, Madrid. — 28 mai 1931
Bravo y Moreno (F.), Medecin-legiste, 76, c. Salmeron, Barcelone. —
25 juillet 1910.
LISTE DES MEMBRES
MM. Germain-Gebrian (Jose), Chef de la Section de psychiatrie et d’hygiene
mentale de la Direction generale de Sante, Directeur de l’lnstitut
psychotechnique, 7, Espalter, Madrid. — 26 novembre 1034.
Gimeno-Riera (J.), Medecin-directeur de l’Asile d’alienes, 2, Paseo de
Pamplona, Saragosse. — 30 mai 1910.
Irigoyen (Jose-Ciriaco), 369, Avenida 14 de Abril, Barcelone. — 23
novembre 1909.
Rodriguez-Arias (Belarmino), Professeur a la Faculte de Medecine, via
Augusta, 61, Barcelone. ■ — 26 mars 1923.
Vives (Salvador), 88, c. Caspe, Barcelone. — 26 juillet 1921.
Esthonie
M. Puusepp (Louis), Professeur a l’Universite Karlova, a Tartu. —
30 mai 1927.
Grece
MM. Catsaras (Michel), Professeur a l’Universite, membre de l’Academie de
Medecine, 1, rue Mavromichali, Athenes. — 25 octobre 1886.
Kouretas (Demetre), Charge de Cours a l’Ecole du Service de Sante
Militaire, 33, rue Solonos, Athenes. — 27 novembre 1933.
Loverdo (G. de). Secretaire general de la Societe de neurologie et de
psychiatrie, 21, rue Sina, Athenes. — 18 decembre 1934.
Mitaftis (Telemaque), Professeur agrege a 1’Universite, 68, rue de
l’Academie, Athenes. — 30 octobre 1889.
Triantaphyllos (Denis), 1, rue Deligeorgi, Athenes. — 30 mars 1931.
Vlavianos (S.), Professeur agrege 5 l’Universite, 16, rue Zinonos, Athe¬
nes. — 25 mai 1912.
Vlavianos (Georges-J.), Chef de clinique des maladies nerveuses et
mentales a l’Universite, 53, rue Patission, Athenes. — 18 decembre
1934.
Yanniris, Medecin de l’Asile de Domocaitis. — 28 mai 1900.
Haiti
M. Mars (Louis), a Petionville. — 24 juin 1935.
Hollande
MM. Bouman (L.), Professeur a l’Universite d’Utrecht. — 30 mai 1927.
Van der Scheer, Professeur a l’Universite de Groningen. — 22 fevrier
1932.
Italie
MM. Alberti (Angelo), Directeur de l’Asile d’alienes de Genova. — 30 decem¬
bre 1907.
Antonini (Giuseppe), ancien Directeur de l’Asile d’alienes de Mombello
(Milan). — 27 juin 1904.
Baccelli (Mario), Medecin-chef de 1’Asile d’alienes de Como. —
20 fevrier 1914.
Boschi (Gaetano), Directeur de l’Asile d’alienes de Ferrara. — 29 decem¬
bre 1913.
70 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE
MM. Cappelletti (Luigi), Directeur des Asiles d’alienes de Venezia.
28 mai 1906.
Casceli.a (Francesco), Medecin en chef de l’Asile d’alienes- d’A versa. —
30 mars 1896.
Cazzamalli (Ferdinando), privat-docent de psychiatrie, Milan. 20
fevrier 1911.
Del Greco (Francesco), Directeur de l’Asile d’alienes d’Aquila.
27 juillet 1903.
Donaggio (Arturo), Doyen de la Faculte de Medecine de Modena. —
28 mai 1931. . .
d’Ohmea (Antonio), Directeur de l’Asile d’alienes de Siena. — 29 juin
1908.
Fornaca (Giacinto), Medecin en chef de l’Asile d’alifines de S. Onofno,
Rome. — 30 novembre 1908.
Gualino (Lorenzo), Medecin en chef de l’Asile d’alienes d’Alexandrie. —
29 juin 191b.
Lambranzi (Ruggero), Directeur de l’Asile d’alienes de Verone. —
13 juillet 1906.
Levi-Bianchini (Marco), Directeur de l’Asile d’alienes de Nocera-Infe-
riore. _ 27 mars 1916.
Lucangeli (Gian-Luca), 19, via Cola da Rienzo, Rome. — 31 juillet 1911.
Maggiotto (Ferdinando), Directeur de l’Asile d’alienes de Como.
29 janvier 1912.
Maragnani (Luigi), Medecin en chef de l’Asile d’alienes d’Alexandrie. —
27 juillet 19U.
Medea (Eugenio), Charge de cours a l’Universite de Milan. — 28 juillet
1902.
Muggia (Giuseppe), Directeur de l’Asile d’alienes de Sondrio.
25 novembre 1907.
Padovani (Emilio), Directeur de l’Asile d’alienes de Rovigo. —
20 fevrier 19U.
Riva (Gaetano), ancien Directeur de l’Asile d’alienes d’Ancone.
27 mars 1882.
Ruata (Guido), Directeur de l’Asile d’alienes de Novara. — 24 juin 1912.
Salerni (Aleardo), Vice-directeur de l’Asile de Verone. — 27 mars 1911.
Sanguineti (L. R.), Expert psychiatre pres la Cour d’Appel de Genes,
2, via Serbelloni, Milan. — 28 mai 193b.
Saporito (Filippo), Directeur du Manicome judiciaire d’Aversa.
19 decembre 190b.
Seppilli (Giuseppe), Directeur de. l’Asile d’alienes de Brescia. —
27 mars 1882.
Tambroni (Ruggero), ancien Directeur de l’Asile d’alienes de Ferrara.
28 avril 1902.
Tamburini (Arrigo), Medecin en chef de l’Asile d’alienes d’Ancdne. —
17 mai 1916.
Norvege
MM. Evensen (Hans), Medecin-directeur de l’Asile de Gaustad, pres Oslo.
29 avril 1907.
Tidemand-Johanessen, Oslo. — 25 avril 1921.
LISTE DES MEMBRES
71
Perou
M. Trelles (Jules-Oscar), Professeur agrege a la Faculte de Medecine,
Apartado, 2.184, Lima. — 25 mars 1935.
Pologne
MM. Orzechowski (Casimir), Professeur a I’Universite, 6, place Napo¬
leon, Varsovie. — 22 juin 1931.
SchmierGeld, 27, rue Srodmiejska, Lodz. — 29 juin 1908.
Portugal
MM. Bahia Junior, Hospital Conde Ferreira, Porto. — 30 mars 1931.
Bettencourt (Rodrigues), 3, rua da Imprensa, Lisbonne. 25 juillet
1887.
Martins (Lopes), Professeur, a l’Universite, Porto. — 29 juillet 1908.
Moura (Elysio de), Professeur de neurologie et de psychiatrie a l’Uni-
versiti de Coimbra. — 26 novembre 193b.
Roumanie
MM. CAhane Mares, MedecinjChef de l’Hopital des Maladies mentales et
nerveuses, Diciosanmartin (Transylvanie). — 22 octobre 193b.
Dimolescu (Alfred), Medecin de l’Hopital Central des Maladies menta¬
les et nerveuses, Bucarest, 2 bis, rue de la Melodie. — 23 mai 1932.
Padeano, Assistant a la Clinique psychiatrique de Bucarest, 22,
Str. Washington. — 23 mai 1932.
Parhon (C.-L), Professeur a la Faculte de Medecine, 3, rue Luterane,
Bucarest. — 26 janvier 1931.
Pauuian (Demetre-Em.), Medecin-chef a l’Hopital Central des maladies
mentales et nerveuses, conferencier a la Faculte de Medecine, 31,
Str. Armeneasca, Bucarest. — 26 janvier 1931.
Pitulesco (Pierre), 2, Strdda Episcopici, Bucarest. — 27 avril 1931.
Stanesco (Jean), Medecin de l’Hopital pour Maladies mentales et ner¬
veuses de Sibiu, 10, rue Deparateanu, Bucarest. — 2b octobre 1932.
Urechia (C. I.), Professeur a l’Universite, 1, rue Pasteur, Cluj. —
30 mars 1931.
Suede
M. Kinberg (Olof), Professeur, Saltsjobaden. — 28 mai 1931.
Suisse
MM. Bersot (Henri), Clinique Bellevue, Le Landeron Neuchatel. — 27 dc-
cembre 1926.
Boven (William), privat-docent a I’Universite, 2, avenue de la Gare,
Lausanne. — 3i octobre 1927.
Flournoy (Henri), privat-docent a l’Universite, 6, rue Monnetier,
Geneve. — 27 novembre 1922.
Forel (O.-L.), privat-docent a l’Universite de Geneve, Medecin-chef
des Cliniques de Prangins, a Nyon. ■— 23 novembre 1930.
72
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
MM. Ladame (Charles), Professeur de Clinique des maladies mentales »
l’Universite, Directeur de PAsile Clinique psychiatrique de Bel-Anv
Geneve. — 26 fevrier 1912.
Martin (Joannes), Professeur honoraire de medecine mentale a l’Uni¬
versite Veyrier, Geneve. — 26 fevrier 1895.
Minkowski (M.), Professeur de Neurologie a l’Universite, Freiestrasse-
55, Zurich. — 28 janvier 1935.
Morel (Ferdinand), Privat-docent a l’Universite de Geneve, Medecin-
adjoint a la Clinique psychiatrique de Bel-Air. — 18 decembre 1934 -
Naville (F:), Professeur de Medecine legale a l’Universite, 8, rue Saint-
Leger, Geneve. — 30 juin 1930.
Repond (Andre), Directeur de la Maison de Sante de Malevoz, Monthey,
Valais. — 28 novembre 1927.
Saussure (Raymond de), Privat-docent a l’Universite, 2, Tertasse„
Geneve. — 25 mars 1929.
Steck (Hans-Theodor), Privat-docent a la Faculte de Medecine, Sous-
Directeur de l’Asile de Cery-sur-Lausanne. — 25 fevrier 1935.
Weber (R.), Professeur honoraire de 1’Universite, villa Sismondi, Chene,.
Geneve. — 23 fevrier 1931.
Tchecoslovaquie
MM. Haskovec (Uadislas), Professeur a l’Universite Tchecoslovaque, 3, Mezi-
branska, Prague. — 27 mars 1905.
Sebek (Jean), professeur agrege de neuro-pathologie a 1 Universite-
Tchecoslovaque, 1, U. Karlova, Prague II. — 23 decembre 7932.
Stucklik (Jaroslav), Medecin-directeur de l’Asile d’Etat d’alienes de
Kosice. — 31 octobre 1921.
Turquie
MM. Conos (B.), Medecin en chef du Service des maladies nerveuses et men¬
tales aux Hopitaux grecs de Baloukli, place du Tunnel, Pera.
26 janvier 1931. .
Mazhar (Osman), Directeur-medecin en chef de l’Asile des alienes.
d’lstanbul. — 28 mai 1931.
Zimalakis, Medecin-chef des Hopitaux grecs de Constantinople. —
28 avril 1913.
U. R. S. S.
MM. Choroschko, Professeur a la Clinique neurologique de Moscou.
30 mai 1927. no .
Jouchtchenko (A.-J.), Professeur a l’Universite de Kharkow. — 28 jud-
Tretiakoff, de Moscou, Hospice de Juquery (Bresil). — 25 octobre 1916 .
Uruguay
MM. Etchepare (Bernardo), ancien Professeur de Clinique des maladies
mentales a l’Universite de Montevideo. — 24 mai 1909.
Rossi (Santin-Carlos), Professor de Clinica Psiquiatnca, 1296, Ibicuy,
Montevideo. — 30 mars 1931.
Sicco (Antonio), Hospital Vilardebo, Montevideo. — 30 mars 1931.
SEANCE DU 9 JANVIER 1936
73
Seance du Jeudi 9 Janvier 1936
Presidence : M. VURPAS, president
PRESENTATIONS
Syndrome infundibulaire, trophcedeme et troubles mentaux,
par MM. Paul Courbon et C. Feuillet.
La malade que nous presentons est une arrieree mentale qui
arrive lentement a la demence a Page de 32 ans : apres avoir
presente, depuis la puberte, des troubles neuro-vegetatifs a pro¬
gression continue et lente.
Elle a ete internee une premiere fois du 1*' octobre 34 au 3 novem-
bre 35.
Reprise par sa mere non amelioree, elle est internee de nouveau le
23 novembre de la meme annee.
Les renseignements fournis par la mere permettent de reconsti-
tuer 1’histoire suivante.
Malade nee a terme, apres un accouchement normal sans trauma-
tisme. Elle a parle et marcfae tard, vers 20 mots — et have jusque
vers 12 ans. Elle a ete en classe jusqu’a 14 ans, sans obtenir son
certificat d’etudes. « C’etait, nous dit sa mere,, une bonne petite tres
affectueuse, mais elle avail la tete trop dure. » Depuis sa sortie de
l’ecole elle vivait avec sa mere et un frere et travaillait a de petites
besognes d’embaliage et d’etiquetage dans diverses maisons de
parfumerie ou elle etait peu payee.
Elle a ete reglee a 14 ans — depuis les regies ont toujours ete
regulieres, indolores, mais tres abondantes — durant 5 a 6 jours.
C’est de cette periode puberale que datent les modifications morpho-
logiques des jambes et du visage.
Le debut s’en est fait d'abord a la jambe droite par un bourrelet
sus-malleolaire, puis l’hypertrophie a subi une extension ascendante,
le pied restant relativement indemne.
La jambe gauche n’a ete prise qu’ulterieurement. L’augmentation
en est surtout manifeste depuis 4 ans. II en est de meme de l’hyper-
trophie nasale.
74
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
L’adiposite et la polyurie semblent n’etre apparues que ces der¬
ives annees. Les troubles mentaux, hallucinatoires et delirants sont
survenus en dernier lieu. .
La mere de la malade en fait remonter le debut a juillet 34 et les
attribue au choc affectif produit par la mort brusque du pere. Vers
la meme epoque il semble qu’il y ait eu Une courte phase de microp-
sie, « pendant plusieurs jours elle voyait tout, tout petit ». Quant
aux troubles mentaux ayant necessite l’internement et qui continuent
a evoluer ils consistent en. idees hypochondriaques absurdes : « on lui
a pris son corps — elle ne se sent plus dans son corps normal, elle
est bizarre, on la travaille dans le ventre, on lui a pris son pouce et
ses doigts, autrefois elle avait de gros doigts, et elle ne les a plus, on
lui a pris aussi, ses oreilles — elle a dans le nez un enfant de
9 mois qui s’appelle Jacques ». A ces troubles hypochondriaques se
joignent des idees de persecution : « ce sont les voisins du dessus
qui lui ont pris son corps — ils veulent l’empecher de se marier et
ce sont eux qui out fait mourir son pere » . Elle a des crises oil elle
les menace et les insulte.
II existe encore des troubles psycho-sensoriels : « ses voisins lui
parlent, disent qu’il lui ont pris son corps et qu’ils vont le lui rendre.
Elle entend aussi un des medecins qui l’ont examinee a Ste-Anne :
« il me parle tout le temps, il me dit que je suis sa femme, il m’en
dit tant que je perds la tete ».
Ces idees sont d’ailleurs floues et contradictoires avec une certaine
conscience de 1’etat morbide, « c’est peut-etre des idees de malade
que je me fais », dit-elle.
Il faut noter le caractere erotique de certaines de ses idees, et
l’allure provocante de son decolletage quand un homme s’approche
d’elle.
A l’asile elle est inerte et totalement inactive avec, par intermit-
tence, gatisme. Parfois on constate une flexibilita cirea tres nette
avec conservation des attitudes.
Dans les antecedents personnels on ne releve que la coqueluche a
6 ans, la scarlatine a 7 ans, a 15 ans un episode tres grave avec
asphyxie, etiquete congestion pulmonaire et qui a necessite un sejour
de 3 mois a Bretonneau.
Antecedents familiaux : Mere, 65 ans, bien portante, fausse couche
spontanee de 3 mois. Une seeur morte en 1913, a 18 ans, de la
grippe espagnole ; un frere et une soeur bien portants.
A l’examen, le facies exprime une euphorie niaise, il est seborrhei-
que, congestif avec tendance a la cyanose. L’hypertrophie du nez lui
donne un aspect acromegalo'ide. Le cou est court, la tete portee en
avant. Le tronc presente une exageration de la cyphose dorsale avec
saillie du ventre en avant. On note encore une adiposite notable
diffuse predominant toutefois a l’abdomen, aux hanches, et aux
cuisses. Le poids a augmente de pres de 12 kgr. dans l’annee.
Aux membres inferieurs augmentation considerable du volume des
SEANCE DU 9 JANVIER 1936
jambes, avec aspect cylindrique ; cette hypertrophie est asymetri-
que, arvec predominance a droite. Elle resulte d’une infiltration
elastique ferme, ne gardant pas le godet, de topographie segmentaire
puisqu’elle epargne relativement I’avant-pied et fait place au-dessus
du genou a la simple adiposite de la cuisse. La peau a ce niveau est
d’aspec.t normal dans le decubitus, mais il se produit dans la station
■debout de la cyanose avec froideur des teguments.
Les mains presentent egalement des modifications morphologiques
remarquables. Elies sont petites avec des doigts effiles, cette hypotro-
phie porte surtout sur les 2 phalanges terminales et semble interesser
l’os comme les parties molles.
Depuis l’age de 15 ans, chute progressive des dents ; a l’heure
actuelle seules persistent les incisives, canines et les pre-molaires de
la machoire inferieure.
A l’examen neurologique on trouve une vivacite anormale de tous
les reflexes tendineux,
Le reflexe cutane plantaire donne un leger eventail des orteils
avec parfois ebauche d’extension du gros orteil.
On note encore une certaine bradykinesie, la parole est lente et
monotone ; le facies hypomimique ; les bras ne balancent pas a la
marche. Nous avons deja signale les troubles vasculaires et l’aspect
seborrheique du facies. II existe de plus un dermographisme leger du
tronc.
Par ailleurs, aucun signe neurologique en dehors d’une legere
inegalite pupillaire avec contraction peu intense a la lumiere. La
ponction lombaire, l’examen du fond d’oeil et du champ visuel ont
donne des resultats entierement normaux.
Le reste de 1’examen clinique ne montre pas de signes visceraux en
dehors d’une polyurie permanente se maintenant aux environs de
3 litres. Les urines sont normales a la dilution pres. Les eliminations
en 24 heures sont comparables aux chiffres normaux. Les acces de
somnolence diurne accuses spontanement par la malade et confirmes
par 1’entourage, ne sont pas constatables actuellement. Les regies sont
abondantes et prolongees.
Les examens speciaux pratiques : dosage du glucose sanguin, de
la cholesterinemie, de l’uree sanguine, la numeration globulaire, le
taux de l’bemoglobine, la composition proteique du serum ont donne
des chiffres normaux.
En somme, il s’agit d’une debile mentale profonde agee de
32 ans qui, depuis la puberte, presente des troubles de la mor-
phologie dont le developpement s’accentue de plus en plus (tro-
phoedeme des 2 membres inferieurs, effilement des doigts,
facies acromegaloide), qui, depuis l’age de 30 ans, presente un
delire polymorphe a marche torpide (idees de transformation
corporelle et de persecution, hallucinations, manifestations d’ero-
76
S0C1ETE MED1C0-PSYCH0L0GIQUE
tisme) et qui, a tous les troubles precedents, ajoute, depuis ces.
derniers mois, de nouveaux signes physiques (hypersomme, obe-
site, polyurie) et de nouveaux signes mentaux (affaiblissement
dementiel et gatisme).
Le classement nosologique de cet ensemble de syndromes est'
difficile, car les symptomes de la plupart sont frustes et quel-
quefois paradoxaux.
On peut rattacher au syndrome infundibulaire la polyurie,
l’obesite et l’hypersomnie ; mais au lieu de l’hypogemtalite decrite
par Babinski et Frohlich, on constate de l’excitation sexuelle,
des organes genitaux bien developpes, une pilosite normale, des.
regies abondantes. ,
L’hypertrophie du nez peut evoquer celle de l’acromegalie
mais elle ne s’accompagne pas des autres deformations produites
par les lesions hypophysaires. Les doigts, au contraire, sont effi-
les. La radiographie ne revele aucune anomalie.
L’hypomimie, la lenteur des mouvements, l’absence de balan-
cement des membres superieurs pendant la marche, joints a
rhypersomnie, peuvent faire penser a un parldnsonisme fruste,
mais le signe de l’eventail et l’exageration des reflexes prouvent
que la voie pyramidale, elle aussi, est touchee.
Le syndrome mental lui-meme n’est pas de ceux que l’on
rencontre dans la clinique courante puisqu’il s’agit d’un etat
de debilite evoluant lentement vers la demence.
II n’y a que le trophcedeme dur, blanc, indolore, asymetrique,
segmentaire, aux membres inferieurs, qui corresponde a la des¬
cription classique de Meige. Ce syndrome, d’apres les auteurs,
serait conditions par des troubles endocriniens ou neuro-vege-
tatifs. L’interpretation qui semble la plus plausible est celle
d’une encephalite discrete, disseminee et a predominance infun-
dibulaire. , ,
Comme le repete Lhermitte, il ne faut pas confondre la locali¬
sation d’une lesion avec la localisation d’une fonction. Une
lesion peut avoir sa repercussion sur le fonctionnement d’organes
eloignes d’elle. C’est, par exemple, ainsi que, dans notre cas, peu¬
vent s’expliquer certaines modifications morphologiques de la
malade.
La diffusion des lesions explique 1’apparence paradoxale des
syndromes. ,
Quant a la nature de l’encephalite, elle est plus difficile a pre-
ciser II est a noter que la puberte de cette femme, puberte au
moment de laquelle la famille a constate les troubles neurologi-
ques, coincida avec l’epidemie d’encephalite lethargique de 1918
SEANCE DU 9 JANVIER 1936
a 1919. Mais ces troubles s’installerent insidieusement sans
aucune maladie apparente.
Peut-etre est-il moins aventureux d’invoquer chez cette femme
qui eut, vers l’age de 5 ans, plusieurs maladies infectieuses, l’exis-
tence d’une encephalite cryptogenetique, encephalite dont l’ins-
tallation conditionna la debilite mentale et dont les recidives ame-
nerent, a la faveur de la poussee endocrinienne puberale, la
•succession des troubles physiques et mentaux qu’elle presente.
lEpilepsie generalisee. Ralentissement intellectuel et tumeur
cerebrale probable, par MM. R. Anglade et L. Yidart.
L’epilepsie a, depuis longtemps, sa place dans la symptomato¬
logy des tumeurs cerebrates. L’epilepsie partielle s’entend, car
l’epilepsie totale fait souvent ecarter le diagnostic de tumeur
cerebrale au lieu de contribuer a l’etablir.
Les troubles mentaux ont, eux aussi, pris peu a peu leur place
dans le syndrome, et si bien, que Ton observe des cas de tumeurs
cerebrales qui ne se manifestent pendant de longues annees que
par des troubles mentaux. Et de fait, il y a, sans meme que ce
soit rare, dans les Asiles d’alienes, des tumeurs cerebrales qui
ne sont diagnostiquees qu’a l’autopsie.
Nous allons vous presenter ce matin un malade age de 47 ans,
interne a l’Asile de Villejuif depuis le 14 septembre 1935 pour
« affaiblissement intellectuel survenu chez un epileptique ».
Son histoire clinique telle que nous avons pu la reconstituer,
telle surtout que sa femme nous la raconta, car les souvenirs- du
malade sont eux-memes assez imprecis, est faite de l’association
de deux syndromes essentiels : un syndrome comitial, un syn¬
drome mental.
C’est a partir de 1914 ou 1915 que les premiers symptomes patho-
logiques firent, semble-t-il, leur apparition. A cette epoque, mobilise
a Paris comme employe des P.L.M. il commenqa avec une frequence
variable a presenter des moments d’absence ; il ne tombait pas, mab
restait immobile, inerte, le visage pale, les yeux revulses. Il reprenait
conscience assez rapidement et ne gardait aucun souvenir de cet
incident. Il demeure pendant toute la guerre a Paris, puis en mai 1918
se marie. Peu apres, en tout cas la meme annee, ses crises nerveuses
changent d’aspect. Subitement, sans aucun symptome avertisseur, il
tombe, perd connaissance et presente des convulsions generalisees
d’emblee. Il se mord la langue, perd ses urines, c’est alors une crise
d’epilepsie banale. Ces crises convulsives, d’abord espacees, devien-
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
nent de plus en plus frequentes. Elies surviennent bientot toutes les.
semaines, sont quelquefois plus rapprochees encore, mais depuis 191S
ces crises n’ont pas change de caractere. Signalons que de temps a
autre, ces crises sont precedees de yomissements explosifs. En som-
me, depuis 20 ans, ce malade presente des phenomenes d’ordre comi-
tial sous la forme :
— d’absences passageres pendant les quatre premieres annees ;
— de convulsions generalises dans la suite et jusqu’a maintenanL
Mais a ce syndrome comitial s’ajoute un syndrome mental. Et
depuis quand existe-t-il chez ce malade des symptomes psychiques ?
C’est un point evidemment tres difficile a preciser exactement. Sa
femme nous dit ne l’avoir jamais trouve tout, a fait normal et des
1915 ou 1916, il lui arrivait, deja, d’etre taciturne, de ne pas repondre
parfois aux questions qu’on lui posait.
En 1921, il reste quatre mois a l’Hopital Saint-Antoine pour « mala-
die mentale » nous dit-on, sans que l’on puisse preciser quels etaient
ces symptomes mentaux. Quoi qu’il en soit, a la suite de cette hospita¬
lisation on le juge inapte pour son emploi a la Gompagnie du P.L.M.,
et il devient garcon de courses.
Progressivement, son caractere se modifle. Il « change », devient
colereux, irritable ; de plus en plus, il aime la solitude, craignant le
bruit et la societe. Il perd la memoire et en 1931, enfin, il est oblige
de cesser tout travail.
A partir de ce moment, ces troubles du comportemen^ s’exagerent
encore. Il parait souvent aneanti, plonge dans un etat voisin de la
torpeur. C’est a cette epoque egalement qu’il commence a se plaindre
de sa tete.
C’est une cephalee violente, quelquefois frontale, mais surtout occi-
pitale, cephalee continue, mais plus marquee le matin, se prolongeant
souvent jusqu’a la nuque et resistant au'x calmants habituels. Il prenait
parfois quatre ou cinq << cachets » sans obtenir de soulagement.
Son -etat s’aggrave encore progressivement. Il ne sort de son
aneantissement que pour se plaindre de ses maux de tete et pour
presenter de temps a autre une bouffee d’ex-citation : il se met brus-
quement en colere et devient menafant pour son entourage. Le
17 aout 1935, a la suite d’une crise d’epilepsie survenue dans la rue^
il est transports a la Pitie, puis envoye en observation a l’Asile Cli¬
nique, il est enfin dirige sur l’Asile de Villejuif ou il sejourne depuis
le 14 septembre. L’histoire de ce, malade apparait done bien faite :
— d’un syndrome^epileptique evoluant depuis 20 ans ;
_ d’un syndrome mental qui parait avoir debute vers 1920 ou
1921, s’est aggrave progressivement et nettement constitue depuis 4
ou 5 ans seulement.
A ces deux ordres de symptomes, il convient encore d’ajouter : la
cephalee, les vomissements, la baisse de la vue qui, dernierement, a
rendu necessaire le port de lunettes.
SEANCE DU 9 JANVIER 1936
79
Actuelleraent, ce malade se presente a l’examen : souriant, legere-
ment euphorique, la tete baissee, le regard eteint. Son facies est immo¬
bile, inexpressif, presique fige. II ne parle pas et attend qu on 1 inter-
roge.
Des le premier abord, il semble presenter un degre important de
ralentissement mental : il parait comprendre lentement ce qu’on lui
dit, il faut repeter les questions plusieurs fois et la reponse est sou-
vent longue a venir. Et au fur et a mesure que l’examen se prolonge,
l’effort a faire parait encore de plus en plus grand.
Inattention est chez lui tres touchee ; l’attention spontanee parait
nulle : il est incapable de donner quelques details sur la salle oil il
est hospitalise, sur le chemin parcouru pour venir au bureau du me-
decin. L’attention volontaire n’est guere meilleure. Si on lui demande
avec insistance d’ecouter la lecture de quelques lignes d’un article de
journal, il peut seulement en repeter les deux derniers mots.
Il presente egalement de gros troubles de la memoire de fixation.
Il s’en rend eompte, s’en agace et nous dit : « C’est curieux tout de
meme d’avoir de 1’amnesie comme ca. » Sur les faits anciens, il est
egalement hesitant. Et s’il precise exactement certaines dates impor-
tantes comme celles de sa naissance, du debut ou de la fin de la
guerre, il se trompe sur celle de son mariage et ne peut dire quand il
s’arreta de travailler.
Nous avons etudie chez lui V association des images. Lui demandant
de designer rapidement vingt mots de suite pris au hasard, il evoque
difficilement cinq mots : chaise, buvard, papier, journaux, assiette,
puis s’arrete et n’en trouve point d’autres. Des operations intellec-
tuelles plus complexes lui ont paru difficile's. Mais il peut cependant
nous donner le total d’une somme faite de pieces de 10 fr., 5 fr. et
2 fr. et de quelques sous. Par contre, il lui fut impossible de resou-
dre le petit probleme suivant :
D. : Vous devez au marchand 25 francs, vous payez avec 50 francs.
Combien doit-il vous rendre ? — Pas de reponse.
A ce premier examen, on constate done essentiellement : un ralen¬
tissement de toutes les fonctions intellectuelles avec de la diminution
de l’attention, de la dysmnesie. A ce ralentissement mental, ne s’asso-
cient pas de manifestations oniriques : ni faux souvenirs, ni fausses
reconnaissances, ni tabulation. Son orientation est assez bonne, il
peut sans erreur dire la date et apres hesitation, l’heure et le lieu.
Les fonctions affectives paraissent chez lui tres reduites. Il ne
prend part a rien de ce qui se passe dans la salle, il ne se plaint
pas, ne parle pas spontanement, ne prend aucune initiative. Il ne
reclame jamais sa femme. Cependant il semble encore s’interesser a
la lecture du journal qu’il pratique quotidiennement.
Son caractere est pourtant irregulier : la plupart du temps il parait
doux et tranquille ; il s’est prete a tous les examens avec une docilite
et meme une passivite parfaite. Et cependant, par moments, il est irri¬
table, revendicateur, s’emporte avec les infirmiers qu’il menace.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Enfin, et c’est un point important sur lequel nous aliens main-
tenant insister, ce malade presente des troubles du langage :
Tout d’abord le ton de sa voix est monotone. Sa parole est tremblee,
hesitante, souvent il ne trouve pas le mot qu’il cherche, s arrete
quelques instants, le remplace par « machin » ou « c ose » 1
repart plus rapidement, de facon explosive.
II n’a pas de dysarthrie, mais il repute souvent le meme mot ou le
meme lambeau de phrases. Sa femme nous a dit que depurs peu « i
begayait ». Ce serait done un symptome d’apparition recente.
On lui montre differents objets :
_ Une montre. — R. : C’est..., c’est une montre.
— Des cigarettes. — R. : Ce sont des cigarettes gauloises.
— Un buvard. — R. : C’est..., c’est un buvard.
Puis apres ces trois reconnaissances exactes il ne parvient plus a
designer les objets par leur nom ; on lui montre alors :
_ Une boite d’allumettes. - R. : C’est un etui d’allumettes gauloi-
n etui a ci ga¬
ses. ,
_ De nouiveau le paquet de cigarettes. — R. : C est u
re^SUn porte-plume. — R. : Je m’en doute un petit peu... C’est pour
■ecrire. Mais pour le vrai nom...
— Une regie : il l’inspeote, la palpe. — R. : C’est un etui... un etui
de papiers a cigarettes.
— Est-ce une regie ? — R. : C’est cela.
— Est-ce bien cela ? — R. : Je n’en suis pas tres sur.
_ une enveloppe. — R. : Je me souviens en avoir vu mais je ne
peux me rappeler le vrai nom.
De cev examen on doit en sonirne retenir avant tout que cet epi-
leptique de vieille date presente un etat mental permanent, caraede-
rise par : du ralentissement intellectuel, de l’apathie, de 1 lndilte-
rCSur ce fond d’inertie continue surviennent de temps en temps des
bouffees d’excitation passagere. Il faut encore y ajouter des troubles
du caractere et du langage. On ne trouve pas, semble-t-il, chez ce
malade, de troubles grossiers du jugement. Certes, il a beaucoup de
peine a s’exprimer, mais, quand il y parvient, ses reponses sont cor-
rectes et jamais il ne commit d’incorrections ou d’actes absurdes por-
tant nettement le cachet dementiel.
L’examen somatique a revele chez lui des symptomes fort lmpor-
tants pour la discussion du diagnostic.
Il existe en effet une hemiparesie droite. A la face deja on peut
remarquer que le cote droit parait un peu plus etale, plus allonge que
le gauche. Le sillon naso-genien est plus vertical. A l’ouverture de la
bouche, l’orifice buccal est legerement asymetrique. Mais surtout c’est
a 1’effort que la paresie faciale est le plus facilement visible, dans la
SEANCE DU 9 JANVIER 1936
grimace faite a ce moment on est frappe par l’inertie _de l’hemiface
droite.
Au membre superieur droit, la force musculaire est legerement
diminuee, nettement inferieure a celle du cote gauc'he.
A la marche en’iin, le membre inferieur droit semble quelquefois se
derober et il est incapable de se tenir sur son seul pied droit alors
qu’il y parvient a gauche.
L’ etude des reflexes tendineux montre une legere hyperreflexie au
membre superieur droit. Celle des reflexes cutanes met en evidence un
reflexe plantaire en extension du cote droit.
La sensibilite est particulierement difficile a apprecier. Le malade
ne repond que peniblement et tardivement a la piqure, au tact, au
pin-cement.
II n’a pas de troubles trophiques, pas de troubles sphincteriens. Et
l’examen neurologique que nous avons fait chez lui a mis seulement
en evidence cette hemiparesie droite avec signe de Babinski et legere
exageration des reflexes au membre superieur.
A l’examen systematique, enfin, nous n’avons rien constate d’anormal
en dehors d’une hypertension arterielle de 22 1/2, 14 au Vaquez. Pas
de lesion cardiaque en depit d’une crise de rhumatisme articulaire
aigu signalee dans ses antecedents a l’age de 11 ans.
Devant ce malade qui presente :
1° un syndrome comitial evoluant depuis 20 ans ;
2° un syndrome mental avec grosse bradypsychie ;
3° une hemiparesie droite avec legere aphasie, deux hypothe¬
ses viennent aussitot a l’esprit : celle de troubles mentaux surve-
nant chez un vieil epileptique, celle aussi de tumeur cerebrale a
longue evolution.
Ce sont la, d’ailleurs, les deux diagnostics qu’avait souleves le
Dr Paul Abely qui recut ce malade a Villejuif, dans son ancien
service.
II ne semble pas, en effet, qu’il soit possible de retenir serieu-
sement d’autre diagnostic. Cependant, grace a l’hypertension arte¬
rielle, a la paleur du visage, aux vomissements, nous nous sommes
demande s’il n’existait pas un certain degre d’hyperazotemie qui
aurait pu, a la rigueur, s’associer a l’epilepsie pour realiser le
syndrome clinique observe. Mais le taux de l’uree sanguine est
presque normal, de 0 gr. 47 par litre.
S’agit-il done simplement de troubles mentaux survenus a la
longue chez un vieil epileptique Tout le syndrome mental observe
peut, en effet, etre mis legitimement sur le seul compte d’une
epilepsie evoluant depuis longtemps. Un ralentissement aussi
marque, les modifications memes du caractere avec la docilite,
Ann. Med.-psych., XVc serie, 94° annee, t. I. - — Janvier 1936. 6.
82 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
mais aussi avec 1’indifference, 1’irritabilite, sont bien le fait de
l’epileptique. Mais alors, il faudrait envisage l’hemiparesie droite
et l’aphasie comme.des phenomenes surajoutes : peut-etre anciens
et passes jusqu’ici inapercus, peut-etre plus recents et alors
manifestations d’une lesion vasculaire encephalique. Mais ce
malade est encore trop jeune pour qu’on puisse incriminer chez.
lui des lesions d’ordre purement atheromateux. Signalons alors
qu’il n’est pas syphilitique, qu’il ne presente aucun signe clini-
que de specificite et que les reactions serologiques ont tou jours
ete chez lui negatives.
Mais le ralentissement psychique, les modifications du carac-
tere de ce malade sont aussi bien les manifestations mentales
que l’on observe dans les tumeurs cerebrales. C’est alors que nous
nous sommes demande s’il ne s’agissait pas plutot d’une neofor¬
mation cerebrale responsable a la fois des crises comitiales; des
troubles mentaux, de l’hemiparesie droite et de l’aphasie.
La lenteur de revolution n’est pas un argument sufflsant pour
rejeter, d priori, un tel diagnostic. Bien que de telles histoires
cliniques aussi prolongees soient plutot une rarete c est pour
cette raison que nous avons pense a vous presenter ce malade —
nous avons trouve, dans la literature, plusieurs cas du meme
genre. Le Dr Baruk en particular, dans son remarquable ouvrage
sur les troubles mentaux des tumeurs cerebrales, cite un cas de
tumeur calleuse dont 1’evolution s’est poursuivie pendant plus de
18 ans, un autre de tumeur frontale prolongee pendant 14 annees.
II fallait done essayer de faire la preuve de cette tumeur possi¬
ble. Tout d’abord, au point de vue clinique, l’hypertension intra-
cranienne paraissait deja vraisemblable. Si le ralentissement
mental peut etre celui d’un epileptique banal, il peut etre egale-
ment la consequence d’une hypertension intracranienne prolon¬
gee. Et cette hypertension semble bien, par ailleurs, avoir fait
sa preuve : par la cephalee, tenace, continue, insupportable,
resistant aux calmants habituels, par les vomissements egalement
qui sont survenus a plusieurs reprises.
D’ailleurs, la ponction lombaire est venue confirmer cette
maniere de voir. Une premiere ponction a ete faite a Henri-Rous-
selle, le 12 septembre 1935. Le certificat qui nous a ete commu¬
nique ne parle pas d’hypertension rachidienne, les reactions de
Bordet-Wassermann, du Benjoin, de Meinicke ont ete negatives,
on trouve, par contre, un taux d’albumine a 0,50 pour une leu-
cocytose minime ; il y a done une legere dissociation albumino-
cytologique.
Le 19 decembre, nous pratiquons nous-meme une nouvelle
SEANCE DU 9 JANVIER 1936
ponction. Sur le malade couche, l’hypertension est indiscutable
et meme depasse 40 au manometre de Claude. II n’y a pas de
bloquage, car la pression des jugulaires entraine une variation
de tension manifeste. Le taux de l’albumine a baisse (0,30), mais
il n’y a toujours pas de leucocytose.
Enfin, a plusieurs reprises, des examens oculaires ont ete
faits ; le 12 septembre, au dispensaire de Prophylaxie Mentale,
un cedeme papillaire plus marque a droite a ete signale. Le 30
decembre, un nouvel examen du fond de l’oeil indique a droite :
un oedeme papillaire leger avec bords de la papille estompes et
quelques tortuosites vasculaires.
A gauche : un tres leger flou de la papille. Un dernier examen
a Henri-Rousselle, le 4 janvier 1936, montre un leger trouble des
contours papillaires surtout a droite, sans que l’on puisse, nous
dit-on, parler de stase. Cette absence de stase a cet ultime examen
ne nous parait pas etonnante, si l’on pense a la longueur de la
maladie et a l’attenuation actuelle des signes subjectifs de l’hyper-
tension. Nous en sommes peut-etre a la periode ou la stase va
faire place a l’atrophie optique.
De ces examens complementaires, quelques faits semblent done
diriger l’opinion vers le diagnostic de tumeur cerebrale. C’est
l’cedeme papillaire constate a plusieurs reprises, ce sont aussi
l’hypertension indiscutable du liquide cephalo-rachidien et la
legere hyperalbuminose avec dissociation albumino-cytologique.
Une radiographie simple a ete faite tout dernierement. Les
cliches ne montrent pas d’image de tumeur cerebrale. Mais nous
constatons un reseau tres net de dilatation veineuse, facilement
visible sur les films, qui a ete signale par certains auteurs comme
un temoignage d’hypertension intracranienne.
S’il y a tumeur cerebrale, deux problemes restent encore a
resoudre : le siege et la nature de cette tumeur.
Le syndrome mental, tel qu’il est chez ce malade, peut-il don-
ner une indication sur la localisation de la lesion presumee ?
II est certain qu’une hypertension intracranienne existant sans
doute depuis tant d’annees peut, a elle seule, donner un tableau
de ralentissement mental aussi prononce. Et il est bien difficile
de dire quels sont les signes dus a l’hypertension seule et quels
sont aussi ceux qui pourraient indiquer une localisation precise.
Suivant la technique de Weed, nous avons essaye de les dissocier
en injectant au malade une solution hypertonique de NaCl at
20 %. Nous n’avons pas constate de modifications appreciables
de l’etat mental.
On peut, a priori, envisager 1’hypothese d’une tumeur frontale
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
ou d’une tumeur calleuse. La date d’apparition du syndrome men¬
tal est, dans ce cas, interessante a preciser. Rappelons qu en
1921 ce malade fut deja hospitalise pour maladie mentale e
qu’k’la suite de son hospitalisation, il dut changer de profession.
Ou’en tous les cas, les modifications de son comportement ne
semblent pas avoir precede par poussees, comme il est de regie
dans l’hypertension intracranienne simple ; ce fut plutot une
aggravation progressive ineluctable jusqu’a realiser 1 etat dans
lequel nous le voyons aujourd’hui.
Nous avons cherche d’autres arguments en faveur de la locali¬
sation frontale. En particular, la desorientation spatmle. Elle
n’est pas evidente chez lui, mais cependant, il semble montre
quelquefois une certaine hesitation a se diriger, a retrouver son
lit seul et l’epreuve conseillee par Pierre Marie nous a donne un
resultat positif. Par contre, il n’y a ni puerilisme, m euphone, m
moria, tels qu’on les decrit dans ces localisations. Et cependant,
l’hemiparesie droite, l’aphasie meme, pourraient etre mis sur e
compte de reactions de voisinage d’une tumeur prefrontale gau¬
che. Ce n’est la qu’une hypothese, nous voudrions la voir confir¬
mer par l’encephalographie ou la ventriculographie. Quant a la
nature de la tumeur, il ne parait guere possible de penser a un
gliome ou a un sarcome qui presente habituellement une evo¬
lution longue. Il faudrait sans doute envisager le developpement
tres lent d’un meningiome venant comprimer le lobe prefrontal
gauche. Ce malade va etre mis entre les mains d’un neuro-chirur-
gien. Mais nous serious tres heureux auparavant d avoir, a son
sujet, l’avis des membres de cette societe.
M. Marchand. — Je ne discuterai pas le diagnostic de tumeur
cerebrale ; les presentateurs ont bien insiste sur sa difficulte et
sur son incertitude. Il est un argument qui me paraitplaMer
plutot contre ce diagnostic. D’apres revolution des differents
svmptomes, je releve que les manifestations epileptiques ont
debute il y a 20 ans, par des absences. Sans insister sur ce long
laps de temps qui a ete observe, quoique rarement, au cours de
certains cas de tumeur cerebrale a evolution tres lente, je trouve
qu’il est exceptional de voir les accidents comitiaux symptomati-
ques de neoplasie cerebrale se manifester d’abord par de simples
absences ; generalement, il s’agit de crises jacksomennes ou de
crises generalisees convulsives. Les absences, en general, sont plu¬
tot rares, meme dans les cas de tumeur cerebrale confirmee.
Chez ce malade, la stase papillaire est certainement un symp,
tome important de tumeur cerebrale, mais il faut aussi admettre
SEANCE DU 9 JANVIER 1936
85
qu’elle peut n’etre due qu’a la simple hypertension du liquide
cephalo-rachidien dont les causes sont si multiples. Chez un sujet
dont je viens de faire 1’autopsie, qui etait aveugle depuis plusieurs
annees par atrophie optique, chez lequel j’avais pose, un peu a
cause de ce symptome precoce, le diagnostic de tumeur compri-
mant le chiasma optique, j’ai eu la surprise de trouver une petite
tumeur de la region pedonculo-cerebelleuse. L’atrophie etait due
a l’hypertension du liquide cephalo-rachidien qui avait entraine
une dilatation enorme du troisieme ventricule, tellement consi¬
derable que la tige pituitaire s’etait elle-meme dilatee au point
que le liquide cephalo-rachidien venait comprimer directement
l’hypophyse.
M. Guiraud. — Le diagnostic de ce cas est, comme le disent
les auteurs, tres delicat. Et il n’est pas sur du tout qu’il s’agisse
d’une tumeur cerebrale. L’hypertension arterielle si marquee
chez un homme de 47 ans fait penser a la possibility d’hemorra-
gies meningees. II pourrait s’a'gir de pachymeningite hemorragi-
que. La ventriculographie est indispensable pour trancher les
hesitations.
M. Rayneau. — Le diagnostic est souvent delicat entre la
tumeur cerebrale et l’hemorragie meningee. Ce fut le cas, pendant
la guerre, chez un enfant de 14 ans. Le premier trouble fut un
vertige au cours d’une course a bicyclette avec chute. L’enfant
put se relever et, pendant quelques jours, parut normal, puis il
eut des secousses epileptiformes du bras gauche.
L’intervention montra une volumineuse tumeur centrale ino¬
perable et l’enfant mourut.
M. Schiff. — Les malades presentes par MM. Anglade et Cour-
bon sont tres interessants en eux-memes et aussi parce qu’ils
posent a nouveau la question si importante des tumeurs cerebra-
les envisagees au point de vue de la psychiatrie.
Je crois que, dans un cas comme celui de M. Anglade, il est
impossible d’affirmer ou de nier expressement la presence d’une
tumeur. L’agrammatisme de son malade, la figure de stase, l’albu-
minose rachidienne, la paresie faciale sont susceptibles d’inter-
pretations diverses. On pourrait penser aussi a une atrophie du
type Pick, a une arteriopathie disseminee, a une encephalite
infectieuse et, dans le cas de M. Courbon aussi, c’est une atteinte
infectieuse du tuber qu’il est permis de concevoir. Une ventricu¬
lographie positive, une tension retinienne elevee, une dissocia¬
tion des reactions globuliniques peuvent aider au diagnostic,
sans avoir de valeur absolument probante.
SOCIETE MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE
L’observation d’un nombre assez eleve de tumeurs cerebrates
montre la frequence de ce syndrome psychique initial des tumeurs
cerebrates que j’ai signale il y a douze ans, d’abord avec M. Mai-
chand, puis avec M. Toulouse. Au point de vue pratique, un
certain nombre de faits me paraissent avoir ete releves.
1° La gravite des tumeurs qui se manifestent d’abord par des
signes psychiques, la fragility de ces malades, chez qui toute
ponction lombaire, qui trouble l’hydraulique meningee, doit etre
proscrite : la seule mesure de la tension rachidienne peut etre
dangereuse. Des qu’on soupconne une tumeur, le patient doit
etre alite, mobilise avec precautions, transports chez les specia-
listes et dans les services de neuro-chirurgie en ambulance seu-
lement.
2° La tres grande variability de la symptomatology chez ces
malades, en particulier dans les tumeurs temporales.
3° L ’importance de la ventriculographie qui, selon la doctrine
de M. Clovis Vincent, doit etre toujours une intervention armee,
avec possibility de poursuivre immediatement une operation
d’exerese ou de decompression.
4° II y a lieu de signaler l’interet medico-legal de ces cas :
tumeurs latentes avec evolution post-traumatique rapide, comme
chez le garcon que vient de citer M. Rayneau. II faut insister sur
la periode medico-legale des tumeurs cerebrates : tumeurs long-
temps latentes chez un sujet qui se met tout a coup a mener une
vie desordonnee ou crapuleuse, en contraste avec sa moralite
anterieure, qui commet des escroqueries, des vols, perd tout sens
moral. Une fin brusque peut reveler une tumeur a laquelle il est
legitime d’attribuer retrospectivement le desordre de la conduite.
M. Vurpas. — La conclusion de ce cas et des autres cas publies
recemment est que le meilleur moyen de diagnostic des tumeurs
cerebrales est la ventriculographie. Bien souvent, on ne peut rienl
affirmer avant de l’avoir pratiquee.
La seance est levee a It heures.
Les secretaires des seances :
Paul AbSly et P. Carrette.
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
87
Seance du Lundi 27 Janvier 1936
Presidence : MM. Th. SIMON, ancien president
et VURPAS, president
Allocution de M. Th. SIMON, president sortant
Mes chers Collegues,
La coutume veut, paraiit-il, que le president sortant prononce
quelques paroles de remeirciement et d’adieu. D’autre part, la mode
n’est plus guere aux longs discours. Autrefois on eut sans doute
dans ces circonstances exprime sur les maladies mentales — 0t
notamment sur leur classification — des considerations d’ordre gene¬
ral. . On aimait les vues d’ensemble et 1’on ebauchait volontiers des
projets... qui, d’ailleurs, ne se realisaient point. L’experience nous a
appris la modestie ; peut-etre trop. Toutefois et malheureusement, il
faut bien dire qu’en depit de maintes observations interessantes,
nous n’avons pas encore decouveirt, dans le domaine de l’alieiiation,
Forientation qui nous ouvrirait de nouveaux espoirs de voir se dissi-
per prochainement les brouillards, je dirais volontiers les tenebres,
qui continuent de nous envelopper. Que le reflexe conditionne soit
Faspect physiologique de la vie mentale n’a pas beaucoup eclairci le
mystere de ses desordres. L’analyse psychologique, pouir ne rien dire
de la psychanalyse, semble bien ne pouvoir expliquer qu’un certain
nombre d’apparences. Aux examens organiques on a fait quelque
temps credit, et Fon a sans doute raison d’y ciroire encore, mais leur
insuffisance est jusqu’ici demeuree bien decevante. D’ou viendra la
lumiere ? il est difficile de le prevoir. Je souhaite qu’elle s^eleve cette
annee de vos travaux, et je vous convie a applaudir le nouveau
bureau qui va presider a vos destinees :
Mon ami Vurpas, par qui j’ai le plaisir d’etre remplace, et que
j’invite done a se deplacer d’un rang vers la gauche ;
Mon ami Rene Charpentier, qui m’a rendu la tache si facile ;
Mon ami Courbon, qui devient secretaire general un peu a son
corps defendant ;
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
MM. Paul Abely et Carrette, qui encadrent de leur jeunesse les
membres precedents ;
Mme Thuillier-Landry, a qui vous ne ferez point, j espere, attendre
vos cotisations.
Allocution de M. Cl. VURPAS, president
MES CHERS COLLEGUES,
II est d’usage qu’a la Societe Medico-Psychologique, Ie premier
acte d’un President qui entre en fonction, soit une allocution dont
la brievete est de rigueur et constitue le principal merite.
Bien que je me garde d’eluder cette recommandation tres precise,,
il m’est impossible de ne pas evoquer en ce moment la longue sene
des Presidents qui ont occupe ce fauteuil. Parmi eux, ont figure les
noms les plus illustres de la Psychiatric francaise et, si j’eprouve une
juste fierte d’etre a la mime place, je ressens aussi tout le poids de
cfette succession. Et je vois alors que je ne suis qu’un anneau de
cette chaine qui relie le passe au futur. Cette evocation fait ega e-
ment naitre en moi un sentiment de grandeur du a la flatteuse ele¬
vation a laquelle m’a porte votre bienveillance et un sentiment de
faiblesse ne de la comparison qui s’impose avec ces predecesseurs
veneres. n
Mais la prescription rigoureuse que j’ai pronns de respecter me
ramene a 1’heure presente et je suis heureux de remercier main-
tenant notre President sortant, aux cotes de qui, durant 1’annee quL
vient de s’ecouler, j’ai appris a diriger le cours des seances. II est
deja loin le temps oil mon regrette maitre, le professeur Joffroy, me
conseillait comme une des meilleures preparations au Concours de
son Clinicat que je briguais. de m’entourer des conseils de mon
ami Simon, qui etait d’ailleurs a peine mon devancier et de suivre
ses avis. En lui contant ce propos qu’il a sans doute toujours ignore,
jo suis heureux de lui redire toute ma sympathie.
Notre Vice-President, mon ami- Rene Charpentier, a droit a toute
notre gratitude. Le role difficile de Secretaire general qu’il a assume
pendant plusieurs annees lui vaut la reconnaissance de notre Societe,.
et il m’est particulierement agreable, apres plus d’un quart de siecle
(Pune amitie qui ne s’est pas dementie d’etre l’interprete de tons
en lui exprimant nos remerciements.
Mais le role du President est ephemere et il faut a la base de notre
Societe l’element stable qui assure sa duree. Nos regards vont alors a
notre nouveau Secretaire general, mon ami Courbon. Je compte sur
son ancienne amitie pour m’aider a m’acquitter avec honneur de
mon role. Mes amis Abely et Carrette me preteront sans nul doute
leur concours le plus actif et me seront un precieux appui.
Mme Thuillier-Landry, notre devouee et vigilante Tresonere,
garantit la continuation de la Socidte Medico-Psychologique. Avec
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
89
l'aide de tous, les difficultes me seront aplanies et je pourrai sans
trop de craintes affronter la tache qui m’incombe aujourd’hui.
Cette tache, je l’inaiugure en souhaitant la bienvenue a M. le pro-
fesseur Ern. de Craene, de Bruxelles, President du dernier Congres
des medecins alienistes et neurologistes, a M. le docteur Repond de
Malevoz, President du futur Congres, et a M. le docteur Bersot, de
Neuchatel, que nous sommes heureux de compter parmi nous.
Un devoir douloureux m’incombe maintenant. Nos amis anglais
viennent de perdre leur Roi. Nous connaissons leur attachement secu*
laire a leur Souverain et je suis certain d’etre l’interprete de tous en
leur exprimant avec notre tristesse la reconnaissance emue que nous
lui conservons. Car, nous ne saurions oublier qu’il n’a pas hesite a
se ranger a nos cotes avec tout son peuple dans des heures angois-
santes.
Que nos Collegues de la Royal Medico-psychological Association
veuillent done trouver ici nos sympathiques condoleances et l’assu-
rance de nos sentiments attristes.
Adoption du proces-verbal
Le proces-verbal de la seance du jeudi 12 decembre 1935 et le pro¬
ces-verbal de l’Assemblee generate et de la seance ordinaire du lundi
23 decembre 1935 sont adoples.
Correspondance
M. Paul Courbon, Secretaire general. — La correspondance ma-
nuscrite comprend :
des lettres de MM. les D” J. Borel, Casalis, Leulier, Rouart et
Rubenovitch, qui remercient la Societe de les avoir nommes mem-
bres correspondants nationaux ;
une lettre de M. le Dr Carrette, qui remercie la Societe de l’avoir
nomme secretaire des seances ;
une lettre de Mademoiselle le Dr Andree Deschamps, medecin-direc-
teur de l’Asile de Rodez, qbi demande a faire partie de la Societe au
titre de membre correspondant national. La Societe designe une
Commission composee de MM. Marchand, Simon et Guiraud, rappor¬
teur, pour l’examen de cette candidature. Le vote aura lieu a la seance
du lundi 24 fevrier 1936 ;
une lettre de M. le D1' Brochado, sous-directeur de l’hopital d’alie-
nes de Conde-Ferreira (Portugal), qui demande a faire partie de la
Societe au titre de membre associe etranger. La Societe designe une
Commission composee de MM. Rene Charpentier, Courbon, Fileas-
sier, rapporteur, pour 1’examen de cette candidature. Le vote aura
lieu a la seance du lundi 24 fevrier 1936.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE
Commission des Prix
La Societe a, cette annee, a decerner : le Prix Belhomme, le Prix
Moreau de Tours, le Prix Aubanel et le Legs Christian.
Prix Belhomme
Ce Prix triennial, habituellement de 900 francs, avait ete porte
exceptionnellement a 1.200 francs, pour cette annee, par la Societe.
Le sujet' suivant avait ete designe : Les etats de deficiency intellec-
iuelle post-traumatiques chez Venfanl (a l’exclusion des traumatismes
obstetricaux).
Aucun candidat ne s’est presente.
Le Bureau propose de maintenir la question posee et d elever a
1.500 francs le Prix Belhomme a decerner en 1939.
La proposition raise aux voix est adoptee.
Prix Moreau de Tours
Ce Prix biennal est de 200 francs.
Un seul memoire a ete depose. Une Commission composee de
MM. Desruelles, Laignel-Lavastine et A. Santenoise est designee
pour l’examen de ce memoire.
Prix Aubanel
Ce Prix, habituellement triennal et de 1.500 francs, doit exception-
nellement, par decision de la Societe dans sa seance du 28 janvier
1935, etre decerne en 1936 et en 1937 et porte a 3.000 francs pour
chacune de ces deux annees.
Un seul memoire a ete depose. Une Commission composee de
MM. Capgras, Mignot, Simon, est designee pour l’examen de ce
memoire.
Legs Christian
Ce prix, annuel, habituellement de 300 francs, a ete porte excep-
tionnellement a 1.000 francs pour 1’annee 1936, par decision de la
meme seance.
Une seule candidature a ete posee. Mais le Bureau a constate qu elle
ctait irrecevable, le candidat ne realisant pas les conditions requises.
Le prix Christian, habituellement de 300 francs, sera porte a
1.000 francs pour 1’annee 1937 et pour 1’annee 1938.
Selon l’usage, l’attribution de ces Prix aura lieu a la seance du qua-
trieme lundi de mai prochain.
La liste des Prix a decerner par la Societe, en 1937, 1938 et 1939,
est publiee dans les Varietes du present numero des Annales Medico-
Psychologiques.
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
Election d’un membre correspondant national
Apres lecture d’un rapport de M. Carrette, au nom d’une Commis¬
sion composee de MM. Desruelles, Laignel-Lavastine et Carrette,
eur les titres de Mme le Dr A. Masson, il est precede au vote :
Nombre de votants . 25
Majorite absolue . 13
A obtenu :
Mme le Dr A. Masson . 24 voix.
Bulletin blanc . 1
Mme le Dr A. Masson, de Saint-Alban (Lozere), est elue membre
correspondant national de la Societe Medico-Psychologique.
Election d’un membre titulaire
Apres lecture d’un rapport de M. Porc’her, au nom d’une Commis¬
sion composee de MM. Bourguignon, Peron, Porc’her, Robert et
Vignaud, sur les titres de MM. le D1' Roger Anglade et le D1 Mar-
timor, il est procede au vote :
Nombre de votants . 35
Majorite absolue . 18
Ont obtenu :
M. le I)p R. Anglade . 18 voix.
M. le Dr Martimor . 13 —
Bulletin blanc . . . 1
Bulletins nuls . . . . •' 3
M. le D' Roger Anglade est elu membre titulaire de la Societe
Medico-psychologique.
Commission chargee d’etudier la question
des Assistantes Sociales
Le rapport de la Commission nominee le 25 novembre 1935 est
remis a la seance du lundi 24 fevrier prochain.
92
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE
COMMUNICATION S
Vitamine C, precarence et neuropsychiatrie,
par M. H. Bersot (du Landeron pres Neuchatel (Suisse).
Resume. _ De decouverte recente, la vitamine C, ou vitamine anti-
scorbutique, s’est revelee comme un element revitalisant particuliere-
ment efflcace chez certains nevropathes et petits mentaux, ainsi que
chez les jeunes gens et enfants fatigues, astheniques et nerveux, sur-
tout a la fin de l’hiver. L’auteur expose ses recherches chez les
alienes (catatoniques, arteriosclereux, etats preseniles, etc.). II etablit
que nombreux sent ces malades chez lesquels des signes d’hypovita-
minose C sont decelables, qui, en particulier, ont une elimination de
vitamine C iiettement ralentie et insufflsante. Cet etat d’hypovitami-
nose diminue la resistance du malade aux infections et intoxications.
Selon M. Bersot, la vitamine C, administree a ces malades, exerce sur
eux une influence tres favorable.
L ’assistance aux enfants difficiles au Foyer de Soulins,
par M. E. Minkowski et Mlle A. Silz.
La discussion qui suivit, a la reunion de novembre, la commu¬
nication de M. Vie sur « Les ameliorations survenant chez cer¬
tains arrieres entre 16 et 25 ans » a largement depasse le sujet
de cette communication. Nous avons cru y voir la traduction de
ce fait que notre Societe s’est Telativement peu occupee au cours
des dernieres annees de l’enfance anormale ainsi que des mesu-
res medico-sociales auxquelles doit mener l’etude de cette ques-
tion. Cela nous a incite a faire cette communication sur le Foyer
de Soulins qui, subventionne depuis deux ans par le departement
de la Seine, vient prendre sa place, a cote d’autres etablissements
destines a l’enfance deficiente, dans cette armature que les pou-
voirs publics, precedes en cela par l’initiative privee, fmiront
progressivement, en s’entourant, comme nous 1 esperons, de com¬
petences necessaires, par creer dans le but de combattre le mal.
Cette premiere communication ne doit servir du reste qu’a don-
ner un tableau general de l’organisation du Foyer. Nous serions
lieureux s'il nous etait donne par la suite d’apporter notre contri¬
bution aux multiples problemes tant d’ordre clinique et psycho-
logique que pedagogique et social que souleve l’etude de l’enfance
deficiente. Ces divers points de vue se rejoignent du reste neces-
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
93
sairement. Quelles que soient les indications pour un traitement
ou une intervention medicate au sens strict du mot, comme it
s’agit dans la tres grande majorite des cas de mesures a longue
haleine, le probleme educatif devra se poser simultanement de
meme que cette activite, pour avoir son plein rendement, ne
pourra etre separee du probleme de la misere sociale, crea-
trice, dans le domaine qui nous interesse, de conditions particu-
lierement defavorables pour l’etre humain au seuil de son exis¬
tence. Aussi, lorsque nous parlons du probleme medico-pedago-
gique ou du probleme medico-social, le trait d’union dans ces
vocables nous parait-il etre presque de trop, tellement ces divers
aspects semblent devoir s’unir en un seul.
Le Foyer de Soulins fonctionne regulierement depuis six ans.
Du a l’initiative intelligente et genereuse de Mme O. Spitzer,
animatrice egalement depuis de longues annees du Service social
de 1’Enfance en danger moral, dont le docteur Simon avec la
collaboration de Mile Bonis assure le service medical, le Foyer
de Soulins est sorti du sein de ce service et lui a ete annexe tout
d’abord. Le but fixe etait de creer un centre d’hospitalisation et
d’observation pour les cas particulierement difficiles dans les-
quels soit l’eloignement de l’enfant de son milieu habituel parais-
sait urgent, soit surtout une observation plus minutieuse etait
necessaire en vue d’une decision ulterieure. C’est done comme
centre d’observation que fonctionna tout d’abord le Foyer de
Soulins, cette observation allant en moyenne jusqu’a trois mois,
laps de temps necessaire pour essayer de se rendre compte de la
facon d’etre de l’enfant etudie, de ses manifestations reaction-
nelles en fonction du milieu dans lequel il se trouve, de ses pos-
sibilites pour l’avenir. Mile Vieillot donna la premiere impulsion
au travail pedagogjque du Foyer.
Une modification profonde dans 1’organisation du Foyer se
produisit il y a deux ans. Tout d’abord la subvention du departe-
ment lui permit de vivre en cette peri ode de crise, elle lui confe-
rait de plus une certaine autonomie, en favorisant en meme
temps la collaboration avec des institutions destinees a 1’enfance
anormale. Cette modification coincidait avec un changement
important de l’organisation interieure, en ce sens qu’une section
de reeducation fut annexee a la section d’observation. Le nombre
de places fut augmente en meme temps.
Actuellement, le Foyer de Soulins, destine aux enfants difiici-
les ages de 6 a 13 ans, comporte done ces deux sections et compte
50 places, a parties egales plus ou moins pour gar^ons et filles.
11 est a peine necessaire de dire que la maison est tou jours pleine.
94
SOCIETE MEDIC0-PSYCJ10L0G1QVE
Pour ce qui est de la presence simultanee dans, un etablissement
de cet ordre d’enfants des deux sexes, disons tout de suite qu’elle
n’offre a cet age — et l’experienee de plusieurs annees le con-
prme _ aucun inconvenient serieux susceptible de troubler la
bonne marche de la maison. Les dortoirs se trouvent a deux eta-
«es differents, les refectoires sont separes, mais garcons et filles.
se retrouvent en classe, au cours des jeux, a la gymnastique rytli-
mique, et les conditions dans lesquelles ils vivent — et la nous
voyons un avantage — se rapprochent ainsi de celles de la vie
normale. .
Le nombre des journees de presence est monte progressivement
de 6.070 en 1930 a 17.640 en 1935, et si le nombre d'enfants
ayant sejourne au cours d’une annee n’a pas beaucoup vane en
meme temps, en se maintenant autour de 90, cela tient a ce que
depuis la creation de la section de reeducation, les enfants appur¬
tenant a cette section restent deux ou trois ans dans l’etablisse-
ment, ce qui diminue evidemment le nombre des places dispom-
bles pour de nouveaux entrants.
La selection des enfants avant leur entree au Foyer pose d’eni-
blee quelques problemes importants. Tout d’abord il s agit d eli-
miner les enfants atteints de debilite mentale, qui exigent des
methodes et une organisation differente de celles appbquees aux
enfants presentant des troubles du caractere et du comporte-
ment, avec un niveau mental normal. Mais cette discrimination
n’estparfois guere aisee au cours d’un bref examen clinique,
surtout la oil il existe un gros retard scolaire chez des enfants
qui n’ont pas ete envoyes regulierement a l’ecole. Et c’est ainsi
que les examens psychologies faits systematiquenient par
M. Francois, montrent qu’en moyenne le niveau mental des
enfants admis au Foyer reste legerement inferieur a la normale.
Le deuxieme point concerne la constatation objective des faits
justifiant l’admission. Ici un controle rigoureux devient neces-
saire, cela d’autant plus que les places, limitees en nombre, doivent
etre utilisees a bon escient dans la mesure du possible. La, sauf
quelques races exceptions, une enquete prealable faite par une
assistante sociale de restitution qui demande l’admission de
l’enfant est indispensable, enqugte portant sur le milieu familial,
sur la vie de l’enfant, sur les differences qui peuvent exister dans
le coAipcrtement de l’enfant a la maison et a l’ecole, etc. Nous
constatons d’ailleurs a ce propos que le role de l’assistante sociale
s’etend d’annee en annee ; sans parler des etablissements medi-
caux, nous en trouvons dans les ecoles, dans les Habitations a
bon marche, a la Caisse de Compensation, etc. ; leur activite
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
95
penetre de plus en plus en profondeur dans la society et confere
egalement a notre travail dans ce domaine cette note sociale dont
il ne saurait se passer 4 Les donnees fournies ont ainsi d’emblee
une portee plus' objective. Et cela est d’autant plus necessaire
que du cote des parents mainte difficulty peut se presenter. Par-
tois les parents, des qu’ils apprennent l’existence d’un etablisse-
iuent pour enifants, cherchent a y placer les leurs pour s’en
debarrasser au fond. C’est la le revers de la medaille, l’inconve-
nient que presente toute oeuvre d’assistance. Un jour, lorsque
nous disions a une mere : « Mais, Madame, votre fille ne pre¬
sente pas de troubles suffisants pour etre admise a Brunoy »,
elle repondit : « Oui, evidemment, si mon mari avait ete alcooli-
que et ma fille voleuse, yous auriez bien consenti a vous charger
de son entretien ». Rien a repondre a pareille objection, mais
dans l’esprit nait pourtant le desir de soustraire la fillette a sa
mere, sans cependant avoir recours a une organisation speciale
et relativement onereuse comme celle qu’exigent les enfants dif-
ficiles. Ici un placement familial bien organise et surveille pour-
rait a notre avis rendre de grands services. A l’autre bout se
trouvent les parents paranoiaques qui, au contraire, s’opposent
a la mesure proposee. J’ai eu recemment a m’occuper d’une
fillette qui, renvoyee de l’ecole a cause de troubles du caractere,
etait proposee pour le Foyer de Soulins ; la mere pourtant ne
faisait que parler du proces intente a l’lnspecteur d’Academie et
me refusa d'examiner sa fille en dehors de sa presence sous pre-
texte qu'il etait de son devoir de « 1’assister » dans ces moments
difficiles de son existence. Je dois reconnaitre du reste qu’elle
s’amadoua par la suite et signa la demande d’admission, mais
l’avenir reste trouble.
Ici une remarque d’ordre general g’impose. Sans doute, l’eloi-
gnement du milieu familial est un des agents therapeutiques les
plus puissants dont dispose la psychopathologje infantile, mais
il demande a etre manie avec une certaine prudence. Dans les
cas extremes evidemment la situation est parfaitement nette et
ne souleve aucune objection ; mais il v a une serie de cas limites
ou la decision est moins aisee. A ce point de vue, le terme
« enfant difficile » n’est peut-etre pas tres heureux ; par oppo¬
sition, il fait naitre l’idee de 1’enfant facile. Mais il n’est ecrit
nulle part que 1’enfant doive etre facile, comme il n’est ecrit
nulle part que les parents soient appeles a etre de bons educa-
tcurs. Les uns et les autres sont ce qu’ils sont, a savoir des etres
humains avec toute la complexity de leur organisation, avec tou-
tes leurs faiblesses, avec toutes les interactions bonnes et mau-
96 . SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
vaises qui s’etablissent entre eux. Et tels qu’ils sont, ils forment
cette cellule indissoluble qui est a la base meme de la vie de 1 etre
humain : la famille. Or, cette famille ne se compose point um-
quement d’attachement et d’affection, mais comporte aussi neces-
sairement de l’anxiete, des acces de mauvaise humeur, des mani¬
festations reactionnelles plus ou moins « reluisantes *, de 1 oppo¬
sition, des impulsions, des tendances agressives, des erreurs de
iu«ement, des eearts de conduite, des anomalies du caracteie,
des injustices, etc. Mais telle quelle, la famille persiste, continue
de vivre et d’etre l’atmosphere naturelle necessaire pour le deve-
loppement de l’etre humain. Nous, voulons 4iTe pav\k que la
famille humaine comporte, en depit de ce qui, detache du tout,
peut etre considere comme facteurs negatifs, une zone de tole¬
rance compatible avec la bonne marche des choses. Et cette zone
de tolerance parait etre assez large. 11 faut avoir cela en vue
avant de s’engager dans la voie de la separation et surtout ev.ter
d’evoquer chez les parents comme chez les educateurs 1 idee que
les diflicultes qui peuvent surgir relevent de suite d’un etablisse-
ment special. Ils ne le font que lorsqu’un effort serieux a ete
tente pour les aplanir. La egalement une collaboration des plus
elroites avec le corps enseignant et avec les parents peut etie
feconde. Parfois nous avons demande et aux uns et aux autres
d’attendre encore avant de placer l’enfant. II y a lieu de tenir
compte a ce point de vue que meme en dehors de la puberte, il
existe des periodes au cours desquelles des troubles de caractere
assez marques peuvent apparaitre : tendance au vol, au men-
songe, a la brutalite. Souvent nous trouverons a leur base le
mecanisme d’opposition sur lequel a encore recemment insiste
M. Heuyer. Mais ces troubles ont souvent un caractere passagei,
episodique, et disparaissent assez facilement ; l’essentiel, pro-
bablement, c’est de ne pas leur opposer des conceptions morales
trop rigides et de savoir garder une sage discretion a leur egard.
Cela dit, il n’en reste pas moins vrai que « l’insuffisance »,
pour ne pas dire plus, des parents, avec le retentissement fatal
qu’elle a sur le comportement de l’enfant, reste dans nos dossiers
un des facteurs les plus frequents decidant de l’admission. A ce
propos, il est interessant de signaler que chez les enfants mal-
traites on retrouve cette attitude particuliere, decrite par certains
psychiatres (Kramer) faite de passivite, d’indifference appa-
rente, d’hypalgesie, de conservation d’attitudes, mais qui, comme
le montre Favenir de ces enfants lorsqu’on les change d’am-
biance, n’a rien a voir avec une schizophrenie precoce.
Nous n'avons pas encore parle, a propos de la selection, de
SEANCE VU 27 JANVIER 1936
97
troubles psychosiques plus graves, autres que l’arrieration men-
tale. Les cas extremes s’eliminent facilement et presque d’eux-
niemes. Pour les eas limites on peut etre assez large. Nous avons
dit deja plus haut ce que nous pensions au sujet de l’aspect medi-
co-pedlagogique du probleme. La plasticite de Fenfant rend la dis¬
crimination de manifestations reactionnelles et de troubles plus
profonds particulierement difficile et la, une observation dans un
milieu pedagogique apprcprie est la mesure de beaueoup la plus
iridiquee. Cette observation permet de faire ressortir l’importance
•du seul critere qui compte, a savo'ir la faculte de Fenfant de s’inte-
grer au groupe d’enfants dont il fait partie et d’etre admis par
ce groupe. Particulierement instructive peut etre a ce point de
vue l’etude des enfants qui sent pour ainsi dire rejetes par le
groupe, qui sont gratifies de Fepithete « fou » . La question se
pose de savoir quels sont les enfants traites ainsi par leurs cama-
rades, et jusqu’a quel point le jugement de ceux-ci est superpo-
sable au notre.
Le « groupe » est en general la notion fondamentale sur
laquelle doit etre centree l’activite et Forganisation d’un etablis-
sement comme le notre. Tout en contribuant a developper le sens
social, il ne noie point Fenfant dans la masse et n’exclut en aucune
facon le contact individuel de chacun avec les educateurs. Il n’est
guere necessaire d’insister sur les inconvenients que presentent
les classes surpeuplees, surtout pour les eleves moyens. Ces inc on-
venients ne font que grandir lorsqu’il s’agit d’enfants difficiles pla¬
ces dans un etablissement special. Il ne doit point s’agir la d’em-
brigader les enfants a un ordre, a une regie donnee, mais au con-
traire, de tailler pour ainsi dire la vie en cominun sur la mesure
ties 'enfants, en sauvegardant pour chacun la faculte de s’exte-
rinriser et de s’affirmer suffisamment. C’est la une condition sine
ijua non d’une observation psychologique tant soit peu appro-
fondie, mais c’est la aussi le principe du travail de reeducation,
sauf qu’ici, justement parce qu’il s’agit de reeducation, la notion
d’une certaine regie doit s’imposer d’une facon plus precise, a
mesure que se precise egalement pour les enfants un but a attein-
dre dans le domaine scolaire : le certificat d’etudes primaires.
Quoi qu’il en soit, ici comme la, le groupe est appele a jouer un
role important. Mais le groupe connait des limites assez restrein-
tes. Nos 50 enfants sont, d’apres le sexe. et d’apres les sections
d’observation et de reeducation, repartis en quatre groupes de
12-15 enfants, et nous avons l’impression que nous avons atteint
ainsi un maximum. Sans doute, si l’on nous donnait la possibi-
iite materielle de nous agrandir, e’est-a-dire d’augmenter le nom-
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94e annee, t. I. — Janvier 1936. 7.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
bre de places, nous n’hesiterions pas a le faire, etant donne les.
besoins qui existent encore dans ce domaine, mars cet agran is-
sement entrainerait probablement une modification assez radi¬
cate de la forniule sur laquelle repose notre travail.
Cela nous amene a dire quelques mots de l’organisation Le
personnel, commun aux quatre groupes, comprend la directnce
qui fait en meme temps la classe dans le groupe d’observation,
one eeonome, une institutrice chargee de l’enseignement dans le
groupe de reeducation en vue de la preparation au certificat, une
rnonitrice de gymnastique et de danse rythmique qui de plus
s’occupe des petits, car nous sornmes obliges de faire, surtout
pour le travail en classe, une separation d’apres le niveau sco-
laire. Nous insistons ici en passant sur toute Fimportance qu ll
y a lieu d’attacher a la gymnastique et peut-etre encore plus a
la rythmique. Dans la discussion du mois de novembre, M. Rene
Charpentier a plus particulierement insiste sur les mesures peda-
gogiques dictees par le facteur d’instabilite tant motrice qu’intel-
lectuelle. Or, dans la rythmique, nous avons un excellent moyen
de soumettre d’une facon plaisante la motricite de l’enfant a une
certaine discipline, tout en developpant en lui le sens esthetique
et tout en lui donnant la possibilite de temps en temps de tra-
duire librement en mouvements, selon sa propre fantaisie, la
musique qu’il entend. Cette maitrise de la motricite a evidem-
ment un retentissement sur tout le comportement de l’enfant.
En dehors du personnel dont nous venons de parler, chacun
des quatre groupes a une mere de famille, educatriee qyii parti-
cipe entierement a la vie des enfants de son groupe. Elle par-
ta«e leurs repas, les guide dans les besognes menageres, veille a
la°proprete, a Fhygiene, a l’entretien des vetements, a l’ordre
dans les chambres, formant ainsi des habitudes, un des elements
de la formation du caractere. Chacune de ces quatre meres de
famille a, du reste, encore une fonction supplementaire a rem-
plir ; Fune dirige l’enseignement menager des filles (cuisine
lavage, repassage, couture) ; l’autre, les travaux manuels des gai
cons (jardinage et cordonnerie) ; la troisieme est assistante psv
cliologique ; la quatrieme dactylographe. De plus, chaque edu
catrice fournit tous les huit jours une fiche d’observation su
chaque enfant ; ces fiches sont ensnitc compulsees, confrontees
discutees dans des reunions pedagogiques et fournissent les mate
riaux pour, le rapport psychologique etabli au sujet de 1 enfant.
Le travail ne manque done pas, un travail qui demande un effort
detention de tous les instants. Des stagiaires secondent du reste
les educatrices dans ce travail, les eleves des 6coles sociales
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
99
venant accomplir leur stage au Foyer. Nous enregistrons avec
satisfaction que des ecoles similaires beiges et suisses nous
envoient egalement pour plusieurs mois leurs anciennes eleves.
Nous ne donnons ici evidemment qu’une esquisse tres breve de
la vie au Foyer et du travail qui s’y fait. Avant de terminer
pourtant nous voudrions encore indiquer deux points. Le pre¬
mier a trait aux resultats positiifs obtenus par la creation, grace
a des chefs et a des cheftaines benevoles, de groupes d’eclaireurs
et. d’eclaireuses parmi nos enfants. C’est la un facteur de plus
pour la formation du sens social et du caractere, capable de mul¬
tiplier en meme temps les contacts avec l’exterieur. Ainsi, les
eclaireuses du Foyer ont pu, cet ete, participer a un camp orga¬
nise par une troupe dcclaireuses supposees « faciles » et en ont
rapporte, apres s’etre fort bien adaptees a cette vie en commun
et en plein air, un souvenir qui comptera dans leur vie. Du reste,
la cheftaine fait revenir, dans la mesure du possible, pour les
reunions et les sorties, ses eclaireuses meme apres leur depart
du Foyer et maintient ainsi le contact avec elles.
Cela nous mene au second point. 11 est de premiere importance
et a trait a la question de savoir ce que deviennent par la suite
les enfants de nos etablissements speciaux. Nous avons etabli des
questionnaires que nous adressons periodiquement aux institu¬
tions auxquelles ont ete confies les enfants apres leur sortie du
Foyer. II. existe, la encore, une tres grande lacune et c’est cette
lacune justement qui a ete soulignee plus particulierement au
cours de la discussion du mois de novembre. Ce n’est que lors-
que cette lacune sera comblee que nous aurons un point d’appui
plus solide pour l’appreciation du rendement tant theorique que
pratique des mesures preconisees et des methodes appliquees.
II s’agit d’une part de poursuivre le travail d’assistance apres le
depart de l’enfant — et c’est la une tache qui est, en partie du
mojns, en vcie de realisation grace a la penetration dans divers
organismes sociaux de Tassistance sociale — il s’agit d’autre part
de recueillir des donnees de premiere importance pour le psy-
chiatre. Nos renseignements relatifs a la personnalite prepsycho-
sique nous sont fournis toujours apres coup, c’est-a-dire apres
1’eclosion de la psychose ; ils sont ainsi tributaires de la situa¬
tion creee par celle-ci en ce sens que certains faits et gestes
qui, souvent, dans la vie quotidienne, depassaient a peine la
moyenne, apparaissent maintenant, l’interro'gatoire du medecin
aidant, sous une forme demesuree qu’ils n’avaient peut-etre pas
en realite. Les enfants deficients et diffieiles nous donnent un
tableau vivant de troubles divers du comportement, du caractere
100
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
et de l’affectivite au cours de l’enfance. II est incontestablement
beaucoup plus difficile, et c’est la peut-etre la premiere constata-
tion que Pon fait, de diecrire, de ranger, de classer ces troubles
chez Pendant que chez l’adulte. Mais cela dit, la question reste
ouverte : que deviennent ces enifants par la suite du point de vue
psychiatrique, au sens large du mot, et jusqu’a quel point la ran-
gee qui s’etablit ainsi en partant de l’enfance pour arriver a Page
adulte sera-t-elle superposable a celle que nous obtenons en exa¬
minant les faits en sens inverse, c’est-a-dire en essayant de
."^££7)£5i&construire retrospectivement l’enfance et le passe de nos mala-
1
; 3j Exhibitionnisme et acromegalie, par I
J ‘ w/
Jean Picard.
J>-^/
Ayant eu Poccasion, au cours de la seance du 28 octobre der¬
nier, de signaler a propos de la communication de MM. Toulouse,
Schiff et Simonnet le role probable joue par les dysfonctions du
lobe anterieur de l’hypophyse dans quelques perturbations psy-
cho-sexuelles de l’adulte, en particular dans certaines formes
d’exhibitionnisme, ce sont ces observations qui sont rapportees
aujourd’hui, a l’appui de la these que j’avais soutenue.
Le premier cas qui avait attire mon attention concerne un
delirant a heredite chargee (oncle et frere ayant ete internes)
presentant un gros desequilibre du comportement. II avait fait,
a 29 ans, un delire erotomaniaque absurde concernant une jeune
fille de son pays et s’est livre plusieurs fois a des exhibitions obs-
cenes. Or, son exces de libido s’accompagne d’une notable reduc¬
tion de la puissance sexuelle et il presente un syndrome acro-
megalique fruste. Ce cas reste trop complexe et trop peu probant
du point endocrinologique pour entrainer la conviction. Pour-
tant les deux observations suivantes ont confirme cliniquement
nos presoinptions :
Observation I. — Reg. Jean a ete. interne le 2 septembre 1930, a
la suite d’un non-lieu pour outrages aux moeurs. C’est un recidiviste
de l’exhibition sexuelle, deja condamne cinq fois, de 1913 a 1927,
pour des faits identiques et interne a deux reprises apres non-lieu
pour la meme inculpation. II a fait, en consequence, son service aux
Bataillons d’Afrique, em Tunisie. Age actuellement de 44 ans, il a
mene du fait de ses nombreuses condamnations une existence errante
entrecoupee d’incarcerations et d’internements, manifestant dans
les asiles une tendance aux evasions plusieurs fois realisee.
Tous ses delits, dont le premier se serait produit a Page de 21 ans.
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
101
ont ete accomplis dans les memes conditions : Dans un village, cet
individu, generalement inconnu au pays et de' passage, etait vu par
plusieilrs femmes ou enfants, leur exhibant, dans des endroits le
plus souvent discrets quoique sur la voie publique, ses parties sexuel-
les, accompagnant ses manoeuvres, quelquefois, mais non toujours,
de masturbation. Aucune autre sorte d’attentat aux moeurs n’a ete rele¬
vee contre lui. Le dernier en date, remonte au mois d’octobre 1933.
Evade depuis le mois de juin, il s’etait livre, a la sortie d’une ecole, a
i'un de ses actes coutumiers : Brusquement, sans qu’il sache pourquoi
et notamment sans qu’il soit ivre, Fidee lui vient de s’exhiber. Encore
qu’elle paraisse peu imperieuse, qu’en particular il ne soit jamais a
ce moment en etat direction, il n’y resiste pas. Il oublie les des:d-,
grements qu’il a deja eprouves. Il ne cherche pas a s’y soustraire et
pas toujours a se cacher. Pendant Facte, il ne pense a rien d’autre.
Apres, il est tranquille. Les manoeuvres onanistes sont secondaires et
non constamment couronnees de succes ; la jouissance eprouvee
nulle, mais le soulagement certain. Il donne tous ces details corro-
bores par les temoins, d’un air detache, presque fataliste, sans emo¬
tion, comme un homme atteint de spleen qui ne se trouve bien
nulle part.
La memoire est precise : il conte sa vie banale, sans prolixite ; ses
peregrinations d’ouvrier agricole. Son pere etait buveur mais solide ;
sa mere jouissait d’une bonne sante ; point d’antecedents hereditaires
speciaux : ni gigantisme ni acromegalie dans la famille.' Dix freres,
dont deux morts en bas-age, et une soeur ; cette unique soeur a ete, a
16 ans, internee a Fasile de Bourg, ou elle est morte. Lui-meme
aurait presente un etat meninge vers l’age de huit ans et une pleure-
sie l’annee suivante. Instruction moyenne mais suffisante.
Vers l’age de 16 ans, il a commence a se masturber, rarement ; et
il se cachait pour le faire. Durant toute sa vie sexuelle, il a fait
preuve d’une indifference totale pour la femme. 11 est celibataire,
sous des pretextes varies : parce qu’il n’avait pas d’argent..., qu’il
est revenu trop vieux de l’armee..., que ca ne lui disait rien. Ses rap¬
ports sexueis sont restes exceptionnels et seulement lorsqu’il y fut
entraine par d’autres. Il n?a pas eu de maitresse. On ne decouvre chez
lui aucune tendance homosexuelle, aucune attirance pour les jeunes
enfants. Pas de pollutions nocturnes.
L’examen physique est des plus suggestifs : Reg... est un homme
grand (1 m. 69), robuste, deja grisonnant. La tete est brachycephale,
les arcades sourcilieres proeminentes avec sourcils abondamment
fournis. Les oreilles sont mal ourlees, a lobule adherent ; la face est
ieguliere, mais la voute palatine est large et les os malaires tres
saillants. A la palpation du crane, les sutures sont proeminentes en
forme de crete. La circonference de la tete est de 57. L’ensemble du
facies repond bien au type acromegalique.
Vers Page de 20 ans, des camarades ont commence de le plaisan-
ter surtout sur ses mains, C’est a cette epoque que ses extremites
102 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
ont pris des proportions anormales (a 22 ans, se produiront les pre¬
mieres exhibitions). II a du modifier la pointure de ses chaussures,
pni est passee de 39 a 43, pointure actuelle. Effectivement, nous rele-
Vons les mesures suivantes : main, plus grande largeur de la paume
de la main, 12 ; longueur de la main, du pli inferieur du poignet a
l’extremite inferieure du medius, 13,5 ; longueur du medius a la face
palmaire, 9,5 ; cir conference du medius a sa base, 9 ; pied, la
forme generale du pied est , conservee ; le pied n’est pas plat; par
rapport au reste du membre, il apparait augmente dans toutes ses
dimensions ; longueur du talon a l’extremite du gros orteil, 29 ; cir-
conference du cou-de-pied, 29. ,
Aucune malformation du squelette, autre que celles-la, n’est rele-
vee * mais la classique cyphose du thorax ne fait pas defaut.
I.a verge est longue, assez volumineuse ; un hydrocele enorme a
gauche evolue depuis 8 annees. Pas d’anamnestiques de maladie vene-
rienne ; ni cicatrice ni ganglion. .
Si la sante. generale est bonne, l’appareil cardio-vasculaire est assez
touche : il existe une cardiomegalie avec pouls ralenti de fa?on per-
manente et tendances syncopales (60 pulsations a la minute). en-
sion au Pachon ; 12-8. Quelques extra-systoles.
Pas de diabete insipide, pas de polyurie, pas de syndrome adiposo-
^Le^malade est sujet a des vertiges assez frequents sans crises
convulsives.
Observation II. — Mar... Anthime, 36 ans, journalier, a ete inculpe
pour la premiere fois d’outrages publics a la pudeur au mois de
novembre dernier. Si toute une serie de debts semblables constates
depuis trois annees, aux environs de Chateaudun, n’ont pu etre rete-
nus faute de preuves certaines contre lui, formellement reconnu une
fois’ et pris en flagrant debt la seconde, il ne me point les fails mais
en fournit une explication sans sincerite : le besom de reduire une
hernie et des hemorroides procidentes, alors qu il pouvait introduire
la main dans son pantalon pour tenter de les rentrer, sans qu iL sort
besoin d’exterioriser ses organes gemtaux. Un buisson tout proche
permettait en outre une discretion facile. Tous les actes qui ont fa
I’obTet de cette inculpation se sont produits de la meme maniere :
Dans les champs, souvent a la sortie de la messe, Anthime, soit apres
avoir tenu quelques propos sans importance, soit slle"cie“e^nt’
plus souvent a la tombee du jour, apres avoir avise des AUettes de
3 a 13 ans, seules on en petit groupe, ouvre sa braguette, exlube ses
parties sexuelles, se bornerait 5 cet acte ; une fois, cependant
aurait designe sa verge en disant : « elle est belle » , une au re ,
aurait semble se masturber et les temoins qui l’ont apprehende decla
rent qu’il etait couvert de sueur. Comme, pour sa defense il argue
d’une meprise sur ses intentions, il n’est pas permis de savoir ce qu il
eprouve dans l’accomplissement de ses actes ; mais il se confesse
SEANCE DU 27 JANVIEIi 1936
103
volontiers, et apparemment, de fagon sincere sur son existence et sa
■vie genitale.
Eleve par ses parents dans une bonne moralite, il n’y a rien a rele¬
ver, ni dans ses antecedents hereditaires, ni dans ses antecedents per¬
sonnels. Pas de maladie de l’enfance ; certiflcat d’etude a 11 ans :
il apprenait vite mais retenait avec difiiculte. Son instituteur a note
sa timidite. Au sortir de l’ecole, il a ete place dans des fermes et s’y
est montre travailleur et stable dans ses places. Sa puberte a ete
indemne de traumatisme psycho-sexuel. Pas de masturbation pre-
coce, cucune jouissance n’accompagnant chez lui de tels actes, reveles
par des eamarades. Quand il est arrive au regiment, il n’avait jamais
connu de femme et n’a point subi l’entrainement collectif . Il redou-
tait qu’elles ne lui prennent son « pognon » mais, durant trois ans,
n’a pas soutfert de sa continence : « On pouvait me plaisanter
la-dessus, (?a m’a pris tard ; je n’etais pas porte pour la femme. » Son
imagination n’a jamais travaille sur le plan sexuel : aucune libido,
nuls cauchemars erotiques ne sont venus le troubler. Il ne presente
pas de pollutions et a pu se comparer avec etonnement avec certains
eamarades de regiment. Les pratiques homo-sexuelles, que des pro-
miscuites diverses ne lui permettent pas d’ignorer, n’ont eveille chez
lui que de la repulsion. Marie en 1922, il a quatre enfants, bien por-
tants ; sa conduite a lebr egard est affiectueuse et correcte. il ne
semble guere eprouver vis-a-vis de sa femme, une attirance corpo-
relle, autre que raisonnee. Leurs rapports, quotidiens au debut, se
sont peu a peu espaces jusqu’a ne devenir que mensuels ; ses desirs
emousses ne lui apportent que des satisfactions tras relatives.
L’examen organique nous fournit des eclaircissementS precieux :
la configuration generate du sujet frappe des 1’inspection ; il repond
au type classique de l’acromegale : de bonne taille (1 m. 67), il est
evident qu’il existe une notable disproportion entre le developpement
des extremites et du massif facial, et le reste du corps. La face est
reguliere mais caracterisee par une hypertrophie acromegalique de
tout 1’ensemble du visage. Il se montre ovalaire, le menton saillant,
le nez epaissi et elargi, les pommettes fort proeminentes. Les oreilles,
augmentees de volume, sont ecartees. La macroglossie est ici tres
accusee.
L’hypertrophie des extremites complete ce tableau clinique. Les
mains sont' courtaudes, larges et epaisses. L’on note de 1’onychopha-
gie. L’hypertrophie des pieds est encore plus marquee : leur deve¬
loppement se serait accuse vers la vingtieme annee. Malgre sa taille,
qui n’a rien d’excessif, le sujet chausse du 44. Pas de deformation,
par contre, du rachis et du thorax. Ces elements autorisent sans
conteste le diagnostic d’acromegalie. Il importe, d’ailleurs, de rap-
procher ces eonstatations de l’existence d’hemorroides, ces altera¬
tions veineuses y ayant ete signalees comme tres frequentes par
Pierre Marie.
Aucun trouble grave de la sante. POurtant, des migraines penibles
104
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
vers la vingtieme annee, tous les quinze jours environ ; et en per¬
manence des troubles, subjectifs vertigineux intenses: « Je n’allais
pas au bal et je ne puis toujours pas danser : la tete me tourne,
j'eprouve des eblouissements qui me feraient tomber. » Toute absence-
fait defaut ainsi que toute perte de conscience. Sensibilite extreme
a l’alcool : « Si je ne bois qu’un demi-litre de cidre par jour, c’est
que, des que je me livre au moindre exces, je suis affreusement
malade. Je ne fume pas non plus sans vomir et avoir mal a la tete. »
Des transpirations faciles sont notees ; le pouls bat lentement aux
environs de 60. Les reflexes sont lents ; un tremblement emotif fin
en faisait deja au regiment un mauvais tireur.
Sur le nombre relativement restreint d’exhibitionnistes qu’il
nous a ete donne d’examiner jusqu’a ce jour, nous avons ete sur-
pris de ee qui nous parait plus qu’une coincidence : dans ces
deux cas, il a existe un parallelisme etroit entre le developpement
de l’acromegalie et celui de 1’activite delictueuse. Si l’on veut bien
considerer que la diminution de la puissance et de 1'appetit gene-
sique sont de regie dans l’acromegalie, si 1’on accepte, d’autre part,
que certaines formes d’exhibitionnisme sont, comme je me suis.
efforce de le rappeler, liees a un deficit de 1’activite sexuelle, l’oii
pourra s’etonner que les rapports de l’exhibitionnisme et de l’acro-
megalie n’aient jamais ete signales.
Ces cas viennent completer ceux oil cliniquement, a defaut de
recherches endocrinologiques plus poussees, la seule carence
sexuelle semble pouvoir etre mise en cause. Une capacite alteree
des sensations incite le malade a la recherche d’emotions com-
pensatrices deviees. Wolf (1), dans son etude sur la castration de
l’homme, a remarque que tous ceux d’entre ses malades dont
l’onanisme s etait mariifeste avec retard, apres seize ans, avaient
commis par la suite des debts sexuels : 6 sur 8 sont devenus
exhibitionnistes. II nest pas indifferent de plus de constater*
meme si leurs resultats sont demeures negatifs dans les cas
d’impuissance simple, que les trois quarts des exhibitionnistes.
ont fourni a MM. Toulouse, Schiff et Simonnet des taux de
substance oestrogene dans l’urine qui se placent parmi les plus
eleves qu’ils aient obtenus.
M. Ceillier. — J’ai eu l’occasion d’expertiser plusieurs exhi¬
bitionnistes atteints d’acromegalie.
Sans nier systematiquement l'influence des troubles endocri-
(1) Ch. Wolf. — La castration tie l’homme pour perversions sexuelles on
debts de moeurs. Annales Medico-Psychologiques, oct. 1935, p. 412.
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
105
nieiis et en particulier l’impuissance sexuelle habituelle, je me
demande si un autre mecanisme n’est pas preferable a celui pro¬
pose par M. Picard ou tout au moins superposable a lui..
Les acromegales sont generalement tres laids et d’apres mes
observations eprouvent de ce fait un sentiment d’inferiorite et
d’elimination sociale. Ils ne pourront pas se marier et en seront
reduits tout au plus a des amours salarie.es.
Ils recherchent la compagnie des enfants par besoin de sympa-
thie et de tendresse. Au debut, leur tendresse est chaste, mais a la
longue, elle evolue, comme par une « glissade », vers des cares¬
ses rapidement delictueuses.
En somme, 1’exhibitionnisme et surtout les attentats sur les
enfants ne me paraissent pas etre chez les acromegales la conse¬
quence directe des troubles endocriniens. Ils paraissent avoir le
meme determinisme que les debts sexuels commis a la suite de
conflits psychologiques ou sociaux, par des sujets porteurs d’au-
tres affections neurologiques que l’acromegalie, ou exempts de
tout syndrome neurologique.
Ces debts sont la consequence d’un sentiment d’inferiorite qui
pousse le sujet a rechercher sans aucune arriere-pensee l'amitie
et 1’affection des enfants, et evolue ulterieurement vers la recher¬
che de pratiques erotiques. Ce fut le cas d’un pauvre diable sur-
nomme le pere joujou, qui etait marchand de ballons d’enfants, et
pendant des annees eut pour eux une bonte chastement pater-
nelle.
M. Rouart. — Un des malades, auxquels M. Ceilber vient
de faire allusion, est actuellement hospitalise a la Clinique des
Maladies Mentales. Outre les caracteristiques d’acromegabe qui
chez ce sujet sont tres nettes, il existe une retraction bilaterale
des aponevroses palmaires. Le malade a toujours eu une activite
sexuelle tres reduite. Marie pendant quatre ans, il subit surtout
une serie d’echecs. C’est lcrsqu’il fut separe de sa femme qu'appa-
ruient les faits d’exhibitionnisme pour lesquels il fut trois fois
condamne. Son caractere est fait de timidite, d’emotivite. Il
existe chez lui un sentiment d’inferiorite tres nette : « Aucune
femme, dit-il, ne veut de moi ! »
Une polyglobube atteignant le chiffre de dix millions d’hema-
ties ainsi qu’une glycosurie ont ete constatees chez lui. Des recher-
ches destinees a montrer les anomalies du fonctionnement hypo-
physaire sont en cours actuellement et seront communiquees lors
de la presentation de ce malade devant la Societe que nous pen-
sons faire prochainement.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
10G
M. X. Ab6ly. — Les acromegaliques exhibitionnistes que nous
d6crit M. Picard sont des hyposexuels. On decrit habituellement
ces malades comme des deprimes frigides et impuissants. II y a
done une discordance hormonale qui a intrigue plusieurs
auteurs. L’acromegalie est en effet, de l’avis general, une hyper-
hypophysie anterieure, mais tout le monde admet aussi actuel-
lement que l’hypophysie anterieure est stimulatrice des fonctions
genitales. La secretion de l’hormone de croissance se fait done
en hyper : la secretion de l’hormone excitogenitale en hypo. Un
tel hyperfectionnement electif n’est pas impossible, mais pent
paraitre paradoxal. Certains ont pense qu’apres la phase d’acti-
vite osteogenetique fixageree, l’hypophyse subissait une phase de
regression et de destruction. D’autres donnees plus recentes
montrent que des injections repetees d’extraits antehypophysaires
entrainent, apres une periode d’hyperactivite des grandes sexuel-
les, une periode refractaire pouvant aller jusqu’a un epuisement
final. L’hypogenitalite serait done un symptome assez tardif.
Quelle que soit la valeur de ces theories, j’ai eu l’occasion d’obser-
ver quelques cas qui ne repondent pas du tout a la description
classique. J’ai publie l’observation d’une malade acromegalique
presentant une excitation psychomotrice et genitale tres marquee.
J’ai vu deux autres malades de la meme categorie dont l’hyper-
sexualite etait manifeste. Je crois qu’il y aurait lieu de revenir
sur cette question.
M. Georges Dumas. — L’insuffisance genitale est par elle-meme
une inferiorite qui peut faire rechercher des compensations.
M. Picard. — Je ne nie pas l’intervention d’un mecanisme
psychologique dans la production de certains exhibitionnismes.
j\Iais l’insuffisance genitale de 1’acromegale precede la naissance
de ce sentiment. D’autre part, quand le sujet est marie, et que sa
femme continue a cobabiter avec lui, on ne.peut pas arguer de son
exclusion des pratiques erotiques par sa laideur.
Syndrome d’Adie et syndrome neuro-anemique a type de
psyebose polynevritique. Amelioration par la methode de
Castle, par MM. Georges Petit et Jacques Delmond.
Depuis quelques annees, grace aux descriptions qu’en a don¬
nees l’ophtalmologiste anglais William-J. Adie, les cliniciens ont
appris a reconnaitre un syndrome particulier, qui tend a detacher
SEANCE DU 27 JANVIER: ,1936
107
certains faits du cadre de la neuro-syphilis, he syndrome d’Adie
comprend trois elements, dont deux positifs, un negatif :
1° la pupille tonique (o'u bradycorie de Donath) ;
2° Vareflexie lendineuse ;
3° V absence de tons signes de syphilis, aussi bien dans le sang
que dans le Iiquide cephalo-rachidien.
Dans sa forme typique, la pupille tonique est, d’apres Adie,
le plus souvent unilaterale, presque toujours plus large, jamais
en myosis, generalement deformee.
Son diametre peut varier d’un examen a l’autre.
A la chambre noire, a un eelairage intense, elle se retrecit tres
lentement, puis se dilate encore plus lentement pour reprendre
sa dimension premiere.
Dans I’accommodation-convergence, ainsi qu’a J’epreuve de
Pilz-Westphal, les mouvements sont lents, amples, prolonges, la
redilation tres lente.
Des formes incompletes se rencontrent.
Le diagnostic differentiel le plus important, qui doit se faire
avec le signe d’Argyll-Robertson, se pose d’une facon exigeante
devant les formes completes avec aretlexie tendineuse.
En psychiatrie, on savait depuis longtemps qu’en dehors de la
syphilis, on pouvait rencontrer chez les malades mentaux : 1° des
troubles pupillaires a l’etat isole ; 2° des areflexies tendineuses,
sans qu’il s'oit question de tabes , ou de paralysie generale. L’ani-
soeorie, les troubles photo-moteurs, ont ete observes dans toutes
sortes de psychopathies par notre maitre M. Roger Mignot, dans
sa these de 1900.
Mais I’association, chez un meme malade, de troubles pupillai¬
res et d’areflexie, n’est reellement pas commune chez les alienes.
Nous avons' pu en retrouver des exemples dans la litterature psy-
chiatrique, mais les observateurs ne s’y etaient pas arretes. Notons
cependant que MM. Guiraud et Ajuriaguerra ont souleve ce
diagnostic a propos d’un malade a cette meme Societe (1).
Or, nous avons eu recemment l’occasion d’observer un syndro¬
me d’Adie caracteristique chez une femme qui presentait, d’autre
part, une psychose polynevritique tout a fait analogue a la
psychose de Korsakoff. Nous avons immediatement recherche
chez elle l’existencer d’une intoxication ethylique : mais rien, ni
dans 1’interrogatoire, ni dans les renseignements detailles four-
(1) Areflexie, pied creux, amyotrophie, Argyll et troubles mentaux (A.M.P.,
fevrier 1934, I, 229-234.
SOCIETE MEDICO-PS YCHOLOGIQ UE
nis par la famille, n’a pu permettre de justifier cette etiologie. C’est
alors que nous nous sommes demande s’il ne s’agirait pas d’un
de ces syndromes neuro-anemiques, a type polynevritique, et au
eours desquels (selon Pickett, 1904, Bonhoffer, 1911, Barrett 1913),
le tableau clinique revet souvent l’aspect de Korsakoff. Et de fait,
1’examen hematologique nous a montre une diminution tres mar¬
quee du nombire des hematies, avec presence d’elements rares, de
formes de transition, indiquant la destruction et la regeneration
globulaires.
Observation . — Mme X., actuellement a gee de 56 ans, nous a
ete adressee le 2 avril 1935 avec le diagnostic de presbyophrenie.
Elle presentait en effet quelques caracteres de ce syndrome : amnesie,
desorientation, fausses reconnaissances et tabulation.
La desorientation et I’anmesie sont extremement accusees le jour
de l’entree. « Nous sommes en fevrier ou en mars, peut-etre en
1935. » Eile ne sait ou elle est. Elle etait hier a l’etage au-dessus.
Peut-etre est-elle venue de St-Anne. Elle est ici depuis hier (le len-
demain, elle nous dira qu’elle est ici depuis quelques jours, qu’elle
a vu son mari le matin, puis qu’elle l’a vu a sa derniere permission).
Elle pense etre malade depuis 6 mois, et ecrit « depuis 1930 ». Son
mari a 50 ans. II est appele popr sa 2* peripde de 28 jours, et son tils
pour sa premiere. II a plutot 62 ans.
L’amnesie est continue. La malade dit que le medecin qui est venu
hier etait plus brun et n’avait pas la meme voix. Amnesie en partie
consciente : « Je confonds tout, je ne sais plus les dates ; je ne me
rappelle plus rien, je perds completement la boule et la memoire. »
Les souvenirs anciens sont alteres ; elle ne peut qu’ebaucher les prie-
res de sa jeunesse. Elle ne suit plus bien si elle habite rue do
Nemours... Peut-etre y a-t-il eu un changement d’adresse, car elle
n’6tait plus a Paris, etc...
Elle nous propose des allegations justificatrices de sa desorienta¬
tion : elle ne lit pas le journal, ou seulement le feuilleton ; elle reste
chez elle, ne s’occupe pas « du dehors ». La tabulation est sponta-
nee : elle a ete voir un medecin en ville, decrit l’operation. La tabu¬
lation provoquee est manifeste, « elle est jeune, elle a encore ses
regies, elle a marche jusqu’a maintenant ». En outre, on note de la
suggestibility
Elle fait de fausses reconnaissances : reconnait 1’inflrmiere du
matin pour l’avoir vue la veille au soir. A son domicile, elle recon-
naissait des personnes decedes.
A ce tableau, s’ajoutaient des interpretations delirantes, des idees
de persecution, de jalousie, A’empoisonnement. La malade a le sen¬
timent d’une ambiance hostile, elle se mefie : les locataires sont
contre elle ; ils lui en veulent : ils murmurent sur son passage ; ils
chuchotent entre eux : « Son mari la trompe » ; « elle est comme
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
109
les autres, elle ne vaut rien. » Elle a surpris sur son passage des
mimiques significatives, des propos sur son compte. Dans le service,
elle interpreter de menus fails ; une infirmiere tient un bon bleu :
c’est une depeche qu’on lui cache et qui annonce la mort de son
Quelques symptomes occupent le premier plan du tableau mental.
L’anxiete est extremement vive, continue, paroxystique. Des expli¬
cations pessimistes, dramatiques, lui sont secondaires. « Je suis dans
un hopital d’assassins... mon mari va etre fusille ! » On va la tuer,
on lui coupera la tete a 3 heures. Pourquoi ? Parce qu’elle tue tout
le monde ! Que lui importe tout puisque les siens vont mourir, elle
n’a plus qu’a en faire autant. Cette anxiete se traduit par des reac¬
tions pantophobiques a 1’entree du medecin, des expressions de ter-
reur, de supplication, enfin de resignation a la mort. De nombreux
signes organiques l’accompagnent : striction tracheale et retro-ster-
male, avec sensation d’un danger instant, d’une mort imminente.
Elle decrit egalement des scenes oiiiriques visuelles effrayantes.
Elle croit egalement avoir entendu dire dans sa tete : « Mon mari
est mort. » Elle a des troubles du sommeil avec cauchemars ou men-
tisme penible. Habituellement deprimee et anxieuse, son humeur est
parfois vive et enjouee, meme pour parler de ses infirmites. Ces
variations emotionnelles sont rapides et completes. La malade fait
l’aveu de troubles du caractere.
Les renseignements recueillis aupres de la famille la montrent
asthenique depuis juin 1934. Elle « perdait ses phosphates », d’apres
le medecin de la famille. Depuis 5 a 6 ans, elle se plaint de maux de
tete, de nevralgies faciales. Elle se reveillait la nuit avec des angois-
ses, des palpitations. En aout 1934, la malade fait une chute (qui
entraine une fracture des deux os de la jambe gauche, consolidee en
assez mauvaise position!. « Elle s’etait laisse choir comme un
enfant » (peut-etre s’agirait-il d’une crise cataplectique). Elle eprouve
depuis 3 ou 4 mois des paresthesies diverses, des fourmillements
dans les membres inferieurs, des douleurs, des « crampes » dans
les jambes, la nuit ; elle pretendait qu’on lui faisait des piqures dans
les genoux. La marche devint progressivement impossible.
Rien dans les antecedents, sauf une angine diphterique dans 1’en-
iance et des grippes assez frequentes.
Examen somatique : Malade d’aspect dystrophique, avec asymetrie
faciale, hypomastie, hypotrichose axillaire et pubienne. Le teint est
eouleur vieil-ivoire, les muqueuses decolorees. La malade ser'a
subfebriie (38° le soir) pendant les huit premiers jours de l’obser-
vation.
On constate 1 ’impotence fonctionnelle quasi-totale des membres
inferieurs, avec chute du pied. Soutenue, la malade fait quelques pas,
uvec steppage a droite, et s’efifondre sur un siege. Amyotrophic mar¬
quee aux membres inferieurs, avec troubles trophiques ; peau seche.
110
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLQG1QUE
Les reflexes rotuliens, achilleens, medio-plantaires, sont complete-
merit abolis des deux c6tes.
II y a une hyperesthesie cutanee manifeste, une hyperalgesie mus-
culaire considerable. Le moindre attouchement determine des sou-
bresauts, des secousses generalises avec mimique de terreur. Elle
crie et pleure quand on Uappr-oche.
La force musculaire est extremement diminuee aux membres supe-
rieurs.
Tremblement des extremites, pouls a 96, exophtalmie avec regard
etrange.
L’haleine a une odeur. acetonemique.
La malade ressent des bourdonnements d’oreille, fait le geste de
chasser un corps etranger du conduit auditif.
Les pupilles paraissent tout d’abord immobiles. Elies sont tres
dilatees, inegales. A un examen plus attentif, on note cependant
qu’elles se contractent tres paresseusement a la lumiere. Examinees,
de nouveau a la chambre noire, elles sont en mydriase, la gauche
plus grande, la droite deformee. Les reflexes a la lumiere ainsi qu’a
raccommodation-convergence sont dits « iparesseux ». Pour preciser,
nous avons vu la pupille la plus grande, a un eclairage intense,,
coniine apres une courte hesitation, se contracter, atteindre un assez.
bon myosis apres environ 30 secondes, puis osciller comme si elle ne
tenait pas la contraction, et, la lampe eteinte, revenir lentement a
son etat de mydriase. Cette lenteur de la contraction et de la
decontraction realise le type de la pupille tonique.
Les reactions humorales (Bordet-Wassermann, Meinicke et Kahn
dans le sang), sont absolument negatives, ainsi que dans le liquide
cephalo-rachidien, qui est normal en tous points, sauf une hyper¬
tension au manometre de Claude : 55-30, le 11 avril.
L’ examen hematologique (11 avril 1935) donna la formule suivante: .
Hematies, 2.576.000. Leucocytes, 7.000. Hemoglobine, 70 0/0. Poly-
nucleaires neutrophiles, 69 0/0. Basophiles, 1 0/0. Grands mononu-
cleaires, 2 0/0, moyens, 21 0/0, petits, 2 0/0. Eosinophiles, 2 0/0.
Formes de transition, 3 0/0 ; quelques normoblastes (1).
' En presence d’un pareil tableau, nous instituons sur le champ,
concurremment avec des injections sous-cutanees de . nucleinate^ de
soude, un premier traitement : hepatotherapie par les extraits hepa-
tiques, puis, des la semaine suivante, la gastrotherapie, conformemeht
aux travaux de Castle et de ses collaborateurs sur la nature du prin-
cipe anti-anemique. Diverses preparations ont ete utilisees : poudre
d estomae (20 gr. par jour, correspondant a 1.200 gr. d’estomac frais
de pore ; extraits gastriques desseches en poudre, ou extraits liquides
en ampoules buvables). Les resultats therapeutiques ont ete remarqua-
bles. A l’examen du sang, le 8 juin 1935, pour exemple : Hematies,
(1) Nous remercions M. le Dr Gouriou qui, tres aimablement, a bien voulu
mettre son laboratoire a notre disposition pour ces examens.
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
111
3.956.000. Leucocytes, 12.000. Hemoglobine, 80 0/0. Poly-neutrophL
les, 66 0/0. Grands monos, 4 0/0, moyens, 22 0/0, petits, 2 0/0*
Eosinophiles, 3 0/0. Basophiles, 1 0/0. Formes de transition, 2 0/0 •
quelques normoblastes.
Cette amelioration s’est poursuivie avec parfois urie baisse des
hematies, mais aussi eosinophilie de bon pronostic. C’est ainsi que
le 29 octobre, on note : Hematies, 4.200.000, eosinophiles, 9 0/0.
Les pupilles, vues a plusieurs reprises dans les memes conditions,
varierent a chaque examen. Elies etaient toujours inegales, la gauche
plus grande, mydriatiques, se retrecissant lentement a la forte
lumiere. Le reflexe photomioteur etait beaucoup moins ample et net
que le reflexe d’accommodation-convergence. On nota, le 18 novem-
bre, quelques secousses nystagnuformes dans le regard lateral a
droite. Actuellement, il persiste de la mydriase, les reflexes pupil-
laires, sont un peu plus prompts, mais ne tiennent pas la contraction .
Le fond d’oeil a toujours ete normal.
La marche redevint rapidement possible. Elle est actuellement
aisee, bien que legerement hesitante, sans steppage, avec une certaine
fatigabilite. Pas de signe de Romberg. La force musculaire est appre¬
ciable aux membres superieurs, diminuee quant aux flechisseurs des
membres inferieurs. Les reflexes tendineux sont plutot vifs aux
membres superieurs ; pour les rotuliens, on assista a leur restauration
progressive : patellaire droit normal, gauche encore diminue ; les
achilleens et medio-plantaires demeurent abolis. Le reflexe cutane-
plantaire se fait en flexion. On observe, quelques troubles de la
thermo-algesie aux membres inferieurs, surtout a la jambe gauche
qui a ete fracturee et ou la sensibilite osseuse aussi est tres legere-
ment diminuee.
Amelioration nejte au point de vue mental ; mais il persiste des
troubles de la memoire de fixation ; la malade se montre subanxieuse
avec des bouffees d’anxiete, est hyperemotive, sensible ; elle inter-
prete aisement dans le sens de la malveillance ou d’evenements
funestes imminents, les moindres incidents de la vie quotidienne.
En resume, chez une femme de 55 .ans, indemne d’antecedents
ethyliques, sont apparus, apr6s une periode de paresthesies diver-
ses, une polynevrite avec troubles de la marche s’accompagnant
d’un syndrome mental analogue a celui de la psychose de Kor¬
sakoff avec desorientation, amnesie et Tabulation compensatrice.
On constate egalement, outre un etat d’anxiete avec onirisme, un
syndrome d’Adie et des signes d’anemie pernicieuse.
Il nous a paru interessant de signaler ce syndrome d’Adie asso-
cie a une psychose polynevritique, elle-meme accompagnee d’une
anemie de type pernicieux, realisant ainsi une forme frequente
parmi les troubles mentaux de la maladie de Biermer. Ces sijndro-
112
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
mes psycho-anemiques (de P.-Emile Weill et Cahen) sont bien
connus depuis les travaux de Cabot, en 190'0, de Lurie, Woltman,
et les observations plus recentes de Sehou a 1’Asile de Dianalund
(Danemark) et de Bowmann a 1’asile de Boston, pour ne citer que
quelques 110ms.
En quelle maniere ces troubles pupillaires du type Adie peu-
vent-ils etre rattaches a la psycho-polynevrite et a Vanemie ?
Tout d’abord, dans ce cas, rappelons l’action du traitement
sur l’ensemble du tableau psycho-organique.
Sur le fond, Adie (Brain, 1932), pensait que troubles pupillaires
et troubles des reflexes traduisaient « un desequilibre du systeme
nerveux de la vie vegetative » .
Guillain et Sigwald (Soc. Med. Hop., 13 mai 1932) incriminent
« une atteinte infectieuse ou toxique anterieure, insuffisante pour
exercer des actions destructives, mais sufflsante pour troubler la
conductibilite de Tare reflexe ».
Weill et Reys (1926) ont note de nombreux troubles sympathi-
ques. Subirana ( Archivos de Neurobiologia, 1935, 1) trouve « evi-
dente, dans la plupart des cas, l’atteinte du systeme autonome ».
Dans son observation, le syndrome d’Adie « coincide avec une
riche symptomatology vegetative des troubles de la meno¬
pause ».
En ce qui concerne notre malade, rappelons l’importance et la
variete, chez elle, des troubles vegetatifs infundibulo-tuberiens.
Les troubles mentaux de la neuro-anemie sont, d'apres tous les
auteurs, tout a fait analogues a ceux des toxi-infections. Dans
une observation que Tun de nous a rapportee de’vant cette Societe
en 1931, avec Mile Martrille, ainsi que dans la these de Mile Mar-
trille, de tres nombreux signes organiques semblent impliquer une
oiigine infectieuse a l’etat mental considere ; il y avait, dans la
plupart de ces cas, anemie et troubles pupillaires. Dans le cas pre¬
sente a la Societe, troubles mentaux, polynevrite et anemie parais-
saient relever d’une meme cause : une infection du nevraxe par
virus neurotrope, du type encephalo-myelite epidemique.
II nous semble que cette etiologie infectieuse pourrait etre invo-
quee dans le determinisme du syndrome d’Adie associe aux syn¬
dromes neuro-anemiques de type polynevritique.
Deja, au cours d’une communication anterieure (1), Tun de
nous avait note, parmi les tres nombreux symptomes infundibulo-
(1) Georges Petit. — Sur la frequence des symptomes infundibulo-tube¬
riens assoeies souvent aux syndromes anxieux en psychiatrie. Congres des
Alienistes et Neurologistes, Lyon, 1934.
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
tuberiens associes a l’anxiete en psychiatrie, l’existence d’anemies
•elites cryptogenetiques. De nombreux travaux nous ont d’ailleurs
appris a eonnaitre le role des noyaux vegetatifs centraux dans la
regulation de l’hematopoiiese ( Polyglobulies dans les cas de Cas-
tex, de Guillain, Lechelle et Garcin, de Lhermitte, de Schiff et Si¬
mon. Anemies dans les experiences de Houssay, Roger et Arias,
-dans les cas, avec necropsies, de Paviot et Dechaume, de L-her-
mitte, Worms et Ajuriaguerra). L’atteinte de ces noyaux infun-
dibulo- tuberiens, qui sont si frequemment touches dans les infec¬
tions neurotropes, rendrait compte, par suite du desequilibre
neuro-vegetatif qui en resulte, a la fois de Vanemie, des troubles
jmpillaires et de la perturbation emotionnelle si considerable que
traduit Yanxiete, si vive et si tenace, dans le cas que nous venons
de presenter.
Une nouvelle reaction hypophysaire applicable a la psychose
intermittente, par MM. X. et P. Abely, M. et Mme Couleon.
Depuis plusieurs annees nous poursuivons nos recherches sur
Je role de l’hypophyse, et plus specialement de l’hypophyse ante-
lieure dans la psychose maniaque-depressive. Dans l’ordre biolo-
gique, nous avons signale que la reaction de Zondeck s’y montrait
frequemment positive. Tant en France qu’a l’etranger nos travaux
ont ete l’objet de critiques qui nous ont incites a continuer et a
preciser notre experimentation.
Nous avons suivi avec le plus grand interet 1’etude de toutes les
reactions capables de deceler l’hyperfonctionneinent de 1’ante-
hypophyse et en particulier les reactions biologiques de la gros-
sesse. Leur variete, leur perfectionnement nous ont permis de
controler nos recherches anterieures, en les appliquant a la psy¬
chose intermittente. Nous n’avons pas seulement etudie l’action
de l’hypophyse anterieure sur la fonction genitale mais aussi sur
la fonction thyroidienne. Nous esperons apporter bientot nos
resultats sur ces divers points et notamment sur l’interet de la
reaction d’Aron. Cependant, nous laisserons momentanement de
cote toute cette serie d’experimentations qui ont pour resultat de
provoquer des modifications macroscopiques et microscopiques
des glandes endocrines chez divers mammiferes de laboratoire :
souris, cobayes, lapins.
Les reactions qui font le sujet de notre presente communica¬
tion sont d’une autre categoric. Elies utilisent des vertebres infe-
xieurs : batraciens et poissons. Elies ont pour but de provoquer
Ann. Med.-psych., XV« serie, 94" annee, t. I. — Janvier 1936. 8.
114
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
une modification de coloration des teguments. Ces modifications,
s’operent par la contraction ou la dilatation de cellules pigmen-
taires diverses : melanophores, erythrophores, xanthophores. L in¬
jection a ces animaux d’extraits hypophysaires determine une
teinte noire ou rouge des teguments, par dilatation des erythro-
phores ou des melanophores. Zondeck attribue cette action a une
hormone du lobe intermediate qu’il a pu isoler sous le nom
d’ « iniermedine ». Remy Collin et Drouet ont montre qu’on
pouvait en realite retrouver cette hormone tant dans le lobe ante-
rieur que posterieur. Zondeck admet actuellement cette dif¬
fusion de l’intermedine. Pour certains auteurs, cette hormone se
confondrait avec la gonado stimuline. Cette fonction pigmen-
taire parait d’ailleurs souvent liee a la fonction sexuelle. Chez le
poisson qui a ete le plus utilise, le vairon ou phoxinus, la dila¬
tation des erythrophores se produit a l’epoque du rut et donne
une coloration pourpre de toute la region pectorale, que 1 on
appelle la « robe nuptiale ». Cette coloration est exactement
reproduite par l’injection d’extraits hypophysaires. Ce pheno-
mene se relie a celui de l’hyperpigmentation gravidique chez la
femme. Les reactions de colorations provoquees des batraciens
et des poissons sont devenues des reactions biologiques de la
grossesse.
Trois methodes ont ete proposees pour deceler dans les
humeurs, et en particulier dans l’urine, la presence d’hormones.
hypophysaires a fonction pigmentaire.
La premiere consiste a injecter ces humeurs au veron, de
facon a provoquer le phenomene de la robe de noce. A vrai dire,
Zondeck a surtout utilise ce poisson pour do'ser l’intermedine
dans les extraits hypophysaires d’apres l’intensite et la rapidite
de la coloration. Cependant Collin et Drouet ont constate que
l’urine, dans certains cas pathologiques d’hyperfonctionneinent
hvpophysaire, donnait la reaction des erythrophores du veron.
Apres diverses critiques de cette methode, ces derniers auteurs
ont propose une deuxieme reaction plus nette : celle des melano¬
phores de la grenouille (Rana temporaria). Elle consiste a injec¬
ter dans le sac lymphatique dorsal de cet animal deux a trois
centimetres cubes d’urine du matin. L’animal, au bout de deux
heures environ, passe de la coloration verte a la coloration noire.
Cette reaction est franchement positive dans la grossesse. Elle
est toujours negative chez les sujets normaux, sauf chez la fem¬
me au moment des regies. Collin et Drouet attribuent cette reac¬
tion a la presence d’hormones melanocytiques hypophysaires.
•Nous avons applique cette reaction dans des etats psychopathi-
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
ques divers et en particular dans la manie. Nous l’avons trouvee
positive chez de nombreux maniaques et dans la manie seule-
ment. Mais nous n’avons pas tarde a constater que cette reaction
etait inconstante ; nous ne l’avons pas retrouvee chez un meme
manialque a diverses epoques de la maladie. D’autres periodiques
ne notis ont jamais donne des resultats positifs. De fait, Collin
et Drouet ont montre qu’au cours de la grossesse, la reaction
etait egalement intermittente et devait etre repetee pendant plu-
sieurs jours avant de conclure a un resultat negatif. Cette
methode a ete aussi pratiquee dans la psychose maniaque depres¬
sive par le Professeur Urechia, M. Kernbach et Mme Rete-
zeanu (1). Ces auteurs, qui ont critique notre conception de
l’origine hypophysaire de la manie, ont trouve une reaction de
Collin positive dans 15 cas sur 19. Ils contestent cependant la
valeur de ces resultats positifs qu'ils opposent aux resultats
negatifs chez les memes malades d’autres reactions hypophy-
saires, notamment la reaction d’Abderhalden. D’autres critiques,
reprises d’ailleurs par ces auteurs, font remarquer qu’il est diffi¬
cile de conclure a une origine determinee d’une reaction obtenue
avec un liquide aussi complexe que Purine. Pour ces diverses
raisons, nous avons ete amenes a mettre de cote, du moins pro-
visoirement et sous cette forme, la reaction des melanophores de
la grenouille.
Depuis lors, une nouvelle methode beaucoup plus precise et
susceptible d’eviter toute controverse a ete proposee par les Pro-
fesseurs Binet, J. Verne et par Mile Luxembourg. Cette methode
represente la plus recente reaction biclogique de la grossesse. II
ne s’agit plus ici d’observer une coloration dont l’appreciation
peut etre sujette a des interpretations personnelles. On examine
directement sous le microscope la dilatation des melanophores.
De plus, ce resultat est acquis non plus avec l’urine totale mais
avec un extrait traite de facon a isoler Phormone hypophysaire.
L’hormone obtenue par cette technique a ete identifiee avec l’in-
termedine de Zondeck, dont elle possede tous les caracteres. Les
Professeurs Binet et Verne ont mis en evidence avec toute la
precision voulue que la grossesse s’accompagne de l’hyperpro-
duction de Phormone melano'cytique hypophysaire. Ajoutons que
les extraits commerciaux d’hypophyse anterieure ou posterieure
(1) Pour nous, nous avons renonce, apres de nombreux examens, a la
methode d’interferometrie, derivee de la reaction d’Abderhalden, en raison
de son imprecision. Nous avons cependant determine une formule inter-
ferometrique tres frequente dans la manie et ne s’opposant en rien a 1’ori-
gine hypophysaire de cette affection.
116
SOCIETE MEMCO-PSYCHOLOGIQUE
determinent une reaction positive. On opere sur l’ecaiU'e isolee
d’un des poisso'ns les plus communs, le cyprin (carassius vulga¬
ris). L’observation porte done sur un tissu vivant, mais separe
de l’organisme ; on a ainsi le nouvel avantage d’eliminer toute
action nerveuse possible et de ne laisser subsister que l’action
bormonale. L’ecaille est soumise a Faction du residu urinaire
dissous. Au bout de quelques minutes (2 a 3 m.) on place l’ecaille
sous le microscope et l’on constate l’etalement des melanophores.
Nous avons legerement modifie cette technique : nous placons
d’abord l’ecaille dans de l’eau distillee qui nous semble avoir
la propriety de retracter au maximum les melanophores. Nous
plaQons alors l’ecaille sous le microscope et, sur la lame meme,
nous versons quelques gouttes de la solution d’extrait urinaire.
Nous assistons alors a toute 1’evolution du phenomene : les mela¬
nophores se presentent d’abord comrne de petits grains arrondis,
puis on les voit pousser des pseudopodes qui s’allongent, s’eta-
lent et se ramifient. On aboutit a d’elegantes figures etoilees
qui rappellent les cellules en araignee. Les melanophores attei-
gnent jusqu’a dix fois et plus leur surface primitive. Si la reac¬
tion est negative, la cellule pigmentaire ne change pas d’aspect
ou de fa§on tres peu marquee. II ne peut y avoir de discussion
sur le caractere positif ou negatif de la reaction. Elle a l’avan-
lage de s’operer sous les veux de l’observateur et en un temps tres
court.
La technique de preparation de 1’extrait urinaire inspiree des
travaux de Jores Velde est la suivante : 100 a 300 cm3 d’urine du
matin, fraichement recueillie, et traitee par de l’acetone a par¬
ties egales. Apres 24 heures de repos, decantation et centrifuga¬
tion. Le precipite est lave a l’acetone dilue de moitie avec, de
l’eau distillee. Nouvelle centrifugation ; dissolution du depot
dans l’alcool a 70° ; filtration et evaporation dans le vide. Le
residu est repris, dilue de moitie avec de l’eau distillee (5 cm3 en
tout).
MM. Binet, Verne et Mile Luxembourg ont applique cette
methode au diagnostic de la grossesse. Apres examen de multi¬
ples urines de sujets normaux ou malades (notamment de tuber-
culeux) chez lesquels la reaction est toujours negative, ils ont
enregistre 18 cas positifs sur 18 femmes enceintes examinees
aux diverses periodes de la gestation. Une seule cause d'erreur
existe : la reaction peut quelquefois etre positive quand 1’urine
est recueillie immediatement avant les regies, et, nous ajoute-
rons, immediatement apres.
Nous avons done applique cette methode a la fois si simple,.
SEANCE DU 27 JANVIER 1936
117
si precise et si demonstrative a la psychose maniaque depres¬
sive. Dans tous les cas d’acces maniaques typiques, survenant
chez des malades ayant eu plusieurs acces anterieurs, nous
avons trouve une reaction nettement positive. Nos recherches ne
portent pas seulement sur des femmes, mais aussi sur des hom-
mes. Ainsi done, cette reaction de grossesse apparait positive
cliez les maniaques des deux sexes. La reaction semble avoir son
maximum d’intensite au debut des acces, mais elle reste, en
general, nettement positive pendant toute la duree de la crise.
Chez une de nos malades, qui present e des acces a repetitions
frequentes, separes par des intervalles normaux de courte duree,
la reaction est positive durant l’acces, negative dans l’intervalle ;
nous avons constate par deux fois chez cette malade que la
reaction ne devenait positive qu’au deuxieme jour de l’agitation,
dent le debut est, il est vrai, tres rapide. Nous avons compare
cette reaction maniaque avec la reaction gravidique et nous
1'avons souvent trouvee plus intense. Nous l’avons egalement
confrontee avec la reaction obtenue a i'aide d’extraits hypophy-
saires, et e’est souvent aussi la premiere qui l’emportait. Notre
observation a porte sur 17 cas de manie intermittente ; nous
n’avons eu qu'un insucces chez une maniaque, atteinte d’une
maladie intercurrente grave, qui modiflait totalement le tableau
dinique. D’autres cas d’agitation assez voisins de la manie se
sont niontres negatifs. Ce sont : deux cas de manie chronique
datant de plusieurs annees, avec leger affaiblissement intellec-
■ tuel ; un cas de psychose presenile de type mixte sans acces
anterieur ; un cas ou le diagnostic etait hesitant entre manie et
hebephreno-catatonie ; un cas de psychose polymorphe degene¬
rative. Les cas d’agitation nettement symptomatiques, telles
qu’agitation confusionnelle, agitation catatonique ont ete nega¬
tifs. Nous insistons sur ce fait qu’une reaction negative ne sau-
rait etre tenue pour un echec s’il ne s’agit pas de veritable acces
maniaque chez un veritable intermittent sans etat organique
grave. Nous avons rimpression qu’il pourrait y avoir la un test
diagnostique entre l'excitation maniaque et les excitations symp¬
tomatiques.
Quatre melancoliques nous ont donne des reactions negatives ;
cependant, dans deux cas d’agitation anxieuse chez des malades
jeunes, nous avons observe la dilatation des melanophores. Nous
avons, de plus, examine les reactions de douze sujets normaux,.
homines et femmes ; nous avons experiments sur un nornbre
egal de malades mentaux de categories tres diverses (confusion,
delire hallucinatoire et interpretatif, hebephrenic, demences
118
SOCIETE MEMCO-PS YCH0L0G1Q UE
variees). Nous avons aussi examine les urines de migraineux et
d’asthmatiques. Toutes ces reactions ont ete negatives. Sur une
meme ecaille, nous avons pu, a plusieurs reprises, faire varier
dans un temps tres court, la reaction de la phase positive a la
phase negative et reciproquement, en utilisant alternativement
des extraits d’urine normale et d’urine maniaque : l’urine nor-
inale fait retracter les melanophores dilates, Purine maniaque
les fait Staler a nouveau. Nous avons varie nos experiences dans
les conditions les plus diverses ; nous avons recherche toutes les
causes possibles d’erreur. Nous signalons simplement, a nouveau,
qu’il faut Sviter de recueillir les urines immSdiatement avant
et immediatement apres la periode menstruelle. Tels sont les
resultats actuellement acquis ; nous ne presentons aujourd’hui
que ces premieres recherches. Elies ne portent encore que sur
un nombre de cas trop restraint, taut en ee qui concerne les
maniaques que les sujets normaux et que les autres malades
mentaux. Nous nous proposons notamment, ce que nous n’avons
pu faire jusqu’ici, d’examiner plus attentivement les epileptiques
et les revendicateurs hypomaniaques. Nous ne saurions done
apporter de conclusions definitives. Nous poursuivons notre
elude. Nous serio'ns tres heureux si l’on voulait bien experimen¬
ter cette methode et nous apporter les critiques quelle pourra
soulever. Cette reaction est simple, objective, a la portee de tous.
Sa verification est si nette qu’il ne peut y avoir de variation
depreciation. Pour le moment, nous constatons simplement que
cette nouvelle reaction, qui est consideree par ses auteurs, comme
specifique de la grossesse, se rencontre chez des malades men¬
taux et a peu pres exclusivement chez des maniaques.
M. Hamel. — Nous avons experiments avec Drouet la reac¬
tion des melanophores chez les epileptiques. Les resultats ont
ete parfois positifs, mais a une epoque oil on utilisait l’urine
totale. La discordance des resultats n’a pas permis de les
publier.
La seance est levee a 18 h. 15.
Les secretaires des seances,
P. Abf.ly et P. Carrette,
SOCIETES
Societe de Neurologie de Paris
Seance du jeudi 9 Janvier 1936
Presidence : M. TINEL, president
A propos des arachnoidites primitives sans lesions medullaires,
par M. Barre.
M. Barre rapporte l’histoire d’un malade atteint de douleurs intenses sans
troubles de la sensibilite objective au niveau du membre superieur et du
thorax. Le reflexe pilo-moteur etait plus marque a ce niveau, le liquide
cephalo-rachidien normal ; il n’existait pas d’arret a l’epreuve monometri-
que. Une laminectomie montra une arachnoi'dite. On fit la section des qua-
tre racines apres laquelle on remarqua l’hypoesthesie tres nette avec dimi¬
nution du reflexe pilomoteur. L’auteur fait remarquer la disparition des
troubles consecutive a 1’operation, et ITiypoesthesie apres section des quatre
racines. II conclut en outre que l’arachnoldite ne dependait pas d’une lesion
medullaire.
Sur les caracteres des douleurs fulgurantes du tabes,
par MM. Alajouanine, Thurel et Brunelli.
Syndrome de Claude Bernard-Horner par blessure intra-orbitaire et
signe d’Argyll-Robertson traumatique, par MM. Laignel-Lavastine et
Jean Voisix.
Les auteurs presentent un ouvrier de 57 ans, blesse par un eclat de metal
qui, par la partie interne de la paupiere superieure, a penetre profondement
dans I’orbite.
120
SOCIETES
Le syndrome de Claude Bernard-Horner fut typique apres resorption de
l’hematome orbitaire. II doit etre rapporte a une lesion des filets sympathi-
ques qui accompagnent le nerf optique. Ce nerf fut sectionne par l’eelat,
comme le prouve l’examen du fond de l’mil ; cet eclat est localise par la
radiographie au sommet de l’orbite.
Bien que les pertes du reflexe photomoteur soient expliquees par la section
du nerf optique, la dissociation constatee entre le reflexe consensuel aboli
et la reaction inverse normale a 1’accommodation a la convergence, doit etre
regardee comme 1’analogue d’un signe d’Argyll-Robertson traumatique.
Presentation d’un cas de maladie de Steiner par MM. Claude et Coste.
MM. Claude et Coste pfesentent un cas de myopathies myotoniques avee
malformations faciales et maxillaires, chez un malade debile mental atteint
de troubles endocriniens : calviti'ff, testicules minuscules et acrocyanose pro-
noncee. II existait une pseudo-hypertrophie des jumeaux avec grosses nodo-
sites douloureuses dans le jumeau externe.
La radiographie montre une petite selle turcique irreguliere.
Ce malade ne presentait pas de trouble thyroidien ou paratbyroidien, mais
reagissait d’une facon exageree a l’epreuve hypophysaire.
Les auteurs discutent les rapports de ce syndrome avec les lesions des
regions hypophysaires et hypothalamiques.
A propos du reperage radiographique du rocher dans les tumeurs de la
huitieme pairs. (Presentation de radiographies), par M. Clovis Vincent.
M. Clovis Vincent apporte de nouvelles precisions sur la technique qui fit
deja l’objet d’une communication lors de la derniere seance.
Un cas d’ablation partiel du lobe frontal sans troubles de Tequilibre,
par AIM. A. Thomas, Th. ds Martel et Guillaume.
Presentation d’un malade atteint de crise d’epilepsie et faisant des fugues,
sur qui une operation frontale fut pratiquee a deux reprises. Actuellement,
malgre la grosse destruction de la region frontale, le malade ne presente
aucun signe cerebelleux, aucun trouble praxique. On ne note qu’une hypo-
excitabilite vestibulaire bilaterale.
Discussion. — M. Vincent souligne que ce fait confirme ce que M. Barre et
lui-meme ont deja soutenu.
M. Barre rappelle egalement qu’il n’a jamais vu de troubles ataxiques ou
cerebelleux apres ablation du lobe frontal, et que cette question est entiere-
ment a revoir. II rappelle egalement que l’hypoexcitabilite vestibulaire est
frequente dans les lesions cerebrales anciennes.
Myoclonies rythmees velo-pharyngo-laryngees et myoclonies
squelettiques, par MM. O. Crouzon et Jean Christophe.
Les auteurs presentent une malade chez laquelle ils ont pu constater, au
cours d’un syndrome pseudo-bulbaire et cerebelleux, d’origine protuberarf-
SOCIETES
121
tielle, l’apparition de myoclonies rythmiques et synchrone's velo-pharyngo-
t'acio-laryngees bilaterales et de myoclonies ' oculaires et squelettiques uni-
laterales. Les auteurs discutent l’identite de nature des deux syndromes
myocloniques et tentent de preciser le siege des lesions et des degenerations
responsables de la symptomatology observee.
Symptomatologie de l’hemorragie du thalamus, par M. J. Lhermitte.
A propos d’un cas de syndrome thalamique post-apoplectique, l’auteur pre¬
cise les caracteres cliniques qui permettent de differencier les lesions mala-
ciques et hemorragiques de la couche optique. Les premieres s’expriment
par une hemiplegie massive et brutale doublee d’hemianesthesie et d’aphasie
et souvent d’une periode comateuse prolongee. Plus ou moins vite les phe-
nomenes paralytiques et aphasiques se reduisent ou se dissipent complete-
ment, ainsi que le montre l’auteur a propos d’un cas personnel. Les troubles
de la sensibiJite demeurent souvent profonds mais menagent les muqueuses
orificielles ainsi que les zones tegumentaires avoisinantes. Quant aux dou-
leurs, tantot celles-ci se manifestent, Lin tot elles font defaut completement,
comme dans le present cas. II semble que l’absence de douleurs specify une
alteration destructive massive du thalamus.
Etude anatomo-pathologique de l’encephalite japonaise,
par MM. Ivan Bertrand et Iv. Miyashita.
Ces auteurs montrent les caracteres differentiels de l’encephalite japo¬
naise et de l’encephalite de von Economo. Dans l’encephalite japonaise, a
cote des lesions poliencephalitiques et poliomyelitiques, on trouve des
foyers dissemines de demyelinisation, a rapprocher de ceux de la sclerose
en plaques aigue. On remarque, en outre, des foyers necrotiques destructifs.
Maladies de Schilder, par MM. Jacques de Massary et R. Albeissar.
Les auteurs rapportent l’observation d’une malade agee de J1 ans qui fut
atteinte, en octobre 1932, de faiblesse des membres inferieurs, de maladresse
des membres superieurs, avec troubles mentaux a type d’indifference et de
puerilisme. En six mois, ces symptomes initiaux se transformerent en para-
plegie spasmodique intense, avec troubles oculaires hemianopsiques par
decoloration papillaire, apraxie, aphasie et demence complete. La ponction
lombaire fut entierement negative et la mort survint en mars 1933 par
eschare fessiere avec infection secondaire et crise d’agitation maniaque.
. L’examen histologique revela l’existence de zones tres etendues de demye-
linisation des centres ovales et de reaction nevroglique marquee, ce qui per¬
mit de porter le diagnostic de Maladie de Schilder. A ce sujet, les auteurs
insistent sur l’autonomie nette, du point de vue clinique et anatomique, de
cette curieuse et rare affection.
Discussion. — M. Bertrand compare ces cas aux encephalites demyelini-
santes a petits foyers, type vaccinal.
M. Lhermitte insiste sur les caracteres particuliers de la demyelinisation
due a Revolution rapide de la maladie.
122
SOCIETES
L’aetion neurolytique du venin d’abeilles. — Etude experimentale,
par MM. J. Lhermitte et HaskovkcI
Depuis plusieurs annees le venin d’abeilles est employe couramment en
therapeutique, mais l’action de ee venin sur le systeme nerveux est mal
connue. Les auteurs ont injecte de l’extrait du venin deproteine sous la peau
et dans le sang de lapins sans provoquer de reactions, a moins d’employer
des doses incomparables avec celles que l’on utilise chez 1’homme. Au
contraire, 1’introduction de venin dans la citerne sous-occipitale determine
de violentes et durables crises convulsives suivies de mort du sujet. Chez
un lapin ayant survecu 18 heures, 1’etude histologique a permis de constater
l’existence de degenerescences des neurones de la moelle, du cortex et des
cellules de Purkinje, du cervelet, du type des alterations aigues de Nissl.
D’autre part, les auteurs ont recherche si l’injection para-nerveuse de
venin provoquait des plienomenes qui puissent etre rattaches a une atteinte
des fibres des nerfs peripheriques ; il n’en est rien. Mais si 1’on injecte le
venin directement dans le nerf sciatique on provoque des degenerations im-
portantes.
En resume, 1’introduction du venin d’abeille directement dans les centres
nerveux ou dans les troncs peripheriques met en evidence une propriety neu¬
rolytique tres nette dont on pourra sans doute tirer parti en therapeutique.
Discussion. — M. Bertrand rappelle qu’il a etudie l’action neurolytique du
venin de cobra. Les resultats anatomiques etaient nuls, fait qu’il explique
par I’action trop rapide de ce poison.
Un cas de pupille excentrique chez un malade atteint de
neo-formation basilaire, par M. Garcin.
M. Garcin rapporte le cas d’un malade presentant de l’exophtalmie, une
reaction pupillaire tonique a la convergence et une pupille excentrique varia¬
ble. II suppose que la neoformation basilaire dont ce malade est atteint a
successivement touche les nerfs ciliaires longs, puis les nerfs ciliaires courts.
L’auteur rappelle en outre les trayaux de Piltz a ce sujet.
Syndrome adiposo-genital et acromegalie, par M. David.
Polynevrite neuro-anemique des membres superieurs,
par MM. H. Roger et Jean Olmer.
Chez une malade revenant des colonies, une anemie de 2.800.000 globules
rouges d’origine indeterminee s’accompagnant d’une paresie des membres
superieurs predominant dans le territoire des radiaux a retrocede rapide-
inent par l’hepato et la gastrotherapie. A noter 1’existence au debut de revo¬
lution de quelques troubles psychiques (forme fruste de syndrome de Kor¬
sakoff).
M. Leconte.
SOCIETES
123
Seance tin Jeudi 23 Janvier 1!)16
Presidence : M. TINEL, president
Le faisceau rubrospinal chez l’homme, par M. Andre-Thomas.
L’auteur rapporte le cas d une tumeur de la region pedonculaire (heman-
giogliome) ayant envahi la calotte et respecte le pied. Lesions graves des
deux noyaux rouges, des rubans de Reil (lateraux et medians), des deux
deux noyaux de la III' paire, du pedoncule cerebelleux superieur droit, des
faisceaux longitudinaux posterieurs ; prolongement a droite dans la par-
tie superieure de la calotte protuberantielle, en haut dans la region sous-
thalamique et thalamique. Coloration par la methode de Marchi. Degene¬
ration descendante totale avec corps granuleux nombreux dans le faisceau
central de la calotte, des deux cotes. Aucuri grain noir ni aucun corps gra¬
nuleux dans les regions traversees par le faisceau rubro-spinal chez l’ani-
rnal et par les fibres degenerees signalees par quelques auteurs chez
l’homme, a la suite de lesions de la calotte protuberantielle.
Discussion de l’existence, de la Constance et de l’importance de ce fais¬
ceau chez l’homme.
Etude des modifications des meninges dans certaines maladies du systeme
nerveux central, par AIM. Ala.iouink et Hornet.
Etude anatomo-clinique d’un cas d’eclampsie
par MM. Alajouine et Hornet.
Les auteurs rapportent l’etude anatomique d’un cas d’eclampsie, survenue
neuf jours apres l’accouchement. L’examen anatomique a montre 1111 pro¬
cessus de vaso-dilatation avec stase circulatoire et hemorragie meningee
secondaire. Les auteurs insistent sur le trouble vaso-moteur, cause pro¬
bable de l’eclampsie.
Neurinomes multiples (gliomes peripheriques developpes exclusivement
sur le territoire du nerf sciatique), par MM. P. Sainton et J. Lhermitte.
Observation d’un malade chez lequel se sont developpees successivement
des tumeurs siegeant entre les fascias et le tegument et s’echelonnant depuis
la fesse gauche jusqu’au pied. La tumeur primitive du pied est apparue
trente ans avant les autres neoformations et est restee indolore. Les
tumeurs occupeut exactement le trajet de certaines branches du nerf scia¬
tique: nerf cutane posterieur, musculo-cutane, branche cutanee peroniere du
sciatique poplite externe. Ablation de deux tumeurs et etude anatomique.
Celle-ci montre la structure typique des neurinomes.
124
SOCIETES
Le probleme qui se pose est de savoir s’il s’agit d’une neoformation a
point de depart polycentrique ou de metastase sur un territoire nerveux
peripherique. On sait, en effet, que Lhermitte et Guccione ont montre que
les neurinomes pouvaient essaimer dans l’axe cerebrospinal et determiner
une neurogliomatose centrale. En est-il de meme dans le systeme nerveux peri¬
pherique ? Le fait que les tumeurs sont (Page different, que pendant fort
longtemps la tumeur du pied est restee solitaire, enfin et surtout que ces
neoplasies sont strictement cantonnees dans le systeme sciatique, consti¬
tuent des arguments favorables a 1’hypothese de metastases multiples.
Ramollissement hemorragipare d’origine veineuse chez un enfant attaint
de malformation cardiaque, par J. Lhermitte, J. Lereboullet et Kaplan.
Chez un enfant de 14 mois, presentant une atresie de l’artere pulmo-
naire avec communication interventriculaire survient, au cours d’une asys-
tolie, une hemiplegie droite complete. Apres retrocession legere des phe-
nomenes paralytiques, 1’enfant succomba. A 1’autopsie, on decouvre l’exis-
teuce d’une hemorragie massive infiltrant tout le lobe temporal gauche.
Les veines cerebrales superfieielles sont thrombosees. Histologiquement, il
s’agit d’un ramollissement hemorragique qui s’associe facilement a la
necrobiose cerebrale. Ce cas montre que la stase veineuse et la thrombose
sont a l’origine du ramollissement, et que les malformations cardiaques tel-
les l’atresie pulmonaire peuvent entrainer indirectement les plus graves
desordres dans la circulation encephalique.
Incrustations des cellules corticales dans la choree chronique non
huntingtonienne, par MM. J. Lhermitte et J.-O. Trelles.
Dans un cas de choree survenue soudainement et dont Involution s’est
poursuivie pendant de longues annees, les auteurs ont constate, a c6te de
lesions putaminales, 1’existence d’une variete d’alterations des cellules cor¬
ticales assez particulieres. Dans les circonvolutions precentrales, les cel¬
lules pyramidales et speeialement les cellules de Betz apparaissent enve-
loppees de gros' grumeaux tres chromatophiles spherules ou filamenteux, les-
quels se prolongeaient sur les expansions dendritiques. Les cellules ner-
veuses atteintes offraient tous les traits de la degeneration grave de Nissl,
ainsi qu’on 1’observe dans les maladies a evolution rapide.
De plus, les cellules nevrogliques proliferees laissaient reconnailre les
memes incrustations.
La lesion decrite ne figure pas dans le tableau anatomique precis aujour-
d’hui de la choree de Huntington.
Troubles dementiels. — Signe d’Argyll-Robertson sans syphilis ner-
veuse. — Syndrome deitero-spinal avec areflexie vestibulaire par
arteriolite et veinulite intra-cerebrale en zones, par M. le Prof. J.-A.
Barre, Mile S. Rousset et C. d'ANDRAOE.
Ces auteurs rapportent l’etude anatomo-clinique d’une femme de 61 ans
qui presentait, en outre des faits signales dans le titre, un spasme des rele-
veurs des paupieres. Ils montrent, pieces en mains, la superposition etroite
entre les troubles nerveux et la topographie des lesions des arterioles et
des veinules de l’encephale qui existaient dans la zone frontale, dans la
SOCFETES
125
calotte pedonculaire et dans la calotte protuberantielle. Des coupes seriees
out montre qu’il n’existe qu’un seul tout petit foyer de ramollissement
dans la profondeur de la protuberance et que les grosses arteres, les grosses
veines etaient a peu pres totalement intactes.
Ce cas s’inscrit a la suite de ceux oil l’Argyll-Robertson typique, non
syphilitique, a ete rattache a des lesions verifiees de la region de la calotte
pedonculaire. II pourra servir a localiser le centre des lesions du spasme
tonique des releveurs des paupieres, et par ailleurs justifier l’idee que
l’ataxie, dite frontale, reconnait comme cause reelle des lesions extra-
frontales qui portent sur les voies de Pequilibration.
Paralysie flasque au cours d’un cancer de la prostate
par MM. Lhermitte et Beaudoin.
Les perivascularites dans les affections nerveuses inflammatoires,
par MM. Ivan Bertrand et K. Miyashita.
Les perivascularites dans les affections nerveuses degeneratives,
par MM. Ivan Bertrand et K. Miyashita.
M. Leconte.
Societe de Medecine IVIentale de Belgique
Seance du 21 Decembre 1935
Presidence : M. ALEXANDER, president
Augmentation considerable du volume du crane chez une adolescente ;
troubles psychiques et epilepsie ; discussion du diagnostic, par MM. H.
Baonville, J. Ley, A. Meyers et J. Titeca.
Presentation d’une jeune fille de 25 ans, sans antecedents pathologiques,
dont le developpement somatique et intellecluel a ete normal jusqu’a Page
de 15 ans. A cette epoque on a constate une augmentation progressive du
volume du crane, sans autres troubles. A 17 ans, la nialade devient inatten¬
tive, r^veuse, apathique ; la memoire diminue. Elle parvient neanmoins
a obtenir son diplome final d’etudes greco-latines a 18 ans. Peu de temps
apres apparaissent des crises epileptiques, et les troubles meniaux s’aggra-
vent. Actuellement, l’examen met en evidence de gros troubles de fatten-
126
SOCIETES
tion et de la memoire ; le jug'cment est pueril ; il existe des troubles du
caractere et du comportement ; les accidents comitiaux persistent. A part
une augmentation considerable du volume du crane predominant sur la
region occipitale, les examens somatiques et serologiques ne revelent aucune
anomalie. II n’existe aucun signe clinique d’hypertension intracranienne.
Au point de vue endocrinien,: les epreuves fonctionnelles fournissent des
resultats normaux. Seule la radiographie montre un aspect tres net d’hyper¬
tension intracranienne : elargissement des sutures, depressions intra-
craniennes tres marquees, selle turcique fortement elargie. La ventriculo-
graphie n’a pu etre pratiquee. Les auteurs discutent le diagnostic, emet-
tant 1’hypothese d’une hypertension intracranienne de cause probablement
tumorale et a evolution tres lente.
Recherche du virus tuberculeux dans le liquide cephalo-rachidien et le
sang de dements precoces atteints de tuberculose non nerveuse, par
M. Beerens.
Dans des recherches tres precises, effeetuees sous la direction du pro-
fesseur R. Nyssen, au moyen des techniques bacteriologiques les plus
recentes, l’auteur a examine le sang et le liquide cephalo-rachidien de
douze dements precoces averes, dont un certain nombre etaient atteints de
tuberculose. Dans aucun cas le virus tuberculeux n’a pu etre mis en evi¬
dence ; toutes les inoculations et reinoculations a des cobayes sensibilises
par les extraits bacillaires sont restees negatives. L’auteur resume les
resultats concordants de toute une serie de recherches recentes sur le
meme sujet, et montre que sans exclure d’une maniere absolue la possi-
bilite d’une etiologie tuberculeuse dans certains cas de deinence precoce,
on doit admettre que les resultats positifs obtenus par certains auteurs ne
permettent aucune conclusion.
Recherches comparatives sur le sang de malades agites non soumis a un
traitement par la dietylmalonyluree, par M. A. Leroy.
L’examen de la formule sanguine et de la teneur du sang en hemoglobine
chez des malades chroniques agites n’ayant jamais ete traites par la diethyl-
malonyluree, montre qu’on rencontre dans ces cas, avec la meme frequence
que chez les malades traites depuis plusieurs annees par ce medicament,
un certain degre d’anemie. On ne peut done accuser le medicament d’etre
la cause de ces modifications sanguines.
SOCIETES
127
Societe Beige de Neurologie
Seance du 21 Decembre 1935
Presidence : M. R. LEY, secretaire general
Le traitement du parkinsonisme post-encephalitique, par M. R. Ley.
L’auteur presente un film cinematographique pris dans le service du
professeur Negro a Turin, relatif au traitement du parkinsonisme post-
encephalitique par de nouveaux extraits de racine de belladone. Ceux-ci
agissent surtout sur la rigidite, parfois aussi sur le tremblement, et sont
superieurs aux produits utilises jusqu’a present dans la therapeutique de
cette penible affection.
Un cas atypique de myotonie atrophique, par M. L. Massion-Verniory.
Presentation d’une femme de 10 ans, sans antecedents pathologiques
personnels ou familiaux, dont 1’affection evolue depuis vingt ans et a
debutc par une difficulte de la decontraction musculaire, augmentee par le
froid. II y a dix ans est apparue une faiblesse progressive des quatre mem-
bres. II existe une atrophie musculaire predominant a la racine des mem-
bres et atteignant certains muscles du cou et de la face. On ne releve pas
de troubles trophiques autres qu’une certaine obesite du tronc et de la
racine des membres. La decontraction musculaire est lente ; il existe une
reaction myotonique a la percussion de certains muscles, mais pas de reac¬
tion myotonique des pupilles. Tous les reflexes tendineux sont abolis.
L’examen du cristallin revele la coexistence d’une cataracte ponetuee cor¬
ticate du type Vogt et d’une cataracte stellaire du pole posterieur du type
Fleicher.
L’auteur pense que ce cas atypique represente une transition entre la
myopathie et la nialadie de Thomsen.
Insuffisance motrice avec syndrome myotonique chez un debile mental,
par MM. Divry et Evrard.
Presentation d’un gargon de 15 ans, retarde intellectuel, presentant un
etat de debilite motrice avec lenteur de la decontraction musculaire des
mains ; il existe une reaction myotonique a la percussion de certains mus¬
cles extenseurs des doigts. Du cote oculaire, l’examen ne revele rien de
SOCIETES
particular, mais la mere du sujet qui, par temps froid, presente, aussi des
troubles discrets de la serie myotonique, est atteinte d’une cataracte stel-
laire du type Fleischer. D’autre part, elie a un neveu qui presente egale-
ment des troubles musculaires, mais qui n’a pu etre examine. II s’agit
d’un syndrome myotonique partiel a caractere hereditaire.
Crise de rire spasmodique immediatement avant le deces ; autopsie ;
hemorragie thalamique double, par M. Andeksf.n.
Une femme de 58 ans, devenue pseudobulbaire a la suite de petits ictus,
dont le premier est survenu a 35 ans, presente une legere astasie-abasie,
un signe de Babinski bilateral, du rire et du pleurer . spasmodique. Brus-
quement, elle prefcente un ictus atypique : elle se plaint d’abord d’un bruit
terrible dans les oreilles, puis ne parvient plus a parler, mais reste cons-
ciente. On constate une paralysie du regard vers le bas, puis la malade est
prise d’un rire spasmodique inextinguible qui dure pres de deux heures ; la
face est cyanosee, il existe un etat asphyxique. L'e coma s’installe brus-
quement et la malade meurt quelques heures apres.
A l’autopsie, on trouve de petits foyers de ramollissement dissemines
dans les deux hemispheres et les ganglions de la base sont detruits par
des hemorragies recentes atteignant surtout les deux thalamus. II y a inon-
dation ventriculaire.
Contrairement aux crises de rire et de pleurer spasmodiques, que la
malade presentait anterieurement, la crise de rire survenue au moment de
la destruction bilaterale du thalamus a ete independante de tout facteur
emotionnel ; c’etait une succession rapide d’expirations forcees, qui repre-
senteraient le mecanisme isole du rire.
ANALYSES
JOURNAUX ET REVUES
HISTOIRE DE LA MEDECINE
Hippocrate philosophe (Les sources philosophiques de ses aphorismes),
par le Dr M. Klippei. ( Hippocrate , Revue d’Hurtianisme medical, octobre 1935,
pages 610-622).
Le procede de l’induction, rapide ou lente, etabli par la philosophie d’Hip-
pocrate, et conduisant au diagnostic, est d’un usage constant en medecine
pratique. II est par la indiscutable que les lointains suceesseurs du Maitre
se rattachent encore a lui par des liens etroits.
M. Klippei montre ici qu’Hippocrate a enseigne la medecine par la
philosophie. Le medecin-philosophe est, d’apres Hippocrate, egal a un
Dieu. II en a ete lui-meme le rnodele le plus parfait : 1° par les tendances
innees de son esprit philosophique dans les jugements d’une rare pene¬
tration qu’il porte a toute occasion, dans la clarte de ses tommies coneises ;
2° parce qu’il emprunta a des philosophes, qui etaient en meme temps plus
ou moins medecins ; 3° par les principes generaux qu’il a demandes a la
philosophie elle-meme, principalement dans l’etablissement de sa doctrine
medicale, en ce qu’elle offre de plus genial.
Dans ce qu’elle a de plus general, cette methode se resume en l’observation
unie au raisonnement. Avec Hippocrate, Pinduction est un procede defini et
denomme. Ses cinq preceptes fondamentaux: « la vie est conrte, Vart est long,
I’occasion est fugace, Vexperience est trompeuse, le jugement est difficile »
sont d’une antiquite certaine, mais les sophistes les avaient develcppes,
leur donnant un caractere pejoratif tendant a etablir l’impuissance humaine
et a donner plus de force a leur doctrine.
M. Klippel indique les sources de la theorie des quatre humeurs (sang,
bile, phlegme, atrabile), dont le nombre a pour consequence logique celui
des temperaments et dont les proportions fixes sont, pour Hippocrate, les
conditions de l’etat de sante : l’irregularite de l’une d’elles correspond a
l’etat de maladie. A Parmenide d’Elee, et par lui a Heraclite, Hippocrate a
emprunte cette notion que les temperaments, issus des humeurs, ont une
influence sur le moral et modifient la pensee.
Avec lui, la medecine cessa d’etre un art divin. II a etabli les rapports
Ann. Med.-psych., XV' see if., 94'' an nee, t. I. — Janvier 1936. 9.
130
ANALYSES
de I’organisme, so it dans Petat de sante, soit dans 1’etat de maladie, avec
les conditions du milieu extirieur, substituant ainsi les causes naturelles
aux causes divines. Or, son « vitalisme » est l’application a la medecine des
preceptes que les philosophes d’lonie avaient admis pour 1’ensemble des
etres vivants.
Si, d’une fa§on generale, la designation des jours critiques a sa source
dans les nombres de Pythagore, Hippocrate a etabli, suivant sa propre
methode, certaines periodes regulieres qui echappent a ce que nous savons
des nombres sacres de Pythagore, s’ecartant ainsi en partie des dogmes de
la philosophie.
De toute l’oeuvre hippocratique, la conception de la nature medicatrice
apparait comme le point de vue le plus genial. Elle est liee a la fagon dont
Hippocrate a considere l’organisme et la force vitale qui I’anime. Or, la
force vitale d’Hippocrate ne differe pas de celle des philosophes . natura-
listes. La fagon dont il a compris Paction de I’organisme est conforme a
l’explication qui est attribute a Thales lorsqu’on lui fait dire que la nature
est intelligente et inconsciente. La defense de Porganisme a plus d’impor-
tance que la cause de la maladie ; le medecin ne fera que favoriser l’effort
curateur de la nature et il devra prendra grand soin de le respecter. « La
nature est le premier des medecins », dit une parole antique et, s’il est
douteux que cette phrase soit d’Hippocrate lui-meme, elle est, £crit M. Klip-
pel, la formule lapidaire qui resume sa doctrine:
Rene Charpentjeh.
PSYCHIATRIE
L’anxiete. Sa nature et son traitement. (Anxiety : Its Nature and Treat¬
ment), par Henry Harris. The Journal of Menial Science. T. LXXX, n° 330 et
331, pp. 482-512 et 705-715, juillet et octobre 1934.
Le probleme de l’anxiete est complexe car il implique des circonstances
emotionnelles speciales auxquelles participent l’individu, son milieu, des
perturbations psychologiques et physiologiques. Il est impossible de tout
ramener a un trouble vegetatif initial ou a une desadaptation psycliique.
L’interpretation de M. Harris tient compte du desequilibre des tensions qui,
chez l’anxieux, entretient des conflits de quatre ordres. Ges conflits indi-
quent la nature des troubles et les directives du traitement : le probleme
psychologique individuel requiert les ressources de la psychanalyse ; la
desadaptation sera combattue par l’orientation des energies defaillantes ;
I’etat de tension et de spasme demande un essai de retablissement de l’in-
tegrite viscerale et endocrinienne ; enfin le dereglement physiologique
exige la correction des metabolismes troubles.
P. Carrette.
Remarques sur le probleme des psychoses symptomatiques (Bemerkungen
zur Problematik der symptomatischen Psychosen), par I. Gottschick.
Monatsschrift fur Psychialrie and Neurologie, Vol. 91, fasc. 2, 1935.
L’aspect clinique d’une psychose symptomatique ne depend pas de Paffec-
tion somatique causale. Aussi l’identification de « types » plus ou moins
hombreux, deja critiquable a d’autres points de vue, n’est d’aucune utilite
ANALYSES
pour la solution du probleme pathogenique. Celui-ci est le meme pour tou-
tes les psychoses symptomatiques, sans consideration de la maladie causale
ni de la forme clinique. Mais 1’opinion courante d’une atteinte toxique dcs
centres cerebraux doit etre rejetee. L’auteur — qui a traite deja anterieure-
ment le probleme, a propos des psychoses d’origine cancereuse, dans sa
these (Hambourg, 1934) — invoque une reaction speciale, reversible, dans
le sens de Fhypofonctionnement, de certaines cellules corticales tres sensi-
bles a l’egard des maladies somatiques. La predisposition, des facteurs phy-
siologiques ou pathologiques passagers, pourraient jouer le r61e de « chai-
nons etiologiques intermediaires ». La reaction ganglionnaire corticale
determine un trouble de la conscience, perturbation primordiale et constante
de toutes les psychoses symptomatiques, dont toutes les autres manifesta¬
tions sont la consequence directe ou indirecte.
E. Baueh.
Des rapports etio-pathogeniques entre le cancer et les maladies mentales
(Sui rapporti fra il cmcro e le malattie mectali), par Giuseppe Bianchi
(de Novara). Giorn. di Ps. e N., 1934, n° 3.
L’auteur conclut, comme ceux dont il donne les references bibliographi-
ques, qu’il n’y a pas de rapport entre le cancer et les maladies mentales.
Henri Ey.
Phenomenes de depersonnalisation dans les maladies cerebrales
(D jpersounalisationserscheinungen bei Hirnerkrankungen), par B. Frank
(de Dnjepropetrowsk)'. Zeitschr. f. d. ges. Neuro. mid Psych., Tome CXL1X,
p. 563 a 582.
Relation de trois observations assez intereSsantes. La premiere est celle
d’un ingenieur de 56 ans qui presente un syndrome d’aphasie apres ictus
apoplectiforme. — Dans la seconde, il s’agil d’une femme de 45 ans qui pre¬
sente egalement une phase de coma apoplectique et consecutivement un syn¬
drome aphasique. — Enfin, dans la troisieme observation, l’auteur rapporte
le cas d’un traumatisme avec perte de connaissance chez un jeune homme
de 23 ans. Dans revolution des troubles de ces malades, l’auteur a rencontre
un syndrome de depersonnalisation, d’etrangete qui s’integrait dans l’en-
senrble des troubles neuro-psyehiques.
Henri Ey.
De l’indigence intellectuelle (Ul)er den Sell wachsi nil), par Ewald. Munchener
medizinische Wochenschrifl, 1935, n" 33.
Le nombre total des oligophrenes existant en Allemagne peut etre evalue
a 300.000, dont 200.000 cas d’oligophrenie . hereditaire. L’heredite dominante
a ete observee parfois, mais le plus souvent il s’agit d’heredite recessive
dihybride. En cas d’oligophrenie d’un des parents, un tiers a la moitie des
enfants en sont egalement atteints ; si les deux parents so.nt des arrieres,
90 p. cent des enfants le sont. Les resultats du traitement et de I’education
sont decevants ; seule la sterilisation, en contribuant a faire diminuer le
nombre des arrieres, promet un resultat social utile.
E. Bauer.
132
ANALYSES
La psychose catatonique primitive de 1'idiotie (The primitive Catatonic
Psychosis of Idiocy), par C. J. C. Earl. The British Journal o/ Medical Psy¬
chology. T. XIV, n° 3, pp. 230-253, 23 octobre 1934.
Une psychose catatonique primitive est decrite chez les idiots. Le syn¬
drome comprend 3 groupes de manifestations : des signes de deterioration
par perte des habitudes elementaires ; des signes de catatonie, tantot avec
catalepsie typique, tantot sous forme de simple hyperkinesie, les phenome-
nes psychomoteurs revetant les caracteristiques des stereotypies dans le
sens de Klasi, plutot que des monotypies ordinaires des idiots ; enfin des
signes de dissociation emotionnelle : rires et pleurs sans motifs apparents,
impulsions. Le syndrome catatonique a ete observe par M. Earl dans les
divers types d’idiotie : mongolisme, forme simple, encephalopathies, demence
infantile. II survient de preference avant la puberte et correspond plutot au
stade de maturite intellectuelle qu’a celui de maturite sexuelle. Du point
de vue du concept schizophrenique, il s’agit d’une reaction de type psyeho-
moteur et non de type symbolique.
P. Carrette.
Position actuelle des problemes de la demence preeoce et des etats
schizophreniques, par Henry Ey. l.'Evoliilion Psychiatrique, fasc. 3,
pp. 3-24, 1934.
Les syndromes que M. Ey designe sous le nom de « psychoses discox--
dantes » different de la demence, des etats confusionnels, des dysthymies.
Elies peuvent se developper au cours de processus tels que la tuberculose
ou la syphilis, etre une reaction a des processus degeneratifs. Elies ne sont
pas constitutionnelles et ne sauraient trouver leur explication dans les
theories psychogenetiques. Les psychoses discordantes ne se superposent
pas exactement a la demence pi-ecoce. Leur expression revet deux formes
typiques : la schizophrenic delirante et une partie du groupe des para-
phrenies, la schizopra.xie, forme voisine de l’hebephreno-catatonie.
P. Carrette.
Les recherches vegetatives dans la schizophrenic par la technique de
Danielopolu (Las pruebas vegetativas en la esquizofrenia siguiendo la tecnica
de Danielopolu), par N. Ancochea et C. Rcdtigcjez Cuevillas. Archivos de
Medicina, Cirugia y Especialidades. T. XXXVII, n° 40, pp. 1103-1110, 6 octo¬
bre 1934.
L’atropine exerce une action amphotrope. Les l’echerches de Danielopolu
portent sur la tachycardie orthostatique, le vague etant intact, et l’emploi
de l’atropine a doses successives pour verifier son influence sur le coeur et
le vague. Appliquees au sehizophrene, elles inontrent que l’etat habituel est
hypo-neuro-vegetatif avec de courtes pei'iodes d'irritabilite sympathique.
La faible reaction aux stimulants correspond a une veritable anei-gie vege¬
tative, a une debilite fonctionnelle pi-esque constante.
P. Carrette.
ANALYSES
133
Le dessin des schizophrenes (Das Zeichnen Scbizophrener), par Petec-
Emil Becker (Hambourg). Zeitsch. /'. d. g. Neuro. und Psych.,
Tome CXLIX, p. 433 a 489.
Cette veritable monographic puise son originalite dans son inspiration
rigoureuseme.nt positive. Becker ne veut pas repeter les innombrables spe¬
culations qu’a suscitees le probleme de Part dans ses rapports avec la folie.
Le but qu’il se propose et qu’il a atteint est une etude quasi-experimen-
tale de la fagon de dessiner des schizophrenes. II a d’abord etudie le des¬
sin commande, e’est-a-dire la reproduction d’un modele comportant quatre
figures sehematiques dont trois purement ornementales et geometriques.
11 a compare avec la production de 29 hommes et de 12 femmes de condi¬
tion normale, les dessins de 75 schizophrenes soumis aux memes epreu-
ves. De plus, le travail repose sur l’analyse de productions spontanees de
deux schizophrenes dont Pun dessinait et commentait ses dessins en pre¬
sence de l’auteur. La reproduction des modeles a revele des alterations
importantes liees aux processus de condensations, de stereotypies et aussi
a une part positive, pour ainsi dire reactionnelle de la pensee des schizo¬
phrenes. II existe en effet chez ces malades un besoin de compenser la
defaillance du dessin. Les oeuvres spontanees manifestent egalement la
substitution des fonctions de derivation, de symetrie a la creation venta-
blement synthetique (a laquelle preside comme le veut Schleiermacher
1’acte de la « connaissance », la « Besinnung »). II n’y a jamais, dit
Becker de vrai dessin, d’ensemble, developpant une finalite unique
d’expression chez le schizophrene. II n’y a qu’une mosaique, des series,
des juxtapositions. Aussi l’auteur invoque-t-il souvent les analogies de
ces productions morbides avec l’entrelac vague et rythmique de lignes
par lequel s’expriment la distraction, la revasserie ou la captation de
l’attention qui libere le dessin automatique, fleuri, ornemental et sene.
Une bibliographic des travaux parus depuis ceux de Prinzhorn et Particle
de Burger Prinz (in Bumke) qui contiennent toutes les indications jus-
uu’en 1919 et 1932, comping ce travail methodique tres utilement illustre.
1 Henri Ey.
NEUROLOG1E
Recherches heredopathologiques sur la choree de Huntington, dans une
population paysanne suedoise (Vererbungsmedizinische Untersuchungen
fiber Huntington’s Chorea in einer schwedischen Bauernpopulation), par
Forsten Sjogren. Zeitschrift far menschliche Vererbungs- und Konstilniioni *-
lehre, Vol. 19, fasc. 2.
La frequence des cas de choree d’Huntington parmi les populations de
deux paroisses voisines, tres isolees, de la Suede septentrionale, a suggere
une enquete sur les ancetres qui a permis de depister 88 cas typiques de la
maladie, dans l’espace de deux siecles. 50 cas descendent d’un meme couple
d’ancetres, 27 cas d’un autre couple, les 11 cas restants de trois couples
differents. Mais les ancetres de ces 5 couples ayant eux-memes reside dans
des hameaux avoisinants de la meme paroisse, il est permis de supposer
qu’ils appartenaient a une meme souche. II est tris probable que 1 heredite
de la choree d’Huntington revet le type dominant monohybnde^
134
ANALYSES
Compressions medullaires dans la neurofibromatose, par 0. Ckouzon et J.
■Chris ropHE. Le Monde M dical, u° 857, pp, 1049-1053, 15 decembre 1934.
On syndrome diffus l-appelant celui de la sclerose laterale amyotrophi-
que ou de la syringomyelie est d’un diagnostic etiologique parfois difficile.
II ne faut jamais oublier d’envisager la possibility d’une localisation cen-
trale de la neurofibromatose avec coexistence de fibrogliomes l’adiculaires et
meme de tumeurs sur le trajet de nerfs craniens. La localisation acoustique
est la plus frequente ; celle du nerf optique est exceptionnelle. La presence
des signes medullaires doit inciter a la recherche des manifestations cuta-
nees, tout comme celles-ci doivent toujours conduire a un examen neuro-
logique complet. Souvent on trouve plusieurs tumeurs et on est amene a
des interventions chirurgicales successives.
P. Carrette.
Thrombose des vaisseaux avec signes de lesion transversale de la moelle,
par K. Uttl et Jos. Curnacek. licuue tcheque de Neurologie et de Psgchiatrie,
n0 9, pp. 225-230, nocembre 1931.
Myelite vraisemblablement d’origine grippale, dont le syndrome permet-
tait une localisation des lesions de la 4e cervicale a la 3® dorsale. Les lesions
histologiques predominaient dans la substance blanche. Peu de lesions
inflammatoires, degenerescence nette des cellules des cornes anterieures et
des fibres blanches par hemorragies nombreuses des petits vaisseaux.
P. Carrette.
De la myelite compliquant la grossesse et l’accouchement, par S. A.
Freimax (Soivietskaia nevropatologuia Psychiatria i Psgch.oguiguiena, T. Ill,
fasc. 8, 1934j.
A propos de cinq cas de myelite gravidique, l’auteur conclut que cette
complication rare de la grossesse n’est pas due a des causes infectieuses,
mais toxiques. L’interruption de la grossesse n’est indiquee que lorsque la
myelite se produit au debut de la gestation. Quand cette myelite survient
plus tard, elle n’est pas une indication absolue pour l’intervention obste-
tricale. La therapeutique a suivre est la meme que celle de tous les etats
toxiques de la grossesse. Elle doit etre energique et mise aussitot en appli¬
cation. Le terme de myelite des femmes enceintes devrait etre remplace
par celui de myelite toxico-hemorragique de la grossesse.
Fiubourg-B.lang.
Myeloses funiculaires (Mieloses funiculares), par A. Austhegesilo. Arquivos
Brasileiros de Nenriatria e Psiquiatria, n“ 5, pp. 299-319, septembre-octo-
bre 1934.
Sous le nom de myelose funiculaire, le professeur Austregesilo designe
une myelopathie toxique dont le syndrome se developpe a 1 ’occasion de
certaines intoxications, de l’anemie pernicieuse, des avitaminoses. La
variete la plus complete du point de vue clinique est representee par le syn¬
drome de Lichteim, sclerose combinee avec paralysie motrice, ataxie et
dysesthesies. Les autres types sont plus discrets ou plus diffus : telle la
forme paraplegique ou le syndrome neuro-anemique avec polynevrite et
ANALYSES
135
troubles mentaux, L’anatomie pathologique acheve de justifier l’autono-
mie des myeloses funiculaires. Elies ne montrent aucune des reactions des
myelites infectieuses. Pas d’afilux cellulaire, d’inflammation vasculaire,
ni de disorganisation primitive des centres gris, mais une legere reaction
gliale et surtout la destruction de la myeline et des cylindre-axes.
P. Carrette.
Les osteo-arthropathies vertebrates tabetiques (etude radiographique),
par Tn. Alajouanine et R. Thurel. La Presse Medicate, n° 92, pp. 1862-
1365, 17 novembre 1934.
La radiographie montre que les tabetiques qnt frequemment des osteo¬
arthropathies vertebrales, comme ils en ont aux membres inferieurs, Le
diagnostic en est plus rarement pose parce que les lisions restent latentes.
Un double processus d’osteoporose et de proliferation osteophytique evolue
insidieusement, plus specialement dans la region lombaire, provoque; des
•deformations tardives et des algies.
P. Carrette.
Contribution a la clinique et a l’histopathologie de la paralysie ascendante
de Landry, par J. N. Korganow ( Sovielskaia nevropatologuia psychiulria i
psychoguiguiena, T. Ill, fasc. 8, 1934).
En se basant sur l’etude de 3 cas de maladie de Landry, 1’auteur conclut
que le complexe symptomatique de cette maladie est rigoureusement pre¬
cis. Mais son origine myelitique ou polynevritique ne presente rien d’ab-
solu et la maladie doit etre envisagee comme un syndrome clinique ayant
une etiologie variable. L’origine toxi-infectieuse est commune a toutes les
formes.
Fribourg-Blanc.
TJn cas anatomo-clinique atypique da nevrite hypertrophique progressive
de Penfance, par A. Souques et Ivan Bertrand. Revue. Neurologique . T. II,
n° 5, pp. 513-530, novembre 1934.
L’etude anatomique de la nevrite hypertrophique de Dejerine et Sottas
est a peine esquissee. Chaque observation montre quelque particularite inte-
ressante. Voici un cas oil l’on n’observe ni douleur, ni incoordination
motrice, ni signe d’A. Robertson, ni cypho-scoliose. Les lesions medullaires
sont minimes ; la schwannite est a la fois lamellaire et fibrillaire au niveau
des racines, avec epaississement.
P. Carrette,
THERAPEUTIQUE
Le traitement des affections toxi-infectieuses chroniques du nevraxe par
l’autohemathotherapie associee a la provocation de meningites aseptique
(autohematonevraxotherapie), avec films cinemalographiques, par M. Boschi
(de Ferrare). Revue Neurologique, decembre 1935, pages 951-955.
Le Professeur Boschi preconise une therapeutique des maladies toxi-iufee-
tieuses chroniques du nevraxe, a germe inconnu, par une autohemothe-
136
ANALYSES
rapie speciale associee a un precede pour I’ouverture de la barriere hemato-
nevraxique en activant en meme temps le drainage cephalo-rachidien (auto-
hematonevraxotherapie).
Dans 28 cas traites, la plupart de scleroses en plaques, ll a obtenu : gue-
rison dans 25 % des cas ; amelioration tres considerable dans 21 % ; ame¬
lioration legere dans 18 % ; cas refractaires, 35 %.
A l’aide d’un film cinematographique, l’auteur a presente, a la Scciete
de Neurologie de Paris, des exemples, soit de guerisons, soit d’amelio-
rations de differents degres.
Les medicaments sympathicolytiques, par Raymond Hamet. Le Progres Medi¬
cal, n» 48, pp. 1865-1867, 28 novembre 1934.
L’auteur rappelle faction des doses variees d’adrenaline sur le sympa-
thique et l’interversion des effets par certaines substances dites sympathi¬
colytiques : ergotoxine, ergotinine, ergotaminine, ergoclavine tirees de Per-
got de seigle d’une part et d’autre part substances qui se rapprochent chi-
miquement de la yohimbine, ses isomeres, la gambirine et la quebrachine.
P. Carrette.
La radiotherapie du sympathique, par L. Dei.hu a m et Beau. Le Monde
Medical, n» 857, pp. 1054-1066, 15 decembre 1934.
La radiotherapie du sympathique doit porter, d’apres MM. Delherm et
Beau, qui s’inspirent des travaux de M. Leriche, sur les centres paraverte-
braux, les ganglions et les plexus, les regions perivasculaires et sur les
teguments eux-mSmes. Elle constitue une ressource therapeutique des plus
precieuses, et dans nombre de syndromes neuro-vegetatifs la seule inter¬
vention reellement efflcace. II suflirait de citer les succes remportes dans le
syndrome de Raynaud, l’angine de poitrine, Parterite obliterante et les
nevralgies rebelles pour justifier cette affirmation.
Technique de l’infiltration novocainique du sympathique lombaire, par
Rene Leriche et Rene Fontaine. La Prcsse Medicate, n° 92, p. 1843,.
17 novembre 1934.
Le ganglion sympathique recherche se trouve a la hauteur de la 2- ver-
tebre lombaire. On enfonce Paiguille a 7 ou 8 cms de profondeur et a deux
ou trois travers de doigt de la ligne mediane. L’injection de 3 cm3 de
novocaine a 1 0/0 complete a 10, ou m6me 20 cm3, avec du serum phy-
siologique, donne une anesthesie de plusieurs jours applicable dans les
syndromes douloureux des arterites, des embolies et thromboses, des
phlebites, des desordres vaso-moteurs post-traumatiques et des arthropa-
«,«« P- Cahrette.
Traitement des migraines, par Pasteur Vau.ery-Radot Le Progres Medical,
n» 48, pp. 1903-1911, 28 novembre 1934.
« Tant que l’on ne connaitra pas avec precision les modifications humo-
rales et nerveuses qui s’operent dans l’organisme du migraineux, il sera
ANALYSES
137
impossible d’etablir une therapeutique rationnelle agissant dans tous les
cas de migraine. » Telle est la conclusion de M. Pasteur Vallery-Radot,
experimentateur eprouve et specialiste des questions de choc, de crises
et ^intolerances. Dans notre etat d’ignorance actuelle, nous devons recou-
rir a des procedes empruntes a la decouverte de perturbations vanees
observees chez les migraineux et qui commandent un traitement endocri-
nien, digestif, biliaire, desensibilisant, local ou -anti-nevralgique et meme
parfois chirurgical.
P. Carrette.
Traitement chirurgical de la nevralgie essentielle e.t paroxystique du
grand nerf d’ Arnold (Resection retroganglionnaire du grand nerf d’ Ar¬
nold par trepanation atlandoido-occipitale), par F. Ody. Revue Neurologi-
que T. II, n° 6, pp. 771-782, decembre 1934.
La nevralgie du nerf d’Arnold est aussi denommee nevralgie occcipitale
et dans sa phase paroxystique peut exiger 1’intervention chirurgicale. On
pratique la resection retro-ganglionnaire de la racine sensitive du nerf a
l’interieur du rachis. La regeneration est impossible et il n’y a pas de ns-
ques de recidive.
1 P. Carrexte.
Les indications therapeutiques precoces dans les fractures de la base du
crane, par till. Lenormand. Le Progres Medical, n° 48, pp. 1875-1887, .8
novembre 1934.
Probleme extremement grave pour le medecin qui fait le diagnostic de
fracture de la base du crane ; quelle conduite adopter ? Dans les cas legers
comme dans les formes extremement severes, il n’y a pas a intervenir. Mais
s’il y a hypotension, il faut faire des injections intraveineuses d’eau dis-
tillee, puis de serum, suivant les indications de Leriche. S’il y a hyperten¬
sion, M. Lenormand montre, apres ponction lombaire, les indications res-
pectives de la ponction ventriculaire, du drainage sous-occipttal et de la
trepanation sous-temporale.
P Carrette.
Des amputations du point de vue de la mortalite, de la technique et de la
physiologie. De l’amputation consideree comme un acte de chirurgie
nerveuse, par tiene Lekiche. La Presse Medicale, n« 89, pp. 1737-1739, 7
novembre 1934.
De tous les tissus sectionnes dans une amputation, le nerf est le seul
qui tente de se regenerer. Le nevrome des moignons est parfois le siege de
violentes douleurs. Pour en trouver le traitement rationnel, une vaste
enquete s’impose aupres des chirurgiens, des neurologues et des appareil-
leurs. M. Leriche pose egalement le probleme des perturbations vasculaires
qui aboutissent a la plethore, specialement chez les amputes, sans qu on
puisse en preciser le mecanisme.
1 P. Carrette.
VARIETtS
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
La seance supplementaire du mois de fevrier de la Societe Medico-
psychologique, seance exclusivement reservee a des presentations, aura
lieu le jeudi. 13 fevrier 1936, a 9 heures 30 tres precises, a l’Asile Clini¬
que (Sainte-Anne), 1, rue Cabanis a Paris (XIVs arrondissement), dans
[’amphitheatre de la clinique de la Faculte.
La seance ordinaire du mois de fevrier de la Societe Medico-psycholo-
gique aura lieu le lundi 24 fevrier 1936, a 4 heures tres precises, au siege
de la Societe, 12, rue de Seine, a Paris (VI® arrondissement).
La seance supplementaire du mois de mars de la Societe Medico-psycho-
logique, seance exclusivement reservee a des presentations, aura lieu le
jeudi 12 mars 1936, a 9 heures 30 tres precises, a l’Hopital Henri-Rousselle,
1, rue Cabanis, a Paris (XIV° arrondissement), dans 1’ Amphitheatre du
Pavilion Magnan.
La seance ordinaire du mois de mars de la Societe Medico-psycholo-
gique aura lieu le lundi 23 mars 1936, a 4 heures tres precises, au siege
de la Societe, 12, rue de Seine, a Paris (VIC arrondissement).
Legion d’Honneur.
Sont prom us Officiers de la Legion d’Honneur :
M. le Dr Maurice Gauthier, Medecin Lieutenant-Colonel, professeur agrege
du Val-de-Grace, a l’hopital militaire Percy, a Clamart, membre correspon-
dant national de la Societe Medico-psychologique ;
M. le D1' Bernard Pomme, Medecin-Commandant, professeur agrege du Val-
de-Grace, professeur a 1’Ecole d’Application du Service de Sante militaire,
membre correspondant national de la Societe Medico-psychologique.
Est nomme Chevalier de la Legion d’H.onneur :
M. le Dr Eugene Perpf.re, ancien interne des Asiles de la Seine, membre
correspondant national de la Societe Medico-psychologique.
Diner annuel.
Le diner annuel de la Societe Medico-psychologique aura lieu le lundi
25 mai 1936.
VARIETES
139
PRIX DE LA SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Annee 1937.
Prix Aubanel. — 3.000 francs
Ce prix, triennal, et habituellement de 1.500 francs, a ete porte excep-
tionnellement par la Societe Medico-psychologique a 3.000 francs, pour
1’annee 1937. II est decerne au meilleur memoire sur un sujet de patho-
logie mentale ou nerveuse.
Pour 1937, la Societe Medico-psychologique a choisi le sujet suivant :
Les Psychoses gemellaires.
Legs Christian. — 1.000 francs
Ce prix, annuel, habituellement de 300 francs (partage interdit), a ete
porte exceptionnellement par la Societe Medico-psychologique a 1.000 fr.
pour l’annee 1936. II est attribue chaque annee par le Bureau de la Societe
a un interne des asiles d’alienes de Paris ou de la province, momentane-
ment gene soit pour terminer ses etudes, soit pour payer sa these. II ne
confere pas le titre de laureat de la Societe Medico-psychologique.
Reglement du Legs Christian :
Article premier. — Les internes des Asiles de France, candidats a l’attri-
bution du Legs Christian, devront :
1° Etre de nationality frangaise ;
2° Justifier de leur etat de gene momentanee par la production d’une
attestation du medecin-chef du sendee ou ils sont internes ;
3° Faire parvenir au Secretaire genera] de la Societe Medico-psychologi¬
que une copie du manuscrit de leur these.
Art. II. — Le candidat designe par le Bureau recevra le montant du prix
apres l’envoi au tresorier de la Societe Medico-psychologique de deux exem-
plaires de Faculte de sa these.
Art. III. — Dans le cas ou le prix ne serait pas decerne une annee, le
montant en sera reporte a l’annee suivante et le Bureau pourra, s’il y a
lieu, decerner plusieurs prix.
Art. IV. — Le prix Christian ne confere pas au candidat qui l’obtient le
titre de laureat de la Societe Medico-psychologique.
Annee 1938.
Prix Moreau de Tours. — 200 francs
Ce prix, biennal, sera decerne au meilleur memoire manuscrit ou impri-
me, des deux annees precedentes, ou bien a la meilleure des theses inaugu¬
rates soutenues en 1936 et en 1937, devant les Facultes de Medecine de
France, sur un sujet de pathologic mentale ou nerveuse.
Legs Christian. — 1.000 francs
Ce prix, annuel, habituellement de 300 francs, a ete porte exceptionnelle-
ment par la Societe Medico-psychologique a 1.000 francs pour l’annee 1938.
140
VAR1ETES
Annee 1939.
Prix Belhomme. — 1.500 francs
Ce prix, triennal, habituellement de 900 francs, a ete porte exceptionnel-
lement par la Societe Medico-psychologique a 1.500 fr. pour l’annee 1939.
Le sujet suivant a ete designe : Les etats de deficience intellectuelle post-
traumatiques chez V enfant (a l’exclusion des traumatismes obstetricaux).
Legs Christian. — 300 francs
Prix, annuel (partage interdit).
N. B. — Pour chacun de ces prix, les memoires, manuscrits ou imprimes,
devront etre deposes, auant le 31 decembre de I’annee precedente, chez le
Secretaire general de la Societe Medico-psychologique. Les memoires manus¬
crits devront etre inedits et pourront etre signes. Ceux qui ne seront pas
signes devront etre accompagnes d’un pli cachete, avec devise, contenant les
noms et adresses des auteurs.
Les prix seuls (et a 1’exception du prix Christian) donnent droit au titre
de laureat de la Societe Medico-psychologique ; les mentions honorables
n’y donnent pas droit.
Un memoire recompense par une autre Societe ne peut etre admis a
concourir pour les prix de la Societe Medico-psychologique. ( Decision du
22 mars 1910).
ASILES PUBLICS D’ALIENES
Nominations.
M. Mamelet est nomme Directeur administrate de l’Asile public autonome
d’alienees de Chateau-Picon (Gironde) ;
M. Hirigoyen est nomme Directeur administrate de PAsile public auto¬
nome d’alienes de Cadillac (Gironde) ;
M. Orelli est nomme Directeur administrate du Centre d’hygiene mentale
de Marseille (Bouches-du-Rh6ne) ;
M. Duneuil est nomme Directeur administrate de PAsile public autonome
d’alienes de Bassens (Savoie).
Postes vacants.
Est declare vacant :
le poste de Medecin-Directeur de 1’Asile public d’alienes de Mont-de-Mar-
san (Landes) ;
le poste de Medecin-Directeur de PAsile public d’alienes de Vauclaire
, (Dordogne) ;
un poste de Medecin-Chef a PAsile public d’alienes de Limoux (Aude).
VAR1ETES
141
Distinctions honorifiques.
Medaille d’Honneur des Epidemies :
La Medaille d’Honneur des Epidemies (medaille de bronze), a ete decer-
nee a M. Maurice Fournier, interne a l’Asile public autonome d’alienes de
Chateau-Picon, a Bordeaux (Gironde).
Hommage de la Ville de Paris a la memoire de Magnan.
Conformement aux propositions de l’Administration Prefectorale, sur le
rapport de M. Alex. Biscarre (au non. de la 3“ Commission), et celui de
M. Victor Constant (au nom de la 4' Commission), le Conseil Municipal de
Paris a attribue le nom de « Rue du Docteur-Magnan » a une voie a ouvnr
entre l’avenue de Choisy et la rue de Gentilly.
Concours pour la nomination a deux emplois de Medecin Chef de
Service dans les Asiles publics d’Alienes du Departement de la
Seine. (Decret du 25 novembre 192b, modi/ie par les Decrels du
18 mai 1926 et 28 avril 1931).
Le lundi 2 mars 1936, a 14 heures precises, il sera ouvert a la Prefecture de
la Seine et dans les conditions prescrites par le decret du 25 novembre
1924 (1), un Concours pour deux emplois de Medecin-Chef de Service dans
les Asiles publics d’alienes de la Seine.
Les candidats qui desirent, prendre part a ce Concours devront se faire
inscrire a la Prefecture de la Seine, Bureau des Etablissements departe-
mentaux d’Assistance, Annexe de l’Hotel de Ville, 2, rue Lobau, tons les
jours, dimanches et fetes exceptes, de 10 d 12 heures et de U a 1/ heures,
du lundi 27 janvier au samedi 8 fevrier 1936.
Conditions de l’ admission au Concours et formalites a remplir
Sont admis a prendre part au concours les seuls Medecins du Cadre des
Asiles publics d’alienes ayant, au moment de leur inscription, moms de cin-
quante-cinq ans d’age et plus de cinq ans de services effectifs.
Les candidats devront, pour etre inscrits au concours, produire les pieces
suivantes :
1" Expedition de l’acte de naissance ;
2° Certificats ou dipldmes constatant qu’ils remplissent les conditions
d’exercice exiges par Particle 3 du decret du 25 novembre 1924 (le certificat
d’exercice doit etre delivre par le Prefet du departement oh le candidat
exerce ou a exerce ses fonctions).
Les candidats absents de Paris ou empSches, pourront demander leur
inscription par lettre recommandee.
Toute demande deposee ou parvenue apres le jour fixe pour la cldture
des inscriptions, ne pourra etre accueillie.
(1) Le texte du Decret du 25 Novembre 1924 est insere au « Journal Officiel »
du 3 Decembre suivant. Celui du Decret du 18 Mai 1926 est insere au « Journa
Officiel » du 22 Mai suivant. Celui du Decret du 28 Avril est insere au « Journal
Officiel » du 12 Mai 1931.
142
VARIETES
Les candidats auront la faculte de deposer, a la Prefecture de la Seine
(Bureau des Etablissements departementaux d’assistance), sous pli cachete
revetu de leur signature, tous documents et notes qu’ils desireraient sou-
mettre au Jury en vue de l’epreuve sur titres.
Les candidats dont le nom figurera sur la liste arretee par M. le Ministre
de la Sante publique recevront une convocation pour prendre part aux
epreuves.
L’Administration decline toute responsabilite au sujet des convocations
qui ne parviendraient pas aux destinataires.
Un infirmier victime d’un aliene.
Un drame rapide s’est deroule a l’Asile d’alienes de Lommelet, situe a
Marquettes-les-Lille (Nord), oil le directeur des travaux de l’etablissement,
le frere Chrysostome, des freres de Saint-Jean de Dieu, age de 52 ans, a ete
tue a coups de marteau par un aliene.
M. Jean Schmidt, en religion frere Chrysostome, ne a Ettendorff (Bas-
Rhin), etait entre a 1’Asile le 4 juillet 1923, venant de Lyon.
Vers 11 heures du matin, alors qu’il travaillait avec trois malades dans la
forge de l’etablissement, l’un de ces malades se retourna brusquement, prit
sur le sol un marteau pesant 2 kilos 750, et assomma le religieux qui
s’ecroula. II le frappa encore deux fois avant que les autres malades aient
donne l’alarme. Lorsqu’on put maitriser cet aliene, le frere Chrysostome
etait mort, le crane defonce.
M. le Ministre de la Santa publique a aussitot decerne, a titre posthume, a
M. Jean Schmidt, la medaille d’or de l’ Assistance publique.
Etablissements d’alienes classes monuments historiques.
Parmi les immeubles classes parmi les monuments historiques a la date
du 22 novembre 1932, on peut noter quelques etablissements consacres aux
alienes :
Aisne. — Premontre : Ancienne abbaj'e, aujourd’hui Asile d’alienes
(liste de 1862).
Alpes-Maritimes. — Nice : Eglise de l’abbaye de Saint-Pons (3 mai 1913).
Ariege. — Asile de Saint-Lizier.
Bouches-du-Rhdne. — Saint-Remy-de-Provence : Gloitre et clocher de
Saint-Paul-de-Mausole, aujourd’hui Asile prive d’alienes (28 mai 1883).
Cher. — Chezal-Benoit : Eglise (18 mai 1908).
Cote-d’Or. — Dijon : Portail de 1’ancienne Chartreuse, actuellement Asile
d’alienes (liste de 1840) ; — Puits de Moise, dans 1’ancienne Chartreuse
(liste de 1840) ; — Puits a double escalier de pierre xve siecle, dans le jar-
din de 1’ancienne Chartreuse (29 janvier 1902).
Eure-et-Loir. — Bonneval : Ancienne abbaye, aujourd’hui Asile d’alienes
(11 aout 1883).
Seine. — Paris : Hospice de la Salpetriere : chapelle et orgues (16 aout
1927). . •
( L’Alieniste Frangais, janvier 1936).
VARIETIES
143
HYGIENE ET PROPHYLAXIE
Inventaire des etablissements destines a la reeducation des enfants
anormaux.
M. Ernest Lafont, Ministre de la Sante publique, vient de constituer une
Commission restreinte chargee de dresser l’inventaire systematique des
etablissements existant en France pour la reeducation des enfants anor¬
maux ou deficients, d’apprecier le fonctionnement de ces etablissements et
leur specialisation et de rechercher les mesures necessaires pour completer
l’armement sanitaire de notre pays a ce point de vue.
L’examen prenuptial aux Etats-Unis.
La reaction de Wassermann dans le sang est rendue obligatoire avant le
mariage dans VEtat de Connecticut. — Dans l’Etat de Connecticut, a partir
du 1" janvier 1936, les candidats au mariage doivent subir une reaction de
Wassermann ou une reaction de Kahn dans le sang. Seuls, les laboratoires
autorises sont qualifies pour pratiquer ces reeherches humorales.
L’examen prenuptial est obligatoire dans les Etats suivants : Wisconsin,
Oregon, North Dakota, Alabama, Wyoming. II a ete supprime l’annee der-
niere en Louisiane et en Caroline du Nord.
REUNIONS ET CONGRES
IIe Congres International d’Hygiene Mentale.
Le II” Congres International d’Hygiene Mentale se tiendra a Paris, du
19 au 23 juillet 1937, sous la presidence de M. le D‘ Toulouse.
Les inscriptions pour les communications et les discussions des questions
mises a l’ordre du jour du Congres ne pouvant etre acceptees que dans la
limite du temps disponible, les auteurs sont pries de s’inscrire le plus tot
possible aupres du President du Comite du Programme : D1 Rene Char-
pentier, 119, rue Perronet, a Neuilly-sur-Seine (Seine).
La liste des rapporteurs et des questions mises a l’ordre du jour du
Congres a ete publiee dans le numero de janvier 1935 (pages 169-173) des
Annales Medico-psychologiques.
Pour tous renseignements, s’adresser a : M. le Secretaire administrate du
II" Congres International d’Hygiene Mentale, a 1’Hopital Henri-Roussejle,
1, rue Cabanis, Paris (XIVe arrondissement).
Premiere Conference Internationale de pyretotherapie.
La premiere conference internationale de pyretotherapie se tiendra a
New-Yorlc au mois de septembre 1936, sous la presidence du Baron Henri
de Rothschild.
Cinq conferences nationales ont deja eu lieu aux Etats-Unis d’Amerique :
a Rochester University Medical School en 1931, en 1932, et en 1933 ; a
144
VARIETES
Columbia University College of Physicians and Surgeons en 1934 ; a Miami
Valley Hospital (Dayton, Ohio), en 1935.
Les rapports et communications seront publies en fran§ais, anglais,
allemand. II est necessaire d’adresser les manuscrits au Secretaire (D1' Wil¬
liam Bibrman, 471, Park Avenue, New-York City, U.S.A.), avant le 4" jtiin
1936.
Le Comite americain est compose de MM. : D1' A. U. Desjardins, Chair¬
man ; D* W. Bierman ; D' F. W. Hartman ; D1 L. E. Hinsie ; Dr C. A.
Neymann ; Dr W. M. Simpson ; D' S. L. Warren.
FACULTE DE MEDECINE D’ALGER
La Chaire de pathologie generale et clinique psj'chiatrique de la Faculte
de Medecine et de Pharmacie de l’Universite d’Alger est transformee, a
compter du lel janvier 1936, en Chaire de Clinique psijchiatrique. Titulaire :
M. le Professeur Porot.
Le Redacteur en chef-Geranl : Rene Charpentier.
Cahors, Imprimerie Coueslant (personnel interesse). — 51.684
Tome I. — N° 2
Fevrier 1936
ANNALES
MfiDICO-PSYCHOLOGIQUES
MEMOIRES ORIGINAUX
ANATOMOPATHOLOGIE
ET PHYSIOPATHOLOGIE DE L’EPILEPSIE
PAR
H. STECK (de Lausanne) (0
II ne parait aujourd’hui guere permis de parler d’une anato-
mie pathologique de l’epilepsie essentielle, car nous ne connais-
sons pas de lesions cerebrales pathognomoniques de cette affec¬
tion. II parait meme particulierement audacieux de parler de
l’anatomie pathologique de l’epilepsie essentielle. Nous pensons
neanmoins prendre en consideration avant tout le cerveau des
malades atteints d’epilepsie dite essentielle qui se distinguera
du cerveau d’une epilepsie symptomatique par quelques traits
negatifs, c’est-a-dire par l’absence de lesions inflammatoires,
traumatiques, luetiques, etc., qui pourraient constituer des
epines irritatives epileptogenes directes. L’epilepsie dite essen¬
tielle sera caracterisee au point de vue anatomo-pathologique par
la presence de certaines lesions communes a toutes les epilepsies
et l’absence de toute lesion grossiferement irritative.
Nous passons maintenant en revue les principales constata-
(1) Rapport presente a la 86* assemblee de la Societe Suisse de Psychia¬
tric, le 11 mai 1935, k Wil (St-Gall).
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94e annee, t. I. — , Fevrier 1936. 10.
146
H. STECK
tions macroscopiques et microscopiques relevees jusqu’a present
dans l’epilepsie essentielle en cherchant en meme temps de met-
tre en evidence leur valeur et leur relation avec la symptomato¬
logy et la patho-physiologie de l’epilepsie.
La calotte cranienne est souvent epaissie. Le poids du cerveau
depasse assez souvent la moyenne. Les meninges montrent quel-
ques epaississements, une arachnoidite sero-fibreuse cystique.
Des auteurs americains (Temple Fay) ont decrit des alterations
des granulations de Pacchioni. Orzechowski parle d’un lepto-
meninge- et trophcedeme des meninges et de l’ecorce circonscrit
ou universel. Les hemorragies des meninges molles sont certai-
nement des lesions secondaires peut-etre meme agonales, surtout
dans l’etat de mal epileptique ou des stases veineuses sont fre-
quentes, ainsi que l’hyperemie, dilatation des espaces perivas-
culaires, hemorragies capillaires dans les ganglions de la base.
Chez les vieux epileptiques, on ne trouve pas rarement des contu¬
sions cerebrales anciennes ou recentes a certains endroits de
predilections, a 1’endroit ou le lobe frontal orbitaire et le lobe
temporal reposent directement sur la base du crane sous forme
de destruction du sommet de la circonvolution. Les lesions ont
ete decrites par Spatz sous le nom d’ « etat vermoulu » et il a
demontre leur genese traumatique. Ces lesions sont dues, chez
1’ epileptique, a des contusions provoquees par les chutes violen-
tes des malades pendant les crises.
II n’est pas rare de trouver chez les epileptiques essentielles,
mais aussi dans l’epilepsie traumatique, des malformations
congenitales. Lorsque ces malformations sont tres prononcees„
il vaut mieux classer ces malades parmi les epileptiques symp-
tomatiques.
Parmi les malformations plus discretes, la plus connue dans
1’epilepsie est la presence de cellules ganglionnaires de Cajal-
Retzius dans la couche moleculaire de l’ecorce. Ces cellules se
trouvent regulierement dans le cerveau de l’embryon et leur pre¬
sence dans le cerveau des epileptiques indiqiie par consequent
un arret de developpement, un vice de formation. En plus, on a
constate des transpositions de cellules et de couches entieres,
des cellules trop grandes, mais aussi des cellules de Betz parti-
culierement petites. Cette derniere constatation fut particuliere-
ment faite par Tramer, qui y voit une expression d’une inhibition
du developpement normal. Ces malformations ne sont cependant
ni regulieres, ni pathognomoniques dans l’epilepsie.
Parmi les alterations chroniques qu’on trouve aussi bien dans,
l’epilepsie essentielle que dans l’epilepsie symptomatique (par
ANATOMOPATHOLOGIE DE L’EPILEPSIE
147
exemple post-traumatique) les plus frequentes et les plus carac-
teristiques sont la sclerose marginale de Chaslin et la sclerose
de la corne d’Ammon, decrite d’abord macroscopiquement par
Meynert et ensuite microscopiquement par Sommer. La sclerose
marginale decrite en premier par Chaslin, qui la considerait
comme une proliferation primitive, un trouble de developpement,
s’etend surtout sur la couche moleculaire, sous la pie-mere ; elle
est composee de grands astrocytes avec forte proliferation fibril-
laire, qui remplit la couche superficielle de l’ecorce d’un reseau
tres dense de fibres. Elle n’est pas partout egale en epaisseur et
parait surtout se developper aux endroits ou se trouvent des
lacunes dans les fibres tangentielles. Alzheimer la considerait
comme une proliferation reparatrice pour remplacer le tissu cere¬
bral detruit ainsi qu’Elmiger. Bleuler et plus tard Tramer trouvent
qu’elle est en rapport avec le degre de la demence. Tramer la met
en relation avec la pression du liquide cephalo-rachidien et la con-
sidere comme une formation d’induration aux endroits exposes au
choc liquidien. Nous avons trouve des proliferations nevrogliques
sous-ependymaires au plancher du IVs ventricule, qui pourraient
trouver une explication analogue.
La sclerose de la corne d’Ammon peut se rencontrer d’un cote
et aussi en dehors de l’epilepsie chez des malades atteints de
convulsions (paralysie generale par exemple). Spielmeyer et ses
eleves lui ont consacre, ces dernieres annees, une serie d’etudes
importantes. Cette sclerose de la corne d’Ammon se presente, a
part quelques variantes, en general sous une forme tres carac-
teristique par des rarefactions plus ou moins etendues parmi les
cellules de la couche pyramidale de la corne d’Ammon, surtout
a deux endroits : a l’endroit ou la couche pyramidale se tourne
vers le ventricule, c’est la le secteur de Sommer de la corne
d’Ammon, et dans la lame terminale entouree par la circonvo-
lution godronnee. La couche granuleuse de la circonvolution
g'odronnee est rarement atteinte. Au point de vue histo-patho-
logique, la, lesion est caracterisee dans les cas avances graves
par une destruction complete des cellules ganglionnaires du sec¬
teur de Sommer, qui sont remplacees par une proliferation nevro-
glique composee d’astrocytes riches en fibrilles. La transforma¬
tion glieuse de la corne d’Ammon peut etre telle qu’elle se fait
sentir au doigt comme une induration cartilagineuse. Dans les
stades plus frais et recents, on trouve des rarefactions partielles,
des alterations chroniques des cellules sous forme de sclerose
graisseuse et aussi, ce qui est particulierement important, sous
forme de lesions ischemiques avec protoplasme homogenise et
neuronophagie par des cellules de Hortega et d’Oligodendrogha.
Hi STECK
148
Cette sclerose de la corne d’ Ammon, qui etait consideree, un
certain temps, a cause de certaines relations que nous aurons
encore a discuter, comme la cause de la crise epileptique, est
aujourd’hui le principal argument dans la theorie vasomotrice
de la crise epileptique.
Spielmeyer et ses collaborateurs, Uchimura, Bodechtel, Scholz
ont eclairci dans des recherches etendues la pathogenese de la
sclerose de la corne d’ Ammon. On peut admettre aujourd’hui
avec ces auteurs que les premieres lesions qui preludent a la scle¬
rose de la corne d’ Ammon sont de nature ischemique. La repar¬
tition regionale particuliere de la destruction cellulaire est iden-
tique avec celles qu’on trouve dans des lesions indubitablement
d’origine circulatoire, dans les empoisonnements, les inflamma¬
tions, les thromboses. Dans l’epilepsie essentielle ces facteurs
exogenes manquent, il ne peut done s’agir que de spasmes vas-
culaires fonctionnels, car les vaisseaux ne presentent pas d al¬
terations. L’existence de spasmes vasculaires dans l’epilepsie a
ete maintes fois etablie ; tous les chirurgiens qui s’occupent de
chirurgie cerebrale ont observe que lorsque, durant une trepa¬
nation, une crise epileptique survient, que celle-ci est precedee
de paleur et de diminution du volume cerebral, et seulement plus
tard, a la fin de la crise, il se produit de l’hyperemie, de la stase
et eventuellement de 1’oedeme cerebral. Il parait etabli que dans
la corne d’ Ammon les dispositions vasculaires predisposent aux
lesions ischemiques. Uchimura, particulierement, a pu demon-
trer que firrigation du secteur de Sommer etait particulierement
insuffisante. L’irrigation de la corne d’Ammon n’est pas par-
tout la meme. Les secteurs qui sont irrigues par plusieurs vais¬
seaux et qui possedent un riche reseau capillaire sont parti¬
culierement resistants, ainsi la partie resistante de la couche
pyramidale et la circonvolution godronnee, tandis que le secteur
de Sommer et le feuillet terminal sont insufTisamment irrigues et
peu resistants. Le secteur de Sommer appartient a la zone de vas-
cularisation d’une longue artere, qui chemine longtemps dans le
septum. La variation de l’etendue du secteur de Sommer et de la
lesion depend probablement de variations individuelles de l’irri- -
gation vasculaire. Le facteur qui, dans les diverses maladies,
amene des lesions localisees de la corne d’Ammon, est toujours
un trouble circulatoire qui amene une necrobiose du tissu gan- -
glionnaire.
Une pathogenese- analogue est invoquee par Spielmeyer encore
pour une autre lesion du cerveau de l’epileptique pour la scle¬
rose lobulaire du cervelet. Il a trouve dans la couche moleculaire
ANATOMOPATHOLOGIE BE L’EPILEPSIE 149
du cervelet des proliferations nevrogliques qui se presentent
sous forme d’une ramification d’arbuste et qui occupent l’empla-
cement des cellules de Purkinje et de leurs dentrites detruits
ou en voie de disparition. Ce processus conduit a des t aches de
sclerose lacunaire de I’ecorce cerebelleuse, qui peut s’etendre
aussi a la couche des grains. Deja Tramer avait constate la dege-
nerescence et par endroit la disparition des cellules de Purkinje.
L’etude comparee de cette lesion montre, comme pour la scle¬
rose de la corne d’ Ammon, la genese vasculaire.
En poursuivant ces recherches sur 1’origine vasculaire des
lesions dans le cerveau des epileptiques, Scholz a pu montrer,
il y a 3 ans, l’existence dans toute l’ecorce cerebrale de foyers
de rarefaction lacunaire et de disparition disseminee des cellules
ganglionnaires. Deja en 1918, Tramer a decrit ces lesions lacu-
naires et des petits foyers sclerotiques, et avait envisage, a cause
de leur disposition et localisation, une genese vasculaire. Comme
dans la lesion de la corne d’ Ammon, Scholz trouve dans les
lesions recentes, comme par exemple dans les cerveaux d’enfants
decedes en etat de mal epileptique, la lesion particuliere ische-
mique de la cellule ganglionnaire avec forte proliferation nevro-
glique sous forme de neuronophagie et particulierement de pro¬
liferation de la microglia avec substitution nevroglique des cel¬
lules ganglionnaires ; dans les cas les plus anciens, se trouvaient
des foyers lacunaires, dans lesquels aussi bien les elements nevro¬
gliques que ganglionnaires ont disparu.
Ces lacunes avec proliferation nevroglique se trouvent aussi
bien dans la couche optique, ce que nous avons pu confirmer.
On ne peut pas trouver des lesions vasculaires microscopiques,
ce qui parle egalement pour des spasmes vasculaires fonction-
nels. A cote des lesions lacunaires disseminees, on rencontre
aussi des lesions parenchymateuses diffuses, marquees par la
proliferation nevroglique. Les lesions analogues se trouvent aussi
bien dans l’epilepsie dite essentielle que dans l’epilepsie sympto-
matique, par exemple l’epilepsie eclamptique, l’eclampsie de la
coqueluche, oil des troubles vasculaires graves sont dument eta-
blis. Cette constatation demontre d’une part que ces lesions ne
sont pas specifiques pour l’epilepsie essentielle et que d’autre
part elles ont une origine vasculaire.
De merne, la gliose marginale de Chaslin, qui se trouve iden-
tique dans l’epilepsie essentielle et dans l’epilepsie traumatique,
doit et're consideree comme une production secondaire. II est
cependant important de signaler qu’on trouve rarement chez des
vieux epileptiques des lesions lacunaires etendues et Scholz, qui
150
H. STECK
se base surtout sur des cerveaux d’enfants, l’explique par le fait
que les malades atteints d’etat de mat succombent en general
jeunes. D’autre part, il ne faut pas oublier que la crise epilep-
tique, comme le dit expressement K. Wilson, exige la presence
de cellules ganglionnaires intactes qui se remettent apres chaque
crise pour etre pretes a nouveau. Un cerveau completement rare-
fie ne serait meme pas capable de fournir une crise epileptique.
Recemment, M. Minkowski, de Zurich, a ajoute une nouvelle
contribution aux lesions chroniques du cerveau de l’epileptique
en donnant la description d’une lesion elective de l’olive bul-
baire, particulierement dans la partie orale et le feuillet dorsal
et dorso-lateral. II s’agit tout d’abord d’une steatose des grandes
cellules ganglionnaires accompagnees d’une forte proliferation
nevroglique avec participation des elements d’Hortega, puis dis-
parition des cellules et proliferation macroglique. Nous avons pu
confirmer ces lesions dans plusieurs cerveaux d’epileptiques, exa¬
mines par nous recemment. V. Braunmuehl a montre que l’olive
etait un organe tres vulnerable, comme la corne d’ Ammon. II
n’est pas encore sur que le facteur vasal soit le seul important,
comme l’admet v. Braunmuehl. II s’agit d’une atrophie pigmen-
tee avec homogenisation du protoplasme. La disposition parti-
culiere fait penser a Minkowski aussi a des facteurs ontogene-
tiques.
Parmi les lesions aigues qu’on rencontre dans les cerveaux
d’epileptiques morts en etat de mal, il faut avant tout mention-
ner la proliferation de nevroglie protoplasmique decrite par
Alzheimer ; elle est peut-etre aussi le substratum de la tume¬
faction cerebrale aigue qui, d’apres Reichardt, n’est pas une
cause mais aussi une consequence de la crise epileptique. Les
lesions des plexus et de l’ependvme, decrites par de Allende et
Minkowski, sont, d’apres ce dernier auteur, trop repandues dans
toute la pathologie cerebrale, pour etre invoquees comme lesion
pathognomonique de l’epilepsie. Des auteurs americains (Mor¬
gan, Grigory) ont decrit des alterations dans la region tuberienne
sous forme de disparition des cellules ganglionnaires, d’hy-
peremie. La genese primaire de ces lesions parait encore tres
douteuse.
En dehors du cerveau, Neubiirger a attire l’attention sur une
lesion d’origine vasculaire dans le muscle cardiaque. Il trouvait
des cicatrices dans le myocarde dans les cas chroniques, et des
petites necroses ischemiques apres un etat de mal epileptique.
On aurait constate chez les epileptiques chroniques, egalement,
des troubles electro-cardiographiques. Neubiirger dit que l’an-
AN ATOMOPATHOLOG1E DE L’EPILEPSIE
151
rgoisse cardiaque, signalee quelquefois comme symptome d’aura,
pourrait etre l’expression clinique de l’angiospasme du myocarde.
Dans la grande scene motrice de la crise epileptique la compo-
sante angine de poitrine disparatt au second plan et, pour cette
raison, n’a pas trouve jusqu’a present 1’interet qu’elle meritait
pour demontrer la nature angiospastique de la crise epileptique.
En 1932, v. Meduna a decrit des etats de gonflement des cel¬
lules ganglionnaires, avec alteration des gaines de myeline et
des cylindraxes, en examinant des petits morceaux d’ecorce
cerebrale, qui avaient ete excises dans la region epileptogene de
5 epileptiques essentiels ; il les considerait comme des produits
exogenes par oedeme et premier stade d’un processus de dege-
nerescence speciflque. Spielmeyer, qui a examine le materiel pro-
venant des operations faites par Foerster sur des cerveaux d’epi-
leptiques, ne trouvait aucune lesion speciflque. II faut aus,si oppo-
:ser a la description de v. Meduna la constatation que de tout
petits morceaux excises de l’ecorce presentent facilement des
.artefactes par les differents procedes de fixation.
II resulte de tout ce que nous avons passe en revue que les
'constatations faites par Chaslin, Bleuler et Alzheimer, qui sont
les pionniers de l’anatomopathologie de l’epilepsie, sont encore
•exactes aujourd’hui, mais leur interpretation pathognomonique
et surtout l’explication de leur genese parait aujourd’hui tout
autre.
B’apres les travaux fondamentaux de Spielmeyer et de ses
eleves, il parait aujourd’hui etabli que les lesions principales
qu’on trouve dans les cerveaux des epileptiques ne sont ni la
■cause de la maladie comitiale, ni de la crise epileptique, mais
sont plutdt les consequences de la crise epileptique et particulie-
rement la consequence des troubles vasculaires qui precedent la
■crise epileptique.
Cette conception critique d’une constatation anatomo-patholo-
gique est une acquisition recente qui n’a pas encore trouve par-
tout l’attention qu’elle merite. Nous la devons avant tout au
regrette Spielmeyer, trop tot enleve a notre science. Spielmeyer
nous a montre combien souvent des lesions cerebrales qu’on
avait trop hativement proclamees comme lesions essentielles et
primaires d’une psychose n’etaient que des produits secondaires
dus a des lesions vasculaires provoquees par l’intoxication, l’em-
poisonnement, etc., ou meme des lesions agonales terminales.
Cette nouvelle conception critique des lesions cerebrales nous
permet aussi de mieux comprendre les relations entre ces lesions
et les symptomes cliniques de la maladie. Nous pouvons deduire
152
H. STECK
directement de ce que nous venpns d’exposer sur l’anatomie
pathologique que la demence epileptique qui occupe surtout les
medecins d’asiles est une demence secondaire, c’est-a-dire qu’elle
n’est pas la consequence d’un processus epileptique primaire
encore inconnu, mais une consequence secondaire de la crise
epileptique. Plus les crises sont precoces et frequentes, plus pre-
coce sera la demence. Bleuler et Tramer ont signale que le degre
de la sclerose marginale dependait dans une certaine mesure de
l’intensite de la demence. Les spasmes vasculaires precedant les.
crises provoquent des lesions parenehymateuses plus ou moins
etendues, qui ne touchent pas seulement l’element ganglion-
naire, mais aussi le « gris nerveux » et les fibres tangentielles.
Ces lesions secondaires fournissent le substratum de la demence
epileptique.
Le psychiatre des asiles observe surtout les cas graves d’epi-
lepsie et sera tout dispose a partager l’opinion enoncee au
Congres des alienistes scandinaves de 1931, par Monrad Kron„
que les troubles graves du caractere se rencontrent surtout chez
les epileptiques internes, il sera egalement d’accord avec Carl
Schneider, que la cause essentielle de I’alteration du caractere
de l’epileptique est l’addition des sequelles decrites, ce point de
vue parait egalement adopte au moins en partie par Gruhle. Je
souligne avec satisfaction que mon distingue co-rapporteur, le
D' Braun, dans son expose clinique, est arrive a la meme conclu¬
sion. Cette communaute de vues me parait particulierement inte-
ressante a souligner, vis-a-vis de ceux qui, comme Mme Min¬
kowski, voudraient voir dans le caractere epileptoide, surtout un
trait constitutionnel hereditaire.
Le chapitre de la Physiopathologie sera divise en 2 para-
graphes : 1) les mecanismes neuro-physiologiques de la crise
epileptique et de ses consequences ; 2) les facteurs provoquants,.
c’est-a-dire les causes de l’epilepsie.
Nous verrons encore une fois que nos connaissances actuelles
se rapportent a la crise epileptique et que nous savons tres pen
sur la maladie epilepsie.
La crise epileptique est, d’apres Foerster, un symptome d’exci-
tation, c’est la decharge d’un element moteur frappe par l’exci-
tation primaire et ensuite l’irradiation de l’excitation sur les
elements voisins. II ne s’agit pas, comme plusieurs auteurs l’ad-
mettaierit et admettent encore, d’une reaction de liberation des
centres inferieurs par paralysie des centres superieurs, mais
comme 1’experience electrique peut le demontrer a chaque ins¬
tant, d’un effet d’excitation directe, une reponse inadequate k
ANA TOMOPA THOLOG1E DE L'EPILEPSIE 153
une excitation inusitee. L’exploration electrique directe de l’ecor-
ce cerebrale montre la reponse donnee par chaque territoire
cortical et comme cette excitation s’etend sur le voisinage. Le
clinicien connait cette facon de succession tout d’abord par les
symptomes de l’epilepsie jacksonienne, mais aussi dans la crise
de l’epilepsie dite essentielle nous voyons le meme mecanisme
d’apres le principe de la tache d’huile (Sahli) avec debut de la
crise d’un territoire precis et ensuite irradiation sur le voisinage,
En etudiant les symptomes de l’aura, on peut suivre particulie-
rement le glissement de l’excitation et de la decharge en suivant
certaines circonvolutions ; Stauder l’a demontre encore une fois
dans son interessant travail sur les confusions epileptiques.
Dans une succession rapide un de ses malades montrait des
hallucinations auditives, olfactives et ensuite des troubles vesti-
bulaires, optiques et paraphasiques. On voit dans ce cas courir
l’onde d’excitation depuis la pointe et la profondeur de la circon-
volution temporale sur toute l’ecorce temporale vers l’ecorce
visuelle. Stauder considere les symptomes vestibulaires de l’aura
comme symptomes d’excitation des centres corticaux du vestibu-
laire de Spiegel dans l’ecorce temporale. II considere la sensation
de la fin du monde dans la confusion epileptique egalement
comme en relation avec l’excitation des memes centres.
Cette courte description de l’onde excitatoire montre la possi-
bilite de rendre justice egalement a une autre conception qui voit
dans les symptomes epileptiques, non seulement un phenomene
d’irritation, mais aussi un phenomene de paralysie. La perte de
connaissance peut s’expliquer par la paralysie de toute fonc-
tion corticale. Excitation et paralysie sont physiologiquement
fortement apparentees, surtout lorsque l’excitation conduit a
une decharge aussi explosive comme la crise epileptique. Elle
conduit a de tels troubles secondaires aussi vasculaires que la
perte de connaissance devient la consequence necessaire de ce
trouble general de l’ecorce.
D’apres cette conception, la crise epileptique est d’origine cor¬
ticale, et meme dans l’epilepsie essentielle en partant toujours
du meme centre, comme le prouve failure stereotypee de beau-
coup de crises epileptiques chez un meme malade. D’autres
auteurs, cependant, presument un centre epileptogene extra-
cortical. Ainsi Muskens localise le centre epileptogene, meme
pour les crises qui ont une allure corticale, dans la moelle allon-
gee, la protuberance, la substance reticulee. Pour Muskens, la
crise epileptique est un « after discharg reflex » apres une
secousse myoclonique. La rapide perte de connaissance dans
151
H. STECK
beaucoup de crises qui n’ont pas une allure jacksonienne parle-
rait egalement pour une pareille localisation, puisque des trou¬
bles de la conscience partent le plus facilement de la region du
IV0 ventricule.
A cote des notions d’irritation et de paralysie, il faut egalement
envisager celles d’inhibition et de liberation. Quelques sympto-
mes epileptiques, en particulier certains spasmes, peuvent etre
compris comme l’expression de centres sous-corticaux liberes
de l’inhibition corticate. Des auteurs russes postulent une inhi¬
bition corticale, qui amenerait une liberation des ganglions sous-
corticaux. Speranski a fourni une contribution experimental a
■cette conception en congelant des centres corticaux. Pour lui,
toute epilepsie est une inhibition reflexe de l’ecorce, qui amene
une liberation secondaire des appareils sous-corticaux. On peut
trouver un certain appui a cette theorie dans la composante toni-
que de la crise epileptique qui, pour certains . auteurs, fait par-
tie de la symptomatology extra-pyramidale. Aussi, pour Krisch,
les symptomes toniques et moteurs atypiques de l’epilepsie sont
des troubles aigus des organes qui, dans les affections dites dys-
toniques, sont atteints d’une fa^on chronique. Foster Kennedy
parle de crises toniques qui ressemblent a la rigidite decerebree ;
il localise les myoclonies dans le corps strie, les phenomenes
cataleptiques dans la couche optique, le petit mal dans le lobe
frontal et les symptomes hallucinatoires dans les champs cor¬
ticaux sensoriels. Mais a cette conception de la localisation des
elements toniques et cloniques de la crise, on peut aussi opposer
une autre qui n’attribue pas a des localisations cerebrales diffe-
rentes ces diverses composantes, mais qui souligne que clonus et
tonus dependent avant tout de l’organe effecteur, c’est-a-dire du
muscle.
Nous ne voulons pas entrer ici dans cette controverse physio-
logique, mais nous arreter un instant au probleme des sympto¬
mes extrapyramidaux chez les epileptiques dements que nous
avions etudies il y a quelques annees, et les mettre en rapport
avec la nouvelle conception de la genese des lesions anatomo-
pathologiques exposee dans la premiere partie de notre rapport.
Ces symptomes, que nous avons decrit il y a quelques annees,
sont avant tout constitues par les attitudes speciales de certains
epileptiques dements qui ressemblent au Parkinsonisme avec
akinesie, attitude figee, poignee de main epileptique. Lorsqu’il
ne s’agit pas de lesions encephalitiques ou porencephaliques, ou
les syndromes stries sous forme d’athetose sont assez frequents,
il peut s’agir tout simplement de symptomes residuels de lesions
ANA TOMOPA THOLOGIE DE L’EPILEPSIE
155
vasculaires dans les ganglions de la base. Scholz trouve des foyers
lacunaires dans la couche optique, nous-memes nous avions
signale des amas nevroglitiques dans le corps strie. On trouve
egalement des hemorragies capillaires dans les ganglions de la
base, qui, lorsque le malade survit, conduiront a des foyers lacu¬
naires. La theorie vasculaire peut ainsi expliquer aussi une par-
tie de la symptomatology extra-pyramidale de l’epilepsie. Mais,
dans certains cas, il pourrait aussi s’agir d’une liberation des
fonctions extrapyramidales inferieures par defaut de regulation
corticate lorsque les lesions corticales deviennent plus etendues
dans les cas dementiels anciens, et c’est en effet chez ces mala-
des-la que les troubles de l’attitude sont les plus manifestes.
Ainsi, tous les symptomes durables de l’epilepsie, en dehors
des episodes convulsifs, sont des symptomes secondaires,. ils
constituent un syndrome post-epileptique au meme degre que
le parldnsonisme constitue un syndrome post-encephalitique.
II parait etre une loi generale de la physiopathologie cerebrale
sur laquelle nous avons attire l’attention deja plusieurs fois que
chaque phase hyper- ou parakinetique plus ou moins aigue est
suivie d’un etat chronique akinetique durable. Cela est vrai pour
1’encephalite epidemique, la paralysie generale, certaines formes
de catatonie et enfin pour l’epilepsie. Ces sequelles graves de
1’epilepsie sont surtout connues des medecins d’asiles, car seu-
lement chez leurs dements se developpent ces etats akinetiques
qui sont rarement interrompus par un eclair sporadique de
l’orage epileptique qui se retire.
Tous ces etats meriteraient encore une etude plus detaillee
et fouillee, tant au point de vue clinique qu’anatomo-patholo-
gique, nos connaissances des differentes formes de demences
pourraient en etre singulierement approfondies. Rappelons qu’il
y a 16 ans, notre collegue et ami Christoffel a expose pour la
premiere fois, dans ces memes lieux ou nous sommes reunis
aujourd’hui, ces recherches tres approfondies sur ce qu’il a appele
les syndromes exceptionnels dans l’epilepsie et il avait alors
isole des symptomes que nous avons trouves associes chez des
malades presentant des symptomes nettement extrapyramidaux ;
un de nos malades montrant les symptomes de l’interruptabilite,
de ^intercalation, de la lourdeur motrice, particulierement nets,
etait un malade presentant la catalepsie et des troubles de l’atti¬
tude, qui rappellent la rigidite decerebree.
Enfin, nous devons rappeler que la demence epileptique par
lesions en petits foyers lacunaires rappelle par certains traits la
demence paralytique du paralytique general chronique traite
156
H. STECK
mais non gueri par la malaria, flxant un stade moins avance de
la demence, caracterise surtout par uiie certaine affectivite col-
lante et visqueuse.
Comme nous ne connaissons pas de lesion anatomo-patholo-
gique primaire de l’epilepsie essentielle, notre interet se portera
sur le fond humoral et biochimique du phenomene epileptique.
La encore, une fois, nous devons mettre en garde contre des
conclusions hatives dictees par un besoin de causalite primitive
qui aurait la tendance de voir trop vite dans chaque trouvaille
faite dans l’urine, le sang ou le liquide cephalo-rachidien la cause
ou une des causes de l’epilepsie. La crise epileptique, comme
phenomene reversible periodique, parait s’expliquer aussi par
des oscillations periodiques des processus biochimiques, des
oscillations qui ont leur point d’attaque a la cellule nerveuse.
Deux auteurs allemands qui habitent actuellement la Suisse,
Georgi et Wuth, ont le merite d’avoir apporte une contribution
particulierement importante a nos connaissances des rapports
biochimiques tres compliques, qui accompagnent la crise epilep¬
tique. Le schema publie plus loin repose avant tout sur leurs
publications et je suis particulierement reconnaissant a notre col-
legue Georgi de m’avoir communique son schema alors qu’il
n’etait pas encore imprime, je l’ai quelque peu modifie et complete
en y ajoutant les rapports avec les lesions anatomiques et la
demence, tels que je les ai exposes dans la premiere partie de
mon rapport.
La suite de mon expose sera plus resumee et succincte, je vou-
drais seulement exposer quelques grandes lignes (1). Dans son
rapport presente a Diisseldorf, qui est aujourd’hui classique,
Foerster a distingue quatre categories de facteurs epileptogenes :
1. Les facteurs irritatifs : il en enumere 18 dont un est repre¬
sente par l’epilepsie essentielle ;
2. Le facteur important reduisant le seuil de l’irrit.abilite ;
3. Les facteurs accidentels ;
4. Des facteurs ictogenes.
La derniere categorie parait particulierement interessante au
point de vue clinique et patho-physiologique. Gowers a dit avec
raison que chaque crise epileptique etait partiellement la conse¬
quence de la crise precedente et la cause de la crise suivante.
Cela ne depend pas seulement des processus biochimiques rever-
sibles, mais repose sur une propriete fondamentale du systeme
(1) Les lecteurs frangais trouveront un resume analogue dans le rapport
ANATOMOPATHOLOGIE DE L’EPILEPSIE
157,
nerveux central, la canalisation dynamique (Bahnung) ou l’auto-
matisation d’un phenomene de decharge. II est, au point de vue
therapeutique, comme nous l’apprenait deja Sahli, important
d’empecher la creation de 1’habitude epileptique. Combattre par
tous les moyens la crise epileptique parait a la lumiere des faits
anatomiques, que nous venons d’exposer, s’imposer d’une ma-
niere tout a fait categorique ; nous empechons ainsi la creation
des lesions secondaires, base de la demence, mais nous empe¬
chons aussi 1’habitude epileptique. La justification de nos mesu-
res therapeutiques, qui ne sont pas du domaine de mon rapport,
se trouve dans nos conceptions anatomo-pathologiques et patho-
physiologiques actuelles.
Le fait que des crises epileptiques symptomatiques peuvent
etre provoquees par un grand nombre de facteurs irritatifs et
dans les circonstances les plus diverses, pourrait rendre la recher¬
che de la cause centrale principale presque impossible. On peut
considerer la crise epileptique comme une charge et decharge
successives de la cellule nerveuse. Muskens considere la crise
comme une reaction de decharge et la charge serait constitute
par l’amoncellement de certaines toxines provenant, soit du
metabolisme, soit du dehors, et dont l’accumulation amenerait
flnalement la decharge de la cellule, de sorte que la crise debar-
rasserait l’organisme en meme temps de certains poisons. Cette
theorie de l’intoxication et de la decharge invoque le fait clinique
que certains epileptiques paraissent soulages par la crise. La
decharge est nettement bienfaisante pour certains epileptiques
d’asile et pour leur entourage ; le personnel infirmier recon-
nait a l’irritabilite progressive de certains malades l’approche
d’une crise ; apres, ces malades seront, souvent pour assez long-
temps, de nouveau tranquilles et agreables.
Certaines excitations exterieures, qui provoquent directement
la crise epileptique, comme l’excitation electrique de l’ecorce
cerebrale, certains poisons peuvent provoquer dans chaque orga-
nisme sain une crise epileptiforme, d’autres facteurs, comme la
plupart des facteurs indirects, seulement dans certaines circons¬
tances. Ici, on ne peut pas se passer, surtout pour l’epilepsie
essentielle, de la notion de la variabilite du seuil irritatif et des
facteurs qui les regissent. Un abaissement du seuil de l’irrita-
bilite, soit par une maladie modifiant la constitution comme la
lues ou surtout par un trouble de la secretion interne amenera
deja une reaction epileptiforme a des influences quasi-physio-
logiques.
Foerster a partage les glandes a secretion interne en deux
H. STECK
groupes. II estime que les suivants abaissent le seuil de l’irrita¬
bilite et par consequent faciliteraient l’eclosion des crises : glan-
des surrenales, thymus persistant, corps jaune, pancreas, thy-
roide et epiphyse. La theorie surrenale a donne lieu a certaines
interventions chirurgicales, dont les espoirs ont ete nettement
degus et ont ainsi ebranle la theorie. II n’est pas etabli si le pan¬
creas agit par l’insuline. II est seulement certain que l’hypo-
glycemie provoque des convulsions epileptiformes, ce qui ne
veut pas dire que 1’hypoglycemie joue un role dans l’epilepsie
essentielle. Les recentes recherches de Munch-Petersen et de
Schou ont etabli que la glycemie a jeun des epileptiques n’est
pas abaissee, ils ont trouve seulement une courbe aplatie et pro-
longee sous l’influence de l’adrenaline et, d’autre part, en don-
nant du glucose, un seuil eleve de la glycemie. Nous avons cons¬
tate chez une epileptique un coma hypoglycemique qui ne pro-
voquait pas de crise.
Parmi les glandes pouvant elever le seuil de l’irritabilite et par
consequent diminuer le risque d’une crise, Foerster enumere la
parathyroiide, le thymus infantile, les glandes sexuelles, le pan¬
creas, la thyro'ide, et comme la plus importante, l’hypophyse.
Pour cette derniere, il se base sur la constatation clinique, que
la dystrophie adiposo-genitale est souvent accompagnee de crises
epileptiformes qui surviennent aussi dans l’aplasie de l’hypo-
physe tandis que l’hypertrophie de l’liypophyse produirait le
contraire, ce qui pourrait egalement expliquer la disparition des
crises pendant la grossesse. II se base egalement sur la consta-
tation experimentale de Altenburger et Stern qui chez 25 sur
40 epileptiques ne trouvaient pas d’hormone hypophvsaire dans
le liquide cephalo-rachidien.
Mais tout cela parait peu certain lorsqu’on lit les travaux
plus recents de Marx et Weber, sur lesquels se base aussi Stau-
der, qui admettent qu’une hormone vaso-constrictive, probable-
ment identique avec l’hormone hypophysaire, serait epilepto-
gene, Marx et Weber ont trouve dans le serum des epileptiques,
avant la crise, des substances elevant la pression sanguine.
Enfin, Me Quarry a pu, par l’absorption d’une grande quantite
de boisson et en administrant en meme temps de l’hypophysine,
qui est anti-diuretique, provoquer avec une grande certitude
l’apparition des crises epileptiques. Le mecanisme de cette expe¬
rience nous occupera encore plus loin. Ici, il s’agit surtout de
montrer que ces experiences ne paraissent pas favorables a la
th£se de Foerster, rangeant 1’hypophyse dans les facteurs dimi-
nuant l’irritabilite. La possibilite reste ouverte que, d’une part.
AN ATOMOPATHO LOGIE DE L'EPILEPSIE
159
Altenburger et Me Quarry n’emploient pas la meme composante
de l’hormone hypophysaire et qu’enfin la meme substance peut
selon d’autres facteurs, avoir tantot un effet inhibiteur, et tantot
un effet excitateur. L’etude de diverses secretions hypophysaires
parait du reste aujourd’hui envisager les choses d’une facon bien
plus complexe qu’a l’epoque ou Foerster presenta son rapport.
Le domaine de la secretion interne n’est pas le seul ou la
physiopathologie de l’epilepsie reste pleine de contradictions.
En examinant de pres notre schema synthetique, nous cons-
tatons que, parmi les facteurs centraux humoraux, ils se trou-
vent finalement trois qui se rangent parallelement : les troubles,
de l’equilibre acide-base, les troubles vaso-moteurs et l’oedeme,
qui agissent tous sur la cellule nerveuse en lesant sa respiration
(anorexie) et en troublant sa permeabilite, ce qui abaisse le seuil
d’irritabilite. Parmi les troubles de l’equilibre acide-base, on a
admis pendant longtemps, sous I’influence des recherches de
Bigwood, une alcalose decompensee ainsi qu’une diminution du
calcium ionise, comme facteur humoral important. Cette suppo¬
sition ne peut plus etre maintenue aujourd’hui. P.-H. Rossier
(Lausanne) et avant lui Dautrebande (Bruxelles), sont ai rives a
des conclusions opposees avec une methode qui parait plus
exacte. Rossier a examine chez 37 epileptiques l’equilibre acide-
base avec la methode electrometrique de Michaelis, en determi¬
nant en meme temps la reserve d’alcali. II a trouve dans l’etat
pre- et interparoxymal presque toujours des valeurs normales,
quelquefois un pH un peu diminue, done une acidose. L equi-
libre est fortement trouble pendant et apres les crises, presentant
alors des fortes variations. La constatation la plus certaine parait
l’acidose post-paroxysmale, provenant de la forte activite mus-
culaire avec production d’acide lactique. On a egalement invoque
comme preuve de l’importance de l’alcalose, la provocation d’une
crise par hyperventilation qui, en effet, peut provoquer une
crise epileptique. Ici, il faut dire que l’hyperpnee est loin de pro¬
voquer regulierement une crise. Parmi les malades examines
par Rossier dans le cas ou l’hyperventilation fut tentee, elle ne
provoqua jamais de crise epileptique, seulement des symptomes
de tetanie. Foerster indique que l’hyperpnee provoque seule¬
ment chez 40 % des epileptiques une crise. Laruelle obtenait
seulement dans 16 % de ses cas la crise epileptique. II parait
que certaines influences saisonnieres modifient egalement l’effet
de l’hyperpnee qui serait particulierement epileptogene au prm-
temps. L’hyperventilation amene des spasmes vasculaires et
1’anoxemie des tissus dans le cerveau. D’apres Wuth, les troubles
H. STECK
m
ANATOMOPATHOLOGIE DE L’EPILEPSIE 161
circulatoires et les troubles de l’equilibre acido-basique sont des
facteurs parallels qui, par un trouble de la nutrition cellulaire,
l’anoxemie tissulaire, exercent une excitation irritative sur la
cellule, comme l’admettent aussi Lennox et Cobb.
La theorie admettant, comme un des facteurs les plus impor-
tants, le trouble de la nutrition cellulaire, parait egalement confir¬
mee par le fait que l’anemie cerebrale dans la maladie d’Adam-
Stokes, dans l’asphyxie et surtout dans les diverses maladies
angiospastiques telles que l’hypertonie, qui amenent des spas-
mes vasculaires, entraine souvent des crises epileptiformes.
Krapf a pu montrer que l’epilepsie tardive se rencontre surtout
chez des malades hypertendus. Des phenomenes angiospastiques
ont ete constates sur les vaisseaux de la retine. Les constatations
anatomiques de notre premiere partie du rapport se rangent
ainsi facilement dans notre schema et y trouvent leur place bien
designee.
Le seuil de l’irritabilite cellulaire peut etre influence par des
changements dans la permeabilite de la membrane cellulaire, de
chaque forme d’cedeme dependant de la teneur du tissu en sel et
cn liquide. II peut aussi etre influence par les oscillations de
1’equilibre acido-basique, aussi quelques auteurs trouvent une
disposition particuliere a la decharge convulsive, lorsqu’il y a
■elimination augmentee de potassium. Les auteurs americains
ont le merite d’avoir porte une attention particuliere a ces
rapports.
Tandis que, precedemment, on avait justifie l’effet du regime
•cetogene, en acidifiant par antagonisme avec la fameuse alcalose,
Me Quarrie a pu montrer que le meme elfet anticonvulsif pouvait
etre obtenu par la diminution des boissons et la deshydratation
de l’organisme, tandis que la retention du liquide par augmen¬
tation de la boisson et diminution de la diurese amene plus sou¬
vent une crise epileptique que l’hyperpnee. L’augmentation de
l’apport de liquide produit un oedeme de la cellule et a, poui
consequence, une augmentation de la permeabilite et une augmen¬
tation de l’irritabilite. Le trouble de l’equilibre hydrique joue
un role particulierement important chez les enfants qui ont un
cerveau qui s’cedematise facilement. II doit etre mis en rapport
avec les conceptions d’autres auteurs americains sur le trouble
de la circulation du liquide cephalo-rachidien dans l’epilepsie.
Temple-Fay a trouve des alterations des granulations de Pac-
chjoni, ce qui empecherait la resorption du liquide cephalo-rachi-
■dien et aurait pour consequence des amas de liquide dans les
cspaces sous-arachnoidiens a la convexite du cerveau. Ces lacs
Ann. Med.-psych., XV' serie, 94' annee, t. I. — Fevrier 1936. 11.
H. STECK
162
liquidiens peuvent exercer une irritation locale et provoquer
des reflexes vasomoteurs. Aussi, Orzechowski voit le facteur
epileptogene le plus important realise par un trouble general de
la circulation du liquide cephalo-rachidien ou aussi localise qui
amene une stase dans les espaces sous-arachnoidiens et les espa-
ces de Virchow-Robin et exerce un effet epileptogene par irrita¬
tion mecanique et chimique. Orzechowski trouve, dans 1 effet
mecanique de la crise sur le cerveau, un mecanisme d’auto-
protection, puisque son effet aspirateur exerce un effet repara-
teur sur le trouble de la circulation liquidienne. Ainsi la crise
amenerait, d’apres Muskens, une elimination des toxines et,
d’apres Orzechowski, un retablissement de l’equilibre liquidien.
L’examen chimique du liquide cephalo-rachidien ne donne pas
de constatations particulieres ; les changements de la pression
liquidienne sont paralleles aux troubles vasculaires et au chan-
gement du volume cerebral. II y a d’abord abaissement de la
pression, puis forte augmentation pendant la crise. On ne peut
pas expliquer la diminution de la permeabilite hemato-liquidienne
au bromure, selon Walter. Nous avons egalement pu la confirmer,
mais surtout chez des malades chroniques avances, comme dans
la schizophrenic. II s’agit done encore d’un processus secondaire
et certainement pas d’un phenomene pathogene primaire.
Puisque, dans toute la physiopathologie et dans ses repercus¬
sions anatomopathologiques, on se heurte toujours a des pheno-
menes vasculaires, il n’est guere etonnant qu’on ait cherche a
trouver une origine centrale a cette dysregulation vasculaire
sous forme d’un trouble des centres vasomoteurs et vegetatifs
diencephaliques. Ainsi Salmon (Florence) a emis 1’hypothese de
l’origine diencephalique de l’epilepsie. Des tumeurs de l’hypo-
physe, qui exercent une pression sur cette region, provoquent
facilement des crises epileptiques. En tout cas, une labilite par-
ticuliere du systeme vegetatif est indeniable chez les epilepti¬
ques. Frisch lui a consacre une etude speciale et a montre que,
dans la crise epileptique, il y a decharge de la partie ergotrope
du systeme vegetatif (sympathique), comme dans la motilite
corticale et extra-pyramidale. Encore ici, la question primaire et
secondaire, cause ou consequence, reste inextricable pour le
moment.
Pour terminer, il nous reste a classer les diverses constata¬
tions serologique, humorales et urinaires qui etaient longtemps
au premier plan. Nous partageons l’opinion de Wuth et Georgi
que les faits dument etablis et confirmes n’ont pas de rapports
causals directs avec l’epilepsie, mais sont, comme 1 exprime
AN AT0M0PATH0L0G1E DE L’EPILEPSIE
163
notre schema, d’une part des faits concomitants, des alterations
preparoxystiques de 1’organisme et, d’autre part, l’expression de
l’oscillation continuelle et du retablissement de l’equilibre trou¬
ble par la crise.
Si nous voulons faire de veritables progres dans nos connais-
sances sur cette maladie toujours mysterieuse qu’est l’epilepsie,
il faut, avant tout, clairement distinguer entre les facteurs provo-
quants, les mecanismes centraux, symptomes paralleles et conse¬
quences.
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SUR TROIS CAS
D’HALLUCINATIONS VISUELLES
CHEZ DES CATARACTES
PAR
A. BRUNERIE et R. COCHE (i)
Les hallucinations visuelles bees a des lesions circonscrites des
voies optiques ont fait l’objet de maintes constatations anatomo-
cliniques, mais celles que l’on peut attribuer a des lesions du
globe oculaire sont moins connues. Leur existence ne semble
cependant pas douteuse, mais le petit nombre de cas rapportes
s’explique par la negligence que l’on met souvent a les publier, et
par le peu d’interet que portent trop d’ophtalmologistes aux phe-
nomenes psychiatriques.
11 nous a done semble tres utile de faire connaitre les faits de
cet o'rdre que nous avons eu l’occasion de rencontrer, tant en
clientele qu’a l’Asile. Les trois observations ci-dessous sont celles
de malades atteints de oataracte chez qui ont evolue les troubles
hallucinatoires tres nets.
Observation I. — ( Malade de la clinique psychiatrique du
Prof. Lepine, Asile de Bron).
M. S... est age de 78 ans au moment de son internement : il est
soigne depuis un an et demi par 1’un de nous chez sa fille et son
gendre.
Ancien boucher, il etait gros buveur et gros mangeur, surtout de
viande, mais n’avait jamais presente d’antecedents pathologiques
notables.
Il y a plusieurs annees apparut une cataracte bilaterale. En fevrier
(1) Travail de la Clinique neurologique et psychiatrique du professeur
Jean Lupine, Universite de Lyon.
Ann. Mf.d.-psych., XV* serie, 94° annee, t. I. — Fevrier 1936.
ritOIS CAS D' HALLUCINATIONS VISUELLES
167
1934, Pintervention qui s’imposait fut pratiquee par le Dr Blanc avec
toutes les precautions utiles. Comme le malade semblait somnolent
et presentait une tension a 17/9 les jours precedents, un dosage de
Puree sanguine fut pratique, qui montra un taux de 0,37, ainsi qu’une
analyse d’urine, qui demeura negative.
L’intervention se passe bien, mais le jour meme, le malade se
trouve, en quelques heures, en plein delire brutal avec confusion des
idees et une grande agitation qui nec.essite sa contention toute la
nuit. Au cours de ce premier acces qui revetait l’aspect du delire oni-
rique, il avait commence par arracher ses pansements, et compromis
ainsi definitivement le resultat de Pintervention.
Peu a peu, sans que l’on puisse afiirmer que se calme Petat deli-
rant, les acces d’agitation vont en s’espa?ant. Ramene chez lui quinze
jours apres l’operation et desormais completement aveugle, le malade
organise peu a peu, sur son delire onirique, une veritable hallucinose
tres curieuse.
Les hallucinations revetent, en etfet, au moins pendant cette pe-
riode initiale, le type zoopsique et professionnel, traduisant surtout,
semble-t-il, des preoccupations anciennes : animaux d’abattoir, trou-
peaux de bceufs, etc... Ce delire hallucinatoire, d’abord nocturne,
s’ affirm e de plus en plus, meme le jour. II s’agit simplement de phe-
nomenes visuels : lumieres, animaux, personnages ; a un certain
moment, il y a aussi des hallucinations lilliputiennes : betes et gens
de taille minuscule, s’agitent sur son lit.
Bientot, ce delire se complique du fait de preoccupations conti-
nuelles d’ordre sexuel, qui modifient le caractere des hallucinations
et font apparaitre des interpretations dirigees avant tout contre la
famille et l’entourage : il fait des propositions a la domestique, accuse
sa fille et son gendre d’amener, chacun de leur cote, maitresses ou
amants, reproche meme a sa petite-fllle de se livrer a des actes
indecents.
C’est ainsi que s’organisa ce delire qui dure depuis un an et demi
avec des insomnies a peu pres completes, une tendance panophobi-
que invincible, des tentatives de fugue. Ces derniers jours seulement,
la famille a du se resoudre a demander l’internement en raison de
l’attitude menacante du malade et des perturbations qu’il apportait
jour et nuit dans le menage.
Les jours qui suivent son entree, il ne ferme pas l’ceil, crie et
s’agite au point qu’il est necessaire de le maintenir. Il donne pour-
tant de plus en plus l’impression d’une desagregation senile ; son
delire semble moins organise et il fait penser a un confus mental en
pleine incoherence. L’origine toxemique de ces troubles peut etre
remise en question et on decide de pratiquer un dosage d’uree.
A l’entree, Panalyse revele 0,94 d’uree dans le sang. Huit jours
plus tard, on en trouve 0,55.
Vingt jours apres son internement, l’etat tres alarmant du malade
A. BRUNERIE ET R. COCHE
necessite une saignee d’urgence ; aussitot apres celle-ci, l’aspect
confusionnel disparait pour ceder la place a tout le syndrome hallu-
cinatoire avec agitation. Deux jours plus tard, mort par suite-
d’uremie.
Obs. II. ( Cette observation nous a ete communiques ires aima -
blement par le Dr E. Blanc, que nous tenons a remercier ici).
Mile B... est agee de 52 ans. C’est une paysanne d’un naturel calme-
qui n’a jamais presente jusqu’ici de desordres patholog'iques graves,
ni de troubles psychiques quels qu’ils soient. Ces derniers sont
apparus a l’occasion d’une baisse visuelle due a une cataracte bilate-
rale a evolution tres rapide.
Quand elle a ete examinee pour la premiere fois, amenee par son
frere avec qui elle vivait, les faits qui nous interessent remontaient a
un mois et demi ou deux mois : inquiete de voir baisser rapidement
sa vue, elle comment a devenir taciturne. Dans les trois dernieres.
semaines surtout, elle eprouvait a se diriger une peine considerable
en raison de la baisse visuelle, et devenait de plus en plus pemble
pour son entourage. C’est ce qui decida son frere a reclamer pour elle
une operation, car il avait peur qu’elle ne devienne folle, tant etait
bizarre son comportement.
Au point de vue ophtalmologique, l’examen revela une cataracte
bilaterale, complement mure a gauche et presque mure a droite :.
de ce dernier cote, seuls les doigts etaient vus a 0 m. 30. Cette cata¬
racte avait d’ailleurs un aspect un peu particulier qui posait la ques¬
tion d’une origine endocrinienne : devolution extremement rapide,.
elle avait fait son apparition chez une femme de 52 ans presentant :
un goitre assez volumineux — une grosse tumeur abdominale (flbrome
ou kyste de l’ovaire) et des troubles de la pigmentation cutanee (plages,
depigmentees entourees de zones d’hyperpigmentation).
Au point de vue psychiatrique, outre un certain degre de desorien-
tation imputable a sa cecite presque complete, il convenait de noter
des troubles du caractere : vivacite, impatience, mefiance, agressivite
survenant chez une femme tres calme auparavant. Enfin la malade
presentait des hallucinations visuelles dont 1’evqlution ulterieure a ete
particulierement interessante ; ces hallucinations etaient d’ailleurs
elementaires et peu caracterisees ; il semble que la croyance de la-
patiente en la realite de ses visions fut toujours limitee.
L’operation fut decidee et executee dans de bonnes conditions ;
cependant la malade fut tres agitee pendant l’operation et jusqu’au
premier pansement ; elle fut capable, a ce moment-la, de distinguer
les objets qui l’entouraient, ce qui la rassura. Depuis elle a retrouve
sa tranquillite et les hallucinations n’ont pas reparu.
Revue six mois apres pour l’operation de son second ceil, elle est.
tout a fait normale et n’accuse pas la moindre hallucination.
TROIS CAS D’ HALLUCINATIONS VISUELLES
169
Obs. III. ( Malade de la clinique psychiatrique du Pr Lepine ,
Mite de Bron).
Mme M... est agee de 60 ans au moment de son internement. Origi-
naire d’un petit village du departement du Rhone, elle aurait jadis-
presente des troubles mentaux assez nets pour necessiter son interne-
ment ; malheureusement elle est sans famille, et il n’est pas possible
d’obtenir a ce sujet de plus amples renseignements.
Elle etait dernierement, a l’Hospice de B... et, depuis un mois,.
donnait des signes d’alienation mentale, avec irritabilite et agitation,
qui necessiterent son transfert a l’Asile.
A l’examen, Mme M... est trouvee atteinte d’une cataracte bilaterale
tres nette qui entraine une cecite a peu pres complete. Les personnes
qui se meuvent devant elle sont per^ues comme des ombres vagues
et elle n’est capable de compter les doigts qu’a une distance tres
reduite (quelques centimetres). Confinee au lit, du fait de sa cecite,
elle mene une existence entierement renfermee sur elle-meme.
Au point de .vue psychiatrique, elle presente un syndrome halluci-
natoire tres net. Les hallucinations auditives sont evidentes : les yeux
fixes au plafond, elle parle souvent a haute voix, repondant a ses
soeurs, aux membres de sa famille, a ses voisins, qui lui parlent a
travers les murs et qui, pense-t-elle, se font ainsi entendre a distance
grace a l’electricite. Les hallucinations visuelles, qui etaient nettes au
moment de l’internement, ont marque depuis une certaine regression.
Elies etaient elementaires, et representaient des objets, des person-
nages et des scenes familiers a la malade. Celle-ci, d’ailleurs, n’ajou-
tait pas foi sans reserve au temoignage de ses sens et remarquait elle-
meme qu’ « on ne peut pas voir les gens qui sont absents ».
Depuis cinq mois d’observation, l’etat de la malade est inchange.
II ne parait pas possible de nier que les desordres survenant
an niveau du globe oculaire, abstraction faite du psychisme ou de
l'etat du cerveau, soient capables de troubler les perceptions au
point de donner naissance a des phenomenes hallucinatoires.
Baillarger lui-m&me, dans les dernieres annees de sa vie, a la
suite de troubles photopsiques qu’il eprouva a un ceil et qu il
attribua a des phenomenes circulatoires, admit nettement l’exis-
tence « de modifications des appareils des sens, dont les malades
n’auraient pas conscience ».
A tous ses degres en effet, la maladie de l’ceil, fut-elle incons-
ciente et minime comme un leger nuage flottant dans le vitre, ou
au contraire entrainat-elle une cecite tolale comme une cataracte
bilaterale avancee, voire meme une enucleation, fournit au cer¬
veau des excitations originales, qui n’ont pas leurs semblables
lors du fonctionnement normal des organes. C’est ainsi qu’une
170
.4. BR UN ERIE ET R. COCHE
retine soumise a des sollicitations anormales, ou un moignon
<le nerf optique qui percoit des sensations absolument banales,
les transmettront aux centres sous forme d’excitations ; ces
excitations insolites, qu’elles soient optiques ou meme banales,
seront l’objet d’une elaboration de la part de centres etroitement
qualifies qui ne peuvent donner naissanice qu’a des representa¬
tions visuelles. Une lesion qui atfaiblit la perception arrive, de
■cette facon, a creer des visions fantastiques des plus variables.
De meme, quel que soit le degre d’alteration de la fonction
visuelle, le malade conserve les sensations de son ceil et des
xnpuvements de son ceil, mais il ne leur accorde pas d’interet
et prete attention uniquement au spectacle qui se deroule en lui.
Ce sont pourtant ces sensations qui, selon toute vraisemblance,
forment l’espace hallucinatoire et conditionnent les modifications
spatiales des visions.
En somme, nous arrivons presque ici a estimer que ces hallu¬
cinations sont en realite dues a la perception d’un objet reel
(la lesion oculaire), mais mal interprets : les sujets qui subis-
sent ces visions sont tres souvent des vieillards, et on sait qu’ils
delirent aisement. Cependant, ce serait aller trop loin que de
soutenir cette theorie jusqu’au bout, car la vieillesse et la dimi¬
nution intellectuelle ne sont pas necessaires a l’apparition de
ces phenomenes. II semble plus juste d’attribuer une part res¬
pective dans ces faits a l’hallucination et au delire.
De toute facon, au terme de cette courte revue, une compa-
raison s’impose, qui n’a pas manque d’etre invoquee maintes
fois : ces phenomenes sensoriels, que l’on rencontre chez les
cataractes, sont du meme ordre que les phenomenes sensitifs
mentionnes chez certains amputes des membres et connus sous
le nom d’ « hallucinations du moignon ». Ces deux ordres de
faits ont, en realite, les memes droits au titre d’hallucinations ;
les uns comme les autres ne font 1’objet d’une conviction deli-
rante que dans la mesure ou les facultes critiques du malade
se trouvent diminuees.
Pour terminer, nous pensons qu’il n’est pas sans interet d’atti-
rer fattention sur le remarquable resultat que la therapeutique
chirurgicale a permis d’obtenir chez une de nos malades : l’inter-
vention a ameme la disparition radicale et definitive des pheno¬
menes hallucinatoires apparus a la suite du developpement
d’une cataracte ; nous y voyons la preuve quasi-experimentale
de la relation de causesa effet qui nous semble certaine entre le
trouble psycho-sensoriel et la lesion anatomique de l’organe
recepteur.
TROIS CAS D’HALLUCINA TIONS VISUELLES
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NOTE AU SUJET DES PEINTURES ET DESSINS
D’UN SCHIZOPHRENE MALGACHE
Au cours des deux annees pendant lesquelles nous avons
assure les fonctions de Medecin-Inspecteur de l’Asile d’alienes
de Tananarive, il nous a ete donne de suivre un malade particu-
lierement pittoresque, schizophrene, auteur de peintures et de
dessins dont l’etude nous a paru presenter un certain interet.
Le sujet dont il s’agit est un nomme Rasolomanana Victor-Emma-
nuel, homme de 45 ans, de caste andriana, sujet de type malais, de
peau claire.
Rasolomanana n’a pas connu son pere mort peu apres sa naissanee
et qui aurait ete un architecte repute, bon dessinateur, ayant pris
une part importante aux travaux de modernisation du Palais de la
Reine (construction des verandahs a arcades et des tours d’angle).
Aucun renseignement precis sur la mere morte apres l’entree du
malade a l’asile ainsi que ses deux soeurs ainees.
Mariage a 19 ans dont sont nes 3 enfants. L’aine mort en bas age.
Rasolomanana ne sait ce que sont devenus les deux survivants, un
gar$on et une fllle, qui frequentaient encore l’ecole au moment de
son internement.
Enfance studieuse, subit avec succes les divers examens qui mar-
quent les echelons de l’instruction primaire superieure a Madagascar.
Au terme de ses etudes, titulaire d’un diplome officiel d’instituteur,
Rasolomanana est employe a l’age de 19 ans dans les ecoles des Mis¬
sions protestantes anglicanes. Dans les annees qui suivent, apparition
de troubles progresses du caractere et du comportement — bizarre-
ries de la tenue et du costume, tendances revendicatrices qui sont
l’occasion a la fois d’incidents tumultueux dans la classe qu’il a a
diriger et d’observations mal supportees de la part de ses superieurs
des Missions evangeliques. Ceux-ci, convaincus de la nature patho-
logique de son etat, veulent le faire hospitaliser aux fins d’observa-
tion des 1’annee 1911, Rasolomanana etant a ce moment age de
Ann. Med.-psych., XVe sehie, 94' annee, t. I. — Fevrier 1936.
PEINTURES ET DESSINS D'UN SCHIZOPHRENE
22 ans. II refuse observation et traitement et prefere donner sa
demission de son emploi.
Yers la meme epoque, il rompt, apres quelques annees de vie conju¬
gate, lout rapport avec sa femme qui se retire avec ses enfants dans
sa famille. Rasolomanana va alors vivre avec sa mere et ses sceurs a
Ilafy dans la banlieue de Tananarive, ne se livrant a aucun travail
regulier et productif. II ne fait aucune tentative pour perfectionner
et appliquer a des productions dont il puisse retirer un benefice ma¬
teriel des dons naturels de dessinateur et de coloriste au moms
egaux a ceux de la moyenne des artistes hovas qui arrivent a s’as-
surer un gagne-pain par la vente de leurs oeuvres. Il se contente
d’exterioriser avec des procedes de fortune sur toutes les matieres
qui lui tombent sous la main : papier, carton, bois, la realisation
visuelle de ses ruminations autistiques. En meme temps, il arbore
un accoutrement extravagant, vetement de coupe europeenne avec
casque colonial, faux-col et cravate, agremente d’une ornamentation
sans signification, decoupures de pieces d’etoffe multicolores, objets
metalliques heteroclites, ne visant pas d’ailleurs a en imposer pour
des insignes de decorations honorifiques, la piece principale de cette
bimbeloterie etant constitute par un bouton de porte en email porte
en sautoir.
Il declare avoir ete pousse des cette epoque par un besoin d’in-
vention. En realite, les recherches qui absorbent la part de son acti¬
vity laissee libre par l’execution de ses peintures se reduisent a de
vagues tentatives de decoration d’objets usuels, malles a effets, saco-
ches de cuir, tentatives mal servies par le peu d’habilete manuelle
d’un sujet auquel la Bible et les manuels scolaires sont plus familiers
que le maniement des outils de Partisan. Rasolomanana vit ainsi
pendant douze a treize ans entierement a la charge des siens, sans
donner lieu, semble-t-il, a d’autres incidents qu’a des attroupements
d’enfants et de badauds suscites par sa mise extravagante. La police
doit cependant avoir a s’occuper de lui a diverses reprises et une der-
niere algarade au grand marche hebdomadaire de Tananarive oil il
crache par megarde, pretend-il, sur la robe d’une femme europeenne
qui le soufllette, l’amene au poste de police d’ou il est dirige sur l’ho-
pital indigene. Apres une courte observation, il est interne a l’asile
d’Anjanamasina ou il arrive le 9 fevrier 1924.
Le premier bulletin semestriel etabli apres six mois d’internement
{a out 1924) le signale comme atteint de « desequilibration men-
tale. Etat mental sans changement depuis son internement, carac-
tere tres irritable, se dispute assez souvent avec ses co-internes. La
plupart du temps il se plaint que sa nourriture est insuffisante et
reclame une ration supplementaire. Par ses idees delirantes de gran¬
deur et de persecution, il devient parfois dangereux. Les bulletins
des annees 1925 a 1926, etablis par un medecin indigene sans instruc¬
tion psychiatrique bien poussee, restent dans la meme note. Dese¬
quilibration mentale. Intelligence faible (?), memoire faible (?). Idees
V.-L. HUOT
de persecution le rendant difficile a conduire, se plaint qu’on le
inaltraite, qu’on veut le faire'mourir a l’asile. Desequilibr6 a carac-
tere bizarre, fantasque et irritable. Se plaint de temps a autre de
douleurs cenesthesiques vagues ». Au premier semestre 1927, Raso¬
lomanana est etiquete sans autre commentaire comme atteint de
psychose systematisee progressive, et cette mention est reproduce
automatiquement sur les bulletins semestriels successifs jusqu’au
debut de 1933, epoque ou nous avons commence a observer ce
malade.
Ce qui frappe chez lui a l’heure actuelle, dans un etat vraisembla-
blement constitue depuis de nombreuses annees et en tous cas sans
modification pendant les deux ans durant lesquels nous l’avons
suivi, c’est la discordance entre les troubles profonds de l’affeetivite
et du pragmatisme et la conservation a peu pres complete des famil¬
ies purement intellectuelles, malgre les conditions assez penibles
d’un internement de dix ans et une duree totale devolution du syn¬
drome psychiatrique de plus de vingt-cinq ans.
Rasolomanana s’exprime en un francais parfaitement correct, avec
une certaine recherche et une tendance a la phraseologie emphati-
que auxquelles il n’y a pas a attribuer une signification particuliere
et qui sont celles de tous les Malgaches parvenus a son degre d’ins-
truction.
Les tests elementaires auxquels nous l’avons soumis sont dans l’en-
semble des plus satisfaisants. Les epreuves d’attention (lettres a
barrer dans un texte, epreuves de labyrinthes) sont executees rapi-
dement sans fautes.
Les epreuves de jugement (phrases absurdes, phrases en desordre)
donnent lieu a des reponses correctes.
La solution juste d’un petit probleme d’arithmetique aVec appli¬
cation de la regie de trois est donnee rapidement.
Parmi les epreuves de memoire, seules sont assez faibles les epreu¬
ves de memoire auditive des chiffres. La memoire d’evocation et de
reconnaissance est relativement bien conservee. Rasolomanana se
rappelle parfaitement la date de son internement. II a garde le sou¬
venir exact des evenements survenus a 1’asile depuis 10 ans : noms
des directeurs et des medecins inspecteurs qui s’y sont succede.
A cote de ces elements remarquablement conserves de son psy-
chisme, l’affectivite marque une baisse tres marquee. II ignore ce que
sont devenus sa femme et ses enfants dont il etait separe depuis une
douzaine d’annees au moment de son internement, et n’est preoc-
cupe de leur sort a aucun moment.
Malgre le peu de valeur des renseignements de son dossier relatifs
au debut de son internement, bulletins etablis par des medecins
indigenes de faible instruction psychiatrique et mediocrement obser-
vateurs, il semble bien qu’il ait presente a ce moment des tendances
revendicatrices assez accusees. Ces tendances actuellement et depuis
deux ans que nous le suivons se sont considerablement attenuees.
FEIN TU RES ET DESSINS D’UN SCHIZOPHRENE
175-
Rasolomanana se montre parfaitement docile vis-a-vis du personnel
de l’asile. Au cours de nos interrogatoires, s’il est assez porte a se
plaindre de sa 'situation et de sa privation de liberte, c’est sans acri-
raonie et sur un ton humble et resigne. II se plaint principalement
de la turbulence de voisins de chambre un peu agites, sans pourtant
se montrer vis-a-vis d’eux ni violent ni agressif. II manifeste a ce
sujet une ebauche de syndrome d’influence declarant que l’agitation
de ces malades resulte de Paction de riiauvais esprits dont il ressent
lui-meme les atteintes qu’il compare aux effets d’une « sorte d’elec-
tricite ».
On ne peut cependant pas parler des veritables interpretations
delirantes a propos de ces declarations basees sur une explication
des troubles mentaux traditionnelle dans la race malgache.
Le plus gros grief formule par Rasolomanana contre ses voisins,.
c’est de le troubler dans l’execution de ses oeuvres picturales. En
nous presentant ses doleances a ce sujet, il se declare profondement
« decourage » au point de se sentir « comme agonisant ».
Il ne semble pas d’ailleurs que les productions plastiques de
Rasolomanana, contrairement a la premiere impression qu’elles
peuvent donner, soient le simple produit d’un facile automa-
tisme. La plupart sont restees inachevees et celles qu’il considere
comme terminees ne l’ont ete qu’apres de longs efforts. Rasolo¬
manana, a qui nous avons apporte un jour un certain nombre de
cartons de photographe, n’a pas manifeste la satisfaction pro-
fonde que nous attendions chez lui de cette possibility d’executer
ses peintures sur une matiere se pretant infiniment mieux a ses
essais que les objets heteroclites utilises par lui jusque la. Sa
production s’est reduite des ce moment a une serie de peintures
qu’il s’est cru oblige d’executer sur commande (reproduction du
palais du Gouvernement general, vues panoramiques de Tana¬
narive, paysages divers) et qui sont loin de presenter l’originalite
et l’interet des oeuvres spontanees anterieures a notre interven¬
tion.
Il est a noter qu’aussi bien dans son ancienne que dans sa nou-
velle maniere, Rasolomanana s’est toujours cantonne dans des
productions imaginatives et symboliques a base de souvenirs
visuels anciens et qu’a aucun moment il ne s’est essaye a une
reproduction d’apres nature de figures, scenes ou paysages qu’il
a actuellement sous les yeux. Rasolomanana vit d’ailleurs can-
tonne dans un coin de la salle commune qu’il occupe, ou il s’est
amenage une sorte d’atelier pittoresque, fouillis de recipients de
toute forme et de toute matiere, assiettes, gobelets, boites de
conserve pour ses couleurs, reseau complique de ficelles tendu.es.
auxquelles il suspend certaines de ses oeuvres, des sacoches rem-
plies de cartons et ses baroques oripeaux d’apparat. Dans un
coin est install a la place d’honneur une malle debout surmon-
tee d’un fronton architectural de bois decoupe avec de chaque
cote de ce fronton deux tourniquets a quatre branches sans
signification et sans utilite, cet ensemble saugrenu representant
celle de ce qu’il appelle ses « inventions » dont il est particulie-
rement tier. Rasolomanana, quand il est prevenu de notre visite
ou de celle de personnages de quelque importance, ne manque
iamais de se revetir de l’accoutrement baroque decnt plus haul.
Le jour oil nous sommes venu le voir accompagne dun p o o-
graphe, il s’est tres complaisamment campe devant 1 objectit
dans une pose avantageuse.
Nous avons retenu de sa production cinq specimens caracte-
ristiques qui nous ont paru particulierement interessants par ce
qu’ils nous permettaient de mettre a jour des complexes ideo-
affectifs dominant chez ce malade.
Le specimen de la figure 1 qui nous parait le plus cuneux
represente un personnage demoniaque dans un decor de bureau
moderne — imposante table-bureau, bibliotheque, fauteuil tour-
nant Ce personnage, courbe sur le bureau et tournant vers le
spectateur une face grimacante, noircit de chiffres et de figures
cabalistiques une grande feuille de papier. La signification d un
etre satanique occupe a une tache de magie parait evidente.
Ce au’il v a d’imprevu dans cette representation, c est la
curieuse ressemblance avec les figures diaboliques de 1’imagerie
religieuse de notre moyen age occidental. Il y a la une rencontre
tout a fait inattendue entre 1’inspiration de l’imagier primitif du
moyen age catholique et celle de ce hova faconne par 1 eglise
reformee qui n’a certainement jamais eu sous les yeux aucun
document iconographique du type de ceux auxquels on ne pent
s’empecher de comparer son etrange composition. Or, quand on
demande a Rasolomanana la signification de cette representa¬
tion, il repond qu’ayant entendu dire qu’on. arrivait a realiser en
Europe des dressages surprenants d’animaux, il a imagine e
voulu representer un singe parfaitement dresse qui occuperait
dans un bureau la place d’un ecrivain-comptable. Il a dailleurs
ecrit en legende sur une sorte d’ecusson dans la partie droite de
la composition : « Raillerie — Ecrivain — Comptable » A en
croire l’auteur, il n’y aurait dans cette peinture aucune intention
de representer une figure satanique. Il y a vraisemblablement
lieu de suspecter a ce sujet la sincerite de Rasolomanana qui
semble ne pas vouloir avouer sa hantise du satamsme et donne
de figures analogues d’un autre document une interpretation
PEINTURES ET DESSINS D'UN SCHIZOPHRENE
177
<. Med, -psych., XV' serie, 94' annee, t. I. — Fevrier 1936.
12.
178 V.-L. HUOT
specieuse et peu vraisemblable. En admettant que ses explica¬
tions soient fournies de bonne foi, il n’en resterait pas moms que
1’ obsession satanique, peut-etre non parvenue chez lui a la claire
conscience, est certainement au nombre des influences dornman-
tes de son subconscient.
Dans le specimen de la figure 2, on voit apparaitre, en outre de ,
figures diaboliques analogues a celles de la premiere composi¬
tion l’exteriorisation d’un complexe assez curieux, qm a ses
racines dans l’association des plus fortes impressions de 1 en-
fance de l’auteur. . . , _ ,
Rasolomanana, qui serait ne vers 1889, devait avoir de 7 a
8 ans au moment de la prise de Tananarive par le corps expedi-
tionnaire francais. Cet evenement capital de l’histoire de son
pays, l’ecrasement rapide de l’armee hova reputee invincible, le
spectacle des parades et defiles des troupes victorieuses out cer-
tainement etc l’occasion de chocs emotifs particulierement mten-
ses pour une sensibilite d’enfant.
A la meme epoque, Rasolomanana commencait a frequenter
l’ecole de la « London Missionary Society », et la figure du reve¬
rend anglican se gravait dans ses souvenirs d’enfance avec un
relief egal a celui de la silhouette du chef militaire francais defi-
lant en tete de ses troupes.
On pourrait s’attendre a trouver dans des compositions ou
ressortent les souvenirs les plus fortement graves de son enfance
ces deux types reproduits separement avec chacun leurs carac-
teres propres. Or, dans toutes les productions de Rasolomanana
sans exception, on se trouve en presence d’une curieuse fusion
des deux prototypes. Dans le specimen n° 2, vaste composition a
multiples personnages, on distingue a gauche un rassemblement
de militaires europeens copieusement galonnes et decores, meme
les simples porteurs de fusil dans la position de « Presentez
armes ». En tete du groupe et en posture de chef un personnage
avec les traits tres reconnaissables d’un clergyman britanmque
et tenant a la main une Bible est revetu.d’un uniforme multi-
galonne et coiffe d’un casque colonial du modele reglementaire
dans l’armee coloniale francaise jusqu’a ces dermeres annees,
modele qui n’a jamais ete arbore par aucun sujet britanmque.
La main gauche qui tient une Bible laisse pendre, tenu par la
beliere un sabre imprevu. Au centre de la composition, dans la
partie superieure, deux figures sataniques, personnages cornus
et oriffus, grimacant et gambadant, et au-dessous des demons
deux anges en priere. A noter l’inattendu de cette disposition,
alors qu’on s’attendrait a voir les anges portes dans le ciel par
PEINTURES ET DESSINS D’UN SCHIZOPHRENE
179
des nuages et les figures diaboliques dans la partie inferieure du
tableau. A noter egalement sur le meme plan que les demons en
retrait, deux civils europeens, colons ou administrateurs. Raso-
lomanana, dans le commentaire qu’il nous fait de son tableau,
se defend, comme pour l’image precedente, d’avoir voulu repre¬
senter des figures sataniques. Ce ne serait, d’apres lui, que des
V.-L. HUOT
acteurs revetus d’un deguisement, un jeu de *
partie droite de la composition paraissant s’opposer au gW
de gauche sont fierement campes deux personnages de 1 ancien
regime malgache, un hova de caste noble revetu du lamba tra-
ditionnel, raidi dans une attitude de morgue hautaine et un
chef militaire de l’ancienne armee hova P01^nt j'aut
orgueilleux heros de 1’independance noire une ^rge lace
negroide d’un type assez repandu dans les armees de 1 ancien
regime ou les fiers andrianas de race malaise, plus soucieux e,
grasses prebendes administratives que de posies perilleux ne
craignaient pas de voir acoeder a des commandements impor-
tants des autochtones negroides des provinces du Nord on du
Sud de l’ile. Comme fond de ces deux figures, un village fortifie
de 1’ ancien regime, un de ces « rova » ou les garmsons des
anciennes reines se tenaient a l’abri des coups de
dans le coin inferieur de droite, se voit une vague figure allego-
rique assise dans une sorte de bachot propulse par une moto-
godille, representation ou apparait, en outre des influences tra-
duites par le reste du tableau, la forte impression prodmte sur
Rasolomanana par la brusque revelation des conquetes du ma-
chinisme europeen. . „
Rasolomanana donne de sa composition une interpretatio
dont la sincerite nous parait assez douteuse et ou domme la
negation deja signalee de la preoccupation satamque. II est
d’ailleurs probable que les tendances qu’y revele une analyse
objective restent chez lui assez confuses et n’emergent pas clai-
rement de son subconscient. Dans une legende calligraphiee en
style amphigourique sur une feuille de papier rapportee et
composee longtemps apres l’execution du tableau il declare
qu’il a voulu realiser un « Jeu de recherche oracu euse mira-
€ Culeuse et mysterieuse. Le Messie... Dieu. Satan. Jeu de mas-
« ques. Anges. Armee.
« Apres l’execution de faits tres compliques, vous trouverez
« et aurez un pays celeste, le Paradis celeste et qui peut etre
« le Rachete de la vie terrestre selon Dieu et Eternel. Trouver
« Satan, la Sainte Conception inee, Jesus et Jesus.
« C’est impossible pour la vie terrestre ».
Meme en admettant ce commentaire ou nous soupconnons
Rasolomanana d’estomper et de presenter sous une forme ano-
dine ses tendances veritables, on ne peut que trouver dans cette
allegories l’expression d’un doute serieux sur la qualite reelle
d’une confession religieuse aussi etroitement associee a la force
armee de l’envahisseur. En depit de la prudente absence de
conclusion representee par l’affirmation que trouver parmi les
PEINTURES ET DESSINS D’UN SCHIZOPHRENE 181
personnages du tableau qui est le Messie et qui est Satan.
« C’est impossible pour la vie terrestre », il semble bien que
pour Rasolomanana ce porteur de Bible galonne et traineur de
sabre, commandant des mouvements de maniement d’armes,
sente quelque peu le fagot. A noter egalement le rapprochement
assez subversif sur le meme plan de deux civils europeeris et
des deux personnages demoniaques.
II est peu douteux que dans l’esprit de Rasolomanana, au
dela de la vie « terrestre », le moment ou le royaume de Dieu
sera realise sur la terre verra un renversement des valeurs et
le retour a la place preponderate des personnages de l’ancien
regime hova opposes a la partie droite du tableau dans des pos¬
tures si avantageuses au groupe de gauche oil la force des
baionnettes a bien l’air de representer le plus effectif moyen de
propagande de l’evangelisateur europeen.
Dans le specimen de la figure 3, on retrouve encore plus
accentuee la tendance a une militarisation qui s’etend cette fois
a la femme et aux enfants d’un ministre de culte. La femme du
pasteur a uniforme et kepi brode de general est elle-meme
revetue d’un costume a insignes militaires ainsi que les deux
enfants, un petit gargon et une fillette, le petit gar^on tenant
fierement le sabre paternel. Tout contre le groupe familial et
bien en valeur au centre du tableau, des rails de chemin de fer
et sur la droite l’esquisse inachevee d’une voiture automobile
associent plus nettement que dans l’image precedemment etu-
diee les deux complexes de la religion militarisee et du progres
mecanique.
Comme fond du tableau, une vaste construction compliquee
avec tourelles et clochetons pretentieux, et en retrait, a l’etat
d’ebauche au crayon, des constructions analogues etagees sur
les pentes de mamelons abrupts du type des collines de Tanana¬
rive, traduisent des tendances a la megalomanie architecturale
sur lesquelles nous reviendrons au sujet de l’image suivante.
Dans la partie droite du tableau, des musiciens de fetes forai-
nes malgaches places sur une estrade et sous les branches d’un
arbre stylise, reminiscence de sapin de Christmas, ne paraissent
pas avoir de signification nette, encore que la psychanalyse
freudienne ne manquerait sans doute pas d’y voir symbolise le
refoulement de preferences inavouees pour les ebats tradition-
nels au son du tam-tam de chanteuses et danseuses offrant un
spectacle sensiblement plus epice que les pales rejouissances
du Christmas anglican avec ses preches austeres et ses cantiques
compasses.
Le specimen de la figure 4 intitule paysage apocalyptique
182
V.-L. HUOT
montre au premier plan un monument colossal rappelant un
orgueilleux bourg feudal. Sur le toit de constructions modestes
au tout premier plan est ecrite la legende « Batiments, monu-
rtfftii!
PEWTURES ET DESSINS D’UN SCH1Z0PHRENE
ments, echantillons », dans le but de donner l’echelle du monu¬
ment type de cette nouvelle Jerusalem qui doit depasser en
splendeur toutes les tentatives architecturales connues de l’au-
teur. On retrouve la 1’exageration chez Rasolomanana de 1 ideal
iir%acce»»Tble pour
184
V.-L. HVOT
architectural des hovas des hauts plateaux. II n’est pas en effet
parmi eux de personnage de quelque importance qui ne reve
de constructions ambitieuses avec tours et clochetons. En
retrait et nettement depasses par le monument du premier plan
se voient le palais de la reine et le palais du premier ministre
de Tananarive, tin du fin de la megalomaniaque architecture
hova. Au dela, un panorama bossele et tourmente de paysage
imerinien s’etendant a l’infini jusqu’a la mer. Au-dessous du
tableau, une legende porte l’indication : longueur, environ
2.400 km. Ce qui correspond a peu pres a la plus grande dimen¬
sion de Tile de Madagascar. .
Le 5e specimen retenu dans la production de Rasolomanana.
est une curieuse composition ou l’on serait tente de trouver
quelque chose de baudelairien. Une femme nue, chaussee d’es-
carpins et de chaussettes, tient d’une main dans un geste hie-
ratique un bouquet de fleurs et de feuillages stylises et de
l’autre un voile qu’elle vient de retirer en decouvrant des orga-
nes sexuels complaisamment exposes. Dans l’abondante produc¬
tion de Rasolomanana, cette piece est la seule ou se fasse jour
un complexe sexuel. L’auteur a d’ailleurs reconvert apres coup
la partie licencieuse du personnage d’une bande d’etoffe.
Cette analyse des oeuvres de Rasolomanana ne tire pas son
interet d’un point de vue uniquement psychiatrique. Le cas de
ce schizophrene a tendances artistiques ne constitue pas une
rarete clinique. Ce qu’il presente de particulier, c’est que la pro¬
duction de Rasolomanana, comme nous 1’avons deja signale,
n’est pas le resultat d’un automatisme spontane et sans effort.
Depuis que nous avons mis a sa disposition un certain nombre
de cartons, il ne manque pas de nous declarer a chacune de nos
visites que les compositions qu’il se croit oblige d’y executer lui
imposent des efforts considerables d’ou resulte pour lui une
extreme fatigue.
D’un autre cote, le syndrome mental observe chez Rasoloma¬
nana, constitue principalement par une dissociation psychique
avec conservation des facultes purement intellectuelles et trou¬
bles electifs du pragmatisme et de l’adaptabilite sociale, ne
montre aucune activite delirante. Si Rasolomanana semble avoir
presente au debut de son internement des tendances revendica-
trices bien attenuees aujourd’hui, elles n’ont jamais abouti a
l’edification d’un systeme delirant qui, en 1’absence de tout
affaiblissement dementiel, n’aurait pu chez lui que s’organiser
et s’enrichir progressivement. Rasolomanana n’a pas davantage
evolue vers le stade de la satisfaction avec idees de grandeur. II
s’ensuit que la dissociation schizophrenique de notre malade
PEINTURES ET DESSINS D’UN SCH1Z0PHRENE
185
n’est a l’origine des productions plastiques executes par lui que
dans la mesure ou elle l’a rendu incapable d’une actrnte nor-
malement productive et adaptee aux exigances professionnelles
et sociales, lui donnant comme unique but gravement poursum
de son existence ce qui n’aurait ete chez un sujet normal que
violon d’Ingres et delassement des moments de loisir. De ce fait,
on ne retrouve guere dans ces productions l’mfluence dune
inspiration nettement morbide et l’interet de leur analyse est
plutot d’ordre psyehologique que psychiatnque. Les complexes
qui peuvent y etre mis en evidence sont ceux qu’on trouverait
plus ou moins latents dans le subconscient de la plupart des
hovas de sa caste et de sa generation ayant ete soumis dans
l’enfance aux memes chocs moraux. S’il y a chez Rasolomanana
une deviation vers 1’obsession satanique des tendances mysti¬
ques assez inattendue chez un adepte du plus rigide protestan-
tisme, on chercherait en vain chez lui la rnomdre ebauche de
delire demonopathique.
D’un point de vue extra-medical, nous avons deja relate la
tres curieuse rencontre d’expression de ses representations de-
moniaques avec celles des imagiers primitifs, les figures dia-
boliques de Rasolomanana rappelant tr6s etrangement tels mo¬
tifs d’enluminures du xive ou xv* siecle europeens, documents
cm’il n’a certainement jamais eus sous les yeux. Nous ne pen-
sons pas qu’il y ait lieu d’insister outre mesure sur le complexe
sexuel mis a jour dans le specimen n" 5, cette figure licencieuse
ou apparait le refoulement freudien restant a l’etat d exemplai-
re unique dans la production de Rasolomanana.
Les autres complexes des specimens 2, 3 et 4, culte de la force
militaire, haute importance de l’uniforme chamarre indispensa¬
ble pour donner tout son prestige a un personnage de marque,
fut-il le plus pacifique clergyman, admiration pnmaire des ma¬
nifestations du progres mecanique, engouement pour les cons¬
tructions demesurees et d’un pretentieux mauvais gout, repre¬
sented les dominantes de la mentalite generate hova. Enfin, la
mise a jour des tendances plus ou moins nettement exprimees
par Rasolomanana dans la composition n" 2, opposition aux per-
sonnages symbolisant l’influence occidentale de figures de 1 an-
cien royaume hova, et vague esperance messianique d’une res-
tauration dans toute sa splendeur de l’ancien ordre de choses,
tire tout son interet de la lumiere qu’elle projette sur le trefonds
de fame hova et les aspirations profondes cachees sous un appa¬
rent loyalisme de nombre des descendants des anciens andria-
nas depossedes de leurs privileges de caste par la conquete
fran?aise.
VIT AMINE C
PRECARENCE ET NEUROPSYCHIATRIE
TAR
H. BEKSOT (de Neuchatel)
La vitamine C dite « antiscorbutique » est relativement ins¬
table. Elle est repandue dans le regne vegetal. On la trouve dans
les legumes verts (choux, salades), dans la rhubarbe et dans cer¬
tains fruits (tomates, pommes, poires), les oranges et les citrons
en contiennent une plus grande quantite (0,5 mgr. a 1 mgr. par 1 a
2 cc. de jus).
Le scorbut est une avitaminose connue depuis la plus haute
antiquite. Deja Hippocrate et Pline la decrivent. Une grande fan-
taisie a regi son traitement ; cependant, au xvr siecle deja, on a
recommande le jus de fruits comme un medicament efficace. II
appartenait aux recherches experimentales de notre siecle de
decouvrir la raison de cette vertu curative. Holst et Frohlich (1)
montrent en 1912 iqne le cobaye sur regime carence presente apres
quelques semaines des symptomes de scorbut experimental cura-
bles par le jus de citron. Seize ans apres, Szent Gydrgyi (2) mon-
tre que cet effet curatif est attribuable a un acide qu’il appelle
« hexuronique ». Cinq ans plus tard, Reichstein (de Zurich) (3)
synthetise cette vitamine et dissipe le mystere de sa constitution
chimique. Des lors la vitamine C ou acide l-ascorbique est lancee
par l’industrie pharmaceutique sur le marche et fait carriere
avec une rapidite remarquable.
La decouverte de la vitamine C syntlietique donne un essor
puissant a toutes les recherches experimentales et cliniques. Les
(1) Holst (A.), et Frohlich (T.). — Zeitsch. /'. Hyg. und Infektionsk., 72,
1, 1912.
(2) v. Szent Gyorgy (A.). — Biochem. Journal, 1928, vol. 22, p. 1387 et
1934, p. 588 ; — Deutsche med. Wochenschr., 1934, n° 15, p. 556.
(3) Reichstein, Grussner et Oppenauer. — Helv. Chim. Acta, 1933, vol. 16,
p. 561 et 1019 et 1934, vol. 17, p. 311 et 510 ; — Nature, 1933, vol. 131, p. 280,
Ann Med.-psych., XV“ serie, 94« annee, t. I. — Fevrier 1936.
188
H. BERSOT
symptomes du scorbut sont etudies, disseques, analyses d’une
maniere approfondie. On se rend compte que cette avitaminose
provoque des symptomes pathologiques etendus aux divers sys-
temes de l’organisme et qu’un simple appauvrissement en vita-
mine G donne naissance a des signes cliniques determines.
A la peri ode d’etat, le scorbut experimental se manifeste chez
le cobaye, ainsi que le decrit Demole (1) :
« ...par des tumefactions des regions juxta-articulaires et des
hemorragies sous-cutanees. Les cobayes, genes dans leurs mouve-
ments sautillent au lieu de courir. Quand les tumefactions sorit
considerables, ils restent couches sur le ventre ou sur le flanc et pren-
r.ent des « positions antalgiques ». Lorsqu’ils progressent, e’est en
reposant sur le tarse, metatarse, carpe, metacarpe entiers, en glissant
sur le ventre, en s’appuyant sur le menton. Ils sont alors indifferents
et stupides. L’appelit fait defaut. Les animaux machonnent le foin
sans le deglutir, l’estomac est toujours vide ou presque. Les troubles
sphyncteriens apparaissent, il y a incontinence vesicale et intestinale.
Dans le scorbut grave, les membres posterieurs paraissent parfois
paralyses, mais les nerfs restent toujours excitables. La cause de
cette paralysie ou paraplegie reside dans une ankylose articulaire
uni ou bilaterale. »
Mais avant d’en arriver a ce stade avance, les animaux presen-
tent des symptomes de precarence. Leur comportement change :
« ...Ils deviennent moins agiles, moins attentifs, parfois immobiles,
ils ne jouent ni ne se pourchassent. Bientot sensibles et craintifs, ils
sifllent plaintivement quand on essaie de les saisir. Places sur une
table, ils ne fuient plus « en fleche » comme font les cobayes nor-
maux, mais demeurent sur place, imcapables de prendre une deci¬
sion. II faut les bousculer pour provoquer le depart... »
Des lesions anatomiques dentaires surviennent, au quatrieme
jour de l’experience, deja bien avant l’apparition des premiers
symptomes ( Hdjer-Westin ) (2).
Chez l’homme, le defaut de vitamine C provoque un affaiblis-
sement progressif, des douleurs dans les articulations, de la
secheresse de la peau, une baisse du tonus nerveux et psychique.
Les gencives deviennent delicates, saignantes, elles s’ulcerent.
(1) 'Demole. — « Les symptomes nerveux dans les avitaminoses experi-
mentales ». Revue medicate de la Suisse romande, fevrier 1936.
(2) Hojer (A.) et Westin (G.). — Vjschr. Zahnheilk., 1924 ; — Dent.
Cosmos, 1926, 1.
VI 1' AMINE C, PRECARENCE ET NEUR0PSYCHIATR1E
Des hemorragies sous-muqueuses se produisent dans la bouche,
les dents se dechaussent, le squelette se decalcifie, les travees
osseuses se rarefient ; des ecchymoses, des infiltrations sangui¬
nes, des hemorragies apparaissent, puis des oedemes, de la dysp-
nee ; une diarrhee persistante succede a la constipation du debut,
les selles contiennent du sang. La temperature s’abaisse progres-
sivement, la prostration devient toujours plus forte et se termine
par la mort. Chez les nouveau-nes, le defaut de vitamine C pro-
voque la maladie de Moeller-Barlow, caracterisee par des dou-
leurs osseuses, des hemorragies sous-periostees, un affaiblisse-
ment et un amaigrissement progressifs.
Les symptomes de precarence ont ete soigneusement etudies.
On a remarque que 1’organisme etait appauvri en vitamine C
dans de nombreux cas : affections dentaires et des gencives,
hemorragies diathesiques, troubles de la circulation capillaire.
Mais en etendant le champ des recherches, on s’est apercu que
l’hypovitaminose C se manifestait aussi dans certains cas par des
metrorragies, de la chlorose, des dystrophies, divers troubles
digestifs. On remarque que de nombreux etats de somnolence,
de fatigue, d’insuffisance ou de troubles surrenaliens, sont pro-
voques par un defaut de vitamine C. Les maladies infectieuses
provoquent 1’hypovitaminose C. En administrant la vitamine C,
on active la consolidation des fractures.
On voit done que cette vitamine est un element extremement
precieux pour l’organisme dans son ensemble ; elle stimule les
fonctions vitales indispensables a la sante.
Ces symptomes, troubles digestifs, circulatoires, glandulaires,
fatigue, somnolence, abattement, ne les rencontrons-nous pas
chaque jour au cours de notre pratique neuro-psychiatrique V Ne
sont-ils pas assimilables, pour une part du moins, au deficit en
vitamine C de 1’organisme ?
Deja Brauer signale que l’on peut attribuer a un appauvrisse-
ment en vitamine C la fatigue que 1’on constate souvent au prin-
temps et qui se manifeste par de la depression, du degout du
travail, un manque d’appetit, parfois meme des douleurs vagues
dans les articulations, les membres, etc. Chacun connait la rapide
fatigabilite des personnes qui, au premier printemps, sortent
pour une promenade et eprouvent le besoin de se reposer deja
apres un court trajet. Cette fatigue printaniere est surtout fre-
quente chez les jeunes gens. Demole (1) au recent Congres
(1) Demole. — La fatigue printaniere et son traitement. Congres suisse de
psgehiatrie et de neur.ologie, Fribourg, nov. 1935. (Arch. Suisses de Neurol,
et Psych., 1936).
190
H. BERSOT
suisse de Neuro-Psychiatrie a Fribourg, en a signale des exem-
ples tres caracteristiques. Les eleves sont moins attentifs, plus
bruyants, indisciplines. Les progres scolaires sont mediocres,
les conflits avec les maitres sont frequents. Dans le milieu fami¬
lial, le comportement de l’enfant ou des jeunes gens est par-
fois penible au printemps et donne frequemment lieu a des
incidents regrettables. Demole cite le cas d’un enfant qui etait
devenu tellement indiscipline qu’il ne pouvait plus accomplir
son travail scolaire par suite de manique d’attention, d’instabi-
lite, de fatigue et qui, grace a la vitamine C, recouvra rapidement
une entiere capacite de travail.
Nos essais cliniques nous ont montre que la vitamine C est
susceptible d’apporter un soulagement remarquable chez de
nombreux patients qui se plaignent de fatigue, abattement, man¬
que de courage et d’entrain, inappetence, maux de tete et qui
reagissent avec impatience et nerveusement aux moindres contra-
rietes. Leur vitalite est abaissee, leur capacite de travail dimi-
nuee ; I’individu est moins resistant devant les difficulty, perd
sa puissance d’initiative, sa maitrise, sa discipline.
A part la fatigue printaniere qui est maintenant un syndrome
bien defini, nous avo'ns parfois a faire a des malades qui se plai¬
gnent de troubles digestifs. Ils ont ete traites par divers medica¬
ments alcalins ou acides et toutes sortes de regimes, mais sans
succes. Ils presentent de l’hypoacidite. On sait maintenant que
cette hypoacidite est souvent un signe de precarence en vita¬
mine C ( Menshikow ) (1). Ces malades, aupres desquels tous les
traitements ont echoue, finissent par etre qualifies de « nevro-
ses ». En realite, cette pretendue « nevrose gastrique » n’est
souvent qu’une hypovitaminose C. Du reste, ne sait-on pas que
l’ulcere peptique est favorise par l’hypo'vitaminose C ? Cet ulcere
est plus frequent au printemps qu’en automne ( Mutter (2), David¬
son (3), Barling (4), Seyderhelm (5). Parmi les troubles digestifs
qualifies de « nerveux », signalons aussi certaines formes de
colite qui relevent d’un etat prescorbutique et sont heureuse-
ment influences par l’administration de vitamine C ( Hetemji (6).
Mentionnons encore, parmi les troubles susceptibles d’etre
provoques par une hypovitaminose C, les etats d’affaiblissement
(1) Menshikow. — Problems nutrit. (russe), 1934, 66.
(2) Hutter (K.). — Arch. klin. Chir., vol. 151, p. 651 (1928).
(3) Davidson (P. B.). — Journ. amer. med. Ass., 1928, vol. I, p, 1014.
(4) Barling (R.). — Brit. Med. Journ., 1935, vol. I, p. 359.
(5) Seyderhelm (R.). — Miinch. med. Wschrft, 1935, vol. II, 1509.
(6) Heienyi (G.). — Klin. Wschrft, 1935, p. 1470.
VITAMINE C, PRECARENCE ET NEUROPSY CHIATR1E 191
general, avec appauvrissement calcique, carie dentaire, anemie,
tendance aux saignements de nez, aux cephalees. Bien souvent,
les malades qui en sont atteints, apres avoir tente d’innombra-
tiles traitements, sont qualifies de « nevroses » et envoyes chez
les neuro-psychiatres. Meconnaitre l’origine de leur psychopa¬
thic est une faute, pardonnable autrefois, mais plus aujourd’hui.
Parfois les enfants et meme les bebes sont qualifies de « ner-
veux », alors que leurs cris, leur agitation, leur amaigrissement
sont simplement dus a un regime hypovitamine. Chez les nour-
rissons dystrophiques, la vitamine C exerce une action eupepti-
que et eutrophique remarquable, ainsi que font signale Mouri-
quand (1) et Ribadeciu-Dumas (2).
En constatant que la vitamine C etait susceptible de jouer un
role important dans le traitement des nevroses, nous nous som-
mes demande si elle pouvait egalement etre utile chez les grands
nerveux mentaux et insuffisants glandulaires. Dans nos asiles ne
sont-ils pas nombreux les malades qui presentent des troubles de
precarence allies a des dystrophies plus ou moins graves, de la
decalcification, de l’inappetence, de la cyanose, des cedemes, des
liemorragies sous-cutanees ou sous-conjonctivales, un etat sub-
febrile chronique ?
On a signale autrefois des epidemies de scorbut redoutables dans
les asiles d’alienes. Le Dr Routier, medecin-directeur de l’Asile
d’alienes d’Aix, decrit en 1852, dans un important rapport statistique
et medical, adresse a M. le Prefet des Bouches-du-Rhone (3), plusieurs
cas de scorbut mortel. Routier relate en detail 1’evolution de cette
maladie qui apparai,t surtout a la fin de l’hiver, pendant les mois de
mars, avril et mai, et atteint indifferemment malades et employes.
Apres avoir tente les therapeutiques les plus diverses et meme l’iso-
lement rigoureux des malades, comme s’il s’agissait d’une maladie
contagieuse, R. remarqua que certains malades, qui machonnaient
des citrons, donnaient des signes de guerison. C’est ainsi que, fortui-
tement, il refit la decouverte capitale, realisee peu de temps aupa-
ravant par les Anglais, de la guerison du scorbut par le jus de citron.
En 1855, il y avait encore eu 57 cas de scorbut a l’Asile d’Aix. Des
que la therapeutique fut connue, cette epidemie disparut complete-
iuent. Evidemment, la cause de cette epidemie residait dans une
alimentation trop pauvre en vitamine C.
(1) Mouriquand (G.). — Presse Medicate, 1931, p. 1374 ; — Zeitschrft.
Yitaminforsch., 1932, page 38.
(2) Ribadeau-Dumas (L.). — • Presse medicate, 1931, p. 161.
(3) Routier. — Ann. Medico-psychologiques, 1856, p. 476.
192
H. BERSOT
Les malades mentaux s’alimentent souvent mal et capricieuse-
ment. Us n’acceptent parfois que des aliments liquides ou
pateux, refusent les fruits, les legumes, quelquefois meme ils
doivent etre alimentes artificiellement. Lorsqu’on calcule leur
ration, on veille a ce qu’ils re^oivent des calories en suffisance :
cacao, sucre, ceufs, bouillies farineuses, beurre, sont mis a contri¬
bution. Mais on oublie malheureusement souvent de penser aux
vitamines cependant indispensables si l’on veut eviter l’appari-
tion prejudiciable des avitaminoses, frustes ou averees.
Comment les malades mentaux se comportent-ils a l’egard de
l’acide ascorbique ? Comment eliminent-ils la vitamine C ? Quelle
influence la vitamine C exerce-t-elle sur leur organisme et en
particular sur leur etat nerveux et mental ?
Pour repondre a ces questions, nous avons procede tant chez
des sujets normaux que chez des malades a Vepreuve de Harris
et Ray qui consiste dans l’administration par la voie orale de
100 a 200 mgr. d’acide ascorbique et dans la titration de l’acide
elimine dans les urines (1).
Le sujet normal, sature d’acide ascorbique, elimine dans les
.24 heures une forte proportion de la vitamine C administree. Le
sujet atteint de scorbut ou de pre-scorbut retient au contraire la
vitamine administree, aussi le taux de 1’acide ascorbique dans
ses urines reste-t-il en-dessous de la normale. 11 faut renouveler
l’administration pendant plusieurs jours, plusieurs semaines me¬
me pour arriver chez le sujet prescorbutique a l’etat normal de
saturation. En consequence, le procede de Harris et Ray permet
de depister la precarence meme au moment oil les signes clini-
ques de l’avitaminose sont encore indistincts et confus. La titra¬
tion dans les urines a lieu au moyen du Dichlorphenol-indophe-
nol (Tillmans).
Apres avoir procede a de nombi’eux dosages chez les personnes
normales, nous avons etendu nos recherches aux dements pre-
coees, aux catatoniques, paranoides, aux dements seniles, et a
plusieurs series d’enfants normaux et anormaux. Nous avons
expose les premiers resultats de ces recherches devant les Socie-
tes suisses de Neurologie et de Psychiatric en ndvembre 1935 a
Fribourg (2).
II importait d’abord de savoir comment s’elimine normalement
la vitamine C. Dans ce but, nous avons dose l’acide ascorbique
plusieurs fois dans les 24 heures chez quelques personnes en bon
(1) Harris (L.-J.) et Ray (S.-N.). — Lancet, 1935, vol. I, p. 71.
(2) Bersot. — « Recherches sur l’elimination de la Vitamine C chez les
malades mentaux ». Revue Neurologique, 1936.
YIT AMINE C, PRECARENCE ET NEUROPSYCHIATRJE
etat de sante. Ce dosage doit etre fait rapidement apres remission
d’urine. Eli moyenne, l’individu normal elimine 2 a 6 mgr. d’acide
ascorbique pour 100 cc. d’urine soit au total, 10 a 50 mgr. dans
les 24 heures. Cette elimination est inegale, sujette a des varia¬
tions considerables, elles augmente surtout apres les repas. Chez
les individus normaux, 1’administration de vitamine C augmenta
manifestement l’elimination de l’acide ascorbique par les urines.
Apres administration de vitamine C (200 mgr.) on recueille gene-
ralement 160 a 170 mgr. d’acide ascorbique dans la totalite des
' urines des 24 heures. Dans les jours suivants, la concentration
d’acide ascorbique s’abaisse rapidement et revient au taux
normal.
Voici par exemple la courbe que nous avons pu dresser en mesu-
rant la totalite de vitamine C eliminee dans les 24 heures par un indi-
vidu normal (Tableau 1). Pendant les hiiit premiers jours, sans admi¬
nistration de Vitamine, l’individu elimine de 15 a 25 mgr. d’acide
ascorbique par 24 heures. Les 3, 4 et 5 septembre, on lui fait chaque
soir une injection de 100 mgr. d’acide ascorbique. Immediatement son
elimination augmente fortement, elle retombe des qu’on cesse les piqu-
res et deja le jour suivant 1’elimination n’est plus que de 25 mgr. On
administre ensuite la Vitamine C sous forme de comprimes, per os.
L’elimination augmente de nouveau tres fortement pour retomber aux
environs de la normale des qu’on cesse d’en faire absorber. Une dose
double, donnee du 14 au 16 septembre, provoque une elimination
qui atteint certains jours jusqu’a 160 mgr. d’acide ascorbique en
24 heures. II faut ensuite 3 jours a l’individu pour que son elimination
d’acide ascorbique retombe a son taux normal. Des le 20 septembre.
On fait prendre a 1’individu 200 mgr. d’acide ascorbique en 24 heures,
pendant un temps prolonge, apres lequel l’individu met 4 jours pour
revenir a une elimination normale. Nouvelle ascension tres forte de
la courbe lorsqu’on fait prendre a l’individu 4 comprimes matin et
soir, soit la dose de 400 mgr. de Vitamine G en 24 heures.
Que constatons-nous chez nos malades ? Chez les catatoniques,
comme aussi dans les cas d’arterio-sclerose cerebrate ou de trou¬
bles preseniles, nous avons ete frappe de voir qu’habituellement
l’elimination de la vitamine C est extremement faible. II faut
administrer quotidiennement, pendant plusieurs semaines, 100
a 200 mgr. de vitamine C par jour pour elever enfin le taux de
leur urine en acide ascorbique.
Voici par exemple la courbe d’elimination de l’acide ascorbique
obtenue dans un cas de catatonie (Tabl. 2). Nous voyons que pendant
les dix derniers jours du mois de novembre, malgre que le malade
Ann. Med. -psych., XVe sehie, 94" annee, t. I. — Fevrier 1936. 13,
Tableau. 1. — Total de la Vilamine C eliminee chaque jour par un individu
normal : chaque absorption de Vitamine provoque une augmentation de
la quantite eliminee.
VITAM1NE C, PRECARENCE ET NE UROPSYCHIA TRIE 195
recoive 100 mgr. d’acide ascorbique tous les soirs, son elimination ne
s’est guere modifiee. II n’a commence a reagir qu’en recevant une dose
double, soit 200 mgr. par 24 heures. A partir du 9 decembre, son eli¬
mination augmente plus fortement, tout en subissant des fluctuations
accentuees. Des qu’on supprime la Vitamine C, soit le 23 decem¬
bre au soir, l’elimination d’acide ascprbique va en diminuant forte¬
ment, mais il faut huit jours environ pour qu’elle retombe a son taux
d’avant 1’experimentation.
Meme constatation dans la courbe suivante (Tabl. 3) qui represente
l’elimination de la vitamine C dans un cas de melancolie presenile :
aucune reaction pendant que l’individu ne recoit que deux comprimes
de Vitamine (100 mgr. le soir). Lorsqu’on double cette dose, 1’individu
commence a reagir, mais au bout d’une quinzaine de jours seulement.
Cette lenteur dans la reaction est la demonstration evidente
que ces malades retiennent dans leurs tissus toute la vitamine C ;
196
H. BERSOT
elle est la preuve qu’ils sont en etat de prtcarence. Chez les
catatoniques et les arteriosclereux, il faut done donner de fortes
doses d’acide 1-ascorbique pour obtenir une courbe d’elimination
qui atteigne la normale, et lorsqu’on cesse d’administrer la vita-
mine, l’elimination ne retombe a son taux initial qu’en 5, 6 ou
meme 10 jours, tandis que, chez l’individu normal, 2 ou 3 jours
suffisent.
A n’en pas douter, les malades sont done appauvris en vita-
VIT AMINE C, PRECARENCE ET NEUR0PSYCH1ATRIE
197
mine C : leur organisme absorbe et retient avec avidite cette vita-
mine. II en faut une administration prolongee pour arriver a la
saturation et a Felimination. Peut-etre aussi l’organisme de ces
malades fabrique-t-il un execs de produits oxydants ou reduc-
teurs qui detruisent dans les tissus l’acide 1-ascorbique ? C’est la
une hypothese digne de retenir notre attention.
On sait que la vitamine G est un element fragile et qui peut se
detruire dans un milieu dont l’equilibre humoral est trouble ;
Demole et Ippen (1) Font bien montre sur le cobaye intoxique
par la thyroxine. Notons encore ici le fait interessant que la
teneur de Forganisme en acide 1-ascorbique est beaucoup plus
forte cbez les enfants que chez l’adulte, elle va diminuant avec
l’age ( Ippen (2), Plaut (3), Bulow (4), Euler (5), etc.). Les organes
du nouveau-ne sont plus riches en vitamine C que les organes du
vieillard. Nos malades mentaux, les catatoniques en particulier,
ressemblent aux vieillards en ce qui concerne leur comportement
a Regard de la vitamine C.
Relevons aussi que l’etude du pH a revele qu’a mesure que
Page avance, la charge ionique electropositive augmente d’une
fa§on constante ; les milieux organiques accusent une tendance
toujours plus accentuee vers l’alcalose, d’ou reduction du dyna-
misime vital dont l’energie acide est le principal stimulant. II est
possible que cette augmentation de l’alcalose aille de pair avec
la diminution de la teneur de Forganisme en Vitamine C.
Nombreux sont les travaux qui ont etabli que pendant les
maladies infectieuses (tuberculose, pneumonic, fievre typhoide)
et dans les troubles de la nutrition, le taux de Facide ascorbique
diminue fortement dans les urines, le sang et le liquide cephalo-
rachidien ( Plaut-Bulow (6), Schroeder (7), Gabbe (8). L’absence
de vitamine C cree un terrain favorable au developpement des
maladies infectieuses. Inversement, i’administration de vita¬
mine C augmente la resistance de Forganisme ( Lauber (9), Men-
gert, Sechel (10). Les enfants qui ont souffert d’un etat infectieux
prolonge reprennent des forces et entrent plus rapidement en
(1) Demole et Ippen. — Ztschrift fur Physiol. Chemie, vol. 235, p. 226.
(2) F. Ippen. — Schw. Med. Wochenschrft, 1935, p. 431.
(3) Plaut. — Z. ges. Neurol. Psychiatr., 1935, vol. 152, p. 324.
(4) Bulow (M.). — Kl. Wochenschr., 13 Jahrg., n" 49, p. 1744.
(5) v. Euler (H.). — Ztsch. f. Physiolog. Chemie, vol. 235, p. 97.
(6) Plaut et Bulow. — Klin. Wochsch., 1935, p. 276.
(7) Schroeder (H.). — Klin. Wochschr., 1935, p. 484.
(8) Garbe (E.). — Klin. Wochsch., 1934, p. 1389.
(9) Lauber (H.-J.). — Bruns. Beilr., vol. 158, p. 633 (1933).
(10) Sechel. — Voir Ribadeau-Dumas, « Presse Medicate », 1931, p. 161.
193
H. BERSOT
convalescence lorsqu’on leur fait prendre du jus d’orange, du jus
de citron ou toute autre forme de vitamine C. Ribadeau-Dumas (1)
a etabli que la vitamine C augmente la resistance de l’organisme
et empeche la denutrition. Cette augmentation de resistance serait
due pour une part a l’influence vivifiante de la vitamine C sur les
glandes a secretions internes. On sait combien ces secretions sont
gravement compromises par l’effet des toxines bacteriennes. La
secretion surrenale, les fonctions ovariennes sont alterees au cours
de la diphterie [ Cardoso (2), Demole (3)]. Le scorbut exerce une
action deletere sur le systeme polyglandulaire.
Or, certains syndromes mentaux du genre de la catatonie
pourraient bien etre provoques par une intoxication. On se sou-
vient des travaux de Vincent et de Baruk sur le role des toxines
colibacillaires, tuberculeuses, etc., dans la production des trou¬
bles mentaux. Pourquoi la vitamine C n’exercerait-elle pas dans
Ce domaine une action antitoxique et revitalisante ? On sait deja
qu’elle inactive in vitro la toxine diphterique ( Harde ) et le virus
de la polyomyelite (Jungeblut) (4).
En conclusion: le resultat de nos recherches est interessant
au point de vue clinique d’abord, par.ce que nous avons pu obser¬
ver l’effet avantageux qu’exerce le traitement par la vitamine C
sur certains nevropathes et petits mentaux, au point de vue
physio-pathologique ensuite, en montrant que nombreux sont
les malades catatoniques, arteriosclereux et seniles qui sont
atteint d’hypovitaminose C, etat pathologique eminemment defa-
vorable a la guerison.
(1) Ribadeau-Dumas. — Op. eit.
(2) Cardoso (D. M. C.). — T. Soc. Biol., 1935, vol. 119, p. 749.
(3) Demole (V.). — A remarquablement resume 1’action de la Vit. C. dans
publication : Les indications therapeuliques de la Vitamine C (Praxis,
Hpppmlirp. 1935V
12 decembre 1935).
(4) Jungeblut (H.)
- Journ. expl. med., 1935, vol. 62, p. 517.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Seance du Jcudi 13 Fevrier 1936
Presidence : M. VURPAS, president
PRESENTATIONS
Une maratre Parkinsonienne,
par MM. Paul Courbon et Ch. Feuillet.
La mode est aux enfants. martyrs, peut-on dire, en voyant la
rubrique quotidienne des journaux, et les colonnes qu’ils consa-
crent a la description des mefaits de peres et meres inhumains.
Comme contribution a l’etude psychologique de ces parents
denatures, nous presentons une femme dont la brutalite a
1’egard de ses enfants a pour condition une encephalite parkin¬
sonienne.
L’interet du cas ne reside pas dans ce fait meme, car il est
classique de voir apres une encephalite la conduite d’un sujet
violer les regies de la morale qu’il suivait auparavant. L’interet
reside dans la revelation que 1’on y trouve du mecanisme essen-
tiel des troubles du caractere postencephalitiques : cette mere
brutale n’a rien de la maratre cruelle. C’est une impulsive mais
non une perverse.
II s’agit d’une femme de 33 ans appartenant a une famille fruste
comme elle-meme. Son pere est toucheur de bestiaux ; avant son
200 . SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
manage, elle etait bergere. Son mari est manoeuvre. Ils ont trois en-
fants de 11 ans, 5 ans et 27 mois.
Elle pretend n’etre pas malade, ne 1’avoir jamais ete, considerant
qu’un sejour de plusieurs mois a la maison materneile de St-Maurice,
au moment de la naissance du dernier enfant, est suffisamment expli-
que par les difficultes de l’accouchement. Son mari et son pere parta-
gent la meme conviction. Tous les trois considered que son interne-
ment est une punition injuste due a l’accusation mensongere de
mauvais traitements envers ses enfants.
Ils avouent qu’elle a une « paralysie de la langue » survenue sans
cause et qui peu a peu rendit sa parole incomprehensible. Elle alia,
voici environ deux ans, pour s’en faire guerir, a l’hopital Tenon ou
sans jamais l’hospitaliser et sans succes on lui lit a diverses reprises
des piqures tri-hebdomadaires. Voila tout ce qu’on obtient comme
renseignements de ces gens peu intelligents et peu curieux.
Quant a l’internement il eut lieu dans les circonstances suivantes.
La fllle de 11 ans souffrant du ventre, on appela un medecin qui
conseilla l’hospitalisation a Bretonneau pour appendicite. Son aspect
cachectique, la sordidite de ses vetements emurent les inflrmieres qui
s’indignerent, 1’interrogerent sur ses parents, et fmalement lui flrent
ecrire au directeur du Sauvetage de 1’enfance une lettre ou elle se
plaignait d’avoir re§u des coups de pieds dans le ventre, lances par
sa mere.
L’enquete aboutit a un non-lieu. Les voisins declarerent que ce
menage etait peu recommandable ; que le pere etait avare ; que la
mere etait une chapardeuse condamnee a 15 jours de prison avec
sursis pour vol d’un lapin ; qu’elle etait a moitie folle, incapable de
se faire comprendre ; que si sa maison etait mal tenue, elle n’etait
pas une mauvaise mere. Elle avait parfois la main leste avec ses
enfants qui etaient mal tenus, mais elle les soignait de son mieux.
Aucun d’eux ne s’etait plaint. D’ailleurs, aucune cicatrice, aucune
ecchymose n’avaient ete relevees a l’hopital sur le corps de la plai-
gnante.
L’inculpee, apres examen medical, fut envoyee a l’asile. Elle arriva
a Vaucluse le 20 aoiit dernier. Et sa conduite permet de conclure a
l’absence de toute perversite.
Mentalement, elle est d’un niveau peu eleve. Mais on ne constate ni
idee delirante, ni trouble psychosensoriel. Ses souvenirs sont ceux
d’un etre fruste, vivant au milieu de gens sans culture et ne dispo-
sant pas de cadres sociaux bien nombreux. Sa pensee est lente, diffi-
cilement exprimee par un bredouillement peu comprehensible.
Au parloir, ou son mari et son pere viennent regulierement, elle
se montre affectueuse comme eux. Souvent, elle pleure, reclamant sa
sortie et ses enfants. Elle est tres bonne camarade, avenante et bon
coeur. Elle partage toujours ses provisions avec les autres, secourt
celles qui sont dans 1’embarras, console les tristes, joue volontiers
aux cartes.
SEANCE DU 13 FEVRIER 1936
201
Mais elle est d’une impatience qui, d’une part, contraste avec la
lenteur de ses mouvements, et qui, d’autre part, ne s’accompagne
d’aucune rancune. Quand on lui fait un pansement, elle harcele les
infirmieres, voulant qu’elles aient fini avant d’avoir commence: « Vite,
vite », bredouille-t-elle, menagant de ne pas garder la position neces-
saire. Laissee a jeun le jour de sa ponction lombaire et affamee, le
lendemain, quand on lui apporta a manger, elle frappait rageusement
sur son assiette et s’epuisant en appels precipites pour etre servie
plus vite. Si, dans de pareilles circonstances, on la fait attendre, elle
trepigne et entre en fureur. « Elle ne peut pas attendre », disent les
infirmieres, « mais c’est une brave femme ». En effet, toutes ses
fureurs tombent des qu’on lui a obei et elle manifeste alors une dou¬
ceur reconnaissante a 1’entourage.
Interrogee sur sa conduite envers sa fille, elle reconnait avoir ete
trop vive, avoir repondu par des gifles a ses desobeissances. Mais elle
aflirme l’aimer beaucoup.
Physiquement, elle presente un tableau typique de parkinsonisme:
attitude soudee, facies fige, rigidite musculaire, exageration des re¬
flexes de posture, disparition des syncinesies normales et bradyci-
nesie. .
Les troubles ,de la parole sont tres marques, la voix est basse, la
parole monotone, precipitee et bredouillee, difiicilement comprehen¬
sible ; les reponses sont breves et les phrases extremement courtes.
A ce syndrome s’ajoute encore un tremblement generalise, mais pre¬
dominant sous forme de secousses rythmiques a la langue et aux mus¬
cles peribuccaux, des troubles oculaires consistant en paralysie de
la convergence et inegalite pupillaire, mais avec reactions normales.
Par ailleurs les reflexes tendineux sont normaux, le' reste de l’exa-
men neurologique est negatif. II faut signaler cependant la defor¬
mation du pied qui prend au repos une attitude en pied creux avec
griff e des orteils, cette attitude ne correspond pas a une lesion orga-
nique et se corrige immediatement dans la station debout ou par la
pression sur I’avant-pied.
Rien d’anormal dans le liquide cephalo-rachidien. Bordet-Wasser-
mann sanguin negatif.
Tel est le tableau clinique presente par la malade.
Cette observation presente quatre ordres de considerations
interessant : la semiologie du syndrome, son etiologie, le meca-
nisme des actes qui ont fourni pretexte a l’inculpation, 1’inter-
psycliologie de la malade et du public.
1° Au point de vue semiologique, le cas est simple. II s’agit
d’un syndrome parkinsonien physique et mental.
Physiquement tous les signes se retrouvent. Contentons-nous
de signaler 1’existence d’une deformation des pieds qui realise le
202
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
pied bot parkinsonien decrit par Dejerine et considere par lui
comme bien rare : exageration du creux plantaire, hyper-exten¬
sion de la premiere phalange des orteils, hyperflexion des deux
autres. Cette attitude extremement nette quand la malade est
couchee ou assise, disparait quand elle est debout ; c’est que la
rigidite musculaire est due a de l’hypertonie et non a de la re¬
traction.
Psychiquement, le syndrome consiste essentiellement en une
bradypsychie sans trouble de la memoire ni du jugement, sans
idee delirante, sans phenomene psychosensoriel et sans trouble
de l’affectivite.
L’acuite du sens moral est difficile a apprecier, etant donne le
peii de renseignements sur sa conduite en liberte, son manque
d’instruction, le milieu peu eduque ou elle vivait sur la zone des
fortifications. L’histoire des larcins est peu claire. Mais ce qui
est certain, c’est que son comportement altruiste et compatissant
a l’asile, le souci de son mari, de ses enfants et de son retour
aupres d’eux, les declarations meme de son entourage au dehors
prouvent qu’elle est affectueuse et bonne.
Les anomalies les plus saillantes sont une intensity et une
vivacite extreme des reponses aux excitations. Elies realisent un
etat d’impatience qui se traduit en gestes impulsifs et exigences
imperieuses (promptitude des gifles en cas de contradiction, repe¬
tition de plus en plus rapide des demandes et trepignements si
elles tardent a etre satisfaites).
En un mot, cette femme presente la semiologie physique et
mentale des lesions des noyaux gris centraux.
2° Au point de vue etiologique, la nature de ces lesions est
moins evidente.
Cette femme de 32 ans n’est pas a l’age du parkinsonisme
senile. On ne note d’ailleurs aucun signe d’arteriosclerose.
C’est done a un processus infectieux que l’on doit songer. Mais
on ne note dans son passe aucun episode aigu. Jamais elle n’a
constate avoir de la fievre, de la somnolence ou de la diplopie.
Jamais elle ne s’est alitee. Jamais elle n’a interrompu ses fonc-
tions de femme d’ouvrier. L’unique trouble remarque par l’en-
tourage est l’embarras de la parole. C’est pour lui que sa famille
I’envoya consulter a l’hopital ou on ne 1’hospitalisa pas, majs ou
on la traita par des piqures.
Ces arguments sont insufiisants a faire rejeter la nature infec-
tieuse du syndrome. Ils prouvent simplement que l’encephalite
ne fut pas a forme lethargique et que sa marche fut torpide. De
plus, l’etat mental fruste de cette ancienne bergere, elevee a la
SEANCE DU 13 FEVRIER 1936
203
dure par un pere toucheur de bestiaux, explique l’insuffisance de
son analyse des troubles subis.
3° Un troisieme point a considerer est celui des actes qui condi-
tionnent l’inculpation suivie d’internement, inculpation de mau-
vais traitements a enfants.
Ces actes, tels que l’enquete les a reveles, ont le menie deter-
minisme que les actes d’impatience constatables journellement
a l’asile. Ce sont des actes involontaires et sans mechancete. Ce
sont des impulsions irreflechies et regrettees. Ils ne sont que
l’expression de la defaillance du pouvoir frenateur qui caracte-
rise les lesions des noyaux gris centraux.
4° Au point de vue de l’interpsyehologie, science chere au pro-
fesseur Dupre, cette observation est une preuve de la meconnais-
sance du psychopathe par les gens normaux.
En effet il s’agit d’une femme sans malignite qui a donne
l’illusion d’etre une maratre a la suite d’un concours de circons-
tances biologiques et sociologiques.
Biologiquement l’atteinte parkinsonienne a fait perdre a la
malade la patience necessaire a tout educateur. Et sociologi-
quement la hantise des bourreaux d’enfants qui regne momen-
tanement dans I’esprit public a transforme les gestes d’impa¬
tience en actes de torture.
Note sur un appareil pour la mesure de l’amplitude des reflexes
rotuliens, par MM. le DrTh. Simon, Louis Anglade et MUoP. Petit.
Nous presentons cet appareil parce qu’il est si simple que s’en
servir ne complique pas 1’examen clinique.
Description et technique , — L’appareil, qui peut etre construit
sans difflcultes dans n’importe quel atelier d’asile, se compose
d’une planche verticale avec pied sur laquelle est place une sorte
d’etrier susceptible de se mouvoir le long d’un cadran gradue. La
branche verticale mesure 25 cm., la branche horizontal 13 cm.
On peut disposer 1’etrier successivement a droite et a gauche du
cadre pour prendre les reflexes de chaque cote.
On asseoit le malade sur une table, les jambes pendantes. On
place l’appareil entre les jambes, et l’on approche la planchette
jusqu’a ce que la branche horizontale de 1’etrier qui vient en
contact avec la face anterieure de la jambe du malade corres-
ponde sur le cadran au 0 de la graduation.
Si 1’on percute alors le tendon rotulien la jambe chasse devant
elle 1’etrier, dont le frottement est toutefois tel qu’il reste a la
204
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
position nouvelle oil il a ete projete. On a done toute facilite pour
lire l’ampleur de son deplacement.
M. Levy Valensi. — L’appareil est ingenieux et simple en
effet. Mais il ne renseigne pas sur la force de la percussion du
marteau qui a une influence tres importante sur 1’amplitude de
la reaction.
M. Paul Abely. — Les resultats obtenus avec 1’appareil n’ont
pas la meme valeur, si tous les sujets n’ont pas la meme lon¬
gueur de jambe, car les bras de levier sont differents.
M. Guiraud. — L’angle reste le meme quelle que soit la lon¬
gueur des leviers.
M. Paul Ab£ly. — C’est vrai, mais la force propulsive varie
avec cette longueur.
M. Rene Charpentier. — Il convient, en effet, d’etre tres pru¬
dent dans 1’appreciation des resultats obtenus a l’aide d’appa-
reils destines a mesurer l’amplitude des reflexes. Aux objections
qui viennent d’etre presentees, on pourrait en ajouter d’autres.
Cette planche de bois, elle-meme, sur laquelle se.meut un index
metallique, n’offre pas tou jours a cet index la meme resistance
au frottement : cette resistance peut varier suivant l’etat hygro-
metrique. Il y eut deja bien des tentatives de faites pour mesurer
les reflexes (au moins leur amplitude sinon leur vivacite). On
pourrait rappeler les experiences de MM. Marchand et Vurpas.
Je crois qu’il faut etre tres prudent en cliriique medicale envers
tout ce qui pourrait constituer une precision apparente. Rien
n’est dangereux comme la fausse precision.
M. Marchand. — Il y a bien longtemps, en effet, nous avons,
M. Vurpas et moi, construit un appareil, permettant d’inscrire sur
un graphique a la fois : la force du choc sur le tendon, le temps
de latence ecoule entre le choc et le debut du reflexe, enfin la
forme de la contraction musculaire du quadriceps. Mais nous
avons renonce a son usage. ( Revue de psychiatrie, novembre 1901).
M. Th. Simon. — Aux objections precedentes je repondrai qu’en
effet il faut tenir compte de tous ces facteurs ; et que cet appareil
n’est pas presente comme un instrument de laboratoire, mais
comme un instrument de clinique courante. Les resultats qu’il
fournit ne sont pas rigoureusement precis, mais ils sont moins
imprecis que ceux obtenus avec le marteau tout seul. Pour les
enfants, nous avons un modele plus petit que celui pour adultes.
SEANCE DU 13 FEVRIER 1936
205
Hallucinations visuelles projetees et dessin6es, symptfimes pr6
et post-paroxystiques epileptiques, par MM. L. Marchand,
J. Fortineau et Mlle P. Petit.
Si generalement les accidents comitiaux surviennent brutale-
ment ou sont annonces par une aura de quelques secondes de
duree, il est des cas dans lesquels le sujet presente quelques
heures ou parfois un ou deux jours avant l’accident des troubles
qui pennettent a . son entourage ou a lui-meme de prevoir la
crise. Parmi ces symptomes precurseurs, on a note des troubles
de la vue consistant. en eblouissements, visions de flammes, de
points lumineux, en amaurose ou scotome. Le cas suivant nous
a paru presenter un interet particulier puisque les accidents
comitiaux sont precedes et suivis d’hallucinations visuelles si
nettes et si intenses que la malade peut les projeter sur le papier
et les dessiner.
Mme Blanche D., agee actuellement de 50 ans, est traitee a la consul¬
tation de l’Hopital Henri-Rousselle depuis le mois de decembre 1926.
Antecedents hereditaires. — Mere morte d’hemiplegie a 43 ans.
Pere mort d’une maladie de coeur a 63 ans. Ni frere, ni soeur.
Antecedents personnels. — Pas de convulsions. Rougeole a 3 ans
sans complications. Scolarite jusqu’a 13 ans ; elle obtient son certi-
flcat d’etudes. Reglee a 14 ans.
Employee de bureau de 15 a 21 ans, elle se marie en 1913 avec un
homme alcoolique et jaloux.
En 1916, apres un accouchement penible, elle met au monde une
fille qui fait a l’age de 6 mois des convulsions et meurt a 5 ans et demi
de meningite consecutive a une broncho-pneumonie.
En 1917, a Page de 29 ans, apparaissent les premieres manifesta¬
tions comitiales, sous forme d’absences qui se reproduisent surtout
avant ou apres les periodes menstruelles.
En 1918j premiere crise convulsive. Un apres-midi, vers 3 heures,
chute brusque, perte de connaissance, convulsions, ecume aux le-
vres, morsure de la langue, emission des urines, duree de 6 a 10 mi¬
nutes ; grande lassitude consecutive.
Les accidents surviennent par series de 5 ou 6, une fois par mois
en moyenne, soit la nuit, soit le jour.
Evolution des crises depuis 1927 (la malade suit un traitement au
gardenal).
1927. 5 crises et plusieurs absences.
1928. 6 crises (brulure a la main au cours d’une crise), et plusieurs
absences.
1929. Pas de crise, plusieurs absences.
SOCIETE MED1C0-PSYCH0L0GIQUE
206
1930. En mars : crise au cours de laquelle elle s’est brulee profon-
dement (cicatrices au bras gauche et a la cuisse). En novembre : crise
avec chute et blessure au niveau de la region occipitale.
1931. Une crise en mars ; plusieurs absences.
1932. Plusieurs vertigoes de courte duree. Une crise en decembre.
1933. Chute sur le nez (cicatrice) au cours d’une crise.
193k. Plusieurs vertiges.
1935. Blessure a 1’oreille droite au cours d’une crise. Au cours d’une
absence, elle se brule.les doigts en allumant sa cuisiniere.
Les crises et absences surviennent principalement aux epoques
catameniales. Depuis 1923, quelques jours avant l’apparition des
crises ou des absences, et quelques jours apres leur suspension,
la malade presente un etat hallucinatoire qui revet chaque fois
les memes caracteres : elle voit Dieu, la Sainte Vierge, des Saints,
des Anges, des Rois, des personnages qui s’embrassent, des ani-
maux ; les visions sont projetees tantot sur le mur, tantot sur
des meubles, voire sur ses vetements. Elies sont mobiles ; les
sujets disparaissent assez vite pour faire place a de nouveaux. La
taille des personnages est variable. Les visions ne sont jamais
colorees, mais les themes sont agreables ; elles n’ont jamais
revetu un caractere terrifiant. Des le debut, la malade s’est
complu dans ses visions, puis elle a pense « que ce serait un
bonheur pour elle de pouvoir les dessiner ».
Depuis une dizaine d’annees, lorsqu’elles apparaissent, elle
prend un crayon taille tres finement et du papier (feuille blanche,
papier journal) et les visions sont projetees volontairement sur
le papier ; il lui suffit alors de suivre les contours des sujets
pour obtenir leur reproduction schematique.
Sur la fig. I on remarque' des tetes de personnages (face et
profil) coiffees d’un bonnet en forme de mitre. Sur certaines
figures on peut remarquer l’absence de la bouehe, du nez ou des
yeux, la malade n’ayant pas eu le temps de les achever a cause
du changement et de la mobilite des images.
Sur d’autres dessins (type fig. II) plus recents, les silhouettes
ont fait place a des profils accuses, avec saillie marquee du nez
et du menton, relies entre eux par des dessins geometriques dans
lesquels viennent s’inscrire des tetes d’animaux (vaches, chiens,
oiseaux, le plus souvent).
Tous ces dessins presentent un caractere enfantin marque ; ils
sont peu varies.
La malade se souvient parfaitement de tout ce qu’elle a des-
sine et de ce qui a pu se passer autour d’elle pendant les periodes
SEANCE DU 13 EEVRIER 1936
207
Fig. I
'hallucinatoires. Elle n’admet pas le caractere pathologique de ses
hallucinations qui lui sont, dit-elle, envoyees par Dieu « qui la
208
SOC1ETE MED1CO-PSYCHOLUG1QLE
protege et qui lui a parle ». Elle trouve ses dessins splendides et
elle les fait admirer a ses amis, ses parents, a tous ceux qui veu-
lent bien les regarder. A chacune de ses visites elle nous presente
de nouveaux dessins avec une satisfaction evidente.
L’existence d’hallucinations auditives parait certaine. A plu-
sieurs reprises, pendant les phases hallucinatoires, elle a entendu
la voix de Dieu lui dire : « Vous»guerirez et vous aurez l’objet de
vos desirs ». Pas d’autres troubles psycho-sensoriels chez cette
debile mentale, qui ne presente ni affaiblissement intellectuel
notable, ni confusion dans les idees. Nous n’avons pas trouve
chez elle de religiosity excessive si ce n’est qu’elle porte tou jours
sur elle une priere qui doit la proteger du « mal d’epilepsie ».
Actuellement, la malade se presente avec un facies legerement
SEANCE DU 13 FEVRIER 1936
bouffi et congestif. A 1’examen du coeur : 2e bruit aortique clan-
goreux. Pouls : 96. Tension au Pachon : Mx 13,5 ; Mn 9 ; I. o. 4.
Urines normaies.
Examen neurologique : Leger tremblement de la langue et des
doigts. Reflexes tendineux normaux. Pupilles egales et reagissant
a la lumiere.
Les reactions serologiques sont negatives dans le sang.
L’examen ophtalmologique ne revele rien de particulier. La
malade n’a jamais presente de symptomes de migraine ophtal-
mique.
En resume, il s’agit d’une debile epileptique dont les crises
convulsives ont ete tres ameliorees par le traitement mais dont
les accidents comitiaux sont toujours precedes ou suivis d’hallu-
cinations visuelles qui, projetees sur le papier, peuvent etre des-
sinees schematiquement eir en suivant les contours.
Ces phenomenes hallucinatoires sont difliciles a classer parmi
les syndromes classiques. Ils ne presentent aucun des caracteres
des accidents comitiaux. On ne peut parler de delire onirique ;
les visions sont toujours les memes, d’une precision parfaite, et
le sujet, pendant qu’il les eprouve, reste en contact intime avec
le monde exterieur. II ne s’agit pas d’hallucinose puisque le carac-
tere pathologique des hallucinations n’est pas reconnu comme tel
par la malade qui les croit envoyees par Dieu. On ne peut que
rapporter cet etat hallucinatoire particulier aux modifications
cerebrales precurseurs des accidents comitiaux et traduisant la
debilite profonde du sujet.
M. Guiraud. — Les dessins de la malade presentent un petit
quadrille. II faut se demander si dans les visions de la malade, il
ne se produit pas quelque chose d’analogue aux visions que tout
individu normal peut avoir quand il regarde des nuages. Il sem-
ble s’agir de phosphenes retiniens determines par un spasme
peripherique, d’une aura calcarinienne par exemple.
M. Rene Charpentier. — Les questions que j’ai posees tout a
1’heure a la malade sur l’existence de phosphenes, de cepha-
lees, etc., avaient pour but de rechercher s’il n’existerait pas,
chez cette malade, une association de migraine ophtalmique
et d’epilepsie, association deja maintes fois signalee, tantot
sous forme d’alternance soit personnels, soit hereditaire, tantot
sous forme d’equivalents, tantot sous forme de migraines accom-
pagnees d’epilepsie. On sait que M. Pagniez a defendu recem-
ment l’opinion qu’il existe une etroite parente entre ces deux
Ann. Med.-psych., XVe sehie, 94° annee, t. I. — Fevrier 1936. 14.
210
SOC1ETE MED1CO-PSYCHOLUG1QUE
affections et que leurs pathogenies sont apparemment tres voi-
sines.
Que pensent les auteurs de cette presentation de la patho-
genie des troubles visuels de leur malade ? Origine toxique ?
phenomenes de choc ? II semble bien qu’a l’origine, il y ait,
comme dans la premiere phase de la migraine, un angiospasme
encephalique. Les sensations sont ensuite utilisees par le psy-
chisme debile et mystique de la malade.
M. Marchand. — Des le debut, les hallucinations visuelles ont
consiste en visions de personnages. Ce n’est que depuis peu qu’il
s’y mele une espece de quadrille irregulier. Cette chronologie
n’est pas favorable a l’hypothese de phosphene transforme par
l’imagination de la malade.
M. Courbon. — Cette femme qui vient de nous avouer aimer
passionnement le dessin n’aurait-elle pas constitutionnellement
cette forme particuliere de l’imagination de beaucoup d’artistes
qui ont la representation visuelle de ce a quoi ils pensent. II leur
arrive, au cours d’une conversation ou d’une lecture, d’avoir des
absences pendant lesquelles ils assistent au defile des images
declenchees par un mot qui les a vivement interesses. Or cette
femme est mystique et ce sont des visions de scenes religieuses
ou de chastes beatitudes qu’elle decrit.
Dans la terminologie actuellement a la mode, on dirait que ses
longues auras sont des acces d’automatisme mental survenant
chez une femme douee de l’imagination appelee representative
par Sollier et objectivante par Mignard. La mise en branle de ce
phenomene psychologique pourrait bien etre la production du
phenomene physique peripherique invoque par M. Guiraud et
par M. Rene Charpentier.
M. Paul Abely. — Les dessins de cette femme sont en effet
empreints de mysticisme. Les moines du Moyen Age y figurent
en grand nombre. Elle est au moment oil elle les voit et les des-
sine dans un etat d’excitation psychique de longue duree qui
annonce la crise. J’ai une epileptique de mon service qui avant
de tomber en convulsion et pendant de tres nombreuses heures,
se croit Allemande nee a Hanovre. Si on l’interroge, alors elle
defend aprement ce theme qu’elle ne soutient jamais, a aucun
autre moment.
SEANCE DU 13 FEVRIER 1936
211
Symptomes et lesions du systeme nerveux v6g6tatif dans
1’alcoolisme chronique, par M. P. Guiraud, Mme Bonnafous-
Serieux et M. Ch. Nodet.
Depuis quelques annees de nombreux et importants travaux
ont ete consacres a l’anatomo-pathologie de Talcoolisme chroni¬
que, en particulier au syndrome de Korsakoff (1). Dans aucun
d’eux, on ne trouve mention de l’etat du systeme nerveux vege-
tatif.
Recevant chaque annee un certain nombre de femmes alcooli-
ques chroniques, nous avons constate comme la plupart des
auteurs la gravite de l’alcoolisme feminin. Le delirium tremens
est rare de meme que le delire subaigu a evolution rapide et rela-
tivement benigne.
D’ordinaire, il s’agit de malades intoxiquees depuis longtemps
avec abolition des reflexes tendineux, onirisme et confusion mas-
quant une demence sous-jacente. Parfois, malgre tout traitement,
la guerison ne survient pas et les malades decedent d’eschare ou
de maladie intercurrente ; d’autrefois, elles evoluent vers la
demence alcoolique. Chez ces malades, nous avons ete frappes
par la frequence et l’importance des symptomes d’ordre vegeta-
tif, ce qui nous a donne l’idee d’examiner histologiquement les
ganglions et les nerfs sympathiques de celles qui sont decedees.
Observation I. — D. Elisa, 50 ans, entre le 6 aout 1935, avec le
certificat suivant : « Est atteinte d’affaiblissement intellectuel et de
.« cauchemars (animaux et ennemis imaginaires). Frayeurs, insom-
« nies, etourdissements, crampes et gros tremblement de la langue
« et des doigts, absence des reflexes rotuliens, achillqens conserves,
« ataxie, Romberg. Pupilles inegales, ne reagissant que faiblement a
« la lumiere. Ponction lombaire : albumine 0,30 ; globulines + ;
« Weichbrodt negatif ; leucocytes 22 ; benjoin 00000.02221.00000 ;
« Meinicke negatif ; "Wassermann negatif. Sang, reactions negatives. »
(1) Gamper. — Zur Frage der Polioencephalitis hoemorragica der chro-
nischen Alkoholiker. Anatomische Befunde bei alcoholischem Korsakoff und
ihre Beziehungen zum klinischen Bild, 17 Jahres Versammlung der Gesell-
schaft deutscher Nervenarzte in Wien 1927. Ref. Zbl. Neurol., 47.
(2) T. Ohkuma. — Zur pathologischen Anatomie des chronisehen Alkoholis-
mus. Zeitsch. f. die. Ges. Neur. u. Psych., t. .126, 1930, p. 94.
(3) Neuburger. — Ueber Hirnverandernugen nach Alcoholmiszbrauch.
Zeits. f. d. ges. Neur. u. Psych., t. 135, 1931, p. 159.
(4) H. Steck. — Les lesions du tronc cerebral dans le delirium tremens et
dans la psychose de Korsakoff. Congres de Rabat, 1933, p. 353.
(5) L. Marchand et A. Courtois. — La psychose aigue de Korsakoff des
alcooliques. Revue Neur., 1934, t. 2, p. 425.
212 S0C1ETE MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE
Un cousin nous fournit quelques renseignements. Depuis long-
temps, la malade buvait beaucoup, particulierement du vin rouge ;
souvent, elle etait agitee pendant la nuit et reveillait les yoisins. Elle
vomissait parfois le matin.
Le visage est extremement colore, les joues tout entieres sont
rouges tirant sur le violet, les pommettes sont sillonnees de varicosi-
tes, la malade a perdu beaucoup de cheveux, elle est obese et impo-
tente. Au point de vue mental, on constate des alternatives de demi-
stupeur avec inertie, indifference, reponses rares et inexactes. D’au-
trefois, fabulation et fausses reconnaissances : hier elle est sortie,
elle s’est promenee dans les rues, elle a bu du vin et a mange des
frites. Elle croit reconnaitre ses voisines de lit ; elle les a vues a
Belleville, il y en a une qui est la « soeur a sa belle-soeur ». Quand
la malade ne delire pas, on peut mettre en evidence un profond
affaiblissement de la memoire. Elle ignore la date, la duree de son
sejour a l’Asile. De la guerre, elle ne sait que deux choses : on se
battait et son mari a ete tue. La date de son mariage est oubliee.
A l’examen physique, on retrouve les signes decrits dans le certi-
ficat d’entree. Les pieds sont en equinisme, la station debout est
impossible, les masses musculaires amaigries sont douloureuses a la
pression. La region hepatique est douloureuse. Reflexes rotuliens
totalement abolis, reflexe plantaire en flexion. Un detail frappant est
l’importance des troubles vaso-moteurs : la face «st parfois rouge
vif, mais le plus souvent violacee, les mains sont toujours froides,
tantot violacees avec dilatations veineuses, tantot tres pales. On
note de frequentes crises sudorales avec nombreuses gouttes de sueur
perlant sur la neau blanche des mains et des avant-bras, ces crises
durent quelques heures puis disparaissent. Le reflexe pilo-moteur est
exagere ; il suffit de decouvrir la malade ou de froler son corps pour
faire apparaitre une reaction anserine importante et durable. Pres¬
sion sanguine, 15/7, oscillations amples. Pouls rapide, 27 au quart de
minute, reflexe oculo-cardiaque aboli.
La malade s’affaiblit progressivement. Elle presente une eschare
fessiere. Le 6 octobre 1935, cyanose accentuee, fievre, submatite gau¬
che, rales humides, on pense a une broncho-pneumonie, mais le len-
demain les signes stethoscopiques ont disparu, la fievre persiste. Le
11 octobre, meme etat a submatite, rales a la base gauche. Deces le
12 octobre. Autopsie le 13. On ne trouve pas la broncho-pneumonie
gauche a laquelle on s’attendait. Poumons simplement congestionnes
aux bases. On peut se demander si les signes pulmonaires observes
ne sont pas de simples troubles vaso-moteurs. Foie de volume normal.
Encephale. — Rien d’anormal au point de vue macroscopique.
Rien de special aux autres organes. Le deces est du a l’infection
provenant de l’eschare sacree.
Examen histologique. — On preleve le ganglion cervical superieur
gauche avec le fragment de pneumogastrique voisin, quelques gan¬
glions rachidiens, les deux ganglions semi-lunaires.
SEANCE DU 13 FEVRIER 1936
213
Foie. — Volume normal. Debut de eirrhose, des bandes importan-
tes de tissu conjonctif entourent tous les vaisseaux. Quelques zones
sont riches en noyaux de iibroblastes, epaisses fibres collagenes avec
peu de noyaux. La reaction conjonctive est surtout intense au niveau
des espaces portes, par places, neoformation de canalicules biliaires.
Les cellules hepatiques sont relativement peu atteintes, on n’observe
de degenerescence graisseuse que dans de rares endroits. Congestion
capillaire importante.
Encephale. — Dans les diverses regions de l’ecorce et des noyaux
centraux, lesions classiques de l’alcoolisme chronique : atrophie des
cellules nerveuses, proliferation de la macro et de l’oligodendroglie,
neoformations vasculaires.
Corps mamillaires. — A la suite des travaux de Gamper, Neuburger,
Okuma et autres, on tend a admettre que les corps mamillaires sont
particulierement atteints dans le syndrome de Korsakoff et 1’alcoo-
lisme chronique. Dans notre cas, les lesions a ce niveau sont eviden-
tes et accentuees. Les cellules nerveuses sont tres atteintes, ratatinees,
affectees de degenerescence lipo-pigmentaire. Leurs lesions sont par¬
ticulierement evidentes par la methode de Bielschovsky. La prolife¬
ration nevroglique est intense (oligodendroglie, microglie, macroglie).
L’atteinte vasculaire est particulierement nette ; proliferation vascu-
laire et surtout epaississement de la paroi vasculaire allant par pla¬
ces jusqu’a l’obliteration. II ne s’agit pas de reaction perivasculaire,
mais d’atteinte de la paroi elle-meme.
Ganglions sympathiques. — Au faible grossissement, on est surtout
frappe par la proliferation des cellules satellites, par l’abondance des
vaisseaux. A un examen plus detaille, on constate :
1° de graves lesions des cellules nerveuses, chromatolyse centrale,
irregular.ite du contour, fantomes cellulaires, disparition cellulaire.
L’impregnation argentique montre la dissolution du reseau neuro-
flbrillaire dans beaucoup de cellules, Pepaississement et la fragmen¬
tation des prolongements dendritiques ;
2° les cellules satellites sont beaucoup plus nombreuses qu’a l’etat
normal, parfois, elles sont disposees concentriquement en plusieurs
rangees autour d’une cellule nerveuse ou autour du residu d’une
cellule. Le plus souvent, elles sont irregulierement disposees. Par
certaines methodes (trichrome de Masson), on peut mettre en evi¬
dence autour des noyaux un cytoplasme assez abondant a contours
indistincts ;
3° les vaisseaux sont tres dilates et tres nombreux. Cette prolife¬
ration atteint surtout les capillaires et les precapillaires qui parfois
sont enormes. Les noyaux des cellules endotheliales sont volumineux,
clairs, allonges, irreguliers ; Pinterieur du vaisseau contient de nom¬
breuses granulations (methode de Nissl) ;
4° les fibres nerveuses a Pinterieur du ganglion montrent des neuro-
fibrilles relativement intactes ; les cellules de Schwann sont en bon
Ganglion semi-lunaire (Nissl). Satellitose. Lesions des cellules nerveuses.
Ganglion semi-lunaire (trichrome de Masson). Proliferation conjonctive
et vasculaire. Lacs sanguins.
Ganglion semi-lunaire (Nissl). Immersion. Cellules nerveuses
en voie de destruction.
Ganglion cervical superieur (Methode de Nissl). Satellitose,
le sinus des cellules nerveuses.
i -VSfi!
216
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
etat, elle ont tendance a elaborer des flbrilles de precollagene (tri¬
chromes), les cellules a granulation 71 sont nombreuses ;
5° autour des vaisseaux on constate une abondante proliferation
de fibres collagenes veritables, le ganglion est nettement sclereux
surtout en son centre.
Tous les ganglions examines presentent des lesions identiques.
Ganglions rachidiens. — Memes lesions mais moins accentuees.
Moelle epiniere lombaire. — - Ratatinement hyperchromatique des
cellules des cornes anterieures, degenerescence lipopigmentaire,
fantomes cellulaires. Abondante proliferation nevroglique.
Nerfs. — Le crural a ete examine. II presente d’enormes lesions.
On n’observe presque que des cellules de Schwann proliferees, les
fibres a myeline sont rares, les quelques cylindraxes conserves sont
moniliformes.
En resume dans ce cas les , lesions du systeme nerveux vegetatif
sont accentuees, generalises et repondent au meme type lesionnel
que celui observe dans les centres nerveux.
Obs. II. — M. Louise, 37 ans. Entre le 24 aout 1935 avec le certifi-
cat suivant. « Est atteinte d’ethylisme chronique. Confusion actuelle
« avec possibility d’affaiblissement intellectuel sous-jacent. Orienta-
« tion tres imprecise. Evocation tres difficile des faits anciens, im-
« possible des faits recents. Onirisme nocturne ; voit des personnes
« mortes. Idees de persecution sans consistance contre son entou-
« rage. Fabulation : on l’a operee hier a moins que ce ne soit
« aujourd’hui. Etat general mediocre. Ictere conjonctival. Reflexes
« rotuliens persistants. Temperature autour de 38°.
« Liquide cephalo-rachidien : albumine 0,24 ; globulines 0 ; leu-
« cocytes 2,2 ; benjoin 00000.00100.00000 ; Weichbrodt et Meinicke
« negatifs. Sang negatif. »
Antecedents hereditaires ethyliques (mere). Elle-meme boit beau-
coup en cachette depuis au moins 9 ans.
L’examen donne les memes renseignements que le certificat d’en-
tree. II faut cependant insister sur la congestion de la face tres
accentuee, occupant toutes les joues. Outre les dilatations veineuses
et capillaires, il y a une rougeur diffuse. Comme la malade prece-
dente, alternatives de demi-stupeur et d’inertie et d’episodes oniri-
ques, meme quatre mois apres son entree. Le 18 decembre, par
exemple, declare qu’elle entend la T.S.F. qui lui parle de sa famille,
d’un prochain mariage avec un inconnu. Elle entend son enfant et
le gronde parce qu’il a fait une reflexion qui ne lui plait pas. Toute
sa famille devrait etre morte et cependant elle est vivante. Illusions
de fausse reconnaissance : le medecin est un marchand de bois de
Bretagne, l’interne est M. Dumaine, etc.
Memoire et orientation imprecises et inexactes. Inertie. Indiffe¬
rence, inactivite. Ne se leve jamais.
SEANCE DU 13 FEVR1ER 1936 217
Examen physique : le facies est toujours ires congestif. Peu de
tremblement de la langue et des doigts. Reflexes tendineux faibles
mais presents. Troubles vaso-moteurs et vegetatifs accentues : les
mains sont toujours froides et moites, les pieds froids. La moindre
compression au niveau des bras determine des troubles circulatoires
importants, l’avant-bras devient rapidement violace aux zones mar-
brees et veines dilatees. Pupilles legerement inegales, G > D reagis-
sent a la lumiere et a l’accommodation.
Tension sanguine, 12,7. Pouls plutot ralenti, tantot 68, tantot 60.
Reflexe oculo-cardiaque, pas de modification du pouls.
Reflexe coeliaque, 10 secondes apres une compression de 10 secon-
des, le pouls se ralentit a 50 et ensuite a 55.
Reflexes vaso-moteurs tres accentues. Dermographisme en relief
tres accentue et persistant. Au cours de certaines explorations, on
constate une asymetrie du dermographisme : il est plus marque a
droite qu’a gauche, au niveau de la poitrine et de 1’abdomen. Les
reflexes pilomoteurs sont faciles a obtenir et plus accentues que nor-
malement. L’inhalation de nitrite d’amyle determine une congestion
tres intense et persistante de la face. Une injection d’un centigramme
de pilocarpine provoque une sudation nette, mais pas plus abondante
que chez les sujets normaux. II faut remarquer que l’exploration du
systeme vegetatif ne donne pas des resultats tres typiques quand il
n’y a pas de troubles unilateraux. Retenons cependant la congestion,
1’intensite et l’asymetrie transitoire du demographisme, la bradycar-
die habituelle.
Nos observations se bornent actuellement a deux cas, mais la
presente communication a pour but d’attirer l’attention des cli-
niciens sur ces faits.
Dans 1’important travail de Marchand et Courtois (1), nous
trouvons une confirmation de notre opinion. Ces auteurs, en effet,
notent : 1’inegalite et 1’irregularite pupillaire, le teint bronze, les
varicosites aux pommettes, la disparition des poils, en particulier
aux aisselles.
Reste a fixer dans ces symptomes la valeur respective de 1’in-
suffisance hepatique et de l’atteinte vegetative. La rougeur de la
face avec varicosites est attribuee d’ordinaire a 1’insuffisance
hepatique. Le fait est possible dans beaucoup de cas, mais chez
les malades que nous avons observees il s’agit d’une congestion
diffuse de toutes les joues pour laquelle il est bien difficile de ne
pas penser a un trouble sympathique. La plupart des insuffisan-
ces hepatiques ne presentent pas cette congestion. Ce qui nous
parait le plus typique au point de vue vegetatif, ce sont les crises
(1) Marchand et Courtois. — Loc. cit.
SOC1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
sudorales et les troubles vaso-moteurs. Nous nous demandons si
certains etats congestifs transitoires (poumons) ne sont pas ega-
lement des troubles vegetatifs. L’atteinte du systeme nerveux
visceral met certainement les alcooliques chroniques en etat de
faible resistance organique, ce qui explique en partie la gravite
des maladies intercurrentes.
M. Marchand. — II est interessant de voir combien sont leses
les ganglions sympathiques chez les alcooliques chroniques pre-
sentant des symptomes graves d’ordre neuro-vegetatif ; mais, a
propos des lesions encephaliques, je ne crois pas qu’on puisse
localiser les lesions dans la region mesodiencephalique et en par-
ticulier dans les corps mamillaires. Dans l’alcoolisme chronique
et surtout dans le syndrome de Korsakoff, les lesions du cortex
sont extremement accusees ; on peut meme dire que chez les
alcooliques chroniques tout le systeme nerveux est lese, comme
d’ailleurs la plupart des organes et specialement le foie. C’est la
remarque que je faisais au Congres de Rabat a propos d une
communication de Steck sur les lesions de la region infundibulo-
tuberienne et des corps mamillaires chez les alcooliques atteints
de delirium tremens et de psychose de Korsakoff.
M. Guiraijp,. — Les lesions sont en effet disseminees. Mais elles
me paraissent predominer dans la region du troisieme ventri-
cule. Et dans un cas ou les troubles vegetatifs sont aussi accuses
qu’ils 1’etaient dans le notre, on voit que les ganglions sympathi¬
ques eux-memes sont atteints.
Tentatives de suicide repetdes chez un instable ddprimd sans
travail (presentation du malade), par MM. Laignel-Lavastine,
Georges d’HEUCQUEViLLE et J.-J. Sambron.
Le malade, que nous avons l’honneur de presenter, est remar-
quable par les multiples cicatrices lineaires et paralleles de coups
de rasoir sur les avant-bras.
Ce jeune homme de 21 ans a trouve, des son entree dans la vie,
des conditions sociales anormales, sur lesquelles insisterait un adepte
de la theorie sociologique du suicide. II est ne dans la confession
protestante. II n’a pas connu son pere, qui avait abandonne sa mere,
et avait ete condamne, pour abandon de famille, a une pension ali-
mentaire. Sa mere est morte, vraisemblablement tuberculeuse, alors
qu’il avait 7 ans. Recueilli par ses grands-parents, il a vu disparaitre
SEANCE DU 13 FEVRIER 1936
219
d’abord son grand-pere en 1933, puis sa grand’mere 1’an dernier, tous
deux octogenaires.
Pas d’antecedeni pathologique notable dans la premiere enfance.
Le malade poursuit des etudes secondaires au college superieur de
Metz. II remplit, quelque temps, les fonctions de secretaire aupres
d’un romancier allemand. La puberte s’etait installee sans incident,
sans acces de depression, ni tentative de suicide. II accomplit nor-
malement son service militaire.
Au retour du service militaire, il subvient tant bien que mal a ses
besoins, mais prend bientot le parti de contracter, en 1929, un enga¬
gement dans les armees coloniales.
En Syrie, en 1932, il a une meningite cerebro-spinale grave,
qui entraine sa reforme apres cinq mois de traitement. L’infectiori
se complique d’hemiplegie gauche, de dysarthrie transitoire. A son
retour en France, il doit etre hospitalise au Val-de-Grace pour des
sequelles, paralysie faciale gauGhe, cephalee persistante. Dans les
mois qui suivent, il est encore traite pour caries dentaires rapides,
hydarthrose, appendicite. Bref, l’etat general a subi, apres la menin¬
gite, une atteinte profonde.
Retabli, le malade acquiert, avec ses economies, un fonds d’epice-
rie a Bordeaux. En quelques mois, il tombe en faillite, ce qui n’a rien
d’etonnant.
Depuis lors, ayant en outre perdu entre temps ses grands-parents,
ses seuls soutiens naturels, il traine une existence miserable, travail-
lant par courts intervalles, et secouru au « Refuge de l’Armee du
Salut » , ou, meme protestant, constate-t-il avec amertume, il lui faut
verser une pension modique.
C’est dans ces circonstances qu’il commet sa longue serie de tenta-
tives de suicide.
La premiere remonte a juin 1935, a 5 heures du soir. Revenant
d’une tournee d’embauches infructueuse, il. trace avec un couteau deux
longues scarifications paralleles et transversales sur la face anterieure
du poignet gauche, puis sept autres, egalement transversales et paralle¬
les, de bas en haut, sur la face dorsale. Il est traite a l’Hopital de
Montfermeil.
La seconde tentative date d’aout 1935. Le malade avait travaille
quelques semaines dans les champs. Il cherche un emploi a Paris, et,
ses recherches demeurant vaines, un soir, a 6 heures, il se jette dans la
Seine, du quai de Bercy. Il est traite a l’Hopital Saint-Antoine.
Puis, se place un leger incident medico-legal. Ayant perdu sa bicy-
clette, il en vole une autre qu’il revend et produit une fausse facture.
Bref, il est condamne par la HP Chambre, purge une peine de prison,
et sort libere le 26 decembre dernier, avec un modeste pecule.
Le 8 janvier, il entre a la Pitie, en etat d’intoxication barbiturique
peu profonde : il avait absorbe un tube de comprimes de gardenal a
0,10 et un demi-tube de comprimes de veronal a 0,20.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Bien reveille, le 10 janvier, il s’isole dans les cabinets, et, a 1’aide
d’une lame de rasoir Gillette, il se creuse deux estafilades a la face
laterale gauche du cou, obliques en bas et en avant, nettement en
arriere du bord anterieur du sterno-mastoidien. (Au-dessus du maxil-
laire inferieur, on remarque deux cicatrices rectilignes, mais ces
dernieres sont anciennes, de nature accidentelle).
Ce malade, lucide et intelligent, ne se departit guere d’une attitude
concentree, soucieuse, mais repond de bonne grace. Pendant son se-
jour a I’hopital, nous n’avons releve aucune crise ni anxieuse, ni
nevropathique, ni comitiale. Le sommeil est satisfaisant.
Examen physique. — Leger strabisme interne, pupilles a peine
paresseuses ; pas de sequelle d’hemiplegie gauche ; reflexes tendi-
neux polycinetiques a droite ; reaction cutanee plantaire normale :
reflexes cremasteriens et cutanes abdominaux normaux ; tremblement
discret des extremites ; cceur normal ; tension arterielle : 11/8 ;
troubles digestifs fonctionnels : anprexie, pesanteur gastrique, point
cystique, colon spasme, alternatives de diarrhee et de constipation ,
reaction oculo-cardiaque tres positive.
On ne met en evidence nul stigmate dystrophique net ; a noter une
legere asymetrie faciale, le cote droit un peu retreci, des oreilles
assez frustes, un appendice xyphoide rudimentaire.
Dans l’ordre psychique, la malade accuse des alternatives d’eupho-
rie et de depression, de rythme diurne, la nuance melancolique
restant dominante. Le soir, il eprouve un decouragement profond,
qu’il n’exteriorise nullement par des manifestations anxieuses. Mais
toutes ses tentatives de suicide ont ete accomplies vers 5 ou 6 heures
du soir. Le matin, il reprend courage.
Il sait qu’il se retrouvera sans travail a la sortie de I’hopital, et
qu’il devra recourir a un nouveau mode de destruction. Il accepte
cette eventualite avec un fatalisme exempt de revolte. « Il compte
recourir, cette fois, aux barbituriques, pour avoir lu dernierement
un recit de ce genre dans Marcel Proust. » .
Chez ce malade, la depression ne s’accompagne de nul systeme
delirant. Le jugement, et generalement toutes les fonctions intellec-
tuelles, appreciees aux tests usuels, apparaissent intactes. Les pertur¬
bations interessent seule la sphere affective.
Nous avons presente ce malade a la Societe en raison surtout de
l’interet pittoresque de ses tentatives et de leur repetition. Ajoutons
neanmoins qu’il pose un triple probleme diagnostique, etiologique
et medico-legal.
Ce malade est manifestement un deprime. Il n’offre aucun
caractere d’hebephrenique. Mais sa depression revet une forme
peu commune. Elle presente une exacerbation vesperale, aigue
et reguliere. Elle ne comporte aucun syndrome anxieux, aucune
inhibition ni ralentissement intelleetuel. C’est pourquoi elle se
SEANCE DU 13 FEVRIER 1936
221
rapproche du decouragement legitime qui suit l’insucees dans la
recherche du travail.
D’autre part, on peut se demander si on doit incriminer la
meningite cerebro-spinale severe de 1932. La depression actuelle
en constitue-t-elle une sequelle affective parmi les autres sequel-
les, nerveuses ou infectieuses, enumerees ? Ce sujet, intelligent,
qui subvenait auparavant a ses besoins, en quelques mois englou-
tit ses economies, fait faillite et se declasse tout a fait. Dans
quelle mesure cet evenement depend-il des sequelles de la me¬
ningite cerebro-spinale, c’est tres difficile a dire. En tous cas cette
mesure parait petite dans le determinisme de ces manifestations
de decouragement marquees par le double caractere d’impulsi-
vite et de repetition en pleine luddite.
Du point de vue medico-legal, il ne parait guere possible d’assi-
miler notre malade aux anciens encephalitiques atteints de per¬
turbations affectives profondes. II se presente, avant tout, comme
un instable constitutionnel, qui a besoin d’etre encadre. Son acti¬
vity, normale au regiment, est incapable de fruit quand il est
livre a lui-meme. Cette remarque dicte un conseil : se rengager.
L’internement aussi encadrerait notre homme ; mais la mesure
nous parait un peu rude.
En resume, l’interet de ce malade est double : pittoresque et
medico-social.
Les multiples cicatrices cutanees d’incisions superficielles
demontrent des tentatives de suicides un peu molles, comme on en
releve chez des instables, qui passent pour hysteriques.
Quant a l’interet medico-social, il est encore plus psyehologi-
que que psychiatrique.
M. Rene Charpentier. — Il y a lieu de faire des reserves
sur ces tentatives de suicide, tant a cause du caractere manifeste-
ment peu dangereux de certaines (egratignures ou estafilades de la
face posterieure du poignet par exemple), qu’a cause de la Cons¬
tance et de la repetition des echecs. Il est permis de se demander
si cet ancien soldat colonial, qui n’arrive pas a se tuer, en a vrai-
ment un si grand desir.
M. Rayneau. — Comme le dit M. Rene Charpentier, il ne parait
pas avoir une bien grande envie de mourir mais vouloir ameliorer
sa situation sociale.
(1) Laignel-Lavastine, Georges cI’Heucqueville et M. Gautier. — Tenta¬
tive de suicide par la hache d’un alcoolique, au debut d’une paralysie gene¬
rate. Annales Medico-Psychologiques, XCII, n° 5, p. 741, mai 1934.
222
S0C1ETE MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE
M. Georges Dumas. — II coirvient, quand on parle du suicide et
de Durkheim, de bien preciser ce qu’il entendait par facteur
social. Ce n’est pas, comme on a l’air de le croire trop souvent, le
retentissement conscient des incidents sociaux sur l’individu.
C’est le phenomene inconscient pour l’individu de sa disintegra¬
tion sociale ; c’est le fait de subir la societe sans sentir qu’on la
subit.
M. d’Heucqueville. — Je crois personnellement que le facteur
biologique de la meningite est tres important et qu’il y a lieu
indiscutablement d’interner le sujet ; vivant deja a l’Armee du
Salut il est deja a la charge de la societe, il sera mieux a sa place
a l’asile.
La seance est levee a 11 heures 30.
Les secretaires des seances,
Paul Abely et P. Garrette.
SEANCE DU n FEVR1ER 1936
223
Seance du lundi 24 fevrier 1935
Presidence : M. VURPAS, president
Adoption du proces-verbal
Le proces-verbal des seances du jeudi 9 janvier 1936 et du lundi
27 janvier 1936 est adopte.
Correspondance
M. Paul Courbon, Secretaire general. — La correspondance manus-
crite comprend :
une lettre du Dr Rene Charpentier, vice-president, qui s’excuse de
ne pouvoir assister a la seance ;
une lettre du Dr Reginald Worth, secretaire general de The Royal
Medico-psychological Association, qui remercie la Societe Medico-
psychologique des sentiments de condoleances exprimes a l’occasion
de la mort de Sa Majeste George V ;
une lettre du Professeur Parhon et du Dr Goldstein, de Bucarest,
presentant a la Societe leur Traite d’Endocrinologie sur les parathy-
roides ;
une lettre du Dr Ayreux, secretaire general du Conseil general des
Societes medicales d’arrondissements de Paris, priant les membres
de la Societe Medico-psychologique de seconder 1’effort de ces Socie¬
tes pour reprouver hautement les precedes de reclame de certains
medecins qui se font de la publicity dans la grande presse ;
une lettre du Dr Roger An glade, qui remercie la Societe de l’avoir
elu membre titulaire ;
des lettres de Mile le Dr Derombies, et de Mme le Dr Masson, qui
remercient la Societe de les avoir elues membre correspondant na¬
tional.
Date de la stance du mois d’avril
Le deuxieme jeudi du mois d’avril se trouvant pendant la periode
des vacances universitaires, la Societe decide de ne tenir au mois
224
SOCIETE MEDICO-PSYCHGLOGIQUE
d’avril qu’une seule seance qui aura lieu le lundi 27 avril 1936, a
4 heures, au siege de la Societe Medico-psychologique, 12, rue de
Seine (VIe arrondissement).
Declaration de vacance d’une place de membre titulaire
Une place de membre titulaire est declaree vacante ; les candida¬
tures, accompagnees d’un expose de titres et de travaux scientiflques,
devront etr'e parvenues au secretaire general avant le lundi 23 mars
1936, date a laquelle sera designee la Commission chargee de l’exa-
men de ces candidatures : l’election aura lieu a la seance du lundi
27 avril.
Election d’un membre correspondant national
Apres lecture d’un rapport de M. Guiraud au nom d’une Commis¬
sion composee de MM. Guiraud, Marchand et Simon, il est procede
au vote sur la candidature de Mile le Dr Deschamps, au titre de
membre correspondant national.
Nombre de votants . 20
Majorite absolue . 11
A obtenu :
Mile le D1' Deschamps . 20 voix.
Mile le Dr Deschamps est elue membre correspondant national de
la Societe Medico-psychologique.
Election d’un membre associd etranger
Apres lecture d’un rapport de M. Courbon au nom d’une Commis¬
sion composee de MM. Rene Charpentier, Courbon et Fillassier, il
est procede au vote sur la candidature de M. le D.r Alberto Brochado,
au titre de membre associe etranger.
Nombre de votants . 20
Majorite absolue . 11
A obtenu :
M. le Dr A. Brochado . 20 voix.
M. le Dr A. Brochado, de Porto, est elu membre associe etranger de
la Societe Medico-psychologique.
Rapport de la Commission sur les Assistantes Sociales
A la demande des membres de la Commission, ce rapport est remis
a une date ulterieure.
SEAXCE DU 24 FEVRIER 1936
225
COMMUNICATIONS
Syndrome catatonique consecutif a une intolerance
au novarsenobenzol, par M. Aubin.
Au cours de ces dernieres annees, l’experimentation et les
observations cliniques ont apporte, ici meme, d’importantes preci¬
sions sur la nature et les conditions d’apparition du syndrome
catatonique en dehors de la demence precoce.
Dans nombre de psychoses (melancolie avec stupeur, demence
senile, etc.), d’infections et de toxi-infections (fievre typho'ide,
encephalites, coli-bacillose), on en a montre l’existence : nean-
moins, certains auteurs refusent encore d’identifier la catalepsie
toxique et la catatonie vraie (1), et c’est ce qui nous incite a
verser au debat l’observation suivante :
S..., legionnaire, observe a l’hopital de Fez.
Rien a signaler dans les antecedents, sauf :
En 1930, au Tonkin, chancre et serie de novarsenobenzol (un 0,90).
Pas d’accidents secondaires.
En 1931, a Tlemcen, nouveau traitement au 914 (deux 0,90).
En avril 1932, a Bel- Abbes, lesion en medallion de la taille d’une
piece de 0,50 qui guerit avec une nouvelle serie de novar.
En juin 1932, a Fez, apparition de douleurs dans le nez, elimina¬
tion de fragments osseux provenant des fosses nasales, odeur infecte.
Neanmoins, part en colonne.
En octobre 1932, angine diphterique, serotherapie intense. Para-
lysie, puis perforation du voile. Recoit 15 injections de cyanure et
10 de bismuth ; a ce moment apparait une gomme a l’angle externe
de l’oeil gauche.
En septembre 1933, au cours des Operations dans l’Atlas, apparais-
sent, a la region sacro-iliaque, a droite et a gauche de la ligne me-
diane, deux ulcerations atteignant cinq centimetres de diametre et
au thorax d’autres gommes plus petites.
Le 24 octobre 1933, syphilides multiples du tronc, enormes ulce¬
rations des fesses, perte de substance du rhino-pharynx, troubles
visuels de l’oeil gauche.
Le 5 novembre, 10 minutes apres une injection de 0,60 de Novar,
le malade est pris de violentes douleurs dans tout le corps, il se roule
(1) I. eland, E. H INS IK. — Analyse Annates Medico-psychologiques, juillet
1933, p. 255.
Ann. Med. -psych., XVf serie, 94° annee, t. I. — Fevrier 1936. 15.
226
SOCIETE MEDIC0-PSYCI10L0GJQVE
dans son lit tant il souffre, puis au bo.ut d’un quart d’heure survien-
nent successivement des vomissements, une violente debacle intesti-
nale avec sang, des epistaxis, et, deux heures plus tard, des hemorra-
gies profuses au niveau des ulcerations cutanees ; temperature 40,8 ^
pouls 108.
Nouvelles hemorragies le 7 novembre. Chute rapide de la tempera¬
ture et du pouls.
Le 9, l’etat general est ameliore, mais on observe de l’oedeme de
la face, des mains, des membres inferieurs, albuminurie. Tension
normale, foie un peu gros et douloureux.
Le 13 novembre, albuminurie (1,20 %*), hypochlorurie (5,85 %),
uree a 0,80 %», Maillard 4,2. Presence de sang dans les urines. Hecht
et Bordet-Wassermann + + + dans le sang.
Depuis le 7 novembre, la temperature et le pouls descendent pro-
gressivement ; la courbe thermique s’abaisse au-dessous de 37, puis.
de 36 ; les pulsations passent de 80 a 52. (Tous les renseignements
ci-dessus m’ont ete fournis par l’observation du Medecin-lieutenant
Paleologue).
Le 22 novembre, vers 4 heures du matin, le malade se reveille, nous,
dit-il, avec une douleur generalise ; il tremble, il n’d plus la force
de faire un mouvement. Il est transfere dans notre service le soir
meme. Son teint est pale, le facies stuporeux, legerement asymetri-
que, nous constaterons un peu plus tard plus nettement l’existence
d’une paralysie faciale gauche ; leger strabisme divergent avec exoph-
talmie et regard fixe vers le bas.
Les reflexes osteo-tendineux sont normaux et symetriques, le plan-
taire en flexion, etc. Liquide cephalo-rachidien normal.
La temperature est tombee a 35°1, le pouls est a 54.
Les ulcerations suppurent, l’haleine est d’une extreme fetidite.
Ce qui frappe immediatement, c’est l’aspect catatonique de ce
malade : il conserve deux ou trois minutes les attitudes qu’on lui fait
prendre, puis, lentement, le membre mobilise s’abandonne a la pesan-
teur ; les mouvements passifs donnent la classique impression de
flexibilite cireuse, les gestes de flexion et d’extension du coude accom-
pagnes a trois ou quatre reprises se poursuivent d’une maniere auto-
matique une dizaine de fois,
Le mustisme est a peu pres total, ne s’interrompt que pour quelques.
paroles inintelligibles, mais la comprehension reste entiere : les
ordres sont executes et l’on remarque un certain degre de suggesti-
bilite (ebauche de mouvements imitant ceux du medecin). Enfln,
quelques grimaces et gestes stereotypes, des rires et pleurs immotives.
completent ce tableau.
Dans la nuit, il est tres excite ; ses cris empechent tous les malades
de la salle de dormir.
Le 23 et dans la matinee du 24, son mutisme est complet, le syn¬
drome catatonique persiste.
A la contre-visite de l’apres-midi, nous trouvons le malade enfoui
SEANCE DU U FEVR1ER 1936
227
dans son oreiller. Brusquement, il s’accoude, puis s’assied : son visage
s’est anime, son teint s’est un peu colore et avec la plus grande
aisance, il nous declare spontanement : « Maintenant, 9a va mieux •
j’ai cru que j’allais mourir ; en voyant circuler le pasteur (l’aumo-
nier), j’ai pense que c’etait la fin. » II se met a pleurer, puis de nou¬
veau s’eclaire, sourit et nous donne des renseignements assez precis
sur nos visites pendant la periode de stupeur. Il est bien oriente, mais
fait erreur dans ^appreciation de son sejour a I’hopital. (Il pense y
etre depuis 4 jours alors qu’il n’est entre que 48 heures auparavant;
malgre notre rectification, six semaines plus tard, il fera la meme
erreur).
Le lendemain soir, la temperature qui etait demeuree aux environs
de 35° remonte brusquement a 36°4 et atteindra la normale une se-
maine plus tard. L’etat general s’ameliore avec une rapidite prodi-
gieuse. La paralysie faciale disparait.
Le psychisme pendant quelques jours encore presentera cette
allure hypomaniaque ebauchee le 23 : euphorie avec brusques sautes
d’humeur, depressions fugaces, subexcitation, loquacite, hypermi-
mie, etc...
Il devient ensuite parfaitement normal.
Ces souvenirs de la periode catatonique restent assez nets : il nous
decrit avec exactitude son arrivee a l’hopital, les preparatifs de la
ponction lombaire, etc.
Par contre, un certain nombre de faits, sans charge affective pour
lui, il est vrai, n’ont pas ete fixes.
Il assure avoir voulu faire effort pour repondre a nos questions ;
il les comprenait parfaitement, mais ne pouvait articuler un seul
mot (en realite, nous n’eumes pas l’impression qu’il fit cet effort). Il
avait des bourdonnements d’oreille, la gorge serree, une oppression
extremement penible. Il avait peur de mourir. Un peu plus tard, il ne
ressentit qu’un profond decouragement, une grande envie de pleurer.
En resume, ce sujet, qui a contracts la syphilis en 1930, pre¬
sen ta les annees suivantes, malgre le traitement ou plutot en
raison de traitements insuliisants, des lesions cutanees multiples
et rhino-pharyngees ; en novembre 33, a la suite d’une injection
de 0,60 de Neo., il fait une severe reaction d’Herxheimer, puis,
17 jours plus tard, des accidents nerveux graves, accompagnes
d’un syndrome catatonique typique, comme si cet effet toxique
si particular, et qui ne s’etait nullement manifesto les annees
precedentes, avait exige, pour se produire, une certaine limite
de resistance de l’organisme, un certain taux d’affaiblissement
du nevraxe.
L’origine toxique de ce dernier episode, son apparition brus¬
que, son evolution rapide, en font un veritable exemple, chez
228 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
l’homme, de « catatonie experimentale » ; une reserve toutefois
serait a faire sur le role possible de l’infection specifique reacti-
vee, si de recents travaux n’avaient demontre la nature toxique
des accidents nerveux (1).
Delire d’analogie chez un Hindou, par M. Aubin.
Le processus d’explication par analogic est frequent, mais ll
n’est, dans la plupart des cas, qu’episodique ou accessoire derriere
un cortege predominant de troubles sensoriels, d’interpretations,
d’intuitions, de deductions ou deductions plus ou moins en
marge des lois de la methodologie.
Ce qui fait, pensons-nous, l’interet du cas que nous rapportons,
c’est la precocite, la constance et, pourrait-on dire, la rigueur du
raisonnement analogique utilise. Des le debut et jusqu’au bout de
1 ’episode delirant, le malade construit son delire en suivant, d’une
maniere stricte, la legende qu’il a choisie pour theme.
II s’agit d’un brahmanine caste, age de 33 ans, commis du Tresor,
ancien eleve du seminaire, qui fut conduit a l’hopital colonial a la
suite d’une fugue anxieuse qui lui a fait abandonner son poste et sa
famille, porter plainte au Procureur de la Republique contre des mal-
faiteurs : ils ont envahi sa maison, Pont demolie ; ils ont enleve sa
femme et commis des meurtres. Lui-meme a ete poursuivi avec des
cris effrayants que couvraient des appels epouvantes, etc...
Le courant de la pensee est diffus, incertain ; le malade s’em-
brouille, perd le fil de ses idees.
Ce paroxysme sub-confusionnel s’apaise rapidement a l’hopital et
des le lendemain il peut exposer avec ordre un delire dont voici le
theme general.
Rappelons d’abord en quelques mots la legende du Ramayana dont
s’est inspire notre malade :
« Latchoumane, frere de Rama, avait coupe les oreilles a la soeur
de Ravana, geant a dix tetes, roi de Ceylan ; ce dernier, pour se
venger, enleva Sitte, femme de Rama. Apres une serie de luttes epi-
ques et d’exploits prodigieux, et grace au concours de Hanouman,
roi des singes, Ravana fut vaincu et tue. »
(1) Ceux-ci peuvent se produire en dehors meme de la syphilis, par exem-
ple dans le traitement de 1’angine de Vincent, et dans un delai de 12 heures
a 70 jours ; l’examen anatomique montre une nevrose perivasculaire avec
foyers hem,orragiques encephalo-niedullaires. (M. A. Glaser, C. P. et S. W.
Imerman : L’enciiphalite et la myelite heniorragiques consecutives aux injec¬
tions intra-veineuses d’arsenobenzol ; The American Journal of the medical
sciences, janvier 1935).
SEANCE DU || FEVRIER 1936
229
« Des le bas-age de 7 ans, nous dit le malade dont nous conservons
les savoureuses expressions, j’ai eu la passion de l’amour des femmes;
a tel point que, des ma sixieme annee, j’ai pu jouir en cette maniere.
Deux femmes qui ont manifesto le desir de m’aimer n’ont pas hesite
a me ceder pour avoir des relations ; je les ai « besees » en usant
d’un peu d’energie. J’ai commis d’autres adulteres par le cceur. C’est
le peche de Ravana, et, en expiation, il a eu son royaume et sa famille
detruits.
« ...C’est ce qui se passera pour moi. Je suis Ravana. Rama, c’est
mon beau-frere, Peroumatt ou Ramassamy ; X... n’est autre que Lat-
choumane. »
Sur ce theme sont brodes d’innombrables episodes qui rendent son
recit extremement embrouille, d’autant plus qu’il utilise tantot le
nom reel d’un personnage de son entourage, tantot celui de son cor-
respondant mythologique.
A 1’examen, il se presente a nous le plus souvent avec un facies
deprime, la voix hesitante et fatiguee, pessimiste, decourage ; il a
parfois des raptus anxieux, tels que celui qui a motive son hospitali¬
sation et d’autres moins intenses que nous avons observes au cours
des semaines suivantes.
Il cherche la correspondance entre toutes les langues qu’il connait
pour y retrouver les presages de son destin. Le chant des oiseaux, le
cri des margouillats, des musaraignes et des crapauds est dicte par
un magicien dont il recherche les intentions.
Scrupuleux, il se reproche des adulteres d’intention (adulteres par
le coeur). Des idees de destruction, de . ruine le hantent : (« Ma fa¬
mille sera detruite, je serai degrade dans la plus basse caste, celle
des cordonniers »), et aussi des idees d’ auto-accusation tres particu-
lieres, bien impregnees d6s idees religieuses de 1’Inde ; « J’ai du
commettre des peches dans une vie anterieure... » Mais il sait en trou-
ver aussi dans son existence actuelle : adulteres reels, calomnies vis-
a-vis d’un collegue qu’il a accuse d’avoir vole trois roupies a la
caisse (« Ce n’est pas vrai, mais il en etait capable »), alors que la
seule faute de ce dernier est de l’avoir injurie, et, peut-etre, d’avoir
« vole la caisse de sa femme »
Des illusions et des hallucinations apparaissent au cours* des bouf-
fees paroxystiques, avec onirisme :
« J’entends A — A — A, ou — ou — ou. Des voix dans la rue me
disent lorsque je suis couche : « Prenez ce voleur. » On court a toute
vitesse, je cesse d’entendre. On pousse des cris qui peuvent entrainer
la mort de quelqu’un, comme le dernier soupir d’un homme... J’ai en-
tendu tant de bruits, cris effrayants, sifflements, appels, que je voulais
me jeter dans un puits... Je suis comme Cain ; je vois partout ce que
j’ai fait... Une sorte de magie me fait ecrire. » (Impulsions graphi-
ques ?) .
230
SOCIETE MEDICO-PSYCHO LOGIQUE
A cote de tout cela, quelques elements du caractere parano'iaque
qui nous ecartent de la melancolie vraie :
« Tout le monde me veut du mal ; on est jaloux de moi, de ma
situation, de ma culture... Je suis, malgre tout, une nature d’elite ;
j’ai un bel avenir... J’ai etudie toutes les religions et toutes les philo¬
sophies... La police m’en veut ; on lui a fait signer des papiers contre
moi... Je suis trop juste ; j’aurai, en compensation de mes malheurs
et de mes merites, une bonne naissance future. »
Son comportement est tantot celui d’un melancolique anxieux (agi¬
tation nocturne, fugues, humiliations : mendie, couche chez un non¬
caste) ; tantot hypersthenique, agressif et violent, celui d’un para¬
no'iaque.
Ce delire a evolue vers une rectification a peu pres complete. Revu
au bout de trois ans, N... etait parfaitement calme et avait pu etre
reintegre dans les fonctions d’instituteur.
Somme toute, nous reconnaissons dans ce tableau : un syndrome
depressif indubitable avec paroxysmes anxieux teintes d’onirisme, et,
d’autre part, des tendances paranoiaques du type sensitif de Kret¬
schmer, et cet ensemble nous parait entrer dans ce cadre de regrou-
pement qu’est le delire d’interpretation hyposthenique (Capgras).
C’est sur ce terrain que ce delire a pu se developper ; les facteurs
ethniques sont intervenus pour lui donner une forme un peu parti-
culiere qui surprend l’observateur occidental, mais qui est adequate
a la formation psychique du malade.
Connaissant 1’ensemble des troubles observes, nous pouvons main-
tenant nous demander quelle est la nature et la valeur semeiologique
de ce raisonnement analogique.
Nous savons le gout des Orientaux pour lui et son intervention dans
un delire est un exemple significatif de l’aspect que peuvent prendre
les psychoses dans des contrees de civilisation differente : la mala-
die reste la meme, seules peuvent varier les apparences exterieures.
Nous avons aux colonies verifie ce fait bien souvent.
D’ailleurs, ces nuances que nous observons dans l’espace sont celles
que l’on remarque dans le temps, et a ce propos je critiquais dans
ma these (1) l’Opposition classique depuis Magnan, entre « Delire du
Moyen Age » et « Delire Moderne ». C’est une distinction purement
morphologique et il est tout a fait inexact de reserver le premier aux
arrieres et aux debiles chez lesquels le pronostic pourrait etre diffe¬
rent. Le Delire du Moyen Age temoigne, non d’une inferiorite psychi¬
que, mais d’un developpement en un milieu voisin du « Primitif »
(au sens de Levy-Briihl). C’est un facteur purement sociologique.
II y a precisement dans le raisonnement par analogic la marque
evidente de certains caracteres que M. Levy-Briihl attribue a la Men-
talite Primitive : confusion entre l’image et le modele, entre le reve
(1) Les delires de Metapsychique. These de Bordeaux , 1927.
SEANCE DU 24 FEVRIER 1936
et la realite, entre individus, objets et animaux mystiquement iden-
tiques (Totem).
C’est ainsi que notre malade explique les malheurs conjugaux dont
il se croit atteint. II nous dit : « Ma femme, Coquili, a ete mordue
par iin chat, il y a 6 ans, elle est devenue chat elle-meme. Moi, j’ai ete
mordu par un rat, done je suis devenu rat. L’occasion venue, le chat
Coquili a attrape le rat N... »
Il n’y a encore la que symbolisation et croyance en la valeur d’un
avertissement de la Providence, comme il nous l’explique.
Un pas de plus, et nous arrivons a 1’identification par analogie entre
le Mythe et l’histoire du malade, comme il le fait dans les bouffees
delirantes.
A nos yeux d’Occidentaux, un tel mode de raisonnement nous pa-
rait bien fragile et demande a chaque instant le controle de l’observa-
tion et de 1’experience. Nous avons vu que pour le Primitif il peut
avoir une valeur absolue ; le psychisme de 1’Indien, en general plus
evolue, pourrait (surtout en dehors du domaine metaphysique) y
reconnaitre une nuance dubitative — supposition plus que certitude
— qui parait bien ici ne pas manquer.
Du point de vue semeiologique, il ne s’agit pas d’une simple variete
^’interpretation (encore que ce mecanisme soit ici predominant),
mais d’une sorte de guide economique, de til d’Ariane donnant imme-
•diatement un sens precis et une valeur determinee a tous les inci¬
dents de l’ambiance. Il devient ainsi non seulement l’instigateur
^’interpretations delirantes, mais encore un systeme explicatif com¬
mode des troubles sensoriels, des intuitions, des etats affectifs qu’il
ressent.
C’est, sonime toute, un element d’organisation du delire, interve-
nant entre le complexe organo-ideo-affectif generateur de la psychose
et'le theme delirant.
Il nous parait comparable en un sens aux paramnesies ; c’est une
sorte de « deja vecu », transpose, — vecu par les dieux, au lieu
d’etre vecu par le malade, - — rapprochement flatteur pour sa vanite.
Un degre de plus (et j’ai eu parfois l’impression qu’il a ete franchi),
■et ce croyant fervent du « samsara », des reincarnations, se deman-
dera s’il n’a pas ete lui-meme dans une vie anterieure, l’acteur divin
de la legende.
En resume, nous avons voulu mettre en evidence l’un des
Elements ethniques pouvant intervenir dans la genese d’un delire,
en fixer le theme et en favoriser le developpement-facteur interes-
sant a noter chez les Indigenes ou les conceptions delirantes sont
habituellement peu extensives (cf. Aubin. De quelques aspects
des psychoses dans l’lnde. Annales de Medecine et de Pharmacie
Coloniales, 1933).
232
S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Etude clinique et pathogenique des hallucinations chez les
ophtalmopathes , par MM. Lhermitte et Ajuriaguerra.
Resume. — Six observations ou l’on voit des hallucinations vi-
suelles se developper chez des sujets atteints d’alterations du photo*
recepteur, de nature et d’intensite assez diverses. Ces hallucinations
ne coraportent en elles-memes aucun caractere specifique, tantot, et
le plus generalement, elles sont critiquees par le malade et identiflees,
tantot elles sont prises pour de la realite. La lesion du photo-reeep-
teur apparait tres variable, et le plus souvent le debut de l’etat
hallucinatoire ne coincide pas avec l’origine de la lesion ophtalmo-
pathique. Nous soulignons ce double fait que les oscillations de l’etat
hallucinatoire correspondent souvent avec la survenance d’etats toxi-
infectieux ou de defaillance cardiaque, et que, le plus souvent, le
systeme nerveux central n’est pas intact. La lesion du bulbe oculaire
peut done, dans une certaine mesure, diriger le processus hallucina¬
toire, mais elle ne nous semble pas capable a elle seule de le faire
apparaitre.
M. Guiraud. — II me semble que les presentateurs attenuent
trop l’importance de la lesion oculaire dans la genese des hallu¬
cinations qu’ils nous decrivent.
Si, pour les hallucinations verbales des delirants, la discus¬
sion reste possible, pour les hallucinations des ophtalmopathes,
la plupart du temps conscientes, brillantes, mobiles, on doit dis-
tinguer deux elements : 1° une esthesie ou sensation anormale ;
2° un mecanisme d’identification excessif qui deforme cette
esthesie et la transforme en visages, animaux, vetements bril-
lants, etc.
Dans ce cas, l’esthesie semble bien avoir pour cause les lesions
du globe oculaire, ses caracteres colores, scintillants, mobiles
semblent assez demonstratifs. Je rappelle qu’a la derniere seance,
M. Marchand a presente des dessins d’une epileptique figurant ses
hallucinations visuelles transitoires ; sur la plupart d’entre eux,
le fond est constitue par une sorte de damier qui, par places, se
transforme en visages ou personnages ; or, beaucoup de phos-
phenes retiniens sont constitues egalement par une sorte de
damier ou de dessin en nid d’abeilles. Sur cette trame, l’imagina-
tion du malade applique diverses images, comme elle peut le
faire sur des nuages ou des taches d’encre. A parler strictement,
les hallucinations des ophtalmopathes sont des illusions dans
lesquelles la sensation est provoquee par un excitant pathologi-
que. La plupart des malades atteints de ces hallucinations sont
SEANCE DU -H FEVRIER i936
233
des vieillards. On sait la frequence des hallucinations visuelles
pendant la vieillesse.
M. Marchand. — Chez l’epileptique presentee a la derniere
seance de la Societe, a laquelle M. Guiraud fait allusion, les
visions projetees et dessinees ont consiste, des le debut de leur
production, il y a une dizaine d’annees, en personnages, en ani-
raaux. Ce n’est que depuis peu de temps que, sur les dessins, on
note des petits cloisonnements, des triangles, des quadrilateres.
Ces phenomenes hallucinatoires ne surviennent qu’avant et
apres les accidents comitiaux. Je les considere comme ay ant une
origine centrale, sans aucun rapport avec des phosphenes dus a
une ophtalmopathie.
M. Porc’her. — Je ne crois pas qu’il faille opposer, comme Ie
fait M. Guiraud, dans l’hallucination, l’excitation peripherique, a
la construction psychologique centrale. L’hallucination est un tout
ne du psychisme. Head raconte avoir objectivement recherche
l’etat de la sensibilite de tous les sujets d’un hopital dont l’agita-
tion hallucinatoire avait necessity l’appel du medecin de garde, et
avoir tou jours constate ^existence de zones hyperesthesiees, soit
dans le territoire du trijumeau, soit dans d’autres territoires sen-
sitifs. Ces hyperesthesies avaient une condition centrale et non
peripherique, cette condition etait l’etat hallucinatoire, semble-
t-il.
M. Guiiraud. — Quand il s’agit d’irritation de la calcarine,
l’esthesie est d’origine centrale ; mais quand il s’agit de lesions
oculaires, elle est peripherique et differe simplement de la sensa¬
tion normale, parce qu’elle resulte d’un excitant anormal.
M. Courbon. — Je suis tout a fait de l’avis de M. Guiraud sur
le mecanisme de l’hallucination des ophtalmopathes. Et je pense
avec M. Lhermitte que, sans la coexistence d’une predisposition
mentale particuliere, une lesion de l’ceil ou des voies optiques ne
produit pas d’hallucinations.
Ces malades de l’organe de la vue qui ont des visions sont a
rapprocher des malades de l’organe de l’ouie qui ont des voix.
Ceux-ci sont beaucoup moins rares qu’on ne le suppose. Et Regis
insistait sur la frequence des imperfections de l’ouie chez les
psychopathes atteints d’hallucinations auditives.
La perturbation sensorielle declenche le phenomene psycholo¬
gique de l’hallucination, quand existe l’aptitude a ce phenomene.
Cette aptitude a sa condition biologique ailleurs que dans la
lesion de 1’organe des sens. La senilite, Parteriosclerose, l’intoxi-
231
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
cation semblent etre, chez les malades de M. Lhermitte, les ele¬
ments importants de cette condition biologique. Mais il yen a
d’autres, d’origine peut-etre constitutionnelle.
M. Georges Dumas. — Si l’occlusion des yeux est sans influence
sur les visions penjues par les malades, si elles persistent a ce
moment, c’est bien la preuve de 1’insignifiance relative du role
des lesions oculaires.
M. Lhermitte. — Trois ordres de facteurs importants sont a
retenir dans l’etiologie du phenomene observe chez nos malades :
le facteur physique : age avance, lesion organique du systeme
nerveux, episode febrile toxi-infectieux ou cardiaque ; le facteur
sexe : ce ne sont que des femmes et notre service se compose
d’autant d’hommes que de femmes ; le facteur nycthemeral. A
l’heure du crepuscule, un etat de somnolence a tendance a s’ins-
taller et les hallucinations qui apparaissent sont comparables aux
hallucinations hypnagogiques de la periode de l’endormissement
normal.
M. Courbon. — Si ces hallucinations consecutives a des oph¬
thalmopathies ne se rencontrent que chez les femmes, n’est-ce
pas dans une particularity de la mentalite feminine qu’il faut en
chercher la cause ? L’imagination de la femme est incontesta-
ment beaucoup plus vive que celle de 1’homme. II serait inte-
ressant de savoir, si, prealablement a toute maladie des yeux,
les femmes observees par 1’auteur n’avaient pas, comme caractere
psychologique commun, d’etre douees d’imagination representa¬
tive comme le sont beaucoup d’artistes. La malade presentee a la
derniere seance par M. Marchand avait un temperament d’artiste.
M. Lhermitte. — Nous n’avons pas, sur le passe de nos mala¬
des, de renseignements permettant d’affirmer chez elles l’exis-
tence ou la non existence de ce temperament.
M. Georges Dumas. — Sans avoir a invoquer la somnolence, la
penombre peut provoquer chez un individu normal des illusions
visuelles, extremement nombreuses. En se promenant a la cam-
pagne au crepuscule, on peut voir apparaitre dans le paysage
maintes formes, maints spectacles animes.
M. Courbon. — Ces illusions de la demi-obscurite sont a la base
des terreurs pantophobiques des alcooliques, maintenus dans
des chambres non eclairees. Magnan insistait sur l’importance
d’un tres grand eclairage dans les infirmeries et sur les effets
sedatifs de la lumiere chez les hallucines par toxi-infection.
SEANCE DU U FEVRIER 1936
235
M. Picard. — L’etude des hallucinations visuelles chez les
ophtalmopathes constitue un veritable champ d’etudes privilegie
des mecanismes de l’activite hallucinatoire, car elle nous per-
met d’apprecier les relations qui existent entre des perturbations
elementaires d’une plus ou moins forte sensorialite et les rema-
niements psychiques qui les accompagnent. II est sans doute
inutile de faire intervenir constamment un facteur cerebral
lesionnel surajoute, facteur qui ne parait guere probable lors-
qu’il s’agit de cataractes traumatiques ou de decollement de la
retine par exemple. Dans ces cas, le siege de l’esthesie primitive
parait devoir etre strictement localise a la peripherie oculaire
et seules des perturbations cerebrales fonctionnelles peuvent
jouer un role favorisant dans le developpement du phenomene.
11 est deja assez curieux de constater que ce sont les phenomenes
de forte sensorialite (phosphenes eclatants) qui ont le moins
de tendance a s’imposer a la croyance delirante durable. Par
contre, les elements simples ou peu colores sont generateurs
de transfigurations symboliques plus accusees. C’etait le cas
d’une malade dont nous avons rapporte, avec Targowla, l’obser-
vation et qui, apres avoir vu dans son champ aveugle, des chutes
d’ombres, a fini par les preciser peu a peu dans le sens meme de
ses tendances instinctives affectives et a deceler un jour, devant
nous, deux tombes, deux croix et une chapelle funeraire, le tout
surmonte des silhouettes tres nettes des objets de sa haine fami-
liale. Les choses se passent comme si les pulsions inconscientes
remplissaient le champ libere par la lesion et habillaient des
phenomenes elementaires a la maniere de l’epreuve de Rorschach.
L’on ne saurait depouiller qu’artificiellement ces representations
hallucinatoires de leur valeur psychologique. Dans son auto¬
observation, Pick avait admirablement note 1’influence des souve¬
nirs ou des preoccupations du moment sur le contenu de ses
visions pathologiques., Comment concevoir autrement que des
hallucinations visuelles grammatiques et verbales dues a un
decollement de la retine se fassent en tcheque ? ou expliquer
l’observation du meme genre produite par Cuel et Favory ? Par
un paradoxe tout apparent, ce sont les representations les plus
vives (hallucinations lilliputiennes polychromes, defiles d’images
rapides tres colorees, etc.) qui nous paraissent les plus illusion-
nelles, c’est-a-dire les plus propres a une rectification correctrice
des jugements. Toutefois, leur apparente saugrenuite n’est, pas
plus que dans les obsessions absurdes, la preuve d’un anideisme.
Mais des facteurs de rythme, de frequence, d’intensite, de com-
plexite, d’images interviennent. D’autre part, le terrain cerebral
236
SOCIETE MEDICO-PSYCIIOLOGIQVE
n’est pas indifferent. Pour « halluciner », comme pour etre sujet
a des obsessions, il y a lieu de supposer un terrain cerebral pre¬
pare, de ces dissolutions, passageres ou permanentes, de certaines
fonctions superieures, dissolution que realisent experimentale-
ment les toxiques dits hallucilogenes et que des etats physiologi-
ques tres voisins de la normale peuvent fort bien realiser.
M. Lhermitte. — Nous sommes done tous d’accord pour
afffrmer que Phallucination est un phenomene complexe, dans
l’apparition duquel la lesion peripherique de l’ophtalmopathie
n’a qu’un role secondaire ; elle n’est qu’un element directeur du
processus mental.
Syndrdme d’Adie transitoire, anemie et parkinsonisme fruste
au cours d’une confusion mentale subaigue avec lymphocy-
tose rachidienne, par MM. Georges Petit et Jacques Delmond.
Nous avons deja eu l’honneur de rapporter, devant cette
Societe (1), l’observation d’une malade ayant presente un syn¬
drome de Korsakoff associe a de tres nombreux symptomes
neuro-vegetatifs paraissant indiquer une atteinte infundibulo-
tuberienne. Au premier plan de ce syndrome organique complexe,
nous avions note une anemie de type pernicieux et des modifica¬
tions pupillaires tres particulieres, du type « myotonique ».
II nous a ete donne d’observer, une seconde fois, l’association
de troubles mentaux, a caractere confusionnel, avec une areflexie
tendineuse et des pupilles toniques. Dans ce nouveau cas, s’ajou-
tait egalement, a une riche symptomatologie neuro-vegetative,
une anemie assez marquee ; cependant que des signes de par¬
kinsonisme venaient encore compliquer le tableau clinique.
Remarquons tout de suite que, dans la presente observation,
l’etat des pupilles de notre malade ne nous parut pas tout
d’abord repondre a la description qui fut donnee, des 1902, par
Strassburger et par Saenger (2), avec quelques variations, d’une
pupille generalement en mydriase, se contractant et se decon-
tractant lentement, mais completement, a l’accommodation-con-
vergence, moins completement a la lumiere. Dans notre cas, les
(1) Petit (G.) et Dei.mo.nd (J.) . — Syndrome d’Adie et syndrome neuro-
anemique a type de psychose polynevritique. Amelioration par la melhode
de Castle. Soc. Med.-Psych., 27 janvier 1936 ; Ann. Med.-Psych., pp. 106-113.
(2) Strassburger, Saenger. — Neurol. Zentralbatt., XXI, 1902, pp. 738-
837-1052-1137.
SEANCE DU 24 FEVR1ER 1936
237
pupilles etaient de faible dimension ; i’une d’elles etait meme en
miosis et presque insensible a la lumiere, l’autre effectuant la
contraction tonique. Nul n’aurait hesite a parler d’un signe
d’Argyll-Robertson. Sous ce rapport, notre cas nous semble tres
voisin de celui publie par Meriden, Israel et Klein (1), sous le
nom de maladie d’Adie. Mais', de meme que, dans le plus grand
nombre des observations originales de W.-J. Adie (13 sur 19), ce
trouble est associe, chez notre malade, a l’areflexie tendineuse ;
cependant qu’il n’existe aucun signe de syphilis dans le sang
et dans le liquide cephalo-rachidien. II nous parait done legi¬
time de maintenir le terme de syndrome d’Adie a cette associa¬
tion de troubles « toniques » de la contraction pupillaire et
d’abolition des reflexes tendineux.
Observation. — Mme X..., couturiere, 48 ans.
On ne note rien de particulier dans les antecedents hereditaires et
collateraux ; rien de special, non plus, au point de vue nerveux dans
les antecedents personnels, sauf en 1919, oil Mme X... aurait souffert
de violents maux de tete, a la suite d’angines. Amenorrhee depuis
mai 1935.
En juillet 1935, on remarque que Mme X... devient emotive et irri¬
table ; elle aurait meme presente des « crises de nerfs » a la suite de
discussions familiales pour affaires. Elle aurait egalement eprouve,
a cette epoque, dans les membres inferieurs et surtout a droite, des
« crampes » assez violentes pour l’obliger a garder la chambre.
Depuis le debut de septembre, Mme X... accusait une extreme fati¬
gue, etait devenue triste et pensive ; son entourage avait note que,
parfois, son regard devenait fixe et qu’elle riait seule et sans motifs.
Le 19 septembre 1935, Mme X... se rend chez son medecin habituel,
dans un etat d’anxiete tres vive, lui demandant d’abord : « Qu’est-ce
qui se passe ?... Que va-t-il arriver ? » Puis, elle lui fait brusquement
une declaration amoureuse, lui disant avoir compris ses avances. Le
medecin se debarrasse difficilement de la malade et previent la
fainille. Mais, livree a elle-meme, Mme X... fait une fugue de vingt-
quatre heures, passe la nuit dehors, errant k plusieurs kilometres de
sa demeure dans un etat quasi confusionnel (fausses reconnais
sances) ; elle rentre, enfin, harassee a son domicile, ou elle s’endort
pendant vingt-quatre heures. Le lendemain, la confusion paraissant
plus accentuee et la malade ayant urine au lit, elle est conduite a
l’Hopital Henri-Rousselle.
On observe, alors, au point de vue psychique, un etat d’agitation
confusionnelle, avec desorientation, reponses pauvres, actes desor-
(1) Mehklen, Israel et Klein. — A propos d’un cas de maladie d’Adie.
Reflexe pupillaire a la lumiere aboli d’un cote et « tonique » de l’autre.
Reunion Neurologique de Strasbourg, 7 juillet 1934.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
donnes (la malade se met a genoux, se denude), idees vagues de perse¬
cution et d’influence : on lui commande ses actes et ses' pensees, on
lui « fait des courants electriques », on l’excite et on la pousse a
s’exciter, etc... Au point de vue somatique, on remarque, outre une
ylycosurie a 9 gr. par litre, avec acetonurie, albuminurie, et urobili-
nurie legeres, une lymphocytose notable (8 lymphocytes par mm3) du
liquide cephalo-rachidien avec albumine normale (0,18). Les autres
examens biologiques (Bordet-Wassermann, Pandy, Benjoin, etc.) se
montrent negatifs.
A Ville-Evrard, ou la malade est admise au debut d’octobre 1935,
nous observons le tableau clinique suivant :
Au point de vue mental, la confusion se montre tres accusee,
avec excitation psycho-motrice, sentiment d’etrangete et d’influence,
sourires et rires immotives, insomnie ou sentiment d’un sommeil
anormal. Hallucinations multiples. Sensations d’electrisation genera¬
lise, « comme un courant continu », avec paroxysmes qui lui
parcourent le corps, plus accentues pendant la nuit : si bien que la
malade pense qu’elle subit un traitement electrique.
Au point de vue physique, on note une abolition complete des
reflexes rotuliens, achilleens, et medio-plantaires des deux cotes, avec
conservation des reflexes abdominaux. Hypoesthesie du membre
inferieur droit. Les pupilles sont de faibles dimensions, aux environs
de 3 mm. inegales (pupille droite plus grande que la pupille gauche),
deformeeSj irregulieres et se contractent tres lentement a la lumiere
comme a l’accommodation. Nombreuses salves de nictitation.
Mme X... continue a uriner au lit pendant la nuit jusqu’au 20 octo-
bre. A cette epoque, cependant que la confusion disparait progressi-
vement, la malade presente encore, pendant quelques jours, des hallu¬
cinations de l’ouie, de caractere indifferent, avoue ressentir toujours
des sensations electriques, ainsi que des sensations agreables au
niveau des parties sexuelles.
Une nouvelle ponction lombaire montre la disparition de la lym¬
phocytose et n’indique pas non plus d’autres signes anormaux. Bor¬
det-Wassermann, Kahn et Meinicke dans le sang egalement negatifs.
L’examen hematoloyique indique au contraire une hypoglobulie a
3.300.000 hematies, avec presence de myelocytes neutrophiles. Poly-
nucleaires neutrophiles 50 % ; eosinophiles 0,6 % ; mononucleaires
47 % (lymphos 21 %, moyens monos 18,8, grands monos 21 %).
Nous instituons un traitement par des extraits opotherapiques
(hepatiques, spleniques et ovariens), et nous assistons a une amelio¬
ration rapide de Petat psychique ; si bien, qu’en decembre 1935, la
malade pouvait etre consideree comme normale au point de vue men¬
tal. Neanmoins, a cette epoque, elle presentait encore, au point de
vue organique, des crises de tachycardie a 120, avec palpitations
douloureuses, des troubles vaso-moteurs brusques de la face, de la
region cervicale a droite et du membre superieur droit, ou apparut
SEANCE DU U FEVRIER 1936
239
pendant quelques jours, en fin decembre 1935, une eruption vesiculo-
pustuleuse, a topographie radiculaire. Cette eruption se reproduisit,
attenuee toutefois, en janvier 1936.
A cette epoque, on pouvait noter, egalement, un tremblement vibra-
toire intense da membre superieur droit, avec hypertonie considera¬
ble de ce membre, signe de la cremaillere et signe de Froment Ires
accuses, diminution des mouvements automatiques pendant la mar-
che. Par ailleurs, les signes oculo-pupillaires avaient sensiblement
regresse : les pupilles etaient revenues a un diametre sensiblement
normal, mais tenaient mal la contraction. II persistait encore des
crises frequentes de nictitation. Le fond d’oeil a toujours ete normal.
Les reflexes achilleens demeuraient abolis, cependant qu’on notait
egalement une tachycardie persistante a 88-92.
En resume, au cours d’un etat confusionnel et hallucinatoire
transitoire survenu chez une femme de 48 ans, indemne de tout
antecedent pathologique, nous avons pu observer un syndrome
d’Adie (pupille « tonique », areflexie tendineuse, absence de
signes humoraux de syphilis), associe egalement a une anemie
notable et s’accompagnant, outre une lymphocytose rachidienne
legere et transitoire, de parkinsonisme fruste et de troubles
coenesthesiques et vaso-moteurs de type dit « sympathique ».
Ainsi, nous avons pu voir groupes, au cours et au decours d’un
etat psychopathique polymorphe a predominance surtout confu-
sionnelle et hallucinatoire, un certain nombre de symptomes
dits « sympathiques » qui paraissent traduire un desequilibre
neuro-vegetatif complexe. Ce desordre vegetatif s’est encore mani-
feste par des troubles de la motilite irienne, qui ont realise : du
cote droit, 1’etat « tonique » de la pupille (toutefois sans
mydriase) ; du cote gauche, le miosis, avec insensibilite presque
complete a la lumiere. L’ensemble de ce tableau psycho-organi-
que s’est suffisamment am^liore pour permettre la sortie de la
malade, parfaitement retablie au point de vue mental. Mais
d’autres signes semblent indiquer, chez notre malade, une per-
sistance du processus pathologique en des points localises du
nevraxe, carrefours sous-corticaux de voies motrices, de voies et
de centres vegetatif s, qui sont si frequemment leses, comme on
le sait, par des infections ou intoxications a affinites neurotro¬
pes. L’existence de l’anemie (de type pernicieux, bien que mode-
r£e), de 1’areflexie tendineuse persistante, enfin, les signes de
parkinsonisme que nous avons releves et que la malade presen-
tait encore lors de nos derniers examens, plaident en faveur de
ce processus.
Nous ne reviendrons pas sur ce qui a ete dit, deja, du syn-
240
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
drome d’Adie, en tant que symptomatique d’un trouble du sys-
ieme nerveux de la vie vegetative. Un rapprochement interessant
a ete propose, par les auteurs allemands, entre la pupille tonique
et les diverses myotonies ; et c’est a quoi pretend le terme « myo-
tonische Pupillen » employe, depuis Saenger, par Nonne, Oloff,
Yon Domarus et par Jelliffe (« myotonies pupils »). II est, egale-
ment, interessant de noter que, pour Smith, Ely Jelliffe et White,
les myotonies relevent d’une perte generate du controle du sys-
teme para-sympathique.
Laissant de cote ces conceptions du syndrome, qui font peut-
etre figure, a l’heure actuelle, d’approximations hatives, nous
voudrions plutot attirer l’attention sur les signes particuliers qui
ont accompagne le syndrome d’Adie chez cette malade et dans
l’observation que nous avons precedemment rapportee : a savoir,
les modifications hematologiques, dans les deux cas ; les symptd-
mes extra-pyramidaux, dans le cas present.
Le groupement de ces signes organiques nous parait permet-
tre le rapprochement avec d’autres observations publiees par
l’un de nous, et notamment, avec un cas relate dans la these de
Mile Martrille (1), et que nous resumerons tres rapidement ici :
Developpement, chez une jeune fllle de 27 ans, de troubles du
caractere et de l’humeur, puis d’un etat d’agitation confusionnelle
nocturne avec prostration diurne, auquel succede un syndrome de
stupeur catatonique, tandis qu’apparaissent des troubles organiques
multiples : tremblement, myoclonies, parkinsonisme, paraplegie en
flexion (avec, d’abord, exageration, puis abolition des reflexes tendi-
neux), enfin, troubles oculaires varies : strabisme transitoire, my-
driase unilaterale, avec paresse notable du reflexe a la lumiere. Cet
etat evolua, a l’inverse du cas present, vers une cachexie progres¬
sive.
Devolution plus favorable, fut le cas publie par l’un de
nous (2) ou l’on constatait, egalement, 1’association de signes
parkinsoniens (hypertonie, tremblement, myoclonies, crises ocu-
logyres, etc.) a des troubles mentaux polymorphes et a une ane-
mie caracterisee.
La coexistence, chez un meme malade, de parkinsonisme et
d’anemie grave nous a paru tres rarement rapportee dans la litte-
(1) Martrille (Mile D.). — Sur queltpies cas de paraplegies associees a
des syndromes mentaux. These de Paris, Jouve id., 1931, p. 24.
(2) Petit (G.) et Martrille (Mile D.). — Anemie, paraplegie et syndrome
hebephreno-eatatonique. Ann. Med.-Psych., fevrier 1931.
SEANCE DU n FEVR1ER 1936
241
rature psychiatrique. Deux auteurs americains, Sidney et Robert
Schwab, viennent tout recemment de signaler cette association (1),
et ils la considerent comme exceptionnelle, ne l’ayant vue men-
tionnee, incidemment, que dans un seul cas d’anemie perni-
•cieuse, par Wilkinson. Les auteurs pensent cependant qu’il ne
s’agit pas la d’une simple coincidence, et qu’une etiologie com¬
mune peut etre invoquee. Nous avions abouti aux memes conclu¬
sions, en ce qui concerne notre precedente observation de syn¬
drome d’Adie associe a des troubles neuro-anemiques.
Dans le meme ordre de faits, nous voyons, dans un cas tres
interessant rapporte par Paviot et Dechaume (2), l’anemie per-
nicieuse accompagner un cortege de troubles (cephalees, troubles
de la vue et de la regulation hynique, avec sommeil incoercible),
qui ont conduit les auteurs a poser le diagnostic etiologique de
« nevraxite a virus neurotrope ». Cette atteinte infectieuse
serait, pour Paviot et Dechaume, a l’origine d’une « maladie de
systeme, le systeme reticulo-endothelial » ; celui-ci serait a la
fois touche dans sa fonction hematopoietique, d’ou anemie, et
dans sa fonction de metabolisme des lipides, d’ou les demyelini-
sations degeneratives observees par les auteurs au niveau des
noyaux pallidaux et infundibulo-tuberiens.
Ainsi, se multiplient les observations ou l’attention est rame-
nee de plus en plus par les faits sur les fonctions complexes
afcsumees par ces centres diencephaliques. Les alterations au
niveau de l’hypothalamus et de 1’infundibulo-tuber, ont encore
ete constatees dans des cas ou existait une anemie considerable,
par Lhermitte, Worms et Ajuriaguerra (3) et par Davison et
Selby (4).
La region hypothalamique, siege de multiples fonctions vege-
tatives, parait egalement tenir sous sa dependance la coordina¬
tion des mouvements pupillaires, ainsi qu’il resulte des expe¬
riences poursuivies depuis plusieurs annees par Ranson et ses
collaborateurs (5). Dans ces experiences, l’excitation de l’aire
laterale hypothalamique provoque constamment la dilatation
1) Schwab (S.) et Schwab (R.). — Pernicious Anemia and combined sys¬
tem disease with Diabetes mellitus and parkinsonnian syndrome. Areii. of
Neurol, et Psych., XXXV, 126, janv. 1936.
(2) Paviot et Dixhaume (J.>. — Bull. Acad. Med., CIX, 1933, p. 102.
(3) I.hkkmittu, Worms et Ajuriaguerra. — Reunion neurologique Inter¬
nationale, 1934 ; Revue Neurologique, juin 1934, p. 948.
(4) Davison (Charles) et Selby (N.-E.). — Arch, of Neurol, et Psych.,
XXXIII, 570, mars 1935.
(5) Ranson (S. W) et Magoun (H. W.). — Arch, of Neurol, et Psych.,
juin et dec. 1933. Ranson, Rabat et Magoun (ibid., XXXIII, 467, mars 1935),
16.
Med.-psych., XVc serie, 94e annee, t. I. ^ Fevrier 1936:
242
SOGIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
pupillaire, avec les signes habituels qui accompagnent les etats.
emotionnels.
Ainsi, cette nouvelle observation, ou nous voyons, associes a
des troubles mentaux passagers d’ordre confusionnel et halluci-
natoire, des signes organiques si particuliers (syndrome d’Adie
transitoire, anemie, parkinsonisme, troubles neuro-vegetatifs
varies, etc.), nous paralt-elle plaider encore en faveur d’une etio-
logie et d’une pathogenie que nous avons deja maintes fois expri-
mee : a savoir, l’atteinte des centres diencephaliques, l’alteration
plus ou moins persistante des regions infundibulo-tuberiennes
et hypothalamiques par une infection neurotrope, d’allure et de
type nevraxitique, dont on connait la particuliere predilection
pour cette partie du nevraxe.
M. Guiraud. — Je me demande si les auteurs n’etendent pas.
trop la conception du syndrome d’Adie. Dans leur premiere
observation, les reflexes sont bien abolis aux membres inferieurs,.
mais il s’agit de polynevrite et l’etat des reflexes des membres
superieurs n’est pas signale. On ne peut retenir, dans ce cas, que-
la pupille tonique.
Dans l’observation presente, le syndrome a ete transitoire et
les pupilles sont en miosis, ce qui est contraire a la definition de
la pupille tonique. Si je me rappelle bien les descriptions des
auteurs, l’areflexie est totale dans beaucoup de cas et le syn¬
drome permanent avec des variations d’intensite.
M. Delmond. — Nous nous referons aux descriptions origi-
nales d’Adie (Brain, LV : 82, 1932). II existe des formes incom-
pleies du syndrome. II est rare que les reflexes tendineux des
membres superieurs soient abolis (il en est de meme dans les
polynevrites). Dans le second cas, une seule des pupilles est rela-
tivement en miosis. La regression des symptomes anormaux fut
particulierement grande dans ce cas.
Procedes de defense sensorielle chez un persecute, par MM. Lai-
gnel-Lavastine, Jean Vinchon, Georges d’HEUCQUEViLLE et J.-
J. Sambron.
Notre malade, que nous appellerons Nestor, est age de 73 ans^
retraite de la Ville de Paris. Il n’accuse nul antecedent notable^
Son pere est mort a 68 ans, sa mere a 45, il ne sait plus dans-
quelles circonstances. Il a deux enfants de 42 et 40 ans, bien
portants. Il est veuf, sa femme ayant succombe a une neoplasie
abdominale, il y a 8 ans.
SEANCE DU 2i FEVRIER 1936
243
Depuis lors, il est devenu sourd. Depuis 7 ans, en outre, il
presente des idees de persecution.
Actuellement, il les exteriorise, systematises autour d’un per¬
secutes unique, qu’il appelle Xantos.
Xantos, sa victime ne le decrit pas. Nestor a entendu pronon-
cer son nom a la mairie. Xantos est Grec ; il a fait son service
dans la Legion. Au debut des persecutions, Xantos ignorait le
francais, mais il Pa appris dans ses conversations continues
avec sa victime. Xantos a du travailler autrefois dans la menui-
serie. A present, il appartient a la « Secrete » et il en vit.
Xantos est apparu dans la vie de notre malade, il y a 7 ans.
Un jour, Nestor entend, dans la cour voisine, un bruit retentis-
sant, puis une pompe se met « en batterie », et il ressent dans
les oreilles un violent courant d’air. (Rappelons qu’a cette epo-
que, il entrait dans la surdite).
Puis, les faits se renouvellent ; aux courants d’air .se substi¬
tuent des courants electriques. Pair attirant l’electricite, explique
Nestor, c’est normal. Ces courants penetrent par les oreilles, et
aussi par les yeux, traversent la tete et se propagent au corps
tout entier.
Le courant etait emprunte, a l’origine, au fil du tramway,
d’ou il se detachait en pluie de feu, et venait atteindre Nestor
derriere les vitres. Depuis la suppression des tramways, Xantos
produit lui-meme le courant, grace a une petite generatrice qu’il
porte a la ceinture : le malade l’y a vue.
Contre les persecutions, Nestor a reagi d’abord par les moyens
classiques. Il se plaint au commissaire de police, qui l’envoie a
l’Hopital Henri-Rousselle. On lui impose une ponction lombaire,
mais les courants continuent. II expose ses griefs a son depute,
mais n’obtient que des promesses. Il a pense ecrire au President
de la Republique, mais instruit par l’experience de la ponction
lombaire, il s’en est abstenu jusqu’a present.
Il passe a Paction directe, d’abord symbolique (il depose une
grosse pierre devant la porte de Xantos), puis agressive : il
lance des cailloux, brise une vitre, injurie le persecuteur a travers
les murailles de son domicile. A son tour, il est l’objet d’une
plainte et interne pendant 3 mois, a Sainte-Anne, puis a Ville-
Evrard.
Depuis lors, il recourt a la fuite et a la defense passive. Il quitte
meme Paris, et se fixe a Saint-Dizier ; mais la, au hasard d’une
course en autobus, il rencontre Xantos et entrevoit sa machine
electrique, fixee a la ceinture.
Il revient de Saint-Dizier a Paris, demenage a plusieurs repri-
244
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
ses. II erre tout le jour dans les rues pour fuir son persecuteur.
Car celui-ci, a present, le suit partout en lui parlant. Ils conver-
sent ensemble. Xantos le raille, enonce et critique tous ses gestes,
et le malade repond sur le meme ton.
Sa defense passive comporte un arsenal judicieux. Nestor
conserve en permanence dans sa poche des bouchons de coton,
prolonges par un long fil de fer permettant l’ecoulement du cou¬
rant. II introduit ces fils dans ses conduits auditifs quand il sent
le courant s’etablir. II a 'constant un isolant, pour proteger les
yeux, epingle a cheveux portant un caoutchouc, qu’il g'lisse sous
la paupiere.
Mais il faut encore eliminer le courant qui aurait reussi a
penetrer dans 1’organisme. Notre malade a remarque qu’il s’en
ecoulait par l’urine et les matieres fecales : il le percoit au pas¬
sage. Aussi recourt-il aux purgatifs et aux diuretiques.
A 1’examen, ce malade montre une parfaite bonne grace. Il est
euphorique, content de lui, satisfait de pouvoir opposer un mepris
souriant aux persecutions de Xantos. Il a pris son parti de ce
parasitisme et declare avec philosophie que Xantos sera bien
attrape quand lui, la victime, sera mort.
Ce malade est tres sourd. De plus, ses propos sont assez diffus,
ses raisonnements assez relaches.
Mais, dans l’ordre physique, les indices de sclerose sont extre-
mement discrets : tension arterielle : 14-8 ; reflexes tendineux
normaux ; azotemie : 0 gr. 30 ; cholesterolemie un peu augmen-
tee : 3 gr. 60 par litre de serum.
Nous avons demande un examen ophtalmologique, qui a mon¬
tre une legere inegalite pupillaire, avec un peu d’irregularite des
pupilles, mais aucune lesion traumatique due au contact de
I’isolant.
L’examen oto-rhino-laryngologique revele la presence d’une
otite et d’une rhinite chroniques. Hypo-acousie surtout marquee
a droite. Appareil vestibulaire normal. Perforation ancienne du
tympan droit, retraction du tympan gauche.
Nous n’avons pu preciser si la perforation resulte d’une suppu¬
ration ancienne ou des manoeuvres traumatisantes de l’appareil
protecteur. Mais il existe un rapport manifeste entre les lesions
de 1’appareil auditif et les sensations anormales qualifiees
d’ « electriques » par le sujet.
Du point de vue nosographique, notre malade ne se presente
nullement comme un paranoiaque, ni comme un delirant chro-
nique hallucine classique. L’affaiblissement psychique, 1’excita-
tion legere, les troubles auditifs subjectifs, peut-etre quelques
fausses reconnaissances, sont a la base du delire.
SEAXCE DU 2/f FEVRJER 1936
245
Contribution a 1 ’etude ^athogenique des formes frustes de
neurosyphilis. — Paludisme et syphilis, par M. J. Dublineau.
Le paludisme n’empeche pas un syphilitique de devenir plus
tard paralytique general. Nous ne reviendrons pas sur les dis¬
cussions que cette question a pu soulever. Quand la paralysie
generale etait encore peu connue dans les pays d’Orient, on avait
invoque, en dehors des questions de dermotropisme, le role pro-
phylactique du paludisme endemique pour expliquer la dispro¬
portion entre la grande frequence de la syphilis et la rarete de la
neuro-syphilis. Depuis que celle-ci est facilement depistee par les
examens biologiques, ces explications paraissent ne plus avoir
de raison d’etre. Mashar Osman (1), Fribourg-Blanc (2), Dorol-
le (3) sont revenus recemment sur ce point.
Pourtant, Massias (4), a propos de la neuro-syphilis en Indo-
chine, faisait observer recemment que, pour frequente qu’elle
soit, elle est tout de meme relativement rare par rapport a
1’enorme quantite de syphilitiques.
En ce qui nous concerne, l’etude systematique des formes
frustes de syphilis nerveuse nous a amene a constater la coin¬
cidence frequente de telles’ formes et d’une atteinte malarique
anterieure. Sans empecher l’apparition d’une determination
nerveuse, le paludisme ne peut-il attenuer la virulence du trepo-
neme, en favorisant l’apparition d’une forme degradee, moins
grave au point de vue vital, que la paralysie generale, et, clini-
quement d’ailleurs, beaucoup moins typique ?
Nous avons deja publie, a diverses reprises, des observations
de ce genre : resumons-les rapidement ici :
Observation I (5). — K... Delire megalomaniaque senile. Syphilis
a 18 ans, peu traitee. Paludisme quelques mois plus tard au Tonkin.
Reactions serologiques actuelles subpositives dans le sang, liminaires
dans le liquide cephalo-rachidien.
Obs. II (6). — Du... Etat dementiel simple. Paludisme a Salonique ;
syphilis meconnue, mais reactions serologiques subpositives dans le
(1) Congr. al. et n. 1. f. de Bruxelles, 1935.
(2) Ibid.
(3) Bull. Acad. Med., janv. 1936.
(4) Ann. Derm, et Syphil., 1935, p. 97.
(5) Dublineau et Tarbouriech. — Reunion medico-chir. des Hdp. de Lille,
fevr. 1936.
(6) Dublineau et Pichault. — Reunion medico-chir. des H6p. de Lille ,
fevr. 1936.
246
SOCIETE MEDICO-PSYCH OLOGIQUE
sang. Reactions liquidiennes liminaires a plusieurs examens, puis
apparition d’un Bordet-Wassermann -f- + dans le liquide cephalo-
rachidien.
Obs. Ill (1). — Do... Affaiblissement. Syphilis en 1920, mal traitee.
Pyrexie malarique traitee par la quinine auelques mois plus tard en
Roumanie. Reactions sanguines subpositives apres plusieurs examens.
Reactions liquidiennes liminaires.
Void deux nouvelles observations :
Obs. IV. — Bee..., 45 ans, mineur.
Antecedents hereditaires. — Pere mort paralytique a 34 ans. Rien
de special dans la lignee paternelle. Mere morte cardiaque a 61 ans.
Rien de special dans la lignee maternelle.
Antecedents collateraiix. — Un frere et une soeur bien portants.
Antecedents personnels. — Enfance normale, mais convulsions jus-
qu’a 7 ans. Instruction primaire. Service militaire. Paludisme pen¬
dant la guerre (1917). Les acces cessent en 1918. Par la suite, ils au-
raient reparu. Derniers acces en 1933.
Marie, separe pour mesentente. La femme a eu une fllle, actuelle-
ment mariee, un accouchement premature d’un mort-ne a sept mois,
une deuxieme fllle bien portante.
Travailleur normal. Ni tabac, ni alcool. Nie la syphilis.
Caractere normal ; cephalees frequentes.
H. M. — Debut brusque (1933) par tentatives d’attouchements sur
sa fllle ainee. Hospitalise a Esquermes. Aurait eu a ce moment quel-
ques crises d’epilepsie (chute, ecume).
Transfere a Armentieres le 17 septembre 1935 : « Degenerescence
mentale avec perversions instinctives. Fonds epileptique. Emotivite
morbide (Pr Raviart). »
Examen clinique, janvier 1936 : affaiblissement minimum. Perte
des notions ethiques. Langage obscene a propos de sa fllle. Vagues
idees de persecution : fllle et mere complices. Croit qu’on l’a fait
interner par vengeance.
Signes physiques. — Type pycnique. Anisocorie legere (D > ).
Reactions pupillaires normales. Reflexes rotuliens inegaux (plus vifs
a droite, un peu affaiblis a gauche). Achilleens normaux. Leger trem-
blement digital et lingual. Grosse dysarthrie aux mots d’epreuve
(sans dysarthrie spontanee). Leucoplasie commissurale gauche.
Sang, 25 sept. 1935: Bordet-Wassermann, Kahn, -f ; Mei-
nicke, ++ ; 30 octobre 1935 : Meinicke + ; 28 octobre 1935 :
Bordet-Wassermann, 0; Kahn, + ; 9 novembre 1935 .- Meinicke :+-(-.
Liquide cephalo-rachidien, 25 septembre 1935 : alb., 0,10 ; leuco.,
0,2 ; Bordet-Wassermann, 0 ; benjoin, 00000.22222.10000 ; Pandy, 0
(1) Dublineau et Pichault. — Reun. medico-chirurgicale Hop. Lille, fevi
1936.
SEANCE DU n FEVRIER 1936
247
'(sang) ; Weichbrodt, + ; Meinicke, + ; Takata-Ara, traces ; 26 octo-
bre 1935 : alb., 0,10 ; leuco., 0,2 ; Bordet-Wassermann, 0 ; benjoin,
00000.22222.00000 ; Pandy, traces ; Weichbrodt, + ; Meinicke + :
Takata-Ara, +.
Obs. Y. — ’ Ga..., 46 ans, chaudronnier.
Antecedents hereditaires et collateraux normaux.
Antecedents personnels. — Enfance normale. Ecole primaire. Sy¬
philis ancienne avouee (ne peut preciser davantage). Paludisme a
Salonique pendant la guerre. Quelques exces de boisson avec troubles
digestifs. Celibataire.
• H. M. — Debut progressif en 1933 par troubles du caractere et du
comportement. Disputes familiales. Persecute par la mere et la sceur
qu’il poursuivait. Excitation par intervalles. Conduit a Esquermes le
24 juillet 1933 (refus d’aliments, incoherences, etc.).
Transfere k Armentieres le 19 avril 1935 : « Affaiblissement intel-
lectuel massif. Conscience imprecise de la situation. Lesions orga-
niques des centres nerveux. Alcoolisme chronique dans le passe
(Dr Vullien). »
A V entree : affaiblissement. Euphorie. Desorientation. Etat paia-
noide. Gaz. Mitrailleuses. Gorge avariee. Cartouches qui partent.
Signes physiques. — Areflexie tendineuse des membres inferieurs.
Aux membres superieurs, reflexes inexistants a droite. Pupilles rea-
gissant (la gauche plus paresseuse).
Mois suivants : persistance du delire. Incurie. Impulsivite.
Sang, 2 mai 1935 : Bordet-Wassermann et Kahn negatifs ; 5 no -
■vembre 1935 : Bordet-Wassermann, Kahn et Meinicke negatifs.
Liquide cephalo-rachidien :
Albumine . 0,60
2-5-35
0,40
28-6-35
0,22
7-11-35
0,40
Lymphocytose .
. . 0,2
0,4
0,2
0,3
Bordet-Wassermann . .
. . 0
0
0
0
Benjoin .
. . »
00000
00000
00000
Pandy . /...■,
22222
10000
22222
00000
22222
00000
0
Weichbrodt .
. . »
0
Meinicke .
. . »
0 ?
Takata-Ara .
. . »
» •
0
Vernes .
. . 2
3,
Tension (assis) .
. . »
»
»
34
Entre juin et novembre, avait eu 10 injections de sulfosine, puis
trois injections de 914.
A ces cinq observations typiques, nous pourrions en ajouter
d’autres, plus complexes. Dans l’une (Br. : obs. VI), un traite-
248
S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
ment specifique anterieur prolonge avait pu, a lui seul, intervenir
dans l’aspect de la formule. Dans une autre (observation VII,
publiee par ailleurs (I), un terrain heredo-syphilitique de base
pouvait etre egalement invoque. Enfln, la syphilis anterieure peut
etre niee et les signes biologiques etre trop frustes pour qu’il
en soit tire des conclusions valables (obs. VIII, IX et X).
Nous retiendrons cependant un cas dans lequel, a defaut d’affai-
blissement, on note un delire paraphrenique avec syndrome d’in-
fluence, megalomanie idealiste, ayant conduit le sujet dans les minis-
teres « pour s’occuper de la traite des femmes ». Dans ce dernier
cas (obs. XI), la syphilis etait ignoree. Seules etaient connues deux
blennorragies, en 1923 et 1926, avec, entre les deux, fievre paludeenne.
Le debut du delire remonte a un an et demi environ. Les reactions
biologiques sont actuellement les suivantes :
Sang : Bordet-Wassermann, 0 ; Kahn, 0 ; Meinicke, + + +> a phi-
sieurs examens successifs.
Liquide cephalo-rachidien : alb., 0,40 ; lymphos, 0,2 ; Bordet-Was¬
sermann, 0 ; benjoin, 00002.22222.00000 ; Pandy, 0 ; Weichbrodt, + ;
Meinicke, 0 ; Takata-Ara, 0 ; tension (assis), 60.
Dans ce cas, on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une para¬
phrenic syphilitique, sur un terrain modifie par le paludisme
anterieur.
Commentaires. — Dans quelques cas, il a ete possible de pre-
ciser les dates respectives d’apparition de la syphilis et du palu¬
disme. Dans le seul cas VI, ou la syphilis a ete posterieure au
paludisme, la demence etait plus marquee, avec Bordet-Wasser¬
mann + dans le liquide cephalo-rachidien. Dans quatre autres
(et peut-etre cinq), oil la syphilis avait precede le paludisme, il y
avait ou demence fruste, ou etat schizophrenique simple.
Dans nombre de ces observations, l’internement avait ete
motive par des reactions medico-legales absurdes du type de
celles qu’on observe dans la classique phase de debut de la
paralysie generale:
Pour ce qui est de l’influence possible du paludisme sur ces
formes atypiques de deficit psychique, les arguments ne man-
quent pas pour en justifier l’hypothese. Sans parler de 1’influence
favorable de l’impaludation preventive dans la prophylaxie de
la neuro-syphilis, signalons que le paludisme spontane suffit a
modifier considerablement le terrain : rappelons a ce propos
(1) Dublineau (J.). — Superinfection syphilitique..., etc. Ann. Med.-Psych .,
f<ivr. 1936.
SEANCE DXJ U FEVRIER 1936
249
l’observation recente d’Avramovici (1) : epithelioma de la levre
incipiens, datant de deux mois et cauterise une fois ; depuis la
meme epoque, acces paludeens de type tierce, regression des phe-
nomenes. Revu 3 ans 1/2 plus tard, le sujet etait en parfait
etat.
En dehors du paludisme, d’autres affections semblent, au moins
experimentalement, modifier T evolution de la syphilis : telle la
vaccine, qui peut avoir un effet attenuant ou aggravant, selon les
circonstances et le lieu de l’inoculation vaccinale (2).
Reste l’hypothese que les troubles mentaux observes relevent
du paludisme, et non de la syphilis. Mais dans deux de nos cas
(obs. II et VI), existait un Bordet-Wassermann subpositif dans le
liquide cephalo-rachidien (avec syphilis certaine chez l’un d’eux).
Par ailleurs, dans la plupart des cas on pouvait retrouver des
signes cliniques ou biologiques de specificite. Enfin, en dehors
des troubles confusiorinels de la periode aigue du paludisme,
l’existence d’une demetice palustre est peu acceptee. Elle est
meme rejetee par Chavigny dans son rapport au Congres de
Tunis (3).
Conclusions. — Dans nombre d’observations on trouve chez
des syphilitiques (syphilis humorale ou chancre anterieur) des
etats de deficit avec affaiblissement ou dissociation, probablement
specifiques malgre l’absence de formules liquidiennes positives.
La notion d’acces palustres dans les antecedents de ces malades
autorise a penser, sur la foi d’arguments divers, que le paludisme
a modifie 1’evolution ulterieure de la syphilis, et que s’il n’a pas
proprement empeche l’apparition d’une neuro-syphilis, il a per-
mis la realisation d’un etat attenue, moins grave au point de vue
vital, forme, pourrait-on dire, allergique de la neuro-syphilis.
Superinfection syphilitique et formes frustes de neurosyphi¬
lis. — Discussion d’un cas, par M. J. Dublineau.
La clinique et l’experimentation concordent pour authentifier
l’existence de la superinfection syphilitique. Nouveaux chancres
apparus chez des syphilitiques non encore gueris, syphilis appa-
raissant sur terrain de specificite hereditaire : autant de faits
(1) Lyon chirurgical, mai-juin 1927 (in Touraine et Duperrat, Bull. Soc.
derm, et syphil., n° 9, dec. 1935, 1727.
(2') Gastinel et Pulvenis. — Syphilis experimcntale, p. 132, Paris, Masson.
(3) Congres al. et neur. de langue franc., Tunis, 1912.
250
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
incontestes aujourd’hui. On sait par ailleurs que les syphilis de
reinfection prennent des types souvent particuliers : formes
attenuees, ou au contraire hypertrophiques ; parfois formes pure-
ment humorales, decelees par des examens de sang systemati-
ques.
En matiere de neurosyphilis, la superinfection a fait l’objet de
nombreuses recherches experimentales, encore actuellement dis-
cutees (Schulmann et Lemaire) et sur lesquelles nous n’insiste-
rons pas.
On connait peu, semble-t-il, le pronostic des syphilis de super¬
infection, en particulier leur role dans la survenue d’une deter¬
mination neuro-psychique ulterieure : sans doute parce que les
faits s’intriquent avec 1’evolution de la premiere infection. Sans
doute aussi parce qu’ils s’echelonnent sur des annees : d’ou la
possibility de multiples circonstances intercurrentes, rendant
plus difficile leur interpretation.
De l’ensemble de ces intrications pathogeniques naissent des
formes cliniques batardes, inclassables au double point de vue
nosologique et etiologique.
La difficulty augmente quand la super-infection apparait chez
un heredo-syphilitique : la syphilis parentale ou grand’parentale
etant plus souvent une presomption qu’une certitude.
Le cas que nous rapportons est rien moins que typique a cet
egard, vu la diversity des facteurs en cause. Nous le croyons
neanmoins interessant en ce qu’il permet de poser le probleme
d’une super-infection syphilitique avec determination nerveuse.
Observation. — B... Louis, 51 ans.
Antecedents hereditaires. — 1° Pere mort subitement a 61 ans
{temperament nerveux aux dires de l’entourage). Son pere : psychi-
quement normal, mort a 74 ans du « cancer des fumeurs ». Sa mere,
morte a 61 ans, d’angine de poitrine. Sa soeur, morte a 44 ans, de
cancer du sein. — 2° Mere, morte cardiaque, a 29 ans. Son pere,
mort a 84 ans. Sa mere : morte cardiaque. Son frere : mort d’atta-
que (?). Ses deux sceurs, vivantes et bien portantes.
Antecedents collateraux. — Sept freres et soeur s, dont un frere
mort a 23 ans (ictere ?), une soeur morte a 28 ans d’uremie (albumi-
nurie chronique), et une soeur morte a un an (diarrhee verte).
Antecedents personnels. — Etudes secondaires. Paresseux. Devient
chauffeur de taxi. Marie a 36 ans (separe depuis de nombreuses an¬
nees). Pas d’enfant. Temperament : assez insouciant, taciturne, ja-
loux ; ni buveur, ni fumeur.
Syphilis en 1912, traitee a Saint-Louis par huile grise.
Fait la guerre dans l’lnfanterie, partie en France, partie en Orient.
Paludisme a Salonique (trois mois de traitement).
SEANCE DU 24 FEVRIER 1936
251
Histoire des troubles : debut progressif ; etait indifferent depuis
longtemps a l’egard de sa famille. En juillet 1932 (47 ans), debut par
fugues anxieuses : crainte de poursuite par ies agents ; les jours sui-
vants, depression, anxiete et claustration. Refus d’aliments. Ensuite,
apres 5 jours de cet etat, en aout 1932, a l’Inflrmerie speciale : « De-
bilite mentale, idees delirantes de persecution. Interpretations mor-
bides. Est suivi dans la rue par une foule de gens : garcons de cafe,
agents de police, femmes, etc. Dans son travail, on fausse son comp-
teur, on lui fait payer des outils qu’il n’a pas empruntes, etc. Cela
dure depuis trois mois. Deux fois a Ste-Anne en consultation : se sen-
tait malade. S’etait enferme chez lui depuis 5 jours, refusait de
sortir. II y a 15 jours, voulait se jeter a la Seine. Fatigue generate.
Paleur. Permis de conduire a suspendre. Arrete en raison de sa
sequestration volontaire a domicile. » (Dr Logre, 19 aout 1932).
Certificats ulterieurs et evolution. — « Depuis quelques mois, etat
melancolique avec ' idees de persecution, predominance d’interpre-
tations ; il ne sortait plus parce qu’on le surveillait dans la rue, et
dernierement tendance au suicide ; reflexes rotuliens vifs. » (D* Si¬
mon).
« Syndrome atypique de depression et d’interpretation avec mobL
lite d’humeur, tremblement de la langue chez un syphilitique. »
(23 aout, Dr Courbon).
« Syndrome atypique de depression et d’interpretation avec mobi-
lite d’humeur, tremblement de la langue chez un syphilitique. »
(6 septembre, Dr Genil-Perrin).
« Parait atteint de psychose melancolique avec interpretations
pessimistes, concentration morbide, raptus anxieux, idees de suicide.
Signes physiques de meningo-encephalite incipiens. » (31 mars 1933,
Dr Pierson, Armentieres).
A cette date on note : « Machinations contre lui. Phase emotive
quand il parle de sa mere. Son pere aurait fait mourir sa mere. On
lui reproche d’avoir pratique la pederastie avec un de ses cousins.
Il a vole 500 francs. On devine sa pensee.
Deformation pupillaire gauche. Paresse pupillaire.
Tremblement de la langue, des bras. Facies fige.
Rotuliens tres vifs, polycynetiques.
« Syndrome d’affaiblissement mental. Indifference. Troubles de la
memoire. Inertie. Syphilis nerveuse. Inegalite pupillaire. » (4 decem-
bre 1933, Dr Tarbouriech).
Par la suite, accroissement de l’incurie, avec inertie. Persistance
des signes cliniques. Morosite. Autisme.
En juin 1935, on note : « Assez bien oriente. Parle d’arrestation
arbitraire. Grossieretes. Demande qu’on le laisse tranquille. »
Les mois suivants, propos sans suite : « Lutte de classes. Capitaux.
Gouvernement... L ’Ami du Peuple. » Ignore la date. Neanmoins, la
memoire de fixation est satisfaisante. L’attitude est toute d’opposi-
252
S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
tion, a type schizophrenique. L’affaiblissement est moins considerable
qu’il ne parait au premier abord.
En fevrier 1936, les signes physiques sont ceux precedemment
indiques.
Traitement suivi :
Stovarsol, de juillet a septembre 1933, ainsi qu’en juillet 1935.
Formules biologiques :
1° Sang: Bordet-Wassermann, Meinicke et Kahn negatifs a plu-
sieurs reprises.
2° Liquide cephalo-rachidien :
Mars 1933 6-IV-33 11-1-35 18-VI-35 12-X-35 17-1-36
Alb .
Lympho.
B. W...
Benjoin.
Pandy -
Weichbrodt.
Meinicke . . ,
Takata-Ara .
0,80
» 0
00000 00000
02222 ' 02221
00000 00000
0,22 0,22
0,2 0,2
0- 0
00000 00000
22222 22222
10000 10000
0,30 . 0,40
0,2 0.3
0 0
60002 OOOOQ
22210 22222
00000 10000
0 ±
± • +
0 ±!'
0 ±
On remarquera l’alternance, si frequente, des quelques elements
atypiques (hyperalbuminose, avec extension soit a droite, soit a gau¬
che de la precipitation du benjoin. Les reactions de floculation sont
a peine marquees, quoique legerement positives cependant.
Au total : forme fruste, peu evolutive, moins dementielle que schizo¬
phrenique. Ebauche d’amelioration par le traitement specifique (Sto¬
varsol).
Commentaires. — II s’agit en resume d’un etat schizophreni¬
que a debut anxieux atypique avec idees de persecution, evolu¬
tion paranoide, affaiblissement (d’ailleurs leger). Syphilis en
1912, traitee au mercure. Signes neurologiques permettant de
parler de syphilis nerveuse. Ebauche d’amelioration par le sto¬
varsol.
Le fait important reside dans le caractere liminaire, au cours
de 6 ponctions successives en 3 ans, des reactions liquidiennes.
En 1933, a ete relevee une albuminorachie a 0 gr. 80 ; en janvier
et juin 1935, seule existait une extension partielle a droite de la
precipitation du benjoin. En octobre 1935, tres legere poussee
d’albuminose, avec benjoin precipite dans le 4“ tube. En janvier
1936, globulinose legere, benjoin precipite dans le 11s tube, flocu-
lations liminaires. Dans le sang, toutes les reactions ont toujours
ete negatives.
SEANCE DU 24 FEVRIER 1936
L’existence de signes cliniques de specificite nerveuse (ayant pu
faire penser il y a 3 ans a une meningo-encephalite incipiens),
]a notion d’une syphilis anterieure, autorisent a admettre la legi-
timite d’un etat psych opathique syphilitique avec reactions limi-
naires, type sur lequel nous avons insiste dans de precedentes
communications.
Reste a se demander pourquoi les signes biologiques sont peu
marques.
Remarquons d’abord qu’il s’agit d’un etat psychopathique en
somme peu evolutif, qui concorde avec ce que l’on sait de la for-
mule biologique dans les formes fixees de la neuro-syphilis (Clau¬
de et Targowla). Mais pourquoi une telle forme ?
Ici plusieurs facteurs entre beaucoup d’autres peuvent etre
invoques :
1° La syphilis, avouee, a ete traitee. Or, avec Dupouy, nous
avons montre naguere l’importance de la notion d’un traitement
specifique anterieur dans la forme ulterieure de la determina¬
tion nerveuse. (Paralysie generate a formes demeritielles sim¬
ples et non delirantes, formules subpositives s’eloignant du type
pegetique classique).
2° Le sujet est un ancien paludeen. Or, ce facteur, sur lequel
nous insistons par ailleurs, nous parait important dans l’expli-
cation de certaines neuro-syphilis a formule biologique liminaire.
3° Dans le cas present, nous desirons insister surtout sur
1’heredite de ce sujet : cette heredite est eminemment suspecte
dans la lignee paternelle : cancer des fumeurs chez le grand-
pere, permettant de suspecter une syphilis anterieure, d’autant
plus que la femme de ce dernier est morte d’une angine de poi-
trine ; pere mort subitement ; une tante paternelle morte de
cancer du sein. [A ce sujet, nous ne citerons pour memoire que
les etudes nombreuses recentes concernant les rapports de cer¬
tains cancers du sein et de la syphilis (Touraine)].
Le chancre du sujet se presenterait done comme une super¬
infection chez un heredo-syphilitique de 2e generation, et la
syphilis nerveuse comme une forme de moindre virulence, liee
a un etat refractaire partiel anterieur.
Cas, en realite, repetons-le, complexe, mais pour lequel, a cote
des deux facteurs sur lesquels nous avons insiste par ailleurs,
il nous a paru interessant de nous interroger sur l’influence pos¬
sible d’un troisieme, a la verite encore peu etudie, la super¬
infection sur terrain heredo-syphilitique de deuxieme generation.
254
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
bibliographic:
Dublineau. — Ann. Med.-Psych., nov. 1935 et fevr. 1936.
Dupouy et Dublineau. — Ann. Med.-Psych., mai 1930.
Richet (Ch.) Ills et Dublineau (J.). — Bull. Acad. Med., 27 nov. 1934, fevr.
et avril 1935.
Schulmann et Lemaire. — Traite de la syphilis de Jeanselme, t. I, p. 643.
Touraine et Ribadeau-Dumas. — Bull. Soc. fr. Derm, et Syph., 1933, n" 1,
p. 124.
Truffi (IVt.). — Iin,munite, superinfection, reinfection dans la syphilis.
Congres de Dermatologie de Copenhague, 1930 (in Ann. de Derm,
et Syph., 1930, p. 990).
Conductibilite electrique du corps humain et dysendocrinie.
Un nouveau test biometrique : la mesure de l’angle de
phase. (Note preliminaire), par M. Yves Porc’her.
Dans une suite d’articles parus au debut de 1’annee 1888 dans
le Pr ogres Medical, Romain Vigouroux, a cette epoque chef du
Service d’electrotherapie de la Salpetriere, signalait un abaisse-
ment de la resistance electrique chez les sujets atteints de la
maladie de Basedow.
Vigouroux operait en courant continu avec deux electrodes de
charbon recouvertes de peau de chamois, de 6 et de 4 cm. de
diametre, placees 1’une sur le sternum et l’autre entre les epaules
au-dessous de l’apophyre de la 7° cervicale.
« La resistance, ecrivait-il, se montre extremement diminuee
dans la maladie de Basedow. Elle est alors le quart ou le cin-
quieme, et meme moins, de c'elle observee dans les memes condi¬
tions chez un sujet sain. »
Ce travail trouva d’abord quelque echo en Italie et en Allema-
gne, puis tomba rapidement dans l’oubli. Et, bien que la resis-
tancfe du corps humain, et plus particulierement de la peau, ait
toujours preoccupe peu ou prou les electro-therapeutes et les
electro-physiologistes, il faut arriver jusqu’en 1929 pour voir
reprises en Allemagne, par Lueg, les idees de Vigouroux sous une
forme moderne.
Lueg suivait la technique de Gildemeister et utilisait le courant
alternatif (environ 12.000 cycles-secondes). II montra d’abord
que les modifications de l’electro-cardiogramme des myxoedema-
teux pouvaient s’appliquer en partie par des modifications des
proprietes electriques de la peau, puis en collaboration avec
Grossheim, que ces modifications pouvaient etre mises en paral-
lele avec le taux du metabolisme basal dans les etats d’hyper et
SEANCE DU U FEVRIER 1936
255
d’hypothyroi'disme. Enfin, en 1933, Mrs et Mr. Brazier, de Lon-
dres, appliquaient a ce probleme la methode employee dans
l’industrie des cables telephoniques pour la mesure des depha-
sages et firent faire ainsi a la technique un remarquable progres.
Dephasage et angle de phase. — Considerons une source de
courant alternatif sinusoidal et faisons passer le courant dans
une resistance pure. Incorporons a ce circuit un voltmetre et un
amperemetre convenables. Supposons enfin la frequence du
courant alternatif (cycles secondes) suffisamment basse pour que
le deplacement des aiguilles des appareils de mesure puisse etre
suivi facilement de 1’ceil. Nous verrons alors les aiguilles ani-
mees d’un mouvement rigoureusement synchrone et rigoureuse-
ment parallele. La tension (voltage) et le courant (intensite) sont
simultanement positifs ou negatifs. On dit qu’ils sont en phase
et la puissance est tou jours positive.
Substituons maintenant a notre resistance une capacite pure.
Nous verrons alors que nos aiguilles battent toujours synchroni-
quement, mais qu’elles ne sont plus paralleles ; elles sont deca-
lees l’une par rapport a l’autre d’un angle de 90°. La tension et
le courant ne sont plus simultanement positifs et negatifs et la
puissance devient alternativement positive et negative. On dit
qu’il y a dephasage entre la tension et le courant, et Tangle de
90° qui, dans notre exemple, est la mesure de ce dephasage s’ap-
pelle Tangle de phase.
Le corps humain, traverse, par un courant alternatif, ne se com-
porte ni comme une resistance pure, ni comme une capacite
pure, mais un complexe des deux (complexe que les electriciens
nomment impedance) et Tangle de phase est de l’ordre de 6 a
8 degres.
Technique de la mesure. — La mesure se fait par la methode
d’opposition a l’aide d’un pont de Wheatstone, ou on a place un
condensateur variable en parallele avec une resistance fixe. Le
sujet qui constitue la composante X du pont est mis en serie dans
un circuit en plongeant les bras jusqu’aux coudes dans deux
bacs contenant chacun 10 litres d’eau physiologique et relies
par des electrodes plongeantes a l’appareil.
On manoeuvre la resistance et le condensateur variables du
pont jusqu’a ce qu’on obtienne le zero au galvanometre (ou le
silence au telephone).
Dans ce montage (condensateur en parallele), la mesure de
Tangle de phase indiqu^e par la valeur de sa tangente est don-
nee par la formule :
tg ? = 2 it f. R. C.
256
SOC1ETE MEDICO-PSY CH0L0G1QUE
(Dans l’appareil Brazier, le plus recent, alimente par un courant
de 20 cycles-seconde, la graduation du condensateur variable,
donne directement la mesure de Tangle en degres).
Applications cliniques et resultats. — Le resultat des
recherches de Mrs Brazier, que nous allons passer rapidement en
revue, a ete continue en Angleterre par Holiday et Smith et en
France par Lamy. Toutefois, Robertson et Wilson en Angle¬
terre et Barnett et Bagno en Amerique, tout en confirmant en
gros ces resultats, ont souleve quelques objections.
Tout d’abord, les femmes et les hommes normaux se sont
repartis, quant a la mesure de Tangle de phase, en deux groupes
bien tranche, les femmes autour de 6 degres, les hommes autour
de 8 (1).
Chez les enfants,, Tangle de phase, d’abord tres petit, croit en
gardant d’abord des valeurs comparables dans les deux sexes,
mais au moment de la puberte. Tangle croit plus vite chez les
garcons que chez les filles pour atteindre les valeurs indiquees
plus haut, a la fin de l’adolescence.
Ces constatations tendraient a prouver que ce test a bien une
base biologique reelle, bien que de nature encore indeterminee.
Les Basedowiens presentent en general un angle de phase petit.
Les goitres simples, au contraire, presentent generalement une
legere augmentation.
Enfin, les myxoedemateux donnent quelquefois des augmen¬
tations tres marquees, mais les resultats aberrants seraient plus
frequents.
II est d’ailleurs necessaire de faire remarquer que les varia¬
tions de Tangle de phase ne suivent pas les variations tres
rapides du metabolisme.
Apres un exercice violent pousse jusqu’a l’epuisement, alors
que la consommation d’oxygene atteint des chiffres tres eleves,
Tangle de phase ne varie pratiquement pas. Robertson et Wilson
font remarquer que, sur un chat, Tangle de phase pe fut pas
modifie par le passage de vie a trepas.
II ressort, de la controversy engagee entre ces auteurs et
(1) Cette distribution des sexes en deux groupes particuliers a suggere
a Mrs Brazier l’idee d’adopter la valeur moyenne de chaque groupe comme
zero relatif et de compter les differences en plus ou en moins a parlir de
ce zero pour chaque groupe. En outre, Mrs Brazier prend pour echelle dc
mesure Pangle coniplementaire de l’angle de phase. Get angle complernen-
taire varie naturellement en, sens inverse de l’angle de phase et ses varia¬
tions ont le meme signe positif ou negatif que les variations du taux de
M.B. Cet angle complementaire porte le nom d’angle d’impedance.
SEANCE DU 24 FEVRIER 1936
257
Mrs. Brazier, que Tangle de phase ne se modifie que lentement
soit apres operation thyreoprive, soit au cours d’un traitement
par administration de corps thyrolde et qu’il faille compter par-
fois un laps de temps de plusieurs semaines.
Cela suggere l’idee que le substratum biologique serait plutot
de nature structurale et anatomique que fonctionnelle, et revo¬
lution de Tangle de phase au cours de la croissance soutient
■aussi cette hypothese.
II ne faudrait peut-etre pas fonder, sur 1’emploi de ce test, des
■esperances exagerees ou tout au moins prematurees. Neanmoins,
la difficulty que nous eprouvons a mesurer le metabolisme basal
chez nos malades mentaux doit nous inciter a essayer ce nou¬
veau test. Quelques moments de docilite brefs et intermittents
de la part du sujet suffisent a une mesure precise et une certaine
•contention n’est pas un obstacle a une bonne experience.
Dans cet esprit, j’ai entrepris la construction d’un phasem^tre
avec la collaboration d’ingenieurs qualifies ; il ne s’agit point
d’ailleurs d’un appareil dit medical, mais d’un instrument de
recherche. Je vous le presenterai dans une prochaine seance.
Hallucinations visuelles, conscientes et transitoires,
par M. Daumezon (Travail du service du Dr J. Capgras).
Nous avons eu l’occasion d’observer, chez une vieille femme,
■sans affaiblissement psychique, mais atteinte de cataracte, un
cas d’hallucinose transitoire qui nous a paru pouvoir vous etre
presente.
Mile A..., Louise-Victorine, est entree a l’asile le 25 juin 1894 a 1’age
de 41 ans. Le certificat immediat signe du Dr Legras est ainsi concu :
« Delire melancolique, hallucinations auditives, culpabilite imagi-
naire. » Rapidement les troubles s’amenderent. La malade explique
actuellement ce qui lui est arrive de la maniere suivante : « J’ai ete
folle cinq jours durant lesquels je fus amenee a Sainte-Anne, puis tout
a disparu. » « Pendant longtemps j’ai entendu des voix qui me fai-
saient comprendre : Ne fais pas cela, tu le rateras, — N’y vas pas, on
te fera du mal, — N’essaie pas, tu ne sais pas le faire. Puis tout cela
s’est arrange et je suis devenue normale. »
Les troubles tres discrets presentes par notre malade n’eussent cer-
tainement pas entrave sa sortie si son pere et sa soeur se fussent sou-
cies de la tirer de l’asile. Graduellement la malade s’est fort bien
accommodee de la vie asilaire. Excellcnte travailleuse, tres servikble,
elle aide le personnel et devient une collaboratrice devouee.
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94' annee, t. I. — Fevrier 1936. 17.
258
SOCIETE MEDICO-PSYCHO L0G1QUE
En 1930, l’acuite visuelle diminue ; Pophtalmologiste consulte-
repond : Cataracte de l’oeil droit a operer apres traitement mercu-
riel. Mais Mile A... refuse 1’operation : « Si je n’y vois plus je ne
pourrais plus travailler, eh ! mon Dieu, je suis assez vieille pour me-:
reposer. »
Nous avons maintenant devant nous une vieille femme de 83 ans,
voutee, la bouche edentee, le visage ride. L’oeil est vif, la demarche
encore alerte. Avenante, elle repond volontiers au medecin, donne
sur son sejour les renseignements les plus precis, les details les plus-
pittoresques. On ne note aucun trouble mental d’aucune sorte. Un
certificat de situation du Dr Capgras, date du 27 septembre 1934,.
debute par ces mots : « Entierement lucide malgre son grand age. »
II nous a paru interessant de retracer en detail cette histoire pour
situer dans leur terrain exact les troubles actuels :
Le 10 decembre 1935, apres avoir accompli sa tache quotidienne :
vaisselle du soir, rangement du refectoire, Mile A... ressentit une legere-
fatigue : « J’ai pris froid », pensa-t-elle, et s’en fut se coucher. Au
lit, devant le mur a cote d’elle, elle aper$ut des figures d’hommes, de
femmes, des chats, un chien. Elle fut effrayee bien que sachant perti-
nemment qu’il s’agissait d’un trouble pathologique. Le meme pheno-
mene se reproduisit huit jours durant, cependant qu’evoluait une
bronchite banale qui s’ameliora tres rapidement.
La malade decrit ainsi les « visions » qu’elle permit : « Le soil',
a la tombee de la nuit, au moment ou les lumieres s’eteignent, cela
commence... » « Des figures d’hommes, de femmes, passent la devant
le mur et a cote de moi (elle fait signe de sa main droite) du cote de
ma cataracte. » Ces figures restent toujours sur le meme plan, jamais,
elles ne se rapprochent. Jamais elle ne les a vues sur le drap.
En general il s’agit de la tete seule, quelquefois du corps entier.
Une seule figure connue, celle de sa sceur ; les autres ne peuvent etre
identifiees. Ce sont des personnages aux yeux brillants « comme
dans les dessins ». Les tetes sont beaucoup plus grosses que nature,
« des caricatures », dira-t-elle. « Les hommes sont vieux, mal habil-
les, avec de gros yeux fixes qui me regardent, moi ».
Notre malade a vu aussi des chats aux yeux brillants et menacants,
et un jour un chien ; un marteau fut signale ; dans la periode termi- .
nale « une passementerie comme une tenture pendue a cote du lit » ;
apparurent aussi des arbres, surtout des troncs identiques a ceux
qu’on voit dans la cour du quartier a travers la fenetre. Nous insiste-
rons ailleurs sur la vision de neige.
Toutes ces images sont isolees, jamais organisees en tableau. Elles.
sont fortement colorees. « Des couleurs, toujours avec des couleurs
vives, du bleu particulierement. » Jamais elles ne prendront un relief,
et la malade insiste sur leur caractere d’ « images plates » .
II s’agit d’un « defile » de personnages : « Ils ne bougent pas,
cela se promene, mais la personne ne fait jamais le geste », le sens
du defile est de droite a gauche.
SEANCE DU U FEVRIER 1936
259
L’intensite de la perception parait augmenter dans l’obscurite :
« Si on eteint la lumiere, c’est plus fort. » Par contre, la position du
corps n’a aucune influence : « Je me leve, je marche, c’est la meme
chose. »
Notre malade reagit vivement devant ces « visions », ce « cine-,
ma ». « J’ai peur et pourtant je sais bien », « je me bouche les
yeux, surtout le droit, mais je vois la meme chose ». L’explication de
sa frayeur lui parait toute naturelle : « Ces choses-Ia, fa ne vous
rend pas tranquille, j’en ai tant vu dans cette maison, que j’ai
toujours peur de devenir comme elles. » Mais, par ailleurs, elle
reconnaitra la frayeur que lui inspiraient ces figures « comme quand
on est petite et qu’on voit dans un livre une image de croquemi-
taine ». A la suite de cette crise, elle a demande a quitter la cham-
bre qu’elle occupait pour coucher dans le dortoir : « J’y serai moins
seule et plus tranquille. »
Un point important nous parait etre les visions particulieres qui
ont marque le debut et la fin de la crise.
Le premier jour, avant l’apparition des tetes et des personnages, la
malade a vu de la neige ; les deux derniers jours, alors qu’il n’y
avait plus de visage, nouvelle vision de neige. « Un peu de neige,
comme de la toute petite neige, comme une pluie. Elle tombe lente-
ment... » Au milieu, de temps a autre, « des petits mouvements d’elec-
tricite », « comme une etincelle de briquet ». « Cela m’arrive quel-
quefois en temps normal ».
Les crises ont dure chaque soir pendant 1 heure environ durant
9 jours. Elies s’accompagnent, au dire de la patiente, de violentes
cephalees et de douleurs au niveau des globes oculaires, plus particu-
lierement a droite.
Nous avons soumis Mile A... a un examen neurologique qui n’a per-
mis de deceler aucune anomalie notable.
Au niveau de l’ceil : reflexes corneens conserves. Musculature
externe de l’ceil fonctionne normalement.
Examen ophtalmologique negatif, a part la cataracte plus haut
signalee. Aucun signe objectif de glaucome.
On ne note aucun signe de la serie hypothalamique, pas d’hyper-,
somnie, pas de polyphagie, pas de polydipsie, pas de polyurie.
La tension arterielle au Pachon est a 17,5-10. Un dosage d’uree
sanguine donne 0 gr. 45 par litre.
Depuis l’episode que nous venons de decrire, Mile A... a presente
a quelques reprises une rhino-pharyngite rapidement guerie, mais a
aucun moment des troubles comparables a ceux signales n’ont ete
remarques.
En resume, nous nous trouvons en presence d’un cas d’hallu-
cinations visuelles conscientes.
Parmi les exemples d’hallucinose visuelle, les auteurs ont
260
SOCtETE MED1CO-PSYCHOLOGIQUE
groupe les cas dans diverses rubriques, selon l’etage des lesions
presentees par le malade. Nous croyons pouvoir rattacher l’hallu-
cinose de notre malade aux hallucinations des ophtalmopathes.
Rien, en effet, ne nous autorise a mettre en cause une lesion des
voies optiques centrales. L’absence de troubles de la serie hypo-
thalamique et pedonculaire ecarte la possibility d’un syndrome
sylvien.
Outre ces caracteres, nous signalons, chez notre malade, sur
certaines caracteristiques des hallucinations :
— Leur position dans le champ visuel droit, du cote de la
cataracte. Notre malade avait tellement conscience de cette situa¬
tion qu’elle bouchait 1’oeil droit avec la main afin d’entraver le
deroulement des images hallucinatoires. Cette manoeuvre s’averait
sans effet.
— Le sens de deplacement des images de droite a gauche, du
cote lese au cote sain.
— L’existence concomitante aux phantasmes de douleurs ocu-
laires nettes. On a signale des phenomenes de l’ordre de ceux
constates au cours de poussees de glaucome. La pression des
globes oculaires n’eveille actuellement aucune douleur. L’examen
ophtalmologique s’est revele negatif,
Le mode d’apparition et la succession des images nous auto-
risent a consacrer un court developpement au mecanisme possi¬
ble des phenomenes envisages :
Tout d’abord, nous eliminerons l’element onirique : toute la
description que donne la malade, les precisions qu’elle fournit,
le caractere meme des phantasmes, ecartent l’hypothese d’halln-
cinations hypnagogiques. D’ailleurs, Mile A... etait tres eveillee
lors de l’apparition des troubles.
II est interessant de noter que les crises ont debute par une
vision de « neige ». Les deux dernieres crises ont cbnsiste uni-
quement en cette vision de « neige » au milieu de laquelle appa-
raissaient des phosphenes. Dans une observation de P. Camus, le
malade percoit successivement : des taches blanches, puis,, dans
un second stade, des tetes et des corps. Une observation de Morax
cite des visions de neige chez un malade lorsque ce dernier se
rappelle des souvenirs de Russie. On peut noter que la periode
durant laquelle les phenomenes furent constates coincide avec
une baisse notable de la temperature et un etat atmospherique au
cours duquel des chutes de neige legeres furent enregistrees a
Paris.
11 est plus difficile de fournir une
interpretation du mecanisme
SEANCE DU n FEVR1ER 1936 2(51
de la vision dans diverses tetes. Si, en effet, la vision de neige
entre exactement dans la categorie des « substitutions du souve¬
nir a la sensation » de Barat, il ne parait guere en etre de meme
pour les autres phantasmes. Une des figures a ete identifiee a
celle de la soeur, mais quant aux autres, elles sont inconnues. On
pourrait, a la rigueur, attirer l’attention sur les caracteres bril-
lants, eclatants, des yeux dans les personnages percus par la
malade. Ne pourrait-on supposer qu’il s’agit la de phosphenes
autour desquels furent construites les tetes phantastiques ?
II parait a peu pres impossible de rattacher purement aux
apports peripheriques les perceptions de la malade. Force nous
est done de rechercher, dans le contexte physique, une etiologie
a ces troubles : Sedan, Fromaget, Finlay, David ont soutenu l’opi-
nion d’une intoxication endogene uremique, le malade de l’obser-
vation VI de la these de Leyritz presente une hallucinose a l’occa-
sion d’une nephrite cantharidique. Notre malade, elle, presente
un taux d’uree normal, par contre, il convient de faire intervenir
dans la genese du phenomene l’etat subfebrile accompagne de
cephalee provoque par la bronchite.
En presence d’un tel cas, une question de qualification parait
se poser. Briere de Boismont, Christian, decrivaient des « hallu¬
cinations rectifiees par l’entendcment » (2e sous-section de la
lr* section des hallucinations compatibles avec le raisonne-
ment) ; pour employer une terminologie plus moderne : s’agit-il
d’une hallucinose ?
Ce terme a recu des acceptions tres differentes selon les
auteurs. L’idee de « 'delire minimum » parait dominer les divers
sens admis. C’est ainsi qu’en Allemagne, Wernicke designait
sous ce nom des etats hallucinatoires aigus des psychoses alcoo-
liques, rapidement rectifies par le malade et consideres par lui
comme pathologiques. Plaut, puis Krajpelin decrivaient une
« Hallucinose syphilitique » : etat ou les hallucinations domi-
nent la scene, accompagnees d’indifference. Mais ils n’attachaient
pas d’importance particuliere a la conscience du caractere mor-
bide qui pouvait faire defaut.
En France, Dupre, Gelma et plus recemment Leyritz, conside-
raient l’hallucinose comme un « syndrome caracterise par des
hallucinations inconscientes, sans delire abstrait surajoute ».
Un des elements qui parait important dans la notion tradition-
nelle de l’hallucinose est le polymorphisme et la variabilite des
phantasmes. G. Clerambault, Lalanne, Dumont, Gordon, Royer,
Hamel utilisent le meme terme, lui accordant la meme signifi¬
cation.
262
SOC1ETE MEDICO-PS YCHO LOGIQ UE
En resume, pour une tres grosse part des auteurs, le terme
d’hallucinose designe, non pas tant un phenomene perceptif
particular, mais plutot certains « etats ». On notera que, pen¬
dant longemps, il en fut de meme pour l’hallucination : Pinel,
Esquirol, Parchappe emploient generalement 1’expression « le
malade est en etat d’hallucination ».
Un courant d’idees recent, dirige par Janet d’une part, par
Claude de l’autre, tend a introduire la notion de croyance dans
la definition de l’hallucination, a synchretiser le delire et l’hallu¬
cination. Les auteurs adoptant ce point de vue ont du, tout
naturellement, rejeter l’hallucinose comme inexistante et ne
correspondant a aucune realite clinique.
Les uns, avec Claude et Ey, ont donne a ce mot un sens nou¬
veau, « phenomene caracterise par la presence, dans le champ
de la conscience, d’une sensation, d’une forme a laquelle le sujet
n’ajoute pas foi ». Ainsi, suivant revolution du mot hallucina¬
tion, l’hallucinose cessait de designer un etat pour devenir un
phenomene elementaire.
Les autres, avec Janet, constatant 1’existence manifeste de
phenomenes dont la croyance est souvent absente, propose de les
ranger parmi les illusions, «• une stimulation peut se produire
sur un point d’un organe receptif d’une maniere inhabituelle et
provoquer a faux l’activation de tout le schema perceptif ». Une
telle theorie parait s’appliquer exactement a l’observation que
nous rapportons, d’autant mieux que Janet invoque deux meca-
nismes de mise en branle du schema perceptif : d’une part,
l’intoxication endogene ou exogene, d’autre part le passage au
demi-sommeil. Les caracteres releves plus haut de construction
d’image elaboree autour de phosphenes, de « gestalt », fournis
par l’oeil, 1’etat subfebrile de notre malade, nous autorisent a
adopter la terminologie de P. Janet.
La seance est levee a 18 h. 30.
Le Secretaire des seances :
Paul Abely.
SOCIETIES
Societe de Neurologie de Paris
Seance du Jeudi 6 Fevrier 1936
Presidence : M. TINEL, president
-Hemiplegie passagere par embolie gazeuse au cours de la re-insufflation
d’un pneumothorax, par MM. J. Tinel et M. Jacquet.
MM. Tinel et Jacquet relatent un cas d’hemiplegie gauche passagere, sur-
venue au cours de la re-insufflation d’un pneumothorax droit et qui ne peut
etre attribue a un autre processus qu’a une embolie gazeuse.
Us signalent la coexistence d’une ischiemie passagere du membre supe-
rieur droit et de l’hemithorax droit, avec apparition rapide de placards de
vaso-dilatation paraiytique, alternant avec des plages de vaso-constriction.
Ces troubles traduisaient manifestement l’embolie gazeuse de la sous-
•claviere.
Les accidents cerebraux par embolie gazeuse de la carotide droite se
.sont traduits d’abord par des phenomenes de choc cerebral avec obnubila¬
tion profonde. L’hemiplegie ne s’est constitute que deux ou trois minutes
-apres, en meme temps que disparaissaient les placards cyanotiques du
membre superieur droit. II semble que le retard de l’apparition de l’hemi-
plegie puisse etre attribue a la conservation de i’activite des cellules cor-
ticales pendant quelques minutes encore apres l’etablissement de l’ischie-
mie cerebrale.
L’hemiplegie complete, sans participation cependant de la face, avec
hemianestbesie complete, s’est acoompagnee immediatement d’exageration
<les reflexes tendineux et de clonus du pied, avec abolition des reflexes cuta-
nes et absence du signe de Babinski.
Elle a completement disparu en quelques heures, ne laissant absolument
•aucune trace residuelle.
264
SOCIETES
Un cas de nevrose du systeme vegetatif avec arret du coeur et automa-
tisme ventriculaire pendant la compression oculaire, par MM. R . -
A. Schwob et Marcel MoNNien.
U11 homme de 42 ans, redacteur, consulte a la Salpetrifere pour des crises
sudorales survenaiit la nuit depuis plusieurs annees a la face posterieure
des jambes. A part une paralysie radiale aneienne consecutive a une bles-
sure de guerre, l’examen neurologique ne revele aucun trouble du systeme
nerveux de relation. Par contre, l’exploration du systeme nerveux vegetatif
niontre qu’il existe : 1) un reflexe oculo-cardiaque exagere avec ralentis-
sement des contractions cardiaques, abolition totale de celles-ci et appa¬
rition d’un automatisme ventriculaire visible a Uelectrocardiographe taut
que dure la compression oculaire ; 2) une bradycardie legere ; 3) une hypo¬
tension arterielle ; 4) des troubles vaso-moteurs peripheriques (acrocyanose,
dermographisme intense ; 5) und predisposition au mal de mer ; 6) les
sudations nocturnes mentionnees. Ces divers symptomes vegetatifs cedent
a 1’atropine. II existe done une . veritable nevrose vegetative a eft'ets para-
sympathiqu.es (cardio-moderateurs et yaso-dilatateurs) . Les phenomenes
oculo-cardiaques sont une manifestation partielle de ce desequilibre et ne
peuvent etre consideres comme norinaux, ainsi que le pretendent certains,
auteurs.
Merasthenie paroxystique de nature psychonevrosique,
par MM. E. Gelma et P. Cha vigny (de Strasbourg).
Les auteurs presentent un cas de fatigabilite et d’epuisement tres rapide
des membres inferieurs (merasthenie), survenant par crises, lors de la
station debout qui, si elle se prolonge au dela de quelques minutes, peut
amener l’impotence fonctionnelle absolue du malade pendant de longs
mois. Ces crises « myastheniques » ne sont accompagnees d’aucun signe
d’organicite ou de reaction du type myasthenique. Elies restent associees a
des phenomenes analogues d’asthenopie. Le terrain degeneratif, l’heredite
psycho-nevrosique, des troubles psychologiques divers qui encadrent le
syndrome, ancien de plusieurs annees, autorisent Popinion qu’il ne peut
s’agir que d’une psycho-nevrose, d’une forme de staso-baso-phobie dent il
existe tant de types. Le terme de « merasthenie », introduit naguere par
E. Dupre pour designer anthropologiquement une maniere d’etre constitu-
tionnelle, peut fort bien s’appliquer a ce cas d’epuisement paroxystique des.
forces dans le train posterieur.
Encephalo-myelite subaigue consecutive a la vaccination Antiamarile,
par MM. J. Lhermitte et Fribourg-Blanc.
Un colonial, age de 32 ans, regoit une injection de vaccin antiamarile de
Leigret ; immediatement apparaisseut des symptomes alarmants, fievre,.
cephalee, vertiges, puis au bout de quelques jours, des fourmillements dans
les jambes accompagnes de contractures et de paresie.
Apres un retour a la normale, les memes phenomenes se reproduisent
3 mois apres. Une paraplegie spasmodique avec troubles de la sensibilite-
incontinence sphincterienne se developpe, un des membres superieurs se
prit a son tour, des escarres sacrees se developperent et le malade succomba
14 mois apres la date de la vaccination.
SOC1ETES
265
L’examen histologique revela l’existence de lesions insulaires disseminees
dans la moelle et le tube accompagnees par des alterations diffuses des cel¬
lules nerveuses de la moelle et du cerveau. Incontestablement ces altera¬
tions se rapprochent par plusieurs traits de eelles de la sclerose en pla¬
ques, mais elles s’en distinguent par bien des caracteres.
Qu’il s’agisse d’une injection endogene declenchee par biotropisme ou
d’une injection speciflquement vaccinale, on ne saurait en decider, mais ce
qui importe de retenir d’un tel fait, montre que la vaccination antiamarile
n’est pas exempte de dangers, puisqu’elle peut entrainer une encephalo-
myelite disseminee.
Un cas de syndrome de Laurence-Moon, par MM. Lhermitte et Bollack.
II s’agit d’une malade de 15 ans chez laquelle on constate tous les ele¬
ments du syndrome bien connu : sexdigitisme, obesite, du type cerebral,
arrieration mentale, retinite pigmentaire ; en outre, on releve les sympto-
mes traducteurs d’une alteration infundibulo-tuberienne : polyurie, poly-
dipsie, amenorrhee. La selle turcique est de dimensions normales. Aucune
heredite similaire. Le syndrome de Laurence-Moon merite bien une indivi-
dualite, car la plupart des cas sont superposables, mais on peut se deman-
der si l’on ne doit pas considerer comme formes frustes les cas de retinite
pigmentaire avec adiposite ou polydactylie.
Sclerose en plaques familiale, par MM. J. Dereux et A. Pruvost (de Lille).
MM. J. Dereux et A. Pruvost relatent l’observation de deux soeurs attein-
tes, a peu pres au memo age, de sclerose en plaques. Ils font 1’etude criti¬
que de leurs cas comme de ceux qui sont anterieurs aux leurs et concluent
que, sur le seul plan clinique, il est impossible de poser le diagnostic de
sclerose en plaques familiale. Sans examen anatomique, on ne peut et on
ne doit faire que des hypotheses.
Nevralgie du glosso-pharyngien guerie par l’alcoolisation,
par MM. G. Guillain et M. Acbry.
Les auteurs presented une malade qui, atteinte de nevralgie rebelle du
glosso-pharyngien, fut guerie par l’alcoolisation de la « triger zone ». Les
auteurs insistent sur la necessity de la recherche au stylet de cette zone
d’excitation et de sa disparition apres badigeonnage au liquide de Bonain.
L’alcoolisation de cette zone fait disparaitre la douleur. Avant de proposer la
section du nerf, il est done utile d’essayer l’alcoolisation.
Syringobulbie avec atrophie optique unilaterale ; epreuves
manometriques, par MM. Coste, Bollock, Fauvet et Mme S. Delthil.
Le syndrome du trou occipital, par M. Laruelle (de Bruxelles).
Quelques considerations sur le mecanisme de la mort dans les tumeurs
cerebrates, par M. Van Gehdchten.
L’auteur rapporte six cas des plus interessants de compression de la pro7
tuberance et du pedoncule dans les tumeurs cerebrales du lobe temporal.
SOC1ETES
>•266
Des projections de coupes seriees viennent a l’appui de la presentation.
L’auteur raontre combien il importe, dans les tumeurs du lobe temporal,
d’eviter les manoeuvres telles que ponction lombaire et ventriculographie,
iorsqu’elles ne sont pas indispensables.
On peut se demander egalement, du point de vue operatoire, si on ne
devrait pas fa ire, meme apres 1’enlevement de la tumeur, une decompres¬
sive, pour eviter les phenomenes d’erythrodiapedese.
Discussion. — M. Puech approuve ces remarques et rappelle des cas ana¬
logues d’intervention au cours d’engagement temporal.
Un cas de dolichostenomelie ou maladie de Marfan,
par Mme M. RoudinEsco.
Les tumeurs de la glande pineale sans signes focaux des localisations,
par MM. Schaeffer, Th. de Martel et Guillaume.
Les signes des tumeurs de 1’epiphyse, paralysie de verticalite du regard,
perte du reflexe photomoteijr, hypoacousie, macrogenitosomie, sont des
signes d’emprunt qui traduisent la sou ff ranee de la region quadrigeminale
et infundibulo-tuberienne.
Schaeffer, de Martel et Guillaume rapportent deux cas de gliomes epiphy-
saires ou ces symptomes faisaient entierement defaut. Dans l’un, le tableau
clinique se reduisait a de la stase papillaire, et les auteurs insistent a ce pro-
pos sur la discretion meme du syndrome d’hypertension intracranienne. Dans
1’autre, il existait un etat confusionnel associe a un syndrome cerebello-ves-
tibulaire.
Les images ventriculographiques qui montrent l’absence de repletion par
l’air du segment posterieur du 3' ventricule peuvent seules, dans de tels cas,
permettre de localiser la tumeur.
M. Leconte.
Societe de Medecine legale de France
Seance du Lundi 13 Janvier 1936
Presidence : M. LEGLERCQ, president
Syndrome tardif d’hypertension intrarachidienne post-traumatique par
exostose des os de la voute, par M. P. Masquin (d’Avignon).
L’auteur fournit un nouvel exemple de complication tardive des trauma-
tismes craniens en rapportant le cas d’un accidente du travail qui, ayant ete
blesse le 23 aoiit 1930, au voisinage du vertex, par la chute d’une piece de
SOCIETES
267
fer, perdit connaissance un quart d’heure et presenta des cephalees, des ver-
tiges et des. vomissements pendant dix jours. Gueri en apparence au quin-
zieme joiir, il reprit son travail. Mais, un an plus tard, les cephalees repa-
rurent et s’accentuerent graduellement. L’etat s’aggrava au point de neces-
siter l’hospitalisation en avril 1932. Un examen complet permit alors de
decouvrir l’existence d’une exostose de la table interne du crane au niveau
du traumatisme, de 5 cm. de long sur 2 cm. de large, comprimant le sinus
longitudinal. Une trepanation avec ablation de cette exostose ameliora
l’etat du malade qui tut toutefois oblige d’abandonner son ancien metier.
Masquin attire l’attention sur ce fait qu’un traumatisme, en apparence
benin, a cependant entraine des complications tardives et necessity, 26 mois
apres la blessure, une large trepanation et' determine une incapacity de
travail definitive importantc.
Fribourg-Blanc.
Societe Frangaise de Psychologie
Seance dn Jeudi 27 Fevrier 1936
Presidence : M. VURPAS, president
Les representations religieuses relatives au « Zar »
en Ethiopie du Nord, par M. Leiris.
L’auteur, qui a fait un long sejour en Ethiopie du Nord, expose un ensemble
tres interessant de croyances et de pratiques relatives a la notion de
« Zar ». Les Zars sont des etres surnaturels formant une societe hierar-
chisee superposable a la societe humaine ; fils d’Eve qui avait voulu les
cacher a Dieu, rendus invisibles pour la punir, ils exercent sur les humains
line action ambivalente surtout en rapport avec la maladie et la sante ; la
maladie apparait comme 1’effet d’une faute envers un Zar, la guerison
comme une reparation et un rachat souvent onereux qui deplace la force
malefique. L’initiation consiste generalement en un traitement ; elle
groupe des « Illumines » formant des sectes qui, malgre leur rivalite
avec les clercs, sont bien tolerees par l’Eglise.
D. Lagache,
268
S0C1ETES
Societe de Medecine Mentale de Belgique
Seance du 25 Jaiwier 1936
Presidence : M. G. VERMEYLEN, president
La psychiatrie dans ses rapports avec la psychopathologie de l’enfant,
par M. G. Vermeylen (Discours presidential).
A cote des examens quantitatifs par la methode des tests mentaux, on
neglige trop souvent encore, a Pheure actuelle, 1’exanien qualitatif du
psychisme infantile, et lorsqu’on le pratique, on cherche generalement a
classer les troubles observes dans le cadre des troubles decrits chez l’adulte.
C’est la une erreur, car la psycho-pathologie de l’enfant constitue reelle-
ment une etude speciale. Loin de. se laisser assimiler a la psychiatrie de
l’adulte, elle represente au contraire une excellente introduction a son
Nos methodes d’investigation psychiatrique ont souvent un caractere
trop statique et Petude de la periode infantile permet de mieux coniprendre
bon nombre de manifestations morbides, en apparence paradoxales, comme
Pa d’ailleurs demontre la psychanalyse.
L’auteur ilisiste sur le caractere neurotrope de diverses infections de
l’enfance, dout peuvent dependre certaines manifestations tardives a pre¬
dominance ' nevropathique, meme lorsqu’il n’y a eu aucune apparence d’ac-
cidents nerveux au moment de l’infection. Les sequelles de traumatismes,
meme benins, peuvent agir dans le meme sens, et provoquer des troubles
tardifs, a l’occasion de la puberte par exemple, ou de toute autre modifi¬
cation dans la pliysiologie du sujet.
D’autre part, le milieu et l’education, les essais successifs de l’enfant
pour s’adapter aux diverses situations, interviennent egalement pour une
large part dans la constitution du caractere. Toutes ces valeurs psychiques
sont encore rebrassees a la puberte, et les troubles qui peuvent survenir
ulterieurement, comme le . soi-disant automatisme mental par exemple,
poussent des racines profondes dans le psychisme infantile.
Aphasie de Wernicke chez une syphilitique, par M. J. Heehnu.
Presentation d’une malade admise a l’hdpital comme suspecte de para-
lysie generale, mais atteinte en realite d’un syndrome aphasique du type
Wernicke, en voie d’amelioration.
La reaction de Bordet-Wassermann est positive dans le sang et dans le
liquide cephalo-rachidien ; la recherche de l’index de Dujardin plaide en
SOCIETES
2CSI
faveur d’une syphilis cerebrale, mais apres dilution du liquide, on obtient
un index de paralysie generate.
L’auteur diseute le diagnostic de ce cas et niontre les ditfiicultes qu’on
pent rencontrer, notamment lorsqu’il s’agit d’anciens syphilitiques faisant
des accidents apoplectiformes.
Oligodendrogliome de la base du cerveau, par MM. Divry et Evrard.
Cette localisation est particulierement rare ; les auteurs n’en ont trouve
qu’une seule observation dans la litterature. 11 s’agit d’un homrae dont
l’affection a debute en 1933 par des acces epileptiques avec troubles du
caractere et hypersomnie ; pas de signes neurologiques, pas de cepbalees.
II se plaignit ensuite d’un affaiblissement de la vue en meme temps que
son etat mental s’alterait gravement. L’examen oculaire mit en evidence
une atrophie optique bilaterale par stase papillaire ancienne et a la radio-
graphie on constatait, outre un aspect pommele, des calcifications supra-
sellaires.
A part une legere inegalite des reflexes tendineux, l’affection evolua sans
signes pathologiques nouveaux, et la mort surviut a la suite d’acces epi¬
leptiques subintrants. La base du cerveau etait occupee par une enorme
tumeur, s’etendant des pedoncules eerebraux au pole anterieur des lobes
teinporaux et a la face inferieure des lobes frontaux, inflltrant le chiasma
et les noyaux caudes et peneti’ant dans la substance blanche des hemisphe¬
res, surtout a droite.
Histologiquement, il s’agissait d’une masse de structure homogene pre-
sentant les caracteres de i’oligodendrogliome, avec hyperplasie vasculaire.
Les auteurs insistent sur la rarete de cette localisation, et sur la pau-
vrete de la symptomatologie malgre 1’atteinte de toute une serie d’organes
importants.
Forme delirante de confusion mentale due a une pyohemie
a colibacilles, par M. Desmedt
Relation du cas d’un malade qui, a la suite de brulures etendues des mem-
bres inferieurs fit un episode confusionnel d’allure maniaque avec ele¬
vation de la temperature, et qui evolua en 7 mois. L’autopsie permit d’eta-
blir qu’il s’etait agi d’une infection colibacillaire generalisee ayant deter¬
mine des lesions des systemes digestif, urinaire et nerveux, et qui resista
a tous les traitements anti-infectieux. Bien que les accidents nerveux n’ayant
debute qu’au moment ou les brulures etaient presque gueries, il semble
qu’on doive considerer, au point de vue medico-legal, que celles-ci ont ete
ia cause primaire de l’ensemble de l’affection.
La prophylaxie criminelle et les psychiatres, par M. L. Vervaeck.
Il s’est cree, au sein de la Ligue beige d’Hygiene mentale, une Society de
prophylaxie criminelle qui a pour but d’etudier les moyens qui pourraient
etre mis en oeuvre pour agir sur les causes de la criminality dans le cadre
d’un organisme international.
L’auteur montre le r61e que pourraient jouer les psychiatres dans un
tel organisme et fait appel a la collaboration des membres de la Societe
de Medecine mentale.
270
SOCIETES
Groupement Beige d’Etudes
Oto-Neuro-Ophtalmologiques et Neuro-chirurgicales
Seance du 25 Janvier 1936
Presidence : M. CHEVAL, president
Aspect de thrombophlebite du sinus caverneux, complication d’une
septicemie, par MM. J. Coppez et P. Martin.
Presentation d’un malade qui, a la suite d’un leger t.raumatisme de la
eheville droite, fit des localisations purulentes diverses avec signes d’in-
fection generale. L’hemoculture fut negative mais 1’examen du pus montra
qu’il s’agissait de streptocoque hemolytique. II se produisit une ophtalmie
metastatique ou irido-choroidite suppuree de i’ceil droit, dont l’aspect en
imposait au debut pour une thrombophlebite du sinus caverneux. La pre¬
sence de pus dans la chambre anterieure de l’ceil permit le diagnostic.
Recherches anatomo-experimentales sur la region du lemniscus lateral
et ses commissures, par M . A. Gerebtzoff.
Apres avoir pratique chez des lapins des lesions totales et partielles des
noyaux dorsal et ventral du lemniscus lateral, l’auteur etudie par la me-
thode des degenerescences le trajet des fibres commissurales de ces forma¬
tions. II arrive a la conclusion que le role de ces noyaux doit etre moteur,
en relation avec les centres visuels et auditifs. II emet l’hypothese que leur
role doit etre de diriger Porientation reflexe des yeux et de la tete vers le
point de l’espace d’ou vient le son.
Hypotonie atonique traumatique de l’artere centrale
de la retine, par M. H. Coppez.
Apres avoir expose l’ctat de nos connaissances actuelles sur la signi¬
fication des variations de tension dans l’artere centrale de la retine et
dans la veine centrale de la retine, et rappele les travaux recents de Fritz,
l’auteur relate trois cas de traumatises du crane chez lesquels il a observe,
une diminution de pression dans l’artere centrale au lieu de l’augmentatiou
habituellement constatee. II n’y avait pas de diminution correspondante de
la pression du liquide cephalo-rachidien, La pression veiueuse etait tres
basse egalement.
SOCIETES
271
Ces cas n’ont pas encore ete suivis pendant un temps suffisant pour pou-
voir dire s’ils comportent un pronostic ou un traitement particuliers.
Le meoanisme de la mort dans certains cas de tumeurs cerebrates,
par M. P. Van Gehuchten.
Certaines tumeurs cerebrales s’accompagent d’un engagement de la par-
tie interne du lobe temporal dans la fosse cerebrale posterieure, ce qui
determine une compression du tronc cerebral (Clovis Vincent). L’auteur
relate six observations anatomo-cliniques, dans lesquelles ce phenomene
s’est produit.
Dans tous les cas, il a observe au niveau des pedoiicules et de la protube¬
rance des lesions vasculaires importantes sous forme de stase avec foyers
hemorragiques centres sur des arterioles dilatees mais non ronupues.
L’epanchement sanguin se fait par erythro-diapedese. Ces constatations
viennent a l’appui des idees de Ricker sur le role de l irritation du systeme
nerveux arteriel dans les troubles vasculaires conduisant a i’hemorragie.
Ces lesions ont determine la mort dans l«s cas, envisages et l’auteur dis¬
cute les precautions a prendre pour parer eventuellement a l’engagement
du lobe temporal.
La ventriculographie dans les abces cerebraux, par M. P. Martin.
La localisation des abces cerebraux est souvent facile, grace au voisi-
nage de la lesion causale. L’auteur relate deux cas dans lesquels la ventri¬
culographie a permis de reperer des abces eloignes, consecutifs, le premier
a une mastoidite qui avait determine un abces du lobe occipital, le second
a des lesions purulentes de la face, suivies d’un abces du lobe frontal.
Dans un troisieme cas, l’histoire clinique et la symptomatology en impo-
saient pour un abces cerebral, mais la ventriculographie a montre une
image normale. II s’agissait en realite d’une arachnoidite consecutive a
une mastoidite, et qui guerit apres trepanation decompressive.
La ventriculographie est une cpreuve simple, que l’on considere trop
souvent encore comme dangereuse, et dont l’application permet cependant
dans beaucoup de cas une intervention plus rapide et plus precise.
ANALYSES
JOURNAUX ET REVUES
PSYCH1ATR1E
Hypertonie paroxystique emotionnelle (Paroxysmal Hypertonia induced by
Affect), par Max Levin. Archives of Neurology and Pschychiatry. T. XXXII,
n° 6, pp. 1286-1301, decembre 1934.
On connait bien la resolution musculaire cataleptique en relation avec un
choc emotif. Le mecanisme des crises hypertoniques produites au cours de
perturbations affectives brutales est plus obscur. M. Levin a observe le
symptome chez des animaux effrayes ou frappes par une vive impression
sensorielle. Chez l’homme les localisations et revolution des phenomenes
hypertoniques sont tres variables. Ils contrastent souvent avec la constata-
tion courante de la contraction musculaire au cours des impressions penibles
et du relachement accompagnant le rire. La conscience reste intacte. On ne
sait s’il s’agit d’irritabilite reflexe analogue a celle que produit la strychnine
ou d’interruption de l’inhibition des voies cerebrates superieures.
P. Carhette.
La catatonie, par P. Meignant. La Presse Medicale, n» 100, pp. 2017-2021,
15 decembre 1934.
Les recherches de ces 8 dernieres annees ont permis, d’une part, de dega¬
ger la catatonie des manifestations apparemment semblables telles que la
catalepsie et le parkinsonisme, d’autre part d’orienter nettement le pro-
bleme de son mecanisme. L’experimentation a precise les effets de la bulbo-
capnine et des toxines colibacillaires, tuberculeuses et typiques. La question
du syndrome catatonique dans la demence precoce im'porte moins aujour-
d’hui que celle de la valeur tr£s generate du syndrome psycho-moteur, dont
la realite clinique et physio-pathologique parait devoir s’affirmer de plus
en plus. Ainsi, la catatonie devient une manifestation liee a un certain
nombre d’affections du systeme nerveux et parfois meme une veritable
entite, ce qui implique un progres considerable dans son etude et l’aveu
de quelques inconnues persistantes.
P. Carrette.
ANALYSES
273
De la toxicite dans la schizophrenia, par le prof. P.-E. .Snessaref. Souiets-
kaia Psiechonevrologuia, T. X, n” 5, 1934, p. 17-24.
Les humeurs des malades atteints de schizophrenic, contiennent des
substances toxiques. Les caracteres du processus cerebral plaident aussi en
faveur d’une etiologie toxique a tendance diffuse. C’est une encephalopathie
dystrophique qui reflete un etat general deficient de l’organisme. Ne connais-
sant pas l’agent toxique pn ne peut pas dire que le processus est abictique.
L’affection agit problablement a la fagon des rayons X ou du radium. II ne
faut pas perdre de vue l’allergie oil une substance peu active devient toxique
pour l’organisme et l’encephale.
Fruiourc, -Bi.anc.
Tuberculose et demence precoce (Tuberculosis y demencia precoz), par
Manuel-M. Cabeza. Boletin del Asild de Alienados en Oliva. T. II, n°6,pp.257-
265, decembre 1934.
Les rapports cliniques de la tuberculose et du syndrome de la demence
precoce ont ete maintes fois signales : remplacement et balancement des
symptomes, combinaison evolutive. Le mecanisme invoque est celui de la
fixation des toxines neurotropes. La demonstration n’est pas encore faite
p.our la tuberculose, mais l’exemple des toxines colibacillaires et typhiques
justifie les analogies. M. Cabeza entrevoit la possibility d’edifier une patho¬
genic sur le neurotropisme des toxines dont la parente est probable et qui,
de la colibacillosc a la tuberculose, en passant par l’infection eberthienne,
auraient le pouvoir de creer des syndromes neuro-psychiatriques entrant
clans les cadres de la schizophrenic.
P. Carrette.
Demence infantile. A propos de deux observations cliniques (Demencia
infantilis. Con motivo de dos observaciones clinicas), par W. Lopez Albo.
Archivos de Neiirobiologia. T. XIV, n" 4, pp. 549-566, 1934.
Les demences de 1’enfance se divisent en plusieurs categories : les unes
sont liees aux encephalopathies ; elles aboutissent aux grosses atrophies
•et aux insuffisances mentales ; les autres consecutives aux infections four-
nissent des encephalites dont la plus frequente est la paralysie generale.
■On decrit egalement des formes mentales dont l’etiologie reste obscure par
l’absence de precisions anatomiques, ce sont les demences precocissimes.
Les recherches de M. Lopez Albo conduisent a la description d’une demence
■infantile de forme degenerative, caracterisee par de l’agitation, de l’anxiete
precedant un affaiblissement psychique avec aphasie. Les antecedents here-
ditaires sont charges. L’interet de ces observations se precise quand on les
compare k celles de Pick et d’Alzheimer chez l’adulte et le vieillard. Si on
poursuivait leur etude, et surtout celle des formes de passage ou frustes,
la pathogenie de la schizophrenic et des psychoses d’involution se dega-
gerait sans doute plus aisement.
P. Carrette.
Miin.- psych., XVe serie, 94° annee, t. I. — Fevrier 1936.
18.
274
ANALYSES
Les demences chez l’enfant, par Gilbert Robin. Societe Medico-Chirurgicale-
des Hopitaux libres, 3 decembre 1934. Archives Hospitalieres, n» 1, pp. 39-48,.
janvier 1935.
L’auteur presente des observations de paralysie generale, de schizophre-
nie, de choree chronique, de desequilibre psychique avec agitation et incohe¬
rence, d’affaiblissement psychique coi'ncidant avec des intoxications repetees.
par l’oxyde de carbone, de sequelles d’encephalite epidemique. Dans tous.
ces cas, l’element dementiel vrai est souvent reduit. Une debilite m.entale-
acquise serait ie resultat de certaines attaques de l’encephale ; etat nette-
ment different de l’affaiblissement dementiel et accessible aux interventions,
therapeutiques.
P. Carrette.
La syphilis congenitale chez les deficients mentaux adultes (Congenital
Syphilis in Mental Defective Adults), par K.-C.-L. Paddle. The Journal of
Neurology and Psychopathology . T. XV, n° 58, pp. 147-159, octobre 1934.
Les reactions serologiques sont assez ra cement positives dans la syphilis
hereditaire. La frequence de la syphilis congenitale est plus elevee chez les
imbeciles que chez les idiots et les debiles et chez les epileptiques para¬
lyses que dans les cas non compliques, d’apres les recherches de M. Paddle.
II n’a pas trouve de preuves de l’origine syphilitique du mongolisme. Le
cretinisme, la choreo-athetose et les etats post-encephaliques epidemiques.
ne paraissent pas en connexions habituelles avec la syphilis hereditaire-
Les signes specifiques sont tardifs, dans d’assez nombreux cas ; ils subi-
raient meme l’influence de certaines perturbations fonctionnelles de 1’adulte,.
de la menopause par exemple.
P. Carrette.
Etudes cliniques sur les differents types de psychoses depressives (Clinical
Studies on Particular Types of Depressive Psychoses), par Paul Schilder.
The Journal of Neruous and Mental Disease. T. LXXX, n“ 5 et 6, pp. 501-527:
et 658-683, novembre et decembre 1934.
Les differentes formes de depression mentale se reconnaissent par 1’ana-
lyse. Le tableau psychologique est en connexion avec certains points de-
fixation et ces points de fixation ont une valeur relative suivant les cas-
Les troubles permanents du schizophrene sont ainsi differencies des bouf-
fees de la psychose maniaque-depressive. Un fort composant sadique se
retrouve dans tous les cas. Le complexe d’CF.dipe est constant, mais son.
intensite est variable. La valeur initiate des tendances anales et orales
s’efface au cours de Revolution. Les manifestations narcistiques incons-
tantes ne dominent pas le tableau psychopathique. Le diagnostic differen-
tiel est soumis a l’influence decisive de l’organisation de la personnalite-
globale.
P. Carrette.
ANALYSES
275
Des rapports entre la psychose depressive et la psychasthenic (Dei
rapporti fra le psicosi depressive e la psicasteuica), par P. Armenise (de Bari).
11 Cervello, Noverabre 1934, p. 323 a 383.
Travail important sur an point de clinique et de pathogenic psychiatri-
que qui a deja fait l’objet de tant de controverses. L’etude elinique et sta-
tistique de 213 cas permet a Tauteur de conclure que les obsessions sont
frequentes au cours des maladies mentales (notamment dans l’elaboration
delirante dont elles verifient ainsi la part psychogenetique). Les etats
depressifs reactionnels ou justifies ont des antecedents obsessionnels
dans 95 0/0 des cas tandis qu’on ne les trouve que dans 5,50 0/0 des cas
de fond cyclique pur. Les depressions symptomatiques et involutives ont.
un pourcentage d’accidents obsessionnels assez notable. Ils surviennent,
dit l’auteur, chez les sujets a constitution « anankastica » (compulsion-
nelle diraient peut-etre les psychanalystes ?) Le suicide lie peut pas etre
considere comme un caractere distinctif entre la depression psychasthe-
nique et la melancolie. L’anxiete appartient plus au groupe obsessionnel
que melancolique. Ces propositions et d’autres plus theoriques merite-
raient plus d’une critique. Dans l’ensemble on peut s’etonner que le rap¬
port inverse de l’obsession naissant de la depression melancolique ne
soit pas envisage. Bibliographie tout a fait rudimentaire.
Henri Ey.
Psychoses endogenes atypiques a la lumiere de recherches familiales
(Atypische endogene Psychosen in Lichte der Familiernforschung), par
K. Leonhard (Gabersee). Zeitschr. f. d. g. Neuro. und Psych., Tome CXLIX,
p. 520 a 562.
Expose de patientes et methodiques recherches portant sur huit families
de psychopathes. Dans l’ensemble, il s’agit dans tous ces cas de psychoses
atypiques entrant mal dans les cadres connus et « k cheval » entre le
groupe schizophrenique et le groupe maniaque-depressif. L’histoire de la
deuxieme famille est particulierement curieuse par le nombre d’alienes :
sur pres de 70 sujets connus, 18 alienes et 11 desequilibres. Le plus frap-
pant est 1’absence de psychoses typiques dans les antecedents de ces
families vouees a des troubles mentaux rebelles a foute nosographie. Un
doute parait raisonnable cependant en ce qui concerne le bien-fonde de la
notion typique ou atypique appliquee a des faits observes de deuxieme ou
troisieme main.
Henri Ey.
Les psychoses affectives prodromiques de l’encephalite epidemique et
des syndromes parkinsoniens (Le psicosi affective prodromiche dell’ence-
falite epidemice e delle sindromi parkinsoniane), par Tomasso Senise
(de Naples). II Cervello n° 1, Janvier 1935, p. 7 a 14.
L’auteur rapporte trois observations personnelles de psychoses affectives
ttype maniaque-depressif dans un cas et melancolie dans les deux autres)
qui ont precede 1’evolution d’un syndrome parkinsonien. Ce que nous savons.
(Foerster et Gagel) de la physiopathologie mesencephalique de 1’excit.ation
nianiaque peut nous aider a comprendre, selon Tauteur, une telle evolution
pleine a coup sur d’interet.
Henri Ey.
276
ANALYSES
Des hallucinations visuelles et de certaines partieularites des troubles de
la perception au cours de l’encephalite epidemique, par Mme E. L. Kaga-
nowskaia {Sowietskaia nevropalologuiu psychiatria i psychogiiiguiena ,
T. Ill, fasc. 8,1934).
Au cours de Involution des formes chrcniques de l’encephalite epide¬
mique, on peut observer souvcut 1’association de troubles onii'iques d’in-
tensite variable avec des hallucinations visuelles. Parmi ces hallucina¬
tions, la premiere place revient aux hallucinations hypnagogiques. Clini-
quement, elles sc distinguent par leur simplicite « puerile », leur carac-
tere « corporel » et par 1’aeuite de leur perception. Cependant, elles ne
servent pas de theme psychotique et n’influent pas sensiblement sur la
conduite des malades ni sur leur personnalite. Mais dans des cas de trou¬
bles graves de la conscience, on peut assister a des delires emailles d’hal-
iucinations particulierement precises et vivantes. Dans la structure et la
genese des hallucinations visuelles. un role important revient, a cote des
troubles de la conscience, aux troubles sensoriels et vegetatifs des mala¬
des, car ils impriment aux images halluciuatoires leur tonalite d’acuite
sensorielle aigue.
Fribourg-Blanc.
Psychoses de l’encephalite epidemique ohronique (Psychosen bei chronis-
cher Encephalitis epidemica), par R. Helspek (Bedburg-Han). Zeitschr. f. d.
g. Neuro. und Psyzh., Tome CXLIX, p. 274 a 409.
Ce travail est base sur l’observation de sept nouveaux cas de troubles
mentaux dus a l’encephalite. Tous ces malades etaient jeunes, de 26 a
40 ans. Trois avaient des antecedents nevropathiques. Les tableaux clini-
ques observes ont. ete celui des etats hallucinatoires avec troubles du
rythme affectif dans 5 cas, un etat obsessionnel et un etat de type mania-
que-depressif chez un degenere. Les caracteres des hallucinations auditives
et surtout visuelles ont ete typiquement conformes a ce que l’on observe
le plus souvent : oscillation des croyances, production dans les phases
hypnagogiques vesperales et nocturnes, sentiments d’influence, reactions
anxieuses, etc. Dans un de ces cas on a note l’apparition de crises d’epi-
lepsie. Le syndrome lethargico-agrypnique d’une part et les troubles de la
spontaneite volontaire paraissent a l’auteur les traits marquants des trou¬
bles mentaux des parkinsoniens. Leur evolution se fait dans les deux sens
caracteristiques, soit vers une elaboration constructive du delire, soit vers
one chute progressive de 1’initiative psyehomotrice. Bibliographie tres
sommaire
Henri Ev.
Psychose typhique (Psicosis Tifica), par Manuel- M. Cabeza. Boletin del Asilo
de Alienados ert Oliva, n» 5, pp. 155-174, septembre 1934.
La typhoxde s’accompagne de reaction meningee au debut ou parfois de
delire tardif. Le diagnostic etiologique en est facile. II y a en outre des
accidents lointains. Dans l’anamnese de certains delirants, on ne trouve
quelquefois qu’une dothienenterie et il est legitime d’y rattacher la psyr
chose si on en croit M. Cabeza. Le bacille d’Eberth resiste a la guerison
Clinique de la typhoi'de ; il colonise dans la vesicule biliaire ; ses toxines
ANALYSES
277
afferent d’importantes fonctions. Cliniquement nous trouvons des psycho¬
ses du type toxi-infectieux avec delire et confusion, des delires polymor-
phes et meme des delires systematises.
P. Carhettb.
Infection des voies biliaires et troubles mentaux (Infeccao das Vias Biliares
e Perturbacoes Mentaes), par Mario Yahn. Revista de Nenrologia e Psijchiairia
deSao Paulo. T. I, n° 1, pp. 71-79, octobre 1934.
Les troubles mentaux s’accompagnent souvent de symptdmes hepato-
biliaires. Rarement il est possible d’etablir un rapport de cause a effet
entre les deux groupes de perturbations. L’auteur presente trois obser¬
vations de malades atteints d’angiocholecystite demontree par l’analyse de
la bile retiree du tubage duodenal. Le premier est en outre un deprime
irritable, le deuxieme un melancolique desoriente, le troisieme un confus
hallucine. M. Yahn soigne presque exclusivement leur infection biliaire et
les troubles mentaux guerissent ou s’ameliorent nettement. Cependant,
l’un des malades gueri cliniquement est soumis a un nouvel examen
biliaire, qui montre la persistanee de l’infection,
P. Carrette.
Etats d’excitation post-operatoires (Postoperative States of Excitement), par
Wendell Muncie. Archives of Neurology and Psychiatry. T. XXXII, n* 4,
pp. 681-703, octobre 1934.
Une intervention chirurgicale peut declancher des troubles mentaux chez
certains sujets predisposes ou a la faveur du developpement d’une toxi-
infection. L’anesthesie generate ne parai’t jouer qu’un role secondaire. Les
facteurs psychologiques immediats ont ete negliges. L’auteiir observe des
cas de depression avec craintes, phobies et d’excitation d’allure maniaque.
Les reactions sont toutefois nettement differentes des phases de la psychose
maniaque-depressive.
P. Carrette.
La psychose aigue de Korsakoff des alcooliques, par L. Marchand et
A. Courtois. Revue Neurologique . T. II, n“ 4, pp. 425-453, octobre 1934.
II ne s’agit pas dans cette etude de cas plus ou moins severes du syn¬
drome de Korsakoff avec tendance a la persistanee prolongee des troubles,
mais d’une forme grave d’encephalomyelite parenchymateuse, envahissant
brusquement un organisme deja touche par l’intoxication alcoolique. Les
signes generaux auront ici une place importante : subictere, epuisement,
hypotension, troubles digestifs, augmentation de l’uree sanguine. Le syn¬
drome mental est caracterise par une confusion intense avec onirisme,
souvent anxiete et delire. La paraplegie est globale et progresse rapide-
ment. On congoit qu’un tel ensemble atteste l’insuffisance hepatique grave
et ne laisse pas d’espoir aux therapeutiques connues. L’evolution fatale est
rapide. Les lesions decelees par MM. Marchand et Courtois touchent essen-
tiellement la cellule nerveuse : atrophie des cellules pyramidales geantes
des regions motrices, des cellules de la coUche .optique et des cornes ante-
rieures de la moelle. Les nerfs peripheriques ne sont pas fatalement
touches ; du moins leur atteinte n’est pas primitive. Les lesions se sura-
278
ANALYSES
joutent a la meningite chronique, a la sclerose cerebrale diffuse et aux
alterations des parois vaseulaires en rapport avec 1’anciennete de l’intoxi-
cation.
P. Carrette.
Un nouveau procede d’intoxication par le chanvre indien : la marihuana.
Etude clinique (Marihuana Intoxication. A Clinical Study of Canuabis Sativa
Intoxication), par Walter Bromberg. 89c Meeting Annuel de Y American
Psychiatric Association, Boston, 29 mai-2 juin 1933 in The American Journal
of Psychiatry. T. XCI, n° 2, pp. 303-330, septembre 1934.
Les pouvoirs publics et l’elite medicale se sont justement emus, eu
Amerique, de la propagation recente d’une intoxication, connue depuis
1’antiquite dans son principe, mais renouvelee dans sa presentation par
une ingenieuse adaptation au snobisme deprave des grandes villes. C’est
surtout l’Amerique latine des confins mexicains qui compte des victimes.
Le classique ouvrage de Moreau de Tours a depuis longtemps vulgarise la
symptomatologie de l’intoxication par le haschich et ses modes d’emploi,
mais la marihuana repond a une formule nouvelle. C’est une cigarette
vendue clandestinement. II est vraisemblable qu’au chanvre, les fabri-
cants ajoutent des excitants tels que la cocaine, la cantharidine ou la
mescaline. Imitant ces guerriers turcs dont les instincts sanguinaires
etaient stimules par l’ivresse du dawamesk, les intoxiques modernes
fument la marihuana pour connaitre cette euphorie, cette impression de
facilite, de force et de surete qui rendent la conception d’un vol ou d’un
crime a commettre particulierement aisee. Toutefois l’extreme variabilitc
des effets ne permettant pas un controle exact, les symptomes morbides
sont souvent declanches brutalement : agitation anxieuse ou colereuse,
•crises de fou-rire, hallucinations diverses, visuelles ou somatiques avec
excitation sexuelle. L’acces se termine par la prostration, l’apathie. La
decheance intellectuelle et ethique est rapide. Les crises psycho-nevropa-
thiques se renouvellent et se prolongent, tandis que s’installe le sentiment
d’irrealite exterieure ou corporelle avec inquietude, disintegration des
perceptions et dissociation de la memoire.
P. Carrette.
Troubles mentaux produits par l’intoxication aigue par la marihuana
(Trastornos mentales producidos por la Intoxicaciffn aguda de Marihuna), par
Samuel Ramirez-Moreno. Revista mexicana de Psiquiatria, Neurologia y
Medicina Legal. T. I, n" 4, pp. 9-16, novembre 1934.
Les troubles provoques par la Marihuana ressemblent aux accidents psy-
chiques de 1’alcoolisme. Aux documents cliniques, l’auteur joint ceux de
l’experimentation. La phase initiale d’excitation et d’euphorie avec troubles
sensoriels, surtout visuels, est suivie de torpeur et d’assoupissement. On
sait que la Marihuana est une preparation a base de chanvre indien. Les
fumeurs, devenus nombreux au Mexique et dans les Etats-Unis du Sud,
presentent rapidement des signes de decheance intellectuelle et morale. La
lutte entreprise par les pouvoirs publics contre les trafiquants donne actuel-
lement des resultats encourageants.
P. Carrette.
ANALYSES
279
Xes etats erepusculaires, leur genese et leur structure, par le Prof.-agrege
N.-M. Krol et E.-M. Bonnegarde. Sovietskaia Psichonevrologuia, T. X, n° 5,
1934, p. 25-31.
Sur un materiel de 13 cas observes, les auteurs remarquent que les etats
■erepusculaires prevalent chez des individus de constitution asthenique chez
lesquels l’etat de conscience retrecie est combine avec des interruptions de
la conscience. Les formes pures s’observent dans les etats erepusculaires
psychogenes. Dans les etats erepusculaires exogenes le retrecissement et la
perte de la conscience s’accompagnent de torpeur confusionnelle. Les etats
erepusculaires epileptiques et episodiques tiennnent une place intermediaire.
Fiubourg-Blanc.
iEtat mental des epileptiques (Mental State of the Epileptic Patient), par
Edward M. Bridge. Archives of Neurology and Psychiatry . T. XXXII, n" 4,
pp. 723-736, octobre 1934.
L’auteur distingue tres judicieusement deux types d’epileptiques. Les
Tins ont des crises rares qui interviennent a peine dans leur comportement.
•Ce sont des degeneres hereditaires, pour lesquels les problemes d’adapta-
tion sociale sont essentiels. Pour d’autres, les troubles physiques sont
•essentiels et e’est avant tout a la reduction des manifestations convul-
sives et vertigineuses qu’il f'aut s’adresser pour readapter les patients et
leur rendre la plenitude de leur vitalite.
P. Carhette.
Etudes en series de l’intelligenee chez les epileptiques (Serial Studies of
the Intelligence of Patients with Epilepsy), par Joseph Fetterman et
Margaret R. Barnes. Archives of Neurology and Psychiatry . T. XXXII, n° 4,
pp. 797-801, octobre 1934.
Une serie d’etudes de l’intelligence-quotient chez les epileptiques prouve
que pour la majorite des patients les facultes intellectuelles sont conser-
vees chez les sujets regulierement soignes par la medication sedative et
-adaptes a une activite sociale constante. Cette conservation des facultes peut
•etre associee a une forme severe initialement ; elle reste done independante
de l’intensite des crises et de leur frequence.
P. Carrette.
Maladie d’ Alzheimer (Alzheimer’s Disease), par D. Rothschild. 89® meeting
annuel de 1’ American Psychiatric Association, Boston 29 mai-2 juin 1933, in
The American Journal of Psychiatry , T. XCI, n° 3, pp. 485-519, novetnbre 193f.
Les cinq observations tres completes presentees par l’auteur confirment
le polymorphisme des manifestations groupees sous le nom de maladie
d’Alzheimer. Certains syndromes s’apparentent a l’atrophie de Pick. La mul-
tiplicite des facteurs exogenes et des elements pathogenes internes est eelle
meme de la demence senile dans ses differents types cliniques initiaux.
P. Carrette.
280
ANALYSES
Les conditions etiologiques et pathogeniques des psychoses seniles, par
F. Colapietra (Aquila). Annali dell’ospedale psichiairico di Perugia, decem-
bre 1934.
L’auteur etudie 100 cas de folies seniles des deux sexes. II note que si ces~
psychoses sont souvent provoquees par l’association de conditions patho¬
geniques, soit hereditaires, soit surtout survenues au cours de la vie du
sujet (affections aigues, infections passageres ou chroniques, traumatismes,.
alcool...), dans presque tous les cas un element constitutionnel apporte un
facteur etiologique predominant.
P. Abely.
Paralysie generate senile (Paralysia Geral Senil), par Adanto Botelho.
Arquiuos Brasileiros de Neuriatria e Psiquiatria . T. XVII, n° 4, pp. 219-240,
juillet-aout 1934.
Moreira et Vianna ont publie au Bresil, de 1906 a 1914, d’abondants
documents sur la paralysie generale survenant chez des sujets Ages.
M. Botelho definit la paralysie generale senile une meningo-encephalite
chronique diffuse, d’origine luetique, survenant apres GO ans. II publie un
certain nombre d’observations et signale plusieurs types cliniques : la
forme confusionnelle, la forme agitee, la forme dementielle, la forme
expansive. II faut rappeler a ce propos quelques notions tres simples, tres
nettes, apportees par M. Marchand et M. Guiraud. II n’est pas admissible
de donner comme caracteristique a la forme senile de la paralysie generale
son apparition apres 60 ans. Ce n’est pas l’etat civil qui importe, mais bie.n
le fait qu’un type anatomique et clinique existe. Or il y a une forme
senile de la paralysie generale, voisine de la forme associee a l’atherome
cerebral et a celle de Lissauer. G’est son diagnostic difficile qu’il peut etre-
utile de preciser, car l’expression clinique de la meningo-encephalite y esi
souvent masquee par les complications.
P. Carrette.
La diffusion de la paralysie generale au Bresil et dans d’autres parties
du monde (La diffusione della paralisi progressiva in Brasile e in altre parti
del mondo), par Ivanasso Seuise (de Naples). II Cervello n° 2, Mars 1935,
p. 81.
Etude tres documentee mais faussee. a la base par l’observation (que l’au¬
teur ne manque pas de faire avec un sens critique llouable) que le plus
grand nombre de malades connus ne se superpose pas exactement a la
notion d’une plus grande diffusion de la paralysie generale ! Les statisti-
ques portent principalement sur le Bresil, l’Argentine et l’ltalie. Seuisse
signale le nombre progressif des cas connus de paralysie generale chez la
femme. Henri Et.
La forme clinique dans la production des remissions chez les paralytiques
generaux. Etude clinique, par Alex Obregia, Alfred Dimolesco et Alex Vasi-
lesco. Le Monde Medical, n° 856, pp. 1021-1027, ler decembre 1934.
L’etude minutieuse de revolution d’une paralysie generale serait indis¬
pensable pour pronostiquer les effets de la malariatherapie. Elle renseigne-
ANALYSES
281
rait, non seulement sur l’opportunite du traitemcnt, niais meme sur les
modalites de la cure a entreprendre. Les auteurs ont generalement observe
des resultats excellents dans les formes maniaques, confuses- et delirantes,
et aussi dans les tabo-paralysies. Ils font des reserves sur les varietes depres-
' gives et les varietes a troubles somatiques dominants. Ils contre-indiquent
la malarisation dans certaines formes seniles, galopantes et schizoides et
dans certains cas de complications vasculaires.
P. Cabrette.
Etats affectifs des paralytiques generaux (Emotional States of General Pare¬
sis), par Purcell G. Schube. The American Journal of Psychiatry . T. LXXXXI,
n» 3, pp. 625-638, novembre 1934.
On oublie trop souvent qu’un paralytique general n’est pas seulement un
syphilitique cerebral, mais encore un sujet atteint de psychose. M. Schube
montre l’importance de la personnalite du malade, alteree et cependant
reconnaissable a travel’s la maladie. La pyretotherapie, la chimiotherapie
ne doivent pas resumer toute l’intervention medicale. La psychotherapie
est d’autant plus utile que les methodes anfri-syphilitiques . sont, plus effi-
caces. Les espoirs de readaptation sociale sont Mevenus legitimes chez de
nombreux paralytiques generaux, mais il est indispensable de diriger cette
readaptation.
P. Carhette.
Etude clinique du delirium (A Clinical Study of Delirium), par Desmond
Curran. Proceedings of the Royal Society of Medicine, section of Psychiatry .
T. XXVII, n° 3, pp. 53-59, octobre 1934.
Le terme « delirium » est bien celui qui convient a l’etude de M. Curran.
C’est un sujet beaucoup moins comprehensif que celui du delire, car il ne
s’adresse qu’a cette forme de trouble des idees, plus ou moins aigue, accom-
pagnee de confusion, de desorientation. Les observations faites avec les
elements etiologiques les plus divers montrent que si l’agent causal merite
d’etre retenu par son influence sur l’intensite, la duree et la permanence
de la perturbation fonctionnelle provoquee, il ne saurait par contre avoir
une valeur reellement specifique. Les facteurs exogenes restent subordon-
nes. Ils sont interessants a preciser pour l’etude du mecanisme et de revo¬
lution, mais le point de vue clinique reste domine par la personnalite
anterieure du sujet et par les stimuli auxquels il est soumis pendant sa
maladie.
P. Carrette.
Le delire de Miller. Etude comparee de la psychologie des foules (The
Miller Delusion. A Comparative Study in Mass Psychology), par Simon Stone.
The American Journal of Psychiatry . T. LXXXXI, n° 3, pp. 593-623, novem¬
bre 1934.
Les propheties de Miller qui devaient, en 1843-1844, se realiser sous une
forme sensible, engendrerent une epidemie delirante qui forme un chapitre
curieux de l’histoire du mysticisme morbide. M. Stone rapporte 24 obser-'
vations recueillies par M. Chandler au New Hampshire State Hospital. L’au-
teur n’a pas nos soucis nosologiques. Ses malades ont de nombreux trou-
282
■ ANALYSES
hies sensoriels en rapport avee l’attente des evenemeuts celestes, qui forme
la base de leur croyance, mais ce .qui, domine, suivant lenr temperament,
c’est le trouble emotif, du type maniaque dans la majorite des cas. Si les
themes religieux devicnne.nt plus rares, les mystiques restent et toutes les
periodes de l’histoire trouvent un etat affectif du public favorable a leur
developpement, base propice a 1’eclosion des psychoses collectives dont les
types reactionnels se retrouvent malgre la va'-iete des themes generateurs.
P. Carrette.
L’auto-epilation dans les maladies mentales, par M. Guido Carnevali (Peru¬
gia). Ahnali dell' ospedale Psichiatrico di Perugia, decembre 1934.
L’auteur preffere le terme d’auto-epilation a celui habituellement employe
de « tricotillomanie ».
II etudie ce symptome clinique dans diverses maladies mentales, en par-
ticulier il cite quatre observations detaillees se rapportant a deux cas de
demence precoce, a un cas de paralysie generale, a un cas de psychas-
thenie.
Ce signe clinique n’a pour M. Carnevali que la valeur d’un symptome
et non celle d’un syndrome ; on le rencontre dans les formes tres vpriees
de maladies mentales et pas obligatoirement a une periode dementielle.
Son explication pathogenique peut etre extremement differente (stereotypie,
obsession, auto-punition, etc...).
P. Abely.
PSYCHOLOQIE
Introduction a une science du caractere, par Ch. Baudouin. Journal de Psy¬
chologic, 1935, n°s 5-6.
Cet article est le texte de la conference d’ouverture du Congres des Psycho-
techniciens suisses a Berne (20 septembre 1934). L’auteur y fait un effort
tres remarquable pour dominer les points de vue divers d’ou l’on s’est
efforce de constituer une science du caractere et des methodes de deter¬
mination du caractere. Cette plurality s’explique, selon lui, par le fait que
le caractere est un concept issu de la psychologie populaire et que l’analyse
decompose en une serie de trois couples de contradictoires : ce sont : 1° la
nature (tendances, temperament) et la personnalite (« moi », maitrise de
soi) ; 2° la somme des comportements principaux (qualites et defauts) et
la synthese (forme generale qui retentit sur chaque comportement parti-
culier) ; 3° la marque propre de l’individu et le type. II faut se servir
non d’un seul de ces « outils », mais de tous.
Parmi les diverses tentatives caraeterologiques, l’auteur s’attacbe plus
longuement aux efTorts des psychanalystes. Les principaux sont ceux de
Jung et de Reich. Fait curieux, tous deux se placent au point de vue de la
forme. Jung se demande quelle est la l'onction que le sujet utilise dans
son adaptation au reel et oppose « l’introversion » a « l’extra version ».
Reich, el eve de Freud, considere le caractere comme la « cuirasse du moi » ;
chaque piece de cette armure, c’est-a-dire chaque trait de caractere, corres¬
pond a un effort qui a ete fait pendant l’enfance pour surmonter un pro-
bleme affectif et instinctif determine.
ANALYSES
283
Selon M. Baudoin, qui malheureusemeut ne developpe pas ee point, il
faudrait reprendre l’analyse en sens inverse, c’est-a-dire par les tendances,
et rejoindre la forme. 11 faudrait surtout se servir de tous les concepts
impliques dans celui de caractere, aborder en quelque sorte ce materiel
sous des angles differents. II insiste sur la valeur de la technique psychana-
lytique qui, en mettant au jour les « complexes », c’est-a-dire des « fais-
ceaux de tendances solidaires », donne a la science du caractere la base
dont elle a besoin. II est important de s avoir que les complexes se reve-
lent sous deux formes, la forme positive (ou lachee) et la forme negative
(ou reprimee) .
Cette etude a le double interet, au sujet d’un probleme dont les preoc¬
cupations « totalitaires » font un des problemes du jour, de classer les
diverses tendances et de preciser la position des psychanalj7stes.
D. Lagache.
Les sensations sont-elles dans notre tete ? par R. Ruyer. Journal de Psy-
chologie, 1934, n"“ 7-8.
L’auteur traite par la « methode des paradoxes » )e probleme de la
localisation des sensations, qui appartient a la delicate question des rap¬
ports de 1’esprit et du corps. ■■■•
II critique d’abord, pour la rejeter completement, la these bergsonienne
suivant laquelle la sensation serait au lieu meme ou nous localisons l’ob-
jet pergu. La comparaison imagee de la boite cranienne a une « conduite
interieure fermee » souligne les illusions sur lesquelles repose le pseudo-
probleme de l’exteriorite. II n’y a pas de projection des sensations.
Nos sensations ne se confondent pas avec l’etre reel de l’objet. Elle's
sont dans notre tete tout comme les cellules nerveuses cerebrales. Et l’au-
teur defend sa proposition contre la critique negative de Lovejoy, dont il
reduit les curieux paradoxes soit a neant, soit a valoir seulement contre les
postulats philosophiques de Russell.
Cette localisation cerebrale des sensations modifie la conception de,
l’espace dans le sens d’un espace physique reel avec lequel l’etendue per-
sonnelle est en connection. La subjectivile equivaut a l’etre.
D. Lagache.
Compagnons imaginaires des enfants (Children’s Imaginary Companions),
par Margaret Svendsen. Archives of Neurology and Psychiatry. T, XXXII,
11“ 5, pp. 985-999, novembre 1934.
Le concept de verite esf rudimentaire dans l’enfance et l’imagination suit
frequemment les besoins du reve au point de creer des convictions tres
fermes. Les romans batis par les enfants realisent instinctivement une
compen,sation ideo-affective entretenue par le sentiment d’admiration de
certains types, le mystere des recits fournis par l’entourage et les tama-
rades, des histoires lues ou l’ensemble des themes construits par la memoire
affective.
P. Carrette.
284
ANALYSES
Nature psychologique et convention, par E. Dupreel. Journal de Psycholo¬
gic, 1934, n«s 9-io.
La convention est une operation sociale dont certains modes elemen-
taires sont eminemment applicables en psychologie. L’analyse de cette
notion, orientee vers ce but, conduit 1’auteur a formuler deux ordres de
considerations, d’ailleurs intimement liees.
A la convention repond un convenu, qui est une reellc nouveaute, et une,
nouveaute reelle, de valeur specifique. Sans reduire tout le social au
conventionnel, M. Dupreel insiste a juste titre sur I’importance de la
convention dans l’activite humaine et sur le fait qu’un etat non institue
souvent se perpetue par convention. C’est •!: l’emergence du social ».
Mais ces phenomenes se compliquent, se combinent, se consolident mutuel-
lement. Et l’auteur de developper sa « theorie de la consolidation ». « Une
convention est un consolide ou un systeme de consolides. » Toute la'
connaissance est exprimable en termes de consolidation ; la perception,
par exemple, devient un consolide. En conclusion generale, la consoli¬
dation represente l’un des mecanismes logiques de la pensee et joue dans
le cadre de la probability.
D. Lagache.
Recherches sur l’usage de l’instrument chez les singes. HI. L’intermediaire
independant de l’objet, par P. Guillaume et I. Meyerson. Journal de Psy¬
chologic, 1934, n°s 7-8.
Continuant leurs recherches sur l’usage de I’instrument chez les singes,
les auteurs montrent dans cet article que le singe est capable de traiter
l’instrument comme un objet independant : le singe, a travel’s les varia¬
tions de forme et de matiere, sait voir « le baton » de meme qu’a travers
des mouvements differents, -il apergoit la loi empirique du deplacement
efficace.
Outre l'eur interet intrinseque, ces etudes ouvrent aux psychopatholo-
gues d’interessantes perspectives de reflexion et d’experimentation ayant
trait aux stades inferieurs de I'intelligence.
D. Lagache.
Une presentation nouvelle des profils psychologiques de Vermeylen, par
F. Kishgold. Journal de Psychologie 1934, n°s 5-6.
L’auteur de cette note propose de Trepresenter les resultats par une sur¬
face, de maniere a tenir compte de leur dispersion et a eviter la rigidite du
profil lineaire. Le sujet normal aura ainsi toutes les chances d’avoir son
profil dans la zone de son age.
D. L.
La logique vivante de l’esprit enseignee par le langage, par E. Pichon.
Journal de Psychologie, 1934, n°s 9-10.
Dans cet interessant article, l’auteur condense 1’essentiel de ses travaux:
linguistiques — poursuivis en collaboration avec M. Damourette — en
prenant pour centre cette idee generale : la structure grammaticale d’une
ANALYSES
langue possede un sens psychologique et est une logique, lato sensu, pro-
pre et vivante de Tesprit.
L’analyse et la demonstration ont pour objet la langue frangaise. Et se
deroulent successivement le « repartitoire de categories », ou le factif.
l'e substantif, l’adjectif et l’affonctif correspondent respectivement, en gros.
aux categories logiques de phenomene, substance, qualite, modalite. Ivotie
langue est tres souple et n’est ni substantialiste, comme le pretend M. Der-
rus, ni phenomenaliste. Repartitoires de classes, de putation, etc... Tout en
definissant les termes linguistiques utilises, l’autcur indique, par de rapi-
des sondages, la valeur psychologique et logique des concepts impliques
dans la structure meme du langage, ce qui ouvre de nombreux aperpus et
soxileve d’importants problemes.
D. Lagache.
La plasticite des mots et la cohesion du discours, par Piizyluski. Journal
de Psychologie, 1934, nos 7-8.
L’etat d’une langue resulte essentiellement d’une force centrifuge, mode-
lant les mots, et d’une force centripete, groupant les parties du discours.
Et ce, sous les deux grandes categories de la mutation (plasticite) et de la
composition (cohesion), qui, dans chaque langue, sont en raison inverse
Pune de l’autre, mais n’en demeurent pas moins coexistantes.
En sorte que la classification de Mpriggi en langues flexionnelles, agglu-
tinantes et groupantes est fort critiquable quant a cette derniere classe.
En effet, toutes les langues, d’une part, sont plus ou moins groupantes, d’au-
tre part comportent une certaine plasticite. Ce caraetere est done trop mal
defini et trop peu specifique pour fonder une classification scientifique.
D. Lagache.
La memoire. Psychogenese et pathogenese, par M. Dide. Journal de Psycho¬
logie, 1934, n°s 9-10.
Toujours fidele a la methode genetique et au point de vue organiciste,
D. etudie, sous une forme assez philosophique, la memoire dqns .sa psypho-
genese normale et morbide.
Quelques considerations methodologiques preludent a l’expose de la ques¬
tion, ce qui permet a l’auteirr d’une part, de critiquer l’etude systeiiiatique
des amnesies de Dosset et de Bergson, la notion de memoire spirituelle ;
d’autre part, de relever la critique de Pieron et d’accordpr a ce dernier le
caraetere synthetique de la memoire, fonction non localisable.
La memoire est une fonction generale, de grande extension, et un fait
beaucoup plus biologique que social, en quoi M. Dide reagit nettement
contre l’ecole sociologique moderne.
Des conditions generates sont les unes extrinseques, d’ordre instinetivo-
affectif, et les autres intrinseques, d’ordre intellectuel, specifiques. Les
dysmnesies extrinseques (psychoses periodiques, passionnelles, athymhor-
mie, delires systematises), dependent d’un trouble fonctionnel ou d’une
lesion neuro-vegetative mais avec integrite corticale ; tandis que les amne-
sies intrinseques, relevent de lesions cerebrales (toxi-infections; demen-
D. Lagache.
ANALYSES
Des reflexes conditionnels : III. Application des reflexes conditionnels a
certains problemes cliniques, par Marinesco et Kreindler. Journal de
Psychologic, 1934, n»» 9-10.
Cette etude clot la suite d’articles parus dans le Journal de Psychologic
et dont il a ete rendu compte ici meme. On y trouvera l’application des
reflexes conditionnels a certains problemes cliniques : la constitution
psycho-somatique et la vieillesse, les nevroses, les psychoses, les troubles
du langage. L’ensemble des travaux de Marinesco et Kreindler constitue
l’etude la plus complete, a notre connaissance, des reflexes conditionnels
en psychopathologie.
D. Lagache.
Le genie et le bonheur (The Unhappiness of Genius), par Henry Harper-Hart.
The Journal of Nervous and Mental Disease. T. LXXX, n°s 4 et 5, pp. 410-429
et 557-573, octobre et novembre 1934.
La question des rapports de la folie et du genie, du genie et de l’equi-
libre mental s’est trouvee souvent posee. L’auteur situe le probleme dans le
domaine pragmatique et montre la vie des individus places au-dessus de
leurs contemporains par leur valeur intellectuelle. II est certain que le
genie est constitue par l’hypertrophie de certaines possibilites psycho-
logiques et que cet etat exclut par definition l’equilibre obscur et banal.
Chez les individus qui se signal ent dans les arts, le sens des realites quoti-
diennes fait souvent defaut. D’autres ont tire parti de leurs etats patho-
logiques. L’auteur observe que les etres superieurement doues pour les
sciences et la politique sont plus adaptes au reel que les artistes. Le bonheur
n’est cependant pas sous la dependance des qualites intellectuelles. II est
avant lout conditionne par la sante du corps, la reussite sociale, la securite
economique, les satisfactions affectives. Le genie est trop souvent lie a la
douloureuse conscience de 1’hypertrophie de certains dons pour etre rat-
tache a la jouissance d’une paix durable.
P. Carrette.
NEUROLOQ1E
La formation du neurologue (The Training of the Neurologist), par Percival
Bailey. The Journal of Nervous and Mental Disease. T. LXXX, n° 4, pp. 377-
385, octobre 1934.
L’independance relative de la chirurgie, de la neurologie et de la mede-
cine tend a se modifier avec les progres de la technique neuro-chirurgicale.
M. Percival Bailey, professeur a Chicago, expose les conditions de la spe¬
cialisation dans son domaine. Les etudiants arrives a la fin de leur inter¬
nal se specialisent apres trois ans d’etudes complementaires. Ils s’initient
aux techniques anatomo-pathologiques et a la clinique, aux moyens d’in-
vestigation physiologiqiie, aux pratiques electrologiques et chirurgicales.
L’etudiant s’oriente ensuite vers la neurologie medicale ou chirurgicale, ou
aborde les etudes psychiatriques. Des procedes analogues ont ete mis en
application dans d’autres villes universitaires et les progres de leur orga¬
nisation conditionnent ceux de la neurologie.
P. Carrette.
ANALYSES
287
Exploration des ventricules. La ventriculographie, par Raymond Garcin.
Le Progres Medical, n° 46, pp. 1781-1796, 17 novembre 1934.
Le principe de la ventriculographie consiste a remplir d’air les cavites
ventriculaires, apres soustraction de liquide cephalo-rachidien, afin de les-
rendre visibles sur des cliches radiographiques. L’auteur l-appelle la situa¬
tion et la forme des ventricules cerebraux. Les diverses .tumeurs exercent
sur eux des compressions deformantes qui permettent de localiser les
tumeurs. Les infections meningo-encephaliques provoquent egalement des
alterations decelables par la ventriculographie. Cette methode a peu a peu
remplace l’encephalographie gazeuse par voie lombaire, qui permet de
decouvrir, non seulement les ventricules, mais les espaces arachnoidiens
peri-encephaliques qu’on designe sous le nom de citernes. L’encephalo¬
graphie est responsable d’irritations meningees ; elle est choquante, incons-
tante dans ses resultats, dangereuse dans l’hypertension ; aussi, malgre
les services qu’elle peut rendre, son interdt reste-t-ii assez limite, puis-
qu’elle ne peut etre appliquee dans de nombreux cas de tumeurs cerebra-
les. M. Laruelle a cependant tire de son principe la methode du reperage
ventriculaire par injection lombaire d’une faible quantite d’air vehiculee
vers les cavites cerebrales par des deplacements appropries de la tete.
P. Carrette.
Le bioxyde de thorium colloidal. Son utilisation dans le diagnostic
intracranien et son role en injection directe sur le cerveau et les
ventricules (Colloidal Thorium Dioxyde. Its use in Intracranial Diagnosis
and its Fate on Direct Injection into the Brain and the Ventricles), par
L. Alexanoer, T. S. Jung et R. S. Lyman. Archives of Neurology and Psychia¬
try. T. XXXII, n“ 6, pp. 1143-1158, decembre 1934.
La visibility des arteres cerebrales est rendue possible par injection de
bioxyde de thorium a l’etat colloidal dans la carotide. L’introduction par
la voie lombaire et sous-oceipitale complete les enseignements utiles au
diagnostic topographique. L’experimentation prouve que le thorium
n’exerce pas d’action nefaste sur la myeline et les cylindraxes. II se
comporte comme un corps etranger et ses granulations libres cheminent
des cellules vers les vaisseaux.
P. Carrette.
L’evolution de la technique de l’angiographie cferebrale, par Egas Moniz.
Le Progres Medical, n° 46, pp. 1777-1781, 17 novembre 1934.
M. Egas Jloniz a ete l’un des premiers techniciens de 1’angiographie
cerebrale et a largement contribue au perfectionnement de la methode. II
nous en fait l’historique, depuis 1927, dans son article. Les bromures ayant
ete abandonnes comme dangereux, on preconisa l’iodure de sodium chimi-
quement pur a 25 % dans la carotide interne apres ligature. Devant la
menace d’alterations de l’endothelium arteriel, il fallut contre-indiquer
l’intervention chez les sclereux. Le thorotrast, solution colloidale de
bioxyde de thorium, est inoffensif. On tend a le substituer aux autres
substances opaques. On injecte directement 10 a 12 cms„ sans ligature,
dans la carotide primitive.
P. Carrette.
288
ANALYSES
Les troubles de la miction en pathologie nerveuse, par Th. Alajouanine et
R. Thurel. Le Monde Medical, n* 854, pp. 953-962, 1« novembre 1934.
La miction met en jeu la contraction du sphincter strie et le relache-
ment du muscle lisse. On observe en pathologie nerveuse l’incontinence
par lesions medullaires et apres ictus et la retention par contraction
l'eflexe du sphincter lisse. Les auteurs conseillent, dans la retention, de
lutter contre la suppression de l’automatisme vesical par l’emploi de la
pilocarpine et du sondage, dans l’incontinence, de moderer au contraire
l’activite automatique par la scopolamine.
P. Carrette.
Signes neurologiques dans les masto'idites (Neurological Findings in Mastoi¬
ditis), par J.-M. Nielsen et Cyril B. Courville. The Journal of Nervous and
Mental Disease. T. LXXX, n" 5, pp. 541-556, novembre 1934.
II n’est pas indispensable que le processus de la mastoidite s’etende aux
regions intracraniennes pour observer des troubles neurologiques. Les
auteurs signalent leur grande frequence et, en dehors de toute manifestation
clinique, subjective, l’alteration des reflexes tendineux et du fond d’ceil,
les modifications des reflexes pupillaires. On note egalement des syndromes
complexes caracterises par la cephalee localisee, les vomissements et les
nausees, le nystagmus; les douleurs maxillaires, les paralysies ' oculaires,
les troubles eerebelleux, les convulsions locales.-
P. Carrette.
Abces du cerveau ou ramollissement cerebral ? par Louis Ramond. La Prcsse
Medicale, n° 64, pp. 1283-1284, 11 aout 1934.
Le diagnostic d’abces du cerveau d’origine otitique se base sur l’hyper-
tension intracranienne assuree par 1’examen du fond d’ceil et 1’hyper-
tension cephalo-rachidienne et sur 1’examen hematimetrique. Le resultat
est d’importance puisqu’en excluant le ramollissement cerebral, il contre-
indique le traitement medical et decide de l’intervention chirurgicale.
P. Carrette.
Syndromes encephalo-meninges et syndromes abdominaux douloureux
intriques au debut de la pneumonic chez les enfants, par P. Nohecourt.
Le Progres Medical, n° 38, pp. 1465-1475, 22 septembre 1934.
Syndromes meninges, delire, torpeur et somnolence, convulsions ou syn¬
dromes douloureux abdominaux apparaissent parfois au debut d’une pneu¬
monic. M. Nohecourt presente deux cas ; dans le premier le diagnostic de
meningite est pose, dans le second l’appendicectomie est pratiquee. Les
syndromes initiaux meninges ou abdominaux, isoles ou associes, simulent
parfaitement, ou la meningite ou l’appendicite, mais il existe, en dehors
de ces formes d’invasion anormales, des meningites et des peritonites a
pneumocoques d’une symptomatologie analogue, bien que generalement
plus complete et plus precise.
P. Carrette.
ANALYSES
289
X,es etats spasmodiques du releveur de lapaupiere superieure par lesion
cerfebrale en foyer, par Gustave Rb'ossY et Gabrielle Levy. Revue Neurolo-
gique. T. II, n° 4, pp. 454-468, octobre 1934.
Le spasme bilateral du releveur de la paupiere superieure est ici disso-
,ci<5 de toute atteinte motrice du globe, de toute manifestation faciale
peripherique, de tout signe de . la serie basedowienne. Les auteurs attri-
buent le sympt6me observe a une lesion cerebrale en foyer qu’ils locali-
-sent dans le pedoncule.
P. Carrette.
_A propos de la dystasie areflexique hereditaire (Contribution a l’etude de
la genese des maladies familiales et de leur parente entre elles), par
Gustave Roussy et Gabrielle Levy. Revue Neurologique. T. II, n° 6, pp. 763-773,
decembre 1934.
Le syndrome neurologique de la dystasie areflexique a ete observe par
les auteurs dans 3 families et suivi dans plusieurs generations. L’autonomie
•clinique de l’entite nOsologique isolee par M. Roussy et Mile Levy est for-
tifiee par la constatation de la cypho-sooliose et de troubles mentaux.
P. Carrette.
X,es calcifications de la faux du cerveau (As Calcificacoes da Foice do Cere-
bro), par James Ferraz Alvim. Revista de Neurologia e Psychiatria de Sao
Paulo. T. I, n° 1, pp. 3-23, octobre 1934.
La radiographie confirme le diagnostic de paehymeningite, avec
hyperostose et calcification de la faux du cerveau dans 5 cas de syndromes
.d’hypertension intracranienne avec vertiges et douleurs craniennes ou de
troubles sensitivo-moteurs a localisation paramedia ne avec signes de com¬
pression des zones inter-hemispheriques.
P. Carrette.
I/hemianopsie binasale, par A. Baodouin, Pierre Hai.bron et M. Deparis.
Revue Neurologique. T. II, n° 5, pp. 531-554, novembre 1934.
Publication d’un cas d’hemianopsie binasale dans une tumeur de l’angle
ponto-cerebelleux. Les auteurs donnent la bibliographie du symptome avec
le diagnostic etiologique. Les tumeurs viennent au premier rang dc fre¬
quence par la stase papillaire qu’elles provoquent, la dilatation du ventri-
•cule moyen et, dans les formes partielles surtout, par la compression du
nerf optique contre une artere. Les arachnoidites opto-chiasmatiques, la
syphilis, les traumas et les intoxications sont egalement cites parmi les
causes possibles d’hemianopsie binasale.
P. Carrette.
Status dysraphicus. Aspect clinique pseudo-encephalitique (« Status dys-
raphicus ». Un caso. Aspecto clinico pseudo encefalitico), par Luis Rojas,
Archivos de Neurobiologia. T. XIV, n* 4, pp. 599-611, 1934.
La gliose periependymaire a des traductions cliniques assez differentes
suivant ses localisations. Le type de « status dysraphicus » de Bremer est
Ann. Med.-psych., XV' serie, 94° annee, t. I. — Fevrier 1936. 19.
290
ANALYSES
surtout medullaire et caracterise par des malformations du squelette, des.
mains, des seins, des troubles vaso-moteurs, des anomalies de distribution
pileuse. Dfautres varietes presentent des signes oculo-moteurs, l’epilepsie,
des psychoses, l’hypogenesie. M. Rojas observe une gliose localisee avec
predilection dans la partie bulbaire du quatrieme ventricule et le long de
l’aqueduc de Sylvius dont l’obstruction favorise le developpement d’une
hydrocephalie interne avec syndrome bulbo-ponto-mesenceplialique. Les
elements cliniques de la participation du cerveau moyen presentent de
grandes analogies avec le tableau de l’encephalite epidemique.
P. Carrette.
Les lesions de la troisieme frontale gauche sans aphasie (Las lesiones de
la tercera frontal izquierda sin afasia), par Marcos Victoria. La Semana
Medica, n» 2134, pp. 1771-1777, 6 decembre 1934.
Les observations de lesions de la troisieme circonvolution frontale gau¬
che sans aphasie montrent l’inexactitude de la localisation etroite de l’apha-
sie motrice, qui exige la participation d’autres territoires corticaiix, comme
le prouvent les cas cites par M. Victoria aprfes les observations de Pierre
Marie, de von Monakow et de Head.
P. Carkette.
Les parasites de l’encephale, par Mme A. A. Mirotvorskaia ( Sowietskaia:
nemropalolognia psychiatria i psychoguiguiena, T. Ill, fasc. 8, 1934).
L’auteur etudie 4 cas personnels de cysticercose et d’ecchynococose du
cerveau et insiste sur l’interet que presentent, au point de vue du diag¬
nostic, les reactions de laboratoire pour orienter la therapeutique sur des
voies pratiquement utiles.
Fribourg-Blanc.-
Un nouveau cas d’arachno'idite kystique de la region fronto-parietale^
par H. Claude et L. Gorman. Le Progres Medical, n° 42, pp. 1628-1632,
20 octobre 1934.
Meningite sereuse, arachnoi'dite, encephalite sont les temoins d’infec-
tions a virus neurotropes observees de plus eii plus frequemment. Dans
les formes localisees, le diagnostic precis a une importance decisive. Cette
communication en fait la demonstration. Les auteurs montrent d’abord
comment ils eliminent le diagnostic de tumeur cerebrate par l’absence
d’hypertension et de stase papillaire. L’arachnoidite etant seule en cause,
la craniectomie fut confiee a M. Clovis Vincent. Les troubles paralytiques
et visuels retrocederent. La decompression doit etre prolongee par main-
tien de la breche, la pose precoce du volet osseux faisant courir au malade
des risques de compression qui se traduisent invariablement par le retour
des phenomenes paralytiques ou l’apparition de crises convulsives.
P. Carrette.
ANALYSES
291
Commentaires autour d’un cas de tuberculosa cerebrale (Comentarios
em torno de an caso de Tuberculose Cerebral), par Robalinho Cavalcanti.
Arquivos Brasileiros de Neuriatria e Psiquiatria. T. XVII, n° 6, pp. 329-333,
novembre-decembre 1934.
Le tuberculome de la base du cerveau, observe par l’auteur, est associe-
a une meningite, a des signes d’hypertension intraeranienne et a un syn¬
drome pyramidal bi-lateral. Les deux hemispheres sont envahis dans la
region stride et sous-optique ; l’hypophyse renferme des zones- caseifiees.
L’infantilisme generalise du type dystrophique, gracile, repond plutot a la
forme secondaire, aux processus toxi-infectieux qu’a une forme glandu-
P. Carrette.
Diagnostic etiologique d’une hemiplegie a debut progressif, par Louis
Ramond. La Presse Medicate, n° 94, pp. 1909-1910, 24 novembre 1934.
Le developpement progressif d’une hemiplegie a type cerebral permet de
porter le diagnostic de tumeur chez un sujet atteint par ailleurs de can¬
cer du poumon. L’intervention chirurgicale decouvre un kyste rolandique
et une tumeur murale ayant l’aspect d’un neoplasme metastatique.
P. Carrette.
Les tumeurs cerebrales metastatiques. Etude Clinique, par Henri Roger et
Jean-E. Paillas. La Presse Medicate, n° 104, pp. 2093-2096, 29 decembre 1934.
Les neoformations cancereuses gagnent la cavite par la voie sanguine,,
lymphatique ou nerveuse. II ne faut pas s’attendre a decouvrir un syndrome
net d’hypertension. Le liquide cephalo-rachidien reste assez souvent normal.
Cependant, la cephalee apparait avec l’obnubilation intellectuelle et des
signes neurologiques complexes traduisent l’invasion cerebrale par de nom-
breux nodules tumoraux. Deux types principaux de reactions sont a rete-
nir : le type pulmonaire avec diffusion intense des lesions et evolution
fatale et le type mammaire a localisation parfois unique, meningo-corti-
cale, accessible chirurgicalement. Les auteurs signalent enfin le cas plus
rare de la sarcomatose generalisee ou melanique envahissant. le cerveau
comme les autres visceres.
P. Carrette.
Signes et diagnostic des tumeurs cerebrales excepte les tumeurs de
l’hypophyse, par Th, de Martel. Le Monde Medical, n° 852, pp. 889-898,
ler octobre 1934.
L’hypertension intraeranienne domine le mecanisme des tumeurs et
desoriente la symptomatologie a tel point que les diagnostics localisateurs
en sont fausses si on omet de completer son enquete par 1’examen
ophtalmologique, la radiographie et les indications ventriculographiques
et encephalographiques. M. de Martel passe en revue certains cas probants
et rappelle l’effet curatif des injections d’air faites pour diagnostiquer une
tumeur et aboutissant a un resultat negatif.
P. Carrette.
292
AXALYSES
Tabo-paralysie avec symptomatology initiate de tumeur cerebrale (Tabo-
paralisis con sintomatologia de tumor cerebral en su iniciacion;, par Aristi¬
des Barrancos et Rafael Hernandez Ramirez. Boletin del Asilo de Alienados
en Oliva. T. II, n° 6, pp. 247-256, decembre 1934.
Le diagnostic des tabo-paralysies avec atrophie optique presente souvent
de grandes difficultes. Chez certains syphilitiques avec reactions serologi-
ques positives les signes oculaires s’accompagnent de manifestations cen¬
trales d’abord discretes evoluant avec une extreme lenteur. Dans l’observa-
tion presente l’absence d’hypertension intracranienne coincide avec l’appari-
tion d’un affaiblissement dementiel profond et avec 1’evolution caracteristi-
que des signes d’excitation medullaire du debut pour aifirmer peu a peu l’exis-
tence d’une meningo-encephalite speciflque et ecarter l’hypothese initiale de
tumeur.
P. Carrette.
Crises salivaires tabetiques (Crisis salivares tabeticas), par Juan C. Monta-
naro et Julio-L. Hanon. La Semana Medica, n« 2132, pp. 1619-1624, 22 novem-
bre 1934.
Chez un tabetique presentant un syndrome medullaire posterieur etendu
et des crises gastriques, les auteurs ont observe des crises de sialorrhee avec
secretion en quelques heures de 600 a 1.300 cms. de salive. Les alterations
bulbaires et radiculaires realisant cette hyperexeitabilite interessent vrai-
semblablement les voies du glosso-pharyngien et de l’intermediaire de
Wrisberg. Les investigations pharmacodynamiques ne permettent pas de
tirer des conclusions precises : la belladone a produit des effets toxiques
sans resultat pratique durable et l’unique agent qui amena une sedation
evidente fut — fait paradoxal — la pilocarpine.
P. Carrette.
De la neuro-myelite optique, par Cestan, Riser et Planques . Revue Neuro-
logique. T. II, n° 6, pp. 741-762, decembre 1934.
Le syndrome de la neuro-myelite optique comprend une association de
nevrite optique a des symptomes encephalo-medullaires tels que paraplegic,
hemiplegie, crises tetanoides sous-corticales dont 1’evolution est capri-
cieuse, procedant par poussees et par remissions. Certes la syphilis, l’alcoo-
lisme, les infections produisent de telles associations symptomatiques, mais
ce qui permet aux auteurs d’individualiser nosologiquement le syndrome
c’est le fait qu’il se developpe dans certains cas en dehors des differentes
formes de nevraxite connues. Ni l’anatomie pathologique, ni les moyens
biologiques habituellement utilises ne fournissent au diagnostic etiologi-
que des elements precis et il est possible que la neuro-myelite optique
compte des formes attribuables a une cause speciflque a rechercher.
P. Carrette.
Meningite aigue lymphocytaire benigne (Meningite aguda lymphocytaria
benigna), par Fernando de Oliveira Bastos. Revisla de Neurologia e Psgchia-
tria deSao Paulo. T. I n“ 1, pp. 41-46, octobre 1934.
Malgre l’importance des alterations du liquide cephalo-rachidien, la
presence de perturbations du fond d’ceil et la paresie motrice oculaire,.
analyses
l’auteur note le pronostie favorable de 9 cas de mdningites aigues lympho-
cytaires evoluant sans fievre avec un syndrome proprement menirige, en
general tres discret..
P. Carrette.
Meningite aigue aseptique (Acute Aseptic Meningitis), par Henry-R. Viets
et James-W. Watts. The Journal of Nervous and Mental Disease. T. LXXX,
n» 3, pp. 253-273, septembre 1934.
En 1929, MM. Viets et Watts observent 3 cas de syndrome meninge febrile,
evoluant favorablement en quelques semaines, guerissant sans sequelles,
avec lymphocytose du liquide cephalo-rachidien, hyperalbuminose et pre¬
cipitation typique de la solution colloidale. L’observation ulterieure des
malades, celle de nouveaux cas fortiflent les auteurs dans leur opinion
qu’il s’agit bien d’une meningite aigue aseptique, qu’il n’est pas possible
de la considerer comme une forme de reaction meningee tuberculeuse, mal-
gre l’erreur presque constante commise a la periode initiale, que le diag¬
nostic differentiel s’impose avec 1’encephalite et la poliomyelite. On trouve
dans la litterature maintes observations faites en serie qui donnent au
syndrome une allure epidemique, mais ce n’est pas une donnee constante.
La meningite aigue aseptique devrait done etre consideree dans 1’etat
actuel des choses comme une entite clinique, sans relation defime avec les
maladies voisines et dont l’etiologie reste inconnue.
P. Carrette.
Un cas d’hemorragie meningee chez un hemophile (Un caso de hemorragia
meningea en un hemofilico), par W. Lopez Albo. Archivos de Medicina, Ciru-
gia y Espeeialidades. T. XXXVII, n° 42, pp. 1164-1165, 20 octobre 1934.
Les hemorragies meningees spontanees ont une etiologie obscure. II ne
faut jamais’ oublier 1’hemophilie et la rechercher dans les antecedents per¬
sonnels et hereditaires.
P. Carrette.
Les meningococcies, par R.-L. Goldberg. L' Avenir Medical, n" 9, pp. 256-265,
novembre 1934.
Reduire la meningococcie aux manifestations de la meningite cerebro-
spinale, c’est commettre une faute doctrinale qui peut conduire a un diag¬
nostic errone et a des insuffisances therapeutiques graves. M. Goldberg rap-
pelle que la septicemie provoquee par le meningocoque de Wechselbaum
revet les formes cliniques les plus variees et que ses symptomes habituels
sont la fievre intermittente, les eruptions, les arthralgies, sans oublier les
complications oculaires, vasculaires et uro-genitales. La ponction lombaire
doit etre completee par l’examen du sang et celui des serosites. La menin¬
gococcie trouve sa manifestation la plus typique dans la meningite, mais
elle peut aussi se developper sans meningite.
P. Carrette.
294
ANALYSES
ANATOMIE
A propos du probleme des centres du sommeil (Zum Problem der Schlaf-
zentren), par T. Okhuma et K. Tuyuno. Folia Psgchiatrica et Neurologica
Japonica, Vol. 1, fasc. 3, 1935.
Les considerations des auteurs sont basees sur l’examen histopatholo-
gique d’un cas de lethargie termine par la mort. L’opinion de Potzl et de
Gamper, basee elle-meme sur les travaux de Chiray, de Foix et Nicolosco,
selon laquelle les centres du sommeil occupent la zone intermediate
mesodiencephalique, est justifiee. Toutefois ces centres sont localises plu-
tot dans des elements cellulaires diffus que dans les noyaux periventricu-
laires organises. Le noyau de Darkschewitsch, en particulier, a ete intact
dans 1’examen pratique.
E. Bauer.
Des differences locales dans la conformation des parois ventriculaires
chez l’homme (Uber lokale Untershiede im Bau der Ventrikelwande beim
Menschen), par A. Opalski (de Varsovie). Zeitschr. f. d. g. Neuro. and Psych.,
Tome CXLIX, p. 207 a 254.
Etude des formations gliales sous-ependymaires, a signaler pour son
interet en histopathologie nerveuse et ses magniflques schemas.
Henri Ey.
Des circonvolutions callouses chez les Japonais (Uber Balkenwindungen der
Japaner), par Kintaro Watanabe. Folia Psgchiatrica et Neurologica Japonica,
I, 3, 1935.
L’examen de 50 cerveaux de Japonais a montre l’absence des circonvo¬
lutions d’Andreas Retzius sur 25 pour cent des hemispheres etudies
(absence bilaterale dans 12 pour cent des cas). Sur les autres hemispheres
le nombre varie de 1 a 8.
E. Bauer.
Agenesie complete de la commissure calleuse et troubles du developpe-
ment de l’hemisphere gauche avec hemiparesie droite et integrite
mentale, par G. de Morsier et J.-J. Mozer. Archives Suisses de Neurologie
et de Psychiatrie, XXXV, 1, 2, 1935.
II s’agit d’un sujet atteint depuis la naissance d’hemiparesie droite avec
hypotrophie des deux membres, d’intelligence moyenne, ne presentant
aucun trouble psychique, ayant exerce la profession de manoeuvre. L’ob-
servation neurologique et psychique a pu etre prise pendant un sejour en
■clinique pour nephrite chronique provoquant la mort a 45 ans.
A l’autopsie, on constate uue agenesie complete du corps calleux et une
hypotrophie considerable de l’hemisphere gauche dont le lobe frontal est
fonctionnellement inexistant. L’hemisphere droit est par contre hyper-
trophie. L’agenesie calleuse et l’hemiatrophie de l’hemisphere gauche sont
dues a la meme cause : une lesion embryonnaire de 1’artere cerebrale
anterieure survenue avant le 3' mois de la vie intra-uterine. Les auteurs
ANALYSES
295
font un expose descriptif et critique tres approfondi et detaille des anoma¬
lies macroscopiques et microscopiques constatees. Dans un dernier chapi-
tre, ils envisagent les problemes physiologiques de la plus haute impor¬
tance souleves par de semblables cas realisant une veritable mono-
hemispherie physioJogique.
E. Bauer.
X,a situation des segments medullaires dans le canal vertebral (Die Lage
der Ruckeumarkssegmente im Wirbelkanal), par E. Hintzsche et P. Gisler.
Archives Suisses de Neurologic et de Psgchiatrie, XXXV, 2, 1935.
Les auteurs ont etudie, sur 20 sujets, les rapports des segments medul¬
laires avec les corps vertebraux et les apophyses epineuses. Ils rendent
■compte de leurs resultats. Les rapports moyens et les variations maxima
sont representes dans des graphiques. La comparaison des dessins et
schemas contenus dans les traites montre des differences assez importan¬
tes, notamment en ce qui concerne les rapports de la partie caudale de la
moelle. Un graphique illustre ces variations. C’est le vieux dessin de
•Gowers qui Concorde le plus avec les constatations personnelles des
auteurs.
E. Bauer.
.Reeherches anatomo- et histopathologiques chez des schizophrenes
(Anatomisch- histologische Untersuchungen an Schizophrenen), par
Fr. Mever. Monatschrift fur Psgchiatrie und Neurologie, Vol. 91, fasc. 3, 1935.
L’auleur communique 6 observations anatomo-cliniques de psychoses
aigues et subaigues classees sous l’etiquette « schizophrenics aigues »,
•diagnostic hien discutable a notre avis en ce qui concerne la majorite de
■ces cas. Des lesions interstitielles importantes existent avec une Constance
frappante dans certaines glandes endocrines, thyro'ide, hypophyse, cortico-
surrenale et pancreas. Elies se presentent comme des reactions tissulaires a
un agent pathogene, dont la nature exogene est rendue probable par d’autres
lesions egalement constatees. Dans trois eaS, par exemple, il semble s’agir,
nettement, d’un processus infectieux a agent inconnu.
E. Bauer.
Reeherches anatomo- et histopathologiques dans la psychose maniaque-
depressive (Auatomisch-histologische Untersuchungen an Manisch-
Depressiven), par Fr. Meyer. Monatschrift fiir Psgchiatrie und Neurologie,
Vol. 91, fasc. 3, 1935.
L’auteur, qui cite d’ailleurs l’observation anterieure de Marchand, rap-
porte les resultats de quatre examens histopathologiques chez des maniaco-
•depressifs. I] insiste sur les lesions importantes de la pie-mere, constatees
■dans deux cas, et consistant en cedeme, infiltration cellulaire et proliferation
fibrillaire considerable, presence de nombreux macrophages et de poly-
nucleaires geants. Les alterations fibreuses importantes de la thyroide,
■observees dans deux cas, et l’orchite fibreuse existant dans un cas en
1’absence de toute atteinte speciflque ni bacillaire, font conclure a un pro¬
cessus toxique ou septique de nature inconnue.
E. Bauer.
296
ANALYSES
Les modifications du cerveau dans l’alcoolisme chronique et la psychose-
de Korsakoff (The Grain Changes in Chronic Alcoholism and Korsakow's
Psychosis), par Francis James Warner. The Journal of Nervous and Mental
Disease. T. LXXX, n» 6, pp. 629-644, decembre 1934.
Les alterations encephaliques des alcooliques chroniques sont si nom-
breuses et variees qu’il est impossible de les superposer constamment aux
symptomes observes, malgre la diversite des expressions cliniques. Dans ler
syndrome de Korsakoff, les recherches sur le systeme nerveux peripherique
sont insuffisantes, mais la sclerose avec degepprescence dellulaire envahit les
noyaux gris, l’hypothalamus, les regions periventriculaires du troisieme ven-
tricule- au quatrieme. La participation des noyaux vegetatifs est generalement
signalee. D’accord avec l’observation courante, les episodes subaigus cor¬
respondent a des lesions corticales discretes, tandis que les recidives voient
progresser l’atherome vasculaire et l’atrophie des elements nerveux.
P. Carrette.
L’encephalite guanidinique (La encephalitis guanidinica), par Antonio Gomez
Marcano. Archivos de Neurobiologia. T. XIV, n° 3, pp. 461-492, 1934.
L’intoxication par la guanidine a permis a l’auteur de rapprocher les
desordres histologiques observes de ceux que les experimentateurs avaient
signales chez les animaux prives de parathyroides et atteints de tetanie..
Les lesions nerveuses portaient sur les neurones, alteres, degeneres et sur
la microglie. II n’y aurait pas d’infiltration meningee et perivasculaire. Ces-
caracteristiques permettraient d’individualiser une veritable encephalo-
myelite par intoxication guanidique.
P. Carrette.
Sur l’anatomie pathologique de l’acrodynie infantile, par Pehc, J.
Dechaume et S. BOncomond. Academie de Medecine, 4 juin 1935.
Si la clinique est bien connue, on est mal renseigne quant aux lesions de-
cette affection, car il existe a peine une quarantaine de cas d’autopsies pu-
bliees, la maladie evoluant ordinairement vers la guerison. L’atteinte simulta-
nee de la peau et du systeme nerveux justifierait 1’etude minutieuse de I’etat
anatomique des filets nerveux sensitifs ou vaso-moteurs cutanes. Dans deux
cas d’autopsies rapportes par les auteurs, les ganglions rachidiens, les racines,
rachidiennes dorsales sont la proie d’une infiltration lymphocytaire accen-
tuee. L’ensemble du systeme sympathique est aussi atteint par des lesions
d’allure inflammatoire. L’atteinte des ganglions sympathiques peripheri-
ques est aussi importante que celle des centres vegetatifs du tuber cine-
reum. Le substratum anatomique de l’acrodynie ne saurait etre envisage
seulement comine une diencephalite. Aussi 1’auteur propose-t-il le terme
de « pansympafheite ». Quant a l’agent pathogene, il s’agit probablement
d’un virus neurotrope.
Maurice Leconte-
ANALYSES
297
Etude anatomo-clinique d’un cas de developpement simultane de deux
tumeurs (gliome et sareome) dans l’hemisphere cerebral d'un enfant
(Estudio anatomo-clinico de un caso de ocurreiicia simultanea de dos tumores
(gliome et sarcoma) en el hemisferio cerebral de un nino), par Percival Bailey
et Adolfo Ley. Archivos de Neurobiologia. T. XIV. n° 5, pp. 673-690, 1934.
Le cas est assez rare pour etre rapporte d’une tumeur cerebralC chez un
enfant de 6 aiis, nettement etablie par l’examen clinique qui tendait a faire
admettre le diagnostic de tuberculomes multiples de l’hemisphere droit. Les
resultats de l’autopsie prouvent l’existence simultanee de gliome ancien
et de sareome developpe secondairement.
P. Carrette.
BIOLOQIE
Recherches experimentales sur la representation en relief du systeme
nerveux central, dans l’image radiologique, apres injection de
Thorotrast (Experimentelle Untersuchungen iiber die Reliefdarstellung des
Zentralnervensystems im Rontgenbild durch Thorotrast), par K. Koshimizu.
Folia Psychiatrica et Newologica Japonica, I, 3, 1935.
La dose optima de thorium colloidal, supportee sans malaise serieux,
est de 0,20 a 0,25 cmc. par leg. de poids, en cas d’injection intrarachidienne
lombaire, de 0,10 a 0,15 cmc. en cas d’injection sous-occipitale. Ces doses
ont ete determinees par l’experimentation sur le chien. L’application dans
trois cas cliniques a donne des resultats tres satisfaisants. La technique
est amelioree, soit en pratiquarit deux injections separees par 3 jours
d’intervalle, soit en faisant 3 a 5 jours apres l’injection une ventriculo-
L’exploration du systeme nerveux vegetatif (La exploracion del sistema
nervioso vegetativo), par C. Vazqcez-Velasco. Archivos de Neurobiologia. T .
XIV, n» 5, pp. 789-794, 1934.
L’auteur propose eomme procede d’exploration rationnel l’injection
intraveineuse d’un demi-milligramme d’atropine apres repos, stabilisation
du pouls et recherche des reflexes orthostatique, clinostatique, oculo-car-
diaque et carotidien. Les modifications par l’atropine seront poursuivies
jusqu’a inversion, si possible, de la formule vegetative.
P. Carrette.
Epilepsie experimentale du chien dans ses conditions d’experience
atypiques. Refroidissement du cerveau apres extirpation prealable ou
piqure de ses divers territoires (Experimentelle Epilepsie der Hunde in
atypischen Versuschbedingungen, Gefrieren des Gehirns nach Vorlaiifig
ausgcfiihrter Extirpation oder Umstechen seiner vershiedenen Gebiete), parE.-
M. Steblow (Leningrad). Zeitschr. f. d. g. Neuro. und Psych., Tome CXL1X,
p. 255 a 265.
Chez les chiens dont le cerveau a ete refrigere, la soustraction impor-
tante de liquide cephalo-rachidien a un effet inhibant sur les crises et
ANALYSES
sauve l’animal de la mort. — Le refroidissement du cerveau des chiehs
chez lesquels on a pratique des extirpations ou des ponctions aboutit
rarement a l’apparition de crises ; si elles surviennent elles affectent une
forme abortive. — Le refroidissement d’une zone motrice si l’autre est
extirpee ne produit pas de crise d’epilepsie typique. Apres de telles opera¬
tions le rythme et la forme des crises sont modifies dans le sens d’une
attenuation. — L’ensemble du tableau des phenomenes convulsifs observes
dans de telles conditions montre une grande analogie avec les crises epi-
leptiques provoquees par le refroidissement unilateral de la dure-mere
intacte dans le domaine de l’analysateur cortical optique. L’ensemble des
experiences continue le bien-fonde de la conception de A. D. Speranski
pour qui la crise d’epilepsie est conditionnee par la decharge motrice des
appareils sous-corticaux par inhibition de l’ecorce.
Henri Ey.
L’activite electrique du cerveau (L’attivita elettrica del cervello), par
Tomasso Seuise (de Naples). II Cervello, n° 3, Mai 1935, p. 150 a 157.
Revue generale breve mais documentee oil sont exposes clairement • les
travaux modernes sur l’influx nerveux envisage comme phenomene elec¬
trique. Notamment on trouvera dans ce petit article l’expose des travaux
de Berger (d’lena) et ceux d’Adrian (1932).
Henri Ey.
Recherches sur les phenomenes electriques de 1’ecorce cerebrale (Ricerche
sui fenomeni elettrici della corticca cerebrale), par Mario Gozzano. Rivisla
di Neurologia, Avril 1935, p. 212 a 201.
Apres avoir decrit les divers types de courbes bioelectriques (electro-
encephalogrammes = EEG) correspondant aux diverses aires corticales du
cerveau du lapin et les effets de stimulation lumineuse sur EEG des aires
visuelles, deja mis en evidence par d’autres auteurs, Gozzano rapporte les
resultats de recherches ayant eu pour but d’etudier les effets des excita¬
tions sensitives et des applications locales de strychnine sur les EEG cor-
ticaux. Les stimuli sensitifs mecaniques differant en cela des excitants
sensoriels determinent sur toute la surface cerebrale correspondant a la
region senso-motrice une diminution d’amplitude ou la disparition des
courbes bioelectriques normales. Ces effets sont les memes quelle que soit
1’aire corticale exploree. L’application de strychnine sur un point du cor¬
tex determine des secousses periodiques bioelectriques. Les stimuli affe-
rents portes sur l’organe des sens correspondant a l’aire corticale strychni-
see determinent de fortes et ■ rapides variations du potentiel electrique,
accompagnees de • convulsions dans un groupe de muscles ou generalisees
(epilepsie reflexe). L’auteur tend a admettre le mecanisme reflexe des cri¬
ses comitiales dans leur ensemble. Les experiences ont ete realisees a 1’aide
du neurographe (galvanometre a bobine mobile) de Tonnies, sur 45
lapins, dans le laboratoire d’Oscar Vogt, a Berlin. Tres interessante biblio-
graphie.
Henri Ey.
ANALYSES
299
La teneur en calcium et en potassium de l’encephale de l’embryon
humain et son rapport avec Page du foetus, par R. J . Landa-Glaz ( oiviets-
kaia nevropatologuia psychiatria i psychoguiguiena, T. Ill, fasc. 8,1934).
Le taux en calcium de I’encephale de Pembryon humain dans la periode
de debut, atteint et quelquefois depasse 1' % du poids du residu sec.
Ensuite, la teneur en calcium baisse d’abord rapidement, plus tard lente-
ment pour arriver au chiffre de 0,05 % a la phase terminale du develop-
pement.
Le taux du potassium oscille autour de 2 %, mais le developpement
embryonnaire n’exerce pas d’influence marquee sur ce taux.
Fribouhg-Blanc.
Coma hypercalcemique experimental (Coma hipercalcemico experimental),
par J. A. Collazo, et A. Santos Ruiz. Archivos de Medicina, Cirugia y Espe-
cialidades. T. XXXVII, n° 48, pp. 1314-1319, 1» decembre 1934.
Les grandes doses de vitamine D, de parathormone ou de chlorure de
calcium provoquent un etat' comateux avec hypertonie neuro-musculaire .
et hypercalcemie accentuee. Le « coma calcique » aboutit a la mort chez
les animaux en experience et evoque les accidents signales par MM. Resa'
F. Cruz et Collazo a la suite de l’extirpation du glomerule calrotidien.
P. Carrette.
Infection experimental du systeme nerveux par le cryptococcus
histolytieus (Infezioue sperimentale del sistema nervoso da cryptococcus
histolycus), par V. Tronconi (de Pavie). Rivista diPato. nervosa e menlale,
Juillet-Aout 1934, p. 32 a 54.
Travail illustre d’exeellentes microphotographies (notamment d’impre-
gnations par la methode de Cajal et de Lugaro pour l’astroglie) qui don-
nent les resultats de l’inoculation de la « torule » aux singes.
Henri Ey.
L’intradermoreaction a l’alcool pour le diagnostic d’alcoolisme (L’alcool
intradermo-reazione per la diagnosi dell alcoolismo), par Oreste Bonazzi
(de Bologne). Giornale di Psichiatria e di Ncuropathologia, n° 3, 1934,
p. 272 a 279.
Apres scarification et frottement energique avec un tampon d’alcool,
l’auteur a observe chez les non-alcooliques une reaction locale inflamma-
toire d’une duree variable d’une demi-heure a six heures. Chez les alcooli-
ques (au sens large, dit 1’auteur ?) il n’y a pas de reaction.
Henri Ey.
Particularites de la reaction psychique a l’adrenaline chez des malades,
presentant un complexe symptomatique nevrosique, par L . J . Charga-
rodsky (Sowietslcaia nevropatologuia psychiatria i psychologuiguiena, T. Ill,
fasc. 8, 1934).
L’auteur attire 1’attention sur l’interet que presente la reaction a l’adre-
naline chez des malades atteints de diverses nevroses. Les particularites
300
ANALYSES
constatees lie sont pas caracteristiques pour tel ou tel type de nevrose, mais
pour des complexes fonctionnels determines. La reaction peut devenir utile
comme moyen auxiliaire de diagnostic.
Fribourg-Blanc.
Le metabolisme hydrocarbone dans la psychose maniaque-depressive
endogene (El metabolismo hilrocarbonado en la psicosis maniaco-depressiva
endogena), par Jose M. Sacristan. Archivos de Neurobiologia T. XIV, n1' 5,
pp. 691-748, 1934.
Le metabolisme hydrocarbone est etudie par la methode de Hagedorn-
Jensen, fondee sur la reduction par la glucose du ferricyanure de potas¬
sium au moyen du sulfate de cuivre "et le traitement du residu par 1’acide
iodhydrique. Dans la psychose maniaque-depressive endogene, la reaction
hyperglycemique parait subir les variations d’intensite du processus patho-
logique. L’etat affeetif n’influe pas sur le type de la reaction. Les menies
constatations s’effectuent dans les acces, qu’ils soient anxieux ou de ten¬
dance maniaque. L’importance du type constitutionnel est predominante.
Ces recherches demontrent a nouveau la valeur, au cours de ces perturba¬
tions emotives, de 1’hyperexcitabilite du systeme vegetatif.
P. Carrette.
Le probleme de la differenciation psychique par rapport aux groupes san-
guins, par V. Tomaszewski (Nowiny Psychjatryczne, T. XII, fasc. 1-2, 1935).
Apres un expose bibliographique detaille de la question, l’auteur etudie
les relations entre les groupes sanguins, les maladies mentales, la crimina-
lite, les types constitutionnels, le developpement intellectuel et le tempe¬
rament individuel des sujets ainsi que le temperament suivant les nations.
La diversite des opinions sur ce sujet est tres grande, mais les derniers.
resultats obtenus sont negatifs. Cette question, pour etre tranchee deflni-
tivement, .devrait etre reprise sur un nombre de sujets plus considerable
et plus differencie.
Fribourg-Blanc.
L’index phytotoxique. Resultats d’etudes avec 68 sujets masculins
attaints de schizophrenia (Phytotoxic Index. Results of Studies with
Sixty-Eight Male Schizophrenic Patients), par William Freeman, Joseph-M.
Looney et Rose R. Small. Archives of Neurology and Psychiatry. T. XXXII,
n° 3, pp. 554-559, septembre 1934.
L’experience de Findex phytotoxique avec les humeurs des sujets schizo-
phreniques a ete negative, mais les recherches seront poursuivies dans
d’autres formes mentales oil elles deceleront le processus toxi-infectieux
et a ce titre le principe applique merite d’etre expose. Macht observait de
1922 5 1926 des effets inhibiteurs sur la croissance des semences de
T.upinus albiis. II experimentait d’abord la cocaine. Puis, avec Looney, il
utilisait le sang des sujets atteints d’anemie pernicieuse et obtenait des
resultats qui permettaient le diagnostic avec d’autres dyscrasies sangui¬
nes. Dans les etats de depression, le trouble de la croissance des semences
ANALYSES
301
a ete recherche. Le test est d’autant plus prohant que Ton est en presence
de formes plus toxiques correspondant a des cas de perturbations psycho-,
motrices particulierement graves. Dans la schizophrenic les auteurs n’ont
pas trouve de differences significatives avec les sujets temoins dans la
recherche par le sang ou l’urine du test de croissance du Lupinus dibus,
test dont les variations constituent l’index phytotoxique.
P. Carrette.
Du comportement, du « phenomena d’obstacle » de Donaggio dans
l’epilepsie (&il comportamento del « fenomeno di ostacolo » di Donaggio
nell’ epilessia), par L. Caritto (de Novara). Giornale di Psichiatria e di
Neuropatologia, n° 3, 1934, p. 263 a 271.
La reaction a ete recherchee dans les urines de cinquante epileptiques,
■elle a ete positive une demi-heure apres l’acces passant par un maximum
deux ou trois heures apres. Inversement la reaction novocaino-formalini -
que de Costa dans le sang est positive avant l’acces et negative apres.
Tout se passe comme si le toxique convulsivant circulant avant la crise
passait ensuite dans les urines. Bibliographie.
Existe-t-il un virus filtrable du parasite du paludisme ? par B. Spagnoli
(Brescia) ( Annali dell’ospedale psichiatrico di Perugia ), decembre 1934.
L’auteur met en relief la valeur des recherches de Scinti, Mariotti et
Ascisne. Ces derniers auraient demontre l’existence de formes invisibles
•et filtrables d’hematozoaires paludeens. Une telle conception permettait de
fournir une explication interessante de 1’effet de la malaria sur le trai-
tement de la paralysie generale. M. Spagnoli, qui a recommence lui-meme
ees recherches, n’est pas arrive a des resultats probants.
P. Abely.
X,a negativite du liquide cephalo-rachidien dans la paralysie generale
progressive (La negatividad del liquido cefalo raquideo en la paralisis gene¬
ral progressiva), par Mariano Fontana. Boletin del Asilo de Alienados en
Oliva. T. II, n° 6, pp. 266-270, decembre 1934.
Dans 1’immense majorite des cas, les reactions du liquide cephalo-rachi¬
dien sont positives dans la paralysie generale. Elies ne disparaissent qu’a la
suite de traitements prolonges ou dans certaines formes atypiques. Cejren-
dant il existe des cas rares, verifies, d’encephalites syphilitiques, dont
l’aspect clinique est celui de la paralysie generale et qui ne presentent pas
de reactions biologiques meningees pendant toute la duree de leur evo-
P. Carrette.
X,es indications therapeutiques donnees par l’examen du liquide cephalo-
rachidien chez les syphilitiques, par A. Sezary. La Presse Medicale, n° 85,
pp. 1673-1674, 24 octobre 1934.
Dans la neuro-syphilis deux ponctions lombaires pour le moins s'ont
generalement necessaires pour confirmer l’efiicacite du traitement. L’au-
302
ANALYSES
teur estime qu’il est possible de prevenir les complications nerveuses' par
la cure mixte arseno-bismuthique des premiers mois reiteree jusqu’a la
3* annee. Le liquide cephalo-rachidien peut etre altere des les premieres
atteiutes de l’infection. La meningite secondaire est loin d’etre rare. Quand
un malade a passe le cap des 20 ans apres le chancre sans l’ombre d’acci-
dents nerveux la ponction lombaire cesse d’etre indispensable.
P. Carrette.
Le pouvoir amylolytique du liquide cerebro-spinal (The Amylolytic Power
of the Cerebro-Spinal Fluid), par Norman Moulson. The Journal of Mental
Science. T. LXXX, n° 331, pp. 684-691, octobre 1934.
Le dosage du glucose opere avant et apres addition de glycogene donne
deux resultats, dont la difference correspondrait a 1’amylase presente dans
le liquide cephalo-rachidien. Elle serait notablement augmentee chez les
malades atteints d’un processus degeneratif ou inflammatoire du sys-
teme nerveux central. C’est une indication probable d’accroissement de la
permeabilite meningee.
P. Carrette.
L’examen du liquide cephalo-rachidien dans l’epilepsie (L’esame del
liquor nell’epilessia), par Spirito Caglieko (de Turin). II Cervello, Mai 1935,
n» 3, p. 137 a 149.
L’auteur a etudie. le liquide cephalo-rachidien de 100 epileptiques sous-
trait a distance d’au moins vingt-quatre heures des crises. II a trouve des
alterations pathologiques dans 24 0/0 des cas et principalement dans les
epilepsies symptomatiques. Les recherches ont porte sur 1’albumine, le
Pandy, les reactions de Nonne, de Weichbrodt, de Wassermann, de Mei-
nicke, du mastic, de Takata-Ara.
Henri Ey.
Les variations eholesterinemiques et les desequilibres du metabolisme
lipoidique chez les epileptiques (Le variazioni colesterinemiche egli
squilibri del sicambio lipoideo negli epiletticij, par L. Jacchia
et G. Fattovitch (de Venise). Giornale di Psichiatria e di Neuropalologia,
n" 3, p. 247 a 262.
Les auteurs se sont servis pour le dosage de la cholesterine de la me-
thode d’Audenvieth et Liebermann Burckhard. Les valeurs du taux de la
cholesterinemie dans l’intervalle des acces ont ete constamment inferieures
a la normale. Une certaine relation s’est revelee entre la gravite clinique
de l’epilepsie et l’hypocholesterinemie. Pendant les acces, on a note gene-
ralement une legere elevation du taux qui s’abaisse ensuite dans de nota¬
bles proportions, de 22 0/0 dans la demi-heure qui suit a 60 0/0 apres
trois heures. Bibliographie.
Henri Ey.
ANALYSES
ENDOCRINOLOOIE
Sympathique et interferometrie, par Laiunel-Lavastine. Le Progres Medical,
n" 22, pp. 921-930, 2 juin 1934.
L’interferometrie a donne de grands espoirs a l’endoci'inologie. II ne faut
pas se hitter de declarer qu’ils ont ete degus. Les opzim qui mettent en evi¬
dence les ferments produits a l’occasion de l’introduction d’un extrait glan-
dulaire donnent sur l’activite endocrinienne des renseignements de valeur,
mais on ne peut determiner l’etat d’un seul organe par un seul essai. L’ac¬
tivite antifermentaire tend a indiquer une insuffisance glandulaire corres-
pondante. M. Laignel-Lavastine apporte queiques exemples qui precisent
le role de l’interferometrie dans le diagnostic des desequilibres neuro-
vegetatifs en rapport avec les troubles eudocriniens.
P. Carhette.
Le role du facteur endocrino-sympathique dans le mecanisme de la
fievre, par Albert Salmon. La Presse Medicate, n» 65, pp. 1289-1291,
15 aout 1934.
Les glandes endocrines jouent un role certain dans la regulation ther-
mique. La thyroide agit sur le metabolisme basal ; l’adrenaline, la secre-
. lion ovarienne, l’activite hypophysaire sont modifiees dans la fievre. Le
tuber cinereum, au titre de centre vegetatif, conjugue son action avec
celles de la glande surrenale et de l’hypophyse dans la regulation thermo-
genetique.
P. Carhette.
Syndrome de Cushing, basophilisme, formes frustes, par F. Tdryn
(Warszaivskie Czasopismo Lekarskie, T. XII, n« 14 du 11 avril 1935).
A propos de deux observations personnelles, 1’auteur conclut que le baso¬
philisme hypophysaire conduit d’une part au syndrome de Cushing, typique
ou atypique, et d’autre part aux formes variees de basophilisme fruste telles
que l’obesite, 1’hypertension essentielle, le diabete gras, la lithiase renale,
l’osteite fibro-kystique. La differenciation du syndrome de Cushing et du syn¬
drome d’Apert demande a etre approfondie. Tout semble indiquer une ana¬
logic absolue.
Fribourg-Blanc.
Psychoses associees avec des alterations probables de l’hypothalamus et
des formations voisines. Effets de la solution de pituitaire et de
pituitrine en injection intraspinale (Psychoses Associated with Probable
Injury to the Hypothalamus and Adjacent Structures Effects of Solution of
Pituitary and Pitressin Given Intraspinally), par Milton-L. Miller. Archives
of Neurology and Psychiatry . T. XXXI, n° 4, pp. 809-816, avril 1934.
Les perturbations emotionnelles associees a des symptomes hypothalami-
ques, infundibulaires et paraventriculaires sont assez souvent une indica¬
tion de tumeur de la region. Le premier cas observe par M. Miller est carac-
terise par le diabete insipide, 1’obesite et l’hypersomnie ; le 2' cas, par la
polyurie. L’introduction intraspinale de pituitrine agit sur le metabolisme
304
ANALYSES
de l’eau. Les extraits de lobe posterieur paraissent provoquer une reaction
congestive intense de la face et du cou, des nausees, des vomissements et
un leger desequilibre thermique. Ces resultats ont une similitude frappante
avec ceux qu’obtinrent M.' Cushing et ses collaborateurs par injection intra-
ventriculaire.
P. Carrette.
Hypophyse et diabete, par Leon Binet. La Presse Medicate, n° 99, pp. 2000-
2002, 12 decembre 1934.
Les experiences rapportees par M. Binet demontrent l’intervention de
l’antehypophyse dans la glyco-regulation. La glande exercerait un pou-
voir diabetogene normalement neutralisateur de la fonction pancreatique
et inhibiteur de l’action des centres infundibulo-tuberiens.
P. Carrette.
Goitre et maladie mentale, par P. Coppola. L’ospedale Psichiatrico, Jan¬
vier 1935.
L’auteur etudie les goitreux du manicomio de Naples, et en particulier
la proportion d’alienes dans une region voisine ou les foyers goitreux sont
particulierement nombreux. De ces recherches, il estime que le goitre paralt
avoir peu d’importance dans l’etiologie des maladies mentales.
L’anamnese chez les malades atteints de goitre a forme toxique (The
Anamnesis of the Toxic Goiter Patient), par Agnes Conrad. 90e meeting
annuel de V American Psychiatric Association, New-York, 28 mai-l«r juin 1934
in The American Journal of Psychiatry. T. XCI, n° 3, pp. 521-527, novem-
bre 1934.
L’auteur s’attache a l’etude des troubles emotionnels dans la maladie de
Basedow. Les formes toxiques s’accompagnent de manifestations anxieuses
greffees sur des conflits affectifs et favorisees par des tendances hereditaires.
La psychotherapie est des lors I’indispensable complement des cures medi-
camenteuses ou chirurgicales. Sans elle la readaptation sociale du sujet est
illusoire.
P. Carrette.
Les goitres de la puberte (Losbocios de la pubertad), par E.-B. del Castillo
et J. Argonz. La Semana Medica, no 2132, pp. 1625-1630,22 novembre 1934.
Trois types de goitres de la puberte sont observes : l’adenome toxique
avec metabolisme basal augmente, le goitre colloide avec metabolisme
normal et le type d’insuffisance thyroidienne sans myxoedeme avec meta¬
bolisme abaisse. Les hyperthyroidies de l’adolescenee sont graves. Elies
font souvent partie de syndromes endocriniens complexes, oh apparaissent
les inter-reactions , fonctionnelles des glandules thyroidiennes, des gonades
et du lobe anterieur de 1’hypophyse.
P. Carrette. •
ANALYSES
305
Simulation d’une atrophie musculaire progressive par goitre exophtalmi-
que (Simulation of Progressive Muscular Atrophy by Exophtalmic Goiter),
par J. B. Ayer, J. H. Means et J. Lerman. Endocrinology, T. XVIII, n» 6,
pp. 701-704, novembre-decembre 1934.
Le goitre toxique observe par les auteurs est la cause d’un syndrome
simulant l’atrophie musculaire progressive. Les reflexes restaient normaux
et les troubles sensitifs etaient absents. Les muscles retrouverent progres-
sivement leur etat normal et les signes de maladie de Basedow furent
ameliores apres thyroidectomie subtotale.
P. Carrette.
THERAPEUTIQUE
Principes d’initiation a la therapeutique par le travail (Educational Princi¬
ples in Occupationnal Therapy), par W. M. van der Scheer. The Journal of
Mental Science. T. LXXX, n° 331, pp. 650-657, octobre 1934.
Le professeur van der Scheer, de Groningue (Pays-Bas), rappelle fort judi-
cieusement que dans de nombreux pays la therapeutique d’occupation des
alienes n’est pas encore utilisee rationnellement. On ne saurait nier 1’inte-
ret des cures specifiques, de la pyretotherapie, de la narcose prolongee, de
la desintoxication digestive, des recherches etiologiques, de la prophylaxie,
mais la therapeutique de la phase aigue terminee les malades restent, dans
la majorite des cas, inadaptes a la vie normale, menaces de recidive ou
abandonnes a la vie oisive des chroniques d’asile s’ecartant progressive-
ment de tout ce qui peut les ramener a la collaboration sociale. M. van der
Scheer, d’accord avec H. Simon, de Giitersloh, qui a public sur la question
des faits observes avec competence, montre la necessity de remedier a la
misere morale des malades par l’occupation sous la direction d’un person¬
nel medical specialement eduque. Cette methode permet d’ameliorer le som-
meil des malades, de reduire l’usage des hypnotiques et le sejour au lit, de
supprimer les bains prolonges et la contrainte, etc... Un personnel adroite-
ment entraine pourrait occuper regulierement 90 % des patients.
P. Carrette.
Le programme du traitement par le travail dans l’etat de New-York (The
Occupational Therapy Programme in the State of New York), par Eleanor C.
Slagle. The Journal of Mental Science . T. LXXX, n° 331, pp. 639-649, octo¬
bre 1934.
Le programme d’oceupation pour les malades mentaux est tres varie. II
associe ingenieusement le travail physique et intellectuel, les obligations
d’hygiene, les distractions. Ce qu’il importe surtout de noter, c’est 1’essor
donne par les Americains a ce mode d’assistance des alienes. Voiei quelques
chiffres. L’etat de New-York possede 17 hopitaux civils pour psychopathes,
2 pour les criminels, 5 pour les arrieres, 2 pour les jeunes anormaux delin-
•quants, 1 pour les epileptiques. Plus de 80.000 malades sont assistes, dont
6.444 en cure libre, sur parole. La proportion par rapport aux malades est
,en moyenne de 1 medecin pour 200. Le nombre d’infirmiers et gardiens
varie evidemment suivant les circonstances. Dans les services d’admission
Ann. Med.-psych., XVb serie, 94' annee, t. I. — Fevrier 1936. 20.
306
ANALYSES
et d’aigus, il y a 1 employe pour 3 ou 4 patients, et dans les pavilions de-
simple surveillance, 1 ou 2 gardiens pour 60 ou 70 hospitalises.
P. Carrette.
Le traitement des malades mentaux par le travail. Les idees et les realisa¬
tions de IL Simon, par Jacques Vie. L'Alienisle Francois, n« 10, pp. 589-598,
decembrc 1934.
Les recherches d’H. Simon ont ete pu-bliees a Berlin en 1929. A Giitersloh
(Westphalie), il ne dispose d’aucun procede qui ne puisse etre mis en oeu¬
vre dans tous les Asiles. Le travail doit s’adapter exactement a la capa¬
city fonctionnelle du malade et le maintenir au niveau superieur de cette
capacite. M. Vie rappelle que H. Simon note tres justement que le travail
combat les causes de decheance habituelles a 1’Asile : Foisivete, la notion
d’irresponsabilite globale et continue, la degradation de l’individu par le
bruit, les grossieretes et l’interpsychologie delirante. La direction medicale
est indispensable. Elle seule peut fixer l’opportunite d’une besogne, limi¬
ter l’activite du maniaque, stimuler le deprime et orienter le delirant. Il
est souvent necessaire, pour ne pas heurter certains prejuges, de qualifier
la methode d ’occupation et non de travail. Dans d’autres pays, hors d’Alle-
magne, des objections naissent de la crainte de la concurrence par les
employes et les ouvriers normaux et des difficultes d’ordre administratif
paralysent l’initiative medicale.
P. Carrette.
Traitement des etats anxieux par l’hyposulfite de magnesium (Tratamento
dos estados ansiosos pelo hyposulfito de magnesio), par Fausto Guerner et
E. de Aguiar Whitaker. Sao Paulo, Medico. T. VII, n° 6, pp. 265-274, decem-
bre 1934.
Les etats anxieux, lies a des syndromes psychopathiques varies, ont ete-
traites par les auteurs en utilisant l’hyposulfite de magnesium a 10 % quo-
tidiennement en injections intraveineuses a la dose de 1 gramme. En dehors
des formes mentales profondes vouees a la chronicite ou aux complica¬
tions delirantes, les succes ont ete tres nets: L’etat mental des malades
s’est ameliore avec les troubles gastro-intestinaux. Il semble que ces resul-
tats favorables doivent etre attribues aux tendances acidifiantes de l’hypo¬
sulfite de magnesium, correctrices de la vagotonie.
P. Carrette.
De certaines possibilites d’action sur les processus schizophreniques par
des moyens biologiques, par G. E. Richter (Sovietskaia Psychonevrologuia,
T. XI, n" 1, 1935).
En partant de la conception que la schizophrenic est une maladie orga-
nique ayant des manifestations soniatiques, l’auteur etudie Faction des
moyens therapeutiques bases sur les methodes biologiques et particulie-
rement Faction hormonale des lysines et de la gravidine. Chez certains
malades, les resultats favorables se manifestent par l’amelioration de Fetat
psychique et somatique ainsi que par l’attenuation des troubles humoraux.
Dans des cas ou cette therapeutique echoue on assiste a l’aggravation de
ANALYSES
307
l’etat general et psychique avec apparition de nouveaux signes. Certaines
aggravations spontanees au cours de la schizophrenie pourraient etre
consecutives aux troubles humoraux des sujets.
Fribourg-Blanc.
Du traitement de la schizophrenie par des injections de sang de placenta,
par J. B. Galant ( Sovietskaia Psychonevrologuia, T. XI, n° 1, 1935).
L’auteur rapporte les resultats obtenus ehez 41 malades atteints de schi¬
zophrenic, traites par des injections de sang de placenta. Chez 26 sujets,
les effets therapeutiques furent favorables, surtout dans les formes aigues
avec catatonie. Le mecanisme de l’hemo-placento-therapie semble etre du
au choc aide efiicacement par l’element emotionnel. Get effet suggestif ne
peut etre opere que chez des malades dont la personnalite n’a pas subi
une disintegration trop avancee.
Fribourg-Beanc.
Le traitement par le soufre dans la schizophrenie (Schwefel Behandlung
bei Schizophrenie), par Albrecht Langeluddeke (Hambourg). Zeitschr. f. d. g.
Neuro. und Psych., Tome CXLIX, p. 499 a 513.
Expose des resultats obtenus par la sulfosine (Anasthesulf et Schwefelol
allemands). Sur 35 malades traites, 18 ameliorations (51,4 0/0) ont ete obte-
nues, tandis que sur 60 malades non traites il n’y a eu dans le mime temps
que 30 0/0 de remissions. Quelques considerations assez conjecturales sur
l’opposition d’une action du soufre immunisiobiologique dans la paralysie
generale et heredobiologique dans la schizophrenie terminent par un
« ornement » inutile cet article. Bibliographie.
Henri Ey.
De l’influence des injections intraveineuses des solutions hypertoniques
de Na CL dans l’epilepsie et la schizophrenie, par I.-M. Slivko et
Mme K.-P. Krijanowskaia. Sovietskaia Psichonevrologuia, T. X, n° 5, 1934,
p. 38-44.
Les auteurs soulignent les avantages des injections' intraveineuses hyper¬
toniques de serum physiologique. Ils notent en particulier la diminution
des cephalees et la diminution de frequence et d’intensite des crises epi-
leptiques. Ces faits sont dus a la diminution de l’etat oedemateux du cerveau.
L’hypertension cranienne s’abaisse et realise 1’attenuation des signes qui en
dependent. Les injections hypertoniques augmentent les processus d’oxyda-
tion dans les tissus et favorisent la destruction dans Porganisme des pro-
duits insufftsamment oxj'des.
Fribourg-Blanc.
Le traitement des toxicomanies par l’emulsion de lipides vegetaux, par
Roger Dupouy et Maurice Delaville. La Presse Medicale, n° 99, pp. 1998-2000,
12 decembre 1934.
Les auteurs donnent leurs statistiques des cures par le « demorphene ».
Les resultats sont rapides et les accidents evites grace a une technique tres-
precise. Toutefois certains sujets ont presente quelques troubles generaux.
ANALYSES
Ils sent intoxiqiies de vieille date avec un foie, des reins et des vaisseaux en
mauvais etat. II convient de les desintoxiquer d’abord au cours d’un traite¬
ment prealable avant le sevrage proprement dit. MM. Dupouy et Delaville
considerant la frequence des abces et leur valeur eliminatrice favorable
recherchent les moyens de provoquer une leucocytose therapeutique pen¬
dant les cures.
P. Carbette.
Emploi de l’autoserotherapie avec du serum de vesicatoire dans le traite-
ment des toxieomani.es, par Carratala. (Revista de Criminologia, psiquiatria
y medicina legal, T. XXII, n° 129, juin 1935).
L’auteur a employe avec succes les injections de serum de vesicatoire dans
de nombreux cas de toxicomanies. La technique en est tres simple : on-
applique un vesicatoire de 6 a 8 cm2 pendant 15 a 20 heures. II se forme
quelques vesicules qui confluent en general en une ampoule unique. La
phlyctene contient un liquide de reaction alcaline ou 1’on rencontre de
1’albumihe, de la fibrine et de la cantharidinfe. Le contenu de l’ampoule est
injecte sous la peau des bras ou de la paroi abdominale. On injecte 2 a
10 cm3 de serum chaque fois. Le nombre d’injections est variable, il atteint
en moyenne 3 a 5. On doit eviter d’entreprendre ce traitement chez les
malades presentant des lesions renales et l’examen des urines est obli-
ga Loire. La reaction provoquee par l’injection est le plus souvent insigni-
flante. Les resultats obtenus sont extremement favorables et le traitement
a le plus souvent le gros avantage de faire disparaitre la sensation de besoin
■eprouvee par les malades. En 15 a 20 jours, les toxicomanes sont en general
liberes de leur desir de la drogue. En meme temps, ils reprennent peu a peu
du poids et leur etat general s’ameliore.
Lauzier.
Les reflexes coaditionnels et le traitement de l’alcoolique, par G. Ichok. Le
Prog ics Medical, n» 45, pp. 1742-1745, 10 novembre 1934.
L’auteur invoque les experiences de Pavlov pour conseiller un moyen de
desintoxication des alcooliques. L’ingestion d’alcool est precedee d’une
injection d’apomorphine qui la lie a la certitude du vomissement. La diffi-
culte consiste evidemment a maintenir le degoflt apres suppression de
l’apomorphine. Le reflexe doit faire son oeuvre, mais il n’est pas mauvais
de le soutenir par une psychotherapie energique.
P. Carrette.
L’action du chlorhydrate d’emetine dans le traitement de l’alcoolisme et
de ses complications (La Accion del Clorhidrato de Emetina en el trata-
miento del Alcoholismo y sus complicaciones), par Antonio Tena. Revista
mexicana de Psiquiatria, Neurologia y Medicina Legal. T. I, n° 4, pp. 25-31,
novembre 1934.
Le chlorhydrate d’emetine en injections sous-cutanees, aux doses repe-
tees de 0,02 a 0,06 gr. donnerait d’excellents resultats dans le delirium
tremens et dans les manifestations neuro-psychiques de 1’intoxication alcoo-
lique a ses diverses phases. On suppose que l’emetine agit comme excitant
ANALYSES
30»
des secretions et comme decongestionnant. La cure peut etre heureusement
completee par la strychnine.
P. Carrette.
Valeur therapeutique de l’insuline dans certains troubles ovariens, par
0. Poulajn-Landrieu. Le Progres Medical, n° 49, pp. 1949-1953, 1“ decem-
bre 1934.
Les resultats obtenus grace aux injections d’insuline s’adressent aux
hemorragies de la puberte et de la menopause, aux dysmenorrhees liees
aux troubles fonetionnels en dehors de toute affection chirurgicale et dfc
developpements neoplasiques.
P. Carrette.
Traitement biologique des meningites a pneumocoques (Tratamiento bio-
logico de las meningitis neumococcias), par Alfredo Castoldi. La Semana
Medico, n» 2133, pp. 1717-1720, 29 novembre 1934.
La meningite a pneumocoques se presente dans la majorite des cas
comme un syndrome meninge type consecutif a une invasion infectieuse
avec localisation pharyngee. La confirmation du diagnostic est fournie par
1’examen du liquide cephalo-rachidien. La serotherapie antipneumococcique
est pratiquee avec succes en injections sous-cutanees et intra-rachidiennes
par « pompage » (aspirations du liquide, melange et introductions lentes
repetees) a la dose de 3 ccs, renouvelees 3 ou 4 fois.
P. Carrette.
La pyretotherapie dans le traitement des atrophies optiques d’origine
syphilitique (La Piretoterapia en el Tratamiento de las Atrofias Opticas de
origen Sifilitico), par Luis Sanchez-Bulnes. Revisla mexicana de Psiquiairia,
Neurologia y Medicina Legal. T. I, n" 4, pp. 33-39, novembre 1934.
Les resultats decevants et parfois les dangers du traitement arsenical
dans la nevrite optique sont connus. L’auteur a tente la pyretotherapie,
surtout le Dmelcos. II estime qu’associe au bismuth pile constitue la meil-
leure forme de traitement actuel. Dans les cas recents, l’arret de revolution
et m§me une amelioration nette Ont ete assez frequemment notes.'
P. Carrette.
Resultats obtenus par la pyretotherapie chimique dans les maladies
mentales (Resultados obtenidos con la piretoterapia quimica en los
eufermos mentales), par Ricardo Bordas-Jane. Revisla Medica de Rarlona.
T. XXII, no 131, pp. 371-380, novembre 1934.
L’auteur ne s’est pas borne a l’application de la pyretotherapie dans la
syphilis nerveuse. Ses succes s’etendent a des encephalites, a des epilepsies,
a des schizophrenics. L’abces de fixation par l’essence de therebentine n’a
donne que des ameliorations transitoires. La sulfosin a ete plus sure dans
ses effets. La pyretotherapie chimique est egalement une epreuve utile aux
explorations biologiques. Elle precise par les modes de tachycardies enre-
310
ANALYSES
gistrees le diagnostic des psychoses infectieuses ; elle renseigne sur la
reaction de la pression arterielle et sur la.velocite de sedimentation du sang.
P. Carrette.
Guerison durable d’un cas d’asthme bronchique avec la malariatherapie,
par Charles Costanzi. La Presse Medicale, n» 104, pp. 2099-2100, 29 decem-
bre 1934.
Certains cas d’asthme bronchique recidivent invariablement malgre
l’emploi des therapeutiques les plus variees tendant a modifier l’equilibre
neuro-vegetatif ou la diathese colloido-clasique. M. Costanzi presente l’ob-
servation d’un de ces malades soumis successivement sans effets a toutes les
cures connues et a qui il inocula le paludisme, — exactement la fievre tierce
benigne, — pour tenter de modifier les modalites de reaction du systeme
reticulo-endothelial dont l’importance lui parait decisive dans les etats
d’hypersensibilisation de l’organisme. Apres 8 mois devolution du palu¬
disme, l’asthme cedant au cours des periodes febriles, la quinine a pu etre
employee et la guerison se maintient depuis 3 ans.
P. Carrette.
Les algies scapulo-humerales et leur traitement par les agents physiques,
par G. Chaumet. La Presse Medicale, n° 102, pp. 2053-2057, 22 decembre 1934.
Les algies de l’epaule avec limitation des mouvements compliquees de
contracture et plus tard d’amyotrophie, de plexite, repondent au syndrome
de la peri-arthrite scapulo-humerale qu’il importe de distinguer de la
nevralgie cervico-brachiale et des sequelles des traumas scapulaires. La
radiotherapie semi-penetrante a doses moderees, repetee 2 ou 3 fois par
semaine, serait le meilleur des traitements par les agents physiques.' II est
remarquable d’observer avec la sedation des algies et la restitution de la
motilite, la disparition frequente des calcifications peri-artieulaires.
P. Carrette.
MEDECINE LEGALE
Crime et Chatiment. Contribution a l’etude de la psychologie du psycho-
pathe delinquant (Crimen y Castigo. Contribucion ai estudio de la psicolo-
gia del psicopata delincuente), par Angel Garma. Archivos de Neurobiologia.
T. XIV, n° 4, pp. 579-598, 1934.
Les avis sont partages sur les resultats du chatiment chez les psychopathes
delinquants. L’intimidation justifierait un accroissement de peine chez les
sujets atteints d’atrophie ethique. M. Garma montre qu’il est impossible
de decider la peine si on ne connait exactement les mobiles du malade.
Dans certains cas, il s’agit d’impulsion et les consequences n’ont pas ete
envisagees. La peine doit etre legere et l’effort educatif suivre immedia-
tement. Il est prouve que le delinquant agit souvent par masochisme ou
sentiment de culpabilite et on comprend que la peine va a l’encontre des
interets de tous ; elle fournirait une justification au malade auquel il
convient d’appliquer les methodes psychotherapiques de reeducation sociale
ou d’adaptation a une existence collective surveillee.
P. Carrette.
ANALYSES
311
Crimes de motif inintelligible representant le symptome initial du
developpement insidieux d’une schizophrenie (Crimes of Unintelligible
Motivation as Representing an Initial Symptom of an Insidiously Developing
Schizophrenia), par A. W. Hackfield. The American Journal of Psychiatry.
T. LXXXXI, n” 3, pp. 639-668, novembre 1934.
L’auteur etudie les eifets compares du regime hospitalier et du regime
penitencier sur le developpement de la schizophrenie. Le crime conftitue
parfois la premiere reaction importante de l’etat pathologique. Les sujets
,se repartissent en 3 groupes : 1. la maladie est meconnue, le criminel est
emprisonne ; Revolution des symptomes est aggravee, precipitee ; 2. l’exa-
men medico-legal etablit la nature morbide des reactions et le traitement
medical verifie le diagnostic ; 3. la personnalite psychopathique est iden-
tifiee a l’occasion du crime. On constate que les tendances schizoides peu-
vent conduire a des crimes atroces. La possibilite de telles violences est
parfois pressentie par l’analyse ; elle commande l’observation et une sur¬
veillance speciale des interesses.
> P. Carrette.
Suicides et homicides dans leurs relations avec les modifications barome-
triques (Suicides and Homicides in their Relation to Weather Changes), par
C. A. Mills. The American Journal of Psychiatry. T. LXXXXI, n° 3, pp. 669-
677, novembre 1934.
Les perturbations barometriques profondes exercent une influence consi¬
derable sur l’etat emotif de certains desequilibres. M. Mills note que les
suicides et les crimes augmentent quand la temperature s’eleve et que la
pression baisse brusquement, quand l’instabilite atmospherique est intense.
II signale la frequence du desequilibre emotif chez les sujets venant des
etats du Sud vers le Nord des Etats-Unis et supportant mal les perturbations
exterieures. II est evident que les actes de violence sont commis a l’occa¬
sion de troubles fonctionnels importants qui declanchent l’agitation. ou
1’angoisse et dans le desarroi des difficultes materielles accumulees.
P. Carrette.
Responsabilite medicale. Serotherapie antitetanique, par M. Courtois-
Suffit et Francis Bourgeois. Gazette des Hopitaux, n» 7, pp. 111-113,
23 janvier 1935.
Pourquoi faut-il que cette question de la responsabilite medicale a pro-,
pos du tetanos soit encore aujourd’hui d’a'ctualite V Certains praticiens ont
ete blames, voire condamnes, pour avoir injecte du serum, d’autres pour
ne l’avoir pas fait. On ne peut se fier ni a la benignite de la plaie, ni aux
traitements preventifs anterieurs. On meurt egalement du tetanos et de la
serotherapie. Et cependant il existe un vaccin antitetanique. II suffirait de
l’injecter aux sujets exposes dans 1’industrie, dans les grandes ‘ adminis¬
trations (la compagnie des chemins de fer d’Orleans a organise cette vac¬
cination sur ^’initiative de M. Bazy), dans les collectivites enfantines. C’est
an precede exempt de dangers, d’une efficacite eprouvee ,et qui mettrait
' definitivement a l’abri, et les blesses, et les medecins.
P. Carrette.
VARIETES
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
La seance supptementaire du mois de mars de la Societe Medico-psycho-
logique, seance exclusivement reservee a des presentations, aura lieu le
jeudi 12 mars 1936, a 9 heures 30 tres precises, a PHopital Henri-Rousselle,
1, rue Cabanis, a Paris (XIV" arrondissement), dans l’Amphitheatre du-
Pavilion Magnan.
La seance ordinaire du mois de mars de la Societe MejdicoJpsycholo-
gique aura lieu le iundi 23 mars 1936, a 4 heures tres precises, an siege
de la Societe, 12, rue de Seine, a Paris (VIC arrondissement).
La seance ordinaire du mois d’Avnn. de la Societe Medico-psyc'holo-
gique aura lieu le lundi 27 avril 1936, a 4 heures tres precises, au siege
de la Societe, 12, rue de Seine, a Paris (VI" arrondissement). La Societe
Medico-psychologique ne tiendra au mois d’avril qu’une seule seance.
Diner annuel.
Le diner annuel de la Societe Medico-psychologique aura lieu le lundi
25 mai 1936.
ASILES PUBLICS D’ALIENES
Necrologie.
M. le D1' Jean Piquemal, Medecin-Chef a 1’Asile prive faisant fonction
d’Asile public d’alienes de Limoux (Aude).
Legion d’Honneur.
Est promu Ojficier de la Legion d’Honneur :
M. Orei.li, Directeur du Centre d’Hygiene mentale de Marseille (Bouches-
du-Rhdne).
Chevalier de la Legion d’Honneur :
M. Pradei., Directeur administratif de la Maison de Sante de Leyme (Lot).
VAR1ETES
Medaille d’Honneur de l’Assistance publique.
Medaille d’ Argent :
M. le Dr Aubry (Jean-Marie-Edmond), Medecin-Chef a l’Asile public d’alie¬
nes de' Mareville (Meurthe-et-Moselle) ;
M. le Dr Wahl (Paul-Lucien), Medecin-Chef a l’Asile public d’alienes de
Marseille (B.ouches-du-Rhone). '
M. le D‘ Privat de Fortunie, Medecin-Chef a l’Asile publie d’alienes de
Mareville (Meurthe-et-Moselle) .
M. Geraudajj, Directeur administratif de l’Asile public d’alienes
d’Amiens (Somme).
Nominations.
M. le Dr Paul Courbon est nomme Medecin-Chef a l’Asile Clinique
(Sainte-Anne), a Paris ;
M. le Dr Briau est nomme Medecin-Chef a l’Asile public d’alienes de
Clermont-de-l’Oise ;
Mile le D1 Jacob est nommee Medecin-Chef a l’Asile public d’alienes
d’Alengon (Orne) ;
M. le Dr Thuillier est nomme Medecin-Chef a l’Asile public d’alienes de
Saint-Venant (Pas-de-Calais) ;
M. Frick est nomme Directeur administratif de l’Asile public d’alienes
de Hcerdt (Bas-Rhin).
Postes vacants.
Sont vacants :
un poste de Medecin-Directeur a 1’Asile public d’alienes de Vauclaire
(Dordogne) ;
un poste de Medecin-Chef a l’Asile public d’alienes de Vauclaire (Dor¬
dogne) ;
un poste de Medecin-Chef a l’Asile public d’alienes de La Roche-sur-Yon
(Vendee) ;
un poste de Medecin-Chef a 1’Asile public autonome de Bailleul (Nord) ;
un poste de Medecin-Chef a 1’Asile public autonome de Bassens (Savoie).
Concours pour 9 postes de Medecin des Asiles publics d’alienes.
Par arrete du ministre de la Sante publique en date du 17 fevrier 1936,
un concours pour neuf emplois de medecin du cadre des asiles publics
d’alienes s’ouvrira a Paris, au ministere de la Sante publique et de l’Edu-
cation physique, le lundi 27 avril 1936.
Les candidats adresseront a la direction du personnel de la comptabilite
et des habitations a bon marche (ler bureau), pour le vendredi 27 mars au
plus tard, les pieces suivantes : leur acte de naissance, leur diplome de
docteur en medecine, leurs etats de service, un expose de leurs titres, un
resume succinct de leurs travaux, du depot de leurs publications, les pie¬
ces etablissant leur stage, les pieces etablissant l’accomplissement de leurs
obligations militaires.
314
YARIETES
Concours pour 2 postes de Medecin chef des Asiles de la Seine.
Le Jury etait compose de MM. :
President : Dr Dequidt, Inspecteur general des Services administratifs ;
Membres titulaires : MM. Ies Drs Ducoste, Gouriou, Xavier Abely, Barbe,
Lagriffe, Rougf.an ;
Membres suppleants : MM. Ies Dls Guiraud, Ducos.
A la suite de ce concours, M. le Dr Vie a ete nomme Medecin-Chef des
Asiles de la Seine.
Concours pour un emploi de Medecin chef de service de Neuro-
psychiatrie A l’Hopital civil frangais de Tunis.
Un concours sera ouvert, au siege de la Faculte de Medecine, a Paris, le
jeudi 30 avril 1936, pour un emploi de medecin-chef du service de neuro-
psychiatrie, a l’Hdpital civil frangais de Tunis.
Ce concours aura lieu devant un jury compose de trois juges designes
par le doyen de ladite Faculte.
Les epreuves consisteront en :
1° Une composition ecrite sur un sujet de pathologie interne, d’une duree
de trois heures (sans note, ni livre) ;
2° Une consultation ecrite sur un malade au choix du jury (une demi-
heure pour l’examen, une heure pour la redaction) ;
3° Une epreuve clinique orale sur deux malades (pour chacun d’eux :
une demi-heure pour l’examen, dix minutes pour 1’exposition) ;
4° Une appreciation des titres, travaux et services des candidats.
Le president du jury fera un rapport sur les operations du concours et
presentera les candidats par ordre de merite en indiquant la valeur respec¬
tive des epreuves de chacun d’eux.
Conditions d’inscription au concours
Pour se presenter au concours, les candidats devront reunir les condi¬
tions suivantes :
1° Adresser a la Direction de l’Interieur (Service de la Sante Publique a
Tunis) une demande avec indication de leur residence actuelle ;
2° Etre Frangais ;
3° Avoir le dipldme d’Etat de docteur en medecine confere par une
Faculte frangaise ;
4° Produire une notice sur leurs titres, travaux et services anterieurs ;
5° Ne pas etre age de plus de 40 ans, compte tenu de la duree des servi¬
ces militaires ;
6° Les candidats admis a concourir figurent sur une liste dressee par
1’Administration apres avis d’une Commission siegeant a Paris et dont la
composition est fixee par arrete.
L’entree en fonction est fixee au l'1' juin 1936.
Les avantages attaches a l’emploi consistent en une indemnity annuelle
lie 15.000 francs.
La liste d’inscription sera close le 14 mars 1936.
VAR1ETES
HOPITAL HENRI-ROUSSELLE
M. le D*' Th. Simon est nomine Medecin-Directeur de VHopital Henri-
Rousselle, en remplacement de M. le Dr Ed. Toulouse, admis a faire valoir
-ses droits a la retraite.
ASSISTANCE ET LEGISLATION
Tin projet de reforme de la loi sur le regime des malades mentaux
en Belgique.
En date du 20 janvier 1936, M. le Ministre de la Justice de Belgique a
institue une commission chargee de remettre a l’etude le projet de loi sur
le regime des malades mentaux.
Cette Commission, sous la presidence de M. Poll, Directeur general au
Ministere de la Justice, compriend M. le Dr Brutsa^rt, M. Leon Cornil, Avo-
cat general a la Cour de Cassation, M. P. Cornil, Inspecteur du Ministere
de la Justice, MM. les Professeurs Heger-Gilbert et Aug. Ley, M. L. Mativa,
Directeur au Ministere de la Justice, MM. les Drs Meeus et Sano, et M. le
Professeur G. Vermeylen, President de la Societe de Medecine Mentale.
REUNIONS ET CONGRESS
Societe Suisse de Psychiatrie.
L ’Assemblee de printemps de la Societe Suisse de Psychiatrie aura lieu a
Geneve les 2 et 3 mai 1'936, sous la presidence de M. le Dr Flournoy,
Les rapports suivants ont ete mis a l’ordre du jour de cette Assemblee :
L’automatisme mental selon G. de CUrambault, par M. le Dr A. Brousseau
(de Paris) ;
Etude clinique des automaiismes mentaux, par M. le D1' F. Morel (de
<!enAve) .
Federation Internationale des Organisations d’Eugenique.
L 'Assemblee annuelle de la Federation Internationale des Organisations
d’Eugenique se tiendra a La Haye, du 16 au 21 juillet 1936.
Parmi les questions mises a l’ordre du jour de cette Assemblee figurent :
Nouvelles recherches sur I’heredite des troubles mentaux,
Nouvelles methodes. de recherches de psychologie normale sur Vheredite,
.Statistiqnes de selection chez Vanimal et chez Vhomme,
Rapports des differentes nations representees a cette Assemblee sur la ste¬
rilisation eugenique.
Les Inscriptions sont revues par Mrs C.B.S. Hodson, Secretaire honoraire,
443, Fulham Road, Londres, S.W. 10.
316
VARIETES
ACADEMIE DE MEDECINE
Prix a decerner par l’Academie de Medecine en 1936.
Nous indiquons ici seulement ceux de ces prix dont le r£glement permet
l’attribution a des travaux interessant la Neuro-psychiatrie, l’Hygiene men-
tale ou la Medecine legale.
Prix Alvarenga de Piauht (Bresil). — Anonymat obligatoire, — Partage
interdit. 1.2fl0 francs. (Annuel).
Ce prix sera decerne au meilleur memoire ou oeuvre inedite (dont le sujet
restera au choix de l’auteur) sur n’importe quelle branche de la medecine.
Prix Anonyme. — Anonymat interdit. — Partage autorise. 2.000 francs..
(Decennal).
Ge prix sera decerne aux meilleurs travaux presentes, par des concur¬
rents de nationality frangaise, sur les maladies infectieuses des femmes en
couches.
Prix Apostoli. — Anonymat facultatif. — Partage interdit. 1.000 francs.
(Annuel). 1
Ce prix sera decerne au meilleur ouvrage, travail ou memoire, fait dans,
l’annee, en France ou a l’etranger, sur 1’electrotherapie.
Prix Argut. — Anonymat facultatif. — Partage interdit. 800 francs. (An¬
nuel).
Ce prix sera decerne a l’auteur de decouvertes tendant a agrandir la
coiiqu£te de la medecine sur le domaine de la chirurgie.
Prix Baillarger. — Anonymat facultatif. — Partage interdit. 2.500 fr.
(Biennal).
Ce prix sera decerne a 1’auteur du meilleur travail sur la therapeutique
des maladies mentales et sur l’organisation des Asiles publics et prives
consacres aux alienes.
Les memoires des concurrents devront toujours #tre divises en deux par¬
ties. Dans la premiere, ils exposeront, avec observations cliniques a Fappui,
les recherches qu’ils auront faites sur un ou plusieurs points de therapeu¬
tique. Dans la seconde, ils etudieront, separement pour les Asiles publics
et pour les Asiles prives, par quels moyens et au besoin par quels change-
inents dans l’organisation de ces ‘Asiles on pourrait faire une part plus large
au traitement moral et individuel.
Prix du Baron Barbier. — Anonymat facultatif. — Partage autorise.
2.500 francs. (Annuel).
Ce prix sera decerne a l’auteur qui decouvrira des moyens complets de
guerison pour des maladies reoonnues jusqu’a present le plu,s souvent incu¬
rables, comme la rage, le cancer, l’epilepgie, la scrofule, le typhus, le cho¬
lera morbus, etc.
Des encouragements pourront etre accordes a ceux qui, sans avoir atteint
le but indique, s’en seront le plus rappnoches.
Prix Charles Boullard. — Anonymat facultatif. — Partage interdit.
2.000 francs. (Biennal).
VARIETES
Ce prix sera decerne au medecin qui aura fait le meilleur ouvrage ou
obtenu les meilleurs resultats de guerison sur les maladies mentales en
arretant ou en attenuant leur marche terrible.
Prix Boulongne. — Anonymat facultatif. — Partage interdit. 6.000 fr.
<Biennal) .
Ce prix sera decerne a 1’auteur frangais du meilleur travail imprime ou
manuscrit paru pendant les deux annees ecoulees, ou de la decouverte la
plus importante faite sur la prophylaxie des maladies contagieuses en gene¬
ral et sur celle de la syphilis en particulier. Le travail sera precede, autant
que possible, d’une etude sur I’etiologie de ces affections.
Prix Adrien Buisson. -r- Anonymat facultatif. — Partage interdit.
12.000 francs. (Triennal).
Ce prix sera decerne a 1’auteur des meilleures decouvertes ayant pour
resultat de guerir des maladies reconnues jusque-la incurables dans l’etat
.actuel de la science.
Prix Civribux. — Anonymat obligatoire. — Partage interdit. 1.000 francs
(Annuel).
Question a poser sur le traitement et la guerison des maladies provenant
de la surexcitation de la sensibilite nerveuse.
Prix Clarens. — Anonymat facultatif. — Partage interdit. 500 francs.
(Annuel) .
Ce prix sera decerne a 1’auteur du meilleur travail, manuscrit ou imprime,
sur l’hygiene.
Prix du XIII* Congres international de Medecine de Paris de 1900
(Fondation Lannelongue). — Partage interdit. — 8.000 francs. (Triennal).
Ce prix sera decerne a un savant ou a un docteur en medecine meritant,
faisant partie ou non de l’Academie, pour l’aider dans ses travaux et recher-
■ches dans le domaine des sciences medico-chirurgicales.
Fondation de M. et Mme Day. — Deux titres de rente de 3.000 francs.
Un titre de rente de 3/000 francs sera attribue a la personne qui aura
decouvert un remede effectif et .reconnu pour guerir la maladie de l’al-
coolisme.
Un titre de rente de 3.000 francs, sera attribue a la personne qui aura
decouvert un remede effectif et reoonnu pour guerir la dipsomanie.
Prix Desnos. — Partage interdit. — 3.600 francs. (Triennal).
Ce prix sera decerne tous les trois ans a un docteur en medecine ou a un
interne des Hopitaux de Paris pour accomplir une mission scientiflque a
l’etranger.
Prix Desportes. — Anonymat facultatif. — Partage autorise. 1.500 fr.
(Annuel).
Ce prix sera decerne a 1’auteur du meilleur travail sur la therapeutique
medicale pratique et sur l’histoire naturelle pratique et therapeutique.
Prix Alfred Dutens. — Travaux imprimes. — Partage interdit. 10.000 fr.
(Decennal).
Ce prix sera decerne tous les dix ans au meilleur ouvrage (livre ou
31S
VAR1ETES
memoire) paru dans ce laps de temps sui- des questions relatives, sinon
exclusivement, du moins principalement au cancer, a la tuberculose, au dia-
bete, a l’albuminurie, a l’angine de poitrine, etc..., e'n un mot d’une maniere
generale a toute maladie consideree .jusqu’alors comme incurable, soit tout
au moins comme etant d’une guerison tres rare et tres difficile.
Prix Falret. — Anonymat obligatoire. — Partage interdit. 1.500 francs.
(Biennal).
Question a poser sur les maladies mentales et nerveuses.
Prix Jacques Gueeetin. — Anonymat facultatif. — Partage autorise,
1.500 francs. (Annuel).
Les memoires presentes et les travaux recompenses ne devront s’appuyer
que sur des observations puisees dans la clinique humainej sans aucunei
espece de vivisection ou aucune experience sur les animaux.
Prix du D1' Paul Guillaumet. — Anonymat interdit. — Partage interdit.
1.500 francs. (Annuel).
Ce prix est destine a recompenser le meilleur travail original relatif a
l’hygiene de l’enfance.
Prix Catherine Hadot (Epouse Barillier). — Partage autorise. — 3.600 fr.
(Annuel).
Ce prix sera decerne aux auteurs frangais ayant fait les meilleurs ouvra-
ges sur les maladies ci-apres et leurs traitement ou guerison, savoir : phtisie
pulmonaire ou les autres tuberculoses, le cancer, Vepilcpsic, le cholera.
Prix Theodore Herpin (de Geneve). — Anonymat facultatif. — Partage
interdit. 3.000 francs. (Annuel).
Ce prix sera decerne a 1’auteur du meilleur ouvrage sur l’epilepsie et les-
maladies nerveuses.
Prix Henri Huchard, de 1’Academie de Medecine (Prix de devouement
medical en souvenir de sa fille Marcelle Huchard>. Anonymat interdit. ■ —
Partage autorise. 8.000 francs (Biennal).
Ce prix, qui pourra etre partage en deux -ou trois parts, sera attribue
a une personne ou des personnes de nationalite francaise, appartenant de
preference au corps medical (etudiants, medecins, chirurgiens, etc.), par
exception a des personnes n’en faisant pas partie, s’etant distinguees par
leur devouement aux malades ou a la science medieale.
Prix du Comte Hugo. — Anonymat facultatif. — Partage interdit.
1.000 francs. (Quinquennal).
Ce prix sera decerne a 1’auteur du meilleur travail, manuscrit ou imprime,.
sur un point de 1’histoire des sciences medicaies.
Prix Itard. — Travaux imprimis. — Partage interdit. 2.400 francs,
(Triennal).
Ce prix sera accorde a 1’auteur du meilleur livre de medecine pratique
ou de therapeutique appliquee.
Pour que les ouvrages puissent subir l’epreuve du temps, il est de condi¬
tion rigoureuse qu’ils aient au moins deux ans de publication.
Prix du Baron Larrey. — Anonymat facultatif. - — - Partage autorise.
500 francs. (Annuel).
VAR1ETES
310
Ce prix, qui ne pourra etre divise que dans des cas exceptionnels, sera
attribue a l’auteur du meilleur travail de statistique medicale. Dans le cas
oil, par exception, il ne pourrait 6tre decerne, l’Academie serait autorisee
a l’employer dans son interet.
Fondation Laval. — Partage interdit. — 1.200 francs. (Annuel).
Les arrerages seront donnes comme recompense a l’eleve en medeeine qui
se sera montre le plus meritant. Le choix de cet eleve appartient a l’Aca¬
demie de Medeeine.
Prix Lefevre. — Anonymat obligatoire. — Partage interdit. 3.000. francs.
(Triennal).
Ce prix sera decerne au meilleur ouvrage sur la melancolie.
Prix Henri Lorquet. — Anonymat facultatif. — Partage interdit. 300 fr.
(Annuel).
Ce prix sera decerne a l’auteur du meilleur travail sur les maladies men-
tales.
Prix Magnan. — Anonymat obligatoire. — Partage interdit. 3.500 francs.
(Triennal).
Ce prix sera decerne au meilleur travail sur une question de medeeine
mentale posee par 1’Academie.
Prix Mege. — Anonymat obligatoire. — Partage interdit. 1.500 francs.
(Biennal).
Ce prix sera decerne a l’auteur du ' meilleur ouvrage sur un sujet : 1° de
physiologie experimentale ; 2° d’anatomie pathologique, et ensuite a la
volonte de l’Academie.
Prix Orfila. — Anonymat obligatoire. — Partage interdit. 3.000 francs.
(Biennal).
Les questions choisies par 1’Academie seront empruntees deux fois de
suite a la toxicologie, puis la troisieme fois a la medeeine legale. Quand
le prix n’aura pas etc decerne, la question de toxicologie sera remise une
seconde et, au besoin, une troisieme fois au concours : dans ce dernier cas,
la question de medeeine legale sera supprimee.
Apres 1901, l’Academie pourra remplacei- les questions de medeeine
legale par d’autres empruntees a la physiologie, a l’anatomie pathologique,
a la pathologie, la chirurgie ou l’obstetrique.
Prix Otterbourg. — Partage interdit. — 1.000 francs. (Triennal).
Ce prix est decerne par l’Academie a un jeune confrere, deja laureat de
l’Academie, en vue de lui permettre de passer quelque temps dans un eta-
blissement d’instruction clinique de l’etranger.
Prix Pannetier. — Anonymat facultatif. — Partage interdit. 4.000 francs.
(Annuel).
Ce prix sera decerne chaque annee a 1’auteur d’une decouverte en mede-
cine ou en chirurgie ou k toute personne qui se sera distinguee dans
l’application, des decouvertes recentes.
Prix Perron. — Anonymat facultatif. — Partage autorise. 4.000 francs.
(Quinquennal).
Ce prix sera decerne a 1’auteur du memoire le plus utile aux progres de
la medeeine.
320
VARIETES
Prix Sabatier. — Anonymat facultatif. — Partage interdit. 600 francs.
(Biennal).
Ce prix sera decerne a 1’auteur du meilleur travail,- manuscrit on imprime,
sur n’importe quelle branche des sciences medicales.
Prix Saintour. — Anonymat facultatif. — Partage interdit. 5.000 francs.
<Biennal).
Ce prix sera decerne a 1’auteur du meilleur travail, manuscrit ou imprime,
sur n’importe quelle branche de la medecine.
Prix Marc See. — Travaux imprimes. — Partage interdit. 1.200 francs.
(Biennal).
Ce prix sera decerne a 1’auteur du meilleur travail concernant 1’anatoinie
et la physiologie de 1’homme, publie dans les quatre dernieres annees et
non recompense anterieurement par l’Academie de Medecine ou par l’lns-
titut.
Prix Testut. — Anonymat interdit. — Partage autorise. 1.500 francs.
(Triennal).
Ce prix sera accorde tous les trois ans au meilleur travail d’anatomie
bumaine ou comparee, publie ou ecrit dans les cinq annees precedentes.
Prix Vautrin-George. — Anonymat interdit. — Partage interdit. 1.000 fr.
.(Sexennal).
Les arrerages de cette donation, serviront soit a decerner un prix, soit a
attribuer une subvention (au choix de l’Academie), a 1’auteur des meilleurs
travaux de laboratoire portant sur la chimie medicale ou la therapeutique
experimentale.
Prix Vernois. — Anonymat facultatif. — Partage autorise. 800 francs
.(Annuel).
Ce prix sera attribue au meilleur travail sur l’hygiene.
Note. — Le montant des prix sera soumis au prelevertieht de 10 % prevu
par le decret-loi du 16 juillet 1935.
Le Redacleur en chef-Gerant : Rene Charpentier.
Caliors, Imprimerie Coueslant (personnel interesse). — 51.745
Tome I. — N° 3
Mars 1936
ANNALES
MfiDICO-PSYCHOLOGIQUES
MEMOIRES ORIGINAUX
HALLUCINATIONS VISUELLES
ET LESIONS DE L’APPAREIL VISUEL
PAR
J. LHERMITTE et J. DE AJURIAGUERRA
Ainsi qu’en temoigne une litterature abondante et sans cesse
renaissante, le probleme des hallucinations reste un de ceux qui
appellent et retiennent l’attention des psychiatres et des neurolo-
gistes en raison des incertitudes dont il s’entoure et des mysteres
physiologiques et psychologiques que l’on voudrait percer.
Au seuil de ce travail, nous nous garderons de reprendre la
discussion tant de fois entreprise de la definition de l’hallucina-
tion. En verite, la bataille livree entre les tenants de l’hallucina-
tion dite vraie et ceux des pseudo-hallucinations ou halluci-
nose, nous semble bieU plus alimentee par des mots qui s’oppo-
sent que par des idees qui se contrarient. Avec Esquirol, nous
estimons que tout homme qui a la conviction intinie d’une
sensation actuellement percue, alors que nul objet exterieur pro-
pre a exciter cette sensation n’est a la portee de ses sens, est
dans un etat hallucinatoire. Et Esquirol ajoute « que, non seu-
lement, chez l’hallucine, il n’y a pas d’objet exterieur agissant
sur les sens, mais que parfois ceux-ci ne fonctionnent plus ».
Ann. Med.-psych., XVp serie, 94e annee, t. I. — Mars 1936. 21.
322
J. LHERMITTE ET J. DE AJUR1AGUERRA
Nous dirons, d’une maniere plus generate, ou fonctionnent d’une
maniere defectueuse.
Ces lignes, dues a la plume du vieil alieniste, montrent assez
que nos devanciers avaient fort bien remarque qu’une liaison
pouvait reunir un processus psychologique complexe tel que
celui qui est a la base de toute hallucination et une lesion orga-
nique affectant tel ou tel appareil sensoriel.
Le sujet que nous abordons n’est done pas nouveau, mais s’il
a ete aborde depuis les origines de la Medecine mentale, on peut
convenir que ce theme est loin d’avoir ete completement eclairci.
Les hallucinations auditives, et plus specialement les hallu¬
cinations verbales, beaucoup plus souvent observees que les
visuelles dans les services d’alienes, puisqu’elles alimentent les
delires et s’intriquent avec les pensees morbides, ont attire la
curiosite des psychiatres d’une maniere beaucoup plus active
que les visuelles ; et les travaux sur les rapports des hallucina¬
tions auditives avec les otopathies sont legion, a commencer par
ceux que nous devons a Bechterew, Seglas, Regis, Jacques
Richard.
Au contraire, les hallucinations visuelles dans leurs relations
avec les lesions de l’appareil sensorio-moteur optique ont ete,
semble-t-il, quelque peu delaissees. Et e’est precisement cette
raison qui nous a incites a reprendre le probleme qui fait 1’objet
de cette etude.
1° Les hallucinations visuelles, qui apparaissent et se develop-
pent a la suite des paralysies des nerfs oculo-moteurs, ne nous
retiendront pas longtemps. Non que le complexus hallucinatoire
manque d’interet, mais parce qu’il a ete tres etudie depuis
quelque dix ans apres la premiere etude de Lhermitte sur
l’hallucinose d’origine pedonculaire, suivie des remarquables
travaux de Van Bogaert, de Delbecke, de Garcin et Renard, d’Ala-
jouanine et Gopcewitch, d’Andre Thomas et Rendu, de Popoff,
de Schilder, et, recemment, de Morsier (1935). ,
D’autres observations montrent egalement combien peut etre
frequente 1’association d’une paralysie oculaire centrale avec
l’hallucination visuelle. Nous en prendrons temoignage dans le
fait rapporte par Laignel-Lavastine et P. Kahn, ou l’on voit sur-
venir, a la suite d’une commotion cerebrale avec paralysie ocu¬
laire, des phantasmes visuels sous la forme de diablotins et
d’animaux minuscules, lesquels persistent pendant deux mois
et demi, et les deux observations de J. Christophe et Schmite, qui
HALLUCINATIONS VISUELLES
ont trait a des tumeurs d’origine temporale avec compression
du pedoncule cerebral.
2° Hallucinations associees a des lesions des elements senso-
riels cerebraux de Vappareil visuel. — Toute alduteration du
tractus visuel, lequel s’etend depuis la retine jusqu’a la circon-
volution calcarine, peut etre accompagnee (nous n’ecrivons pas
suivie, car ce serait prejuger la pathogenie) d’hallucinations
visuelles ; c’est dire qu’il nous faut prendre un apercu de toutes
les alterations dont le tractus optique peut etre l’objet et recher-
cher si l’on peut decouvrir une relation de cause a effet, entre la
lesion optique et la perception sans objet. Le recepteur visuel
peripherique, la retine, se projetant sur la calcarine, ainsi que
l’a montre Henschen, il pouvait sembler, a premiere vue, que les
alterations de cette zone cerebrale dussent engendrer frequem-
ment, par retentissement sur la fonction, des phenomenes hallu-
cinatoires. La these de Tamburini, si en honneur autrefois, pre-
tait a cette supposition. En realite, il n’en est rien. Certes, les
faits observes et les experiences poursuivies par Schroeder,
Henschen, Loewenstein, Borchardt, Berger, Krause, Foerster, ont
bien demontre que Alteration legere ou profonde des « aires
striees » ou calcariniennes, peuvent engendrer le phantasme
visuel, mais celui-ci demeure elementaire, brut, pourrait-on dire.
Ce que le patient saisit, ce ne sont pas des figures composees et
vivantes, mais des sensations simples, des nuages, des fumees, des
courbes capricieuses, des flammes. Nous l’avons directement
observe sur une malade atteinte d’hydrocephalie par tumeur,
chez laquelle nous pratiquions regulierement, et avec la plus
grande facilite, une ponction ventriculaire. Un jour, la malade,
aussitot 1’ aiguille enfoncee dans l’hemisphere droit, s’ecria r
« Oh ! l’incendie, je vois du feu, des flammes. » Nous degagea-
mes 1’ aiguille et nous dirigeames la pointe plus en dedans, l’hallu-
cination avait deja cesse.
Les processus neoplasiques, de l’avis de Cushing et de Horrax,
sont beaucoup moins aptes que l’on aurait pu penser, a declenchei
des hallucinations. Nous manquons de renseignements precis et
suffisamment nombreux sur les traumatismes, ainsi que le remar-
quent Lereboullet et Mouzon a propos d’une observation per¬
sonnel^, dans laquelle un projectile, situe en pleine zone calca¬
rine gauche, avait entraine 1’apparition d’hallucinations figu-
rees. C’etait des images bizarres, des caricatures, des gens degui¬
ses ou des choses qui n’ont pas de nom, parfois menacantes, et
qui declenchaient des reactions de defense de la part du blesse.
324
J. LHERUITTE ET J. DE AJURIAGUERRA
Lorsque la lesion calcarinienne entraine une cecite complete,
cecite dont le sujet peut ne pas avoir connaissance, ainsi que l’a
demontre, le premier, Redlich et ainsi que 1’un de nous (Lher-
mitte), l’a observe avec Nicolas, les hallucinations peuvent eclore,
vives, variees et quasi-ininterrompues. Le deroulement des
images hallucinatoires peut etre tel que le malade donne l’impres-
sion de vivre dans un monde imaginaire plein de fantaisie et
d’imprevu. Mais, dans les faits de ce genre, les lesions ne se
limitent pas a l’aire visuelle ( area striata ) et envahissent les
zones adjacentes ou s’elaborent des processus moins elementai-
res. Et 1’on comprend que O. Foerster ait soutenu que, lorsque
des hallucinations visuelles figurees survenaient a la suite des
lesions portant sur la region occipitale, on etait en droit de
penser a l’extension des processus morbides aux circonvolutions
adjacentes a l’aire striee.
La cecite corticale n’implique pas la destruction anatomique
complete de la sphere visuelle ; dans les cas de Lhermitte et
Nicolas, par exemple, il s’agissait de lesions d’Alzheimer tres
profondes, mais non pas absolument destructives, et l’on peut
se demander ce qu’il advient lorsque l’aire striee a disparu.
Selon Henschen et Eskuchen, la destruction complete de l’aire
striee n’est pas compatible avec la production d’hallucinations.
Niessl V. Mayendorff incline dans le meme sens et pense que le
processus du ramollissement, excitant la zone visuelle avant de
la supprimer, cree une phase hallucinatoire preparatrice de la
periode de 1’amaurose muette. Cette interpretation ne saurait
etre admise, meme apres les plus formelles reserves, puisque
nous ignorons si un processus morbide est capable de realiser
l’excitation d’une fonction (Triantaphyllos).
Nous rappellerons pour memoire seulement les hallucinations
qui se deroulent dans le champ hemianopsique ou dans le champ
visuel conserve dans les cas de lesions portant sur une moitie
du tractus visuel retro-schiasmatique. Lamy, Seguin, Henschen,
Bidou, Vorster, Feren, Higier, Paul Camus en ont rapporte de
tres demonstratives observations, mais la statistique d’Eskuchen
apparait, de toutes, la plus impressionnante puisqu’elle ne
comprend pas moins de 47 cas, dont 21 avec consecration ana¬
tomique.
Une des modalites les plus dignes de retenir l’attention des
neurologistes est, sans contredit, l’hallucination liee aux tumeurs
du lobe temporal, lesquelles ont fait l’objet de remarquables
travaux de la part de H. Jackson, H. Cushing, de Horrax, de
Baruk et dont de beaux exemples ont ete rapportes par de Mar-
HALLUCINATIONS VISUELLES
325
tel, C. Vincent, Hartmann, Oppenheim, F. Krause, F. Kennedy.
Souvent, 1’hallucination surgit dans le champ hemianopsique,
mais cette eventuality n’est pas obligee. Ce qui semble devoir
etre retenu, c’est que les hallucinations d’origine temporale peu-
vent reproduire toutes les varietes de phantasmes, de phantop-
sies (True), depuis les plus elementaires, telles que les images
de fumees, jusqu’aux plus complexes, qui s’etagent depuis les
figures d’animaux ou de personnages humains, jusqu’aux sce¬
nes animees qui groupent de nombreux figurants. II semble
egalement que, assez frequemment, revolution du processus
neoplasique commande qn developpement temporel particulier
de l’hallucinose, car ce n’est qu’apres une periode traversee de
simples photopsies qu’apparaissent les hallucinations figurees.
Fait curieux, observe par Van Bogaert, les images hallucinatoires
peuvent etre cinematographiques, sans epaisseur, et meme trans-
parentes. Van Bogaert a fait egalement cette remarque que, a
l’exemple de l’imagerie du reve, les phantopsies temporales sur-
gissent et s’evanouissent avec rapidite ou se succedent sans
nulle coherence, de meme que dans l’etat onirique. Ici encore,
1’hallucination visuelle peut etre identifiee et reconnue comme
telle ou duper le sujet en lui offrant tous les caracteres de la
realite la moins discutable.
En dehors des neoplasies, il est peu de processus qui, localises
au lobe temporal, sont susceptibles de creer l’etat hallucinatoire.
Aussi sommes-nous embarrasses pour classer l’interessant fait
publie par Janbon et Viallefont. Celui-ci a trait a une malade
agee de 70 ans, hypertendue moyenne, chez laquelle se produi-
sent des crises paroxystiques caracterisees par des vertiges, des
troubles d’ordre aphasique et visuel. Dans la moitie gauche du
champ visuel, surgissent des bouquets de fleurs, des roses vertes,
bleues ou jaunes qui disparaissent en glissant vers la droite et
dont la patiente n’est jamais la dupe.
Les auteurs admettent, a l’origine de . ces phantasmes, un
spasme de l’artere sylvienne, mais ne font pas etat des altera¬
tions oculaires qui se presentaient sous forme d’un leucome para¬
central de l’ceil droit, de legeres opacites cristalliniennes a gau¬
che, et d’un cedeme de la papille associe a la gracilite des arteres
retiniennes.
3° Hallucinations apparaissant au cours de revolution d’une
lesion du bulbe oculaire. — La possibilite de l’existence de lesions
strictement oculaires a l’origine des hallucinations visuelles dont
temoigne l’observation precedente, nous introduit directement
326
J. LHERMITTE ET J. DE AJURIAGUERRA
dans un probleme des plus discutes de la Neuropsychiatrie, celui
des relations hypothetiques des modifications des photo-recep-
teurs avec les phantopsies. Pour avoir ete fort anciennement
posee, cette question n’en demeure pas moins tres actuelle.
Parmi les travaux les plus importants de nos devanciers, celui
d’Uthoff se place au premier rang. A propos de 3 observations
de choroidite centrale et de 2 cas d’ophtalmie sympathique ou la
lesion oculaire s’accompagnait de visions colorees d’objets ou de
personnages vivants, Uthoff se demande quelles peuvent etre les
relations pathogeniques, si tant est qu’il y en ait, qui reunissent
le desordre psychologique et l’alteration oculaire et arrive a consi-
derer cette derniere comme l’origine des phantopsies. Schroeder,
au cours de la discussion dont la communication d’Uthoff fut
l’objet, semble aboutir a la meme conclusion a propos des hallu¬
cinations qui accompagnent la cataracte.
En 1922, Morax reprit l’etude de ce probleme et apporta plu-
sieurs faits bien dignes de retenir l’interet. Le premier a trait a
un vieillard de 84 ans atteint de cataracte de 1’oeil droit et d’opa-
cites cristalliniennes de l’ceil gauche, chez lequel survinrent des
alterations retiniennes d’origine vasculaire. Or, ce malade etait
hante par des visions de figures feminines, groupees en longues
theories et dont 1’ajustement et la coiffure rappelaient ceux du
xviif siecle. Parfois, surgissaient des figures grotesques, qui
tirant la langue, qui decouvrant de grandes dents. Des troncs
d’arbres irreels se melaient au decor de la realite et parfois
l’image hallucinatoire se superposait a un objet reel. Le derou-
lement de ces phantopsies ne provoquait generalement aucun
sentiment penible, cependant, s’il s’intensifiait, le patient en
arrivait a se demander s’il ne devenait pas fou.
Un autre malade, observe par Morax et atteint de glaucome
chronique, voit defiler des corteges de femmes a l’accoutrement
bizarre, ornees de perles et de brillants ; or, lorsque surgissent
les phantopsies, la vision centrale s’eteint.
De ces premiers faits, nous pouvons rapprocher le cas assez
singulier du naturaliste Savigny, dont nous possedons une auto-
analyse precieuse :
« Le 4 aout 1817, ecrit Savigny, je fus pris d’une affection
curieuse de la vue, laquelle m’obligea de cesser mes etudes. Cette
maladie me rendait incapable de supporter la lumiere, et, dans
l’obscurite toujours plus profonde ou elle me forcait de me
tenir, elle faisait briller une foule d’images vivement colorees
dont les emissions me fatiguaient et m’obsedaient. Je citerai,
parmi ces visions, d’innombrables faces humaines, toutes egale-
HALLUCINATIONS VISUELLES
327
ment expressives, prenant je ne sais quel air et fixant sur moi
des regards inflexibles. »
Pendant toute sa vie, Savigny critiqua ses hallucinations,
jamais il ne devint aveugle, et mourut en 1851, date de la
decouverte de l’ophtalmoscope.
Chez un borgne de 75 ans, atteint de leucome et de glaucome
de l’ceil restant, True relevait, a l’exemple de Morax, de Uthoff
et de Schroeder, des phantopsies variees, de meme que chez une
femme agee de 42 ans, affectee d’atrophie optique bilaterale.
Dans ce fait, les hallucinations survenaient par crises et pre-
naient le type des hallucinations liliputiennes.
Dans 1’atrophie optique des tabetisants, la survenance inopinee
d’hallucinations est loin d’etre une exceptionnelle r arete. Recem-
ment, nous en avons pu voir un exemple. II s’agit d’un ancien
tabetique, age de 55 ans, frappe de cecite par atrophie papillaire
complete, lequel, a certains moments de la journee, surtout
quand il est assis et inoccupe, voit apparaitre des paysages, un
village, une eglise blanche avec son clocher ; jamais ces visions
ne sont prises pour la realite et, en aucun cas, ne lui donnent
l’illusion de recouvrer la vue.
H. Claude, H. Baruk et P. Vervaeck rapportent, en 1927, une
observation tres suggestive en ce qu’elle nous montre revolution
simultanee et parallele d’une atteinte oculaire et des paroxysmes
hallucinatoires. Il s’agit d’un professeur age de 48 ans, chez lequel
se developpa une keratite heredo-specifique avec baisse conside¬
rable de l’acuite visuelle. Or, dans le meme temps que s’etablis-
sait l’amblyopie, apparurent des phantopsies curieuses. C etaient,
dit le malade, des tetes de messieurs surmontant un faux-col et
encadrees, des paysages colores d’abord en rouge, puis en bleu ;
ces phantasmes se projettent sur les murs, suivent les mouve-
ment des yeux et leurs dimensions varient avec leur eloignement
apparent. Toutes ces visions sont agreables a regarder et le
malade s’etonne d’en etre l’objet, car « il n’est pas dote d un
ceil de peintre ».
D’autre part, il semble que certaines conditions d’eclairage,
la contemplation d’objets brillants, favorisent l’apparition de ces
visions dont le malade n’est pas dupe, mais qu’il croit subir
passivement.
Dans un cas de decollement de la retine, chez une femme
myope agee de 52 ans, Targowla et Picard ont observe egalement
la survenance d’hallucinations, sous la forme d’abord de points
noirs, plats, puis d’ombres humaines cramponnees a son lit, enfin
d’oiseaux, de chauves-souris, parfois de chapelles funeraires, de
328
3. LHERMITTE ET J. BE AJUR1AGVERRA
tombes, de croix. Ces hallucinations s’evanouissaient apres
l’occlusion des paupieres.
Dans un travail plus recent, A. Terson a rapporte six observa¬
tions personnelles et repris l’etude pathogenique des faits que
nous visons.
i” cas. — Malade ethylo-tabagique avec scotome amblyopique
toxique, sujet aux cauchemars terrifiants. Le matin, il apercoit des
bonshommes qui, habilles de couleurs eclatantes, portent divers
ustensiles de cuisine et se pourchassent sur les murs et jusque sous
son lit.
2e cas. — Vieillard de 89 ans, porteur d’une cataracte zonulaire
bilaterale, jamais completee, atteint de broncho-pneumonie ; le ma¬
tin, quelques jours avant son agonie, voit une ronde joyeuse de
catherinettes s’abattre sur sa couche et sur les meubles. C’etait le
lendemain de la Ste-Catherine dont les journaux avaient parle.
3e cas. — Malade heredo-specifique atteinte de chorio-retinite.
Vision de poupees aga? antes « coloriees et indefinissables », de
fleurs, d’une tete de vieille femme. Ces hallucinations furent rempla-
cees par des reves extraordinaires.
¥ cas. — Malade atteinte de syphilis nerveuse. Injections d’ace-
tylarsan. Des le soir du jour de la 3e injection, choc intense, la ma¬
lade devient soudainement aveugle, tandis que s’installent une atrophie
optique et, peu a peu, un etat hallucinosique permanent. Les visions
consistent en personnages lilliputiens, des petits violonistes, de peti-
tes nourrices.
5‘ cas. — Malade ayant ete atteint de decollement retinien. Les
hallucinations continues, elementaires (lumiere, fusees colorees) ou
figurees, sont tellement obsedantes que le malade vient a Paris pour
demander au chirurgien de pratiquer l’enucleation des deux yeux,
origine, croit-il, de ses visions.
6° cas. — Vieillard de 80 ans, atteint de cataracte et presentant
de la diplopie, il voit defiler inopinement des senateurs, des parents
ou croit assister a une ceremonie hindoue.
Depuis plusieurs annees, nous avons recueilli diverses obser¬
vations d’hallucinoses chez les ophtalmopathes et certaines
d’entre elles nous semblent eclairer le mecanisme si mysterieux
des phantopsies.
lre observation. — Mme Mah., 74 ans, admise en novembre 1929 a
l’Hospice Paul-Brousse pour senilite.
L’examen revele l’existence d’un tremblement rythme du type
HALLUCINATIONS YISUELLES
329
parkinsonien du membre superieur droit, siege de douleurs articu-
iaires. Aucun signe neurologique ni visceral. Urines sans sucre ni
albumine.
Examen ophtalmologique (Dr Bollack). — Pupilles egales, larges.
Motilite du globe et sensibilite normales. Opacites cristalliniennes
centrales a droite, a gauche l’amaurose semble complete par cata-
racte.
Champ visuel. Hemianopsie nasale gauche, scotome central absolu.
Fond d’oeil Droit: degeneration maculaire du type senile ; gauche:
lesions maculaires : exageration des battements arteriels.
Le 15 janvier 1933. Entre a l’infirmerie pour une broncho-pneu-
monie avec adynamie. L’examen neurologique montre l’integrite des
reflexes tendineux, l’existence d’une extension bilaterale des orteils.
La sensibilite est normale sur tout le tegument- Aucune incoordina¬
tion motrice.
Reflexes pupillaires conserves.
Mai 1933. Depuis un mois elle apercoit des animaux noirs, des
taupes « quand la nuit est claire ». Si, pendant la nuit, l’obscurite
est profonde, elle ne les voit point. Ces animaux courent sur le lit
mais la malade reconnait qu’il s’agit « d’illusions » et pense que ces
visions sont en rapport avec des troubles de la vue. Parfois les taupes
sont remplacees par des mouches noires.
Ces visions ne sont pas limitees a un secteur quelconque du champ
visuel et se meuvent dans tous les sens.
Octobre 1933. La malade raconte que depuis quelque temps elle
eprouve souvent l’envie de dormir ; meme en marchant elle s endort,
dit-elle, et se met a rever. Ainsi, dit-elle, je suis venue dans un reve
de la porte de l’hospice jusqu’a l’inflrmerie (150 metres).
Apres le dejeuner, elle s’endort sur sa chaise tandis que la nuit le
sommeil est assez frequemment trouble. La malade nous dit avoir
presente dans 1’enfance des acces de somnambulisme.
Novembre 1934. Les hallucinations ne se reproduisent plus, le
sommeil est redevenu normal.
Aoiit 1935. Vient consulter pour des algies dans le cote droit res-
semblant a des brulures. La sensibilite objective est normale. On
constate du cote gauche un signe de Babinski. De plus, la malade
accuse une diplopie intermittente. Cependant on ne retrouve aucune
paralysie oculaire.
2e observation. — Mme Br..., agee de 73 ans, entre a l’Hospice
Paul-Brousse pour une hemiplegie datant de 15 ans. En dehors de
cette infirmite, jamais cette patiente n’a ete genee dans son activite,
elle ne se souvient d’aucune maladie serieuse qui l’ait frappee.
Deux fois mariee, deux enfants sont nes de son premier mariage :
l’un d’eux succomba peu apres sa naissance.
En novembre 1934, on constate chez cette malade le reliquat d’une
hemiplegie gauche caracterisee par une hypotonie de l’hemiface gau-
J. LHERMITTE ET J. DE AJUR1AGUERRA
che, une legere paresie du membre superieur et une immobilisation
en extension du membre inferieur gauche aggravee par des retrac¬
tions musculo-tendineuses et une demi-ankylose du genou secondaire
a une arthrite ancienne.
Du cote droit, les mouvements spontanes sont beaucoup plus
libres, au moins pour le membre superieur, car la jambe est deformee
par la contracture en extension du pied fixee par un certain degre
de retraction tendineuse.
La station et la marche sont completement impossibles.
Les reflexes tendineux sont impossibles a mettre en evidence au
membre inferieur gauche du fait des lesions musculo-tendineuses et
articulaires, aux membres superieurs les reflexes existent, a peu pres
normaux.
Le reflexe plantaire s’eff'ectue en flexion, mais il faut observer que
la retraction tendineuse des flechisseurs des orteils deforme consi-
derablement le pied.
Sur la face tous les mouvements expressifs sont correctement exe¬
cutes ; la langue est tiree correctement.
La sensibilite subjective est affectee et la malade declare souffrir
constamment de la jambe gauche. Cependant, objectivement, on ne
constate aucun trouble grossier des sensibilites superficielles et pro-
fondes : le tact, le chaud, le froid, la piqure, les vibrations du diapa¬
son sont perf.ues.
Pas de choree ni d’ataxie dans les mouvements commandes ou
spontanes.
Aucun trouble trophique (en dehors d’une ulceration torpide de la
jambe gauche) ni aucun desordre des sphincters.
Le psychisme apparait un peu affaibli et en voie de decheance
senile ; ainsi la memoire se perd, la malade ne peut preciser les
dates de la derniere guerre ; l’orientation spatiale n’est pas parfaite,
elle se croit a la Salpetriere alors qu’elle est a Villejuif, mais nean-
moins le jugement, le raisonnement ne sont pas troubles et l’on peut
converser avec la malade sans difficulty Les reponses sont adequa-
tes aux questions. La malade n’est pas illettree.
Nous nous sommes assures qu’il n’existait aucun symptome d’ordre
agnosique, apraxique ou aphasique.
Peu de jours apres son admission a 1’Hospice Paul-Brousse, la nna-
lade s’est plainte d’etre visitee par certains personnages qui l’en-
nuyaient par leur insistance. Auparavant, elle avait ete pendant la
nuit la proie de cauchemars ou de reves prolonges, mais jamais elle
n’avait ete affectee par des phenomenes semblables.
Bientot, ce sont deux chiens noirs qui apparaissent et se couchent
sous le lit apres que la malade les a aper^us. Ces visions se manifes-
tent a la tombee du jour ou, mieux encore, dans l’obscurite. La ma¬
lade declare : « les chiens se couchent quand je les aper^ois ».
Un peu plus tard, ce fut un couple forme par un jeune homme et
une jeune fille qui se montraient a la fenetre. La fille est habillee de
HALLUCINATIONS VISUELLES
petit bonnet blanc sur lequel tranche
331
blanc et porte un petit bonnet blanc sur lequel tranche un beau
ruban bleu. .
Le jeune homme est tout en noir. II lui semble que la jeune fille
est jolie, mais jamais die n’a pu apercevoir la physionomie du jeune
homme. Ces figures s’effacent devant une illumination trop crue.
La malade est persuadee de la realite objective de ces apparitions
etranges et s’efforce par des gestes de la main ou en detournant son
visage de les eviter. Parfois elle se demande si elles ne sont pas des
representations diaboliques.
La malade s’inquiete specialement du couple juche sur la fenetre
et se demande s’il ne lui jette point quelque chose qui brule ; la
jeune fille qu’elle appelle « la petite friponne » veut lui arracher
les cheveux Parfois, celle-ci s’assied sur son oreiller et cela lennuie;
la fille « lui frotte les yeux ». .
La malade s’irrite un peu en decrivant ses visions et ajoute : « je
ne suis pourtant pas folle ». -
Devant cet etat hallucinosique, l’on changea la malade de lit a
de dissiper les visions obsedantes, mais ce fut peine perdue ; les
hallucinations persisterent comme auparavant. La petite fripouille
veut toujours lui bruler les yeux et lui tire les cheveux « elle me fait
trembler comme une feuille », ajoute-t-elle. Le jeune homme devient
mechant avec elle et lui derobe pendant la nuit son mouchoir , si
cela continue, dit-elle, je m’en irai. Oil ? Dans la rue.
L’examen des visceres ne montre rien d’anormal.
Quant a l’examen ophtalmologique pratique par le D Bollack, voici
les resultats :
Reflexes pupillaires normaux.
Aucune paralysie oculaire.
Fond d’ceil normal pour le cote gauche, impossible a voir du cote
droit a cause d’une cataracte tres opaque.
L’acuite visuelle est normale a droite ; a gauche, les mouvements
de la main sont percus. ,, ,
L’etat de la malade ne se modifia en rien jusqua la mort qui sur-
vint le 25 mai 1935, a la suite d’une insuffisance cardiaque comph-
quant une broncho-pneumonie. . ,
Autonsie — Atherosclerose diffuse tres accusee, dilatation des
cavites ventriculaires cardiaques, sclerose renale. Hemorragie re-
cente de la couche optique droite.
3' observation. — Mme Van Hoeve, couturiere, adressee a 1 Hospice
Paul-Brousse en raison d’un tres grand affaiblissement de la vue lequel
remontait a de longues annees, par atrophie papillaire. En 1888,
l’amblyopie etait deja tres importante ; elle s’est mariee alors qu elle
etait presque aveugle. En realite, la malade peut distinguer les for-
mes mais est incapable de se representer les couleurs. Ainsi elle ne
peut evoquer la couleur des cheveux de son man qui etait blond, lls
J. LHERMITTE ET J. DE AJURIAGUERRA
lui apparaissent noirs. D’ailleurs toutes les images visuelles lui appa-
raissent en noir, meme les feuilles des arbres.
Aucun signe objectif en rapport avec une alteration du systeme
nerveux. Urines sans sucre ni albumine.
Le 16 octobre 1929, la malade eprouve des douleurs dans le bras
gauche accompagnees d’une maladresse de ce membre, ce qui la
gene pour coudre. Tous les reflexes sont normaux. La tension arte-
rielle s’eleve a 20-11 au Yaquez. L’azotemie atteint 0 gr. 59. On pres¬
ent des injections d’acecholine.
Le 30 mai 1931, il y a huit jours, la malade au reveil eprouve un
engourdissement de la main, de la face et de la langue du cote gau¬
che. La jambe demeure normale.
Actuellement, on constate une diminution de la force musculaire
des deux cotes, sans incoordination motrice.
Tous les reflexes superficiels et profonds sont conserves. La sensi-
bilite objective est normale a tous les modes. Stereognosie normale,
de meme que la topognosie.
Le 15 juin 1931, la malade declare que le bras droit devient en-
gourdi comme le gauche.
Le 21 octobre 1932, la malade nous raconte que depuis quelque
temps elle voit apparaitre des petits bonshommes tout noirs defiler
devant elle. Us ne la regardent pas et n’ont pas l’air de vouloir lui
faire du mal.
Pas de desorientation ni dans le temps ni dans Tespace. Calcule
bien. Enumere correctement les mois de l’annee. Lorsqu’elle mange
sa soupe, elle voit egalement des petits chiens, ils semblent aussi
reels que les chiens vivants. Elle cherche a les toucher mais sa main
retombe dans le vide ; elle a peur et les chiens disparaissent.
Parfois elle est visitee par trois bonshommes noirs qui sont pen-
dus a la cloison de sa chambre ; ils viennent et s’en vont, « sem¬
blent gros et beaux ».
Le 24 octobre 1932, 1’etat mental est completement modifie, la
patiente ne peut dire son age exact ni meme son nom. La desorienta¬
tion temporelle et spatiale est complete. Paraphasie. Perseveration
verbale.
Ou sommes-nous ? — R. : Van Hoeve. — Quel age avez-vous ? —
R. : Van Hoeve. — Quel jour sommes-nous ? - — R. : Van Hoeve.
Cependant la malade execute bien les ordres simples mais avec
lenteur ; elle distingue la main droite d’avec la main gauche, elle
peut realiser des operations simples. 2+2 = 4. 4+4 = 8. Les mots
d’epreuve sont correctement repetes.
Spontanement la malade declare qu’elle voit tout pres d’elle -des
petits chiens blancs et des hommes noirs, surtout a la fin de la jour-
nee. Les chiens vont meme jusqu’a gratter la couverture du lit, lors¬
qu’elle veut les toucher ils disparaissent.
L’examen objectif ne montre aucune paralysie ; pas de signe de
HALLUCINATIONS V1SUELLES
333
ia prehension. Signe de Mayer et de Leri negatifs. Reflexes tendineux
legerement plus vifs du cote gauche.
Pas de troubles appreciables de la sensibilite.
Le 28 octobre 1932, amelioration nette de l’etat mental, moins
desorientee. Parole mal articulee un peu semblable a celle d’un
pseudo-bulbaire. Images visuelles difficiles a evoquer : ne peut se
representer les couleurs du drapeau national.
Acinesie, absence d’initiative. On est oblige de faire manger la
malade.
24 novembre 1932. Affaiblissement des facultes. Desorientation
dans le temps et l’espace. Ne peut dire ni l’annee ni le mois, ne re-
; irouve plus son nom.
Troubles importants du langage : dysarthrie, paraphasie.
Comprend assez bien les ordres simples, tres mal les ordres
■compliques. Distingue bien le cote droit d’avec le cote gauche.
Pleurer et rire immotives pendant l’interrogatoire.
La reconnaissance des objets est conservee, cependant, de temps en
temps, la malade ne peut evoquer le mot correspondant a l’objet
palpe. Ainsi elle dit pour une bague, anse, de meme que pour un de,
un bouton. Perseveration verbale.
Calcul mental simple conserve, multiplication impossible, de meme
que la soustraction. Pas d’aphasie sensorielle.
Persistance des hallucinations visuelles avec leurs memes caracte-
res. Grande emotivite.
Examen neurologique. — Pas de paralysie mais diminution de la
force musculaire aux quatre membres. Tonus normal. Demarche a
petits pas. Reflexes tendineux normaux aux quatre membres. Re-
flexe de la moue positif. Reflexes cutanes normaux, pas de signe de
Rabinslci, mais extension du gros orteil droit par excitation de la
plante du pied gauche.
Pas de reflexes de defense. Sensibilite objective normale a tous les
modes. Pas de troubles de nature cerebelleuse. Pas de troubles des
sphincters. Pas de dysphagie ni de salivation exageree.
Etat general excellent. Pas de symptomes en rapport avec des
modifications viscerales. Tension arterielle 23-12. Gceur normal.
La malade succomba le 19 juin 1933 a un oedeme pulmonaire lie a
une insuflisance cardiaque. ,
A Vautopsie : nephrosclerose, atherosclerose, dilatation des cavi-
tes cardiaques. Systeme nerveux : foyer malacique recent du cuneus
gauche ; atrophic ancienne sclereuse avec retraction de la couche
optique gauche, compression du nerf optique droit par la carotide
atheromateuse.
Examen histologique. — Le foyer thalamique gauche est constitue
par des cavites dans lesquelles serpentent des vaisseaux, des tractus
nevrogliques, un grand nombre de corps granuleux contenant du
pigment ferrique et d’autre part par un tissu nevroglique dans lequel
331
J. LHERMITTE ET J. DE AJURIAGUERRA
serpente un lacis vasculaire tres serre, aux parois hyalines et impre-
gnees en bleu profond par la reaction de bleu de Berlin. Par endroits
des travees fortes de collagene se pressent les unes contre les autres,
toutes colorees en bleu par la reaction ferrique (fig. 1).
Dans ce tissu nevroglique et collagene, on rencontre egalement
d’innombrables granulations pigmentees, brun fonce, lesquelles ne
prennent pas la reaction du fer.
Par la methode de l’hematoxyline-eosine on constate que le foyer
Fig. 1. — Foyer malacique ancien du thalamus; etat grillage du tissu nerveux,
nombreux corps granuleux, neoformation vasculaire.
se presente sous la forme d’une fissure profonde et large, constitute
par du tissu collagene et nevroglique ; les bords sont surtout collage-
nes et la partie centrale nevroglique, mais ce tissu change et tantot la
nevroglie est plus abondante, tantot le collagene (fig. 2). Dans ce tissu
collagene et nevroglique s’accumulent de nombreux corps granuleux
charges de pigments ferriques colores en jaune fonce. Dans certaines
parties le collagene est peu important, mais la nevroglie est extreme-
ment dense, a tel point qu’elle forme une veritable paroi qui emmure le
foyer. Dans ce foyer on constate certains vaisseaux avec thrombose
ancienne et dont la paroi est feuilletee, hyaline, sans aucun noyau. De
ce foyer fusent des prolongements de meme structure (fig. 3).
Dans certaines regions on apercoit des vaisseaux aux parois assez
HALLUCINATIONS VISUELLES
minces et bourres d’hematies normales. La circulation done, dans ce
foyer, n’est pas a tous les points interessee. Autour du foyer les vais-
seaux ,se presented avec des parois feuilletees, parfois divisees par
des foyers areolaires charges de cristaux de cholesterine. Certains de
ces vaisseaux sont permeables, d’autres obliteres par un ancien
thrombus. Enfln, autour d’un grand nombre de vaisseaux, on apercoit
une couronne tres dense, parfois epaisse, de cellules lymphocytiques.
Dans la region des noyaux centraux qui correspond a la partie du
pIG 2. _ Foyer ancien de ramollissement dans le thalamus ;
revascularisation de la zone malacique.
tiers inferieur du noyau lenticulaire ou Ton voit le faisceau de
Vicq d’Azir (fig. 4), la commissure posterieure, la commissure grise an-
terieure et la commissure blanche, on constate un foyer apoplectique
en forme de fissure elargie a son extremite postero-externe, comblee
de corps granuleux pigmentaires. Ce foyer, situe en pleine couche
optique, detruit le noyau interne, le noyau median, une partie du
faisceau strio-thalamique. II menage le noyau postero-externe, atteint
le noyau externe a la partie toute anterieure. La commissure poste¬
rieure est degeneree, on voit cependant le ganglion de 1’habenula.
Dans la capsule interne parfaitement conservee, on apercoit une
mince fissure degeneree, exactement dans la partie mediane. Les
336
J. LHERMITTE ET J. DE AJURIAGUERRA
fibres du ruban de Reil qui s’accumuient a la partie posterieure du
pulvinar sont conservees. Dans le noyau lenticulaire les vaisseaux
sont extremement epais. Par endroits le tissu est rarefie avec un semis,
autour des vaisseaux thromboses, de corps granuleux pigmentaires.
Aspect tres crible sur une partie de l’etendue.
Noyau lenticulaire normal.
Dans la capsule interne les vaisseaux sont sclereux et aux parois
extremement epaisses. Le faisceau de Meynert est conserve.
Fig. 3. — Alterations des vaisseaux du thalamus ; sclerose hypertrophique
des parois avec infiltration de lymphocytes.
Dans les coupes plus bas situees le foyer se reduit beaucoup, devient
plus mince, le prolongement interieur du foyer disparait. Le noyau
externe est conserve ainsi que le faisceau de Vicq d’Azir, mais tout le
noyau median est degenere. Le noyau posterieur est conserve. Pas de
degeneration dans les noyaux lenticulaire et caude. Dans la partie
posterieures du thalamus, quelques criblures (fig. 5).
Plus haut, le foyer se reduit egalement et porte sur la partie unique-
ment interne du thalamus en regard de la commissure posterieure.
Toute la partie anterieure du thalamus est libre de meme que le
noyau postero-externe. La fissure degeneree de la capsule continue en
regard dans le noyau lenticulaire ; segment putaminal, une lacune de
disintegration (fig. 6).
HALLUCINATIONS VISUELLES
337
Demyelinisation partielle et diffuse du g. pallidus.
Plus haut encore, le foyer devient de plus en plus median il est
touiours constitue de la meme fagon, seulement en arnere de lui
apparaissent des petits foyers constitues par des hemorragies fraiche-
ment constitutes. A la partie superieure du thalamus le foyer se reduit
encore et n’est plus marque que par une trame claire.
Dans la protuberance un foyer de ramollissement apparait a la partie
dorsale du pied entamant le huitieme interne du ruban de Reil. La
calotte elle-meme n’est pas interessee.
Dans la partie haute de la protuberance le foyer disparait compie-
tement ; les faisceaux longitudino-posterieurs sont conserves, les
pIG 4 _ Double foyer hemorragique dans la couche optique, degeneration
de la partie caudale du noyau lenticulaire et degeneration lmeaire du bras
posterieur de la capsule interne (Loyez).
pedoncules cerebelleux superieurs sont normaux, le pied de la protu¬
berance est normal, ceci meme a l’origine du pedoncule cerebral.
Bulbe rachidien. — Olives bulbaires, noyau de l’hypoglosse et plan-
cher du ventricule, normaux. Olives normales, mais dans la parolive
interne, d’un cote, petits foyers de ramollissement interessant la voie
interolivaire ou sensitive centrale. A la partie dorsale des pyramides,
petit foyer de ramollissement, de demyelinisation.
Les coupes de l’ceil ne montrent pas de lesions inflammatoires. La
name du nerf optique est certainement epaissie ; nous parlons ici de
fa gaine piemerienne ; pas de demyelinisation du nerf. Sclerose fasci-
culaire. Sur coupes transversales, quelques fibres semblent plus clair-
semees dans quelques faisceaux peripheriques, mais il n’existe aucune
degeneration totale du nerf.
Par la methode de Bielschowsky, sur coupes a la celloidine, les
cylindre-axes restants se colorent assez bien et ne presentent pas de
Ann. Med.-psych., XVe sehie, 94e annee, t. I. — Mars 1936.
338
J. LHERM1TTE ET J. DE AJUR1AGUERRA
lesions, mais ils sont moins nombreux que dans un nerf optique nor¬
mal.
Moelle epiniere, collet du bulbe, decussation pyramidale. Etat clair
dans le faisceau de Goll, pas de degenerescence des faisceaux pyra-
midaux.
4e observation. — Mme Nicolas, 78 ans, entre a l’Hospice Paul-
Brousse le 20 fevrier 1933 pour senilite.
L’examen montre que les fonctions du systeme nerveux sont nor-
males, le coeur est rapide, le 2° bruit clangoreux. La tension arterielle
atteint 22-1/2-10 au Vaquez.
Le 2 juillet 1933, la malade est admise a l’inflrmerie pour defail-
lance cardiaque caracterisee par une tachyarythmie continue, un
oedeme des membres inferieurs, une stase pulmonaire bilaterale. La
tension arterielle est de 19-13. Au point de vue neurologique, on note
seulement une tendance a 1’extension de l’orteil.
Spontanement, la malade nous raconte que depuis qu’elle est
souffrante, elle voit defiler pres de son lit cavaliers, artilleurs, cui¬
rassiers ; elle assiste a un merveilleux bal masque ; parfois surgis-
sent des figures etranges, deformees, une femme grimace et lui mon¬
tre ses dents. De temps en temps, ce sont des volatiles qui apparais-
sent. Tous ces etres animes d’une vie active se remuent et glissent ou
galop ent dans la ruelle de son lit. La malade n’est pas dupe de ces
visions qu’elle critique parfaitement. Celles-ci ont debute precise-
ment au moment ou sa vision a commence de baisser.
Le lendemain, les phantopsies ont ete des petits serins jaunes, des
petits chiens, un chat.
HALLUCINATIONS VISUELLES
339
L’examen des yeux pratique par le D,r Bollack montre des opacites
diffuses du cristallin, des deux cotes, des reflexes pupillaires faibles
pour l’oeil gauche ; pour l’oeil droit : cataracte permettant de voir les
niouvements de la main. Le fond d’oeil du cote gauche montre une
papille atrophique, de nombreuses hemorragies dispersees sur toute
l’etendue de la retine. Gros retrecissement inferieur du champ visuel.
Reaction de Wassermann negative dans le sang.
Le 4 janvier 1934, la malade est de nouveau admise a l’infirmerie
pour une broncho-pneumonie. Or, depuis que la flevre l’a prise, les
visions ont repris comme precedemment. Ce sont des femmes qui se
Fig. 6. — Coupe horizontal des ganglions opto-stries ; degeneration lineaire
du bras posterieur de la capsule interne, degeneration et foyer apoplec-
tique hemorragique du noyau interne de la couche optique. Degeneration
de la partie caudale du pallidum (Meth. Loyez).
promenent avec des parapluies, des hommes qui fument le cigare,
un monsieur habille en marron fume la pipe.
J’ai vu aussi, dit la patiente, la salle couverte de merveilleux tapis,
dans un coin se dressait une armoire de l’ancien temps, j’ai vu aussi
un magasin oil l’on vendait des chaussettes, des cravates multicolo¬
res, des tissus chinois ; six petits chiens noirs passent devant elle.
Un coq picore du grain autour de son lit.
Le 10 janvier 1934, meme etat hallucinosique : apparition de coqs,
de perruches, les murs sont garnis de mosaiques.
Le 13 janvier 1934, au pied de son lit, il y a, dit-elle, comme une
glace dans laquelle elle se reconnait. Elle y apparait grandeur natu-
relle, revetue d’un corsage a carreaux, sa taille etait belle, mince et
elancee. Elle se revoyait paree comme au temps de sa jeunesse.
Legere excitation, la malade veut quitter son lit pour attraper le
« pain des hannetons », fleurs du frene qui remontent dans l’air et
retombent.
340
]. LHERM1TTE ET J. DE AJUR1AGUERRA
Malgre l’intensite de l’etat hallucinatoire, la malade ne presente
aucune desorientation, aucune confusion. La memoire, l’intelligence
sont normales. La malade critique toutes ses visions et les juge parfai-
tement irreelles.
Ces hallucinations ne provoquent nul effroi et engendrent un etat
affectif plutot agreable. C’est si beau, si beau, si job a contempler,
ne cesse de repeter la malade.
16 juin 1934. Reprise des hallucinations. Vision d’un grand lac, de
belles eaux, de belles dames du cote de la gare St-Lazare. « Rien
n’empeche, dit-elle, que j’aie ces visions, j’ai beau me mettre sous ma
couverture les visions sont la, meme si je me mettais un matelas
devant les yeux, elles y seraient encore. »
On constate le reliquat d’une legere hemiparesie gauche qui serait
survenue 6 ans auparavant. Tension arterielle 25-13.
Le 22 novembre 1934. Nouvelle defaillance cardiaque. Reprise des
hallucinations. Un bataillon defile precede d’un grand drapeau. Les
cavaliers sont grandeur naturelle. Elle a vu un tunnel sous lequel
s’engouffrait un train de luxe.
Le 11 mai 1935. Crise d’hyposystolie. Etat hallucinosique analogue
aux precedents. Depuis cette epoque nous avons eu l’occasion d’ob-
server frequemment la malade et de constater la persistance discon¬
tinue des hallucinations visuelles toujours exactement critiquees et
n’atteignant pas le fonds mental.
Si, comme nous l’avons etabli et comme la precedente obser¬
vation en temoigne, il est impossible d’etablir une coupure abso-
lue entre les hallucinations reconnues comme telles (pseudo¬
hallucinations, hallucinose de certains auteurs) et les hallucina¬
tions identifies avec la realite, puisqu’une meme malade passe
de l’une a l’autre, on ne peut reconnaitre davantage une maniere
d’opposition ou d’exclusivisme entre les hallucinations sans
delire et les hallucinations qui s’entremelent a une trame deli-
rante.
En voici un exemple :
5e observation. — Mine Kirsch..., agee de 68 ans, blanchisseuse,
ancienne ethylique, est admise a PHospice Paul-Brousse pour senilite.
Ses antecedents morbides sont sans interet. Elle n’a jamais fait de ma-
Jadie grave ni de fausse couche. L’examen objectif a Pentree ne montre
aucun symptome en rapport avec une lesion du systeme nerveux ou
des visoeres. L’appareil circulatoire est normal ; la tension arterielle
non elevee.
Du cote des yeux, on observe que si les pupilles reagissent bien a
la lumiere et a l’accommodation, la cornee offre des signes de kera-
tite en plaques du cote droit, tandis que le cristallin a gauche est
opaque (cataracte senile).
Urines sans sucre ni albumine.
HALLUCINATIONS VISUELLES
341
Quatre ans apres son admission a Paul-Brousse, la malade se
nlaint a nous de phenomenes singuliers. Des negres viennent la voir,
montent sur elle, des enfants en carton, des soldats dont le tronc est
coupe transversalement, des femmes habillees comme des poupees
defilent devant elle, alors que, en realite, il n’y a rien.
A ces hallucinations s’ajoutent des illusions visuelles, des yeux
semblent incrustes dans les fichus, des individus de taille normale
qui sont les infirmieres sont coupes en travers.
La malade, hesitante sur la realite de ces visions, se demande
comment « le docteur a pu introduire dans le dortoir de semblables
etres ». Apres avoir ete perplexe pendant quelques jours, la malade
pretend que ces personnages qui s’agitent autour d’elle ont ete
envoyes specialement pour l’ennuyer. Elle voudrait bien controler
par le toucher ces apparitions mais elle n’ose pas. Un jour, cepen-
dant, elle se risque et frappe l’apparition avec un baton ; immedia-
tement celle-ci disparait. Une autre fois, la malade jette un objet
centre la femme qu’elle pretend etre la maitresse de son man.
La nuit, le sommeil de la malade est trouble par des apparitions ;
celles-ci lui sont envoyees par « la grosse maitresse de son mari,
pour l’embeter ». .
Tout ce foisonnement d’images hallucinatoires et lllusionnelles
determine chez cette patiente un etat de confusion appreciable. Meme
pendant le jour, elle apercevait sur le bord de la fenetre des person-
naees bleus, les vitres d’ailleurs etaient devenues elles-memes bleues:
par cette fenetre penetraient aussi chats, souris, a la tombee du jour
et pendant la nuit.
Hantee par ces phantasmes qui ne la quittent plus, la malade
declare ■ « Je voudrais mourir, comme je serais heureuse. »
Huit jours apres une crise hallucinatoire un peu plus accusee, la
patiente presente des idees de persecution plus vives encore. C est
son mari qui veut l’ennuyer, la tourmenter, « s’ll m’aimait, ajoute-
t-elle, il ne ferait pas cela, je ne veux plus le revoir »•
A ces idees de persecution la malade mele des interpretations, f on-
dees sur des fausses reconnaissances et un delire metabolique. La
voisine s’est habillee bizarrement, elle a une cigarette a la bouche et
elle la nargue, une hospitalisee est surmontee d’une lete de veau,
une autre est entortillee d’une etoffe a rayures.
Aucun symptome d’ordre neurologique.
Affaiblissement leger des facultes, surtout de la memoire. Aucun
trouble du langage ni de la praxie.
Azotemie : 0,75. Reaction de Bordet-Wassermann dans le sang
Dans certains cas, les modifications oculaires apparaissent
tellement discretes qu’il n’est pas possible d’en faire grand etat
dans la genese des phantopsies : l’observation qu’on va lire en
temoigne expressement.
342 J. LHERMITTE ET J. DE AJURIAGUERRA
6e observation. — Mme Chail... entre pour l’age (82 ans) a 1’Hos-
pice Paul-Brousse le 10 fevrier 1930. Trois enfants. Un fils mort a
l’age de 17 ans d’anemie (?), un autre mort a 10 mois de convulsions.
Jusqu’a present, la malade n’a jamais eu de maladies graves. Son
mari est mort de dysenterie.
II y a cinq ans, a ete traitee par la radiotherapie pour une tumeur
laterale du cou, a l’hopital St-Antoine.
II y a 40 ans, operee d’un lipome de la commissure labiale droite.
Elle porte actuellement un lipome de la taille d’une mandarine sur
la hanche gauche.
Lors de l’admission de la malade a l’Hospice Paul-Brousse, on a
constate une integrity absolue de tous les visceres. Comme anomalie
on relevait seulement une abolition des reflexes achilleens des deux
cotes. Les pupilles reagissaient bien a la lumiere.
Le ler fevrier 1932, il y a une dizaine de jours, un soir, la malade
a vu apparaitre sur le mur une multitude de confettis de toutes cou-
leurs (verte, rouge, or), d’une intensity extraordinaire. Lorsque la
malade fermait les yeux, cette vision persistait tres nette. Puis des
personnages sont apparus, des hommes qui la regardaient avec des
yeux terribles, des femmes, un ofiicier avec des aiguillettes d’or, « on
aurait dit un ofiicier etranger », dit la malade, « un homme correc-
tement vetu dont les yeux remuaient ». Cette derniere vision a
effraye la malade. Elle sait tres bien, cependant, que ce sont des
hallucinations car elle est tres consciente et se rend compte de l’ir-
realite de ces apparitions, dont cependant la sensation est aussi nette
que la realite.
II y a quelques jours, la malade a vu un parterre de fleurs, un lilas
tout violet dont les branches remuaient. Un soir, une vision de neige
a ete si nette, que la malade s’est levee pour regarder par la fenetre
si, vraiment, il ne neigeait pas.
Ces visions apparaissent toujours sur le mur, jamais sur le parquet,
elles ne s’accompagnent pas d’odeur. La malade n’en a pas peur,
mais elle s’en montre surprise et s’en emeut beaucoup. Ces appari¬
tions ont lieu le soir des que l’electricite est allumee, mais meme
Iorsqu’il fait tout a fait noir, ces hallucinations persistent encore
aussi vives.
La malade attribue ces phenomenes a une fatigue de la vue ayant
beaucoup lu a la lumiere depuis quelque temps.
Depuis quelque temps, la vue de la malade, qui etait excellente, est
un peu troublee. Lorsqu’elle lit un chiffre sur une bobine de til, au
lieu de dire 120, lit 1200. De meme au lieu de voir 33, elle voit 333.
Diminution de I’audition. — Entend souvent des bruits dans
l’oreille : bourdonnements, sifflements. Aucune hallucination audi¬
tive.
Depuis la menopause souffre souvent de la tete.
Le sommeil n’a jamais ete bon. Dort bien une nuit sur trois. Sou¬
vent la nuit la malade se reveille angoissee.
HALLUCINATIONS VISUELLES
343
Le Wassermann est negatif. Pas d’uree, pas d’albumine.
Aucun symptome d’ordre rieurologique. Deformations rhumatisma-
les des doigts, mais tres legeres ; campto-dactylie.
Epreuve « doigt sur le nez » normale ; diadococinesie normale.
Reflexes absolument normaux tant aux membres inferieurs qu’aux
membres superieurs.
Pas de tremblement de la langue.
Yeux. Pas de nystagmus. Leger strabisme de l’ceil gauche, pas de
cercle senile. Les pupilles reagissent bien. Motilite normale.
Coeur absolument normal. Tension arterielle : 24/10.
La malade, il y a un an environ, eprouvait de frequentes envies
de dormir dans la journee, surtout apres les repas. Depuis le com¬
mencement de l’apparition des hallucinations, elle n’a pas dormi
dans la journee.
La malade est d’un interrogatoire facile, elle s’exprime tres correc-
tement, elle est intelligente et ne presente, jusqu’a present, aucun
trouble psychique en dehors de ses hallucinations.
Janvier 1932. Examen ophtalmologique {Dr Bollack) : Pupilles
legerement inegales : droite > que gauche. Reflexes photo-moteurs :
conserves. Quelques opacites cristalliniennes dans l’ceil gauche.
Legere divergence de l’ceil gauche. Pas de limitation des mouve-
ments oculaires. Pas de diplopie au verre rouge. Le champ visuel est
normal. Acuite : ceil droit 2/10 ; oeil gauche 9/10. Le fond d’oeil est
absolument normal.
11 fevrier 1932. Depuis quelques jours, les hallucinations sont
beaucoup moins vives ; ne voit plus de personnages, mais de l’or sur
les murs.
Examen. — Le fond d’ceil est vascularise, la papille rosee, les
bords ne sont pas absolument nets. Les vaisseaux sont normaux. II
n’y a pas de sclerose, pas d’hemorragie. de l’oeil droit.
Du cote gauche, les vaisseaux sont normaux, la papille n’est pas
bien distincte, elle est coloree. Pas d’hemorragie, pas de sclerose.
juillet 1932. Examen du fond d’ceil (par Mme Schiff-Werthei-
mer). Pas d’hemorragie retinienne.
.4 droite : tension veineuse retinienne : 30. Tension arterielle : 80.
A gauche : tension veineuse : 30. Tension arterielle : 60.
Pas de pouls veineux spontane. Hypertension veineuse.
Les hallucinations chez les ophtalmopathes peuvent etre toutes
episodiques. En voici un exemple :
7e observation. — Mme Bea..., 45 ans, vit cesser ses regies il y a
un an. Depuis plusieurs annees cette malade s’est apergue que sa vue
baissait en meme temps que se montrait de temps en temps un'e
diplopie. Pollakiurie nocturne. Jamais d’ictus ni de paralysie des
membres.
344
J. LHERMITTE ET J. DE AJUR1AGUERHA
II y a quelques mois, les crises de diplopie revinrent avec plus
d’insistance en meme temps que les vertiges.
En novembre 1931, nous constatames l’existence d’un syndrome
cerebelleux caracterise par la titubation de la demarche, franche-
ment ebrieuse, la dysmetrie, l’adiadococinesie, le tremblement, et
d’un syndrome pyramidal bilateral avec double signe de Babinski,
exaltation de la reflectivite, diminution de l’acuite visuelle. Nous
portames le diagnostic de syphilis cerebro-spinale, lequel fut confir-
me par la reaction du liquide cephalo-rachidien franchement posi¬
tive par la methode de Wassermann.
Or cette malade nous dit spontanement lors de notre premier exa-
men qu’elle apercevait lorsqu’elle est dans une piece fortement ou
faiblement eclairee, des serpentins blancs qui se dressent et ondulent
devant elle, souvent ils sont immobiles. De ces visions qui se repe-
tent toujours les memes elle n’a jamais ete dupe.
Dans la suite, ces hallucinations disparurent completement.
Les phenomenes hallucinatoires que nous venons de rapporter
et qui se sont deroules chez des malades atteints de lesions oculai-
res diverses, comportent la plupart des varietes de phantopsies
que l’on connait en psychiatrie, puisque celles-ci s’etendent
depuis la vision elementaire telle que celle d’une fumee, d’un
nuage ou d’une fusee lumineuse, jusqu’a la projection de scenes
animees et d’une extreme complexity. Les visions peuvent etre
mobiles ou immobiles, colorees ou pauvres en couleur, mais en
aucun cas, elles ne s’accompagnent du moindre bruissement ni
de la plus legere odeur. Chez un de nos malades (Obs. 3), les
personnages hallucinatoires apparaissaient en noir ou gris et
les images evoquees volontairement ou sur notre demande, etaient
egalement depouillees de toute tonalite coloree. Deja, dans un
cas de maladie d’Alzheimer avec cecite et hallucinations, Lher-
mitte et Nicolas ont signale le meme fait. Lorsque les phantopsies
se presentent sous une forme plaisante, les patients peuvent etre
invites a controler la realite de ces apparences par le toucher,
mais en aucun cas, nous n’avons observe d’hallucinations conju-
guees (visuo-tactiles).
Dans la majorite des faits, les hallucinations sont parfaite-
ment critiquees et identifiees comme telles. Cependant, cette regie
generale souffre des exceptions, et nos observations, qui ne sont
que la reproduction integrate des recits qui nous ont ete faits,
temoignent que les malades peuvent etre, dans certains cas, dupes
de leurs phantopsies et prendre pour reelle l’image qui se pro-
jette devant leurs yeux.
L’observation de Mme Ch. (Obs. 6) en est un temoignage. Mais
HALLUCINATIONS V1SUELLES
345
chez cette malade, la meprise n’eut jamais lieu que lorsque l’image
hallucinatoire pouvait s’integrer dans le systeme de perception
qui formait la trame de sa representation du monde exterieur.
La projection spatiale des images est absolue et leur localisation
a tou jours ete d’une rigoureuse precision. C’est la, en ce point,
que surgit l’image et non ailleurs, c’est dans tel sens et non dans
un autre que se meuvent les phantasmes, nous assurent nos
sujets. Que ces phantopsies, ainsi que le defend M. Quensel,
surgissent dans un espace virtuel different de l’espace visuel et
que ces images hallucinatoires soient purement virtuelles, nous
ne le nions pas, au moins pour certains cas, mais dans des cir-
constances tres frequentes, nous avons vu que l’image halluci-
natoire copiait la realite et s’inserait meme dans le cadre du
monde reel. Si les phantasmes ne sont pas pris comme realite,
ce n’est point, a notre sens, parce que l’image hallucinatoire, en
soi, possede des qualites intrinseques qui la font immediatement
reconnaitre en l’opposant aux sensations vraies, mais parce que
ce que represente l’imagerie hallucinatoire est en contradiction
manifeste avec le systeme de sensations et de perceptions
actuelles et heurte de front la sphere d’orientation et de causalite.
Les phantopsies des ophtalmopathes ressemblent-elles, ainsi
que le pense Quensel, aux images du reve, ce qui conduirait en
bonne logique a prendre le deroulement hallucinatoire pour
un fragment d’onirisme ? Cette these est assurement fort sedui-
sante et l’un de nous (Lhermitte) l’a proposee des son premier
travail sur l’hallucinose pedonculaire (1922). Cependant, dans
le cas present, cette assimilation semble plus hasardeuse, car si
l’on met a part une malade, nos patientes ne presentaient pas
de modifications du sommeil ; d’autre part, jamais une image
hallucinatoire ne fut confondue avec une image telle que le reve
la projette.
Est-il permis de penser, ainsi qu’il est indique dans une obser¬
vation de Schroeder, que la transformation soudaine du mirage
hallucinatoire, l’aspect etrange et paradoxal de certaines appari¬
tions, celle, par exemple, du cheval qui danse sur l’eau et
n’avance pas, soit suifisants pour assimiler les visions hallucina¬
toires aux images du reve physiologique ? Nous ne le pensons
Mais si l’imagerie hallucinatoire et l’imagerie omnque, dont
nous sommes loin de meconnaitre certains traits communs, ne
peuvent, a notre sens, etre identifies, l’hallucination des ophtal¬
mopathes et l’hallucination des psychopathes comportent-elles
des caracteres differentiels qui autorisent a les opposer les unes
346
J. LHERMITTE ET J. DE AJURIAGUERRA
aux autres ? Tel est le probleme que plusieurs auteurs, dont le
plus recent est M. Terson, se sont pose.
Existe-t-il un rapport de causalite entre les alterations du trac-
tus optique et les hallucinations visuelles ?
L’on a echafaude trop de theories destinees a expliquer la
genese et le mecanisme des hallucinations en general pour
que nous songions a reprendre semblable probleme. Les plus
ingenieuses constructions de l’esprit passent, seuls les faits
demeurent ; et c’est uniquement sur le terrain de la realite
que nous entendons rester.
Ainsi qu’on l’a vu par les exemples que nous venons de rap-
porter, comme par ceux que nous avons extraits de la litterature,
il n’est pas douteux que les sujets atteints de lesions portant sur
l’appareil visuel, en quelque zone qu’elles se trouvent, peuvent
etre les jouets de la phantopsie, depuis la plus simple jusqu’a la
plus eomplexe. Mais avons-nous la preuve qu’un lien de causa¬
lite reunit l’alteration anatomique au phenomene illusionnel ou
hallucinatoire ? Tel est le probleme que nous ne pouvons pas
ne pas nous poser.
Le premier fait sur lequel l’accord peut s’etablir repose sur
cette constatation que les hallucinations des malades atteints
dans leur tractus optique ne different en rien de celles que l’on
observe chez les patients dont, selon toute apparence, les voies
et les recepteurs optiques sont intacts ; en dehors, bien entendu,
des cas ou l’hallucinose prend le type hemiopique.
Le second point, egalement peu discutable, tient dans cette
donnee d’observation que les hallucinations surviennent sou-
vent tres longtemps apres l’etablissement de la lesion oculaire
et peuvent survivre a sa disparition.
Dans les cas qui nous occupent specialement, nous voulons dire
chez les ophtalmopaihes, si la lesion oculairg^est la pure genera-
trice des fausses perceptions, 1’occlusion des yeux, en suppri-
mant toute excitation lumineuse retinienne, devrait modifier le
comportement perceptif ou illusionnel du malade. Et, de fait,
il semble bien qu’il en soit ainsi, au moins pour un certain
nombre de cas.
Chez un myope atteint de chorio-retinite ancienne, soigne par
Uthoff, l’occlusion des paupieres supprimait les phantopsies qui
hantaient ce malade frequemment. Mais, reconnaissons que les
faits de ce genre ne sont que des exceptions. Chez nos malades,
de meme que chez un patient suivi par Uthoff, la fermeture des
paupieres, 1’occlusion des yeux n’attenuaient en rien le proces¬
sus hallucinatoire, souvent meme, c’est la cecite ou la forte
HALLUCINATIONS VISUELLES 347
amblyopie qui crea, semble-t-il, ou favorisa l’eclosion et le deve-
loppement des phantasmes visuels.
L’on connait 1’histoire de cet aliene qui, de son ceil gauche
lese par un scotome central, voyait un agent de police (Uthoff) et
celle de ce vieillard observe par Schroeder lequel, pendant le
cours de sa cataracte, hante par de nombreuses visions imagi-
naires et hallucinatoires, fut gueri, en apparence, par le retour
de la vision ; mais, chose etrange, les hallucinations reprirent
dans la suite comme par le passe.
Les quelques faits que nous venons d’evoquer montrent bien
que les variations dans la perception visuelle influencent en sens
divers et opposes, le processus hallucinatoire et que, en conse¬
quence, il est impossible de conclure a une relation entre la
conservation de l’excitabilite, ou l’excitation actuelle des photo-
recepteurs visuels, avec les phantopsies. Et cependant, Uthoff,
aussi bien que Morax et True, admirent la realite d’une depen-
dance etroite de l’hallucination avec l’ophtalmopathie.
Morax appuie sa demonstration sur le fait suivant : une
lesion purement retinienne determine, chez le siijet qui en est
atteint, une tache ou un voile ; au contraire, lorsque la lesion de
meme etendue que la precedente, frappe’les fibres visuelles et
non les photo-recepteurs, celle-ci entraine un deficit dans la
vision par anesthesie retinienne et non pas la perception d’une
tache ou d’une ombre. D’ou il faut conclure que la lesion reti¬
nienne suscite des excitations anormales qui, transmises aux
centres visuels cerebraux, declenchent l’hallucination. Malgre
1’autorite de Morax, nous avouons que nous ne pouvons en
rien souscrire a une semblable these. D’abord, parce que rien
n’est moins demontre qu’une lesion retinienne engendre une
vague d’excitation centripete, puis parce que, si cette these etait
juste, les hallucinations des ophtalmopathes ne seraient plus
des raretes, mais des faits de la plus grande banalite.
Est-il besoin d’ajouter que, si l’hallucinose d’origine ophtalmo-
pathique etait liee a des excitations peripheriques retiniennes,
celles-ci ne pourraient, a tout prendre, que realiser des hallu¬
cinations elementaires, ce qui n’est pas le cas.
En realite, ainsi que l’a fortement marque Schroeder, l’hallu-
cination, meme elementaire, ne peut etre que le resultat d un
desordre psychique general et non le produit d’une excitation
des centres perceptifs primaires ou secondaires, pas plus que
resulter de l’excitation (a supposer que celle-ci put se concevoir)
« des centres cerebraux de representation » tels que les conce-
vaient H. Jackson et C. Wernicke. Meme dans les hallucinoses
34S
,7. LHERMITTE ET J. DE AJURIAGUERRA
engendrees par les tumeurs localisees, Quensel, Lcewenstein,
Zutt, Bonboeffer, Hauptmann, s’accordent pour reconnaitre que,
si excitation il y a, celle-ci porte sur un tres vaste systeme et
que le trouble fonctionnel qui en resulte ebranle un ensemble
tres etendu des hemispheres cerebraux.
Dans leurs etudes sur l’hallucinose pedonculaire, Lhermitte,
puis van Bogaert et ses collaborateurs avaient souligne la meme
proposition et insiste sur cette donnee, a notre sens fondamentale,
que si le processus causal de l’hallucinose visuelle apparait bien
directement et strictement sous la dependance d’une lesion de la
calotte mesocephalique, l’hallucination ne se realisait qu’a la
faveur d’une perturbation affectant la sphere psychique tout
entiere et semblable a celle qui caracterise le songe ou le reve.
Apres Henry Head, nous soutenions done que l’hallucination
visuelle n’est qu’un fragment detache d’un ensemble repondant
a un etat hallucinatoire (Hallucinatory state) ; dans son remar-
quable ouvrage consacre a la neurobiologie de l’hallucination,
Mourgue defend la meme position.
Nous sommes heureux de constater que M. Bickel, venu d’un
autre point de depart, arrive -aux memes conclusions et admet
que la conscience de l’hallucine visuel est diminuee, comme celle
du reveur.
Selon A. Terson qui, nous l’avons dit, a consacre a notre sujet
un interessant memoire, les hallucinations des ophtalmopathes
epousent les memes formes qu’elles ont chez les innombrables
sujets hallucines dont les yeux sont sains, « ou revetent les
memes formes qu’elles ont eues avant la maladie des yeux ou
qu’elles auront encore, ou qu’elles n’auront plus apres que l’oeil
sera gueri ».
Le meme auteur ajoute : « Chez les ophtalmopathes curables,
ou incurables, e’est ordinairement par un processus indirect que
se produit l’hallucinose, tantot par des conjonctions morbides
d’idees, de craintes et de souvenirs, tantot par des etats cerebraux
aux inflammations toxiniques ou toxiques coexistantes, les memes,
comme affinite, que ceux qui atteignent la retine, veritable circon-
volution intra-oculaire. »
En derniere analyse, il ne nous semble done pas scientifique
d’accorder a lesion oculaire la premiere place parmi les facteurs
dont depend le processus hallucinatoire ou phantopsique.
Est-ce a dire cependant que le facteur ophtalmopathique est
absolument negligeable et vain ? Assurement non ; et e’est pre-
cisement ce point qui commande l’interet de l’hallucinose ophtal¬
mopathique. Qu’on nous entende bien ; de meme que d’autres
HALLUCINATIONS V1SUELLES 349
hallucinations, l’hallucination visuelle simple ou figuree peut
•etre plus ou moins strictement favorisee dans son eclosion par
une alteration organique ou fonctionnelle des photo-recepteurs,
mais cette modification morbide n’est pas capable, a elle seu e,
de donner le branle au processus infiniment complexe qu est
celui de l’hallucination figuree et auquel participe, de toute
necessite, le psychisme tout entier. Pour etre hallucine, ainsi que
l’etaient ou que le sont nos malades, il faut qu’a certains moments
se realise un « etat hallucinatoire » lequel, a coup sur, ne peut
etre engendre par telle ou telle excitation des photo-recepteurs.
Mais si la lesion oculaire ne peut etre tenue pour le facteur
essentiel de l’hallucinose des ophtalmopathes, trouve-t-on chez
ceux-ci d’autres conditions morbides dont la conjonction avec
l’ophtalmopathie nous fournit la raison des phantopsies ? Dans
une certaine mesure, nous pouvons repondre par l’affirmative.
En effet, ainsi que nos observations en font foi, dans 1’immense
majorite des cas, a l’ophtalmopathie, se joignent d’autres pertur¬
bations organiques qu’un examen attentif permet de mettre au
jour. , .
Chez une de nos malades atteinte de degeneration maculaire
senile, nous constations un double signe de Babinski et une
hemianopsie gauche (cas Mah), chez une autre (cas V. Hoev.), a
l’amblyopie severe, s’associait un hemiparesie gauche doulou-
reuse en rapport avec un foyer thalamique precise par 1’ etude
anatomique ; chez une autre encore, la keratite avec cataracte
s’accompagnait d’un flechissement intellectuel modere, mais
indeniable ; enfin, chez une derniere patiente (cas Nic.), nous
avons pu suivre tres exactement le rythme des crises hallucinosi-
ques et preciser que le moment d’apparition de celles-ci coinci-
dait avec la survenance d’un incident infectieux (broncho-pneu-
monie) ou cardio-pulmonaire (insuffisance cardiaque avec cede-
mes et stase pulmonaire). a
Une telle conjonction de phenomenes ne saurait etre tenue
pour fortuite ; par sa repetition meme, elle defie la critique.
Mais il y a plus, nous retrouvons, chez cette derniere malade, une
disposition a halluciner assez curieuse. Atteinte de fievre typhoi.de
a l’age de 36 ans, cette malade n’a pas perdu de souvenir du delire
hallucinatoire qui a marque une periode de 1’evolution de cette
infection lequel, selon la malade elle-meme, ressemblait par plu-
sieurs de ses traits aux phenomenes hallucinatoires actuels.
J. LHERMITTE ET J. I)E A } U RIAGVERRA.
Disposition speciale a projeter des images visuelles en dehors
de la personnalite physique, flechissement organique ou infection,
alterations cerebrales plus ou moins strictement localisees, tels
sont les moments etiologiques que nous saisissons a l’origine des
hallucinations qui accidentent la vie de certains ophtalmopathes.
Le retentissement sur l’encephale des infections et des intoxi¬
cations est connu, celui qui entraine la deficience cardiaque
Test un peu moins. II est indeniable cependant, et nous ne rap-
pellerons que pour memoire, parce que le fait se montre tres
suggestif, l’observation rapportee par Lhermitte et par O. Trelles,
ou l’on voit un double signe de Babinski apparaitre la traduc¬
tion manifeste d’une insuffisance myocardique a repetition. La
notion d’une disposition speciale pour halluciner se montre,
evidemment, moins precise ; cependant, ce facteur n’en est pas
moins reel. Plusieurs de nos malades presentaient, ou avaient
presente des troubles du sommeil, l’une d’elles se souvenait
d’avoir ete somnambule pendant son enfance ; enfin, tous nos
sujets sont des femmes, bien que, dans le milieu ou nous avons
observe, les hommes se trouvent presque aussi bien represents
numeriquement que les femmes. Lhermitte avait deja fait la
meme remarque a propos de l’hallucinose pedonculaire.
Toutes les notions que nous venons d’evoquer et les faits que
nous apportons temoignent, par leur convergence, que le probleme
de l’hallucination la plus simple, parce que la plus depouillee
d’enveloppe psychologique, reste toujours complexe et que ce
serait bien grande vanite que de chercher a expliquer l’hallucina-
tion des ophtalmopathes par le jeu d’une excitation ou d’une
inhibition tout hypothetiques et dont la source serait a trouver
dans un photo-recepteur altere.
Contrairement a nos eminents predecesseurs, tels que Uthoff,
Morax, True, nous croyons avoir montre que, si l’alteration du
recepteur visuel peut faciliter l’apparition d’une image exterio-
risee, cette lesion n’est qu’un facteur de second plan et que les rai-.
sons majeures s’en trouvent dans les alterations cerebrales dont
le flechissement cardiaque ou les toxi-infections exagerent le
retentissement fonctionnel, ainsi que dans une perturbation
generale de l’esprit, fondement de toute hallucination.
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SYNDROME PSYCHASTHENIQUE
ET HYPERHYPOPHYSTE
Relations possibles entre le trouble endocrinien
et Vorientation des manifestations psychopathologiques
PAR
C.-I. PARHON, A. KREINDLER et E. WEIGL 0)
Le role du chimisme de l’organisme dans les phenomenes psy-
chologiques est demontre depuis longtemps. L’action de l’alcool,
de 1’ivresse, est connue depuis l’antiquite et plus recemment
celle de la morphine, du haschisch, de la mescaline, etc., furent
egalement mises en evidence d’une facon indiscutable. Les intoxi¬
cations endogenes retentissent aussi sur la vie psychique et il en
est de meme pour les variations du metabolisme determinees
par les alterations des fonctions endocriniennes. Une litterature
considerable, sur laquelle il n’y a pas lieu d’insister, sert de base
a cette affirmation. Nous nous contenterons de rappeler ici le
rapport, deja ancien de Laignel-Lavastine (1908), sur les relations
entre les troubles psychiques et les alterations des glandes a
secretion interne, de meme que celui que Fun de nous a presente
5 ans plus tard au Congres International de Neurologie et Psychia-
trie (Gand, 1913). Nous rappellerons egalement que l’un de nous
soutient depuis longtemps (1906) l’opinion que les troubles endo-
criniens et surtout thyro'idiens, interviennent dans une mesure
tres importante dans la pathogenie de la psychose maniaque-
depressive de meme que de la psychasthenie.
Les relations des hormones avec les processus psychiques sont
admises meme par les auteurs qui, ayant envisage surtout certains
aspects de la vie psychique normale et pathologique, se sont
(1) Travail du Service des consultations endocrinologiques de I’Hopital
« Iubirea de oameni », Bucarest.
Ann. Med.-psych., XV« serie, 94' annee, t. I. — Mars 1936.
SYNDROME PSYCH ASTHENIQUE ET HYPERHYPOPHYSIE 353
tenus d’une facon generate assez a l’ecart de l’endocrinologie et
des mecanismes somatiques des manifestations psychologiques.
C’est ainsi que nous trouvons chez Freud le passage suivant :
« II est probable que ce sont des substances et des processus chi-
miques speciaux, par lesquels s’exerce l’instinct sexuel. Nous
tenons compte de cette probability quand nous substituons aux
substances chimiques speciales des forces psychiques speciales. »
L’observation qui suit nous permettra d’apporter une contri¬
bution a cette etude et de discuter le role de l’hypophyse dans les
processus psychiques normaux et pathologiques. Elle nous per¬
mettra en outre de soulever le probleme des rapports possibles
entre l’orientation somatique et l’orientation psychique de la
symptomatologie determinee par l’alteration endocrinienne.
Observation
La malade Alexandra C., agee de 35 ans, se plaint d’amnesie,
d’apathie, de diminution de l’attention, de phobies.
Examen somatique : La malade a une constitution hyperhypophy-
saire tres nette. Elle pese 92 kg., sa taille est de 1 m. 87. La circon-
ference de la tete est de 58 cm. Le maxillaire inferieur est saillant,
les arcades sourcilieres aussi. La radiographie cranienne montre une
selle turcique normale mais les apophyses clinoides sont tres gros¬
ses. II n’y a pas de signes de la serie infundibulaire, sauf une legere
polyurie "(1.500 a 1.700 gr. d’urine par 24 heures). Le corps thyro'ide
est palpable sans etre augmente de volume. Le pouls bat a 82. La
tension arterielle est de 12r8. La malade presente un dermographis-
me tres accuse et rougit meme spontanement d’une maniere tres
facile. II n’y a pas de signe de Chvostek. La calcemie est normale.
La malade se plaint de paresthesies dans les mains. La menstruation
n’est pas reguliere. Elle retarde parfois de deux et meme de quatre
semaines. La malade a engraisse ces derniers mois. Le metabolisme
basal est de — 15 0/0.
Examen psychopathologique. — La malade se plaint des troubles
suivants :
Apathie : Elle est devenue totalement indifferente a tout ce qui
1’interessait auparavant. Elle ne ressent ni joies, ni chagrins. Elle,
qui fut toujours coquette, preoccupee de son aspect exterieur, se
regardait beaucoup dans la glace, etc., est maintenant « paralysee »
dans son activite, ne fait rien toute la journee, reste etendue sur son
lit a regarder « dans le vide ». Toute afifectivite pour ses proches a
disparu. Tandis qu’auparavant elle etait toujours tres inquiete de
son mari, qui est garde-champetre, et allait a sa rencontre dans les
bois quand il etait en retard, peut rester maintenant pendant des
semaines sans aucune nouvelle de sa sante. Elle ne sait que « par
Ann. Med.-psych., XV« serie, 94= annee, t. I. — Mars 1936.
23.
354
C.-I. PARHON, A. KRE1NDLER ET E. WEIGL
raisonnement » qu’elle l’aime. De meme pour son unique enfant, qui
est dans un lycee en ville. Auparavant elle etait anxieuse si elle ne
recevait pas tous les merer edis une lettre de lui, et une fois meme
presenta pour cette meme cause une monoplegie crurale droite ayant
dure quatre semaines (hysterie ?). La derniere fois que l’enfant est
venu en vacances il a apporte des notes tres mauvaises de 1’ecole.
Son professeur les mettait sur le.compte du fait que l’enfant avait
manifesto tout le temps un desir ardent de revoir sa mere. La malade
a done decide de lui rendre le sejour dans la maison des parents
aussi desagreable que possible ; ce qu’elle reussit a faire avec beau-
coup de sang-froid. Quand l’enfant est reparti, elle ne l’a meme pas
embrasse ; elle ne l’a plus revu depuis lors et n’en ressent pas le
besoin.
Amnesie : La malade se plaint d’avoir perdu la memoire. A notre
remarque qu’elle se rappelle pourtant tres bien son enfance avec les
plus petits details, elle nous repond qu’elle n’a oublie que les faits
appris. Elle nous donne des exemples : l’annee passee elle a lu un
livre sur la revolution russe qui l’a profondement emue ; elle se rap-
pellera toujours ce roman sans toutefois pouvoir raconter son
contenu. Elle a lu six fois les oeuvres de Tourghenjew, mais ne se
rappelle plus rien. Pourtant les impressions fortes qu’elle a eues
pendant sa vie restent bien fixees dans sa memoire. La malade, qui
lisait auparavant beaucoup, ne peut plus lire. Elle ne comprend plus
ce qu’elle lit, elle doit faire des efforts tres grands pour fixer son
attention. Elle, qui s’etait beaucoup occupee de grammaire, ne pent
plus analyser les propositions les plus simples.
Des phobies : La malade souffre depuis des annees d’une phobie
des microbes, craignant de s’infecter en touchant des monnaies et
tout autre objet. Elle craint l’infection syphilitique. Pour ces raisons,
elle se lave les mains 80 a 100 fois par jour. A la suite d’un reve, elle
a ete longtemps obsedee par la crainte que sa tete n’eclate. A cette
epoque, elle etait obligee de rester couchee dans une demi-obscurite,
elle ne pouvait pas dormir. Elle a souvent l’impression de « devenir
folle » et « que sa tete eclate ». Dans ces moments elle doit bander
sa tete par peur qu’elle n’eclate. Elle se croit tantot folle, tantot un
genie unique au monde. A d’autres moments, elle se rend compte
qu’elle ne pense a rien et elle est prise de frayeur.
Perte des talents et de ses dons litteraires. La malade croit qu’elle
est une femme de lettres. Des son enfance, elle faisait de bonnes
compositions. Tres tot elle a commence a ecrire des nouvelles ; puis
brusquement elle a cesse. En 1933, l’elan d’ecrire lui est revenu. Elle
a concu 18 projets pour un seul roman, mais a la fin aucun ne lui
paraissait digne d’elle. Pendant six semaines elle s’est tourmentee
pour commencer ce roman, dont le titre etait le meme que celui de
Koupriri : « Jama ». Son roman s’occupait surtout de la vie a la
campagne. Soil oeuvre lui a deplu. Elle s’est mise alors a ecrire une
jiouvelle dont le sujet etait le suivant : Elle se trouvait en voiture
SYNDROME PSYCHASTHENIQUE ET HYPERHYP0PHYS1E 355
avec un vieillard et elle craignait que celui-ci ne l’embrasse ; elle se
rendait compte ensuite qu’il ne pensdit qu’a sa propre mort et que
c’etait insense de sa part de le craindre, d’autant plus que d’autre
part elle ne craignait pas un jeune officier qui lui faisait la cour
assidument.
Parfois le besoin d’ecrire la reprend. Son mari la pousse aussi a
le faire et lui a meme demande de narrer sa propre vie a lui. Mais
depuis Noel dernier, qui coincide avec la derniere venue de son
fils, elle n’a plus rien produit en fait de litterature. La malade pre¬
tend aussi avoir une belle voix, mais ne pas l’avoir cultivee.
Ses reves : 1° Elle reve que sa tete s’agrandit a tel point que meme
la chambre ne la contient plus. A ce moment, elle enleve son alliance,
la met au-dessus de sa tete et celle-ci revient a son etat normal. Au
reveil, elle ne retrouve plus son alliance et ce n’est qu’apres de lon¬
gues recherches qu’on 1’a retrouvee sur la taie d’oreiller. Elle s’est
mise a crier de toutes ses forces. 2° Elle reve qu’elle chante devant
un parterre de rois et qu’on 1’acclame en lui jetant des fleurs. Elle a
ce reve tous les 3 ou 4 mois. 3° Elle reve aussi assez souvent qu’elle
n’a qu’a ouvrir les bras pour voler dans l’espace. 4° Elle reve aussi
assez souvent qu’elle monte une bicyclette, bien qu’en realite elle ne
sache pas monter a bicyclette. 5° Elle reve encore qu’elle passe un
examen devant une commission qui ne veut pas croire qu’elle a
beaucoup etudie, malgre ses menaces et ses supplications. A la suite
de ce reve, elle est tres agitee, elle pleure, car le fait de ne pas avoir
de succes en reve (autant qu’en realite) la fait soufFrir horriblement.
Meme lorsqu’elle nous raconte ce reve elle rougit et se met a pleurer.
6° Elle reve aussi assez souvent qu’elle grimpe sur une montagne
immense et que lorsqu’elle arrive pres du sommet elle ne peut y par-
venir ; parfois' un homme (qu’elle considere comme son ennemi
mortel), tournant le dos, lui refuse son aide. En racontant ce reve la
malade est tres agitee. 7° La malade reve aussi qu’elle grimpe sur un
arbre pour cueillir un fruit mais que les branches fleehissent sous
son poids et que lorsqu’elle saisit le tronc, ce dernier remue a tel
point qu’elle se voit tomber et se demande ce qu’il en adviendra. (A
la suite de notre enquete nous avons conclu qu’elle ne connaissait
aucun exemple pareil tire de la mythologie grecque ou autre).
Souvenirs d’enfance : C’etait un enfant unique et son enfance fut
triste. Son premier souvenir est le suivant : elle avait environ 2 ans,
la mere lui a dit « donne-moi ta main » et sa robe a pris feu. Elle
se souvient encore qu’un petit frere, nourrisson encore, est mort et
qu’elle s’est accrochee a la soutane du pope pour 1’empecher de
l’emporter dans son cercueil. Jusqu’a son entree a 1’ecole elemen-
taire elle n’a que de tristes souvenirs. Son pere, ivrogne invetere, ne
faisait que des esclandres. A un certain moment il a blesse sa mere
avec un couteau. Ceci se passait lorsque la malade avait 12 ans. Les
parents ont divorce. Sa mere est morte en Russie. Son pere vit en¬
core maintenant. Apres le deces de la mere, son pere lui a aigri
C.-I. PARHON, A. KREINDLER ET E. WEIGL
l’existence continuellement. Une fois il a voulu la tuer avec une
hache. Une autre fois son pere l’ayant frappe trop fort elle fut
conduite a l’hopital et une amnesie s’ensuivit. Alors que, guerie, elle
refusait de rentrer aupres de son pere, celui-ci l’obligea a le faire,
mena§ant de la faire revenir par force.
Mais bien qu’elle pretende avoir eu une enfance malheureuse, elle
dit avoir ete une enfant gaie, malgre les miseres que son pere lui
faisait et auxquelles elle s’etait habituee depuis sa premiere enfance.
Maintenant elle ne veut rien entendre de son pere ni le connaitre.
D’un autre cote, elle pretend qu’elle lui ressemble puisqu’elle aussi
se met tres facilement en colere.
Les relations conjugates : La malade est mariee depuis 11 ans. Ce
fut un mariage d’amour. II eut lieu deux semaines apres sa sortie
de l’ecole. Son mari a la meme taille qu’elle, mais ne pese que 75 kg.
tandis que son poids a elle est de 92 kg. A notre demande sur sa vie
conjugale, elle donne des reponses fort embrouillees, Tantot elle
considere son mari comme le meilleur des hommes ; tantot elle ra-
conte qu’elle souhaitait un mari tout autre et que celui-ci ne la cajole
pas assez. Au debut, elle s’imaginait que dans un menage il n’y
avait pas de querelles et tel fut le sien pendant trois mois ; lorsqu’un
beau jour son mari se trouvant dans un courant d’air et ne lui ayant
pas obei de suite lorsqu’elle lui dit de s’en retirer, elle le maudit en
lui souhaitant la mort. C,es paroles l’avaient trouble pendant fort
longtemps, ne comprenant pas elle-meme comment elle avait pu les
prononcer. Une fois fachee contre quelqu’un, elle l’est pour toujours.
Depuis cette premiere dispute son mariage devint un enfer. Elle
reconnait elle-meme qu’elle rend la vie impossible a son mari, en lui
reprochant continuellement d’etre la cause de sa maladie, et que
depuis son mariage elle a perdu toute gaiete et tout plaisir. Au fond
elle admet que son mari est un homme bon et paisible. Lorsque nous
lui faisons remarquer que le mariage pour elle signifiait la liberte
en comparaison avec ce qu’elle souffrait aupres de son pere, elle
nous repond qu’elle n’a pas pu choisir son pere tandis qu’elle a elle-
meme choisi son mari.
Sur sa vie sexuelle elle donne les details suivants : elle pretend
que son mari est tres sensuel tandis qu’elle-meme est frigide. L’acte
sexuel lui est devenu odieux depuis les premiers temps du mariage
lorsque durant les premiers six mois elle souffrait a chaque attou-
chement. Quoi qu’elle ne l’ait essaye elle croit que meme avec un
autre homme elle ne pourrait rien ressentir. Son mari aime lire et
surtout les oeuvres de sa femme. Envers sa belle-mere elle a beaucoup
de respect, mais c’est une femme mechante, une megere que rien
n’adoucit. Pourtant la malade pretend qu’elle ne voit aucun motif a
cette antipathie. Son beau-pere, au contraire, mort il y a trois ans,
etait un brave homme.
Sentiments religieux : La malade nous dit avoir ete pratiquante
jusqu’a son mariage, mais depuis, elle ne croit a rien sinon a la
SYNDROME PSYCH AS THENIQUE ET HYPERHYPOPHYSIE 357
verite et au principe de ne pas faire a autrui ce que Ton ne veut pas
qu’on vous fasse. Elle voudrait revenir a la foi mais cela lui est im¬
possible. Elle pleure et nous avoue « qu’une personne si insigni-
flante ne devrait pas vivre » .
II nous semble interessant d’insister sur les modifications des
representations des dimensions et de la forme des segments coi-
porels que la malade presente : sa tete grandit prete a eclater,
elle en reve meme, elle se sent grande, non seulement au point
de vue de ses qualites psychiques, mais aussi somatiques. II y a
lieu de nous demander si ces symptomes n’ont pas de rapport
avec sa constitution hyperhypophysaire. Les representations
mentionnees plus haut presentent peut-etre des modifications
chez les acromegales et les geants. La constitution hyperhypophy¬
saire de notre malade offre peut-etre aux symptomes nevropathi-
ques un domaine dans lequel ils peuvent se manifester plus faci-
lement. II est encore caracteristique que la malade se preoccupe
de sa voix, la voix changeant de caractere, comme nous le savons,
chez les malades presentant des symptomes d’hyperfonctionne-
ment pituitaire. Les endocrinopathies creent dans Vorganisme des
variations de la cenesthesie et dans notre cas V hype rp i t a i laris me
a cree, semble-t-il, des modifications des representations corporel-
les. Le contenu de la nevrose qui se developpe sur ce terrain
semble oriente, dans sa forme, par Vhyperpituitarisme.
En ce qui concerne la part des modifications endocriniennes
dans les troubles psychiques de notre malade, on doit penser a
l’intervention primitive ou secondaire de plusieurs de ces organes.
Et d’abord a l’hypophyse. Les troubles psychiques ne sont pas
rares dans les cas d’hyperhypophysie et l’un de nous les passa en
revue dans des travaux anterieurs. Dans notre cas, ils se presen¬
tent surtout sous la forme depressive et psychasthenique (indiffe¬
rence affective, reves d’insucces, sentiment d’inferiorite, anxiete).
Mais on observe aussi parfois une tendance a l’excitation psychi-
que dans le sens maniaque (auto-appreciation exageree, nombreux
projets de travaux litteraires, etc.). Cette legere excitation de type
maniaque n’est d’ailleurs pas durable.
D’autres glandes doivent etre aussi prises en consideration.
On doit insister ainsi sur l’insuffisance ovarienne (troubles mens-
truels, emotivite, rougeurs faciles, irascibilite, frigidite sexuelle)
et on sait la part importante qui revient a cette derniere dans la
pathogenie de la melancolie. L’un de nous y a insiste dans plu¬
sieurs travaux anterieurs.
Nous devons penser egalement au corps thyro'ide d’autant plus
C.-I. PARE ON, A. KREINDLER F.T E. WEIGL
que nous savons aujourd’hui que le lobe anterieur de l’hypo-
physe secrete une hormone thyreotrope. Dans notre cas, la legere
diminution du metabolisme basal pourrait eveiller l’idee d’une
hypothyroidie. Mais l’insutHsance ovarienne pourrait egalement
expliquer une diminution si peu manifeste. L’emotivite de la
malade, les pleurs faciles, l’anxiete, vont de pair le plus souvent
avec 1’hyperthyroidie et les phobies et obsessions, la melancolie
elle-meme se rencontre, nous semble-t-il, plus frequemment
chez les hyperthyro'idiens que chez les hypothyroidiens.
Quoi qu’il en soit, on doit admettre que chez notre malade le
chimisme sanguin et celui du systeme nerveux (et de l’organisme
en general) se ressentent de troubles endocriniens, dont 1’analyse
minutieuse n’est pas encore possible.
Ce cas demontre une fois de plus les connexions etroites exis-
tant entre les troubles endocriniens et les alterations psychiques.
Les rapports des uns et des autres sont tres importants et l’atten-
tion des psychiatres doit etre constamment fiXee sur cette ques¬
tion. Notre pas demontre que le choix du symptome dans une
nevrose peut etre determine par des alterations cenesthesiques
d’origine endocrinopathique.
LES TENDANCES ACTUELLES
DE LA PSYCHIATRIE EN BELGIQUE (1)
PAR
G. VERMEYLEN
La Belgique, de par sa situation geographique, se trouve au
centre des grands courants d’idee europeens et participe active-
ment a leur propagation. Elle en ressent elle-meme profonde-
nient les influences et reste, comme il l’a ete constate plus d’une
fois, une « terre d’ experiences ».
II n’en va pas autrement pour ce qui regafde la psychiatrie.
Bien plus qu’une grande activite creatrice dans le domaine des
concepts et des doctrines, on y constate un souci constant de
s’assimiler les methodes ou les theories nouvelles, de les confron-
ter avec les faits ; mais, aussi, de n’en garder que ce qui repond
a la realite clinique, ce qui est directement pratique et utilisa-
ble.
Et cela n’exclut pas quelque hardiesse et un esprit novateur
qui se retrouve a plus d’un moment de 1’evolution psychiatri-
que en Belgique. II suffirait, a cet egard, de citer l’influence pro-
fonde qu’a eu, tant au point de vue des doctrines que de l’assis-
tance, un psychiatre de l’envergure de Guislain. Ou bien encore,
le mouvement puissant de l’ecole beige de 1900 que les Sano, les
Claus, les Meeus, orienterent, vers des conceptions psychiatri-
ques plus synthetiques et des modes d assistance, que 1 expe¬
rience seculaire de la colonie de Gheel permettait d’assouplir
et d’humaniser..
II semble bien qu’un nouveau courant se soit manifeste apres
guerre et que de profondes modifications soient en cours, tant
dans la theorie que dans la pratique.
(1) Cet article du Professeur G.. Vermeylen, de l’Universite de Bruxelles,
est le premier d’une serie d’articles consacres par les Annales Medico-
psgchologiques a une enquete internationale sur les tendances de la psychia¬
tric contemporaine. — R. C.
Ann. Med.-psych., XV** serie, 94e annee, t. I. — Mars 1936.
360
G. VERMEYLEN
II est difficile encore d’en dessiner, de facon nette, le contour
et les saillies. Nous sommes encore trop meles a ses remous et
trop emportes par son mouvement meme. Mais, d’ores et deja, il
est possible d’en percevoir quelques particularites et d’en mar-
quer quelques nouveautes.
Une des tendances les plus marquantes, et qui se retrouve
dans les doctrines et dans les faits, est d’humaniser le malade
mental. Certes, depuis longtemps deja les meilleurs esprits y
tendaient et le xix" siecle a ete marque par bien des conquetes
dans ce sens. Mais ce n’est vraiment que depuis quelques annees
que I’ancien « alienus s> n’est plus totalement un etranger pour
nous. II est entre dans la grande famille des humains, par la
porte de la maladie, il est vrai ; mais non plus de maladies spe-
ciales et etranges, mais bien de maladies dont les mecanismes
repondent de plus en plus a ceux de la pathologie generale. Les
progres de la neurologie, son assouplissement clinique et son
degagement d'e theories trop etroitement localisatrices, le renou-
veau des idees du aux grands physiologistes anglais, et tout spe-
cialement de Hughling Jackson, ont prepare les voies a une neuro-
psychiatrie basee,‘ plus sur la physiopathologie, que sur l’anato-
mopathologie.
Mais, mieux encore, la psychiatrie est devenue attentive a
toutes les decouvertes qui se succedent a un rythme accelere,
de la bio-chimie generale. Elle se les approprie une a une, elle
les confronte avec les constatations qui lui sont propres, elle les
adopte, enlin, ou les rejette. Et ce qui est inutilisable n’est pas
moins riche d’enseignements pour elle. Les enseignements de la
bio-chimie l’habituent a rechercher dans l’organisme entier, et non
dans une de ses parties, les causes de la maladie mentale et,
meme dans ce domaine elargi, a ne pas s’attendre a la trouver
dans des lesions grossieres, mais bien dans des modifications
tenues et inconstantes, dont la multiplicite et la diffusion peu-
vent seules expliquer, a la fois 1’influence profonde sur le psy-
chisme du malade et la difficulte de les decouvrir et de les
demontrer.
De meme, la psychopathologie a beaucoup perdu de son carac-
tere esoterique. Sous l’influence, il faut savoir le reconnaitre, des
idees freudiennes, et plus encore peut-etre des doctrines dissi-
dentes qui se sont multiplies, les faits psychopathologiques se
sont beaucoup rapproches des faits psychologiques, le malade
mental de l’homme normal. L’etude des deviations passageres
de l’esprit normal, la recherche de plus en plus fine des influen¬
ces modificatrices, la comprehension meilleure des mecanismes
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATR1E EN BELGIQUE 361
psychologiques profonds, ont ete pour beaucoup, dans ce rappro¬
chement, gros de consequences.
Le premier resultat en a ete l’extension de l’hygiene mentale.
Basee, primitivement, sur une conception purement empirique
et, pourrait-on dire, sentimentale, elle n’aurait pu avoir l’exten-
sion qu’on lui connait et n’aurait certainement pas depasse les
limites des pays anglo-saxons, si elle ne s’etait, dans 1 apres-
guerre, rencontree avec les modifications de l’esprit psychiatri-
que qui viennent d’etre esquissees. Elle n’aurait, d autre part,
pu toucher le grand public si celui-ci n’avait pas ete prepare
par toute une litterature, mi-medicale mi-romanesque, oil le bon
se melait au pire, mais d’ou se degageait pourtant une impres¬
sion de eommunaute entre le malade mental et le reste des
humains. Tout cela preparait l’esprit public a admettre les
grandes innovations de l’hygiene mentale et de 1 assistance
psychiatrique, voire meme a les exiger et a s’etonner de la pru¬
dence des psychiatres.
L’assistance psychiatrique en a largement beneficie. On sent
de plus en plus la necessity d’une double organisation psychia¬
trique. Celle des malades aigus dont l’hospitalisation devrait se
faire dans des hopitaux psychiatriques munis de tout l’outillage
moderne d’investigation et de traitement. Ou dans des services
de psychiatrie annexes a de grands hopitaux urbains qui, sans
augmentation des frais generaux, permettent l’accession, aupres
du malade mental, des differents specialistes et l’utilisation de
tous les moyens medicaux.
Celle, d’autre part, des malades chroniques, dont l’assistance
dans des instituts psychiatriques, de preference extra-urbains,
devrait tendre a leur menager un milieu aussi socialement evolue
que possible : bonne organisation hospitaliere, esprit de commu-
naute, sorties surveillees, loisirs organises et surtout travail
organise methodiquement et dans un sens a la fois therapeuti-
que et utilitaire.
Pendant ce quart de siecle si fertile en modifications de tous
ordres, la psychiatrie n’est done pas restee en retard. Ses progress
n’ont pas laisse indifferents les milieux psychiatriques beiges, qui
ont souvent participes de facon active a leur realisation. De plus,
mieux souvent que dans d’autres pays, les realisations nouvelles
ne sont pas restees cantonnees dans les spheres medicales, mais
ont deborde largement, dans le monde juridique et pedagogique
notamment, pour atteindre les travailleurs sociaux de tous ordres
et enfin le grand public. Cette collaboration de plus en plus
large avec les milieux extra-medicaux est une des caracteristi-
362
G. VERMEYLEN
ques, les plus interessantes, de la psychiatrie moderne et qui a
ete la mieux comprise en Belgique.
Les grandes lignes de la psychiatrie moderne ayant ainsi ete
esquissees, nous allons en retrouver l’esprit dans les principales
activites psychiatriques telles qu’elles sont actuellement prati-
quees dans ce pays.
La psychiatrie generale
Branche de la medecine, qui reste malgre tout assez esoteri-
que, la psychiatrie demande, de celui qui la pratique, a la fois
de tres larges connaissances humaines et des vues toutes parti-
culieres et tres approfondies sur son propre objet. C’est dire
que l’accession a la psychiatrie reste une chose difficile et deli¬
cate, qui demande une preparation longue et soigneuse.
L’enseignement de la psychiatrie doit, de ce fait, viser, non seu-
lement a donner a tous les futurs medecins une teinture psychia-
trique generale qui les mette en mesure de comprendre ce
qu’elle est et de developper leur sens psychologique du malade,
mais surtout a former de jeunes psychiatres capables d’abor-
der, en connaissance de cause, les differentes faces du probleme.
Pendant longtemps, la psychiatrie est restee noyee dans l’en-
seignement de la medecine generale dont elle representait une
branche infime, enseignee plus theoriquement que pratiquement.
Ce n’est que sous la poussee de fortes personnalites qu’elle a pu
conquerir 1’autonomie qui lui revenait.
Ce fut a Joseph Guislain qu’on du, en Belgique, de voir la
psychiatrie devenir consciente d’elle-meme. Dans l’introduc-
tion emouvante de sa premiere « lecon orale sur les phrenopa-
thies », donnee le 7 novembre 1849, a l’asile qui porte desor-
mais son nom, il nous dit : « Je me rappellerai toujours mes
debuts dans cet etablissement. J’etais seul, ,sans maitre. Les diffi-
cultes surgissaient de tous cotes : je ne trouvais partout que des
obstacles. Je ne comprenais rien a ce que je voyais, et, je dois
bien vous le dire, les mecomptes furent d’abord mes guides de
tous les jours. » II se chargea, pour l’ensemble du pays, de
devenir un guide, cette fois averti et rompu a toutes les diffi-
cultes de sa tache.
C’est a ses importants rapports d’inspection qu’on doit la
premiere reforme beige des asiles et la premiere loi de 1848 sur
le regime des alienes.
C’est a sa personnalite agissante qu’on doit le premier ensei-
gnement psychiatrique, digne de ce nom, dans notre pays.
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN BELGIQUE 363
C’est a sa connaissance approfondie des malades mentaux et
au labeur de toute une vie consacree deliberement a l’etude. et a
l’assistance de ces malades qu’on doit ces travaux notoires qui
ont brave le temps et fait connaitre son nom dans, tous les
milieux psychiatriques.
Apres lui, pourtant, l’enseignement psychiatrique universi-
taire periclita a Gand, et ce n’est qu’apres-guerre qu’un neuro-
psychiatre de carriere, le Professeur Crocq, fut nomme a cette
chaire que Guislain avait illustre. Peu de temps apres, il fut
frappe par la maladie, en pleine reorganisation de son enseigne-
ment, et remplace par le Dr Hamelinck, decede il y a un an,
auquel vient de succeder le D1 Nyssen.
Le professeur de psychiatric de l’Universite de Gand ne pos-
sede actuellement pas de service clinique. Il choisit les malades
necessaires a son enseignement parmi ceux de l’Hospice Guis¬
lain. Si cet enseignement est, sans doute, suffisant pour donner
aux futurs medecins une idee generate de la medecine men-
tale, il ne peut atteindre son but principal qui est de former de
jeunes psychiatres et il prive le professeur de psychiatrie du
contact journalier avec le malade mental, qui est indispensable
a son propre developpement. On peut pourtant compter sur 1 acti¬
vity du nouveau titulaire de la chaire de psychiatrie pour faire
aboutir un projet qui est dans l’air et qui lui donnerait la possi¬
bility d’enseigner dans un service urbain d’admission dont il
serait le chef medical.
De meme, le professeur de psychiatrie de l’Universite de 1 btat
de Liege ne peut enseigner dans un service qu’il dinge. Le Profes¬
seur Divry, qui a succede au Professeur Francotte, emprunte les
malades qui lui sont necessaires pour sa clinique au Sanatorium
Sainte-Agathe pour les femmes, ou se trouve l’auditoire umversi-
taire, des laboratoires et la bibliotheque, et au Sanatorium de la
rue Voliere pour les hommes. Ce regime, en soi defectueux, n a
pas empeche la formation d’une importante equipe de neuro-
psychiatres liegeois qui ont deja donne des travaux remarques
d’anatomo-pathologie, de neurologie et de psychiatrie expenmen-
tale.
L’Universite catholique de Louvain possede en propre son
service de psychiatrie. Dans la vaste propriete que lui avait
leguee le Comte Spoelbergh de Lovenjoul, elle a bati et organise,
avec l’assistance des soeurs de la Charite, un grand hopital
psychiatrique qui peut etre considere comme le modele du genre.
Ses batiments peuvent contenir plus de 700 malades femmes
dont une centaine de pensionnaires. Le titulaire de la chaire de
364
G. VERMEYLEN
psychiatrie, le Professeur D’Hollander, en est le medecin en chef,
II peut done y organiser un enseignement clinique journalier,
au lit du malade, et former ainsi de jeunes psychiatres rompus
a toutes les difficultes de la pratique psychiatrique. Dans un
pavilion separe, se trouvent l’auditoire universitaire, la biblio-
theque et des laboratoires particulierement bien organises. II
en est sorti d’importants travaux d’anatomie normale et patho-
logique du cerveau, notamment chez les vieillards et dans la
demence precoce.
L’Universite de Bruxelles, enfln, a pu organiser, dans des
conditions tout a fait favorables, son enseignement psychiatrique
grace a l’aide de la Commission d’Assistance publique de la Ville.
Jusqu’en 1931, un Asile-Depot annexe a un des hopitaux de la
ville, aujourd’hui desaffecte, servait de lieu de passage pour les
malades mentaux recueillis sur le territoire de la ville et de cli¬
nique universitaire. Les Professeurs Joseph Desmeth, Jean de
Boeck et A. Ley, actuellement inspecteur general des etablisse-
ments pour malades mentaux, se succederent a la chaire de
psychiatrie et au poste de medecin en chef de ce service d’admis-
sion. Actuellement, ce service a ete transfere dans un grand
hopital sub-urbain, l’Hopital Brugmann, et sert de centre de
triage et de diagnostic pour la population, non seulement de
Bruxelles, mais encore de 18 communes environnantes. Un
millier de malades y passent par an, soit dans le service ferme,
soit dans le premier service ouvert pour malades indigents qui
y a ete cree, et environ 600 consultations externes, pour malades
restes chez eux ou y retournes, y sont donnees par mois. Ce riche
materiel clinique peut y etre vraiment etudie sous toutes ses
faces grace a la collaboration de tous les services generaux et de
specialites, des laboratoires et des centres de recherches qui
constituent ce vaste hopital. Le service de psychiatrie lui-meme,
qui comprend 110 lits (70 pour le service ferme et 40 pour le
service ouvert), repartis egalement pour les hommes et pour les
femmes, possede un auditoire universitaire, une bibliotheque et
des laboratoires de bio-chimie clinique et de psychopathologie,
C’est dans ces deux sens surtout que s’y poursuivent actuelle¬
ment des recherches.
Avec le Service de psychiatrie annexe a l’Hopital de Stuyven-
berg, a Anvers, l’lnstitut de psychiatrie de l’Hopital Brugmann
constitue le type des centres psychiatriques urbains qui devraient
etre crees dans les grandes villes du pays. Annexes a de grands
hopitaux et beneficiant de tous leurs moyens d’investigation, ils
constitueraient, a relativement peu de frais, des centres a la fois
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN BELGIQUE 3E5
de triage pour tous les malades de la ville et de traitement pour
les cas aigus. Ils pourraient ainsi conserver dans leur milieu des
malades rapidement curables et repartir les autres dans les eta-
blissements psychiatriques qui leur conviennent particuliere-
ment, apres les avoir examines par des moyens d’investigation
que la plupart des etablissements psychiatriques ne peuvent pos-
seder. Apres Bruxelles et Anvers, ce sont Gand et Liege, comme
villes universitaires, qui devraient, les premiers, creer ces centres
psychiatriques urbains qui rendraient les plus grands services,
tant au point de vue de la pratique que de l’enseignement um-
versitaire.
Les etablissements psychiatriques sont au nombre d’une cin-
quantaine, repartis tres inegalement sur l’etendue du pays. Ils
hospitalisent environ 24.000 malades et infirmes mentaux qui
representent pres des 3 % de la population.
Ces etablissements, sauf en ce qui regarde les malades mentaux
delinquants, ne sont actuellement pas specialises. II n’y a pas
d’etablissements speciaux pour alcooliques, pour epileptiques, etc.
Chacun d’entre eux recoit, suivant ses places disponibles, tous
les types de malades. L’accroissement rapide du nombre des
malades mentaux, au cours des annees d’apres-guerre, a du reste
cree un difficile probleme d’hospitalisation qui a absorbe toute
1’attention et n’a pas permis, notamment aux centres psychiatri¬
ques urbains, de repartir leurs malades suivant leur type et de
faire un choix parmi les etablissements.
La tendance du projet de loi sur le regime des malades men¬
taux, qui est en cours d’elaboration, est pourtant de distinguer,
cn plus des services d’observation dont nous venons de parler
et des services ouverts pour indigents, dont un seul existe actuel¬
lement a Bruxelles, les hopitaux et colonies pour malades men¬
taux des hospices pour infirmes mentaux. Cette distinction sem-
ble etre un premier pas vers la specialisation des etablissements
psychiatriques qui pourraient faire ainsi a la fois une economic
d’effort et d’organisation, et ameliorer nettement leur efficience
dans le traitement et l’assistance du type de malades dont ils
s’occuperaient exclusivement.
Quoi qu’il en soit, chaque etablissement a encore actuellement
a faire face a l’assistance de tous les types de malades, depuis
les plus agites jusqu’aux plus calmes, depuis les plus egares
jusqu’aux plus lucides, depuis les plus grabataires juqu’aux plus
valides, depuis les plus aigus jusqu’aux plus chroniques. II en
resulte une dispersion d’efforts, une complication de locaux, une
augmentation des moyens d’action qui n est pas sans nuire a la
bonne organisation de ces etablissements.
G. VERMEYLEN
Malgre cela, de serieux progres ont ete realises et des mises
au point j’udicieuses ont ete faites. Tout d’abord, la plupart des
‘etablissements se sont aussi largement ouverts que possible et
ont compris que, plus grande etait l’apparence de la liberte, et
mieux se faisait 1’adaptation du malade a la vie hospitaliere.
D’autre part, malgre les difficultes de realisation, les methodes
d’examen se sont perfectionnees et etendues, et la therapeutique
des cas aigus s’est generalisee et diversifiee. II semble pourtant
qu’il y ait encore beaucoup a faire dans ce domaine et qu’on n’y
arrivera pleinement qu’en multipliant les services psychiatriques
urbains annexes a des hopitaux et les hopitaux psychiatriques
specialises.
Enfin, l’assistance s’est sensiblement modifiee. A la con-
trainte, puis aux longs alitements, au desceuvrement aussi
des asiles, a succede la therapeutique par le travail. Nous avons
connu la methode de Simons par la Hollande et notamment par
les belles realisations ergotherapiques du Professeur Van der
Scheer a Sandtpoort. Nous avons compris par la que le travail
des malades, sans cesser d’etre utilitaire et meme profitable, ne
devait pas viser uniquement ce but et, des lors, ne devait pas
s’adresser seulement aux malades capables d’un rendement conve-
nable. Sans aller aussi loin que dans certains etablissements
allemands et hollandais ou, parfois, plus de 90 % des malades
travaillent plus ou moins de plein gre, certains de nos instituts
ont pourtant largement profite de cet enseignement. L’atmo-
sphere, charge d’ennui, des anciens asiles, s’est ainsi transformee
et on a gagne en collaboration active ce qu’on perdait heureu-
sement en surveillance tracassiere. Bien entendu, tout est loin
d’etre acheve dans ce domaine. Les locaux ne se pretent pas
toujours au travail, le nombre de travailleurs, est encore trop
restreint, il y a surtout encore trop de distinction entre les mala¬
des qui travaillent et les surveillants qui croient qu’ils ne doivent
rien faire, le cote economique du probleme, tant pour le malade
que pour 1’etablissement, n’est pas encore bien compris. Mais
deja, un autre esprit a penetre dans les institutions. Leur spe¬
cialisation permettrait aussi une certaine specialisation du type
de travail qui acheverait de rendre celui-ci a la fois vraiment
therapeutique et utilitaire.
La creation de services ouverts, accessibles aux malades de
toutes les categories sociales, acheverait de donner a ces insti¬
tutions leur veritable cachet. Certes, cette innovation, qui ne
saurait plus tarder, aura l’avantage d’eviter a beaucoup de
malades mentaux les formalites administratives et juridiques
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN BELGIQUE 367
jugees, a juste titre, tracassieres. Elle permettra ainsi de soigner
precocement des malades que les inconvenients sociaux de ces
formalites tiennent actuellement eloignes dfe tout traitement
efficace. Elle permettra, de meme, de soigner des etats mentaux
legers et sans caractere asocial qui beneficieraient pourtant lar-
gement d’un repos temporaire dans de bonnes conditions hospi-
talieres. Mais bien plus encore, la creation de services ouverts
amenerait une transformation profonde dans l’esprit des mede-
cins psychiatres et du personnel des etablissements psychiatri-
ques. Le contact de malades, il est vrai plus exigeants, mais
aussi plus conscients de ce qu’on fait pour eux, demanderait de
la part de ceux qui les soignent une comprehension psychologi-
que plus large et une plus grande souplesse d’adaptation, et des
conditions de milieu et d’assistance plus rapprochees des condi¬
tions normales. Les malades des services fermes ne pourraient
pas ne pas beneficier de ce changement d’esprit et de methode
dont s’impregneraient, par la force des choses, ceux qui les soi¬
gnent.
C’est pourquoi la creation, par la Ville de Bruxelles, d’un service
ouvert a l’Hopital Brugmann a ete un tres grand progres et a trace
la voie a suivre dans l’avenir.
II n’est pas possible, dans cet inventaire de notre armement
psychiatrique, de passer, sous silence nos Colonies. Celle de Gheel
notamment a joue un role important, non seulement dans 1 evo¬
lution de notre pays, mais egalement dans celle des autres. Par
son regime hetero-familial de semi-liberte, elle a permis de se ren-
dre compte que le malade mental ne devait pas necessairement
etre soustrait entierement a la vie sociale ; et, d’autre part, que
1’individu normal pouvait, sans crainte d’y perdre son propre
equilibre, vivre avec lui, non seulement quelques heures par jour,
comme dans un service d’asile, mais toute une vie familiale. La
grande lecon de Gheel, a travers le temps, a ete de maintenir, par
le fait, la notion que le malade mental n’etait jamais entierement
un « aliene », que de larges contacts sociaux etaient possibles
avec lui et que, loin de dechoir, 1’individu normal pouvait, a son
contact, acquerir une plus haute idee de son devoir social. Son
exemple a pu ainsi servir de base a toutes les innovations ten-
dant a donner au malade mental une assistance plus humaine et
se rapprochant des conditions normales d’existence. Inconsciem-
ment ou non, la plupart des novateurs, au cours du xixe siecle, se
sont impregne de son exemple et beaucoup sont venus sur place
en rnediter les consequences.
Colonie a peuplement dense, Gheel a, actuellement, une popu-
36S
G. VERMEYLEN
lation de 3.400 malades des deux sexes. Elle represente le type
a peu pres integral du regime hetero-familial. L’infirmerie cen-
trale ne peut, en effet, hospitaliser qu’une centaine de malades,
encore en observation ou presentant un mauvais etat physique, ou
s’etant montres inadaptables au regime familial. Le reste des
malades, c’est-a-dire la presque totalite, est reparti dans la popu¬
lation villageoise ou rurale. Chaque section est dirigee par un
medecin qui a, sous ses ordres, des infirmiers, Un service d’assis-
tance sociale s’occupe des malades reclassables.
Le regime de l’autre colonie beige, celle de Lierneux, est assez
different et represente le type de colonisation de seconde main
qui, - par la force des choses, a ete le plus generalement adopte
dans les essais nouveaux de colonies familiales. La grande capa¬
city d’absorption de Gheel et son adaptation a une large variete de
malades, provient de sa creation naturelle et de son evolution secu-
laire. Les colonies de creation recente et voulue ne peuvent comp¬
ter que sur une adaptation limitee de la population hospitaliere.
Les families n’acceptent des malades que si ceux-ci ne sont ni dan-
gereux, ni trop encombrants ; et aussi dans la mesure ou ils
peuvent etre utiles. C’est pourquoi, a Lierneux, comme dans la
plupart des autres colonies familiales recentes, l’hopital psychia-
trique, contenant toutes les categories de malades, constitue
1’element principal du systeme. Le tiers seulement des malades,
choisis parmi les plus sociables et les plus tranquilles, est place
chez l’habitant.
La Colonie de Gheel est regie par l’Etat depuis 1852. Celle de
Lierneux a ete organisee par la province de Liege. Tous les
autres hopitaux psychiatriques appartiennent a des ordres reli-
gieux. Les deux services psychiatriques urbains d’Anvers et de
Bruxelles ont ete crees par les Commissions d’Assistance publi-
que de ces deux villes pour servir aux besoins de leur population.
II existe enfin quelques instituts prives, non religieux, pour
malades payants.
Quel que soit le type de ces etablissements, ils sont tous regis
par une direction speciale du Ministere de la Justice, qui exerce,
par l’intermediaire de ses inspecteurs medicaux et administra-
tifs, une surveillance active. Les medecins de ces etablissements
sont nommes par l’Etat qui les retribue par des prelevements
faits sur la journee d’entretien. L’hospitalisation des malades
indigents est payee par un fonds special, dit « Fonds commun »,
auquel contribuent, dans une mesure variable, 1’Etat, les pro¬
vinces et les communes.
Enfin, le regime des malades mentaux est encore actuellement
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN BELGIQUE 369
regie par la loi du 28 decembre 1873. Un projet de loi, remanie
deja plusieurs fois, est actuellement a l’etude et une Commission
s’occupe a le mettre au point des necessites modernes.
L’Hygiene mentale
Depuis que l’idee et l’action ont ete lancees par son fondateur
Clifford Beers, l’hygiene mentale a recu, dans les cinquante-deux
pays qui s’y sont interesses, des acceptions tres diverses.
Au point de vue des doctrines, tout d’abord. Pour les uns, et
c’est sans doute l’idee primitive, l’hygiene mentale constitue la
recherche des regies d’un bon fonctionnement psychique. Pour
les autres, elle est essentiellement un code de prophylaxie men-
taie applicable a des individus qui, par predisposition ou acci¬
dent, sont deja en etat d’alarme psychique. Pour d’autres encore,
et c’est certainement une conception vicieuse, elle est synonyme
de pathologie mentale et aurait l’avantage de camouffler un terme
deja suspect a beaucoup.
Au point de vue de son action, egalement, les divergences sont
grandes de pays a pays. Certaines ligues d’hygiene mentale se
contentent de faire de la propagande par la plume et par la parole.
D’autres servent d’agent de liaison et de coordination entre des
oeuvres preexistantes et dont l’action peut servir a la prophylaxie
mentale. D’autres sont a la remorque de mouvements politiques
et ont une action dirigee. D’autres enfin sont orientees vers une
activite directe et, tout en utilisant tous les moyens de la propa¬
gande, comptent surtout sur l’action des dispensaires d’hygiene
mentale. > .
En Belgique, c’est vers la prophylaxie mentale que s’est onente
tout 1’ effort de la Ligue et son action s’est concretisee d’emblee
dans un sens pratique, par la creation de dispensaires d hygiene
mentale.
II semble bien que le Beige, profondement individualiste,
n’accepte encore qu’avec circonspection les regies et mesures qui
atteignent l’exercice de sa vie normale. Bien entendu, les regies
d’hygiene physique, ou tout au moins les plus necessaires d’entre
elles, sont acceptees et, dans l’ensemble, appliquees. Mais les
regies d’hygiene mentale l’interessent encore peu et pourraient
mSme le mettre en mefiance. Pourtant deja, au point de vue
educatif, et par le truchement de 1’enfant, la question prend
corps et les idees se propagent.
Par contre, la prophylaxie mentale, dans ce qu’elle a de pre¬
vents et meme deja de curatif, a d’emblee recu l’adhesion des
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94e annee, t. I. — Mars 1936. 24.
370
G. VERMEYLEN
medecins et du grand public. Quelques pionniers, parmi lesquels
il faut citer tout specialejment le Professeur A. Ley et les
Drs L. Vervaeck, E. de Craene et M. Alexander, fonderent en
1923 la Ligue Nationale beige d’Hygiene mentale. L’annee suivan-
te, elle organisait a Bruxelles son premier dispensaire d’hygiene
mentale, donnant ainsi, des le debut, une orientation active et
pratique a son mouvement. Actuellement, la Ligue a fonde plu-
sieurs sections locales et cree des dispensaires d’hygiene mentale
dans onze villes du pays. L’autonomie de ces sections regionales
et de ces dispensaires est assez grande et l’organisation repond
plus aux n'ecessites et aux convenances locales qu’a un plan
d’action centralise. Certains de ces dispensaires s’occupent sur-
tout des adultes, d’autres des enfants, d’autres encore des anciens
malades mentaux sortis des asiles, d’autres enfin des delinquants
anormaUx « internes » par application de la loi de defense
sociale.
Le premier en date et le plus important de ces dispensaires
est celui de Bruxelles. Loge, par les soins de la Croix-Rouge de
Belgique, dans les locaux du « Centre de Sante », il beneflcie
egalement de Faction des divers organismes qui en font partie.
Il peut ainsi utiliser, pour les besoins de ses consultants, les
divers services d’investigation medicale qui y sont rassembles.
Il est divise en deux grandes consultations : une pour adultes
et une pour enfants. Chacune a une section speciale pour les anor-
maux delinquants. 7 medecins specialistes collaborent a son
activite qui se developpe d’annee en annee. En 1935, il a ete
donne 4.014 consultations et 649 malades nouveaux se sont pre-
sentes. La plupart des malades viennent spontanement au Dispen¬
saire. D’autres sont envoyes par I’hopital psychiatrique qu’ils
viennent de quitter, les infirmieres visiteuses, le personnel ensei-
gnant, ou encore par le juge des enfants ou les commissions de
defense sociale.
Les charges que le Dispensaire assume ainsi sont tres variees.
Pour les uns, il s’agit surtout d’aide et de protection morale et
materielle ; pour les autres, d’orientation vers telle ou telle
oeuvre ; pour d’autres encore, de soins physiques ou de psycho-
therapie ; pour d’autres, de surveillance et de defense sociale.
Toute cette action prophylactique doit etre basee sur connais-
sance large du sujet. Des lors, a cote de 1’etat physique et mental,
une place importante doit etre faite a l’etat social et aux conditions
de milieu. Pour l’enfant, il faut y joindre les examens mentaux
et pedagogiques, l’examen du langage et de la motricite, l’exa-
men du caractere. Chacun de ces examens demande la connais-
LES TENDANCES DE LA PS Y CHI A TRIE EN BELGIQUE
371
sance de techniques speciales et doit etre confie a des personnes
rompues a ce genre de recherches.
Le travail d’investigation devient ainsi un travail d’equipe
auquel collabore une serie de specialistes. L’ensemble de ces
donnees est recueilli et interprets par le medecin qui en tire les
conclusions pratiques. C’est alors seulement que commence
l’action du dispensaire : Taction personnelle du medecin revoyant
periodiquement le malade, le guidant, le conseillant, le recon-
fortant ; et aussi Faction plus directe des infirmieres visiteuses
et assistantes sociales attachees au Dispensaire qui assistent aux
consultations et vont visiter le malade a domicile, faire pour lui
les demarches, completer les enquetes. En 1935, plus de 2.400
demarches et enquetes de ce genre ont ete faites par le person¬
nel du dispensaire de Bruxelles.
Ainsi compris, le dispensaire d’hygiene mentale constitue vrai-
ment un poste de secours de psychiatrie plante en pleine vie
sociale. II n’a que des attaches lointaines avec les institutions
hospitalieres et garde, pour celui qui y vient, un air d’indepen-
dance et d’activite privee qui le rassure et le met en confiance.
Son action reste purement persuasive et se developpe uniquement
sur le plan de l’aide sociale. Elle n’en est que plus efficiente et
prend un aspect de collaboration qui intervient, pour une bonne
part, dans son efficacite.
Quoiqu’ayant, avant tout, marque son caractere pratique par
la creation de dispensaires, la Ligue Nationale de l’Hygiene
mentale, n’a pas, pour cela, neglige de faire Feducation du
grand public. De nombreuses conferences sont donnees et des
tracts sont distribues.
De plus, des sections d’etudes ont ete creees. Deux d’entre
elles sont particulierement actives. C’est, tout d’abord, la section
de l’Enfance anormale, qui a mis sur pied un nouveau pro jet de
loi concernant l’enseignement special et etudie chaque annee une
question ayant trait a l’enfance anormale ou delinquante. C’est
egalement la section de prophylaxie criminelle qui, dans diverses
sous-commissions, a aborde Fetude de la lutte contre la degene-
rescence, de Faction eugenique, de la lutte contre les causes
sociales de la criminalite, de l’organisation de Fassistance aux
delinquants, aux anormaux et aux malades mentaux.
La Ligue Nationale beige d’Hygiene mentale semble ainsi
avoir reellement aborde de front quelques-uns des grands proble-
mes theoriques et pratiques qui se posent a elle et s’etre organi-
see de maniere a leur donner une solution aussi adequate que
possible.
372
G. VERMEYLEN
L’enfance ANORMALE
On a pu assez justement intituler notre siecle commengant le
« siecle de l’enfant ». Dans tous les pays, un interet puissant
s’est manifesto pour les problemes multiples que pose l’enfant :
problemes psychologiques, problemes physiques et hygieniques,
problemes educatifs, problemes pathologiques. Des lois protec-
trices de l’enfance ont ete elaborees, des etudes scientifiques ont
ete entreprises en grand nombre, des oeuvres d’assistance ont
ete creees. Le grand public s’est lui-meme interesse d’emblee a
tout ce qui regardait 1’enfance et, partout, ce sont les oeuvres qui
s’en occupent qui sont les plus vivantes et les mieux soutenues
par 1’ensemble de la population.
En Belgique, tout specialement, tout ce qui concerne l’enfance
a toujours ete en particuliere faveur. Mais il est certain que le
mouvement d’ opinion et d’interet, qui se continue encore actuelle-
ment, malgre la durete des temps, et qui ne fait que s’intensifier,
n’a pu gagner cette ampleur que grace a des hommes qui en ont
saisi toute l’importance et qui lui ont, des lors, consacre le meil-
leur de leur effort.
Ce sont a des hommes d’Etat comme J. Lejeune, M. Carton de
Wiart, et M. Vandervelde, des juristes comme M. Wets, juge des
enfants, des pedagogues comme Nyns, Sluys, Smelten, et surtout
des medecins comme les regrettes O. Decroly et F. Boulenger, et
les Professeurs Demoor et A. Ley, qu’on doit, des la fin du xixe
siecle, le mouvement methodique en faveur de l’enfance en gene¬
ral, et plus specialement en faveur de l’enfance anormale et
malheureuse.
Des lois ont consacre ces efforts et leur ont donne une sanction
officielle. C’est, tout d’abord, la loi du 14 juin 1920 qui separe
nettement Venfant anormal du malade mental. Avant elle, une
loi commune reglait l’assistance et le placement de l’un et de
l’autre. Depuis lors, l’enfance anormale possede son statut pro-
pre. On n’est plus astreint a la formalite inutile et vexatoire
de la collocation (internement) et un fonds special, le fonds com-
mun, alimente en parts inegales par l’Etat, les provinces et les
communes, prend a sa charge les frais d’entretien et d’educa-
tion. Enfin, un arrete royal du 18 octobre 1921 consacre defini-
tivement la separation, en fait deja menee a bonne fin, des insti¬
tutions pour malades mentaux et pour enfants anormaux. D’autre
part, la loi sur l’enseignement du 19 mai 1914 imposait l’obliga-
tion scolaire generate. Cette loi ne pouvait rester unilateral et ne
creer des obligations que pour l’enfant et sa famille. Elle devait
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN BELGIQUE 373
etre comprise comme imposant aussi a l’ecole l’obligation d’adap-
ter son enseignement a toutes les categories d’enfants puisqu’au-
cune distinction, a peu d’exceptions pres, n’etait faite dans
l’imposition de la frequentation scolaire.
La encore, comme dans la plupart des domaines, les realisa¬
tions partielles avaient precede la reglementation et l’avait per-
mise. Des 1897, la ville de Bruxelles avait ouvert ses premieres
classes d’enseignement special. L’annee suivante, Anvers inaugu¬
ral une ecole autonome pour la meme categorie d’enfants.
La loi organique de l’enseignement primaire du 18 octobre 1921,
amendee par la loi du 25 mars 1931, vint consacrer cet etat de fait
et lui donner une expansion nouvelle. Par son article 14, elle decla-
rait que « la ou l’importance de la population le permet, les com¬
munes sont tenues d’organiser des classes pour eleves retardatai-
res et des classes speciales pour enfants anormaux ». Par son
article 2, elle etend l’obligation scolaire pour les enfants anormaux
educables jusqu’a 16 ans. Cette prolongation ne se fait pourtant
pas d’office, elle est individuelle et sera decidee dans chaque cas
par arrete ministeriel sur proposition du chef d’ecole, le medecin
scolaire entendu.
II ne peut entrer, dans le cadre de cet expose general, de decrire
les institutions qui s’occupent actuellement en Belgique de
l’assistance aux enfants anormaux. II suffira, pour en comprendre
les grandes lignes, de preciser le fonctionnement general de cette
assistance. Elle presente plusieurs degres qui s’adaptent a des
degres correspondants de deficience mentale.
Recemment encore, on admettait qu’un enfant arriere ne
pouvait etre bien eduque qu’en internats et tout le perfectionne-
ment visait a multiplier et a ameliorer ceux-ci. L’interet porte a
des categories de plus en plus legeres d’inadaptes scolaires a
amene un changement assez complet dans cette maniere de voir.
De plus en plus, on se rend compte de l’importance qu’il y a a
maintenir, autant que faire se peut, l’enfant arriere dans son
milieu familial et dans la vie sociale ordinaire. L’internat donne
toujours, et quoi qu’on fasse, une education en vase clos qui ne
devrait etre appliquee que lorsque le milieu familial est nette-
ment insuflisant. Mais, pour pouvoir maintenir l’enfant defici-
taire en famille, il faut lui assurer les avantages de 1’internat.
Et c’est la la grande difficulte. On ne peut dire qu’elle soit sur-
montee, en Belgique, mais on est tout au moins sur la voie et
certains centres ont deja pu appliquer des formules satisfai-
santes qui pourraient etre generalisees.
Les conditions sont de trois ordres : assurer a ces enfants
374
G. VERMEYLEN'
restes dans leurs families : 1° une assistance medicale par des
medecins specialises en neuropychiatrie infantile ;
2° un enseignement special convenablement adapte a leurs
capacites intellectuelles reduites ;
3° une assistance sociale capable de les aider dans la vie, d’apla-
nir leurs difficultes avec leur famille et les milieux sociaux dans
lesquels ils penetrent, de les seconder dans l’exercice de leur
metier.
A l’heure actuelle, les conditions medico-sociales du 1° et du 3°
sont assumees presqu’exclusivement par les dispensaires d’hygie-
ne mentale infantile repartis dans le pays.
Avant leur creation, en 1927, existaient deja quelques consulta¬
tions medico-pedagogiques telles que celles de la province du
Brabant dirigee par le Dr Boulenger et la consultation privee du
D' Decroly. Mais elles avaient surtout un caractere de triage et
de traitement.
Les dispensaires d’hygiene mentale infantile ont eu le merite
«e placer le probleme sur son vrai terrain medico-social. Ce qu’ils
cherchent c’est de conserver l’enfant dans son milieu naturel tout
en lui assurant toute 1’assistance physique, materielle et morale
dont il a besoin. Ajoutons que la plupart du temps, par dela
l’enfant, on atteint ainsi la famille, et que bien des milieux, qui
semblaient mauvais et peu propres a assumer la garde d’un
enfant, deja inadapte par lui-meme aux difficultes de la vie, ont
pu etre ameliores dans de notables proportions.
Pour remplir cette tache delicate le dispensaire doit tout
d’abord connaitre de facon aussi precise que possible toutes les
capacites et les incapacities physiques et psychiques de l’enfant.
Un bon examen general et special est done a la base de son action
sociale.
Au Dispensaire d’Hygiene Mentale de Bruxelles, que nous
prendrons comme exemple, l’examen est tres fouille. II est aborde,
en un travail d’equipe, par des personnes specialisees chacune
dans un type d’investigation determinee. C’est au medecin, qui
doit etre un neuropsychiatre rompu a toutes les disciplines que
pose le probleme de l’enfance anormale, que revient naturellement
la charge de l’examen somatique general et de 1’examen neurolo-
gique. C’est a lui surtout que reviendra la charge de collectionner
tous les documents et de leur donner une sanction therapeutique
ou d’assistance. Les autres investigations sont faites au cours de
consultations successives, par des personnes specialisees dans les
examens mentaux, pedagogiques, moteurs, caracteriologiques. De
plus l’infirmiere visiteuse ou l’assistante sociale entament imme-
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIC EN BELGIQUE 375
diatement une enquete familiale pour determiner les conditions
de milieu dans lesquelles vit l’enfant.
II devient, des lors, facile, dans la plupart des cas, de deter¬
miner la ligne de conduite a suivre. Le traitement physique est
institue, s’il y a lieu ; l’enfant est oriente vers l’enseignement ou
l’institution qui lui convient ; une assistance familiale et sociale,
variable suivant le cas, est institute.
C’est la un systeme tres convenable et qui serait tout a fait satis-
faisant s’il etait suffisamment etendu. II faudrait notamment
qu’il y ait une clinique d’hygiene mentale par groupe scolaire de
trois ou quatre ecoles groupant 1.500 a 2.000 enfants qui pour-
raient ainsi etre suiyis presqu’individuellement.
Ce systeme d’assistance externe avec maintien de l’enfant
dans la famille, ne peut etre dument applicable que si l’ensei-
gnement special, adapte a la mentalite de ces enfants, peut leur
etre donne.
Malgre l’obligation imposee par la loi et l’effort deja considera¬
ble de certains centres urbains, les realisations sont encore, dans
ce domaine, tout a fait insuffiisantes.
Deux methodes, ayant chacune leurs avantages et leurs incon-
venients, sont preconisees. Celle des ecoles autonomes d’ensei-
gnement special groupe dans une meme ecole, ayant tous les
degres d’enseignement specialises, les enfants retardataires
d’une commune ou d’une ville. C’est le systeme adopte notam¬
ment par la ville d’ Anvers qui possede deux ecoles autono¬
mes de ce genre, situees dans deux centres opposes de la ville, et
par la commune d’Anderlecht-lez-Bruxelles (Ecole Jardin). Un ser¬
vice automobile assure matin et soir Faeces de l’ecole aux enfants
habitant les quartiers eloignes de la commune. L’autre systeme
a I’avantage de moins distinguer les enfants arrieres et de leur
assurer un enseignement parallele a celui des enfants normaux.
II est realise a Bruxelles dans certaines grandes ecoles par le
dedoublement de tout l’enseignement en classes fortes et classes
faibles paralleles et, pour les plus retardataires, en classes specia-
les a plusieurs degres. Ces classes n’etant designees que par des
lettres (A. B. C.) le passage de l’une a l’autre se fait sans meme
eveiller la mefiance des parents.
Pour l’ensemble du pays, il y a actuellement 80 classes d’ensei¬
gnement special organisees. C’est bien insuffisant encore et il y
aurait lieu de s’in quieter si chaque jour presque on ne voyait
telle ou telle commune se rendre mieux compte des necessites
et organiser son enseignement special.
Il est evident que, malgre cet effort, pour donner sur place , a
370
G. VERMEYLEN
l’enfant arriere toute l’assistance dont il a besoin, les internals
medico-pedagogiques restent et resteront tou jours une necessite.
Mais a mesure que se developpera une assistance sociale ade¬
quate, les internats seront de plus en plus reserves aux enfants
profondement deficients et a ceux qui n’ont plus de famille ou
dont la famille est nettement insuffisante. II y a actuellement 21
internats pour enfants anormaux en Belgique hospitalisant
3.687 enfants. II faut signaler, comme particulierement bien
adaptees a leur tache, des institutions comme la Ferme-Ecole de
Waterloo, dependant de la province du Brabant, 1’Institut Samte-
Elisabeth a Rixensart et l’lnstitut medico-pedagogique St-Joseph
a Swynaerde-les-Gand. Elies s’occupent uniquement d’enfants
educables et susceptibles de beneficier d’un enseignement pri-
maire reduit et d’un enseignement professionnel. D’autres insti¬
tutions sont reservees aux semi-educables, pour qui des mesures
de garde et d’assistance physique soht surtout necessaires.
'Sous le terme generique d’enfants anormaux, on comprend,
non seulement les deficients mentaux dont nous nous sommes
occupes jusqu’a present, mais aussi les enfants presentant des
troubles du caractere plus ou moins graves, les enfants psycho-
pathes, comme on les appelle dans d’autres pays.
On s’est relativement peu occupe d’eux, jusqu a present, malgre
le vif interet qu’ils presentent, tant au point de vue doctrinal
que pratique. L’etude des troubles du caractere ouvre, en effet,
des apergus interessants sur les causes organiques, psychologi-
ques et sociales des psychopathies. Elle montre chez l’enfant la
conjonction de ces causes et souvent leur sommation. Loin
d’aboutir au fatalisme qui etait de mode en ces matieres, il n’y
a pas bien longtemps encore, elle conduit, au point de vue prati¬
que, a mettre en lumiere 1’importance de l’education bien com¬
prise. Elle laisse entrevoir, par le fait meme, 1’importance pro-
phylactique du traitement et de l’assistance dans ces cas. Beau-
coup de ces enfants, si on n’intervient pas, feront dans la suite
des troubles mentaux dont les mobiles declanchants ne pourront
plus etre atteints. Beaucoup plus encore, aboutiront, dans un
avenir immediat, a l’inadaption sociale grave et a la delinquance.
Et pourtant, lorsqu’on examine de pres ces cas, on a I’impression
qu’il faut souvent peu de choses pour retablir la situation et
qu’une aide judicieuse, apportee au bon moment, peut encore
tout arranger.
Ici encore, le dispensaire d’hygiene mentale peut jouer un role
important. Actuellement, celui de Bruxelles reserve une section
speciale a l’etude et au traitement de ces enfants. Il y faut beau-
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN BELGIQUE 377
coup de tact et de comprehension, une atmosphere morale qui
entraine la collaboration de l’interesse et la confiance de sa
famille et surtout une bonne assistance sociale, a la fois. perseve-
rante et discrete, qui puisse, dans le milieu familial meme, reta-
blir Fordre et l’equilibre deranges. Rien que l’introduction d un
tiers, que l’on sent experiments et objectif, suffit souvent a ame-
ner une orientation plus normale et a eviter les pires conse¬
quences.
Mais parfois, cela n’est pas suiflsant, soit que les troubles du
caractere de l’enfant soient trop personnels ou trop graves, soit
encore que le conflit familial soit arrive a une phase trop aigue
pour que tout puisse encore s’arranger par une simple interven¬
tion etrangere. II faudrait alors pouvoir hospitaliser, ne fusse que
pour un temps assez court, l’enfant, de fa§on a laisser le temps a
tous de reprendre un calme necessaire.
Alors que les institutions pour enfants deficients ont ete mul¬
tiplies, peut-etre au detriment d’une assistance medico-sociale
qui reste possible dans la majorite des cas, les institutions pour
enfants psychopathes manquent totalement. On en est reduit,
dans les cas extremes, a utiliser les institutions pour enfants
delinquants et, de ce voisinage, ni les uns ni les autres n’ont a
gagner. II existe pourtant, a Bruxelles, des homes de semi-liberte
qui pourraient convenir plus ou moins a cet office en attendant
la creation de centres de reeducation specialement adaptes a
cette categorie d’enfants.
En ce qui concerne Yenfance delinquante, la Belgique est
mieux armee. On peut meme dire que c’est un des domaines
ou elle a le mieux mis en pratique les idees modernes en cette
matiere. La legislation en fut precoce et declancha toute une
serie d’innovations importantes, que la pratique a sanction¬
's. La loi sur la protection de l’enfance, promulguee le 15 mai
1912, institua, des cette date, des tribunaux d’enfants, fonc-
tionnant d’une maniere toute differente des tribunaux d’adul-
tes et depouilles de tout l’appareil judiciaire d’usage. Tous
les delinquants de moins de 16 ans et ceux de 16 a 18 ans,
ayant commis des debts de mendicite, vagabondage, inconduite
et indiscipline, y sont deferes. Un juge unique decide des mesures
a prendre pour le bien de l’enfant. Le systeme repressif est rem-
place par des mesures de garde, d’education et de preservation.
La notion du discernement n’est plus soulevee par le magistrat
et le principe de la chose jugee, en matiere de decisions judiciai-
res, ne s’applique plus aux mineurs : le juge peut modifier ou
rapporter, en tous temps, les mesures prises.
378
G. VERMEYLEN
L’article 23 (chapitre II) de la loi etablit l’expertise medicale
qui n’est malheureusement pas rendue obligatoire. « Si le juge
a un doute quant a l’etat physique ou mental du mineur, il peut
le placer en observation et le soumettre a l’examen mental d’un
ou de plusieurs specialistes. » Cette expertise mentale est pour-
tant appliquee dans tous les cas pour les mineurs delinquants
de l’agglomeration bruxelloise, grace a l’initiative hautement
comprehensive du juge des enfants, M. Wets. Cet examen, qui ne
comporte pas d’hospitalisation, est forcement assez restreint,
etant donne le nombre de ces enfants, et c’est dommage. II
comporte pourtant, en plus de l’examen physique methodique-
ment mene, un examen mental fait au moyen des methodes objec¬
tives actuellement bien connues.
Tel qu’il est pratique, cet examen se revele suffisant pour faire
une selection capable d’orienter le juge vers les mesures les plus
opportunes a prendre et eviter les grosses erreurs d’assistajnce.
II serait fort desirable que, malgre leur insuffisance, des centres
d’examen medico-mental infantile du meme genre soient insti-
tues dans les 56 cantons judiciaires du pays. Mais il y a de grosses
difficultes a les organiser partout et a trouver sur place les
medecins specialises dans ce sens.
Pour les cas complexes et dont l’examen demande une obser¬
vation approfondie et prolongee, on a cree les ecoles d’observa-
tion de Moll pour les garcons, de Saint-Servais-les-Namur pour les
fllles. L’observation du jeune delinquant y est faite d’abord en
regime cellulaire, afin d’etudier les reactions personnelles de
l’enfant, puis en regime collectif, pour observer ses reactions
inter-psychologiques. Elle porte surtout sur l’etude du caractere
et du comportement psycho-social de l’enfant. La plupart des
cas d’arrieration mentale simple ne posent, en effet, pas des
problemes assez complexes pour necessiter 1’envoi dans un
centre d’observation.
D’apres le meme article 23, qui l’autorise a provoquer une
expertise mentale, le juge peut egalement, « si cette expertise
medicale etablit un etat d’inferiorite physique ou mentale ren-
dant l’enfant incapable du controle de ses actions..., ordonner
qu’il soit mis a la disposition du gouvernement pour etre place
dans un asile ou un etablissement special approprie a son etat ».
En dehors des etablissements pour enfants anormaux qui
peuvent recevoir les jeunes delinquants arrieres mentaux, il
existe des etablissements de reeducation. Les principaux d’entre
eux sont, pour les garcons, les etablissements d’education de
Saint-Hubert, de Ruysselede et de Moll, pour les filles de Saint-
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN BELGIQUE 379
Servais. Une vingtaine d’autres etablissements recoivent des
« enfants du juge » qui n’ont pas besoin d’un regime aussi
specialise.
Enfin, la loi sur la protection de l’enfance, article 25, prevoit
que « les mineurs qui... n’ont pas ete places dans un etablisse-
ment de l’Etat ou en sont sortis, sont places, jusqu’a leur majo-
rite, sous le regime de la liberte surveillee ».
Cette liberte surveillee comporte, elle-meme, des degres. Pour
les enfants qui ont besOin d’une surveillance encore active ou
dont le milieu familial n’est pas suffisant, un placement est
decide dans un home de semi-liberte. II y a plusieurs de ces
homes dans les grandes villes. Les enfants y vivent le regime
de l’internat mitige. Ils sortent pour aller a l’ecole et, s’lls sont
plus grands, pour faire leur apprentissage. Mais ces sorties sont
controlees et leur comportement continue a faire, tant dans
l’institution qu’au dehors, l’objet d’une observation constante.
Quand tout va bien, les plus grands peuvent meme etre places
chez les personnes qui les occupent et ne revenir au home,
comme ils le feraient dans leur famille, que lors de leurs conges.
Pour les autres, c’est le maintien en famille sous la surveillance
de delegues a la protection de l’enfance. Ces delegues exercent,
pour la plupart, benevolement ces fonctions delicates et assez
absorbantes. A Bruxelles, 442 delegues collaborent a l’ceuvre de
readaptation psycho-sociale que dirige le juge des enfants. De
plus, le juge des enfants de Bruxelles a pris l’initiative de deman-
der, pour ceux de ces enfants qui presentaient des anomalies de
l’intelligence ou du caractere, la collaboration du dispensaire
d’hygiene mentale. Ce dernier aide ainsi les delegues dans leur
tache difficile et leur apporte a la fois l’appui de l’autorite et de
1’experience du medecin specialise qui est prepose a cette
fonction.
L’assistance et la readaptation sociale de l’enfant delinquant
sont ainsi degagees, autant que faire se peut, de l’appareil judi-
ciaire et se placent, non plus sur le plan de la repression, mais
sur celui de la reeducation progressive et echelonnee.
Les d£linquants anormaux
C’est la encore une des questions qui a fait le plus de progres
pratiques en Belgique et les reformes apportees par la loi de
defense sociale du 9 avril 1930 a suscite un grand interet dans la
plupart des pays. Ce n’est pas trop dire que cette experience
hardie servira, "dans l’avenir, de base a la plupart des reformes
G. VERMEYLEN
juridiques et penitentiaires. Mais. encore une fois, tout n’a pas
ete cree par la loi qui, pour une bonne part, n’est venue que sanc-
tionner un etat de fait deja existant. Grace aux efforts d’eminents
hommes d’Etat, depuis J. Lejeune, qu’il faut toujours citer dans
ces domaines, jusqu’a M. Vandervelde, grace aussi aux efforts
et aux demonstrations peremptoires de medecins parmi lesquels
il convient de citer, en tout premier rang, le D' L. Vervaeck,
^organisation penitentiaire s’etait deja notablement modifiee.
L’organisation de laboratoires d’anthropologie criminelle dans
les prisons memes avait permis de se rendre compte de la situa¬
tion exacte de la plupart des delinquants. A la periode lombro-
sienne, qui avait surtout une valeur doctrinale et suscita, comme
il se doit, une periode reactionnelle non moins intransigeante,
succeda, au debut du siecle, un esprit plus eclectique et oriente
moins vers les doctrines que vers les methodes.
Abandonnant les discussions theoriques, on s’orienta davan-
tage vers l’etude du delinquant en lui-meme, basee sur la con-
naissance de son heredite, de sa personnalite psycho-biologique
et de son milieu social. La creation, a la prison de Forest (Bruxel¬
les) d’un laboratoire d’anthropologie criminelle permit au
Dr Vervaeck d’examiner un grand nombre de delinquants et de
consigner, dans des dossiers tres complets, ses observations.
Cette importante documentation permit, sans idees preconcues,
de constater, tout d’abord, le grand nombre d’anormaux qui
existaient parmi les delinquants. Elle permit ensuite de les
serier suivant quelques grands types et de reclamer pour eux les
modes d’assistance penitentiaire qui leur convenait.
C’est ainsi que purent etre creees les annexes psychiatriques
qui constituaient, dans chacune des grandes prisons, un centre
d’observation des delinquants soupconnes d’anormalite, et don-
nait egalement au medecin expert la possibilite de statuer, dans
de bonnes conditions, sur l’etat du prevenu.
C’est ainsi egalement que certaines prisons furent transfor-
mees et adaptees a des types speciaux de delinquants. Nous
citerons : la prison pour epileptiques et deficients mentaux de
Merxplas, a laquelle fut ajoutee une section sanatoriale pour
tuberculeux ; le quartier pour anormaux difficiles de la prison
de Gand ; les prisons-ecoles pour jeunes delinquants de 16 a
21 ans de Gand et de Merxplas ; les asiles pour alienes crimi-
nels de Tournai et Reckheim pour hommes, de Mons pour
femmes.
La loi dite de defense sociale du 9 avril 1930 vint sanctionner
cet etat de chose et donner une impulsion nouvelle a ces efforts
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN BELGIQUE 381
d’assistance penitentiaire. Tombait sous le coup de la nouvelle loi
« tout inculpe en etat de demence ou dans un etat grave de dese-
quilibre mental ou de debilite mentale le rendant incapable du
controle de ses actions ». La loi supprimait du meme coup la
notion de responsabilite et facilitait d’autant la tache des mede-
cins experts. Elle s’adressait en meme temps aux recidivistes et
permettait ainsi de solutionner, de fa?on adequate, ce difficile
probleme social. L’expertise demandee par le juge peut se faire
au dehors si l’inculpe est en liberte, ou a l’annexe psychiatrique
de la prison s’il est sous mandat d’arret.
Si l’expert conclut a la demence, au desequilibre ou a la debi¬
lite mentale graves et que ses conclusions sont admises par le
juge ce dernier prononce l’internement du delinquant et en fixe
la duree a 5, 10 ou 15 ans. Des ce moment, toute juridiction
criminelle est terminee et « l’interne » passe sous un controle
d’un caractere different et tout nouveau.
La loi a decide, en effet, que tout interne dependait d’une
Commission de defense sociale constitute d’un magistrat designe
par le President de la Cour d’ Appel du ressort, d’un avocat desi¬
gne par le Ministre de la Justice et d’un medecin psychiatre qui
est le medecin de l’annexe psychiatrique de la prison oil se reunit
la Commission.
Les attributions de cette Commission sont tres larges et elle
peut pratiquement prendre toutes les dispositions qui lui sem-
blent opportunes. Ses decisions sont prises a huis clos et leur
execution est immediate. Elle peut se faire assister par des per-
sonnes d’oeuvre, le medecin du malade, etc., qui sont eventuelle-
ment coUsultes. Elle a, en tout premier lieu, a decider du place¬
ment de l’interesse. Plusieurs types d’etablissements sont possi¬
bles. Ce sont, tout d’abord, les instituts psychiatriques pour
malades mentaux et anormaux diffioiles et dangereux de Tournai
pour les hommes et de Mons pour les femmes. Ces malades y
sont l’objet d’une surveillance speciale et un quartier de surete
y est organise pour les malades tres dangereux. Par contre, les
malades ameliores peuvent etre envoyes a la Colonie de Reckheim
ou le travail et l’assistance sont organises en vue de la readapta¬
tion sociale du malade. Ce peuvent etre, egalement, les sections
medico-pedagogiques pour debiles mentaux de la prison de Gand
pour les hommes, de Forest pour les femmes. Ces debiles y
recoivent une assistance assez elargie, ou la journee est divisee
en heures de travail manuel et pedagogique en vue d’une readap¬
tation possible de ces sujets.
Ce peuvent etre, enfin, les sections psychotherapeutiques pour
382
G. VERMEYLEN
desequilibres et recidivistes organisees a Merxplas pour les hora-
mes et a la prison de Forest pour les femmes.
Mais la Commission peut encore decider n’importe quel autre
placement qui lui semblerait opportun et, par exemple, le sejour
dans une clinique psychiatrique libre sous la responsabilite du
medecin traitant.
C’est encore la Commission qui decide du changement des
mesures prises et de la reintegration d’un interne libere qui
n’observerait pas les prescriptions qui lui ont ete donnees. Tous
les six mois, les internes peuvent introduire une demande de revi¬
sion de leur situation et la Commission a alors a statuer sur cette
demande.
Elle doit, enfin, decider de la liberation de l’interne. Cette libe¬
ration peut etre decidee des la premiere reunion de la Commis¬
sion, elle peut l’etre apres un sejour plus ou moins long de
l’interne dans un des etablissements precites. Cette liberation est
presque toujours decidee a l’essai et l’interne libere reste done
sous la surveillance d’organismes ou de personnes duement desi¬
gnees. Tantot il est confie a un Comite de patronage, tantot a un
service de readaptation sociale, tantot a un dispensaire d’hygiene
mentale, tantot encore a un medecin prive ou a un delegue. Sui-
vant le cas, tous les mois ou tous les trois mois, un rapport doit
etre fourni par ceux qui ont la responsabilite de 1’interne afin que
la Commission puisse etre assuree qu’il continue a suivre toutes
les prescriptions qui lui ont ete donnees.
La loi presente une lacune importante. Elle ne prevoit rien
pour les jeunes delinquants de 18 a 21 ans qui ne dependent plus
du juge des enfants et ne devraient pas encore tomber, surtout
Iorsqu’il s’agit de debts legers, sous le coup de la juridiction
ordinaire. Un projet de loi avait pourtant ete depose, mais il n’a.
pas ete vote au moment de l’adoption de la loi de defense sociale.
Des modifications importantes etant prevues, en vue d’ameliorer
cette loi, cette grave lacune sera certainement comblee en meme
temps. En pratique, pourtant, les jeunes delinquants sont deja
1’ob jet de mesures speciales visant a une reeducation special e
pour eviter les recidives. La prison-ecole agricole et industrielle
d’Hoogstraeten est specialement adaptee a cette oeuvre de readap¬
tation. Les jeunes delinquants y vivent une vie aussi normale et
familiale que possible. Us sont entre les mains, non de gardiens,
mais d’educateurs. On s’efforce de developper chez eux le gout
du travail et le sentiment d’entr’aide. Certains peuvent meme
travailler au dehors et parfois se rendre dans une autre localite
et y sejourner. Leur liberation est preparee, progressivement et
LES TENDANCES DE LA PSY CHI A TRIE EN BELGIQUE
d’accord avec eux, et leurs camarades leur viennent parfois en
aide et continuent a s’interesser a eux apres leur sortie. Ils tor¬
ment des cercles et editent un petit journal.
Les resultats de tout cet effort demandent, pour etre tout a fait
demonstratifs, le recul du temps. Dans une etude basee sur deux
annees d’application de la loi de defense sociale, le Dr Vervaeck
constate que, dans ce laps de temps, 669 inculpes ont ete inter¬
nes par decision judiciaire. Dans ce nombre, il y avait 87 fem¬
mes, soit 13 %. La duree de l’internement a ete, dans 76 % des
cas, de 5 ans, dans 19 % des cas de 10 ans et dans 5 % des cas
de 15 ans. Sur les 669 inculpes tombes sous le coup de la loi de
defense sociale, 147, soit 25 %, l’etaient pour ddmence (troubles
mentaux), 260, soit 44 %, pour desequilibre mental grave et
183, soit 31 %, pour debilite mentale grave. La plupart avait
un passe pathologique charge.
D’autre part, au cours des deux premieres annees d’application
de la loi, 103 recidivistes ont ete internes, dans les 2/3 des cas
pour 5 ans. La plupart etaient des debiles ou des desequilibres,
aucun ne pouvait etre considere comme biologiquement nor¬
mal.
Enfin, 208 condamnes reconnus anormaux au cours de leur
peine ont ete internes, apres observation a l’annexe psychiatri-
que. La duree de leur internement ne peut depasser celle de la
peine de condamnation. Malgre l’incontestable progres que pre¬
sente 1’application de cette loi, d’esprit tres medical, dans le
traitement penitentiaire des delinquants anormaux, son appli¬
cation pendant 5 ans a montre certaines defectuosites auxquelles
il serait bon de porter remede. Dans sa conference inaugurale au
XX" Congres international de Medecine legale et de Medecine
sociale de langue francaise qui se tint a Bruxelles en juillet 1935,
le Professeur Leon Comil, avocat general pres la Cour de Cassa¬
tion, en signalait une des plus marquantes : celle de l’assimila-
tion des anormaux aux dements. Pour lui, et plus d’un admet
cette opinion, c’est un non-sens de donner une sentence d’interne-
ment qui reste malgre tout une peine afflictive, a un dement, c’est-
a-dire a un malade mental qui est necessairement irresponsable.
Mais c’est egalement un non-sens de donner, par une mesure
d’internement qui constitue « une declaration obligatoire
d’innocence », aux anormaux, desequilibres et debiles, l’idee
qu’ils sont soustraits, en fait et malgre une responsabilite tout
au moins partielle, a toute repression judiciaire. « Trop medical
pour les anormaux, le systeme est trop repressif pour les
dements. »
G. VERMEYLEN
Mais ce sont la des details que la Commission chargee de la
revision de la loi parviendra sans doute a ameliorer tout en
laissant a la loi son caractere general qui a ete hautement appre-
cie dans tous les pays.
Arrive au terme de ce rapide apercu, nous pouvons mieux
nous rendre compte a quel point la psychiatrie, entendue dans
un sens large, a ete comprise dans son acceptation la plus directe
et la plus pratique en Belgique.
Les discussions de doctrines y ont passionne les esprits, comme
partout ailleurs. La recherche scientifique et l’experimentation
n’y ont pas ete negligees. Les uns ont surtout etudie le cote
psychologique des phenomenes normaux et pathologiques et ont
pris fait et cause, au cours des debats, sur l’automatisme mental,
le mecanisme des hallucinations, le niveau mental dans les
psychoses, etc. Les autres se sont plus volontiers orientes vers
le cote biologique du probleme psychiatrique et ont, par exemple,
recherche les lesions anatomopathologiques de la demence pre-
coce ou les rapports de l’hysterie et des noyaux centraux de la
base. Beaucoup plus encore, se sont efforces d’aborder, dans un
sens large, les problemes psychiatriques et de les comprendre a
la fois dans leurs causes organiques et leurs developpements
psychiques. Mais toutes ces discussions et toutes ces recherches
n’ont jamais fait perdre de vue leur resultante pratique, c’est-a-
dire l’amelioration du sort des malades. II en est resulte une
psychiatrie en action qui constitue une des caracteristiques les
plus personnelles de l’effort beige en cette matiere.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Seance du Jeudi 12 Mars 1936
Presidence : M. VURPAS, president
PRESENTATIONS
Gigantisme, terreurs nocturnes et delire d’imagination, par
MM. Jacques Delmond et Louis Anglade, Internes des Asiles
de la Seine ( Travail du service de M. le Dr Marcliand).
Les terreurs nocturnes des enfants, dont le contenu manifeste
ou symbolique parait parfois le plus revelateur de complexes
reprimes, requierent cependant l’existence d’un terrain bien spe¬
cial et n’expriment pas simplement le drame d’une conscience
troublee par le probleme sexuel. Elies pourraient meme etre
« pures » de toute autre cause qu’une atteinte elective des centres
du sommeil, comme la pathologie de l’infundibulo-tuber en four-
nit des exemples.
Le sujet que nous avons l’honneur de vous presenter offre a
considered depuis son jeune age, le developpement progressif
d’un gigantisme, avec un minimum de signes acromegaliques,
sans autres anomalies de la structure corporelle : gigantisme,
somme toute, « harmonieux ». Depuis l’age de cinq ans, des
terreurs nocturnes sont apparues, avec les caracteres habituels
de ces manifestations nevropathiques, telles que nous les trou-
vons bien decrites dans l’ouvrage de Stekel (« Les etats d’an-
Ann. Med.-psych., XV« serie, 94e annee, t. I. — Mars 193G. 25.
SOCIETE MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE
goisse nerveux »). Depuis environ six mois, le theme principal
de ces cauchemars a pris une forme relativement stereotypee.
Certains elements de cet onirisme ont ete adoptes par le jeune
malade dans l’elaboration d’ecrits anonymes mythomaniaques.
Ils se retrouvent aujourd’hui comme traits principaux d’un veri¬
table delire d’imagination.
Du point de vue des troubles mentaux du gigantisme, cet
ensemble nous a paru assez particulier. Le malade ne presente
en effet aucune arrieration mentale ; les elements imaginatifs
delirants temoignent d’une mentalite puerile, mais qui ne peut
paraitre regressive a l’heure actuelle. Au point de vue instinctivo-
affectif, les anomalies du comportement que l’on releve ne sont
pas de l’ordre de celles qui ont ete signalees chez des geants (per¬
versions sexuelles graves, « feminisme mental » — comme dans
l’observation de Gallais — ). Cependant, ce sujet, qui, par son deve-
loppement physique, a l’aspect a la fois vigoureux et gracieux d’un
adolescent encore legerement ambigu, est volontiers sollicite, voit
sa societe recherchee par des camarades plus ages, dont l’un au
moins l’avait converti a des pratiques de masturbation reciproque,
il y a 2 ans. Le depart de cet initiateur a mis fin a ces pratiques,
dont on ne saurait inferer une homosexualite veritable.
Voici tout d’abord les caracteres actuels de ce gigantisme :
Maurice B..., age de 13 ans 1/2, mesure aujourd’hui 1 m. 83. Son
poids est de 68 kg. Les mensurations donnent les resultats suivants (en
centimetres) : circonference occipito-frontale : 58. Circonference du
cou : 35. Perimetre thoracique : 82-90. Envergure : 191. Longueur du
membre superieur : 80. Longueur de la main (de la tete du cubitus a
I’extremite du medius) : 21. Circonference du bras (biceps) : 27. Cir¬
conference du poignet : 18,5. Circonference du bassin : 85. Longueur
de la cuisse : 66. Circonference de la cuisse : 50. Longueur de la
jambe : 44,5. Circonference du mollet : 34. Circonference du cou-de-
pied : 22. Pointure : 44.
Etant donnee la faille du sujet, les extremites ne sont pas excessive-
ment developpees. II n’y a pas de disproportion segmentaire ; pas de
prognatisme. Les arcades sourcilieres sont saillantes. C’est le seul trait
anormal du visage. La dentition est parfaite. II n’y a pas de macro-
glossie. La force musculaire est tout a fait normale. On n’observe pas
de genu valgum. Les organes sexuels sont de developpement tres nor¬
mal, avec pilosite pubienne fournie, apparue depuis deux ans.
On note un leger degre d’acrocyanose. Les reflexes tendineux sont
vifs aux membres inferieurs, normaux aux membres superieurs.
L’examen oculaire ne montre rien d’anormal, ni au point de vue
des pupilles, ni au point de vue du fond d’oeil. II n’existe pas d’hemia-
nopsie laterale.
SEANCE DU 12 MARS 1936
387
La radiographie montre un leger epaississement des os du crane, un
tres leger elargissement de la selle turcique, c.linoide anterieure un
peu trop prononcee. II y a persistance des cartilages de conjugaison
du poignet et des os de la main. La radiographie ne permet pas de
deceler une persistance du thymus.
Les reactions de Bordet-Wassermann, de Meinicke et de Kahn sont
negatives dans le sang.
II n’existe pas de polyurie, seulement quelques traces de glucose
urinaire.
Les antecedents famitiaux montrent une heredite nevropathique. Le
pere est un grand instable emotif, avec des acces maladroits d’autori-
tarisme. La mere est une cardiaque, d’une famille de cardiaques ; elle
avait 41 ans au moment de la naissance. Le grand-pere maternel serait
mort de « congestion cerebrale ».
II n’existe aucun geant dans aucune branche de la famille ; personne
dont la taille depasse 1 m. 75.
Maurice B... est fils unique. II est ne a terme, pesait sept livres,
mesurait 52 cm. L’accouchement fut normal. L’enfant marchait a un
an, mais n’a parte que fort tard, a 3 ans 1/2. It a urine au lit jusqu’a
3 ans, puis de facon discontinue jusqu’a 11 ans.
A l’age de 5 ans se place un episode a propos duquel un medecin
prononcja le nom de meningite, quoiqu’il n’y ait pas eu de fievre.
L’etat semblait cependant alarmant, le sommeil fut pour la premiere
fois nettement trouble : l’enfant s’agitait, paraissait en proie a des
cauchemars violents, poussait de faibles cris, des interjections entre-
coupees. C’est la le debut des acces de terreurs nocturnes, qui n’ont
plus cesse par la suite. La taille de l’enfant etait deja remarquable, il
paraissait plus de 7 ans.
On ne note pas de maladies infectieuses, en dehors d’une rougeole
a 7 ans. A 10 ans apparut une petite toux « nerveuse », que le sujet
presente encore, en l’absence de toute lesion pulmonaire clinique-
ment ou radiologiquement decelable.
Jusqu’a l’age de 5 ans, l’enfant a couche seul, dans la chambre de
ses parents. Apres l’apparition des terreurs nocturnes, il fut mis a
coucher dans le lit paternel, la mere reposant dans une autre cham¬
bre. Il en a ete ainsi jusqu’a present, les parents redoutant particu-
lierement l’intensite de ces acces oniriques, toujours accompagnes
de signes de terreur paiiique, de manifestations d’anxiete paroxysti-
que, de fureur, de haine, avec injures breves, haletements, grogne-
ments de souffrance, signes de combat violent.
Pendant une maladie de son pere en decembre 1935, il a fallu que
sa mere vienne coucher aupres de lui. Il s’est reveille une fois dans
la nuit, s’est apercu qu’elle avait regagne son lit et s’est mis a appe-
ler anxieusement, reclamant sa mere a grands cris jusqu’a ce qu’elle
paraisse. Sa mere avait percu le caractere insolite de cette demarche
et « se ficelait, nous dit-elle, dans des vetements de nuit masculins ».
Il a toujours manifeste une crainte marquee de 1’obscurite, mais
388 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
s’est montre anxieux meme le jour. Jusqu’a 10 ans, sa mere devait
toujours l’accompagner en classe et l’attendre a la sortie. II manifes-
tait une frayeur visible lorsqu’elle n’etait pas devant l’ecole.
Des troubles du caraclere se sont nettement manifestos a l’age de
11 ans, mais il avait toujours ete « un enfant difficile ». Ses profes-
seurs se sont plaints de lui a ses parents, ont dit qu’il devenait que-
relleur. A 1’age de 11 ans, il a commence a prendre de Par gent dans
le tiroir de son pere : une fois 50 fr., une autre fois 20 fr. Ses parents
sont inquiets de l’argent qu’il depense et croient qu’il a commis d’au-
tres menus larcins. Il est devenu tres insolent en paroles avec ses
parents, quoiqu’a certaines periodes il redevint aimable et complai¬
sant envers tout son entourage.
Il manifeste plutot une certaine preference pour sa mere, bien que
dans les derniers temps il l’ait injuriee et griff ee. « Dans les der-
niers temps, expose son pere, il devenait intertable ». Il brisait la
vaisselle, les carreaux, a la moindre reprimande, injuriait violem-
ment ses parents, leur crachait au visage. Il a profere devant notre
confrere Mme le Dr Andre (1) des menaces precises et a plusieurs
reprises, disant aux siens : « Il y a six balles dans un chargeur, je
vous descendrai tous les deux, je mettrai le feu a la maison. »
Il n’a pas manifeste d’appetits toxicomaniaques, n’a jamais absorbe
d’alcool au cours de ses promenades avec des camarades plus ages.
Au point de vue intellectuel, Maurice B... ne presente pas de retard
appreciable. Son jugement est correct et il commente avec finesse
les phrases absurdes dans un test. Il a toujours ete un eleve inegal,
irregulier encore du fait de fatigues frequentes. Par exemple, il etait
premier en geographie et en tire quelque fierte. Il obtenait de bonnes
notes dans la composition fran^aise, ou ses facultes imaginatives
trouvaient a se deployer. Nous nous en sommes assures par des
epreuves. Mais, d’apres ses maitres, il ne pouvait concevoir un pro-
bleme de geometrie. Depuis quelques mois, son rendement scolaire
avait nettement baisse. Il etait devenu, d’autre part, peu soigne dans sa
tenue, negligeant de se laver, de brosser ses vetements.
Cette diminution de l’efficience mentale, ce degre d’incurie, ainsi
que les troubles graves du comportement familial, inciterent les
parents a demander l’internement. Le certificat delivre a l’Infirmerie
Speciale du Depot relate ces divers troubles, et mentionne en outre
certaines dispositions mythomaniaques, dans les termes suivants :
« ...Troubles d’ordre imaginatif : mythomanie. Delire de jeu : lettres
a un ami, signees d’un faux nom, relatives a une « Societe de sur¬
veillance discrete » dont il serait le fondateur... Troubles contin¬
gents d’ordre interpretatif : aurait ete suivi un certain temps... Nie
etre l’auteur des lettres susdites ; ne se contente pas de se defendre,
met au defi de prouver et menace ses parents de represailles... ».
(1) Nous remercions Mme le Dr Y. Andre pour tous les renseignements
qu’elle nous a aimablement communiques.
SEANCE DU 12 MARS 1936
Voici dans quelles conditions s’est ediflee cette construction my-
thomaniaque :
Pendant les dernieres vacances, Maurice decida des promenades a
bicyclette dans la vallee de Chevreuse avec un camarade, Pierre, age
de 17 ans. Des la premiere de ces promenades intervient un episode
interpretatif a deux : ils ont cru etre suivis par deux cyclistes, qui se
cachaient naturellement pour cette filature ; mais Maurice, grace a sa
taille, a pu affirmer qu’ils etaient toujours la. II peut les decrire avec
precision : l’un est grand et fort, porte un vetement de cuir, l’autre
est plus petit ; Fun monte une bicyclette de porteur, l’autre une bicy¬
clette de femme ; ils changent de machine de temps a autre pour
faire croire qu’il s’agit d’autres personnes. Cette filature et la neces¬
sity d’y echapper corserent la promenade, et Pierre dit en rentrant a
Mme B... : « Vous savez, Madame B..., faites suivre votre fils si vous
voulez, mais pas moi ! J’en ai descendu deux et Maurice un ! » On
ne peut arriver a savoir lequel de Maurice ou de Pierre a ete le sujet
inducteur de cette croyance delirante.
C’est a cette epoque que Pierre commen§a a recevoir des lettres
anonymes, au nom dissociations telles que la S.S.D. (Societe de Sur¬
veillance discrete), l’U.M.H.D.S. (Union des Malfaiteurs en herbe du
Departement de la Seine), la S.P.R.D. (Societe Pitarienne de Rensei-
gnements divers). Ces lettres, signees « Pitard, le Chef des Chefs, le
Fort des Forts », demandaient a Pierre de renseigner l’association
sur Maurice, personnage tres interessant. Ces renseignements seraient
payes par divers avantages dont un voyage a Pretoria, avec luxe de
details sur les escales. En cas de refus, injures variees adressees par
avance. Etc., etc...
Lorsque Fon montre ces lettres au jeune Maurice, il s’indigne
grandement de ce que Fon puisse pretendre encore qu’il en est l’au-
teur, il s’esclaffe bruyamment sur les fautes d’orthographe, dont
le texte est intentionnellement seme, dit : « Ce n’est pas mon ecri-
ture, on voit bien que c’est quelqu’un qui a ecrit comme pa » (mon-
ire comment). « Du reste, cette Societe, ces gars-la, ce Pitard, tout
ca pour moi n’existe pas. La preuve, c’est que je suis alle a Puteaux
i Fadresse indiquee, et il n’y avait pas de Pitard. » Il a fait reelle-
ment cette demarche, d’ailleurs, et sous une pluie battante. Et ce
n’est pas le cote le moins seduisant de cette imagination enfantine
que de voir le sujet se prendre a son propre jeu, soutenir une
gageure impossible, passant sans effort du plan de la tabulation my-
thomaniaque a celui de Faction.
Il est encore important de noter que le personnage central,
F « homme au paletot de cuir », « Pitard », apparait depuis le pre¬
mier jour de la promenade dans les cauchemars terrifiants de Mau¬
rice B. Il est toujours accompagne de son pale comparse, d’autres
garpons comme lui. Ils se jettent sur Maurice, le terrassent, l’etouf-
fent. C’est alors qu’il se reveille en criant, invectivant, couvert de
SOCIETE MED1CO-PSYCHOLOGIQUE
sueurs. Autrefois, les terreurs nocturnes survenaient au bout de deux
heures de sommeil. Elies etaient souvent amnesiques. A present, elles
surviennent a la phase hypnagogique, sont completement mnesiques
et presque toujours identiques quant a l’action qui se deroule et aux
personnages participants. Elles surviennent presque tous les soirs.
Le sujet exprime a l’heure actuelle sa conviction formelle de l’exis-
lence de ces personnages oniriques. II n’a pas encore formule
duplication sur le retour obsedant de leur image dans ses reves.
De serieuses reserves doivent sans doute etre faites pour l’ave-
nir, sans que l’on puisse encore depeindre le tableau mental en
termes de schizophrenic. Un certain affaiblissement du rendement
intellectuel, une certaine incurie, des troubles du caractere avec
hostility familiale et violences peuvent etre releves dans ce sens ;
mais il faut tenir compte de l’asthenie psychique et physique qui
peut resulter d’une croissance aussi excessive ; certains troubles
de 1’humeur pourraient etre reactionnels a la situation creee par
ce gigantisme, qui modifie les rapports familiaux.
Mais l’attention est encore attiree sur les anomalies osseuses,
l’elargissement leger de la selle turcique, l’acromegalie legere,
l’enuresie nocturne prolongee, l’existence de terreurs nocturnes,
apparues apres un etat meninge, amnesiques autrefois, aujour-
d’hui survivant au sommeil et generatrices de delire : tels sont
les symptomes, de signification pronostique peu favorable, que
nous avons releve dans cet etat, oil se retrouvent des traits de la
« parapathie anxieuse ». Cet examen laisse, par ailleurs, le
champ libre a une analyse psychologique plus approfondie.
St6reotypie dementielle d’attitude en station sur la tete,
par MM. Paul Courbon et C. Feuillet.
L’attitude stereotypee que presente cette femme agee de 26 ans
est celle du foetus en position du sommet. Elle repose sur l’occi-
put et les genoux, attitude que, depuis plus de 2 ans, elle garde
presque constamment et qui a abouti a des retractions tendi-
neuses des flechisseurs.
Ce reploiement en flexion de tout le corps est permanent. II
n’est suspendu que rarement et pour quelques minutes seu-
lement. Le redressement n’est jamais complet a cause des
retractions, mais ne s’accompagne d’aucun spasme et la malade
parait alors assise et un peu courbee, gardant son equilibre
comme une personne agee. Le plus souvent, ce redressement
SEANCE DU 12 MARS 1936
ne dure que quelques instants, le temps necessaire pour lan¬
cer une gifle, pour prendre un aliment, pour remonter la cou-
verture. II n’a jamais lieu sur commande, le negativisme demen-
tiel empechant toute communication entre la malade et son
entourage. Jamais nous n’avons obtenu la station debout sur la
plante des pieds.
La malade ne peut done vivre qu’au lit. Si le plan de celui-ci
est assez dur pour lui permettre la conservation de l’equilibre,
e’est sur 1’occipital et les genoux qu’elle fait reposer son corps,
ainsi qu’on le voit sur la photographie. Et elle reste dans cette
attitude qui est exacement celle du foetus, la tete en bas, le siege
en Pair, les membres flechis contre le tronc, pendant des heures
et des heures, sans rien dire ni rien faire d’autre que de defequer
ou d’uriner quand l’envie lui prend. Si le lit n’a qu’une paillasse,
celle-ci n’offrant pas la resistance necessaire pour le retablisse-
ment clownesque, la malade repose sur un cote, mais tout le
corps immuablement pelotonne en flexion. L’ete, elle se depouille
de toute chemise. L’hiver, elle garde, sous les couvertures, la
meme attitude.
L’alimentation par periodes de plusieurs semaines doit etre
faite a la sonde. Le plus souvent elle est faite a la cuiller. Et par-
fois meme, la malade porte elle-meme a sa bouche l’aliment qui
lui plait. A l’heure du repas on la met sur le flanc, ou sur les
izchions et elle se laisse generalement faire, mais tou jours ses
talons restent accoles aux fesses et son menton incline vers le
sternum. Parfois elle essaie de manger en restant sur la tete.
Cette jeune fille est maigre, ebouriffee, depourvue de toute
beaute. Mais ses photographies prouvent que jusqu’a 18 ans elle
fut normalement et harmonieusement developpee avec un visage
gracieux. Elle fit ses etudes classiques comme assez bonne eleve
jusqu’a son baccalaureat.
Alors apparurent des troubles de l’humeur avec preoccupations
hypochondriaques. Elle se desinteressa progressivement de tout,
sauf de sa sante. Elle avait des boules dans le corps, des barres
dans l’estomac, elle n’avait plus d’organes. Elle s’appliquait des
therapeutiques bizarres, des gynmastiques extravagantes, avait
des crises d’agitation pendant lesquelles elle se cognait la tete
contre les murs. Elle refusait de manger.
Sa gynmastique elle l’expliquait a sa mere en disant qu elle
avait des demi-os, qu’elle n’en avait qu’en avant et que pour
suppleer a cette absence elle devait se flechir le corps en avant. Et
pendant des journees entieres elle se tenait en hyperflexion de¬
mandant a l’entourage d’appuyer davantage sur son occiput et
392 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUF.
son dos pour 1’einpecher de retomber en arriere et de se desou-
der.
Elle pretendait ne pas voir les gens, que ses yeux n’etaient pas
des yeux, qu’elle voyait les gens par derriere. Et pour ne pas etre
a l’envers, elle declarait devoir se mettre la tete en bas ; le derriere
en haut.
Je ne serai guerie que quand ma tete touchera mon derriere
disait-elle.
L’inaffectivite et l’incoherence augmenterent et la malade etait
internee le 20 novembre 1933 avec le certificat du Dr Courtois.
« Demence precoce. Opposition. Mutisme. Grognements. Sourires
inadaptes. Reste pelotonnee dans son lit en chien de fusil. Gatis-
me »
Cet etat n’a guere varie depuis l’arrivee dans notre service en
juillet 1934, comme nous le disions en comme^ant. Elle echange
avec sa mere quelques propos mais elle se tait a 1’approche d’une
tierce personne. Souvent elle demande que sa mere lui appuie sur
le corps pour exagerer son hyperflexion qu’elle trouve insuf-
fisante. Et pourtant l’anesthesie sous le chloroforme n’a pas per-
mis de mettre en extension complete les avant-bras sur les bras
et encore moins les jambes sur les cuisses.
Disons qu’elle est de race juive : le pere russe, la mere cauca-
sienne.
Cette observation est interessante au point de vue de la neuro-
psychiatrie et au point de vue de 1’interpsychologie.
I. Au point de vue neuropsychiatrique, la question se pose de
savoir la nature du determinisme de cette posture.
1° La condition initiale est-elle physique ? doit-on se deman-
der tout d’abord. Ce repliement du corps en flexion a-t-il ete pri-
mitivement determine par une dystonie, par une rupture d’equi-
libre entre le systeme flechisseur et le systeme extenseur, comme
il arrive quand les noyaux gris centraux sont leses ? De tels cas
de dystonie sont frequents dans la race juive, et le pere de la
malade est un juif russe.
En 1934, MM. Guillain et Mollaret (1) ont presente, a la Societe
de Neurologie, le film et les pieces anatomiques d’un gar^on de
17 ans atteint d’un spasme de torsion post-encephalitique. L’atti-
tude de ce sujet, pour etre moins extravagante que celle de notre
fille, l’etait sufflsamment pour que les auteurs 1’aient comparee
a l’attitude d’une bete.
(1) Gan.i
Mollahet. — Revue neurologique, 1934, t. I.
SEANCE DU 12 MARS 1936
Photo Pierre Dubure.
Fig. 1. — Attitude que garde perpetuellement la malade,
meme pour faire ses besoms et pour dormir.
« L’attitude du malade, disent-ils, celle qu’il peut conserver
longtemps sans fatigue et sans gene, son attitude de repos reel
par consequent est, dans l’ensemble, une attitude a quatre
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE
pattes. On peut le voir ainsi toute la journee derriere les bar-
reaux de son lit, la tete depassant ceux-ci, lisant, mangeant et
donnant a 1’extreme 1’impression d’un animal en cage. »
Une encephalite epidemique, dont le premier acces remontait
a l’age de 5 ans, etait la cause de cet etat. Les troubles de l’atti-
tude avaient commence a l’age de 9 ans par un renversement
intermittent de la tete pris pour un tic. La lordose etait apparue
a 15 ans, suivie de pres par la flexion des membres. Les troubles
mentaux, secondaires aux troubles moteurs, portaient sur le
caractere et non sur 1’intelligence. L’autopsie montra des lesions
cellulaires diffuses, mais predominant sur le striatum et le sys-
teme extrapyramidal.
Le cas de notre malade est bien different. On ne note aucune
poussee encephalitique dans son passe. D’un developpement
intellectuel et physique normal jusqu’a 18 ans, c’est par des
troubles hypochondriaques que la maladie a commence, et la
psychose etait depuis longtemps evidente, avec des signes incon-
testables de demence lorsque les anomalies de l’attitude se mani-
SEANCE DU 12 MARS 1936
festerent : inclination du tronc en avant, puis adduction et
flexion des membres, puis enfin station occipitale. D’apres la
mere, la malade aurait fourni les explications suivantes aux pos¬
tures adoptees : elle n’avait plus d’estomac. Elle etait toujours
en arriere. Elle voyait tout a l’envers. Et elle suppliait 1’entou-
Photo Pierre Dubure.
Fig. 3. — Attitude que garde la malade quand on essaye de la faire asseoir ;
elle repose par les fesscs et les talons sur le sol et garde la tete en hyper-
flechie.
rage de l’aider par des pesees a exagerer les postures qu’elle
adoptait.
Ce qu’il faut retenir dans ces allegations, c’est la preuve du
caractere intentionnel, des attitudes prises. Elies n’ont pas ete
imposees par un desequilibre entre flechisseurs et extenseurs.
Elies sont voulues. Et quand elle les quitte, quand elle se redresse,
la malade n’est pas soumise aux torsions spasmodiques qui agi-
tent les malades atteints de lesions du systeme extrapyramidal.
Ce que l’on constate chez celle-ci ne sont pas des dystonies, mais
396
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
des contractions qui aboutissent a des contractures avec retrac¬
tions tendineuses. On remarquera notamment que la station
occipitale est une contorsion clownesque. que la dystonie ne
suffirait pas a conditionner.
II s’agit done d’une stereotypie dementielle, symptomatique
d’heboidocatatonie.
2° Puisque e’est dans le psychisme et non dans l’appareil de
1’equilibre corporel que parait sieger la condition principale de
cette attitude, est-il possible d’en identifier le mecanisme ?
Faut-il voir, dans cette flexion de tout le corps reposant sur
l’occiput et les genoux, une regression vers 1’attitude feetale ? Sa
mere nous a declare que sa fille etait nee precisement en posi¬
tion occipitale. Une telle explication serait de nature a satisfaire
ceux qui se contentent de voir, avec Freud, dans l’anxiete, la revi-
viscence de 1’etat affectif du foetus franchissant le defile de la
vulve maternelle a l’instant de la naissance.
Moins fantaisiste nous semblerait l’explication trouvee dans
les rapports que cette attitude peut avoir avec la representation
que le sujet a de son corps. Cette femme, en se flechissant et en
se mettant la tete en bas, pretendait se sentir en arriere, et etre
a l’envers. La recherche d’une telle explication serait opportune
a l’heure actuelle ou les neurologistes etudient le modele postural
de Head, le schema corporel de Schilder, la somatognosie de
Lhermitte.
Arrivee a l’etat de demence profonde ou elle est, la malade ne
nous serait pas d’une grande utilite pour aborder cette etude. Ce
serait ouvrir la discussion sur la ccenesthesie, ce sentiment du
fonctionnement corporel invoque par les psychiatres, etudie par
de nombreux auteurs dont Sollier, sentiment dont Charles Blon-
del, puis Wallon ont justement montre toute la complexity.
Nous nous contenterons de deposer cette observation au dossier
de la ccenesthesie.
II. Au point de vue de l’interpsychologie, la reaction du public
devant un phenomene psychopathique aussi troublant est a rete-
nir.
Les visiteurs qui, venus voir un parent malade, se trouvent
brusquement en face de cette femme immobilisee la tete en bas
et le perine pointe vers le ciel, sont tous fortement impression-
nes. Beaucoup s’empressent de venir faire part de leur emotion
au medecin.
II est exceptionnel d’obtenir d’eux la description exacte du
spectacle qui les a si vivement frappes. Et ils s’embrouillent pour
situer exactement la place respective des divers segments du
SEANCE DU 12 MARS 1936
397
corps. Les uns la decrivent comme se tenant sur les mains, les
autres comme une bossue s’appuyant sur sa bosse, d’autres
comme un monstre dont les pieds sont plus hauts que la tete.
Tous retiennent qu’elle a les pieds et le derriere en l’air.
Cette impuissance de la majorite des spectateurs non prepa¬
res a observer correctement une attitude pathologique et l’inter-
vention de leur imagination pour suppleer a la defaillance de
1’observation expliquent la naissance des legendes sur l’existence
des etres fabuleux, et celle de la faune des bestiaires medievaux.
Pline l’Ancien, dans le livre VII de son Histoire Naturelle,
decrit, en se referant a des savants plus anciens que lui, des
peuples a morphologie bizarre. II appelle sciapode (du grec
skia, ombre et podos, pied) des hommes pourvus d’un pied
enorme qui leur sert de parasol contre les rayons du soleil. Les
artistes du Moyen-Age ont sculpte de tels personnages aux por-
tails des eglises romanes, notamment au portail de la cathedrale
de Sens, et sur le gnomon de l’abbaye de Souvigny. Un miniatu-
riste en a illustre la chronique de Nuremberg. Et Schakespeare
fait dire a Othello qu’en parcourant le monde, il a vu des
hommes dont la tete etait en-dessous des epaules.
La rencontre d’un catatonique, atteint de la meme stereotypie
que celle de notre malade, a-t-elle joue un role dans la concep¬
tion des Sciapodes ? C’est possible.
Pendant des siecles, l’observation fut sans methode, et les pen-
seurs les plus rassis fabulerent inconsciemment a l’occasion de
phenomenes reels, mais insolites. « La nature ingenieuse, dit
Pline J’Ancien, a propos des peuples a morphologie bizarre qu’il
decrit, fait servir l’etre humain a divers effets qui sont des jeux
pour elle et des miracles pour nous. » Saint Augustin, dans la
cite de Dieu, affirme lui aussi l’existence de cette humanite mira-
culeuse.
Ces phenomenes reels et insolites ont ete souvent de nature
pathologique. Et, dans la figuration des scenes fabuleuses aux-
quelles se complurent les artistes, il est parfois possible d’identi-
fier, sans fabuler soi-meme, des syndromes neuropsychiatriques.
C’est ce qu’ont tente divers auteurs, dont l’un de nous, en pre-
tendant reconnaitre un hypocondriaque zoopathe sur la cathe¬
drale de Strasbourg, un anxieux genital sur celle de Colmar et
un stuporeux sur une statue de la renaissance a Strasbourg (1).
(1) CourtBON. — L’hypocondriaque zoopathe de la cathedrale de Strasbourg.
Revue neurologique, 1922, t. I, p. 52. — Le stuporeux de l’ceuvre Saint-Marc.
Revue neurologique, 1924, t. I, p. 56. — L’anxieux genital de la cathedrale de
Colmar. Soc. d’histoire de la medecine, 1925.
S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE
Etat du fond de Pceil dans 115 cas de paralysie generale
traites par le stovarsol sodique, par M. L. Marchand.
Je presente a la Societe les resultats des examens du fond de
1’oeil pratiques dans 115 cas de paralysie generale traites par le
stovarsol, arsenic pentavalent dont la posologie et le mode d’em-
ploi ont ete etablis par MM. Sezary et Barbe (1). Les injections
ont toujours ete faites sous-cutanees. Cette statistique ne con-
cerne que des homines.
Sur ces 115 malades, 13 etaient atteints de lesions retinien-
nes avant l’application du traitement. Sur les 102 autres, dont
le fond de l’ceil etait normal au debut du traitement, 13 ont
presente des alterations retiniennes au cours du traitement ou
apres sa suspension.
1" Groupe. — Les lesions retiniennes (2) constatees avant le
traitement consistaient en atrophie optique double (2 cas), atro-
phie optique gauche (1 cas) ; decoloration papillaire (6 cas),
decoloration papillaire partielle (1 cas) ; contours papillaires flous
(2 cas), congestion des papilles (1 cas).
Des deux malades atteints d’atrophie optique double, l’un pre-
sentait une cecite complete. Je n’en tiendrai pas compte dans
cette etude. Les 12 autres paralytiques generaux ont ete sou-
mis au traitement au stovarsol. Voici le resume des traitements
suivis et de leur effet sur les alterations retiniennes :
Obs. 1. — Joq., 68 ans. — Atrophie optique double (acuite 7/10).
Traitement : une serie de 45 gr. (0 gr 50 trois fois par semaine).
Aucune aggravation, meme acuite visuelle. Une deuxieme serie est en
cours.
Obs. 2. — Bourq., 41 ans. — Atrophie optique gauche (acuite 1/50);
fond d’oeil normal a droite (acuite 10/10). Traitement : une serie de
45 gr. (1 gr. 3 fois par semaine) ; une serie de 45 gr. (1 gr. par se¬
maine). Aucun changement des fonds d’oeil. Meme acuite.
Obs. 3. — Besn., 45 ans. — Legere decoloration papillaire. Acuite
10/10. Traitement : impaludation. Une serie de 34 gr. (1 gr. 3 fois
par semaine) ; une serie de 15 gr. (1,50, 3 fois par semaine) ; une serie
(1) A. Sezary et A. Barbe. — La posologie et le mode d’emploi du stovar¬
sol sodique dans la paralysie generale. Soc. Med. des H6p., 11 mars 1932,
p. 388.
(2) Nous ne faisons que reproduire dans la designation des lesions du fond
de l’oeil que les termes memes employes par M. Lagarde, ophtalmologue a
l’hopital Henri-Rousselle, a qui nous adressons nos vifs remereiements.
SEANCE DU 12 MARS 1936
de 42 gr. (1,50, 3 fois par semaine) ; une serie de 42 gr. (1,50, 3 fois
par semaine). Decoloration papillaire plus marquee a droite. Acuite
10/10.
Obs. 4. — Bua., 51 ans. — Papilles pales ; acuite 10/10. Traite-
ment : une serie de 45 gr. (1 gr., 3 fois par semaine) ; une serie de
45 gr. (1 gr., 3 fois par semaine) ; une serie de 45 gr. (1 gr., 3 fois
par semaine). Aucune modification du fond d’oeil ; acuite : 10/10.
Obs. 5. • — Mous., 35 ans. — Decoloration papillaire tres marquee a
droite (acuite 10/10), plus faible a gauche (acuite 10/10). Traite-
ment : une serie de 45 gr. (0,50 par injection 3 fois par semaine) ;
une serie de 43 gr. comprenant 39 injections a 0,50 (3 fois par se¬
maine) et 25 injections a 1 gr. (3 fois par semaine). Aucune modifica¬
tion du fond d’oeil ; acuite : 10/10 des deux cotes.
Obs. 6. — Bau., 42 ans. — Arteres retiniennes minces ; segment
temporal un peu pale (acuite 10/10). Traitement : une serie de 30 gr.
(1 gr. 3 fois par semaine). Aucune modification du fond d’oeil.
Obs. 7. — Boura., 58 ans. — Legere decoloration papillaire. Acuite:
10/10. Traitement : une serie de 45 gr. (1 gr. 3 fois par semaine) ;
une serie de 20 gr. (1 gr. 3 fois par semaine) ; une serie de 20 gr.
(0,50, 3 fois par semaine). Decoloration papillaire plus marquee a
droite. Acuite : 9/10.
Obs. 8. — Pier., 45 ans. — Papilles legerement pales. Acuite : 9/10.
Traitement : une serie de 43 gr. 50 (1,50, 3 fois par semaine). Papilles
plus pales ; acuite : 9/10.
Obs. 9. — GuL, 55 ans. — Decoloration partielle plus marquee a
droite, surtout dans les regions temporales, mais ne paraissant pas
repondre a l’acuite visuelle accusee. Acuite : 2/10. Traitement : une
serie de 45 gr. (1 gr., 3 fois par semaine) ; une serie de 20 gr. (1 gr.,
3 fois par semaine) ; une serie de 20 gr. (0,50, 3 fois par semaine).
Aucune modification du fond d’oeil, meme acuite (2/10).
Obs. 10. — Dero., 34 ans. — Leger trouble des contours papillaires
(acuite : 10/10). Traitement : une serie de 45 gr. (1 gr., 3 fois par
semaine) ; une serie de 45 gr. (1 gr., 3 fois par semaine) ; une serie
de 45 gr. (1 gr., 3 fois par semaine). Meme halo peripapillaire sans
modification de coloration (acuite : 10/10).
Obs. 11. — Bali., 61 ans. — Papilles a contours flous et de colora¬
tion pale (acuite : 4/10). Traitement : une serie de 30 gr. (1 gr.,
3 fois par semaine), une" serie de 7 gr. (1 gr., 3 fois. par semaine).
Meme aspect du fond d’oeil. Acuite augmentee : 9/10.
Obs. 12. — Marc., 29 ans. — Legere congestion vasculaire des
papilles. Traitement : une serie de 45 gr. (1 gr. 3 fois par semaine).
400
SOC1ETE MED1CO-PSYCHOLOG1QUE
Papilles hyperhemiees surtout a gauche. Acuite : 10/10. Un mois
apres, reprise du traitement ; une serie de 45 gr. ( 1 gr., 3 fois par
semaine) ; aueune aggravation. Acuite : 10/10.
En rdsume, dans 9 cas (Obs. 1, 2, 4, 5, 6, 9, 10, 11, 12), le traite¬
ment n’a produit aueune aggravation des lesions du fond d’ceil
et meme dans un cas (Obs. 11), on constata une notable amelio¬
ration. Dans trois cas (Obs. 3, 7, 8), la decoloration papillaire
s’accentua legerement sans diminution de l’acuite visuelle.
2“ Groupe. — 13 malades chez lesquels le fond de l’ceil etait
normal ont presente les alterations papillaires suivantes au cours
du traitement ou apres sa suspension : decoloration papillaire,
7 cas ; decoloration temporale, 2 cas ; contours papillaires flous,
2 cas ; atrophie optique, 2 cas. Voici les resumes des observa¬
tions en indiquant a quel moment du traitement est apparue
1’alteration du fond de l’oeil :
Obs. 1. — Pic., 32 aiis. — Traitement : impaludation. Une serie de
27 gr. (1 gr., 3 fois par semaine) ; une serie de 44 gr. (1 gr., 3 fois par
semaine) ; une serie de 44 gr. (1 gr., 3 fois par semaine) a la fin de
laquelle on constate : papilles legerement pales, decoloration plus mar¬
quee a droite. Acuite : 10/10. Continuation du traitement par quatre
series de 45 gr. et 3 series de 20 gr. (1 gr. par injection). Aueune aggra¬
vation de la decoloration papillaire. Acuite : 10/10.
Obs. 2. — Cor., 39 ans. — Traitement : une serie de 25 gr. (1 gr.,
3 fois par semaine) ; une serie de 44 gr. (1,50, 3 fois par semaine) ;
une serie de 43 gr. (1 gr. 50, 3 fois par semaine). Papilles normales a la
fin de la serie. Cessation du traitement et six semaines plus tard
decoloration papillaire.
Obs. 3. — Vad., 53 ans. — Traitement : une serie de 45 gr. (1 gr.,
3 fois par semaine). Papilles normales a la tin de la serie. Deux mois
apres la cessation du traitement, decoloration papillaire. Acuite: 8/10.
Baisse de la progression de la vision et un an apres : decoloration
incomplete des papilles. Acuite : 5/10.
Obs. 4. — Pitch., 35 ans. — Traitement: une serie de 45 gr. (1 gr. 50,
3 fois par semaine). A la 20p injection, decoloration partielle des
papilles ; acuite : 10/10. Aueune modification dans la suite malgre la
continuation de la serie.
Obs. 5. — Stor., 43 ans. — Traitement : du 30 decembre 1931 au
4 avril 1931, serie de 45 gr. comprenant 10 injections de 1 gr. 50 et
30 de 1 gr. Legere decoloration papillaire, acuite: 10/10. Impaludation
et suspension complete du traitement au stovarsol. Le 23 mai 1933,
SEANCE DU 12 MARS 1936
401
deux ans plus tard, papille droite legerement decoloree (acuite ;
10/10) ; papille gauche nettement decoloree, ayec champ visuel re-
ireci (acuite : 10/10).
Obs. 6. — Bra., 42 ans. — Traitement : une serie de 44 gr. (1 gr.,
3 fois par semaine) ; fond d’ceil normal ; un mois apres la suspension
du traitement, legere decoloration papillaire droite (acuite: 10/10).
Reprise du traitement : deux series de 20 gr. (0 gr. 50, 3 fois par
■semaine). Aucune aggravation ; acuite : 10/10.
Obs. 7. — Blan., 53 ans. — Traitement : une serie de 26 gr. (1 gr.,-
3 fois par semaine) ; une serie de 45 gr. (1 gr. 50, trois fois par se¬
maine) ; une serie de 45 gr. (1 gr. 50, 3 fois par semaine). Fonds
d’oeil normaux. Deux mois apres la cessation du traitement, decolo¬
ration papillaire : acuite : 10/10.
Obs. 8. — Hein., 58 ans. — Traitement : une serie de 45 gr. (1 gr.,
3 fois par semaine). Legere decoloration temporale a la fin de la
serie. Acuite : 7/10. Six semaines plus tard, une serie de 22 gr. (1 gr.,
3 fois par semaine). Decoloration nette temporale a la fin de la serie.
Acuite : 4/10. Suspension du traitement. L’acuite visuelle continue a
baisser lentement et 18 mois plus tard papille plus decoloree,
acuite : 3/10.
Obs. 9. — Clau., 30 ans. — Traitement : impaludation ; une serie
de 45 gr. (1 gr., 3 fois par semaine) ; une serie de 43 gr. (1 gr., 3 fois
par semaine) ; une serie de 43 gr. (1 gr., 3 fois par semaine), au cours
de laquelle on constate papilles un peu pales. Acuite : 10/10. Deux
series de 20 gr. ensuite (1 gr., 3 fois par semaine). Papilles un peu
pales. Acuite : 10/10.
Obs. 10. — Cham., 34 ans. — Traitement : une serie de 45 gr. (1 gr.,
3 fois par semaine). Leger trouble des contours papillaires a la fin
de la serie. Acuite : 8/10. Reprise du traitement un mois apres, serie
de 45 gr. (1 gr., 3 fois par semaine) ; legere amelioration ; acuite :
9/10.
Obs. 11. — Gai., 47 ans. — Traitement : impaludation. Une serie
de 28 gr. (1 gr., 3 fois par semaine). Fond d’oeil normal. Le malade
entre dans mon service neuf mois plus tard. Reprise du traitement ;
injections a la dose de 1 gr. 50, 3 fois par semaine. A la 21° injection,
decoloration des papilles qui aboutit en quelques jours, malgre la
suspension immediate du traitement, a une atrophie optique bilate-
rale. L’acuite ne peut etre precisee en raison de l’affaiblissement
mental. Le malade peut se conduire seul.
Obs. 12. — Halp., 64 ans. — Traitement : une serie de 45 gr. (1 gr.,.
3 fois par semaine) ; legere decoloration temporale (acuite : 7/10) a
la fin de la serie. Reprise du traitement un mois plus tard ; une serie
Ann. Med.-psych., XV(> serie, 94e annee, t. I. — Mars 1936.
402
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
de 30 gr. (1 gr., 3 fois par semaine) ; une autre serie de 45 gr. (0 gr.
50, 3 fois par semaine). Pas d’augmentation de la decoloration tem-
porale ; aciiite : 8/10.
Obs. 13. — Perth., 40 ans. — Traitement : une serie de 34 gr. 50.
(1 gr. 50, 3 fois par semaine) du 23 novembre 1931 au 15 janvier 1932.
Le 19 janvier, alors que le traitement etait suspendu depuis 4 jours,,
fonds d’oeil normaux mais baisse de l’acuite visuelle (8/10). Le 2 fe-
vrier 1932, papilles en voie de decoloration, achromatopsie pour le
vert. Le 24 avril 1932, atrophie optique presque complete a droite
atrophie optique complete a gauche. Cecite.
En resume, dans 3 cas (Obs. 5, 8 et 11), la decoloration papil-
laire est survenue au cours du traitement qui a ete suspendu
immediatement. La decoloration est restee stationnaire dans un
cas (acuite visuelle 10/10) ; elle a continue a progresser lente-
ment dans le second cas (acuite 3/10 18 mois plus tard). Chez le
3" sujet, tres rapidement, elle a abouti a une nevrite optique
bilaterale, rappelant les cas signales par Paul Abely et Salgo (1),
avec cette difference que la lesion du fond de l’ceil n’a pas abouti
a une amaurose complete.
Dans quatre cas (Obs. 1, 4, 9, 12), la decoloration papillaire est
apparue au cours du traitement et est restee stationnaire malgre
sa continuation.
Dans un cas (Obs. 10), un leger trouble des contours papillair
res est survenu apres une premiere serie de 45 gr. de stovarsol
et on a constate une notable amelioration apres- la deuxieme
serie de 45 gr.
Dans quatre cas, la decoloration papillaire a debute un mois.
(Obs. 6), 6 semaines (Obs. 2), 2 mois (Obs. 3 et 7), apres la cessa¬
tion du traitement.
Enfin, et c’est le seul cas malheureux (Obs. 12), la decoloration
papillaire a debute quelques jours apres la cessation du traite¬
ment (lr| serie de 34 gr. 50) pour aboutir, trois mois plus tard, a
une atrophie optique double avec cecit£ complete.
Ainsi, sur 115 malades, un sujet etait deja atteint de nevrite
optique double avec cecite avant le traitement au stovarsol ; sur
les 114 autres sujets traites, un seul a presente, apres cessation
du traitement, une atrophie optique double entrainant la cecite.
Un cas de cecite par atrophie optique sur 114 est un pourcentage
(1) Paul Abely et N. Salgo. — Trois cas de nevrite optique retrobulbaire
bilaterale avec integrity primitive du fond de I’oei 1 survenue au cours du
traitement stovarsolique chez des paralytiques generaux. Soc. med.-psychol ...
25 mars 1935, p. 514.
SEANCE DU 12 MARS 1936
qui se rapproche de celui que l’on observe chez les paralytiques
generaux non traites.
Considerations generates : Chez un sujet dont le diagnostic de
paralysie generate vient d’etre etabli, la constatation de lesions
du fond de l’ceil ne doit pas faire rejeter le traitement par le
stovarsol, mais son application doit etre faite avec prudence.
Une decoloration papillaire apparaissant au cours du traite¬
ment ne doit pas entrainer d’emblee sa suspension, mais une
diminution de la dose du stovarsol et de la frequence des injec¬
tions.
Une decoloration papillaire peut apparaitre plusieurs semaines
et meme plusieurs mois apres la cessation du traitement qui,
dans ces cas, ne peut etre incrimine.
La simple recherche de l’acuite visuelle n’est pas suffisante
pour apprecier 1’integrite des papilles. Une decoloration papil¬
laire n’entraine pas forcement une diminution de 1’acuite visuelle.
Les doses de 1 gr. 50 par injection doivent etre proscrites. La
dose 1 gr. trois fois par semaine (series de 45 gr. separees par un
mois de repos) est celle que nous preconisons maintenant.
Sur 13 malades chez lesquels les alterations du fond de l’ceil
sont survenues au cours du traitement au stovarsol ou apres sa
suspension, 3 seulement etaient atteints de paralysie generale
tabetiforme. Sur 13 malades chez lesquels des lesions retiniennes
existaient avant l’application du traitement, 5 presentaient la
forme tabetiforme de la paralysie generale. Les lesions du fond de
l’ceil sont loin d’etre l’apanage des paralytiques generaux tabe-
tiques.
M. Guiraud. — Sans contester les cas de M. Marchand, ni la
valeur du stovarsol dans la paralysie generale, je rappelle les
cas de cecite qui suivirent immediatement 1’administration de ce
medicament. Ils ont ete cites dans la litterature. Moi-meme, j’en
ai observe un. Je pense done que, lorsqu’on a a faire a un para-
lytique general dont le nerf optique n’est pas intact, il vaut mieux
s’abstenir de stovarsol. La malariatherapie toute seule est a
employer et se montre souvent efficace. Si on veut lui associer
une therapeutique chimique, ce qui n’est pas indispensable,
qu’on choisisse alors un autre sel d’arsenic ou le bismuth.
M. Rene Charpentier. — Bien que, dans cette etude, M. Mar¬
chand se soit borne a considerer les indications du traitement de
la paralysie generale par le stovarsol, en rapport avec les troubles
oculaires, il serait interessant, etant donne le grand nombre des
cas traites par lui depuis 10 ans, qu’il nous apportat egalement
404
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
une statistique precise des resultats therapeutiques qu’il a ainsi
obtenus.
M. Marchand. — M. Guiraud fait devier le but de ma communi¬
cation. II ne s’agit pas d’opposer la malariatherapie a la stovarsol-
therapie, d’etablir un parallele entre ces deux modes de traitement
qui se completent heureusement si souvent. D’ailleurs, plusieurs
malades, parmi ceux que je viens de presenter, ont ete impaludes
avant d’etre traites par le stovarsol.
J’apporte des faits qui montrent que des paralytiques gene-
raux attaints de modifications papillaires purent etre traites par
le stovarsol sans aggravation de leurs lesions retiniennes, que
l’apparition des lesions papillaires au cours du traitement ne doit
pas etre toujours un obstacle a sa continuation, que les decolora¬
tions de la papille dans certains cas ne sont pas dues au stovarsol
puisqu’elles se sont produites plusieurs mois apres sa suspension.
Ces conclusions, qui s’opposent, j’en conviens, aux conceptions
courantes, me paraissent presenter un certain interet.
Aphasie chez les syphilitiques et paralysie generale. Problemes
de diagnostic et de traitement (presentation de malades), par
MM. P. Guiraud et G. Ferdiere.
Deux malades de notre service viennent de nous poser le pro-
bleme de l’aphasie chez les syphilitiques et paralytiques gene-
raux avec toutes les consequences diagnostiques et therapeuti¬
ques qu’il comporte ; nous devons rappeler brievement les ele¬
ments theoriques de ce probleme.
Depuis les travaux de Magnan, Serieux (1), de Lissauer, decri-
vant les formes posterieures de la paralysie generale, on sait la
possibility de la predominance regionale du processus paralyti-
que, realisant ainsi des symptomes comparables a ceux des
lesions focales, l’aphasie par exemple ; celle-ci ne constitue alors
qu’un element d’un tableau clinique qui peut etre plus ou moins
riche et complet et sur lequel elle tranche avec plus ou moins
de nettete. Cette aphasie se trouve ainsi a l’oppose de celle qui
se rencontre a l’etat pur chez les syphilitiques et qui repond a
une simple lesion en foyer due a une syphilis vasculaire cere-
brale ou meme a un processus non syphilitique, comme nous
avons pu l’observer chez une de nos malades.
(1) P. Serieux. — Hallucinations auditives et surdite verbale chez un
paralytique general. Revue Neurol., 1902.
SEANCE DU 12 MARS 1936
405
Mme C., agee d’une quarantaine d’annees, est entree a Sainte-Anne
le 18 janvier dernier, avec un certificat ainsi coneu : « Est atteinte
de troubles psychiques graves. Syndrome dementiel avec gros deficit
intellectuel, amnesie tres importante avec elements d’aphasie et par
suite d’apraxie. Orientation insuffisante et reflexes tendineux vifs
avec douleurs a la pression des masses musculaires. Reflexes iriens
a la lumiere conserves. Syphilis en evolution : roseole recente traitee
dans ce service par injections de novarsenobenzol, serie actuelle-
ment terminee depuis deux jours. Bordet-Wassermann + dans le
sang et — dans le liquide cephalo-rachidien qui contient en outre
3 lymphocytes et 0 gr. 40 d’albumine. »
' Mme C. se presentait avant tout comme une aphasique avec ele¬
ments jargonaphasiques ; elle etait en outre agnoso-apraxique et
paraissait avoir une conscience tres incomplete de sa situation.
Pupilles egales, tres legerement deformees, reagissant bien a la
lumiere et a l’accommodation ; l’hemianopsie n’a pu etre recherchee
a raison de la turbulence de la malade. Reflexes tendineux vifs et
egaux ; pas de signe de Babinski. Tremblement gelatineux de la
langue. Au coeur : souffle systolique en jet de vapeur, de caract.ere
assez musical, piaulant, largement propage au creux axillaire. Ten¬
sion arterielle : 15 1/2-8 au Vaquez.
Par la suite nous avons pu apprendre a l’Hotel-Dieu que Mme C.
avait ete hospitalisee au debut d’octobre pour « aphasie, amnesie » ;
elle cherchait ses mots et se preoccupait de son etat : « j’oublie
tout..., ca reviendra ? Est-ce que sa... Je vais guerir . ». Ces
troubles avaient ete attribues sans difficult^ a la maladie mitrale et
apres un traitement de quelques semaines la malade avait ete envoyee
en convalescence. Au milieu de decembre, elle etait de retour a
I’Hotel-Dieu avec une eruption papuleuse disseminee sur tout le
corps et des adenopathies inguinales. Une reaction de Bordet-
Wassermann pratiquee dans le sang se montrait positive et la malade
etait immediatement soumise a un traitement' d’attaque au novar-
seno-benzol et au cyanure.
Dans les premiers jours a 1’asile, le diagnostic etait fort difficile,
mais l’ancienne terminologie de demence organique masquait le pro-
bleme, le processus de ramollissement pouvant etre tres etendu.
A l’heure actuelle, la malade est extremement amelioree ; elle est
devenue capable d’attention et n’est plus aussi improductive ; son
agnoso-apraxie s’attenue et elle demeure avant tout une aphasique.
Nous pensons que, si la solution du probleme est simple sur
le papier, sur le terrain de la pratique, ou nous nous placons, les
hesitations sont possibles. C’est que, bien souvent, les aphasiques
presentent des troubles mentaux plus ou moins caracterises ;
ceux-ci paraissent dus parfois a l’intensite de l’aphasie elle-meme,
compliquee d’agnosie et d’apraxie, comme dans le cas que nous
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
venons de rapporter. Ces troubles peuvent s’attenuer avec le
temps, mais on comprend qu’au debut, les malades puissent
donner l’impression de veritables dements.
Dans un tout autre domaine, une de nos malades, aphasique
depuis plusieurs annees, presente depuis quelques mois un etat
depressif et des troubles du caractere qui ont attire l’attention
de son entourage et ont abouti a l’internement.
Mme L., 38 ans, syphilitique connue, a presente il y a deux ans et
demi une hemiparesie droite avec aphasie massive ; de la premiere
il ne reste actuellement pas trace sinon une ebauche d’eventail des
orteils au cours de la recherche du signe de Babinski ; l’aphasie est
en regression : « Je commence a parler, dit-elle ; je ne pouvais pas
parler du tout... Je commence un peu depuis un an... j’allais tous les
jours, tous les deux jours, voir les docteurs ; ils m’ont fait beaucoup
de piqures... » Il s’agit d’une aphasie nominale et verbale, surtout
nominale, sans apraxie ni agnosie : la malade est capable de decrire
avec une grande precision un objet par des gestes et les actes mimes
sorit parfaitement realisables.
Les pupilles sont un peu deformees, inegales au profit de la droite,
paresseuses a la lumiere ; on constate un tremblement fibrillaire de
la langue, un tremblement plus menu des mains ; la dysarthrie est
legere, nette cependant, les reflexes tendineux vifs.
Nous insistons tout particulierement sur les troubles psychiques
d’apparition recente : « Mme L., nous dit son ami, est devenue
haineuse, mechante avec moi, parfois violente, criant et meme
dechirant le linge pour des raisons futiles ; elle est triste et pleure
souvent ; elle a de veritables phases depressives ; elle a manifesto
des idees de suicide et a fait deux tentatives. »
Les reactions sont negatives dans le sang ; le liquide cephalo-
rachidien : 0,8 lymphocytes, 0 gr. 30 d’albumine, Bordet-Wassermann
+ + + +•
Dans les cas semblables a ceux-ci, quels renseignements peu¬
vent apporter les reactions biologiques du liquide cephalo-ra-
chidien ?
D’abord, si celui-ci est negatif, il y a des chances pour que le
processus en cause ne soit pas de nature syphilitique, surtout
s’il est possible de mettre en evidence une autre cause d’apha-
sie ; d’autre part, dans la litterature, les renseignements parais-
sent assez peu nets sur l’etat du liquide cephalo-rachidien au
cours de l’arterite syphilitique de la sylvienne et de ses branches.
Si le liquide cephalo-rachidien est positif, on doit s’attacher
beaucoup moins a la formule du benjoin colloidal qu’a la lym-
phocytose rarement tres elevee dans la paralysie generale.
SEANCE DU 12 MARS 1936
407
Quant a l’analyse du sang, elle indique seulement que le malade
•est syphilitique et ne prejuge en rien ce qui se passe dans son
:systeme nerveux ; d’autre part, certains malades ont pu etre
negatives par un traitement de longue haleine, aussi importe-t-il
de faire preciser les antecedents avec le plus grand soin.
Au point de vue psychique, quoique la forme classique demen-
tielle soit sans doute la plus frequente, l’on observe, du moms
.au debut, un certain nombre de malades presentant des troubles
mentaux, d’ordre delirant, maniaque, depressif et qui sont cepen-
•dant d’incontestables paralytiques. C’est dire que la constatation
du trouble psychique le plus banal ne doit pas faire ecarter le
diagnostic d’une paralysie generate associee.
L’examen clinique minutieux garde une extreme importance ;
on s’attachera a rechercher, chez les aphasiques, un certain
nombre de signes physiques dont la lesion en foyer ne peut ren-
•dre compte et qui trahissent l’atteinte diffuse : le machonnement,
les secousses peribuccales, le tremblement de la langue et des
•extremites, la dysarthrie, les modifications des reflexes tendi-
neux.
F.nfln, une atteinte arterielle indubitable n’exclut pas neces-
sairement une paralysie generate associee (1).
De tels malades ressortissent-ils a la malariatherapie ou a une
autre therapeutique ? Tout d’abord, il n’est pas certain que,
dans les lesions en foyer, la malaria ne puisse avoir une influence
heureuse, comme le pensent les Roumains de 1’ecole de Paulian.
Les lesions en foyer commandent en tout cas les arsenicaux ;
mais, lorsqu’ils arrivent a l’asile, les malades ont ete d’ordinaire
largement traites anterieurement ; l’efflcacite des antisyphiliti-
ques est epuisee ; on se trouve en presence de lesions emanci-
pees de leurs causes, cicatricielles, sur lesquelles le traitement
ne pourra rien ; la malariatherapie ne pourra pas plus sur ces
lesions cicatricielles, mais elle agira sur les lesions diffuses asso-
ciees. La derniere malade que nous avons presentee vient d’etre
impaludee et nous nous proposons de la presenter a nouveau a la
SociMe si le traitement institue repond a nos esperances.
(1) P. Guiraud et A. Deschamps. — Paralysie generate avec alexie et
apraxie ideo-mctrice. Ann. medico-psychol., mars 1932. _
408
SOCIETE MEDIC O-PS Y CHOLO G1QUE
Un cas de simulation discutd,
par MM. H. Claude, P. Sivadon et A.-P.-L. Beley.
Les limites du « volontaire » et du « conscient » ne sont pas
toujours aisees a determiner.
La part qui revient a l’hysterie et a la simulation pure est
parfois bien imprecise dans certaines manifestations psychopa-
thiques complexes.
L’observation que nous vous presentons nous a paru particu-
lierement instructive a ce sujet.
Les nombreux certificats que contient le dossier de notre sujet
montrent la diversity des opinions des medecins qui ont eu a
l’examiner et surtout laissent transparaitre l’hesitation et les
reserves de certains d’entre eux.
Voici les faits :
On ne releve aucun antecedent notable dans l’heredite et la jeu-
nesse de G... Maxime, actuellement age de 43 ans.
Pendant la guerre, il est blesse par une balle qui traverse la region
axillaire droite en lesant le plexus brachial. Immediatement apres
la blessure, il presente des signes de paralysie cubitale. II termine la
guerre dans le service auxiliaire.
Il obtient alors une pension de 10 % a titre temporaire.
De retour dans ses foyers, il travaille, de son propre aveu, a la
satisfaction de ses patrons, comme ajusteur.
A la revision de sa pension, cette derniere est portee a 30 % a titre
definitif.
En 1931, alleguant une impotence fonctionnelle totale de son mem-
bre superieur droit, il obtient 50 % avec la mention : « paralysie
mediocubitale droite, griffe des quatre derniers doigts a peu pres
reducible. Opposition impossible, pince nulle. Amyotrophie des
interosseux et de l’eminence thenar. Douleurs dans tous les doigts.
Traces de R.D. ». On lui donne un emploi de facteur des P.T.T.
C’est vers la fin de 1933 qu’apparaissent les premieres manifesta¬
tions psychiques. Il entre en observation a I’hopital Henri-Rousselle
le 27 octobre et en ressort le 4 novembre. On note : « depression
anxieuse, affaiblissement intellectuel ». Au lieu de partir a la cam-
pagne, comme il lui avait ete conseille, il entre alors a la Salpetriere
oil il aurait manifeste des idees de persecution. Il s’evade au bout
de quelques jours de l’hopital, au cours d’un etat d’apparence
anxieuse.
Le 2 decembre, il entre a nouveau a I’hopital Henri-Rousselle. Les
reactions specifiques sont partiellement positives dans le sang. Le
liquide cephalo-rachidien est normal. Il manifeste un affaiblissement
SEANCE DU 12 MARS 1936
409
mental considerable, mais conscient, sur lequel il insiste lui-meme,
en meme temps que des idees delirantes imprecises qui motivent son
placement a l’Asile le 4 decembre 1933.
Les certilicats d’internement signalent : « affaiblissement intel-
lectuel... dysmnesie verbale consciente. Propos verbeux, alambiques,
reticents.... » ; « delire hallucinatoire et interpretatif avec idees de
persecution et anxiete... action sur la pensee... Reticences. Denega¬
tions... », etc.
A l’admission, le certiflcat immediat indique : « leger affaiblisse¬
ment intellectuel (difficult^ de repondre de facon precise malgre
efforts reels) ; preoccupations hypocondriaques et idees de persecu¬
tion avec interpretations et craintes d’empoisonnement, etc. ».
Transfere a Villejuif le 8 deqembre 1933, les troubles s’attenuent
rapidement et il sort completement gueri trois mois plus tard.
Depuis lors, et jusqu’au mois de decembre dernier, il vit a la cam-
pagne, entierement normal.
Ce n’est que depuis quelques mois qu’il presente les nouvelles
manifestations qui ont motive son recent internement.
Le 30 decembre 1935, il entre de lui-meme a l’hopital Henri-Rous-
selle et indique de sa main sur le questionnaire d’entree : « point
d’enervement, consecutif a une blessure de guerre ». Une demande
d’internement est faite par sa femme.
Les examens humoraux sont entierement negatifs.
A la sortie, faite sur la demande du medecin, le 16 janvier 1936, on
note : « Etat d’excitation, sinistrose ? ».
Quelques jours apres, il fait venir chez lui un medecin specialise,
fait valoir ses troubles et demande a etre interne d’offfce. Il est en-
voye a l’Inflrmerie Speciale qui fait le placement le 26 fevrier der¬
nier. « Troubles atypiques d’aspect tantot excitatif, tantot hebe-
phreno-catatonique... pretend que ses periodes d’excitation mecani-
que sont en rapport avec l’etat de sa cicatrice qui constitue.un point
d’enervement... peut-etre element d’irradiations reflexes physiopathi-
ques et generatrices de troubles psychiques... ».
Le certiflcat immediat indique : « excitation maniaque atypique.
Loquacite. Declamations rythmees s’interrompant brusquement. Il y
a un point d’excitation au niveau de son plexus brachial blesse . ».
Dans notre service, pendant plusieurs jours, il reproduit a la
demande, et chaque fois qu’on 1’examine, « les troubles mentaux »
qui ont motive son internement, en insistant sur la gene que cela
entraine pour son travail et sur I’insufiBsance de sa pension.
Il se met a parler, d’une voix sonore et pathetique, sur un theme
quelconque, mais de preference en racontant les circonstances ou ces
troubles sont apparus pour la premiere fois. Rapidement, le debit
devient rythme, la parole semble « mecanisee », incoercible, le dis¬
cours parait inepuisable. Le ton est uniforme, mais l’intensite oscille
continuellement des crescendo eclatants aux decrescendo les plus
marques.
410
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Des gestes theatraux soulignent le rythme, ajoutant encore a l’effet
grotesque de la scene.
II suffit, au cours de la crise, ainsi qu’il nous l’a lui-meme indique,
d’appuyer avec le doigt sur la cicatrice cutanee de sa blessure
axillaire, laquelle n’est ni sensible ni douloureuse, pour arreter brus-
quement le debit des paroles et les gestes, et pour provoquer un
court arret de la respiration.
A defaut de ce moyen, qui est infaillible, la « crise » s’evanouit
d’elle-meme au bout de peu de temps.
A noter que ces manifestations ne s’accompagnent d’aucun trouble
vaso-moteur et ne sont suivies d’aucun epuisement.
Leur caractere artificiel est evident et l’effort conscient y est net-
tement decelable.
II n’existe, en dehors de cela, aucun trouble delirant et on ne peut
mettre en evidence le moindre affaiblissement intellectuel.
Si l’on fait allusion aux troubles mentaux anterieurs, le sujet parait
gene et reticent. Si l’on insiste, il allegue une amnesie lacunaire
absolue portant particulierement sur la periode d’hospitalisation a
la Salpetriere.
Au point de vue neurologique, seul le membre superieur droit pre¬
sente des anomalies.
I] existe une legere atrophie de l’eminence thenar et du premier
interosseux, ainsi qu’une griffe cubitale reductible. Le malade allegue
une impotence fonctionnelle totale. En realite, la force segmentaire
parait tres legerement diminuee, mais l’exageration volontaire est
manifeste.
Les troubles de la sensibilite sont encore plus intenses. Le malade
indique une insensibilite totale, a tous les modes, sur tout le membre
superieur droit. Cette insensibilite a une limite lineaire qui malheu-
reusement varie d’un examen a l’autre. D’autre part, le malade s’est
laisse, un jour, prendre a un stratageme grossier. On lui demandait de
signaler, les yeux fermes, s’il sentait ou non le frolement des doigts, et
il n’a pas manque de dire qu’il ne sentait pas chaque fois qu’on le tou-
chait imperceptiblement dans la zone pretendue insensible.
Il accuse, en outre, une astereognosie grossiere.
L’examen electrique ne revele qu’une tres legere hypoexcitabilite
des interosseux surtout marquee au niveau du premier.
Vraisemblablement impressionne par l’iristrumentation electrique
et soupcjonnant probablement notre scepticisme, G... a depuis quel-
ques jours abandonne sa mise en scene.
Il ne presente plus les manifestations psychiques signalees et a
perdu son assurance lors des examens de la sensibilite. Il ne parle
plus de sa blessure de guerre, pretend que le repos l’a gueri, et com¬
mence a penser a sa sortie.
Pour nous, si nous nous pla§ons sur le plan medico-legal, le
probleme parait simple. Il s’agit actuellement de simulation d’un
SEANCE DU 12 MARS 1936
411
complexe neuro-psychique dans le but d’obtenir une augmenta¬
tion d’une pension deja abusive (le taux qu’il serait legitime
d’accorder, pour une blessure mediocubitale legere, ne depasse
pas 15 %).
Mais au point de vue clinique, le probleme parait plus com¬
plexe. L’analgesie relative du membre superieur droit est-elle
consciemment voulue ? Elle semble bien revetir l’aspect de mani¬
festations hysteriques.
L’inactivite fonctionnelle de la main ne peut-elle etre mise
sous la meme etiquette ? II semble, en effet, que, par un meca-
nisme d’autosuggestion, notre sujet se soit, depuis longtemps,
deshabitue de se servir de sa main droite, alors qu’elle parait en
etat de lui rendre d’importants services.
Quant aux troubles mentaux presentes en 1933, sommes-nous
autorises a penser qu’ils etaient aussi simules ?
Malgre leur atypisme, ils correspondaient peut-etre a une
manifestation de forme depressive sur laquelle se greffait une
exageration plus ou moins consciente.
Et les troubles recents eux-memes, bien qu’ils soient evidem-
ment artificiels, pour la plus grande part, n’ont-ils pas pu etre
favorises par une excitation maniaque larvee ?
Ce sont toutes ces questions qui ont paru transparaitre dans
l’opinion de ceux qui ont eu a examiner notre sujet.
Void 1’interpretation que nous proposons :
Nous pensons qu’il existe un point de depart organique leger
(nevrite mediocubitale) qui a servi de base localisatrice a des
manifestations hysteriques par un mecanisme d’auto-suggestion.
Cette lesion organique a, d’autre part, incite le sujet a echafau-
der une construction atypique, mais utilitaire, de syndrome
mental.
Quelles que soient les interpretations discutables que l’on
puisse donner de ce dernier, sa curabilite rapide et son carac-
tere fantaisiste l’excluent des conclusions medico-legales a for-
muler au sujet des dommages indemnisables causes a 1’inte-
resse.
M. Henri Claude. — Au point de vue neuropsychiatrique, le cas
est banal. Au point de vue sociologique, il est un exemple de la
mentalite du blesse contemporain que hante le desir d’obtenir une
maj oration du taux d’invalidite qui lui a ete accorde. Pour lut-
ter contre le danger dont est menacee la societe par le deve-
loppement de cette mentalite revendicatrice, il importe que les
medecins experts se montrent categoriques et n hesitent pas a
412
SOCIETE MED1C0-PSYCH0L0G1QUE
employer le terme de simulation lorsque 1’exageration des trou¬
bles fonctionnels est evidente.
M. Guiraud. — Je n’ai qu’un souvenir bien imprecis de ce
malade qui ne resta que quelques semaines dans mon service.
Je n’avais pas constate chez lui de troubles delirants, ni de
manifestations revendicatrices, autant qu’il m’en souvienne.
II se comportait simplement comme un hyperemotif avec crises
douloureuses, ayant la main blessee comme point de depart.
Desequilibre mental post-encephalitique (Perversions sexuel-
les : auto6rotisme du mollet, fetichisme du soulier, etc.)r
par MM. Henri Claude, P. Sivadon et J. Ajuriaguerra.
L’observation que nous vous presentons nous a paru meriter
votre attention a plusieurs points de vue.
Elle constitue tout d’abord un exemple particulierement typi-
que de l’origine encephalitique, deja souvent signalee, de cer-
taines formes de desequilibre mental acquis.
Elle montre revolution complexe et l’intrication serree de
nombreuses perversions instinctives chez un meme sujet, reali-
sant une veritable « constitution » perverse, aussi riche dans ses
manifestations que les etats dits constitutionnels.
Elle constitue enfin un cas, rare dans la litterature que nous
avons pu consulter, d’auto-erotisme localise au mollet, avec
fetichisme de la chaussure feminine.
C’est, en effet, a la suite d’un vol de chaussures de femme que K...
Paul, age de 24 ans, apres expertise suivie de non-lieu, a ete place
dans notre service le 29 janvier 1936.
On ne releve dans ses antecedents hereditaires ou collateraux au-
cun element susceptible d’eclairer l’origine de ces troubles.
Son enfance fut normale. II etait gai, doux, docile, intelligent. A
l’age de 12 ans, eii 1924, il fait une encephalite sporadique. II n’est
pas tres aise de reconstituer la symptomatologie complete presentee
a cette epoque. Nous avons cependant la notion d’un episode confu-
sionnel onirique, avec temperature (s’agite, vocifere, voit devant lui
des personnages divers, un moine en particulier, fait au mur des
dessins incoherents, etc.). A la suite de cet episode, qui 1’oblige a
interrompre la classe pendant plus de deux mois, il manifeste une
somnolence intense. Il s’endort frequemment dans la journee et par-
fois, lorsqu’il a conge, dort tout le jour, se levant seulement aux heu-
res des repas.
D’autre part, il a une polyphagie et une polydipsie marquees. Il
SEANCE DU 12 MARS 1936
413
mange des quantiles considerables d’aliments et n’est jamais rassasie.
11 boit frequemment et abondamment, jusqu’a provoquer des acci¬
dents digestifs.
F.n meme temps, son caractere se transforme entierement. De re¬
tour a l’ecole, il se montre turbulent, espiegle, colereux et violent.
Chez lui, il devient capricieux et autoritaire. Au cours d’une violente
■colere, il tente un jour de frapper sa mere avec une hache.
Sous la crainte d’une remontrance, il fait a cette epoque une pre¬
miere fugue. Pendant la recreation, il se sauve de l’ecole et prend le
train sans billet, sans savoir ou il va. Oblige de quitter l’ecole, il est
confle a des religieux, a l’age de treize ans. Trois jours apres, il fait
une nouvelle fugue. Arrete sur la route par les gendarmes, il est
reconduit au pensionnat d’ou bientot on le renvoie, A sa soeur, qui
demande le motif du renvoi, on repond qu’il s’agit de raisons « que
i’on ne peut expliquer a une jeune fille ».
De retour chez ses parents, il est place comme apprenti typogra-
phe. Au bout de trois mois, il doit abandonner en raison de ses trou¬
bles du comportement.
Il semble cependant qu’a cette epoque la somnolence ait disparu.
Place comme gargon de bureau dans une fabrique, il est renvoye
au bout de deux mois pour avoir « perdu » un carnet de cheques.
Il travaille alors chez un carrossier. Il reussit a y rester deux ans,
bien qu’il sabote le travail et se montre violent. Il est enfin renvoye
pour avoir voulu frapper son patron avec une piece de bois.
A dix-sept ans, il s’engage comme mousse dans la marine. On
s’apercoit a ce moment qu’il est somnambule. Frequemment il se
leve pendant son sommeil et va se coucher dans le lit de ses cama-
rades. Hospitalise a Brest, il est bientot renvoye dans ses foyers.
Vers cette epoque, pour la premiere fois, il se masturbe.
A partir de ce moment, il se livre a l’onanisme plusieurs fois par
jour.
Place chez un charron, il y reste un an, bien qu’il vole de nom-
breuses bouteilles de vin dans la cave du patron (une tous les deux
jours, avoue-t-il).
Il est ensuite employe comme plongeur dans un pensionnat, mais
trois mois plus tard il quitte cette place pour rentrer dans, la Marine
a Toulon. La, il vit seul, sans camarades, se livrant toujours a l’ona-
nisme, ne frequentant aucune femme. Ses pratiques onanistes com-
mencent a se compliquer : il s’appuie contre un mur et se hausse sur
la pointe des pieds pour cambrer ses mollets, « comme les femmes
avec leurs talons ». Il se met nu jusqu’a la ceinture.
A cette epoque, il derobe du linge. Apres trois mois de prison, il
■est renvoye chez lui.
A vingt ans, il s’engage dans les Chasseurs d’Afrique. Il fait, a
cette epoque, une vaine tentative de rapports hetero-sexuels : la vue
•d’une femme nue lui enleve tout desir.
Il est bientot reforme a nouveau pour somnambulisme. Il retourne
414 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
alors chez lui oil il gagne quelque argent en rempaillant des chaises,
puis va a Marseille et de la a Lourdes, oil il travaille comme plon-
geur. Peu de temps apres, il prend, sans billet, le train pour Paris.
Des le lendemain, il repart pour Toulouse avec Pintention de s’enga-
ger dans la Legion. Mais, arrive a Toulouse, il prefere passer en
Espagne. Il voyage dans un camion jusqu’a Biarritz, passe la fron-
tiere sans passeport, puis prend le train, sans billet, jusqu’a Saint-
Sebastien.
Il essaie de s’engager, on lui conseille d’aller jusqu’a Madrid.
Il est bientot arrete a Vitoria ou il fait cinq mois de prison. Refoule
' sur Hendaye, il se rend a Bayonne oil il est arrete en flagrant debt
de vol d’argent dans une maison particuliere. Apres quinze jours de
prison, il se rend a Pau ou il est a nouveau arrete pour vol dans un
restaurant. Apres deux mois de prison, il part pour Bordeaux oil il
monte clandestinement sur un bateau hollandais et se fait ainsi
conduire a Las Palmas. Decouvert, il est renvoye au Havre ou il vole
des papiers d’identite. Il se rend alors a Bouen ou il s’engage dans la
Legion /Etrangere. Parti en Afrique, il vole ,du linge et des effets,
passe en conseil de guerre a Oran, fait trois mois de prison et est
reforme definitivement.
Rentre en France, on s’apercoit qu’il a des papiers d’identite
hollandais et on le refoule sur la Hollande. Il reussit a gagner la Bel¬
gique. A Anvers, a la suite d’un vol de trente francs, il fait cinq mois
de prison, puis il regagne Paris, ou bientot, sous l’influence de son
fetichisme, sur lequel nous allons revenir, il se met a voler, a l’etalage,
des chaussures de femme. Ce n’est qu’apres plus de dix vols qu’il a
ete arrete.
Pendant ces six annees aventureuses, entrecoupees de nombreux
emprisonnements, ses perversions sexuelles se sont developpees et
compliquees.
Depuis Page de 17 ans, nous Pavons vu, il se masturbe avec fre¬
quence. Des ce moment, il manifeste des tendances fetichistes et
masochistes. Il a dans sa chambre des chaussures, des culottes et des
bas de femme, et s’en travestit souvent. Vers la meme epoque, ayant
mis un anneau de metal autour de sa verge, il doit faire appel a son
frere pour le faire cisailler. L’annee suivante, il se provoque une
hemorragie rectale assez importa^te en intrpduisant dans son anus
un tuyau de caoutchouc. Il prend l’habitude de coucher avec un
manche a balai qu’il introduit dans son rectum.
D’autre part, il semble avoir eu des pratiques homosexuelles, bien
qu’il les nie. Il reconnait simplement avoir eu le desir de rapports
passifs et avoir fait une tentative sans succes. Cependant, nous
savons qu’il attirait souvent des enfants dans sa Chambre « pour les
laver », explique-t-il. Son renvoi du pensionnat religieux parait
bien aussi avoir eu un motif de ce genre.
Nous avons signale son apragmatisme heterosexuel complet. Les
representations feminines, non plus que masculines, ne jouent aueun
SEANCE DU 12 MARS 1936
415
role lors de la masturbation. Seule, la contemplation de ses propres
mollets a un pouvoir- erogene. II les cambre, il' les admire, surtout
lorsqu’il est debout sur la pointe des pieds. Parfois. il les revet de
bas de femme. Plus tard, les bas lui seront indispensables.
C’est pendant son emprisonnement en Belgique qu’il reva de
chaussures feminines. II en avait deja porte jadis, mais rarement.
Aussi, des son arrivee a Paris, se met-il a en voler. II vole, parce que
les chaussures sont cheres et qu’il n’a pas d’argent pour en acheter.
II lui faut aussi en changer frequemment pour que l’excitation eroti-
que soit entretenue.
Le plus habituellement, il vole vers six ou sept heures du soir et
cache son butin sous son manteau.
Arrive. chez lui, il met des bas de femme (souvent voles aussi) de
couleur chair, et les souliers derobes. Il s’admire alors longuement,
puis sort, ainsi travesti, pour aller diner.
En rentrant chez lui, il enleve son pantalon, releve sa chemise et
se place devant une glace. La contemplation de ses mollets cambres
provoque aussitot 1’erectiqn, et la masturbation amene tres rapide-
ment l’ejaculation.
Le trayestissement est toujours reste localise aux membres infe-
rieurs. L’autoerotisme a toujours eu pour objet exclusivement ses
mollets. Jamais il n’a eu le moindre plaisir a contempler le reste de
son corps.
L’examen neurologique montre actuellement une reduction de la
mimique faciale et une diminution du balancement des bras, parti-
culieremenl du gauche, pendant la marche. On note aussi un tic
d’occlusion des paupieres et une legere somnolence. On ne trouve
aucun signe d’hypertonie musculaire. Le syndrome infun dibulaire
persiste encore actuellement. L’age mental est de onze ans.
On le voit, cette forme de perversion sexuelle est complexe :
on y retrouve indiscutablement l’auto-erotisme qu’accompagne
et complete le fetichisme.
Il ne s’agit pas la, en effet, de narcissisme veritable.
Quelques cas analogues ont etd rapportes (en dehors de l’ence-
phalite). Ils paraissent rares.
Krafft-Ebing (1) cite le cas d’une femme de 26 ans qui eprouve
une jouissance sexuelle en admirant ses jambes et ses pieds
chausses et plus particulierement le bord interne de ses pieds.
Niceforo (2) cite le cas d’un enfant qui n’avait aucun plaisir a
se masturber s’il ne voyait pas en meme temps ses propres
jambes.
Par contre, de nombreuses observations ont ete publiees con-
(1) Krafft-Ebing. — P. 623, obs. 344.
(2) Niceforo. — La Psicopatie sessuale, pp. 25-27.
416
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
cernant d’autres types de perversions sexuelles post-encephaliti-
ques et plus particulierement I’homosexualite et 1’exhibitionnisme
(Truelle et Petit, Dupouy et Abely, Heuyer et Badonnel, Fribourg-
Blanc, Humbert, Duvernoy, Hesnard, Petit, Schiff et Trelles, Qua-
ranta, etc...).
Chez notre sujet, se retrouvent a la fois les manifestations les
plus variees du desequilibre mental (fugues, instability, violences,
vols, etc., avec les caracteres habituels d’inintimidabilite et
d’inamandabilite), un ensemble important de perversions sexuel¬
les (masturbation anale, masochisme, pedophilie, homosexuality,
fetichisme et auto-erotisme).
Notons enfln que, chez notre malade, l’episode morbide initial
se place a une epoque ou la sexuality n’est pas encore fixee. Cette
derniere a done evolue directement vers les perversions sans
passer par stade d’heterosexualite normale.
L’origine encephalitique de ces troubles ne parait pas pouvoir
etre mise en doute.
M. Dupain. — Dans le Journal d’une Femme de chambre,
Mirbeau decrit un fetichiste du soulier, comparable a ce malade.
Le heros du romancier n’etait d’ailleurs pas invente. II s’agissait
d’un malade du service de Magnan dont Mirbeau ne fit que rap-
porter 1’observation.
Une forme particuliere de delire a deux chez un parkinsonien
et sa mere, par G. Heuyer et Charles Durand
Les malades Ch..., mere et fils, ont ete adresses a l’lnfirmerie
Speciale le 7 mars, sur un certificat medical du Dr Lafond,
assistant du D‘ Vurpas. Les deux malades avaient ete envoyes
a la Maison de Sante de la rue de Charonne, le 7 mars, par le
Dr Perisson. Devant le refus de la malade de rester a la Maison
de Sante du Dr Vurpas et devant l’evidence de l’alienation men-
tale, chez la mere et le fils, les deux malades furent adresses a
l’lnfirmerie Speciale, en vue d’un placement d’office.
Obs. I. — Ch. Jean, 34 ans, a ete amene a l’lnfirmerie Speciale en
compagnie de sa mere, avec le certificat suivant du D*1' Lafond :
« Debilite mentale, troubles de la sensibilite generate, interpreta¬
tions delirantes, idees hypocondriaques et de persecution : « on lui
a fait un mauvais sort, on veut le faire mourir ». Malade instable,
ne reste jamais au meme endroit pour fuir ses persecuteurs. Delire
collectif avec la mere. »
SEANCE DU 12 MARS 1936
417
Le malade se presente avec un aspect fige, replie sur lui-meme,
inerte et passif. Ses reponses aux questions sont breves sur un ton
monocorde, il se lamente sur son etat et pleure frequemment.
Antecedents hereditaires. — Pere bien portant. Morphologie ana¬
logue a celle de son tils, mais nulleraent delirant. Avec bon sens et
tristesse il se rend compte de la situation lamentable cii sa femme,
« qui dirige tout », l’a entraine. Il exerce la profession de
« hongreur-chatreur ».
Mere, 52 ans, co-delirante, element actif du delire.
Il ne semble pas y avoir d’alienes dans la famille.
Les parents n’ont pas eu d’autre enfant que Jean, qui a ete eleve
par sa mere, a iaquelle il est reste tres fixe.
Antecedents personnels. — Ch. Jean a ete a l’ecole jusqu’a 13 ans
et a obtenu le certiflcat d’etudes primaires.
Pendant la guerre il a travaille la terre avec sa mere. Il a fait son
service militaire en 1922. Il est reste 26 mois a. Chalon-sur-Saone et
dans la Ruhr. Il est revenu travailler ensuite avec sa mere jusqu’en
1930 ou 1931, date a Iaquelle il est tombe malade.
Sa mere, tres autoritaire, l’a toujours surveille, de telle sorte qu’il
est reste vierge. Il affirme n’avoir pas l’habitude de se masturber.
Histoire de la maladie et examen mental. — En 1930 il a commence a
se sentir fatigue. En 1931, le Dr R. de Limoges, chez qui sa mere l’a
conduit, lui fit une radiographie du tube digestif qui ne revela rien
d’anormal. Ses troubles augmenterent. Lui-meme n’a garde aucun
souvenir de l’episode encephalitique de mars 1932, que sa mere
decrit avec precision : « Il s’endormait partout, sur la pierre ; on
ne pouvait pas le reveiller en faisant beaucoup de bruit aupres de
lui » (sz'c).
Depuis lors, il a presente un etat psychique caracterise par un
syndrome hallucinatoire d’automatisme mental : vol de la pensee :
« on me prend tout ce que j’ai dans la tete, tout ce que je pense ».
Hallucinations auditives : « J’ai entendu toute la nuit des voix que
l’on me transmettait et qui me disaient : tu vas mourir ; je les enten-
dais comme je vous entends ». Hallucinations psychomotrices : « on
me suggfere des pensees, on me les fait venir, puis on influe sur moi,
il me vient des pensees qu’il faut que je repete, je ne suis plus dans
mes ordres et dans mes commandes. Je suis pris par les ordres des
autres et je suis coupe de moi. J’ai ete hypnotise ». Troubles cenes-
thesiques divers qui paraissent le faire souffrir beaucoup ; il les
subit passivement et se plaint : « Je ne peux pas guerir parce que
je brule en dedans par l’electricite, j’ai la poitrine cuite par les gaz
qui me dessechent tout entier, la bouche et tout ; j’ai des douleurs
profondes dans le bas-ventre » ; sensations de piqure ; pas d’halluci-
nations genitales.
Les interpretations delirantes sont tres pauvres, mal systematisees,
entierement suggerees par sa mere, sans participation active du ma-
Ann. Med.-psych., XV- sk h ik, 94e annee, t. I. — Mars 1936. 27.
418
SOCIETE MED1C0-PSYCH0L0G1QUE
lade qui dit comme sa mere : « c’est du magnetisme, de l’hypno-
tisme, de la « pichologie » ; c’est un mauvais sort qui est en nous;,
c’est la vache » ; il ne fait aucun essai d’explication et de systema¬
tisation. Sa mere lui a appris a interpreter le chant des oiseaux, mais.
il ne comprend, dit-il, que le geai ; encore semble-t-il s’agir de veri-
tables hallucinations, contrairement, comme nous le verrons, a ce qui
se passe chez sa mere : « j’entends le geai, mais c’est dans l’oreille
que l’on parle ».
Intellectuellement, il parait affaibli, mais l’etude est difficile car
les reporises sont tres lentes, faites avec peine et effort. Les opera¬
tions elementaires, addition, multiplication, restent possibles. Il
semble avoir des troubles de la memoire de fixation et d’evocatiom
Examen physique. — On constate un net syndrome parkinsonien
encephalitique. L’aspect general est fige. Pendant la marche, perte de
l’automatisme localise a droite. Hypertonie caracterisee par le signe
de la roue dentee, net a droite, ebauche a gauche. Tremblement
fibrillaire de la langue, des doigts et des paupieres.
La ponction lombaire est negative : albumine 22 centigr. ; sucre
0,49 ; pas de lymphocytose ; Wassermann, Meinicke et Benjoin
negatifs.
Le malade a ete interne avec le certificat suivant :
« Idees delirantes d’influence, Automatisme mental. Prise de la
« pensee. Hallucinations psychomotrices : « est coupe de ses or-
« dres, n’est plus dans ses ordres et ses commandes, pris par les
« ordres des autres » (sic). Idees qu’il doit repeter. Troubles cenes-
« thesiques. Electricite qui le brule ; qui desseche la poitrine, la
« bouche. Poitrine cuite par les gaz. Douleurs et piqures « dans le
« has- ventre ». Delire d’influence, d’hypnotisme et de sorcellerie
« organise par la mere, ardemment fixee a son fils. Suggestibility de
« celui-ci qui a accepte les explications fournies par sa mere. Passi-
« vite. Inertie. Reploiement. Signes de Parkinson encephalitique.
« Aspect fige. Perte de l’automatisme de la marche a droite. Roue
« dentee. Tremblement lingual, digital, palpebral. Ponction lombaire
« negative. Antecedents de sommeil invincible qui le faisait « dor-
« mir par terre » il y a 5 ans. Deambulation a travers la France,
« sous la conduite de sa mere, a la recherche d’un traitement aupres.
« des medecins, puis des sorciers, cartomanciennes, fakirs, radies-
« thesistes, etc. Exploitation du couple. » — Signe : Heuykr.
Obs. 2. — Mme Ch. Marie, agee de 52 ans, se presente d’une fa?on
correcte et repond avec complaisance a nos questions. Elle a un
debit rapide, une presentation paysanne, une debilite qui se mani-
feste dans le recit, encombre de details. Tres emotive lorsqu’elle
parle de son fils, elle pleure, sanglote ; mais elle est capable d’etre
maitresse d’elle-meme et, mise en presence de son fils, elle est calme,
douce, affectueuse et lui donne de bons conseils.
Antecedents hereditaires. — Elle est nee dans la Haute-Vienne, de
SEANCE DU 12 MARS 1936
419
parents cultivateurs. Son pere est mort a 82 ans. Sa mere, encore
vivante, a 82 ans. Elle a deux soeurs qui sont bien portantes.
II n’y a pas d’alienes dans la famille,
Antecedents personnels. — Elle est allee a l’ecole jusqu a 13 ans 1/2
et en est sortie avec le certificat d’etudes primaires. ^
Elle a travaille chez ses parents jusqu’a 17 ans 1/2. Alors elle s’est
mariee et un an* apres elle accouchait de son fils Jean. Elle n’a pas eu
d’autre enfant et n’a pas fait de fausses couches.
Son mari travaillait sur les foires et marches comme « chatreur ».
Elle s’occupait de l’exploitation de leur « petit bien » avec 1 aide
de 1 ou 2 domestiques.
Elle a quitte son village de la Haute-Vienne : en 1934 pour venir
a Paris chercher le livre de la « pichologie », — la meme annee
pour aller a Lourdes avec son fils, — en 1935 pour voir le Dr Clovis-
Vincent. Le 5 janvier 1936 elle est allee a Bersac, un village voisin
du sien, elle y est restee 1 mois 1/2 pour « faire prendre l’air a son
ills » sur les conseils du cure. Elle a quitte Bersac il y a trois semai-
nes et est venue a Paris « afln de se tirer de son voisinage ». A
Paris, elle a du changer plusieurs fois d’hotel parce qu’il y avait des
gens qui « influencjaient sur elle ». Pour obeir aux ordres du cure,
elle s’etait separee de son fils et, pendant 15 jours, elle ne l’a pas vu ;
quand elle est revenue a l’hotel ou elle l’avait laisse, on lui a appris
qu’il etait malade et avait ete transpose d’urgence a Lariboisiere.
Le mercredi 4 mars, elle est allee le chercher a l’hopital ; elle 1’a
emmene d’abord a l’hotel, puis chez le D' Perisson qui l’a adressee a
la maison de sante du Dr Vurpas, d’ou elle a ete envoyee a l’lnfirme-
rie Speciale.
Examen. — Mme Ch., paysanne limousine, a toujours cru a la sor-
cellerie et a l’envoutement. Des 1912, elle a ete persuadee qu’une
vache, vendue par un cultivateur, avait « jete le mauvais sort dans
la maison ». Le cultivateur qui avait vendu la vache avait voulu se
debarrasser de celle-ci sur les conseils d’une voyante qui lui aurait
dit : « Si vous voulez etre debarrasse de vos mauvais sorts, vendez
votre plus belle vache ». Des que l’animal a ete chez Mme Ch.,
celle-ci a ressenti des douleurs dans les jambes ; elles ont cesse seule-
ment quand elle a vendu la bete en 1915. En 1925, achat d’une nou-
velle vache, qui a apporte encore le « mauvais sort dans la maison ».
La vache a avorte peu apres son achat : « le veau etait pourri, on
n’a rien pu faire de la vache, elle boitait des qu’on l’attelait ». Un
homme qui guerissait par « le secret » est venu la voir, mais il n a
rien pu faire. C’est alors que Mme Ch. a commence a penser qu’il y
avait un « mauvais sort ». Une voisiue lui disait toujours : « vous
avez les yeux fermes ». Mme Ch. n’osait pas parler du « mauvais
sort » a la maison de peur d’etre rabrouee par son mari et son
fils. En 1929 elle a fait venir un sorcier local, pour exorciser la
maison. Son fils a traite cet homme de charlatan et n’a pas voulu
qu’il revienne. Alors elle est allee voir M. F. a Limoges et a oblige son
fils a l’accompagner, mais celui-ci n’etait pas convaincu.
420
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE
En juillet 1930, son ills a commence a etre malade, il se plaignail
de 1’estomac, de la jambe gauche « ainsi que l’avait predit la
voyante ». II est alle voir un medecin, le Dr V., qui l’a rassure et lui
a conseille de « s’amuser ». En janvier 1931, Ies troubles se sont
encore accentues, « il avait mal partout ». Mme Ch. est allee consul-
ter le Dr R., electro-radiologiste de Limoges : celui-ci a diagnostique
une dilatation d’estomac, mais a la suite il n’y a pas eu d’ameliora-
tion. Alors elle est allee seule chez Mme Flora, puis chez Mme Henry,
qui lui ont revele des « choses sensationnelles » ; elle a tout ra-
conte a son Ills malade et nettement hallucine. Celui-ci, alors, a
commence a croire a l’envoutement. Une troisieme voyante, Mme N.,
a encore ete consultee et a predit a Mme Ch. un fibrome et une ma-
ladie de foie. Quelque temps apres, elle « rendait son fibrome et sa
maladie de foie ».
C’est a ce moment qu’elle a commence a ecrire au fakir Ain Dram.
Elle n’avait pas ose le faire jusque la de peur que ces gens fassent
mourir son fils. Celui-ci tombe plus gravement malade, meme apres
etre alle trouver un cure « doue d’un pouvoir surnaturel ». Les ma¬
nifestations lethargiques etaient nettes.
En 1934, elle eut des consultations nombreuses aupres des carto-
manciennes de Limoges et elle fit des visites au Dr R. qui proposait
un traitement electrique.
En juin 1934, elle vint pour la premiere fois a Paris, afin de se
procurer le livre de la « pichologie » et demander des renseigne-
ments concernant la sante de son fils.
En octobre 1934, celui-ci 1’accompagna a Lourdes. Le malade, a
l’hotel, refusa de s’alimenter, elle le montra a un « sourcier qui tra-
vaillait avec le pendule ». Le radiesthesiste dit qu’elle avait elle-
meme un grand pouvoir magnetique, « qu’elle faisait 12 metres »,
mais, ajoute-t-elle, « je ne sais pas ce que cela veut dire ».
En mars 1935, elle est venue de nouveau a Paris pour conduire son
fils au Dv Y., a Tarah-Rey, a la « Pichologie », et a « un autre type
de la pichologie ». Elle l’amena enfin chez le sieur M., rue Daru,
qui lui fit une « etude biophysique ». Quand elle revint au pays,
son fils allait mieux, mais la « voisine a influence sur elle ». Elle
ne presenta a aucun moment de syndrome hallucinatoire ; tout se
bornait a des interpretations des gestes de la voisine, « on lui a
fait recommencer la maladie ». La machine a faucher ne mar-
chait plus parce que « des gens 1’influengaient ». Elle comprenait
le langage des oiseaux, qui parlaient en patois ; le geai « qui etait
pour elle » disait en son langage : « parle, dis ce que tu voudras » ;
la pie « qui etait pouf les sorcieres » disait : « veux-tu me pardon-
ner ? » Elle entendait les cris de ces oiseaux ; ce n’etait pas des voix
veritables, elle comprenait leur langage.
En octobre 1935, l’idee suivante lui est venue : « Va a Lourdes, ton
petit sera gueri » ; mais le geai et la pie continuaient ieurs conseils
contradictoires : « ne sors pas, disait la pie », « sors, disait le
SEANCE DU 12 MARS 1936
421
geai ». E!le se decida a aller a Lourdes et, en revenant, elle vint a
Paris. C’est dans le train qu’eik fit la connaissance de Mile C. qui
l’adressa a plusieurs cartomanciennes. Elle aurait bien voulu marier
son fils avec cette demoiselle C. parce que celle-ci est voyante et qu’elle
aurait pu le guerir.
Quand elle rentra chez elle, les vaches ne pouvaient plus tirer la
charrette. Le geai et la pie se disputaient toujours ; son fils com-
mencait a comprendre le langage des oiseaux, dont l’un lui disait :
« on va te promener jusqu’a ce que tu sois creve » !
Le 5 janvier 1936, voyant qu’il n’y avait plus rien a faire, que le
pere ne voulait pas « vendre le bien » et se decider a s’en aller, elle
partit a Bersac avec son fils et au bout d’l mois 1/2, elle vint a
Paris. On lui avait dit : « tant que vous serez chez vous, cela conti-
nuera ». Le jour ou elle est partie, le geai lui a dit en patois : « va
Pen chez toi » ; elle l’a compris dans son . cri ; « cra-cra » . La pie
a repondu. Alors Mme Ch. s’est decidee a venir a Paris.
Depuis qu’elle est a l’Infirmerie, « on lui a fait penser a la mort
de son petit, mais elle n’entend plus le geai et la pie », puisque, dit-
elle, je ne les vois plus ; je ne les entends que lorsque je les vois.
Dans- ses papiers, on trouve toute une serie de documents indi¬
quant les diverses consultations qu’elle a demandees aux cartoman¬
ciennes, aux voyantes, aux sourciers, aux « pichologues ». Nous les
avons classes en plusieurs categories :
1° les papiers relatifs aux diverses consultations medicales, ordon-
nances du Dr R. electro-radiologiste de Limoges ; adresses de divers
medecins de Paris,
2° les papiers religieux qui viennent presque tous de Lourdes,
indulgences, images saintes, priere pour 1’exorcisme contre Satan.
3° la correspondance abondante avec demoiselle C. qui semble
avoir exploite les malades.
4° les papiers relatifs a la sorcellerie et la « pichologie » de beau-
coup les plus nombreux :
a) une etude biophysique faite par M. M., rue Daru, cout de 1’etude
300 fr, ; rayons modules 800 fr.
b) nombreux horoscopes du fakir Ain Dram, correspondance qui
date de 1931.
c) Gours oriental complet d’influence personnels et de suggestion
hypnotique, 6 livrets, cout 300- fr.
d) correspondance avec la « psychology Foundation » de Bruxel¬
les avec achat du « systeme complet d’influence personnels et de
guerison ». cout du livre : 900 fr.
e) 2 recettes manuscrites contre le mauvais sort.
Le mari de la malade nous dit que, depuis 4 ans, elle a depense^
dans ses visites aux sourciers et autre,*} sorciers, plus de 80.000 fr.
L’exainen physique est negatif. Le pouls est a 112.
S0C1ETE MED1C0-PSYCH0L0GIQUE
422
Mme Ch. a ete internee avec le certiflcat suivant :
« Idees delirantes de persecution, d’influence et de sorcellerie
« organisees' autour d’un syndrome hallucinatoire d’automatisme
« mental, d’origine encephalitique chez son fils, malade depuis
« 6 ans. Conviction absolue de 1’envoutement. Suggestibilite de debile
« paysanne qui accepte depuis 1912 les explications fournies par les
« sorcieres du village dans tous les evenements facheux survenus
« dans la maison et sur le « petit bien », avortement des vaches,
« mort des veaux, maladies personnelles, accidents, enfin maladie
« du fils survenue il y a 5 ou 6 ans. Fixation passionnee de la mere
« au fils, autoritarisine maternel; suggestibilite, passivite du fils
« qu’elle a toujours dirige. Imperantisme qui s’exercait dans la mai-
« son devant la faiblesse desesperee du pere. Utilisation de la for-
« tune familiale a des voyages a travers la France, a des visites a
« des cartomanciennes, des fakirs, des radiesthesistes, etc. Plusieurs
« voyages a Lourdes, a Paris. Dernier voyage a Paris a la recherche .
« des ressources fournies par la « Pichologie » (sic). Fils hospita-
« lise d’urgence a Lariboisiere et dont elle a exige la sortie. Rencon-
« tre providentielle d’un medecin averti qui a decide 1’entree dans
« une maison de sante, puis a l’lnfirmerie. Gaspillage de plus de
« 80.000 francs, dit le pere, dans Sexploitation du couple par les
« divers charlatans. » — Signe : Heuver.
Commentaires. — L’observation que nous rapportons nous
parait presenter un triple interet :
1° Le malade Ch. Jean presente un automatisme mental tres
complet, avec hallucinations auditives, prise de la pensee, hallu¬
cinations psychomotrices et psychiques ; troubles cenesthesi-
ques, dont l’origine encephalitique ne parait point faire de
doute. Le syndrome parkinsonien est net. II y a eu parallelisme
dans l’apparition des troubles psychiques et du syndrome neu-
rologique. En 1932, quand la mere a conduit son fds au Dr R., de
Limoges, celui-ci lui a parle de « somnambulisme » et de « cata-
lepsie ».
A noter que le syndrome d’automatisme mental est a peu pres
pur. Le malade n’a organise aucun delire, il a accepte les expli¬
cations qui lui ont ete fournies par sa mere, il subit passive-
ment les sensations penibles qui lui sont imposees. 11 s’agit done
d’un syndrome d’automatisme mental a forme d’influence,
comme nous en avons deja rapporte plusieurs observations,
notamment avec Le Guillant et avec Lagache. Des observations
analogues ont ete rapportees par MM. Marchand et Courtois.
Du point de vue doctrinal, il est toujours interessant de mon-
trer l’origine nettement organique du syndrome d’automatisme
SEANCE DU 12 MARS 1936
423
mental et, en la circonstance, toutes les explications psycholo-
giques et phenomenologiques sur la production du syndrome
hallucinatoire par des perturbations de la personnalite, nous
paraissent inoperantes et superllues.
2° II est remarquable que, si le fils presente un syndrome d’auto-
matisme mental a peu pres pur, par contre, la mere apporte sa
■collaboration dans l’organisation du delire de persecution, d’in-
fluence et de sorcellerie. Elle-meme n’est point hallucinee, mais
depuis plus de 30 ans, cette paysanne limousine, qui croit a la
sorcellerie, a tou jours rapporte au « mauvais sort » les evene-
ments facheux qui sont survenus dans sa famille et sur son
« petit bien ». Des 1912, elle attribue a une vache, vendue par
un cultivateur qui voulait s’en defaire, quelques facheux inci¬
dents qui sont arrives : la vache a avorte, Mme Ch... a eu des dou-
leurs dans les jambes, probablement d’origine rhumatismale ;
c’est la vache qui avait apporte le « mauvais sort », celui-ci s’est
dissipe quand la vache a ete vendue. Plus tard, pendant la guerre,
une autre vache a ete achetee : deux veaux de la ferme sont
morts, preuve manifeste de la sorcellerie. Mme Ch... a l’habi-
tude de consulter les cartomanciennes, les voyantes, les diseu-
ses de bonne aventure, nombreuses au pays limousin.
En 1931, son fils tombe malade, il a des douleurs a l’estomac,
il s’endort sans raison, il a mal a la tete, il a des sensations
etranges. Normalement, elle le conduit a un medecin de Limoges,
specialiste de la radiologie. Le gar$on est radiographie, mais on
ne constate rien d’anormal. Le Dr R... parle de somnambulisme,
de catalepsie. Une sorciere consultee a donUe le maitre-mot :
« C’est de l’envoutement. » Des lors, l’action du medecin est
devenue inutile. La mere est allee de sorciere en voyante, elle a
consulte des sourciers ; elle n’a pas neglige non plus l’essai du
miracle : elle a conduit son fils a Lourdes. Devant 1’echec de
toutes ces tentatives, elle a recours aux voyants, aux fakirs, dont
les annonces s’etalent dans les journaux quotidiens. Elies leur a
ecrit, ilS ont repondu. Elle a achete tres cher leurs horoscopes,
leurs conseils astrologiques, leurs journaux de metapsychie. Elle
s’est adressee jusqu’en Belgique, ou « La Psychology Fondation »
lui a vendu 900 francs un livre de psychologie.
La mere n’a qu’une pensee, guerir son enfant. Dans la maison,
elle est habituee a commander. Le mari, qui exerce, dans les
marches, la profession de hongreur-castreur, est souvent absent :
brave homme et mari tres faible, il remet a sa femme tout l’ar-
gent de la maison. Mme Ch... le depense en voyages : elle est allee
deux fois a Lourdes, trois fois a Paris ; en achats de livres, cor-
424
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
respondances avec les fakirs, les specialistes de la metapsychie
et de la radiesthesie. Elle disparait sans meme prevenir son
mari. Celui-ci a du bon sens, il assiste desesperement au desas-
tre, il essaie de persuader sa femme qu’elle a tort, qu’elle est la
victime de charlatans ; elle reagit par de la colere, des injures,
elle traite son mari de « canaille » et est prete a l’accuser de
complicite dans la maladie de son fils. A ce point de vue, la con¬
frontation qui a ete faite a l’lnfirmerie Speciale fut dramatique*
par l’eclat de l’hostilite de la femme contre son mari qui sanglo-
tait. Despotique dans la maison, elle n’obeit qu’aux ordres des
sorcieres ; l’une lui dit d’aller passer quelques jours a Bersac,.
elle y reste 3 semaines sans que son mari soit prevenu. La, elle
recoit le conseil d’aller a Paris, et de se separer de son fils pen¬
dant un certain temps : elle part aussitot, place son fils dans un
hotel, va vivre dans un autre ; dans l’intervalle, le patron de
I’hotel, en presence de l’evidente maladie de son locataire, le fait
transporter a Lariboisiere. La mere revient, apprend l’hospitali-
sation, se rend a l’hopital, exige la sortie de son enfant. Sur les.
conseils de l’hotelier, elle va consulter le D‘ P..., neurologiste
averti qui reconnait l’etat pathologique des deux malades et les
envoie a la Maison de Sante du D' Vurpas. Celui-ci, en l’absence
de toute famille responsable, avise la Prefecture de Police en vue
d’un placement d’office.
A l’lnfirmerie, 1’attitude de la mere et du fils est caracteristi-
que. La mere n’a qu’une pensee ; guerir son fils par tous les
moyens ; elle est attachee passionnement a lui. La fixation est
d’ailleurs reciproque et le fils a peur que sa maladie se trans-
mette a sa mere.
L’automatisme mental hallucinatoire, produit chez le fils par
une encephalite, est reste quasi a l’etat pur. Il a accepte passive-
ment les explications donnees par sa mere ; spontanement,
il n’a reagi que par des lamentations et des pleurs. Le delire
a ete organise, systematise par la mere, dont les croyances
a la sorcellerie etaient anciennes et elle a trouve facilement
des aliments a son delire dans les explications donnees par les
sorcieres du voisinage. Il y a chez elle un etat delirant, une
conviction absolue ; c’est elle qui a ete l’element actif de la
psychose, du delire et des consequences : elle a dirige les voyages
et les tentatives de traitement dans tous les milieux.
Sans doute, on peut parler ici de delire a deux, mais il s’agit
plutot d’une psychose chronique d’influence en deux person-
nes. D’une facon quasi -experimentale, la psychose d’influence
« psychose mixte », comme le delire de persecution, est disso-
SEANCE DU 12 MARS 1936
425
ciee en ses deux elements : automatisme mental et construction
delirante, represents par deux personnages distincts, unis par
un tel attachement affectif que cette « psychose en deux per-
sonnes » a garde son unite.
3° Enfin, il nous est impossible de ne pas souligner le
role nefaste et anti-social de tous les charlatans, sorcieres,
voyantes, sourciers, radiesthesistes, fakirs, cartomanciennes et
metapsychiques, qui ont exploit ce couple, lui ont escroque plus
de 80.000 francs et ont ruine la famille. Les reclames de ces
praticiens illegaux de la medecine s’etalent dans tous les jour-
naux : elles constituent de veritables escroqueries, qui s’exer-
cent tou jours au detriment de malades.
II n’est pas de semaine qu’a I’lnfirmerie Speciale, nous ne
constations des faits de ce genre. Au cours des delires confluence*
des delires spirites, des delires mystiques, etc., les malades s’adres-
sent spontanement a tous les charlatans specialises qui les exploi¬
ted et les volent.
II nous semble que la Societe medico-psychologique pourrait
prendre 1’initiative d’un voeu pour demander que des mesures
soient prises contre cette forme particuliere de l’escroquerie.
M. Vurpas. — Quand ces deux sujets sont venus a ma consulta¬
tion, la mere avait encore sur elle 10.000 francs qu’elle offrait a qui
desenvouterait son fds. Celui-ci etait tellement inanitie par la
diete que lui imposait sa mere pour eviter l’empoisonnement
que sa bouche etait pleine de muguet.
A la suite de la proposition de M. Heuyer, la Societe designe une
Commission composee de MM. Claude, Courbon, Guiraud, Heuyer,
Marchand, Rayneau et Vurpas chargee d’etudier l’opportunite et la
redaction d’un voeu a adresser aux pouvoirs publics pour assurer la
protection des malades contre de telles manoeuvres.
La seance est levee a 11 h. 45.
Les Secretaires des seances ,
P. Ab£ly et P. Carrette.
426
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Seance du lundi 23 mars 1936
Presidence : M. VURPAS, president
En ouvrant la seance, M. Vurpas, president, souhaite la bienvenue
au professeur Henrique Roxo, de Rio de Janeiro, membre associe
etranger d£ la Societe medico-psychologique, qui assiste a la seance.
Adoption du proces-verbal
Le proces-verbal de la seance du jeudi 13 fevrier et le proces-verbal
de la seance du lundi 24 fevrier sont adoptes.
Deces de M. le Professeur L. Bouman
M. Vurpas, president, fait part a la Societe du deces de M. le Profes¬
seur L. Bouman, d’Utrecht, membre associe etranger de la Societe
medico-psychologique depuis le 30 mai 1927, et exprime a sa famille
et aux psychiatres hollandais les sentiments de condoleance emue de
la Societe.
Correspondance
M. Paul Courbon, secretaire general. — La correspondance manus-
crite comprend :
une lettre de Mile le D' Andree Deschamps, Medecin-directeur de
Pasile de Rodez, qui remercie la Societe de l’avoir elue membre cor-
respondant national ;
une lettre de M. le Dr Alberto Brochado, de Porto, qui remercie la
Societe de l’avoir elu membre associe etranger ;
une lettre de M. le Dr Mans, Medecin-chef a l’asile de Leyme (Lot),
qui demande a faire partie de la Societe au titre de membre corres-
pondant national. La Societe designe une Commission composee de
MM. Roger Anglade, Guiraud et Paul Abely, rapporteur, pour , exami¬
ner cette candidature : le vote aura lieu a la seance du lundi 27 avril
SEANCE DU 23 MARS 1936
427
COMMUNICATIONS
A propos des lesions du fond de l’oeil chez les paralytiques
generaux. traites par la tryparsamide, par M. L. Marchand.
Depuis la derniere seance de la Societe, il est paru, dans le
fascicule de fevrier 1936 des Archives of Neurology and Psychia¬
try, p. 420, un travail de Bookhammer, medecin de l’Hopital
psychiatrique de Philadelphie intitule : Atrophie du nerf opti-
que dans la demence paralytique ; ses relations avec le traitement
par la Tryparsamide. Comme ce sel arsenical a une composition
chimique tres voisine du stovarsol, j’ai pense qu’il etait interes-
sant de rapprocher les conclusions de ce travail de celles que
je vous ai exposees sur le meme sujet le 12 mars dernier.
L’etude de cet auteur porte sur un groupe de 262 paralytiques
generaux. Sur ce nombre, 79, soit 30,1 %, presentaient, avant le
traitement, des alterations du fond de l’ceil. Parmi eux, 53, soit
20,2 %, etaient atteints d’une lesion du nerf optique ; 10 avaient
une atrophie complete ; 9 une atrophie partielle ; 34 un debut
d’atrophie. Chez les autres 26 sujets, soit chez 9,9 %, on notait
seulement une legere decoloration papillaire. Un premier point
important a relever est cette frequence, aux Etats-Unis, des
lesions du fond de l’ceil chez des paralytiques generaux qui
n’ont encore recu aucun traitement arsenical. Le pourcentage
depasse de beaucoup le notre qui etait seulement de 11,3 %
(13 sujets sur 115).
Parmi ces 79 paralytiques generaux avec alteration du fond
de l’oeil, l’auteur traita seulement les 26 malades qui etaient
atteints d’une legere decoloration papillaire ; 9 presentment des
symptomes d’atrophie optique.
Sur les 183 malades qui avaient un fond de l’ceil normal avant
le traitement, 10, soit 5,4 %, furent atteints d’atrophie du nerf
optique au cours du traitement.
Ce pourcentage est plus faible que le notre qui est de 12,6 %,
mais nous faisons rentrer dans ce groupe les cas d’atrophie
papillaire apparue apres la cessation du traitement qui ne peut
etre incrimine.
De ses constatations, Bookhammer admet que l’atrophie du
nerf optique dans la demence paralytique depend de l’atteinte
syphilitique et que la tryparsamide ne semble pas avoir une
afflnite speciale pour ce nerf, mais doit agir indirectement en
428
SOCIETE MEDIC0-PSYCH0I.0G1QUE
stimulant le processus latent pathologique. II est evident que>
d’apres leur statistique, l’enorme pourcentage des paralytiques
generaux atteints de lesions papillaires avant tout traitement
plaide en faveur de cette interpretation.
Pour cet auteur, le symptome d’alarme le plus important
consiste en la diminution de l’acuite visuelle avec visions, de
taches sombres et d’eclairs. Cette consideration differe de nos
observations ; chez nos sujets, dont l’alteration du fond de l’oeil
survint au cours du traitement au stovarsol, la lesion papillaire
est apparue avant la diminution de l’acuite visuelle.
Methodes speciales de traitement des maladies mentales,
par M. Henrique Roxo (de Rio-de-Janeiro).
Resume. — M. le Professeur Henrique Roxo, titulaire de la chaire de
Psychiatrie Clinique de l’Universite de Rio-de-Janeiro, expose ses
methodes speciales de traitement des maladies mentales, en particu¬
lar par les extraits fluides.
Dans son service de la Clinique Psychiatrique passent chaque annee
a peu pres 2.000 malades, tous traites par lui.
Dans la confusion mentale, quand il y a insuiflsance hepatique, il
emploie 1’extrait fluide de cainca. Daps la psychose alcoolique, il em-
ploie le Capsicum annuum qui est le poivre des jardins et qui guerit
tres rapidement. Dans l’opiomanie, il present l’herbe bouton ; dans la
schizophrenic, le houblon, la laitue et le mulungii avec Viodure de cal¬
cium; dans le delire episodique et dans tous les delires hallucinatoires,
les injections de valerianate d’atropine ; dans les etats maniaques, le
sirop de chloral avec de 1 ’ergotine ; dans les etats melancoliques, le
damiane, medicament qui donne la joie; dans la psychose d’involution,
Vextrait de testicule, meme pour les personnes du sexe feminin, en
employant le gardenal avec la dionine, le cratsegus et la jusquiame
quand il y a anxiete ; dans 1’arterio-sclerose cerebrale, Yabacatier avec
Viodure, Varseniate de soude et le glycerophosphate de soude ; dans la
syphilis cerebrale, il prefere le bismuth, mais il n’emploie jamais
l’association avec le soufre qu’il considere comme un excitant du sys-
teme nerveux ; dans la demence senile, I’abacatier et la paripadoba, en
dehors de l’iodure; dans la paralysie generale, la malariatherapie,
jamais le mercure ; dans l’epilepsie le gardenal avec la jusquiame et
la belladone ; dans l’hysterie, le simulo et le mulungii ; dans la neuras-
thenie, jamais la kola ni la strychnine, mais de preference Vovo-leci-
thine, Vextrait de cerveau, 1 ’or colloidal et le glycero-phosphate de
magnesie, en utilisant le houblon et la laitue quand il y a des troubles
de la cenesthesie, le Veratrum viride dans le nevrosiSme cardiaque, la
Nectandra amara avec le Cannabis, la jusquiame et la belladone dans
SEANCE DU 23 MARS 1936
429
le nevrosisme intestinal ; 1 ’Echinacea angustifolia, la jusquiame et la
muirapuana dans le nevrosisme sexuel ; dans les oligophrenies, la thy¬
roid e, le thymus, la glande pineale et le 91b.
II preconise la therapeutique par le travail et les distractions. En
certains cas il utilise la psgcho-analyse, en employant surtout la
methode de la sublimation.
Cyclothymie et dysendocrinie. Essai de traitement d’un cas,
par M. J. Rondepierre (1).
La psychose maniaco-depressive etant consideree par divers
auteurs et notamment, en France, par MM. X. et P. Abely, comme
due a un hyperfonctionnement du lobe anterieur de 1’hypophyse,
il nous a paru interessant de vous presenter un ancien maniaque
paraissant presenter un hypofonctionnement de cet organe et
dont la maladie semble avoir ete favorablement influencee par
des injections d’antelobine.
Le « primum movens » de la mani'e ne serait-il pas un dys-
fonctionnement plutot qu’un hyperfonctionnement du lobe ante¬
rieur de l’hypophyse ?
Une seule observation ne saurait trancher ce debat, du moins
permet-elle, croyons-nous, de poser la question.
Il s’agit d’un malade de 30 ans, interne a 1’age de 20 ans par l’lnflr-
merie speciale a l’occasion d’un acces de confusion mentale apparu au
moment du deces de sa mere, morte de tuberculose pleuro-pulmonaire.
Il est ensuite considere, a tort, comme un debile mental alcoolique
et est transfere en 1927 a Fains, avec ce diagnostic.
Des le certificat de quinzaine (24-2-27), la sortie est envisagee par le
Dr Maupate, mais, en aout 1927, brusquement, survient un acces d’agi-
tation intense et jusqu’en 1934 il ne.peut plus etre question de liberte
parce que, au minimum tous les six mois, surviennent des acces mania-
ques dont certains sont d’une intensite remarquable. Il semble d’ail-
leurs s’y ' ajouter un certain . degre de confusion mentale et l’on
soup£onne des hallucinations auditives. En 1929 notamment, traite par
les bains prolonges, le malade met de 1’eau dans sa bouche et la crache
sur le personnel ; en cellule il se barbouille avec ses matieres, se coiffe
de son vase de nuit rempli d’urine, refuse la nourriture certains
jours.
L’insomnie est complete.
(1) Les conditions dans lesquelles nous .travaillons actuellement ne nous
permettraient de mentionner qu’une bibliographic fort incomplete. Nous
nous en exeusons aupr.es de tous ceux qui publient sur cet interessant sujet.
430
SOC1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Mais ces acces durent rarement plus de huit a dix jours ; le plus
souvent ils durent quatre a cinq jours.
Tres rarement I’acces d’agitation est remplace par un acces depres-
sif avec torpeur, obnubilation, refus partiel d’aliments, mutisme,
gatisme.
Entre ces acces le sujet est absolument normal, lucide, poli, timide,
un peu renferme mais s’occupant utilement.
II ne nous a ete donne d’observer personnellement qu’un seul de ces
acces d’agitation, il nous a paru caracteristique (euphorie, farces,
sifflements, chants, insomnie).
Somme toute un seul diagnostic a discuter, semble-t-il, si l’on met en
doute la psychose maniaco-depressive : bouffee delirante polymorphe
des degeneres de. Magnan, etant donne surtout que le sujet presente des
stigmates dystrophiques.
On sait que pour mon maitre, M. le Professeur agrege Levy-Valensi,
cette affection n’est autre chose qu’un acces maniaque rendu atypique
par un fonds de debilite mentale.
Mais notre malade n’est pas un debile mental.
Demence precoce au debut ? Hypothese insoutenable, etant donne '
la marche de la maladie et la tres longue duree des remissions par rap¬
port aux acces psychopathiques.
Les reactions de Bordet-Wassermann, Meinicke et Kahn sont nega¬
tives dans le sang. II n’existe aucun signe de tuberculose.
En janvier 1934, examinant ce malade, nous sommes frappes par son
aspect gynandro'ide : absence de moustache et de barbe, peau tres fine,
disposition feminine des poils du pubis qui sont tres fins (triangle a
base superieure), membres arrondis, bassin plus large que normale-
ment, tres legere gynecomastie double, enfin surtout testicules atro¬
phies (de la grosseur d’une noisette).
Le sujet n’a jamais eu les oreillons.
II se masturbe environ tous les quinze jours et il a des ejaculations
assez abondantes. Peu avant son internement il aurait eu des rapports
sexuels normaux.
Nous pensons alors aux correlations hypophyse anterieure et testi-
cule et nous nous demandons si l’hypophyse de notre malade fonc-
tionne normalement.
Bien qu’assez sceptiques a l’egard de cette methode, nous nous pro-
posons de demander, a un homme de laboratoire tres serieux, un exa-
men interferometrique ; il nous sera repondu :
« Fonctionnement normal du testicule ».
« Hypofonction de l’hypophyse anterieure » (1).
(1) Nous avons actuellement dans le service un autre malade, dement
paranoi'de, presentant une gynecomastie considerable avec verge infantile,
atrophie des testicules, absence de barbe et moustache, et disposition femi¬
nine des poils du pubis. L’examen interferometrique a donne, pour lui,. les
resultats suivants : fonctionnement normal de l’hypophyse anterieure et
du testicule.
SEANCE DU 23 MARS 1936
431
Le dernier acces maniaque date de janvier 1935.
On institue a ce moment (en plein acces maniaque) un traitement
par l’antelobine, non a cause du resultat (1), — tres discutable, — de
l’examen interferometrique, mais en raison de l’insuffisance testiculaire
objectivement constatee et sur laquelle nous pouvons esperer avoir une
action par 1’intermediaire de 1’hypophyse, etant donne la synergie de
ces deux glandes.
L’acces tourne court, mais il est vraisemblable qu’il ne s’ag'it que
d’une coincidence puisque les acces anterieurs n’etaient jamais longs.
Depuis un an le malade a repu seulement (pour des raisons indepen-
dantes de notice volonte), 3 series de 6 ampoules d’aritelobine et 5 series
de dix ampoules d’extrait orchitique.
La guerison se maintient parfaite depuis quatorze mois.
La moustache a pousse legerement.
II n’a pas ete constate la presence de spermatozoides dans le pro-
duit de l’ejaculation.
L’examen interferometrique qui vient d’etre pratique (21 mars 1936)
indique un fonctionnement normal de 1’hypophyse anterieure et du
testicule.
Pour Zondek, on le sait, la manie serait liee a I’hypobromemie ;
et, pour Kuranami Teikichi (2), l’injection de lobe anterieur
d’hypophyse ferait augmenter le taux du brome du sang, mais
cette derniere opinion est contredite par de nombreux auteurs.
En resume, depuis 14 mois que ce traitement a ete com¬
mence, les crises d’excitation maniaque qui revenaient tous les
six mois au moins, n’ont pas reparu.
Nous ne nous faisons pas d’illusions sur la valeur presente de
cette observation, on nous objectera facilement qu’il peut s’agir
de coincidence, de remission spontanement plus longue que de
coutume, c’est pourquoi nous abstenons-nous, actuellement, de
conclure.
Nous nous proposons de suivre ce malade et de vous le repre¬
senter si sa guerison se confirme.
Peut-etre, au fond, cette observation n’est-elle pas tellement
en contradiction avec l’hypothese attribuant les acces maniaques
a un hyperfonctionnement du lobe anterieur de 1’hypophyse ;
en effet — en supposant encore une fois qu’il ait quelque valeur
— notre examen interferometrique indiquant un hypofonction-
nement de cette glande a ete pratique quatre mois apres l’acces,
(1) II n’etait pas encore, a ce moment, en notre possession.
(2) Cite par le Prof. C.-E. Urechia et Mme Retezeanu (Cluj Roumanie),
dans un article de la Presse Medicate du 1" mai 1935 : « Nouvelles recher-
ches sur le Brome sanguin. »
432
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
rien ne prouve qu’il n’aurait pas decele un hyperfonctionnement
lors de l’etat maniaque.
Ce renversement dans l’activite d’une glande n’est pas une
simple supposition et nous avons presente ici-meme, avec notre
maitre M. le D1 2 Simon (1) un malade porteur d’un syndrome pres-
que identique traduisant un hypofonctionnement de l’hypophyse
anterieure et qui, reforme pour exiguite de la taille (1 m. 50),
avait grandi, entre 23 et 24 ans, d’une trentaine de centimetres,
accroissement soudain qu’il faut bien interpreter comme la tra¬
duction d’un hyperfonctionnement de l’antehypophyse.
Mon maitre, M. le Professeur Claude, a d’ailleurs, avec Bour¬
geois, .Masquin et Cuel (2), publie les resultats de l’examen anato-
mo-pathologique de ce meme malade et sa communication se
termine par ces lignes :
« II faut noter, en effet, que le propre des syndromes glandu-
« laires est d’apparaitre par phases irregulieres, suivant des
« alternatives d’hyper et d’hypoactivite de l’une ou l’autre glande.
« Chez un individu porteur d’un syndrome d’hypertension
« intra-cranienne, on vit apparaitre d’abord une phase d’hyper-
« sexualite se traduisant par une vie genitale intense, puis une
« phase de frigidite, puis une phase ou le myxcedeme s’installa.
« A l’autopsie, on constata que, sous l’influence de l’hypertension,
« son hypophyse s’etait ratatinee. »
II est certain, en tous cas, que l’excitation sexuelle des mania-
ques cadre beaucoup mieux avec l’hypothese d’un hyperpituita-
risme anterieur.
M. Paul Ab6ly. — La presentation de M. Rondepierre est par-
ticulierement interessante pour mon frere et moi qui, depuis
plusieurs annees, etudions par des procedes successifs les rap¬
ports du fonctionnement hypophysaire et de la psychose mania¬
que depressive, plus specialement dans sa forme maniaque. II
appairait de plus en plus que l’hypophyse est en relation directe
avec l’hypothalamus, lequel est le centre neuro-vegetatif supe-
rieur et qu’elle est la glande maitresse des autres glandes endo-
crines. A la suite de nos recherches biologiques, nous avons
fait egalement des essais therapeutiques. Nos resultats ne concor-
dent pas avec celui presente par M. Rondepierre. L’injection
(1) Th. Simon et Rondepierre. — EJebile affaibli avec syndrome eunu-
choi'de. Ann. Med.-Psych., oct. 1930, p. 232.
(2) H. Claude, P. Bourgeois, P. Masquin et Cuel. — Syndrome pluri-
glandulaire tardif (presentation de pieces). Ann. Med.-Psych., juin 1931,
p. 40. L’hypophyse presentait des lesions, d’ailleurs discretes.
SEANCE DU 23 MARS i936
433
d’extraits hypophysaires totaux anterieurs ou posterieurs n’ont
en rien modifie le cours de l’acces et cela dans un sens quelcon-
que. II en fut de meme de l’ionisation transcerebrale. Peut-etre
les doses employees etaient-elles insuffisantes ? Peut-etre la prepa¬
ration du lobe anterieur d’hypophyse n’est-elle pas encore par-
faite ? Peut-etre aussi, s’il s’agit d’un hyperfonctionnement, cette
therapeutique est-elle, au contraire, contre-indiquee ?
Nous n’avons pas encore essaye un traitement preventif dans
la periode intercalaire.
Nous nous proposons d’agir sur l’hypophyse par des procedes
differents : par la radiotherapie et surtout par la diathermie dont
l’efficacite peut etre relativement controlee par la spectroreducto-
metrie. Nos recherches sont dans ce sens. En revanche, nous
avons obtenu, dans les acces maniaques, d’interessants resultats
par les extraits thyroidiens administres par la voie hypodermi-
que. Nous nous proposons de publier prochainement un impor¬
tant pourcentage de succes en essayant d’en donner une expli¬
cation biologique.
II importe, avant de tenter une etude biologique et une thera¬
peutique rationnelle, d’etre absolument certain du diagnostic
psychiatrique. Les vrais intermittents de la psychose maniaque
depressive ne sont pas si frequents qu’on pourrait le supposer
au premier abord.
Souvent, apres un assez long temps d’observation, apres la
precision des commemoratifs, il faut eliminer des malades pris
d’abord pour des periodiques vrais : tels des schizophreniques
intermittents a type pseudo-maniaco-depressif, et surtout des
etats de desequilibre affectif du type sympathicotonique qui rea-
gissent par des etats d’apparence cyclothymique. Chez de tels
malades, quelquefois l’hypophyse peut avoir d’heureux effets a
la faveur de reactions pluriglandulaires qui peuvent modifier les
reactions sympathiques. Je me demande si le malade de M. Ron-
depierre qui, a l’age de 20 ans, a ete interne a la suite d’une
confusion mentale consecutive a un choc emotif tres important,
ne rentre pas dans cette categorie.
M. Xavier Ab£ly. — Je desirerais aj outer deux arguments en
faveur de la these que nous soutenons.
1° Rondepierre base surtout son appreciation de l’hypofonc-
tionnement hypophysaire sur l’atrophie testiculaire et l’insuffi-
sance sexuelle de son malade. C’est la une deduction bien contes¬
table. II est grossierement vrai que l’hypophyse anterieure exerce
une action stimulante sur la glande genitale et que, par conse-
Ann. Med.-psych., XV' serie, 94e ANNEE, t. I. — Mars 1936. 28.
431
SOCIETE MED1CO-PSYCHOLOGIQUE
quent, 1’insufflsance hypophysaire peut se traduire par une insuf-
fisance genitale. Mais c’est la une vue trop simpliste. En realite,
l’hypophyse possede surtout un role de regulation de toutes les
glandes endocrines. Tout exces de secretion d’une de ces glandes
entraine la diminution de la stimuline hypophysaire correspon-
dante. En revanche, toute diminution de la secretion de la meme
glande entraine l’hyperproduction de la stimuline hypophysaire.
La castration experimentale, chez l’animal, est suivie d’une aug¬
mentation de la secretion hypophysaire. II n’y a done aucune
incompatibility entre 1’atrophie genitale et l’hyperfonctionne-
ment hypophysaire.
2° Quant aux resultats therapeutiques obtenus a l’aide d’injec-
tions d’extraits antehypophysaires du commerce dans la psychose
intermittente, ceux-ci sont vraiment sujets a caution. On pense
bien que nous avons voulu connaitre l’action de ces injections
chez les maniaques. De multiples essais ne nous ont pas permis
d’en tirer une conclusion pratique. II n’existe pas en France, pas
plus qu’a l’etranger, d’extraits commerciaux d’hypophyse ante-
rieure qui ne soient d’une impurete manifeste. Des tentatives
therapeutiques plus concluantes n’ont pu etre pratiquees qu’a
l’aide de l’urine de femmes enceintes. L’opotherapie par injec¬
tions antehypophysaires n’est done pas au point et il faut etre
tres reserve sur son action reelle. Mais il y a plus : l’adminis-
tration prolongee d’hormone d’hypophyse anterieure determine
1’apparition dans le sang d’anticorps, d’antihormones specifiques.
On peut done determiner un freinage de la secretion hypophysaire
par 1’injection d’extraits hypophysaires et obtenir un resultat
contraire a celui que l’on croit provoquer. Cette propriety spe-
ciale aux hormones antehypophysaires a ete exploitee pratique-
ment dans la maladie de Basedow.
L’interessante observation de M. Rondepierre ne nous parait
pas presenter un argument decisif contre notre conception de
la manie liee a l’hypersecretion antehypophysaire.
M. Rondepierre. — Je demande a M. P. Abely de me faire
confiance pour le diagnostic, ce sujet a ete, durant un an, a mon
service comme domestique, il ne s’agissait certainement pas
d’un schizophrene.
J’ai employe l’antelobine Byla, les doses ont certainement ete
insuffisantes, mais ce produit, indiscutablement, agit ; je 1’ai uti¬
lise avec succes chez une femme mariee depuis sept ans et qui a
pu enfin avoir un enfant grace a la regularisation de ses mens-
trues, resultat que la folliculine seule n’avait pu obtenir.
SEANCE DU 23 MARS 1936
435
Paralysie gtnerale et hemorragie meningee : un cas
d’hematome intra-arachno'idien, par MM. Donnadieu et Bargees.
II est classique et exact de dire que les lesions d’origine vascu-
laire, dont les signes caracterisent la syphilis cerebro-spinale,
sont exceptionnelles dans la meningo-encephalite diffuse de type
paralytique. On a fait, de cette opposition, un element de diagnos¬
tic : sa valeur differentielle n’est pas absolue. Periodiquement,
quoique rarement, on rapporte des exemples de ramollissement
cerebral au cours de 1’evolution de la paralysie generale, surtout
au debut. Moins frequentes encore que les lesions malaciques, sont
les hemorragies qui constituent un accident exceptionnel. Les
meningees pures nous retiendront seules dans cette breve etude.
Du fait de leur localisation et de leur aspect clinique, ces
hemorragies meningees peuvent etre :
soit sous-arachno'idiennes veritables,
soit sous-durales proprement dites, au sens de la classifica¬
tion habituelle des accidents de cet ordre, c’est-a-dire sus-jacentes
aux espaces sous-arachnoidiens et sous-jacentes a la dure-mere.
Toutes sont une rarete, le plus souvent decouvertes a l’autop-
sie.
a ) Les epanchements sous-arachnoidiens, auxquels l’un de
nous a consacre sa these de doctorat (Bordeaux, 1931), sont les
moins souvent signales dans la paralysie generale. Targowla, a
la Societe Medicale des Hopitaux de Paris, le 29 octobre 1926, leur
a consacre une etude et en a rapporte deux cas survenus a la
phase pre-symptomatique de la meningo-encephalite.
Ils se rencontrent ainsi au debut de l’affection dont ils consti¬
tuent le premier accident episodique saillant, ont une symptoma¬
tology classique, mais d’ordinaire fruste, un pronostic favora¬
ble, posent les memes problemes pathogeniques que nous signa-
lerons plus loin, enfin peuvent avoir l’interet de faire decouvrir
le processus meningo-encephalitique inconnu jusque-la.
b) Les hemorragies sous-durales sont constitutes essentielle-
ment par la pachymeningite hemorragique, la seule que les trai-
tes classiques signalent comme complication eventuelle, mais
rarissime, de la paralysie generale. Les psychiatres connaissent
bien 1’aspect clinique et anatomique de cet accident pour le ren-
contrer dans d’autres circonstances etiologiques. Trenel (pachyme¬
ningite hemorragique et hematome intra-arachnoidien : Societe
clinique de Medecine mentale, 18 janvier 1926), l’a differenciee
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
d’une autre variete d’hemorragie sous-durale qu’il propose d’ap-
peler 1’hematome intra-arachno'idien, qui se differencierait, d’une
part, du raptus sous-arachnoidien par l’enkystement et l’absence
d’irruption de sang dans les espaces sous-arachnoidiens avec
integrite du liquide cephalo-rachidien ; d’autre part, de la
pachymeningite par l’aspect de la dure-mere indemne des lesions
classiques.
C’est un fait de ce genre, survenu chez un paralytique general
senile, que rapportait Marchand le 15 novembre 1926 a la Societe
clinique de Medecine mentale (Hemorragie intra-arachnoidienne
enkystee chez un malade atteint de paralysie generale senile) et
que represente l’observation ci-dessous.
Observation : Pr... Charles, sujet tchecoslovaque, 38 ans, entre a
l’hopital neuro-psychiatrique de Ber-Rechid, le 9 mai 1935, venant de
1’hopital Jules-Colombani de Casablanca.
Celibataire, le malade vivait seul et l’on ne sait rien de son passe
pathologique : il semble cependant que sa sceur ait ete internee en
Tchecoslovaquie et qu’il ait presente pendant la guerre une commo¬
tion cerebrale.
De meme, l’histoire de sa maladie ne nous est fournie que par
l’enquete de la police. II se trouvait depuis un an sans travail par suite
de ses troubles mentaux, tenait des propos incoherents, se pretendait
grand ingenieur, decrivait des inventions bizarres. Plusieurs fois, il
s’etait presente dans un magasin de chaussures, essayant tous les Sou¬
liers et promettant de les payer lorsqu’un carnet de cheques lui serait
remis par la banque ou il avait ses millions. Il allait acheter des voi-
tures automobiles dont il ne prenait pas livraison, cherchait a emprun-
ter de l’argent en promettant des remboursements mirifiques. Un jour,
ayant re?u une certaine somme d’un compatriote, il va acheter les
cigarettes les plus cheres et les distribue dans la rue aux Arabes.
Les diverses recherches biologiques, pratiquees le 8 mars 1935 a
l’hopital Jules-Colombani, ont donne les resultats suivants :
Sang : Bordet-Wassermann tres faiblement positif.
Liquide cephalo-rachidien :
Cytologie : 34 elements par mm3 (lymphocytes).
Albumine : 0 gr. 57.
Pandy : positif.
Bordet-Wassermann : positif (+ + + + ).
Benjoin colloidal : 02222.22220.00000.0 (Dr Jobard).
Le malade est alors impalude le 8 mars (Dr Pierson). En raison du
mauvais etat general, la malariatherapie est interrompue apres le hui-
tieme acces et le transfert a l’hopital neuro-psychiatrique decide.
A son entree, Pr... se prcsente comme un grand paralytique general.
SEANCE DU 23 MARS 1936
Facies euphorique et niais, muscles faciaux atones, dysarthrie extre-
mement marquee.
Les idees de grandeur sont nombreuses et incoherentes : il est inge-
nieur, mecanicien, architecte, l’automobile qu’il voit vaut 300.000 fr„
le prix de la sienne qui fait 500 metres a I’heure..., il est riche, a 10 mil¬
lions, gagne beaucoup d’argent grace a son invention de tapis-dyna¬
mite pour les banques : « ...C’est un tapis qu’on place devant la caisse,
explique-t-il ; quand le voleur vient, il touche un bouton et le courant
passe : 400 volts ! ca explose ! le voleur monte au plafond et il ne reste
qu’un squelette... » ; si l’architecte sait y faire, cette invention lui
rapporte un milliard.
Il a invente des protege-jambes en platine : comme son oncle a des
mines dans l’Oural, ce metal ne lui coute rien. Il veut s’occuper de
politique, reunir tous les pays ensemble et se faire Arabe pour avoir
beaucoup de femmes, car ses besoins genesiques sont grands (cent rap¬
ports au moins par nuit).
A l’examen physique : pupilles en myosis ne reagissant ni a la lu-
niiere ni a 1’accommodation ; tremblement marque de la langue, des
levres et des mains ; reflexes rotuliens vifs des deux cotes surtout a
droite ; reflexe achilleen faible a droite, nul a gauche.
On note par ailleurs un oedeme intermittent du membre inferieur
gauche, sans lesion squelettique radiologiquement decelable.
Le 14 mai, on institue un nouveau traitement pyretotherapique : jus-
qu’au 26 juin le malade recoit 9 injections de sulfosine a 2 0/0 et a des
doses croissantes. La temperature maxima est
Le 30 juin, on injecte 0 gr. 50 de Stovarsol ; le 4 juillet, 1 gr. du meme
produit.
Le 6 juillet, apres l’heure de la sieste, le malade ne se leve pas.
L’inflrmier lui parle ; il regarde l’air hebete mais ne repond pas. Tem¬
perature : 37°.
Le 7 juillet l’etat est le meme. Pas de paralysie des membres qui pre-
sentent une contracture legere mais generalisee. Le malade, tenant une
peche dans une main et une ciragette dans l’autre, veut allumer la
peche a 1’allumette. Pas de flevre. Le soir, ne peut plus avaler.
Le 8 juillet, coma complet et mort a 17 heures.
Autopsie : A l’ouverture du crane, la dure-mere frontale droite
apparait violacee, sus-jacente a une masse fluctuante qui a repousse
et d^prime le lobe frontal droit. A Tincision, il s’ecoule deux grands
verres de sang liquide, qui se trouvait contenu dans la region fronto-
parietale droite entre la dure-mere en dehors, une membrane limitante
en dedans qui n’est pas la pie-mere mais semble l’arachno'ide. La pie-
mere est epaissie, adherente au cerveau qu’elle dechire si on veut la
decoller. La dure-mere n’offre pas de lesion macroscopique.
Les deux lobes frontaux sont symphyses a hauteur du pole. On ne
note pas, au niveau du plancher du quatrieme ventricule, d’epaississe-
ment pie-merien.
438
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Commentaires. — Malgre l’absence d’examen histologique,
absence imputable a des causes independantes de notre volonte
et dont nous nous excusons, nous avons cru bon de vous pre¬
senter cette observation, non seulement parce qu’elle constitue,
du fait des facteurs etiologiques, une veritable curiosite anatomo-
clinique, mais encore par les problemes pathogeniques qu’elle
permet d’envisager.
II ne convient pas de discuter l’existence de la meningo-ence-
phalite, dont nous avons des preuves biologiques et anatomiques
et d’imputer a l’hematome tous les troubles psychiques : celui-ci
ne fut qu’un accident terminal d’une vesanie evoluant depuis de
longs mois.
II est plus interessant de se demander si l’hemorragie n’est pas
consecutive a une cause morbide surajoutee (intoxication, trau-
matisme, etc.). Le trauma peut etre formellement rejete ; quant
a quelque intoxication, on n’en eut aucune notion et l’examen
du sujet n’a pas oriente vers semblable hypot'hese. On ne peut
done retenir, dans l’etude etiologique, que le processus meningo-
encephalitique d’origine syphilitique et les traitements subis, en
premier lieu, la malariatherapie. Le fait que notre malade ait
subi cette methode permet, une fois de plus, de discuter des rap¬
ports de la malariatherapie et de certaines lesions rencontrees
apres son administration, ce qui pose le probleme du mecanisme
de son action. Transforme-t-elle, coniine l’ont pretendu Gerst-
mann, Straussler et Koskinas, etc., un processus paralytique en
processus syphilitique ? Bien des arguments histologiques et
cliniques (Spielmeyer, Jaurregg, Ducoste, etc.) contredisent
pareille hypothese.
Quoi qu’il en soit, des faits comme celui que nous avons obser¬
ve meritent d’etre verses aux debats.
M. Marchand. — Les hemorragies intra-arachnoidiennes ou
sous-durales ne sont pas communes au cours de la paralysie
generale. Dans les rares cas que j’ai eu l’occasion d’observer
depuis celui que viennent de citer les auteurs, j’ai constate que
1’atherome des arteres meningees s’associait aux lesions de la
paralysie generale de sorte qu’il est difficile de preciser si la rup¬
ture vasculaire est due a l’atherome ou a une arterite specifique.
M. Bargues. — Nous n’avons pas trouve de lesion atheroma-
teuse chez notre malade.
SEANCE DU 23 MARS 1936
439
Le butyl-ethyl -barbiturate de sodium dans le traitement
du delirium tremens, par MM. Baugues et Grimal.
L’utilisation des barbituriques dans le traitement du delirium
tremens n’est pas nouvelle. La these de Quenee (Paris, 1926),
inspiree par Ramond, contient une interessante mise au point
et une bibliographie de la question, a propos de l’emploi du
di-ethyl-allyl-isopropyl-barbiturate de diethylamine ou somnifene..
A l’occasion de recherches experimentales, que nous rappor-
terons ulterieurement, sur un des produits de la meme famille :
le butyl-ethyl-barbiturate de sodium (specialise sous le nom de
Soneryl), et en raison des effets interessants donnes par ce corps
en clinique generale, nous l’avons utilise dans les etats de grande
agitation et plus particulierement dans un certain nombre de cas
de delirium tremens. Ce sont les resultats obtenus que nous
avons cru bon de vous rapporter.
Respectant une appellation defectueuse, mais du moins repan-
due, nous entendons, par delirium tremens, la confusion men-
tale onirique aigue avec flevre, d’origine alcoolique, dont nous
avons l’occasion d’observer un nombre important de cas dans
un service ou l’alcoolisme (tant aigu que chronique) a motive en
1935 25 % des entrees et ou les malades nous parviennent direc-
tement sans sejour d’observation prealable. Outre la frequence
de cet accident, on sait sa haute gravite essentiellement imputa¬
ble aux complications encephaliques et a la defaillance myocar-
dique. On connait bien, d’autre part, les alterations organiques
profondes, notamment hepato-renales, qui l’accompagnent et
jouent un role primordial dans sa production : les auteurs anciens
les signalaient, les methodes biologiques recentes en ont donne
la preuve materielle. Enfin, il est classique d’insister sur l’agita-
tion extreme qui motive les extenuantes luttes du malade cami¬
sole, l’activite desordonnee de celui que l’on abandonne en cham-
bre d’isolement
Ces trois elements sont de nature a necessiter une therapeuti-
que qui joigne, a une activite maxima, une toxicite minima. Nous
ne rappellerons pas les nombreux traitements qui furent propo¬
ses depuis l’ellebore, que le berger Melampe employa, dit-on,
pour guerir d’un delire furieux les biles de Proteus, roi d Argos,
jusqu’a la strychnotherapie qui semble avoir la preference d un
grand nombre de psychiatres. Simplement desireux de vous
exposer une methode, nous ne discuterons pas davantage la
440
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
valeur respective de ces procedes parmi lesquels ceux qui ten-
dent a provoquer un bienfaisant sommeil nous paraissent pre¬
ferables.
Le Soneryl a fait, depuis sa decouverte par Carnot et Tiffeneau
(1922), l’objet de frequentes etudes, tant cliniques qu’experimen-
tales. II nous a retenu par sa faible toxicite, sa grande mania-
bilite, c’est-a-dire l’importance de l’ecart entre la dose d’activite
et la dose toxique (que l’on designe par le rapport T/A : 2,57,
chiffre le plus eleve des derives usuels de la serie barbiturique),
la facilite de son dosage et de son emploi. II se presente en
ampoules scellees contenant un gramme de produit actif qu’il
convient de dissoudre dans 20 centimetres cubes d’eau distillce.
Apres divers tatonnements, et par analogie avec la posologie
chirurgicale, la dose choisie fut de un centigramme et demi
(0,015) de produit actif par kil'og de poids du sujet (il y a cinq
centigrammes par centimetre cube de la solution). Des doses infe-
rieures ne donnent pas le resultat recherche et la dose toxique,
d’apres les donnees experimentales, serait de neuf centigrammes
par kilog.
Au cours de l’injection, pratiquee dans une veine du pli du
■ coude avec une grande lenteur, en 3 a 5 minutes, soit environ
4 centimetres cubes a la minute, ou quelques minutes plus tard,
le sujet s’endort. Le sommeil est, d’ordinaire, profond et calme,
d’une duree moyenne de 4 a 6 heures. Nous n’insisterons pas
sur ses caracteres qui sont identiques a ceux que l’on a decrits
pour les narcoses chirurgicales legeres : les reflexes tendineux
notamment, que nous avons systematiquement explores, sont
abolis pour reparaitre au moment du reveil, le reflexe corneen
est tantot present, tantot absent, du cote respiratoire, le rythme
est regulier, la frequence et 1’amplitude diminuees.
II convient de ne pas mobiliser le malade, de le maintenir dans
une piece silencieuse, dans une atmosphere chaude et de profi¬
ler de son calme pour lui faire les medications utiles : serum
physiologique ou glucose, extraits hepatiques (Mattel), etc. Nous
insistons particulierement sur la necessity de pratiquer des
injections toni-cardiaques (huile cainphree, cafeine ou autre) :
nous avons 1’habitude d’administrer, par exemple, de l’huile
camphree au debut de la narcose et quatre heures plus tard.
D’heure en heure, on assiste a une chute de Thyperthermie.
Au bout du temps indique, le malade s’eveille progressivement :
nous en profitons pour lui donner des boissons abondantes.
Apres quoi, d’ordinaire, il s’endort a nouveau pendant un certain
nombre d’heures (6, 8, 10 ou merne davantage). Ce sommeil est
SEANCE DU 23 MARS 1936
441
le prelude de la guerison qui se fait selon les modalites habi-
tuelles : tout se passe comme si ce second episode avait ete le
sommeil spontane de l’alcoolique, dont on sait le pronostic
heureux.
Dans des cas tres rares, l’agitation et l’onirisme reparaissent
au premier reveil : on pratique alors une nouvelle injection d’une
dose egale a la moitie de la premiere, soit sept milligrammes et
demi (0,0075) par kilog de poids du sujet. Jamais nous n’avons
eu a employer une troisieme injection, la seconde ayant tou jours
donne le resultat recherche.
Bien que ce procede ait ete utilise dans un nombre deja impor¬
tant de cas et chez des individus porteurs de tares viscerales
graves, notamment hepato-renales, nous n’avons eu a deplorer
ni incident, ni accident. Tou jours, il est vrai, les malades ont ete
l’objet d’une surveillance tres stricte, plus particulierement en ce
qui concerne l’etat cardio-vasculaire, rechauffes et rehydrates :
toutes precautions qui nous paraissent primordiales, et dont
l’experience clinique comme l’experimentation animale, nous ont
montre l’importance.
Nous rapportons ci-dessous, a titre d’exemples, quelques-unes
de nos observations choisies a dessein parmi celles ou les malades
presentaient des alterations hepatiques massives.
Observations (tres resumees) :
N» 4586. — T... Pierre, ouvrier de chai, 48 ans, entre au quartier
d’alienes le 23 octobre 1935 pour des troubles mentaux datant de
3 jours.
On ne releve dans ses antecedents que la notion d’exces de vin et
d’inhalations importantes d’alcool, car il est prepose au nettoyage des
cuves dans une distillerie, et une longue histoire d’insuffisance hepa-
tique.
Les troubles actuels sont appariis dans la nuit qui a suivi une chute
de bicyclette n’ayant entraine que des lesions cutanees insigniflantes.
Consistant au debut en un simple onirisme nocturne, ils se sont progres-
sivement aggraves jusqu’a realiser l’etat qu’a 1’entree on decrit de la
fa?on suivante : « ...Syndrome typique de grand delire alcoolique
suraigu avec confusion mentale profonde et onirisme tres actif, agita¬
tion intense, flevre elevee (40°5), sueurs profuses, tremblement... Etat
general mauvais. Pronostic reserve... »
On note qu’il existe un subictere conjonctival, un foie tres augmente
de volume debordant largement le rebord costal, des hemorragies-gingi-
vales et des petechies.
A 18 heures, le malade, qui n’a pu boire depuis son admission, repoit
un gramme de Soneryl intra-veineux (il pese environ 75 kilos) et imme-
412
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
diatement apres 10 centimetres cubes d’huile camphree et du serum
physiologique sous la peau. Le sommeil, survenu au cours de l’injection,
dure jusqu’a 3 heures. A ce moment le malade boit abondamment et
.s’endort a nouveau. La temperature, qui est progressivement descen-
due d’heure en heure, est de 37°5 le 24 au matin.
Le second jour, T... reste somnolent et ne sort de sa torpeur que
pour avaler ce qu’on lui presente.
Le troisieme jour, a la visite, la temperature est 37°4. Pas de trem-
blement. Confusion importante mais disparition de l’onirisme. La gue-
rison est survenue en quelques jours par la regression rapide des signes
confusionnels.
N° 4605. — L... Denis, cultivateur, 35 ans, entre au quartier d’alienes
le 30 novembre 1935.
Sans antecedent morbide notable, il fait depuis cinq ans des exces
de boisson (3 a 4 litres de vin chez lui, des aperitifs et des liqueurs au
cafe).
On note a 1’entree : « ...Syndrome confusionnel avec onirisme d’ori-
gine alcoolique, survenu en apparence spontanement et en evolution
depuis deux jours (dit etre dans un hotel de Mezin, rend compte a son
■colonel des faits du service...). Fievre (38°), sueurs, tremblement, signes
d*insuffisance hepatique, atteinte polynevritique legere des membres
inferieurs, mauvais etat general... »
A 13 h. 30, regoit 80 centigrammes de Soneryl (pese 50 kilos envi¬
ron). Sommeil immediat. Therapeutique adjuvante a 1’ordinaire. Reveil
vers 20 heures de courte duree, puis nuit calme. Le 1" decembre, au
matin, temperature 37°6, malade agite et onirique comme a 1’entree
depuis quelques heures. A 10 heures, injection intra-veineuse de
50 centigrammes de Soneryl. A la suite, jusqu’au lendemain soir, alter-
nance de sommeil et de somnolence permettant seulement la prise
spontanee de liquides en abondance.
Le 3 decembre, fievre, sueurs et tremblement ont disparu. II ne per-
siste qu’uri etat confusionnel, d’ailleurs rapidement regressif. Gue-
N° 4606. — E... Eugene, comptable, 39 ans, entre au quartier d’alie-
nes le 1" decembre 1935.
Sans antecedent pathologique qu’une pleuresie banale a l’age de
16 ans, boit sans exces, notamment du vin. A assiste a un mariage il
y a quelques jours.
Les troubles mentaux ne sont apparus que la veille de l’admission.
On note a 1’entree : « grand delire alcoolique aigu avec agitation in¬
tense et onirisme tres actif. Raptus panophobique au cours duquel il
a fait, il y a quelques heures, une tentative de suicide par plaies pro-
fondes du cou a l’aide d’un crochet, et tire des coups de feu. Fievre
(38° 6), sueurs, tremblement, etc... »
Dans les premieres heures du sejour asilaire, l’etat s’aggrave progres-
SEANCE DU 23 MARS i936
sivement, l’agitation est de plus en plus vive. A 19 heures, injection de
1 gramme de Soneryl. Sommeil sans interruption jusqu’au lendemain
durant lequel on administre comme a l’ordinaire liquides et toni-car-
diaques.
Le 2 decembre, somnolence continue. Temperature 37°6.
Le 3, au matin, il ne persiste plus que la croyance en la realite des
phenomenes oniriques, qui va disparaitre rapidement. Guerison.
L..., 38 ans, chef de train a la Compagnie du Midi, hospitalise dans
une clinique chirurgicale de la ville. Alcoolique ancien, jaloux, cole-
reux et violent, presente une cirrhose du type Laennec en evolution
debutante (petit foie, rate percutable, ballonnement abdominal conside¬
rable avec legere ascite, circulation veineuse collaterale...). A subi la
veille, sous anesthesie locale, l’ablation au niveau de la paroi abdomi-
nale d’une veine dilatee genante : l’intervention aurait ete rapide et
facile.
Des le soir, apparition d’un syndrome confusionnel avec onirisme
dont Fintensite va en croissant progressivement.
Le 8 janvier 1936, a midi, temperature 38°7, agitation vive, langue
rotie, etat general grave.
A 13 heures, injection de 1 gramme de Soneryl, puis 10 centimetres
cubes d’huile camphree et 4 centicubes d’extrait hepatique. Sommeil
immediat durant lequel on continue la therapeutique adjuvante. Baisse
de Thyperthermie.
A 20 heures, reveil et reprise de l’agitation. On injecte 40 centigram¬
mes de Soneryl.
Toute la journee du 9, la nuit du 9 au 10 et la matinee de ce jour,
alternance de sommeils profonds, de courts reveils et de somnolence.
Le 10 a midi, il n’existe au reveil complet que quelques signes confu-
sionnels.
Retour rapide a l’etat mental anterieur et sortie de la clinique chi¬
rurgicale.
C’est pour eviter d’alourdir a l’extreme cet expose que nous
n’avons pas rapporte d’autres observations. Toutes celles que
nous pourrions ajouter ne feraient que repeter les caracteres
principaux que Ton retrouve dans les cas ci-dessus.
Conclusions. — En resume, le butyl-ethyl-barbiturate de
sodium ou Soneryl nous a donne, dans la cure du delirium tre¬
mens, a condition d’observer la posologie et la therapeutique
adjuvante que nous avons indiquees, des resultats interessants
qui nous ont paru dignes de vous etre rapportes et de nature a
conseiller l’emploi de ce produit.
444
SOCIETE MED1CO-PSYCHOLOGIQUE
Statistique du service de psychiatrie d’urgence de la Pitie :
role des services ouverts des hdpitaux, par MM. Laionel-
Lavastine et Georges d’HEucQUEViLLE.
Nous avons l’honneur de verser au dossier des services psychia-
triques ouverts, la statistique de notre Service de psychiatrie
d’urgence de la Pitie ( Pavilion Charles-Quentin) . Nous nous bor-
nerons aux chiffres des trois dernieres annees, 1933, 1934, 1935,
annees posterieures a la disparition prematuree de Pierre Kahn,
qui avait defendu, en son temps, les resultats de ce service dont
il etait l’animateur.
Le nom de Pierre Kahn demeurera attache a l’histoire de ce
pavilion psychiatrique. II en assuma la charge pendant plus de
quinze ans, et, la veille meme de sa mort (1932), il y visitait
encore ses malades. Il l’avait organise presque au debut du fonc-
tionnement de la Nouvelle Pitie.
On se rappelle que cet hopital, construit sur les plans de
1’architecte Rochet, conforme aux exigences de l’hygiene et de la
therapeutique a cette epoque, entra en service en 1912 (1). Les
•plans prevoyaient un pavilion d’isolement pour agites, repon-
dant au voeu magistralement exprime ici par Regis, et speciale-
ment pour les hopitaux parisiens par Le Gendre (2) et Tou¬
louse (3).
La plaquette, editee par l’Assistance publique a l’inauguration
de la Nouvelle Pitie, montre que 1’Administration a voulu reser¬
ver un pavilion isole aux agites des autres services, pavilion de
10 lits pour 480 lits de Medecine, 280 de Chirurgie, 90 de Mater-
nite, soit 1 lit d’agite pour 85 hospitalises.
A l’origine, le Pavilion Charles-Quentin devait etre place, a
tour de role, sous la responsabilite des divers chefs de services,
medecins et chirurgiens, puis medecins seuls. Mais, parmi ces
derniers, Josue (4) en prend bientot toute la charge, et l’Admi-
nistration y affecte specialement Pierre Kahn a titre d’assistant
de psychiatrie.
Depuis lors, le Pavilion Charles-Quentin n’a cesse d’etre rat-
tache, sous la direction de Pierre Kahn, au 4e service de la Pitie ;
service de Josue, devenu en 1924 service de l’un de nous, qui
l’amenagea en « Centre de Neurologie et de Psychotherapie ».
L’ensemble, ainsi constitue, par les consultations, les salles et
le pavilion, avait, selon le Rapport annuel de l’Assistance publi¬
que de 1926 (5), dans ses deux premieres annees, donne 1.273
consultations, regulierement suivi, 258 malades externes, hospi¬
talise 119 d’entre eux, prononce 108 internements.
SEANCE DU 23 MARS 1936
445
L’evolution, si conforme au mouvement des idees, qui a ainsi
rapproche le pavilion d’isolement du service de neurologie voisin,
a recu la sanction administrative sous la forme d’une galerie les
reliant : a l’origine, le pavilion etait isole de toutes parts, sous
reserve d’un acces au souterrain de ronde.
C’est d’ailleurs la seule retouche notable qu’il a subi depuis
1912.
Le Pavilion Charles-Quentin se trouve en retrait de l’aligne-
ment des services de medecine, a 15 metres environ derriere la
cantine. II prend acces, de plain-pied, par un vestibule, sur lequel
s’ouvrent : d gauche, le cabinet medical et le bureau de la sur-
veillante, a droite la cuisine et le laboratoire (transforme a pre¬
sent en couloir d’acces au service de neurologie).
De l’extremite du vestibule parlent deux rampes, l’une ascen-
dante, l’autre descendante, qui conduisent aux deux etages de
chambres d’isolement superposees. Cette disposition ne donne
pas l’impression, quelque peu penitentiaire, qu’on pourrait crain-
dre a la description : elle permet la surveillance d’une partie
des chambres du vestibule meme. Chaque etage comprend 5
chambres d’isolement, entierement nues et ripolinees, de 4 metres
de longueur, 3 metres de largeur, 3 metres 50 de hauteur, soit un
cube d’air de 4 2 metres cubes. La chambre est eclairee par un
chassis metallique encastre dans la paroi, garni de verre epais,
incassable, de surface lisse, malheureusement assez eblouissant
au soleil ; aeree par un vasistas arme, manoeuvre du dehors ;
chauffee par un radiateur place sous une tole arrondie dans un
angle. Un large jour de glace incassable est pratique dans la
porte.
Depuis trois ans, nous reservons l’etage superieur aux mala-
des relativement calmes, reposant la nuit. Les malades turbulents,
insomniques, ou difflciles, sont places a l’etage inferieur : le lit,
seul mobilier, est scelle dans 3 chambres sur 5, amovibles dans
les 2 autres, afln que l’on puisse y laisser l’agite sur de simples
matelas.
Mouvement. — Le Pavilion Charles-Quentin a recu :
en 1933 .
en 1934 . .
en, 1935 .
soit une moyenne par an de .
une moyenne par an et par lit de .
312 malades entrants
337 «
301 «
317 malades
32 malades
416
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
II faut rapprocher ce chiffre du chiffre correspondant du grand
sevice ouvert parisien, YHopital Henri-Rousselle. Celui-ci a
recu (6) :
en 1933 . 4.538 malades entrants
en 1934 . 4.384 «
soit une moyenne de . 4.461 «
dans ses 200 lits,
soit une moyenne, par an et par lit, de 22 malades.
M. Crouzon (7) (8), pour son service ouvert de 55 lits a la Sal-
petriere, donne le mouvement suivant :
en 10 ans (1923-1933) . 3.456 malades
soit en moyenne par an . 375 malades
moyenne par an et par lit : . 6 malades
A l’Hopital Tenon, dans les 5 lits reserves aux agites, ont defile,
pendant une periode de 21 mois (janvier 1922-octobre 1923) (9) :
295 malades.
soit une moyenne par an de . 168 malades
moyenne par an et par lit de . 33 malades
Dans le service d’isolement de Lariboisiere, qui comprend
8 lits, M. de Massary et son eleve du Souich (10) (11), ont publie
les chiffres suivants :
pour une periode de 4 ans . 897 malades
soit par an . 224 malades
moyenne par an et par lit de . 28 malades
Ces diverses statistiques illustrent l’activite des services de
psychiatrie des hopitaux de Paris, et du notre en particular, acti¬
vity loin d’etre negligeable.
Leur mouvement parvient a depasser meme le mouvement de
l’Hopital Henri-Rousselle (32 malades par an et par lit dans notre
Pavilion Charles-Quentin, contre 22 a YHopital Henri-Rousselle ).
II suffirait de 14 services comme le notre dans 14 hopitaux pari-
siens pour absorber le volume annuel des hospitalises de 1’Hopi-
tal Henri-Rousselle.
Recrutement. — Le Pavilion Charles-Quentin recrute, en
principe, comme tous les services d’isolement psychiatrique des
Hopitaux, ses malades dans les diverses salles de Medecine, Chi-
rurgie et Maternite de I’Hopital. Parmi celle-ci, le voisinage des
deux services suivants lui vaut un apport un peu particulier :
1° Le service N" 4, dirige par l’un de nous et organise en
SEANCE DU 23 MARS 1936
447
service de Neurologie et centre de psychotherapie : il confie air
Pavilion d’isolement Charles-Quentin de nombreux malades,
relevant de la neurologie organique et de l’endocrinologie, au
cours d’episodes ou de raptus psychiatriques : acces anxieux ,
onirisme, tentatives de suicide, etc...
2“ Le service N" 5, equipe en service de Neuro-chirurgie par
M. Clovis Vincent, qui pourvoit notre Pavilion en confusions:
mentales d’origine lesionnelle (traumatismes et tumeurs), et ea
excitations consecutives aux operations sur Vencephale.
Des autres services, nous recevons la clientele habituelle de
psychiatrie hospitaliere. On serait embarrasse d’en apporter une
statistique precise a l’entree au pavilion, en raison du polymor-
phisme des tableaux psychiatriques observes, de leur intrication
avec les etats organiques traites dans les salles. Mais on classe.
sans possibility de discussion, la plupart de ces sujets dans les-
categories suivanfes, par importance numerique decroissante :
1° d’abord, des alcooliques en etat de delire subaigu, soit spon-
tane, soit secondaire a un traumatisme, une operation chirurgi-
cale, ou une pneumonie, ou toute affection medicale ;
2° des affaiblis seniles ou arterio-sclereux, traites pour une
affection aigue, qui ont presente de la turbulence nocturne ;
3° des paralytiques generaux encore meconnus, hospitalises,
pour une affection intercurrente, qui se revelent par leur excita-
4° des puerperales avec syndrome maniaque ou confusionnel,,
des sujets atteints d ’affections pulmonaires aigues avec confusion,,
des asystoliques obnubiles.
Par suite de l’insuffisance de nos lits par rapport aux deman-
des des autres services, nous sommes en mesure de refusei un
recrutement qui a trop longtemps sevi dans les services de
psychiatrie hospitallers : sinon, les « enrages » que Tenon (12)
deplorait deja, en 1788, de voir colloquer avec les alienes de
l’Hotel-Dieu, mais naguere encore les sujets atteints de tetanos,
de crises comitiales sans obnubilation permanente, d’affection^
douloureuses (cancer, paraplegies, nevrites, nevralgie faciale),
les incontinents par lesion organique, et surtout les agomsants.
En principe, le Pavilion Charles-Quentin n’admet que les.
seuls malades deja hospitalises dans les autres services de la
Pitie. En fait, cette regie se trouve tournee par necessite.
Ainsi, la plupart de nos alcooliques ont'sejourne quelques
heures a peine dans les services qui les adressent, ou lls etaient
entres pour le traitement d’un traumatisme ou d’une pneumonie.
448
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
cause occasionnelle de faeces delirant. Les seniles sont conduits
a l’hopital par leurs enfants, a l’occasion d’une vague infection
ou intoxication qui exagere leur turbulence, au-dela de la patience
de ces derniers : des la premiere nuit, le service de garde les
transfere au Pavilion d’isolement.
De meme, nombre de deprimes, admis par la consultation du
service de Neurologie, se revelent anxieux des leur entree en
salle, et leur traitement doit etre entrepris au Pavilion Charles -
Quentin. Enfin, l’admission en salle reste fiction administrative
pour les nombreux malades, adresses par d’autres hopitaux
depourvus de pavilion psychiatrique. Et aussi pour les catego¬
ries suivantes, qtii entrent directement de la ville : toxicomanes,
epileptiques en etat de mal, anxieux venant de commettre une
tentative de suicide et prets a renouveler leur geste, sujets dans le
coma a la suite d’une tentative de suicide par empoisonnement
barbiturique ou opiace, intoxication oxy-carbonee, noyade, pen -
daison, stranyulation, defenestration, plaie arterielle, etc...
Ainsi s’etablit, par necessity, un recrutement direct, tres com¬
parable a celui de l’Hopital Henri-Rousselle. Nombre de medecins
de ville y recourent, et nous ne cherchons nullement a les en
dissuader, certains d’offrir, dans notre Pavilion Charles-Quentin
comme a l’Hopital Henri-Rousselle, toutes garanties du point de
vue de la therapeutique et de la securite.
S£jour. — Le reglement general des salles de Medecine s’appli-
que, sans aucune disposition speciale, au Pavilion Charles-Quen¬
tin. Les portes des chambres ne sont verrouillees qu’a 1’heure de
la visite medicale, sauf le cas des alcooliques en plein delire et
des sujets consignes par l’autorite judiciaire. On visite librement
les malades aux heures habituelles (1 a 3 heures), sauf toutefois
les toxicomanes qui, en entrant, ont renonce expressement aux
visites. La correspondance est libre et cachetee.
Seuls les affaiblis et les confus ne disposent pas du couvert
complet. Sauf contre-indication medicale, les malades du pavil¬
ion recoivent le regime alimentaire commun. Nous nous recon-
naissons le droit d’alimenter les malades a la sonde : c’est l’in-
terne ou l’externe du service qui l’administre ; leur premier acte,
en prenant leurs fonctions, est de se familiariser avec cette
technique.
Nous n’admettons, par autre derogation a l’usage hospitalier,
aucune discussion, ni avec nos malades, ni avec leurs families
quant a l’opportunite des soins et examens presents, en parti-
culier de la ponction lombaire. Cette ferme jurisprudence nous
SEANCE DU 23 MAKS 1936
449
parait la contre-partie de la faculte, ouverte a tout protestataire,
de quitter le service en signant sa pancarte : dans ces trois
annees, ni pour les alimentations artificielles, ni pour les ponc-
tions lombaires, nous n’avons recueilli aucune reclamation.
Signalons encore la regie institute pour les admissions et les
sorties. Au cours des trois dernieres annees, jamais un lit n’a ete
laisse vacant sans qu’un entrant, qui attendait la vacance, l’ait
aussitot occupe. Pour lutter contre une telle plethore, nous avons
du consigner en permanence l’un de nos 10 lits, qui demeure
toujours pret a recevoir un malade urgent,' Des que ce lit se
trouve ainsi immobilise, un malade, designe a l’avance pour
l’internement, le retour en salle ou la sortie, doit aussitot libe-
rer le sien.
Compte tenu de cette regie, la duree moyenne du sejour dans
notre Pavilion s’obtient en divisant le nombre de journees offer-
tes dans l’annee par 9 lits (365 X 9 = 3.285), par le nombre de
malades entres dans l’annee.
La duree moyenne du sejour a ete :
en 1933 de . 10 jours et 12 heures.
en 1934 . 9 jours et 20 heures.
en 1935 . 10 jours et 20 heures.
soit en moyenne : . 10 jours et 10 heures.
On observera que, malgre la plethore des malades qui nous
accable, notre Pavilion Charles-Quentin soutient aisement la
comparaison, sous ce rapport, avec I’Hopital Henri-Rousselle.
M. Toulouse indiquait en effet (13) qu’il etait contraint, faute de
place, d’interner des malades qui auraient pu etre traites en cure
libre s’ils y avaient ete conserves assez longtemps ; et 75 % des
sujets qu’il fallait interner etaient demeures moins de 5 jours
en observation dans le service ouvert.
Dans son service de la Salpetriere, M. Crouzon (8), au contraire,
peut offrir, a chacun de ses malades, un sejour moyen de
30 jours.
Internements. — Les hopitaux de Paris ont conserve la tra¬
dition de recourir au seul internement d’offhce pour leurs mala¬
des. Saisie d’un certificat d’internement, la direction, en quelques
heures, demande une decision provisoire au commissaire de
police du quartier (par application de Particle 19 de la Loi de
1838), et conduit le sujet en ambulance a l’Admission de Sainte-
Anne.
Apres bien d’autres medecins des hopitaux, nous avons cher-
che a faire beneficier nos malades des avantages du placement
Ann. Med.-psych., XV1' serie, 94* annee, t. I. — Mars 1936.
450
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE
volontaire. Quand nous recevons la visite des families, et quanct
elles acceptent la necessity de l’internement, nous nous sommes
assignes pour regie de leur proposer d’abord le placement volon¬
taire. Mais 1’immense majorite n’aper§oit nulle compensation
a la charge qui leur incombe du fait du' placement volontaire, et
nous demande de recourir au placement d’office.
Pour les encourager dans la voie du placement volontaire,.
nous avons obtenu de l’Administration qu’elle detacbe un infir-
mier, pour assister les families dans leur voyage a l’Admission,.
la voiture restant a freter par la famille. Mais ce secours est.
demeure inoperant, contre le placement volontaire restent ligues :
la parcimonie, la crainte des responsabilites et tous les prejuges
populaires sur l’alienation mentale. Nous le deplorons, tout en
constatant que, dans la Seine, les differences de condition entre
les internes d’office et volontaires se sont bien estompees.
Nous n’avons done pu proceder au placement volontaire que
dans des circonstances exceptionnelles, quand la famille nous
l’a spontanement demande pour des raisons particulieres : dans le
cas, par exemple, de debiles paisibles non internables d’office, ou
de placements directs dans des Pensionnats de province ou des^
Maisons de sante privees. Le chiffre suivant d’internements com-
prend seulement les internements d’office, a l’exclusion de ces-
cas exceptionnels.
Parmi les malades du Pavilion Charles-Quentin, nous avons du
interner :
en 1933 ... 80 malades sur 312, soit 25,64 %
en 1934 ... 88 malades sur 337, soit 23,14 %
en 1935 .... 85 malades sur 301, soit 28,24 %
soit une moyenne de 25,67 %:.
en 1933 ... 2.028 malades sur 4.535, soit 44,72 %
en 1934 ... 1.940 malades sur 3.484, soit 55,65 %
en moyenne 50,18 %.
Pour comparer les deux organisations du point de vue de la
proportion des internements, l’on retiendra qu’en chiffres ronds,
nous internons le quart de nos malades du Pavilion Charles-
Quentin, tandis que YHopital Henri-Rousselle doit en placer la
moitie.
M. de Massary (10) (11), a Lariboisiere, internait :
en 4 ans . 236 malades sur 897
done par an . 59 malades sur 224
en moyenne, sensiblement 24 %.
SEANCE DU 23 MARS 1936
451
M. Crouzon (8) a interne a la Salpetriere :
en 10 ans . 884 malades sur 3.456
par an . 88 malades sur 345
soit 25,28 % : ces deux chiffres se rapprochent du notre.
Pour mettre en relief les differences entre le regime des inter-
nements dans les services de psychiatrie des hopitaux et celui des
internements prononces a l’Hopital Henri-Rousselle, nous avons
place en regard, dans deux tableaux, la repartition des inter¬
nements de notre service Charles-Quentin dans l’annee 1934 et
a YHopital Henri-Rousselle dans l’annee 1930 (derniere statisti-
que utilisable publiee) (14), selon :
1° l’affection mentale diagnostiquee dans le certificat ;
2° la duree de l’observation prealable a la mesure d’mterne-
ment.
Pourcentage des internements selon Yaffection mentale certifiee
Pavilion
Affection Charles Quentin
Hdpital
Ilenri Bouss
Manie .
5
- 6,5
Melancolie .
11,25
16
Confusion mentale .
10
3
Delire chronique .
5
12,5
Demence precoce .
7,5
9,5
Desequilibre constitution-
nel .
2,5
2,3
Arrieration .
2,5
3,2
Demence senile et art .
21,25
10
Paralysie generate .
17,5
7,5
Epilepsie .
2,5
3,5
Encephalite epidemique . .
0
1
22,5
Alcoolisme .
12,5
Toxicomanies .
0
0,2
Traumatismes .
0
0,9
Psychoses puerperales . . .
2,5
1,2
Psychoses puerperales ... Z,o r,z
Divers . 0 0,7
100 100
II ressort de ce tableau que nous internons plus de paralyti-
ques generaux, de dements seniles et de confus que l’Hopital
Henri-Rousselle, moins de delirants chroniques, et surtout moins
de melancoliques et d’alcooliques, cela en raison, vraisemblable-
ment, comme on va le voir, de la duree de sejottr plus longue
dans notre pavilion, suffisante pour la desintoxication dans une
plus forte proportion de cas.
452
SOCIETE MED1CO-PSYCHOLOG1QUE
Pourcentage des internements
selon la duree de V observation prealable :
Pavilion H5pital
Jours d’observalion Charles Quentin Henri Kousselle
0 . .
5,03
1 .
15,23
2 .
23,62
3 .
20,01
4 .
12,80
5 .
. 5
7,10
6 .
- 7,5
5,22
7 .
3,48
8 a 10 .
. 13,75
3,93
11 a 15 .
. 17,5
1,93
16 a 20 .
. 16,25
0,81
Au-dela de 20 .
. 21,25
0,77
100
100
Ce tableau montre que les trois-quarts de nos internes ont ete
conserves plus de 6 jours en observation, le quart plus de 20
jours, alors que YHopital Henri-Rousselle a du placer les siens,
pour les trois-quarts, avant le 5 6 jour.
Pour apporter une idee complete de 1’activite de notre service
Charles-Quentin, ajoutons :
1° que les families ont place elles-memes, soit par placement
volontaire a l’Admission, dans un Pensionnat d’asile de pro¬
vince, dans une Maison de sante fermee, dans un service ouvert
comme l’Hopital Henri-Rousselle, ou dans diverses Maisons de
sante ouvertes, ou encore dans des hospices ou des centres de
reeducation, une proportion de 3 % de nos malades ;
2° que 5 % ont quitte le service contre l’avis medical, protes-
tataires ayant signe leur pancarte ou sujets repris par leurs
families ;
3° que nous avons eu a deplorer une moyenne de 8,42 % de
deces.
Par consequent, 58 % de nos malades ont quitte le service ame-
liores ou gueris de leurs troubles mentaux, pour rentrer dans
leur salle d’origine, sortir de l’Hopital ou partir en convalescence
dans les etablissements de l’Assistance publique (Vincennes et le
Vesinet).
SEANCE DU 23 MARS 1936
453
Ce chiffre est a rapprocher du chiffre correspondant des ser¬
vices similaires de l’Hopital Lariboisiere (6i %) (10) (11), de la
Salpetriere (64 %) (8), et de l’Hopital Henri-Rousselle (4 1 %’) (14).
On peut done retenir que les services de psychiatrie d’urgence
des Hopitaux de Paris, les services ouverts des Hopitaux, ont une
mission a remplir, et que cette mission, ils la remplissent effec-
tivement.
Ils continuent la tradition de l’un des leurs, le service de
psychiatrie de l’Hotel-Dieu, abritant 200 malades, que Tenon,
vrai precurseur de Pinel, d’Esquirol et du legislates de 1838,
reorganisait sur les donnees de son remarquable memoire de
1788 (15). Ce service, apres le developpement des asiles fermes,
conserva son activite et son rayonnement, sous l’impulsion
notamment de Gilbert Ballet, Brissaud, Chantemesse, MM. Roger,
Rathery, Sainton, en dernier lieu M. Baudouin et son assistant,
M. Largeau.
Ses bienfaits parurent meme si precieux que la Societe Medico-
psychologique, avant la guerre, designait une Commission, pour
etudier la possibility de generaliser de tels services. La Societe
Medicale des Hopitaux emettait deux voeux dans le meme sens,
le 23 juillet 1920 et le 15 avril 1925.
Depuis lors, depuis surtout que l’enseignement de la Mede-
cine mentale a ete ampute de ses deux chaires reputees de la
Salpetriere et de Bicetre, une floraison de services de psychiatrie
d’urgence s’est developpee pour y pallier dans la formation des
internes et externes des Hopitaux de Paris et des etudiants de
la Faculte a Laennec, Tenon, Saint-Antoine, Lariboisiere, etc.,
tout dernierement dans le nouvel Hopital Beau j on.
Ces services sont en mesure d’accomplir toutes les fonctions
des services ouverts annexes aux asiles. MM. Claude et Toulouse,
lors de la discussion de 1923 a la Societe Medicale des Hopitaux!
estimaient preferable qu’ils s’abstiennent de prendre les deci¬
sions d’internement, et qu’ils dirigent leurs malades a interner
sur les services ouverts de Sainte-Anne. L’experience, traduite
par les chiffres apportes, semble avoir decide en sens inverse.
Les services de psychiatrie d’urgence des hopitaux ont accompli
les internements necessaires. Mais, par suite d’une organisation
peut-etre plus souple, ces internements se trouvent avoir ete
prononces en proportion notablement moindre, environ la moi-
tie, et apres un temps d’observation plus prolonge, environ le
triple, qu’au service de prophylaxie mentale departemental.
Entre ce dernier et les services de psychiatrie des hopitaux
doit s’etablir une collaboration. Nous nous permettons de sugge-
rer, dans cet ordre d’idees, que ces derniers, qui conservent, da°ns
454
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
le prejuge populaire, l’avantage de ne pas porter l’adresse 1, rue
Cabanis, conviennent specialement aux sujets trouves en etat
grave a la suite d’une tentative de suicide, a qui les services
voisins de l’hopital apporteront un secours immediat, medical
et chirurgical, en cas de besoin ; d’autre part, aux delirants
febriles et alcooliques, qui pourront y demeurer plus longtemps
et y parfaire leur desintoxication, avantage qui ressort de la
statistique comparative apportee.
BIBLIOGRAPHIE
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16. Claude. — Discussion de la Soc. Med. Hop. 2 novembre 1923.
17. Toulouse. — Discussion de la Soc. Med. H6p., 2 novembre 1923.
M. Crouzon. — Le service que je dirige a la Salpetriere avec la
collaboration de M. Vurpas, a une activite moindre que celui
de la Pitie, car nous y faisons plus de traitement que de triage.
Nous avons, en effet, des categories de malades differentes : j’ai
moins de malades aigus qu’a la Pitie et, par contre, je recois
beaucoup de paralytiques generaux pour la malariatherapie,
mon service fonctionnant comme centre de malariatherapie ;
SEANCE DU 23 MARS 1936
455
leur traitement demande deux a trois mois ; de meme, je recois
nombre de femmes presentant une depression melancolique dont
le traitement surtout a la menopause demande aussi quelques
mois. D’autre part, si le pourcentage de mes internements est de
25 %, comme a la Pitie, grace a la collaboration de mon person¬
nel admirable, les families comprennent les avantages du pla¬
cement volontaire et, dans mon service, ce placement volontaire
est tres frequemment accepte et est, pour ainsi dire, la regie.
M. Ceillier. — A St-Antoine, ou le service des agites a tres peu
de lits, il s’agit surtout d’un service de triage. Nous faisons
malheureusement presque toujours des placements d’office. Et
cet internement d’office d’un malade qui est venu volontairement
se faire soigner a l’hopital d’une maladie intercurrente, consti-
tue un veritable abus de confiance. Ne pourrait-on pas elargir le
debat et demander a ce qu’on retablisse le corps des psychiatres
des hopitaux de Paris, cela afin de grouper tous ces psychopathes
et modifier leur mode de placement.
M. G. Demay. — On ne saurait trop insister sur l’importance
du mode de placement dans les asiles de la Seine. De par la
volonte de la Prefecture de police, nos malades places d’office
se trouvent dans une situation toute differente de ceux qui ont
beneficie du placement volontaire. On nous interdit de les laisser
sortir pendant quelques heures avec leur famille, de leur accor-
der des conges a titre d’essai, interdictions qui n’existent pas
pour les malades places volontairement. Dans certains cas, nos
propositions de sortie sont controlees par un medecin-inspecteur
et parfois refusees. De telles pratiques n’existent pas en province
ou les prefets accordent toujours les sorties demandees par les
medecins des asiles, et ou les malades places d’office beneficient
des memes permissions que les « placements volontaires ». On
peut dire qu’a ce point de vue, nos malades places d’office sont
dans une situation inferieure a celle des malades de province.
Nous nous devons de reclamer la disparition d’une pareille ano-
malie. Le fait qu’elle existe augmente l’interet du placement
volontaire ; il importe que les medecins des hopitaux le sachent
et qu’ils n’aient recours au placement d’office que lorsque toute
autre procedure est vraiment impossible.
En ce qui concerne les services ouverts pour psychopathes
crees dans les hopitaux, je ne puis qu’applaudir a leur extension,
et je sais que cette opinion est partagee par tous mes collegues
des asiles. De meme, nous n’avons pas ete les derniers a protes¬
ter contre la suppression des services d’alienes de Bicetre et de
la Salpetriere, et nous nous joignons bien volontiers a M. Ceillier
450
SOCIETE MED1CO-PSYCHOLOG1QUE
pour demander que l’Assistance publique veuille bien retablir
le concours d’alieniste des hopitaux dont la suppression a ete
nefaste. Mais ce principe une fois admis, il ne faudrait pas en
tirer des deductions excessives. II ne faudrait pas — comme on
a parfois tente de le faire — opposer la psychiatrie d’hopital a la
psychiatrie d’asile,. preconiser deux categories d’Assistance psy-
chiatrique : l’une pour les malades aigus, 1’ autre pour les chro-
niques, la premiere etant exclusivement reservee aux hopitaux,
l’autre aux asiles. Une telle doctrine constitue une regression, il
ne faut pas se lasser de le repeter. Aussi bien, quelle que soit
1’extension qu’on donne aux services de psychopathes aigus dans
les hopitaux, ils n’arriveront jamais a hospitaliser tous les mala¬
des. Que l’on developpe les services de ce genre, d’accord, mais
que 1’on cree parallelement des services ouverts dans tous les
asiles. C’est a cette formule ainsi completee que je demande a
mes collegues de se rallier.
M. Th. Simon. — Il me parait illegitime de comparer PHopital
Henri-Rousselle et un service libre d’hopital, les malades etant
essentiellement differents. C’est aussi illegitime qu’il le serait de
comparer le rendement d’un service d’enfants sans tenir compte
' des categories des enfants hospitalises.
M. Beaudouin. — Il faut souligner que le placement volontaire
peut etre realise meme sans intervention de la famille. Dans le
departement de la Seine, la condition expresse est la production
d’une piece etablissant que la residence effective dans le depar¬
tement remonte a plus d’une annee.
M. Brissot. — M. d’Heucqueville vient de nous donner le
pourcentage de ses malades de l’Hopital de la Pitie qui ont ete
internes. Ce pourcentage serait de 25 % beaucoup plus eleve,
selon lui, que celui des malades de l’Hopital Henri-Rousselle qui
ont ete transferes dans les asiles.
A ce sujet, je me permettrai de lui poser la question suivante :
M. d’Heucqueville a-t-il fait la statistique des malades qui,
posterieurement a leur sortie de son service de la Pitie, ont
ete internes ? Car il me semble que le pourcentage qu’il donne
est tout a fait incomplet, si 1’on ne tient pas compte d’un interne-
ment possible, lorsque le malade est revenu dans sa famille. Mon
collegue Anglade me fait, a l’instant, precisement savoir que l’un
des malades de son service de Villejuif etait sorti huit jours
auparavant du service special de la Pitie.
J’ajouterai que, s’il v a des internements qu’on eut pu eviter,
d’autres, au contraire, sont eminemment desirables — et il n’y a
SEANCE DU 23 MARS 1936
45?
pas lieu de les differer — si l’on envisage l’avenir mental du
sujet.
M. Henri Ey. — Nous devons feliciter les auteurs de l’efficacite
et de 1’activite de leur service. Neanmoins, leur communication
m’inspire certaines reserves en ce qui concerne le developpement
d’un systeme d’assistance aux psychopathes qui me parait impli-
quer de plus en plus l’erreur fondamentale d’etre surtout une
lutte contre l’internement. La condition juridique de l’interne-
ment est une garantie et non une opprobre. De quelque nom
nouveau qu’on le decore, quelque subterfuge qu’on emploie,
l’asile reste la piece maitresse et indispensable de l’assistance
aux sujets atteints de troubles mentaux. La bonne « politique »
d’assistance me parait resider dans la « croisade » pour la reno¬
vation medicale des asiles partout ou elle n’a pas ete faite encore
et dans la lutte contre la reputation injustifiee de l’asile et de
l’internement. A ce titre, on ne saurait trop recommander, a mon
avis, que l’ensemble des services d’assistance, d’hygiene mentale,
de cure libre d’hospitalisation, de troubles neuro-psychiques
aigus et de traitement des malades soumis a la garantie de la loi
de 1838, se trouvent reunis et groupes autour des formations
asilaires. Par la, l’asile perdra, aupres des families et aussi, il
faut bien le dire, de beaucoup trop de medecins qui le connais-
sent mal, une reputation de plus en plus immeritee. Au contraire,
le fait de rapporter les services d’hospitalisation loin de l’asile
ne peut que creuser davantage un fosse d’autant plus dangereux
que l’on est bien oblige de le franchir, et meme de le franchir
souvent, si nous en croyons les statistiques d’internement des
divers services hospitaliers ou les mesures de coercition d’ailleurs.
s’averent indispensables. La prophylaxie mentale, l’assistance
aux psychopathes, ne peuvent que gagner a 1’uniflcation des
efforts diriges systematiquement, non contre 1’internement, mais
contre le vrai mal : les maladies dont dependent les troubles
mentaux.
M. Courbon. — Je m’associe entierement a la protestation de
M. Henri Ey. Ce n’est pas obeir a l’esprit medical, ni servir l’inte-
ret des malades mentaux que de deriver, sur la mesure de l’inter¬
nement, le prejuge d’infamie qui pese sur les maladies mentales.
Aux yeux du public qui ignore les subtilites differentielles des pla¬
cements, c’est le fait' d’avoir du etre retranche des salles ou sont
traites les malades dont la raison est conservee, qui constitue
la tare. Ce retranchement, qu’il soit effectue dans telle ou telle
enceinte, en un endroit appele pavilion d’isolement, ou hopital
458
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
psychiatrique, ou asile, est, pour le public, l’agent essentiel d’in-
f&mie.
Ce que Fesprit medical et l’interet des malades mentaux com-
mandent, c’est de travailler, non a deplacer le prejuge, mais a le
detruire en prouvant que souvent la maladie mentale est curable
et que souvent elle n’est pas hereditaire. Or, la cure ne peut s’obte-
nir que dans des locaux specialement amenages, et la mesure
de l’internement, quand elle est prise a bon escient, est une
condition indispensable de guerison puisqu’elle impose le traite-
ment qui la produit.
M. Rene Charpentier. — Ce n’est en rien mesestimer le grand
interet du service de M. le Professeur Laignel-Lavastine, ni l’inte-
ret de cette communication, que de s’associer a la remarque de
M. Th. Simon. II parait difficile d’etablir une comparaison entre
le mode de fonctionnement d’un service de 10 fits et celui d’un
grand Hopital comme l’Hopital Henri-Rousselle, son dispensaire
et ses services annexes. Les conditions sont differentes.
Comme 1’a montre la discussion engagee, cette interessante
communication souleve de nombreux problemes qui meritent de
rester a Fordre du jour de la Societe.
M. Laignel-Lavastine. — Eviderument, entre l’Hopital Henri-
Rousselle et mon service psychiatrique, il y a de grosses diffe¬
rences. Mais on peut etablir des comparaisons entre toutes les
choses. On peut, par example, comparer l’hopital d’evacuation
avec le poste de secours. J’ajoute que notre communication n’a
aucune arriere-pensee agressive pour personne. Et je signale que,
si le placement volontaire est, a la Pitie, moins frequent que
dans d’autres hopitaux, c’est peut-etre parce qu’a la Pitie, la voi-
ture qui mene le malade a Ste-Anne est a la charge des families
et qu’ailleurs, elle est a la charge de l’Hopital.
M. Ceillier. — Encore deux mots : le fait d’interner d’office
un malade venu se faire soigner librement a l’Hopital ou dans un
service de prophylaxie, constitue un veritable abus de confiance
ou abus de pouvoir.
Parmi les problemes souleves a ce sujet, il en est un que l’on
peut preciser nettement: l’etude des conditions de placement dans
les asiles d’alienes des malades soignes dans les hopitaux, afin
de ne recourir au placement d’office qu’en cas de necessite
absolue.
La Societe Medico-psychologique decide de laisser a l’ordre du jour
de sa prochaine seance la discussion des questions qui se rattachent a
cette communication.
SEANCE DU 23 MARS 1936
459
Les crises oculogyres en pathologie mentale,
par M. Georges Petit.
Depuis 1916, les diverses epidemies et endemies de nevraxites
a virus neurotropes (dont le type le plus vulgarise a ete appele
encephalite epidemique), ont permis la constatation d’une riche
floraison de syndromes et de symptomes d’ordre tres varie dont
certains se manifestent avec des caracteres vraiment originaux
ou rares. Tels sont, en particulier, les spasmes paroxystiques si
curieux des muscles oculaires designes sous la denomination de
« crises oculogyres ».
Signalees d’abord en 1922-1923 par Gabrielle Levy, Barre et
Reys, Rossi, La Torre, etc., les crises oculogyres virent leurs obser¬
vations se multiplier rapidement, en meme temps que leur con-
naissance s’enrichissait de notions interessantes concernant leurs
concomitants organiques et quelquefois psychiques. Mais il est
remarquable de noter qu’en dehors de quelques cas ayant trait
surtout a des syndromes parkinsoniens attribues a la syphilis,
l’innombrable bibliographie des crises oculogyres concerne pres-
que exclusivement des observations d’encephalite dite epidemi¬
que avec syndrome parkinsonien.
Avant les epidemies de nevraxites, qui debuterent en 1916, la
litterature des spasmes oculaires a type de crise oculogyre se
reduit a quelques rares references et les cas de Crouzon, Pierre
Marie, en particulier, sont rattaches a des troubles hysteriques
ou nevropathiques.
En pathologie mentale, si nous faisons abstraction, bien
entendu, des formes mentales ou psycho-organiques de l’ence-
phalite epidemique classique, les crises oculogyres n’ont jamais
ete signalees, a notre conndissance tout au moins. Et cepen-
dant, une observation — meme non polarisee specifiquement sur
cet objet — montre que ces spasmes oculaires, si particuliers et
si curieux, peuvent etre observes avec une assez grande frequence
dans un service d’alienes. Depuis 1932, nous avons pu recueillir,
a la Maison speciale de Sante de Ville-Evrard, plus de cinquante
observations de malades presentant des crises oculogyres
typiques.
Un certain nombre de ces observations vont etre publiees dans
la these que nous avons inspiree sur ce sujet a notre ancienne
interne, Mile J. Lacassagne. Nous avons l’intention, dans un
memoire ulterieur plus etendu que cette breve note, d’en repren-
dre 1’etude en indiquant certaines modalites curieuses ou parti-
culierement suggestives de ces phenomenes.
460
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Disons seulement aujourd’hui que nous avons pu constater
des crises, oculogyres dans toutes les formes les plus classiques
de la nosographie psychiatrique actuelle: schizophrenic ou
demences precoces hebephreniques, catatoniques ou paranoides,
paraphrenies ou psychoses hallucinatoires chroniques, psychoses
dites periodiques, delire aigu idiopathique, psychoses polymor-
phes, paralysie generale, etc.
Mais notons deja que c’est dans les syndromes catatoniques
que l’expression motrice de ce phenomene psycho-moteur com-
plexe que realise la crise oculogyre se montre la plus accusee et
porte l’accent le plus net de 1’ « acte force », du « regard accro¬
che ». Une de nos catatoniques presente actuellement des crises
oculogyres tout a fait caracteristiques avec deviation conjuguee
de la tete, plusieurs fois par jour. Dans les psychoses halluci-
natoires, au contraire, le contenu psychologique — en general, des
hallucinations auditives ou meme visuelles — (comme en ont
observe, d’ailleurs, Ludo Van Bogaert, Euziere et Pages, etc., et
nous-meme, dans des crises oculogyres symptomatiques de par-
kinsonisme encephalitique classique), parait l’emporter sur le
spasme moteur, moins tenace, moins fixe et moins prolonge,
moins conscient aussi. Nous disons bien : en general. Car nous
observons, actuellement, une malade atteinte de psychose hallu-
cinatoire ayant pleinement conscience du spasme oculogyre qui
l’oblige, contre sa volonte, a porter son regard en haut, « pour
lui faire voir », dit-elle, ses images hallucinatoires ; mais elle
attribue, aux agissements de ses persecuteurs supposes, ce brus¬
que spasme tonique de ses muscles oculogyres qui « accroche »
brutalement son regard en haut.
Certains hallucines chroniques accusent ainsi leurs persecu¬
teurs supposes de provoquer, dans un but hostile, ces spasmes
toniques (ou cloniques) qui troublent si malencontreusement leur
vision volontaire. Mais la plupart de ces malades — meme sur-
pris en flagrant debt de « regard accroche » — nient la realite
de leurs spasmes oculaires. Plusieurs hallucines gueris nous ont
pourtant avoue ulterieurement la realite de ces spasmes toniques
oculogyres dont la direction correspondait, nous ont-ils expli-
que, au point de l’espace (le plus souvent en haut), ou ils locali-
saient l’origine de leurs « voix ».
Ajoutons enfin que, chez nos psychopathes, les « crises ocu¬
logyres » peuvent se manifester avec des varietes et des varia¬
tions extremement diverses en intensity ou en duree. A cote de la
crise oculogyre prolongee durant plusieurs heures dans la meme
direction, nous avons pu noter, plus frequemment encore, des
SEANCE DU 33 MARS 1936
461
crises de quelques minutes, voire de quelques secondes ; et nous
estimons par exemple, que le regard subitement fixe, qu’il est
classique d’observer chez les persecutes hallucines, pendant la
duree, souvent breve, de leurs hallucinations verbales, constitue
une ebauche incontestable de ces « crises oculogyres » qui,
d’ailleurs, chez certains malades du meme groupe, prennent une
intensite, une duree et des caracteres tout a fait superposables
aux crises oculogyres des parkinsoniens encephalitiques classi-
ques. Dans le meme groupe nosologique et, souvent, chez le
meme malade, tous les degres, toutes les formes de transition
peuvent etre observes entre la crise oculogyre de plusieurs heures
et le spasme tonique larve de quelques secondes. Dans cet ordre
de faits, d’ailleurs les spasmes toniques oculogyres de nos psy-
chopathes obeissent a la loi generate qui peut s’appliquer a tous
les troubles organiques observes en pathologie mentale : de meme
essence que les symptomes grossiers de la pathologie nerveuse ou
organique courante, ces troubles neurologiques ou organiques se
manifestent, le plus souvent, chez la plupart de nos malades, avec
des caracteres souvent frustes, larves, legers, inconstants, disso-
cies, fugaces ou variables, qui les fait souvent meconnaitre a un
examen rapide ou superficiel. Nous avons deja insiste sur ce
point.
Neanmoins, nous avons pu observer chez nos malades tous les
types de spasmes oculaires toniques decrits dans l’encephalite
lethargique par H. Roger et ses eleves, Marinesco et ses eleves,
etc. : spasmes simples, interessant une seule direction du regard,
en haut, (crise d’anoblepsie, de Verger et Aubertin), en bas, (crise
de catoblepsie, des memes auteurs), laterale droite ou laterale gau¬
che, (parablepsie, de Cruchet), regard fixe en avant ; spasmes
variables, ou alternant ou d bascule interessant plusieurs direc¬
tions ; spasmes de la convergence.
Ces spasmes toniques peuvent alterner ou s’accompagner
(spasmes tonicocloniques) de spasmes oculaires cloniques, series
de secousses, parfois rythmees, de directions variees, parfois
tellement violentes et saccadees qu’on peut parler de « crises
convulsives oculaires ; de nystagmus plus ou moins accuse ; de
strabisme divergent ou convergent ; de reactions pupillaires anor-
males ; de crises de nictitation, de spasmes du frontal, etc. Nous
avons observe assez frequemment, chez nos malades, des devia¬
tions conjuguees de la tete et des yeux. Enfin, dans certains cas,
nous avons note — comme les observateurs des crises oculogyres
encephalitiques — des automatismes moteurs iteratifs, un debut
de spasme de torsion (chez un hebephreno-catatonique) accom-
pagnant les crises oculogyres.
462
SOC1ETE MED1CO-PSYCHOLOGIQUE
Comme nous l’avons deja indique, nous reservons, pour une
etude ulterieure appuyee sur de nombreuses observations detail-
lees, 1’analyse de l’etat mental de nos diverses categories de mala-
des a 1’occasion de leurs crises oculogyres. Disons cependant que
Vanxiete qui, pour certains auteurs, — en particulier les psycha-
nalystes — constituerait un facteur determinant des crises oculo¬
gyres, ne nous a pas paru, chez nos malades, un element habi-
tuel de ces hypertonies paroxystiques oculaires. En revanche,
Yinhibition psycho-motrice, avec blocage subit de tous les mou-
vements, immobility et mutisme subits pendant toute la duree de
la crise oculogyre, nous a semble un phenomene concomitant
presque constant et parfois tout a fait analogue aux « absences »
epileptiques. Nous observons actuellement une malade, remar-
quablement cultivee, qui a systematise, sur la vie et Pceuvre
d’un ecrivain contemporain bien connu, un delire interpretatif et
intuitif d’influence qu’elle expose et defend avec une rare ele¬
gance intellectuelle, en se servant d’arguments tires de la philo¬
sophic bergsonienne. Seuls plaidaient en faveur de 1’organicite,
que nous recherchons toujours systematiquement dans les psycho¬
ses, les maigres arguments de quelques vertiges, ayant accom-
pagne une legere subanxiete, il y a quelques dix ans, et actuelle¬
ment une hyper-reflectivite tendineuse generalisee, sans autres
signes neurologiques. Mais, depuis quelques mois, l’apparition, au
cours de conversations un peu prolongees, de crises oculogyres
catablectiques typiques (crises accompagnees d’une veritable
absence inhibitrice, dont la malade se reveille comme d’un som-
meil subit), nous a permis de donner un aliment plus consistant
a, nos convictions organicistes.
Dans une communication ulterieure, nous nous proposons ega-
lement d’indiquer comment nous avons pu reactiver ou m£me
completement reveler — (au meme titre, d’ailleurs, que bien
d’autres symptomes organiques) — les crises oculogyres de nos
psychopathes en les soumettant a Yelectropyrexie par ondes cour-
tes. La provocation par ces ondes d’un etat de detente musculaire,
de diminution ou meme de disparition complete de l’hypertonie
generalisee (comme nous avons pu l’observer chez nombre de nos
malades, qui presentent si frequement des troubles du tonus),
1’ apparition consecutive d’un etat de semi-somnolence, egalement
frequemment observe chez les malades pendant Faction de ces
ondes, l’hyperpnee qui accompagne l’etablissement de la fievre
artificielle, pourraient rendre compte, peut-etre, du declanche-
ment des crises oculogyres par ce mecanisme.
Mais ce n’est pas ici le lieu de presenter les diverses theories
SEANCE DU 23 MARS 1936
463
pathogeniques qui se disputent les explications du determi-
nisme, encore mysterieux, des crises oculogyres. L’histologie
pathologique ne parait pas pouvoir nous eclairer encore suffi-
samment sur la physiopathologie de ces phenomenes. Mais que
l’on envisage, pour le declenchement et la production de ces
spasmes, le role primordial ou secondaire, primitif ou associe, de
l’appareil vestibulaire, de la bandelette longitudinale poste-
rieure, des tubercules quadrijumeaux anterieurs, des centres
supranucleaires, des centres stries, etc., il semble bien que, pour
la majorite des auteurs (si 1’on en excepte quelques psychanalys-
tes fanatiques), les crises oculogyres puissent etre considerees
— et malgre leurs concomitants psychologiques incontestables —
comme des phenomenes spasmodiques d’hypertonie extra-pijra-
midale, dont il est si frequent de rencontrer des manifestations
multiples et analogues dans les nevraxites actuelles.
Depuis 1919, nous nous efforcons, par 1’ analyse des troubles
organiques releves chez nos psychopathes atteints de psychoses
dites « fonctionnelles » ou « sine materia » et l’etude parallele
des signes cliniques decrits dans les diverses encephalites ou
encephalo-myelites ou nevraxites dites epidemiques, de demon-
trer que troubles organiques et parfois troubles psychologiques
observes dans les deux series de phenomenes — si souvfent arbi-
trairement disjoints — se manifestent, en realite, avec des moda-
lites tout a fait comparables et parfois meme superposables. La
constatation vraiment frequente dans les psychoses et les psycho¬
pathies classiques des crises oculogyres que l’on pourrait dire si
specifiquement caracteristiques du parkinsonisme encephaliti-
que, nous parait plaider, une fois de plus, en faveur de nos
conceptions doctrinales.
Merycisme dementiel par altruisme morbide,
par MM. Paul Courbon et Maurice Leconte.
Dans son discours d’ouverture du Congres des medecins alie-
nistes et neurologistes de Bruxelles, en juillet dernier, le Presi¬
dent Rene Charpentier a fait une magistrate etude de la bonte (1).
Il l’a illustree d’exemples nombreux et saisissants de bonte patho¬
logique en racontant les actes plus ou moins inopportuns, plus
ou moins dangereux qu’un altruisme morbide avait inspires a
(1) Rene Charpentier. — Sur la Bonte (Discours inaugural de la 39c ses¬
sion du Congres des medecins alienistes et neurologistes de France et des
j)ays de langue frangaise, Bruxelles, 1935).
464
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQVE
leurs auteurs. Nous rapportons ici une manifestation de bonte
pathologique que nous croyons rare.
C’est le cas d’une demente qui, pour nourrir les enfants imagi-
naires qu’elle entend se plaindre sous le plancher, rumine ses
regurgitations, ses crachats et ses aliments, puis va cracher le
tout dans l’evier ou dans les water-closets.
Cette femme, agee aujoUrd’hui de 57 ans, a ete presentee (1)
par l’un de nous a la seance de la Societe medico-psychologique
du 30 avril 1928, a cause du contraste que l’on constatait chez
elle, entre la coherence de ses actes altruistes et l’incoherence
de ses raisonnements et de sa conduite.
A cette epoque, qui remonte deja a 8 ans, l’affaiblissement
dementiel a type schizophrenique, ainsi que l’avait mis en evi¬
dence l’interrogatoire pratique a la seance meme par M. Guiraud,
n’etait pas aussi avance que le faisait supposer l’absurdite des
propos. Aussi les actes charitables qui epuisaient toute l’activite
de la malade avaient-ils conserve une certaine opportunity Et
M. Minkowski avait invoque son exemple pour montrer que
l’altruisme ne suflit pas a realiser la syntonie.
Depuis, la demence a progresse. La memoire et le jugement
se sont effondres. Et c’est dans une oisivete presque complete
que la malade vit, a peu pres reduite a la vie vegetative. Mais
au cours de ces annees de decheance, c’est d’une facon quoti-
dienne qu’elle multiplia les preuves de son infatigable commise¬
ration, preuves de plus en plus marquees au sceau de la demence.
Elle portait sa soupe aux ouvriers, gavait les agonisantes et, si
on l’eut laissee faire, eut entonne du hachis aux mortes. Elle
s’echappait pour presenter le seau d’ordures au cheval de la
buanderie. L’ete, elle arrosait les arbres avec l’eau du robinet
pour qu’ils n’aient pas soif, et l’hiver, elle les arrosait avec de
l’eau qu’elle faisait chauffer pour qu’ils n’aient pas froid.
En relevant les paillasses du quartier des gateuses, ou elle est
toujours hospitalisee, elle les chauffait contre ses propres jupes
pour en enlever le froid.
Ses soliloques perpetuels etaient des phrases de compassion a
l’egard de la souffrance que l’etat du moment pouvait determiner
sur autrui. « Qu’il fait froid, s’ecriait-elle un matin d’hiver en se
reveillant, les pauvres malheureuses n’ont rien pour se cou-
vrir. » « Avec ce soleil, etre oblige de travailler sans rien boire,
c’est terrible », remarquait-elle un jour du mois d’aout. « N’avoir
(1) Courbon. — De la survivance de 1’affectivite au naufrage de l’intel-
ligence dans certaines psychoses chroniques. Ann. M&d.-Psijch., 1928, t. I,
p. 419.
SEANCE DU 23 MARS 1936
465
rien a manger quand on a faim, comme je vous plains », disait-
elle en s’attablant a l’heure du repas. Incapable, en bonne mena-
gere alsacienne, de s’abstenir de lessiver, elle trempait tons les
linges a sa portee dans des bassines, et contemplant ses propres
mains crevassees, gemissait : « Les pauvres malheureuses qui
n’ont pas d’eau chaude pour faire la lessive, c’est dur », et elle
pleurait.
Ses postes favoris etaient l’evier et les water-closets ou elle
pretendait communiquer par les tuyaux avec les miserables
qu’elle entendait se plaindre dans la cave. Souvent, elle y jetait
des verres de lait ou de tisane, les bouchait en y vidant son
assiette. C’est quand on l’en empecha qu’elle recourut aux
regurgitations.
On la voyait, une dizaine de minutes apres les repas, interrom-
pre une conversation comme sous une envie de vomir, et se mettre
a mastiquer et remastiquer, puis elle allait cracher sur l’evier ou
dans la cuvette une bouillie d’aliments. Interrogee, elle repondait :
« Quand je pense a ces ventres maigres, mon manger remonte
et je le leur donne bien menu. » Vers la meme epoque, en 1933,
elle fut enrhumee, toussa et cracha. Mais le plus souvent, elle
luttait contre la toux, gardait les crachats dans sa bouche, ou elle
introduisait encore des gateaux, et broyait le tout entre ses dents
pour avoir une puree plus nutritive a fournir a ses malheureuses.
« C’est trop dur, les gateaux secs, pour les petits », expliquait-
elle.
De moins en moins logiques etaient les liens qu’elle etablissait
entre les miserables imaginaires et les evenements. Souffrant
elle-m^me des lancees que lui causait un panaris, elle se conso-
lait en disant : « Qa les amuse, ces enfants, tant mieux. » Entrant
dans son bain, elle soupirait avec volupte : « Oh ! comme ca va
les rechauffer, eux qui ont si froid. »
A l’heure actuelle, sous l’envahissement progressif de la
demence, la plupart de ces pratiques ne sont plus qu’ebauchees.
Cette conduite dementielle, ou l’on voit la volonte maitriser
l’automatisme vegetatif et imposer, a la musculature digestive,
des mouvements antiperistaltiques, merite quelque consideration.
Le phenomene de la regurgitation, normal dans certaines espe-
ces animales ou il est appele rejection, n’est pas impossible dans
l’espece humaine. II existe normalement chez le nouveau-ne qui
have ce qu’il a ingere. II existe dans certaines maladies de
l’adulte, dont le retrecissement oesophagi en.
Dans ces cas, la regurgitation echappe a la volonte du sujet.
Mais elle peut lui etre soumise dans d’autres circonstances. Par
Ann. Med.-psych., XVf serie, 94e annee, t. I. — Mars 1936.
30.
466
S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
l’entrainement, certains individus arrivent, en contractant leur
diaphragme, a expulser par la bouche le contenu de leur esto-
mac. II est des artistes de music-hall, appeles hommes jets d’eau
qui, apres avoir avale un bocal aquarium, restituent sur com-
mande 1’eau a peine tiede et les poissons encore vivants.
Chez notre malade, les matieres regurgitees sont gardees dans
la bouche et soumises a une trituration indefinie. C’est done une
rumination veritable. Rappelons que la rumination a ete cons-
tatee par Chomel, chez certains vieillards, atteints d’affection
cerebrale et de mauvaise dentition. Chez notre malade, qui est
une vieille a qui manquent beaucoup de dents, la rumination est,
si Ton peut ainsi parler, perfectionnee, car les crachats amenes
par la toux subissent le meme sort et, a ce melange, s’ajoutent
encore quelques aliments directement introduits entre les levres.
Au total, le phenomene consiste en une mastication incessante
des rejections stomacales, des expectorations pulmonaires et des
ingestions alimentaires. Le mot merycisme, s’il designe bien la
partie essentielle du fait, ne suffit done pas a le decrire tout entier.
Ce merycisme complique se distingue encore de la rumination
par sa fin altruiste et non egoiste. C’est pour se nourrir lui-meme
qu’obeissant inconsciemment a son instinct de conservation, la
vache rumine. C’est, au contraire, pour nourrir autrui que notre
malade mache et remache sciemment ses ingestions, ses rejec¬
tions et ses expectorations. Ce faisant, elle s’eloigne du ruminant
qui broye ego'istement sa propre pitance et elle se rapproche
du pigeon qui, maternellement, prepare la becquee de ses jeunes
en regurgitant les secretions de son jabot.
La conduite de notre malade, consideree au point de vue psy-
chiatrique, est absurde et, au point de vue esthetique, elle est
repugnante ; mais au point de vue moral, elle est vertueuse, puis-
que l’intention en est charitable. La maladie mentale (1) peut,
ainsi que s’est efforce de le montrer l’un de nous, simuler, non
seulement la bonte, mais toutes les autres vertus. Ici, le masque
de la charite est si grimacant que la contrefacon morbide est
evidente.
La seance est levee a 18 h. 40.
Le Secretaire des seances,
Paul Ab£l,y.
(1) Courbon. — La vertu pathologique. En commemoration de la naisr
sance- de Taine. Ann. Med. -Psych., 192’8, t. II, p. 235.
SOClfiTfiS
Societe de Neurologie de Paris
Seance du Jeudi 5 Mars 1936
Presidence : M. TINEL, president
Resultats eloignes d’intervention chirurgicale pour arachnoidite,
par MM. A. Barre et Oscar Metzger.
Les auteurs rapportent des resultats chirurgicaux portant sur 9 cas per¬
sonnels. II y eut 2 morts immediates apres l’intervention, 2 morts tardives
et 5 ameliorations appreciables qui ne furent suivies d’aucune recidive.
Etude clinique d’un cas de myoclonies velo-pharyngo-laryngees,
par M. J. Dereux (de Lille)
M. J. Dereux rapporte l’observation d’un malade qui presente une associa¬
tion interessante de divers signes : hemiplegie alterne, pyramidale a gauche,
cerebelleuse a droite ; hemi-anesthesie gauche du type syringomyelique,
myoclonies du voile du palais, du pharynx et du larynx. L’ensemble symp-
tomatique permet de diagnostiquer une lesion de la protuberance : dans
cette region la partie qui, par sa lesion, cause les myoclonies, est le faisceau
central de la calotte.
Conservation des couches superficielles du cortex dans
les ramollissements, par MM. Alajouanine, Homet et Thurel.
Les auteurs attirent l’attention sur une particularite du ramollissement
superficiel (cortical ou cortico-sous-cortical) du cerveau.
II s’agit de la conservation des couches superficielles (lre et 2e couches de
SOCIETES
cellules nerveuses) qui est une regie generale du ramollissement, tandis que
les couches profondes peuvent etre completcment detruites.
Cette non-atteinte des couches superficielles est due a une certaine inde-
pendance de leur regime circulatoire par rapport a celui des couches pro¬
fondes.
Symptomes du lobe prefrontal, par MM. Egaz Moniz
et Almeida Lima (de Lisbonne).
MM. Egaz Moniz et Almeida Lima insistent sur l’importance du lobe pre¬
frontal dans la vie psychique. Ils montrent que les syndromes delirants dis-
paraissent souvent apres les interventions chirurgicales et definissent la
symptomatologie du lobe prefrontal. Elle est faite de symptomes generaux :
modification de la temperature, vomissements, somnolence ; de troubles
neurologiques : troubles moteurs, trismus, mouvements de manege, troubles
sphincteriens constants ; de troubles oculaires : nystagmus, Argyll-Robert-
son, myosis, et de troubles psychiques : apathie, acinesie, attitude catatoni-
que, opposition, mutisme, puerilite, sensation de faim.
Dans tous les cas sur lesquels les auteurs fondent leur description, aucun
trouble de l’intelligence ou de la memoire n’a ete remarque.
Discussion : M. Clovis Vincent souligne le grand interet de la communica¬
tion de M. Egaz Moniz, mais n’a jamais rien trouve de semblable. II pense
que ce fait est du a la difference des cas choisis, des conditions et des me-
thodes.
Un cas de syndrome hemibulbaire associe a une paralysis croisee
du pathetique, par MM. Levy-Valensi, Justin Bezancon et G. Tilitcheef.
Les auteurs montrent un malade presentant a droite un syndrome cere-
belleux avec paralysie du voile, du pharynx, de la corde vocale et un syn¬
drome de Claude Bernard-Horner du meme cote. Hemianesthesie alterne et
paralysie du pathetique gauche.
Ils insistent sur cette association qui anatomiquement du moins ne peut
s’expliquer que par une double lesion et rappellent des observations ana¬
logues.
Coexistence de Paralysie due au serum antidiphterique et de paralysies
diphteriques, par MM. J.-A. Chavany, F. Thiebaot et S. Thieffry.
A la suite d’une angine diphterique tardivement identifiee et traitee pai
du serum non purifie, on voit s’installer au cours meme des accidents seri-
ques une paralysie radiculaire droite interessant C3, C4 et C5 et portant sur-
tout sur le trapeze, les muscles sus et sous-epineux et le grand dentele. On
assiste ensuite a Involution classique de la paralysie diphterique obeissant
au rythme connu de l’atteinte du voile du palais, de la fonction d’accommo-
dation et des membres inferieurs. Les accidents dus a Fintoxication diphte¬
rique sont gueris dans les delais normaux et 5 mois apres le debut des acci¬
dents la paralysie post-serotherapique, comme il est frequent, persiste
Rapprochant leur cas de ceux anterieurs de Pomme et de Sauvez, les au¬
teurs le presentent comme une curiosite clinique non susceptible d’appor-
SOCIETES
ter une contribution a Petude encore inachevee tant des paraiysies post-
serotherapiques qu’a celle des paraiysies diphteriques.
Action de la radiotherapie sur la syringomyelic, par M. Lhermitte.
L’auteur presente un cas de syringomyelie ayec acroparesthesie legere et
atrophie de Imminence thenar, dissociation syringomyelique que le traite-
ment radiotherapique a gueri en quatre seances.
La malade est guerie depuis 1931 sans aucune nouvelle manifestation.
Syndrome infundibulaire avec phenomene de depersonnalisation,
par MM. Lhermitte et Alressar.
Les auteurs presentent un malade qui, a c6te du syndrome infundibulaire,
polyurie, boulimie et diminution de l’appetit sexuel, manifestait des phe-
nomenes d’absence, de derealisation, meconnaissance devant un miroir,
phenomenes survenant par acces sans delire surajoute. Ils insistent sur l’im-
portance neurologique et psychiatrique des troubles instinctifs produits par
des lesions baeillaires.
Un cas de parkinsonisme post-traumatique chez un ancien
encephalitique, par M. Tinel.
L’auteur presente un malade atteint d’un syndrome typique de grand
parkinsonisme apparu depuis 15 jours a la suite d’un traumatisme. Le ma¬
lade avait ete traite 16 ans auparavant pour encephalite. Rien n’avait sub¬
sists de son affection, sauf un leger tremblement.
Discussion : M. Baudoin considere qu’on ne peut pas chez ce malade nier
l’element de sinistrose qui parait evident.
M. Monieh-Vinahd fait remarquer que le tremblement du malade qu’il
avait observe precedemment a augments en prSsence de PassemblSe et qu’il
prSsente en outre un tremblement de la face qui n’existait pas. Aussi se
range-t-il a l’avis de M. Beaudoin.
Syndrome metastatique aigu medullaire dans le cancer (Syndrome de
section physiologique), par Myelomalacie et Hematomyelie, par MM. G.
Rodssy, J. Lhermitte et Rene Hogdenin.
Les auteurs montrent qu’au niveau des centres nerveux, comme dans le
foie et le poumon, la survenue des mStastases nSoplasiques ne se manifeste
pas constamment, comme on y est accoutumS, par des signes d’apparition
sournoise et lentement progressifs : ISger dSficit unilatSral, perturbation
d’un rSflexe, paralysie Svoluant par poussSes successives et souvent incom¬
plete. Elle peut s’exterioriser tout au contraire brutalement par un syndro¬
me soudain de section physiologique de la moelle.
Les auteurs, qui ont dSja observS semblable syndrome au niveau du cer-
veau, rapportent une observation extremement intSressante de mStastase
aigue mSdullaire. Dans ce cas, les ISsions de la moelle ne sont pas dues a la
metastase elle-meme, mais aux troubles vasculaires surtout constitues par
une hemorragie extra-durale.
L’importance de la notion de syndrome metastatique aigu est done double.
470
SOCIETES
D’une part, il presente un interet nosographique, puisqu’il s’agit la d’une
notion clinique nouvelle et inaccoutumee. On concjoit surtout que le diag¬
nostic exact ne soit pas fait si la tumeur primitive est encore meconnue. La
notion qu’un tel syndrome existe peut conduire le clinicien a rechercher s’il
n’est pas du a un cancer encore latent. Le second interet est que cette notion
met en evidence l’importance des syndromes vasculaires dans la pathogenic
de certaines metastases.
Etude anatomique du nerf vestibulaire d’un malade atteint de vertige de
Menidre, par MM. A. Thomas et Acbry.
Les auteurs ont trouve a 1’examen anatomique une proliferation vasculaire
intense et des trainees des tissus collagenes. Cette etude, faite sur des cou¬
pes seriees, a permis de decouvrir non loin du bulbe un petit ganglion sur-
numeraire dont l’existence leur fait conclure a la necessity de la section
juxta-bulbaire du nerf vestibulaire.
M. Leconte.
Societe de Medecine Mentale de Belgique
Seance du 29 Fevrier 1936
Presidence : M. VERMEYLEN, president
Etudes sur la catatonie experimentale,
par MM. F. d’HoLLANDER et Ch. Lavista.
Apres avoir rappele les recherches sur Faction physiologique de la bulbo-
capnine, les auteurs rendent compte des resultats de leurs experiences chez
le cobaye, principalement au point de vue des lesions anatomiques qu’ils
ont pu mettre en evidence.
Celles-ci sont assez diffuses. Outre les lesions des plexus choroides avec
dilatation considerable des ventricules deja decrits par d’autres auteurs, ils
ont trouve des lesions de la paroi des ventricules ainsi que du noyau caude
et du pallidum.
SQCIETES
m
Intoxication oxycarbonee avec legere hemorragie meningee et troubles
mentaux tardifs, par MM. H. Baonville, J. Ley et J. Titeca.
Presentation d’un malade qui fut atteint accident ellement en novembre
1935 d’une intoxication oxycarbonee grave, ayant entraine un coma de huit
jours. Sa femme, intoxiquee en meme temps que lui, n’a pas survecu. Pen¬
dant un mois il presenta des maux de tete, des vertiges, des troubles mnesi-
ques, puis on vit apparaitre un syndrome dementiel avec mimique inexpres¬
sive, gestes automatiques, attention volontaire tres deficiente contrastant
avec une attention spontanee eveillee. Ce tableau clinique evolua vers un
syndrome confusionnel avec troubles profonds de la memoire, tabulation
assez pauvre et diminution de l’affectivite. Le liquide cephalo-rachidien,
preleve en plusieurs fractions, contenait a la premiere ponction 4 et a la
seconde 1 globules rouges par mm3. Les auteurs insistent sur la periode de
latence avant 1’apparition des troubles mentaux et sur l’existence tres pro¬
bable d’une legere hemorragie meningee.
Un nouveau cas de demence presenile,
par MM. H. Baonville,' J.' Ley et J. Titeca.
Presentation d’une femme de 62 ans, dont l’affection evolue depuis 8 ans
et a debute par des crises epileptiformes, suivies d’une amnesie progressive
avec troubles d’allure aphasique et erreurs praxiques dans les actes profes-
sionnels. II s’agit probablement d’une atrophie corticale progressive du type
Alzheimer ou Pick.
Psychose puerperale a evolution denaentielle, guerison brusque,
par fievre spontanee, par M. Daelman.
Relation d’un cas de psychose puerperale qui apres deux annees d’evolu-
tion a forme de demence precoce et apres echec de deux essais de pyreto-
therapie artificielle, suivis d’un retour de la menstruation mais sans aucune
modification de l’etat mental, fit une annexite avec poussees febriles et gue-
rit rapidement.
A propos des psychoses de la menopause, par M. Hoven.
L’auteur fait l’historique de la question et montre le caractere special des
melancolles de la menopause, qui presentent dans beauco.up de cas une
parente clinique avec la demense precoce.
J. Ley.
472
SOCIETES
Societe Beige de Neurologie
Seance du 29 Fevrier 1936
Presidence : M. ENDERLE, president
Survie et reviviscence des centres nerveux apres anemie aiguS,
par M. C. Heymans.
Les centres nerveux, et particulierement les centres respiratoires, sont
tres sensibles a l’anemie. On a longtemps considere qu’une interruption
de 3 ou 4 minutes de la circulation entrainait une paralysie definitive de ces.
centres. Les preuves experimentales de cette opinion n’etaient pas proban-
,tes ; l’auteur a voulu la verifier par la methode de la perfusion de la tete
isolee. Cette perfusion se fait par une circulation derivee d’un autre animal,
un chien en l’espece, soit par un poumon et un coeur artificiels.
La tete perfusee peut n’etre plus en relation avec le tronc que par le
pneumogastrique, ou par la moelle. Si, dans ces conditions, on interrompt
par un dispositif special l’arrivee du sang a la tete, les reflexes generaux
s’arretent au bout de 4 ou 5 minutes. Si l’on retablit la perfusion, la revi¬
viscence du centre respiratoire est possible, apres 30 minutes. Comme il faut
parfois transfuser pendant - 10, 20 ou 30 minutes pour que cette revi¬
viscence se produise, l’arret du centre respiratoire a done dure 60 minutes.
Pour les autres centres encephalobulbaires, les centres cardioregulateurs
et vasomoteurs, on obtient les memes chiffres.
Pour les centres des reflexes palpebraux et pupillaires, on trouve les
chiffres de 15 a 20 minutes.
Toute une serie d’experiences ont permis de preciser la possibility de sur¬
vie de divers centres. D’autres etudes ont permis d’examiner le comporte-
ment des centres lorsque l’animal est anemie ou asphyxie en totalite. Si on
asphyxie ou qu’on saigne un chien, il se produit, au bout de 2 ou 3 minutes,
une paralysie respiratoire. Au bout d’une demi-heure, on peut encore, par
transfusion et injection intracardiaque d’adrenaline, obtenir une reanima¬
tion des centres respiratoire, cardio-regulateur et vaso-moteur. Mais le
chien succombe dans le coma ; les centres ont ete completement et definiti-
vement exclus, apres 5 minutes au plus pour certains. Peut-etre y a-t-il une
sensibilite particuliere des zones thalamiques et hypothalamiques. Les ani-
maux totalement asphyxies ou anemies meurent en hyperthermie.
Des projections fixes et cinematographiques montrent le detail des expe¬
riences realisees.
SOCIETES
473
Hemiplegic a la suite d’hemorragie et de tamponnement de la region
carotidienne, par M. H. Callewaert.
Presentation d’un malade de 33 ans, ayant des antecedents syphilitiques,
et qui fut blesse d’un coup de couteau a la region carotidienne gauche. Une
suture par agrafes n’empecha pas une perte abondante de sang. Le blesse
avait une paresie faciale inferieure gauche, par section de la branche cer-
vico-faciale. II y avait en outre section de la jugulaire et plaie tangentielle
de la carotide. On laissa en place un tamponnement, pendant 36 heures. II
se produisit ensuite une hemiplegie droite avec confusion mentale et trou¬
bles sphincteriens. Plus tard, on constata de l’alexie, sans aphasie, de
l’agraphie et de la dysphagie avec regurgitation nasale. La pathogenie de
ces phenomenes hemiplegiques s’explique peut-etre par un spasme des arte-
res superficielles du cerveau.
Un cas de diagnostic difficile, par MM. P. Martin et L. Van Bogaert.
Presentation d’un malade atteint d’hemiplegie spasmodique gauche et dont
1’examen ne montre aucun signe net permettant de rattacher la symptoma¬
tology a un syndrome clinique classique. La ventriculographie a donne un
resultat normal. Malgre l’absence des signes habituels on doit envisager la
possibility d’une etiologie tumorale.
Crises cataplexiques et anomalies de caractere,
par MM. De Bcsscher, Martin et Van Bogaert.
Presentation d’une fillette de 10 ans, atteinte depuis un an environ de
crises cataplexiques (chute en masse, durant une seconde, et sans perte de
connaissance). II existe une areflexie tendineuse generale.
L’enfant a, depuis le debut de ces troubles, montre un caractere bizarre,
avec des manifestations naguere attributes a une constitution hysterique.
Les acces cataplexiques se produisent souvent apres une fatigue.
Note sur l’hyperpnee, par MM. Lardelle et L. Massion.
Projection d’un film montrant que, par l’hyperpnee, on peut faire appa-
raitre certains signes autrement indecelables, comme le signe d’Oppenheim
et celui de Babinski. L’epreuve de l’hyperpnee peut ainsi etre d’une grande
utilite pour un diagnostic de lesion ou de localisation.
J. Ley.
ANALYSES
LIVRES, THESES, BROCHURES
HISTOIRE DE LA MEDECINE
Tableau de la caricature medicale depuis les origines jusqu’a nos jours,
par A. Weber. Preface du Professeur Laignel-Lavastine. (1 vol. in-8°,
144 pages avec 130 gravures in Collection « Hyppocrate » Le Frangois, edit.,
Paris, 1936.
Dans ce volume edite avec soin, ou l’histoire de la caricature medicale
apporte des documents a l’histoire de la medecine et des mffiurs, le lectern*
trouvera reunies les diverses fagons dont, de toils temps, dans tous les
pays, on s’est moque des medecins et.on .en a medit.
M. A. Weber a classe en les commeptant , ces documents, qui soulignent
les ridicules des medecins et des malades et parodient certaines des attitu¬
des professionnelles miedicales, selon que ces documents se rapportent a
l’antiquite classique, a la dan^e macabre, a la Renaissance, au siecle de
Moliere, aux caricatures de Rowlandson, au xvme siecle, au xixe siecle (Dau¬
mier). Autrefois, Ton riait settlement des malades, aujourd’hui on rit sur-
tout des. medecins.
Des 130 gravures reunies dans ce volume, et dont beaucoup sont hien
connues, il faut rappeler ici, parmi celles qui concernent la psychiatrie,
l’hypocondriaque de Rowlandson (62'), le pelerinage au tombeau du diacre
Paris (72), les caricatitres sur le baquet de Mesmer (73, 75) et le magnetisme
animal (74), sur Gall et sa phrenologie (76, 77), en particulier celle de Row¬
landson, intitulee « une conference du D1' Gall (78) », si caracteristique de la
maniere de l’artiste, une gravure allemande du xvne siecle consacree a la
Guerison de la Folie (88), les tracteurs metalliques du Dr Perkins (86), et les
grands effets merveilleux de l’acunpuncture (104), caricature toujours d’ac-
tualite bien que vieille d’un siecle, l’hypocondriaque joulflu de Daumier (93),
qui craint d’etre « poitrinaire », etc., etc.
D’interessantes pages consacrees au rire et au phenomene du comique,
M. A. Weber conclut que le rire accompagne un passage du sacre au pro¬
fane. L’avalanche des caricatures qui a salue l’avenement de la medecine
Analyses-
475
scientifique a, selon lui, pour origins, la disproportion entre la medecine
« sacree » et la medecine profane, le passage instantane entre le divin de
la profession medicale et l’humain, le trop hnmain, de celni qui l’exerce.
Rene Charpentier.
La peste d’Athenes (430-426 av. J.-C.), par le Dr J.-P. Beteau. Preface par
M le D' L. Tanon, Professeur d’Hvgiene a la Faculte de Medecine de Pans,
traduction d’extraits de YHistoire de la guerre du Peloponese, par M. P. Bar¬
riers, Agrege de PUniversite, Docteur es lettres (1 brochure in-16, 46 pages,
edit, par l’auteur, Paris 1934).
La maladie dite « peste d’Athenes », si bien decrite par Thucydide, a de
tout temps vivement excite la curiosite et suscite une longue conti o\erse.
Si depuis Littre, on admet generalement qu’il s’agissait d’une epidemie de
peste pneumonique, on a incriminc successivement la fievre- putride 1 ergo-
tisme le typhus, le typhus exanthematique, la syphilis, la meningite cere-
bro-spinale, la variole, la scarlatine, la rougeole, la fievre jaune, etc...
Reprenant et commentant la description de Thucydide, M. Beteau est
d’avis que cette peste, venue d’Ethiopie et d’Egypte, qui envahit l’imlmense
empire perse et atteignit la Grece en 430 par une route maritime, fut une
double epidemie de dengue mediterraneenne et A’erysipele epidemique
Cette association expliquerait la mortalite relativement elevee, la haute
malienite de l’epidemie etant en rapport avec les circonstances cosmiques
et les conditions hygieniques. Si, d’ailleurs, la morbidite fut exceptionnel-
lement importante, la mortalite depuis le debut de l’annee 430 jusqu au
commencement de 1’hiver 426-425 ne fut guere que d’environ quatre pour
cent des habitants, mortalite qui serait bien faible s’ll s’agissait de typhus,
de variole, de fievre jaune ou de peste pneumonique.
En terminant cette tres interessante discussion, methodiquement conduite,
M Beteau rappelle l’opinion de Grail, que la dengue mediterraneenne a son
berceau dans la Mer Rouge, et ne serait qu’une dengue tropicale dont les
caracteres se modifient dans le bassin mediterraneen jusqu a sindividua-
liser. L’origine ethiopienne de cette « dengue d’Athenes » viendrait a
1’appui de cette hypothese.
Rappelons en terminant que Socrate ne quitta pas Athenes pendant
l’epidemie et fut protege, assure Diogene Laerce, par sa sobnete.
Rene Charpentier.
PSYCH1ATRIE
Psychose maniaque-depressive et folios discordantes. Situation nosogra-
phique de quelques formes particulieres par rapport a ces entites, pai
Julien Rouart. 1 vol. in-8», 260 pages. G. Doin, edit. These Pans 1935.
L’existence de nombreux cas pathologiques susceptibles d’etre places dans
le cadre de la psychose maniaque-depressive ou dans celui de la demence
precoce pose un probleme nosographique qui a, depuis longtemps, retenu
1’attention des cliniciens et que l’auteur va tenter de resoudre a 1 aide d une
methodologie inspiree principalement des conceptions de Jaspers.
Krsepelin fondait sa classification sur un procede qui consiste a mstituer
des experiences comparees entre les signes de deux formes climques pour
47G
ANALYSES
eprouver jusqu’a quel point ces signes peuvent etre utilises en vue du diag¬
nostic. L’entite clinique, creee par cette methode, reste subordonnee aux
resultats d’observations nouvelles qui peuvent en elargir ou en retrecir le
cadre, et par suite, modifier la classification. On sait que celle de Krsepelin
a varie d’une edition a l’autre de son Traite.
Jaspers a critique cette methode. II constate avec raison que les maladies
dont l’etiologie et 1’anatomie pathologique sont connues, la paralysie gene-
rale par exemple, ne presentent aucun tableau psychopathologique speci-
fique ni caracteristique. Les groupes dont l’etiologe et l’anatomie patho¬
logique sont inconnues, telles que la demence precoce ou la psychose mania-
que-depressive ont des limites tres differentes suivant que I’on considere,
soit leurs signes psychiques fqndamentaux, soit leur evolution. Les syn¬
theses de Kraepelin realiserent neanmoins un progres considerable sur les
classifications anterieures, grace a 1’observation du « tableau d’ensemble ».
Mais elles ne tenaient pas suffisamment compte du role pathogenique des ele¬
ments constituant la personnalite meme du sujet, sur lesquels Magnan avait
insiste dans sa doctrine de la degenerescence mentale. Ce fut Ie merite de
Bleuler de distinguer, entre les symptomes observes, les symptomes pri-
maires qui etaient plus directement en rapport avec un processus morbide
et les symptomes secondaires, auxquels les premiers permettaient de se
manifester, mais qui etaient empreints de caracteres essentiellement per¬
sonnels.
L’auteur etudie ces facteurs personnels dans l’eclosion des psychoses
maniaques-depressives et schizophreniques. A la lumiere des travaux de
•Bleuler et de Kretschmer, il examine les deux points de vue : d’une part
la personnalite en ce qu’elle possede anterieurement a toute experience,
d’autre part le developpement de la personnalite subordonnee au milieu,
bref les elements innes ou herites et les elements acquis. II analyse les
opinions adverses, s’eleve avec raison contre un constitutionnalisme inne
trop etroit et semble accorder une influence preponderante aux elements
acquis.
Un chapitre important est ensuite consacre aux travaux methodologiques,
peu connus en France, et particulierement a ceux de Kretschmer, Jaspers,
K. Schneider, Birnbaum, qui ont etudie les notions de reaction, de pro¬
cessus, de structure. II expose tout d’abord certains principes tires des nou¬
velles tendances de la psychologie allemande et, en particulier, de la phe-
nomenologie. Une maniere speciale d’apprehender les faits psychiques et
de les relier entre eux en decoule : l’interpenetration affective, la com¬
prehension, ou l’impenetrabilite, sont des notions issues de cette methode,
et, de meme, « le contact vital avec la realite » (Minkowski) ; la schizo'idie
et la syntonie de Kretschmer. L’auteur examine la valeur methodolo-
gique des notions de constitution, de reaction, de processus. Une reaction
est un ensemble de faits psychiques provoques par une cause exogene.
« Sont reactions vraies, pour Jaspers, celles dont le contenu est en rap¬
port comprehensible avec l’evenement originel, qui ne seraient pas nees
sans cet evenement et dont revolution depend de l’evenement et de leur
rapport avec lui. » La reaction, si elle est comprehensible, est un phenomene
psychique different du normal seulement par une anomalie d’intensite, de
duree. Si elle cesse d’etre en rapport comprehensible avec un evenement et
la personnalite anterieure du sujet, on doit faire intervenir, dans sa genese,
un facteur extraconscient ; elle peut etre expliquee par une relation de
ANALYSES
477
eausalite avec uri processus. La notion de processus designe done habituel-
iement le facteur exlraconscient responsable des troubles psychiques qui
echappent a notre comprehension, et conduisent generalement a des etats
de deficit. La situation reciproque de ces elements — caractere, reaction,
evenement vecu, processus — constitue la structure des psychoses. L’etude
de la structure tient compte de tous les elements qui constituent la per-
sonnalite heritee ou acquise, et notamment des evenements exterieurs,
psychologiques ou organiques, qui peuvent la modifier dans un sens par-
ticulier. Le diagnostic d’une espece morbide devient ainsi essentiellement
d’ordre psychopathologique et peut etre etabli de plusieurs points de vue ;
e’est un diagnostic « a plusieurs dimensions », selon l’expression de
Kretschmer.
Dans une seconde partie, clinique et nosographique, qui occupe la ma-
jeure partie du volume, 1’auteur essaie d’appliquer a la discussion d’un
certain nombre de cas concrets (26 observations) les notions theoriques ci-
dessus. II le fait avec beaucoup de prudence et de sagacite.
II definit d’abord la psychose maniaque-depressive, dans ses formes pures
qui se caracterisent par un type clinique et une evolution intermittente, sans
apparition de troubles deficitaires en relation avec la maladie. A cote de
ce type ideal, il analyse des types complexes avec confusion et delire el
meme reponses a cote, ce dernier symptome, dans le cas envisage, appa-
raissant, malgre son absurdite, comme une reaction comprehensible. Le
critere qui permet a 1’auteur de poser son diagnostic est done un carac¬
tere negatif : l’absence de dissociation, de signes schizophreniques pri-
maires (au sens de Bleuler). Dans un troisieme groupe il reunit, sous le
signe de la rupture avec le monde exterieur, des formes nettement schizo¬
phreniques intermittentes ou avec remission, des etats maniaques depres¬
ses, progressivement discordants ou catatoniques et enfin les schizo-
maniaques de Claude. Entre ces deux groupes, et sans discontinuity tran¬
che avec eux, il place enfin des etats intermittents, dans lesquels a cha-
que acces la perturbation est plus profonde, l’excitation ou la depression
moins pure, plus dissociee mais sans signe de deficit dans l’intervalle.
Ce sont les formes « liminaires ou marginales » dont il defend l’inde-
pendance nosographique. Il considere en effet, selon les principes metho-
dologiques qu’il invoque, l’aspect psychologique du trouble comme un tout
indivisible et ne saurait admettre les notions de psychoses associees ou
combinees, ni la possibilite d’une combinaison congenitale de deux dispo¬
sitions pathologiques.
Il faut lire ce travail consciencieux pour en saisir toute la valeur. Impre-
gne des recentes theories allemandes, il cherehe, cependant, a se liberer de
certaines tendances unicistes, prates a bouleverser la psychiatrie, deja suf-
fisamment anarchique, sous le pretexte qu’un meme trouble peut engen-
drer n’importe quel tableau clinique. Tout en insistant sur le role capital
de la personnalite dans la psychopathologie, il reconnait la necessite de
conserver des entites morbides bien individual isees par leur type clinique
et par leur evolution, entites qui constituent des sortes de reperes par rap¬
port aux formes complexes, les plus nombreuses sans doute, dans la patho-
genie desquelles interviennent des facteurs multiples en proportions dif-
ferentes, et qui restent encore si difficiles a classer.
J. Capgras.
iNALYSES
m
Essai sur la schizophasia, par le Dr Jacques Delmond, interne des asiles de la
Seine. These Paris 1935, 104 pages, E. Le Francois edit.
La schizophasie, langage incoherent du dement precoce, est le temoin
fidele, ideo-verbal, de son' degre de dissociation psychique. Elle peut aller
jusqu’a la « salade de mots », jusqu’a la destruction du langage. Moins
prononcee, elle aboutit seulement aux neologismes, a la glossolalie, au sym-
bolisme, a l’hermetisme. L’incoherence verbale ne fait que traduire l’in-
coherence ideique ou conceptuelle.
Les observations cliniques de schizophasie se font a l’aide : 1° de pro-
pos notes au cours d’interrogatoires ou spontanement tenus par le malade
devant le medecin ; 2° de textes schizographiques ; 3° de propos enregis-
trcs par la methode phonographique. L’enregistrement phonographique
peut, en effet, rendre de grands services pour l’etude des troubles phone-
tiques chez les alienes, comme l’ont bien montre, il y a longtemps deja,
Joffroy et Mignot.
Les troubles schizophasiques correspondent a une disintegration de la
fonction du langage, dont le niveau varie suivant les cas. On y rencontre
notamment, en appliquant la methode de Head pour l’examen des troubles
du langage dans l’aphasie : des troubles verbaux ou de la fonction de¬
pression motrice, constituant une variete de jargonaphasie ; des troubles
nominaux (paralogismes, neologismes), rappelant la paraphasie ; des trou¬
bles syntaxiques (paragrammatismes) representant la forme la plus pure
de schizophasie ; des troubles semantiques, principalement caracterises par
« l’interpretation philologique ».
R. Dupouy.
Essai sur la psychologie et la physiologie des obsedes, par le Dr Henry-
Id. Gallot, ancien interne des hopitaux de Paris. These Paris 1935, 168 pages,
E. Le Frangois edit.
L’auteur tente une analyse a la fois psychologique et physiologique des
obsessions. II etablit rapidement les traits marquants de l’obsession, le sen¬
timent de parasitisme, la lucidite du sujet, sa lutte, son angoisse, enfin le
terrain constitutionnel special, psychasthenique ou anxieux, sur lequel evo-
lue l’affection.
En clinique, il distingue les obsessions intellectuelles, les obsessions
impulsives, les obsessions algiques, les phobies diffuses ou systematisees.
Dans son etude sur leur psychogenese, il expose succeseivement la theorie
de P. Janet, la theorie psychanalytique de Freud (psychanalyse en profon-
deur et celle de Steckel (psychanalyse en surface). Etudiant ensuite la physio-
pathologie de la constitution psychasthenique, il arrive a cette conclusion
que la psychasthenic — terrain de culture des obsessions — semble etre
« la resultante, la traduction dans le domaine de la pensee active d’une cer-
taine maiiiere d’etre psycho-physiologique d’origine toxique ou infectieuse,
hereditairement transmissible » et il fait jouer le role le plus actif et le
plus frequent a la syphilis. L’obsession serait, pour Laignel-Lavastine et
pour lui, « un pbenomene recessif souvent heredo-syphilitique ».
PhysiOlogiquement encore, les obsedes sont des hyperamphovagotoni-
ques avec grosse excitabilite vagale et sympathique ; morphologiquement
des astheniques (type Kretschmer) ou plus exactement des « retractes-
bossues » hyper-excitables (type Sigaud et Corman).
R. Dupouy.
ANALYSES 4/y
Le travestissement. Essai de psycho-pathologie sexuelle, par le Dr Agnes
Masson. Preface du Professeur Laignel-Lavastine. 1 vol. m-8° de 143 pages.
Collection « Hippocrate ». Le Francois edit., Paris 1935.
Je suis heureux de presenter aux lecteurs des Annates, comme je l’ai fait
an grand public, ce volume de Mme Masson, medecin-directeur de l’Asile
de Saint-Alban. Mme Masson y montre parfaitement le caractere psyeho-
pathologique du travestissement, avec une grande abondance de details qui
ne masquent cependant pas la vue d’ensemble, et avec des references biblio-
graphiques tres precises, qui permettent de se reporter non seulement aux
travaux fondamentaux sur la question (Krafft-Ebing, Havelock Ellis, Hirsch-
feld, Forel, Maranon, etc.), mais encore aux sources mlSmes du sujet (dans
l’histoire, dans la litterature, dans les faits divers des journaux).
Frappe comme Sainte-Beuve par le feminisme de l’abbe de Choisy, auquel
i’ai consacre une etude dans Paris Medical en 1919, j’ai continue a Sainte-
Anne, comme professeur de clinique interimaire, a demontrer la frequence,
surtout chez les alienes, d’un manque de polarisation sexuelle plus ou moms
accentue.
Apres Dupre, je suis revenu sur l’abondance des « femmes a barbe »
dans les asiles. J’ai lie leur hypertrichose et leur virilisme a des perturba¬
tions endocriniennes, souvent heredo-syphilitiques. Et au-dessous des
androgynes et des gynandres, chez lesquels le defaut de polarisation sexuelle
est a la fois morphologique, physiologique, psychique et social, j’ai
esquisse les formes les plus attenuees d’impolarisation sexuelle, pou-
vant se reduire chez tel homme a un gout pour la tapisserie, chez telle
femme a une habitude de porter une canne, ou a quelque autre detail ves-
timentaire si leger qu’il n’est plus qu’un element infime du travestissement.
Mme Masson a egalement envisage le travestissement au point de vue
ethnographique. Phenomene relativement frequent, il presente souvent un
caractere rituel, et, alors, est presque toujours lie a l’homosexualite.
« Parfois, ecrit-elle, il ne represente qu’une eoutume toleree, qui n’a pas
ou n’a plus de signification sociale ou religieuse ; parfois encore, il ne repre¬
sente qu’une exception, et ces cas sont alors comparables a ceux que l’on
rencontre dans les pays civilises, Iorsqu’aucun element de contagion col¬
lective ne le favorise. »
Enfln, tres justement, Mme Masson a insiste, sur 1’importance des tra-
vestis dans le domaine medico-legal. Un de mes compatriotes, Jacques
Duval, d’Evreux, qui fut medecin a Rouen sous Henri IV, eut le merite de
sauver du bucher un androgyne qui vivait maritalement avec une femme
et etait habille en femme. Designe comme expert, Jacques Duval ne se
contenta pas de discourir comme ses confreres, mais voulut voir et toucher.
Il decela le penis de l’inculpe et publia peu apres un Traite des Herman
phrodites qui, conformement au gout de I’epoque, commengait par un
acrostiche !
Le livre de Mme Masson ne vaut pas seulement par son pittoresque et
son piquant : c’est un important travail critique et medical, oil l’auteur,
avec une double technique, bibliographique et clinique, a su trouver les
materiaux necessaires a I’ediflcation d’un syndrome vestimentaire, le tra¬
vestissement, qui merite une place marquee dans la psycho-pathologie
sexuelle.
Laignel-Lavastine.
ANALYSES
Recherches sur la natalite dans certains groupes de maladies mentales
(Uutersuchungen liber die Fruchtbarkeit gewisser Gruppen von Geistes-
kraukeu), par Erik Essex-Moller. Fasc. de 314 pages, supplement VIII des
Acta Psychiatrica el Neuvoloyica, Gopenhague 1935.
Ce livre, consacre a l’etude de la natalite chez les schizophrenes, les
maniaques depressifs et les epileptiques, est le fruit des recherches pour-
suivies par l’auteur a l’Institut du Professeur Riidin, a Munich. 5.000 ma-
lades appartenant a ces trois categories, ainsi que 1.200 normaux, ont ete
etudies aux points de vue suivants : proportion des mariages, mortalite
et mortalite des enfants, nombre des enfants legitimes et naturels, com-
portement au point de vue de la courbe de denatalite, heredite, reproduc¬
tion en general. Les tableaux statistiques forment un volumineux appen-
dice, de pres de 100 pages.
Le nombre des mariages devient inferieur a la moyenne, apres le debut
de la maladie, dans les trois groupes, 1/6 de la moyenne chez les schizo¬
phrenes. Avant la maladie il est normal chez les maniaco-depressifs,
superieur a la moyenne chez les epileptiques, inferieur chez les schizo¬
phrenes. L’internement n’est pas la raison principale de la diminution des
mariages, qui est variable selon les formes cliniques, et sur laquelle la
duree de la maladie est sans influence sensible. La mortalite des enfants
n’est pas augmentee, alors que celle des parents malades l’est plus ou
moins considerablement : 1 fois 1/2 chez les maniaco-depressifs, 3 fois
chez les schizophrenes, 8 fois chez les epileptiques. Quant au nombre des
. enfants legitimes, les maniaques depressifs et les epileptiques en ont
autant que la population saine, et en cas de denatalite ils subissent la
meme regression. Les hommes schizophrenes ont un nombre normal
d’enfants dans une population qui ne pratique pas la limitation des
naissances, tandis que chez les femmes schizophrenes la proportion est
egale a la moitie de la moyenne. Mais en cas de denatalite, les schizo¬
phrenes, hommes et femmes, ne prennent pas part a la regression du
nombre des naissances ou du moins ne suivent cette regression que plus
lentement que la population saine.
La reproduction en general est egale a la moyenne chez les maniaques-
depressifs. La transmission hereditaire de la maladie est frequente. Par
sontre, la reproduction des schizophrenes et des epileptiques est fortement
diminuee. Les enfants des parents schizophrenes ne fournissent qu’une
faible partie, un dixieme peut-etre, de la totalite des schizophrenes dans
une population. Dans l’epilepsie les proportions sont analogues. Mais les
enfants peuvent etre atteints de psychopathies constitutionnelles diverses,
d’autre part ils peuvent, en tant qu’heterozygotes, transmettre a des gene¬
rations ulterieures la maladie de leurs parents.
Etant donne l’actualite de la question, il est naturel que l’auteur ait
envisage la repercussion sur la frequence des maladies etudiees, de la ste¬
rilisation eugenique obligatoire. Elle est plus ou moins importante, sui-
vant que l’intervention peut 6tre pratiquee des les premieres manifesta¬
tions de la maladie, ou seulement apres 1’internement. Mais elle apparait
comme bien moins importante et surtout bien moins immediate, si on
pense que la psychose maniaque depressive a un debut relativement tar-
dif, et que la grande majorite des schizophrenes et des epileptiques ne
proviennent pas de parents atteints de ces maladies.
E. Bauer.
ANALYSES
481
'Dermatoses pellagroides chez les malades mentaux (Pellagroide Dermato-
sen an Geisteskranken), par Paul Heiter et Jakob Jakobsen (de Copenhague).
1 vol, in-8», 125 pages;. Levin et Munksgaard, Copenhague, et G. Thieme,
Leipzig, editeurs, 1935.
En examinant 955 malades mentaux, les auteurs ont rencontre des der¬
matoses d’aspect pellagroide, dans 182 cas (19,3 %) ; mais le diagnostic de
pellagre n’etait cliniquement justifie que dans 14 cas. Parmi 881 detenus des
prisons danoises, examines a titre de controle, les proportions furent les
suivantes : 37 cas (4,5%), de dermatoses pellagroides, 2 cas de pellagre
vraie. Cette frequence des affections pellagroides chez les malades mentaux
est particulierement imposante dans l’encephalite et dans la demence pre-
coce. Dans cette derniere maladie, les dermatoses pellagroides ont ete de
moitie plus frequemment constatees que toutes les autres dermatoses reu-
nies, et quant aux 14 cas de pellagre « vraie », 12 etaient des schizophrenes.
Mais l’etude approfondie de ces 14 cas ne permet pas d’admettre, du
moins pour une partie d’entre eux, l’etiologie pellagreuse. II s’agit de der¬
matoses d’origine centrale, consequences de la maladie mentale, dues a des
lesions hypothalamiques. Le fait est demontre pour 1 cas d’encephalite et
2 cas de schizophrenic. En etendant l’hypothese de cette pathoggnie aux
autres affections pellagroides, on comprend pourquoi on les rencontre si
frequemment chez les malades mentaux, et surtout chez les encephalitiques
et les dements precoces.
Bieii entendu, la pellagre vraie existe egalement chez les malades men¬
taux, un des 14 cas deceits apparait comme un exemple typique. Elle est
plutot due a des troubles de la resorption qu’a des defauts d’alimentation.
Les auteurs ont etudie la formule sanguine d’une partie des malades, et
ils signalent la frequence de la lymphocytose, de l’eosinophilie, de la ten-
lance a l’anemie. Ils discutent la pathogenie des troubles extrapyramidaux
-lecrits dans la pellagre. Ces troubles ont ete decrits egalement chez des
dements precoces presentant des signes d’intoxication enterohepatique (diar-
rhee, etc.) et dans la dysenterie bacillaire. Ils sont dus a l’action sur le
diencephale de l’auto-intoxication intestinale. Enfin, les auteurs etudient
I’influence de la pellagre sur Devolution des maladies mentales. Elle peut
provoquer des troubles psychotiques, elle peut modifier l’aspect clinique
d’une psychose existante : retour passager a la lucidite, transformation
en syndrome amentiel d’un syndrome paranoide, production d’un syndrome
catatonique au cours d’un paroxysme maniaco-depressif, pour citer quel-
ques exemples.
PSYCHOLOGIE
La psychologie experimental et comparee, par Pierre Janet (1 brochure
in-8’ 14 pages. Extrait du Livre jubilaire compose a l’occasion du Quatrieme
Centenaire du College de France. Paris. Les Presses Universitaires de
France, edit).
C’est en 1888 que l’enseignement de la psychologie experimental et compa¬
ree fut inaugure au College de France par Theodule Ribot (1888-1901). Jus-
que-la trop confondues avec les etudes philosophiques et morales, les etudes
Ann. Med.-psych., XVc serie, 94e annee, t. I. — Mars 1936,
31.
482
ANALYSES
psychologiques mafquaient aiilsi Ieu'rs tendances nouvelles et leur alliance
avec les sciences biologiques. On sait combien grande fut l’influence de
Th. Ribot. Par son autorite, par son caractere, eomihe par ses metbodes,
il a reussi a transformer l’enseignement psychologique en France, a faire
accepter une psychologie scientifique en remplacement d’une psychologic-
philosophique, imbue de metaphysique. De cette psychologie, les precur-
seurs sont des medecins frangais du debut du siecle tels que Pinel, Georget,
Broussais, Esquirol, Leuret, Falret, Duchenne (de Boulogne), Morel, Brierre
de Boismont, Moreau de Tours, etc.
Le caractere liberal, conciliant, modeste, de Ribot, groupa autour de lui
tous ceux, philosophes, physiologistes, alienistes, qui s’interessaient aux phe-
nomienes de 1’esprit, et le succes de la Rettue Philosophique, fondee par lui
en 1876, contribua beaucoup a faire admettre le principe d’une psychologie
positive et scientifique.
Pleine de mesure, la methode de Ribot est avant tout une methode objec¬
tive, mettant en garde contre cette illusion qu’employer des precedes mathe-
matiques, e’est arriver a la certitude mathematique. Cette methode objec¬
tive est complet.ee jrar une methode de comparaison et par une sorte d’expe-
rimentation, fournie par les etudes de psychologie pathologique, « expe¬
riences preparees par la nature et d’autant plus precieuses qu’ici l’experi-
mentation est plus rare ». On sait le succes des petits livres sur les Mala¬
dies de la memoire, les Maladies de la volonte, les Maladies de la person -
nalite. Ribot y degagea sa loi de la dissolution des fonctions psychologiques,
qui va du complexe au simple, dans 1’ordre inverse de revolution. L’etude-
de la maladie mentale n’est pas seulement un moyen d’etablir des compa-
raisons, e’est aussi un merveilleux instrument d’analyse des phenomenes.
psychologiques. Ces etudes sur 1’ordre hierarchique des fonctions psycho¬
logiques nous conduisent a nous representer leur formation sous la forme
d’une evolution progressive. Et la psychologie de Ribot, qui tient toujours
compte du progres et de revolution de l’esprit, se presente comme une veri¬
table psychologie genetique.
Th. Ribot a fonde ainsi une psychologie bien frangaise, objective, compa¬
rative, pathologique, genetique, qui aura une place importante dans l’his-
toire des sciences morales. Et M. Pierre Janet, qui lui sueceda en 1901, apres
1’avoir supplee depuis 1895 a, pendant trente-cinq ans, continue cet ensei-
gnement, passant en revue, avec le succes que l’on sait, tous les problemes
de la psychologie normale et de la psychologie pathologique, auxquels il a
consacre de gros ouvrages qui font partout autorite.
Rene Charpentier.
L’annee psychologique trente-cinquieme annee (1934), par Henri Pieron,
Professeur au College de France et a l’lnstitut de Psychologie de PUniversite
de Paris. 2 vol. in-8°, ensemble, 912 pages in (Bibliotheque de Philosophie
Gontemporaine, Felix Alcan, edit., Paris 1935).
La trente-cinquieme: annee de V Annee psychologique, publiee par le
Professeur Henri Pieron, contient en ses deux volumes 1.563 analyses et
resume tous les travaux psychologiques importants publies en 1934.
Dans une premiere partie reservee a des memoires Originaux on trouvera
d’abord les fesultats tres intercssants des experiences sur Pevanouissement
de la sensation lumineuse (persistence indifferenciable et persistarice tolale)
ANALYSES
483
dans lesquelles M. Henri Pieron a mis en lumiere des donnees nouvelles de
grand interet.
M. N. Margineanu donne ensuite deux etudes sur les facteurs psychologi¬
zes que degage 1’analyse statique de l’esprit, analyse factorielle due a
1-initiative de Spearman, dont l’auteur expose ici la methode amsi que la
methode simplifiee de Thurstone et les recherches de Kelley. C est egalement
a cette question que se rattache le memoire dans lequel Mile Jeanne Mon-
nin met en evidence, par des methodes statistiques correctes, l’existence de
types ^intelligence s’accentuant avec l’age et presentant une independance
notame.
A signaler egalement un travail dans lequel MM. A. Fessard et P. Ku-
charski publient les resultats de leurs recherches sur les temps de reaction
aux sons de hauteurs et d’intensites differentes, mettant en evidence des
faits curieux concernant la relation des temps de latence des sensations
auditives avec la hauteur des sons.
Dans une contribution a l’etude du gout dit electrique, MM. Z. Bujas et
A. Chweitzer analysent le gout complexe et le gout airier provoques par la
fermeture a la cathode (excitation directe des terminaisons nerveuses, et
stimulation chimique), ainsi que le gout acide provoque par la fermeture a
l’anode (peut-etre du a l'electrolyse de la salive et du liquide mtra-cellu-
laire). II resterait a expliquer le gout acide qui apparait a la cathode au
moment de l’ouverture et le gout sucre qui l’accompagne parfois.
Cette serie de memories se termine par des pages consacrees par Mme Ka¬
tharine Banham Bridges a l’etude du type emotionnel chez le jeune
entant.
Dans une revue generale d’acoustique psycho-physiologique qui rendra de,
grands services, M. Henri Pieron met au point un ensemble de recherches
de la plus grande importance, tant au point de vue de la theorie de 1’auHi-
tion qu’au point de vue pratique (mesure des bruits, acoustique des sal-
les, etc.), et montre la necessite, pour resoudre les problemes qui restent
poses, de l’union des physiciens et des biologistes (psycho-physiologistes,
otologistes, etc;).
Une chronique, pleine de renseignements sur la vie des Societes, des
Congres, des Universites, des periodiques, complete cette publication haute-
ment renommee, dont la publication est chaque annee attendue et qui a
sa place marquee dans toutes les bibliotheques psychiatriques.
NEUROLOG1E
Etudes Neurologiques, sixieme serie, par Georges Guillain, Professeur a la
Faculte de Medecine de Paris, raembre de l’Academie de Medecine, Medecin
de la Salpetriere. 1 vol. in-8', 434 pages avec 108 figures, Masson et €'e edit.,
Paris 1935.
Le sixieme volume d’etudes neurologiques du Professeur Guillain, qui
vient de paraitre, est particulierement important et remarquablement edite.
Les 36 travaux qu’il contient ont ete groupes en chapitres consaeres aux
tumeurs cerebrales, a la pathologie de 1’encephale, a la pathologie des
pedoncules cerebraux, de la protuberance, du bulbe, du cervelet, a la patho-
434
ANALYSES
logie de la moelle epiniere, a la pathologie des nerfs craniens et rachidiens,
aux atrophies musculaires.
On trouvera dans ces travaux de clinique, comme dans les precedents, le
souci constant de maintenir a 1’anatomie et a la .physiologic dn. systeme
nerveux la preeminence dans les etudes neurologiques, et aussi la preoc¬
cupation de renover et de perfectionner la methode anatomo-clinique par
[’utilisation la plus large des techniques que la bacteriologie, la chimie et
la physique mettent a la disposition de la neurologie.
Ce nouveau volume d’etudes neurologiques contient les travaux pour-
suivis par l’auteur au cours des dernieres annees a la Clinique de la Sal-
petriere. Ils sont congus dans les traditions de 1’Ecole de la Salpetriere,
c’est-a-dire qu’a la methode anatomo-clinique ont ete adjointes toutes les
investigations modernes de la biologie.
On trouvera beaucoup de travaux de neurologie pure, classique, dans ce
volume qui se termine par le beau discours prononce par le Profeisseur
Guillain, a Rabat, en 1933, lorsqu’il presidait la 37e session du Congres des
miedecins alienistes et neurologistes de France et des pays de langue fran-
gaise. Dans ces pages, consacrees a la necessity des recherches scientifiques
pour le progres de la neuro-psychiatrie, M. G. Guillain etudie la crise de la
formation des elites et ses causes. II montre que les elites doivent etre
selectionnees jeunes, et suggere la creation de grands Instituts de pure
science neuro-psychiatrique, dans lesquels de jeunes savants, suffisamment
retribues par l’Etat, pourraient se consacrer uniquement a la recherche.
R. C.
Neurologie, par le Dr R. Monier-Vinard, Medecin de l’Hdpital Ambroise-Pare
(1 vol. in-12, 222 pages, in Collection des Initiations medicales publiee sous
la direction du Dr A. Sezary, Masson et (?• edit., Paris 1935).
Ce petit livre debute par un excellent ehapitre consacre a des considera¬
tions sur le diagnostic neurologique et l’examen du malade, ehapitre dans
Iequel M. Monier-Vinard expose les principes qui president a l’elaboration
du diagnostic et s’attache a montrer qu’il est une hierarchie dans la valeur
semeiologique des faits.
L’auteur passe ensuite en revue les troubles de la motilite, 1’examen et la
semeiologie des reflexes, les troubles sensitifs subjectifs, les troubles objec-
tifs de la sensibilite, les troubles sensoriels, les comas, les troubles de la
parole et du langage, les troubles sphincteriens et genitaux, les dystrophies,
les troubles trophiques et vaso-moteurs, les alterations du liquide cephalo-
rachidien, hypertension intracranienne et syndromes meninges, les trou¬
bles nerveux fonctionnels et les « troubles nerveux psychopathiques » et
les grands syndromes neurologiques.
En decrivant les principaux desordres nerveux, il s’applique a dega¬
ger ce qui constitue 1’essentiel de leur aspect. Pour que leur notion des¬
criptive soit plus vivante et plus claire, il indique pour chacun d’eux sa
physiopathologie, son siege lesionnel et ses causes pathogenes les plus
babituelles. Les procedes d’investigation directe des diverses fonctions ner-
veuses sont exposes de fagon suffisamment detaillee pour que l’etudiant
soit muni d’une technique sure, indispensable a un examen clinique utile,
en particulier en ce qui concerne l’exploration de la reflectivite et de la
sensibilite.
ANALYSES
Sous son faible volume, ce petit livre clair et precis renferme les notions
indispensables et rendra les plus grands services aux debutants, souvent
effrayes par les diffucultes et la complexity des examens neurologiques.
Rene Chahpentier.
Les migraines. Etude pathogenique, clinique et therapeutique, par Pasteur
Vallery-Rabot et Jean Hamburger, avec la collaboration de P. Blamoutier
(1 vol. in-8°, 232 pages, Masson et Cie, edit., Paris 1935).
Le moment n’etant pas encore venu ou il sera possible de grouper nos
connaissances sur les migraines en un ensemble clinique et pathogenique
definitif, MM. Pasteur Vallery-Radot et Jean Hamburger, apres un court
historique, decrivent successivement la migraine ophtalmique, la migraine
simple, les migraines accompagnees parmi lesquelles les migraines psychi-
ques (dysphrenie hemicranique transitoire de Mingazzini), les formes anor-
males de la migraine (migraines sans cephalee, migraines abdominales,
migraines a evolution anormale), et les migraines des enfants, d’un diag¬
nostic souvent plus difficile que celui de la migraine des adultes.
La difficulty d’etablir la pathogenie de la migraine tient, en particulier,
a ce que le processus echappe a toute exploration directe. La forme la plus
riche en symptomes et la plus constante dans son evolution, la crise de
migraine ophtalmique, est faite de la succession de deux ordres de pheno-
menes. Les premiers (troubles oculaires) sont expliques assez aisement par
un spasme vasculaire cerebral, sans que l’on puisse dire que ce vaso-spasme
soit sous la dependance d’une excitation du sympatbique. Des seconds
(cephalee, etc.), nous ignorons la pathogenie, de meme que nous ignorons
le mecanisme qui etablit la liaison entre ces deux phases de 1’acees. C’est
dire combien il est difficile d’etablir une pathogenie de la migraine simple,
mecanisme probablement de meme nature que celui de la phase doulou-
reuse de la migraine ophtalmique. Il est possible que les phenomenes pre-
monitoires de vaso-constriction s’effectuent ici dans une zone muette.
L’etude des modifications humorales, de celles qui sont permanentes et
de celles qui accompagnent la crise, montre qu’il s’agit d’une crise generate
et non d’un trouble limite au cortex, mais apporte peu d’elements capables
d’eclairer l’etiologie des acces.
Les recherches cliniques donnent des renseignements plus nombreux.
Les auteurs passent successivement en revue les facteurs etiologiques
generaux : terrain (heredite, glandes endocrines, troubles digestifs), cau¬
ses declenchant les crises (migraines anaphylactiques, roenstruelles, par
influences cosmiques, par emotions, etc.), et les facteurs etiologiques
locaux (epines irritatives locales, myo-celLulite cervicale, migraines symp-
tomatiques et migraines compliquees). Ils discutent les faits cliniques
et les faits pathogeniques, qui ont fait rapprocher la migraine de l'epi-
lepsie. Alors que M. Pagniez estime qu’il existe entre ces deux affec¬
tions une parente etroite, MM. Pasteur Vallery-Radot et Jean Hamburger
sont d’avis que si la migraine et l’epilepsie font partie de la vaste classe
morbide des « crises a determinisme local » et sont toutes deux des « ora-
ges nerveux », il ne semble pas possible actuellement d’etablir entre elles
une parente plus etroite. 11s rappellent egalement les cas dissociation de
la migraine, non seulement avec l’epilepsie, mais avec l’asthme, le coryza
spasmodique, l’urticaire, les crises de tachycardie paroxystique, la tetanie,
I’hemoglobinurie paroxystique, la maladie de Raynaud, la psychose mania-
486
ANALYSES
que-depressive (Tinel et Lamache), la nevralgie faciale, les spasmes faciaux
(Henry Meige), les crises acetonemiques chez l’enfant, le rhumatisme noueux,
les dartres, la gravelle, l’obesite, le diabete, la goutte, etc.
Ce livre, tres clair et tres documents, se termine par un expose tres com-
plet des indications therapeutiques : traitement de la cnse, de resultats
inconstants et dont les agents les plus recents sont l’acetylcholine et la retro-
pituitrine ; et traitement de fond de la migraine, qui varie suivant qu’il
s’agit de migraines d’origine endocrinienne (opotherapie), de migraines
digestives, de migraines biliaires (tubages duodenaux), de migraines ana-
phylactiques (traitements desensibilisants), ou de migraines de cause locale
(cellulite cervicale, ou points douloureux nevralgiques permanents), trai-
tees par le massage et les agents physiques. Les auteurs exposent egale-
ment les prescriptions generales hygieno-dietetiques, les medications pro-
teiniques et cristalloidiques, la therapeutique de l’equilibre nerveux, et les
diverses tentatives de traitement chirurgical de la migraine (intervention
sur le sympathique cervical, sur le trijumeau, sur l’artere meuingee
moyenne, injections locales d’adrenaline).
Rene Charpentier.
Les hydrocephalies aigues et subaigues d’origine optique, accidents
meninges otogenes purement hypertensifs, par le Dr Robert Rourgeois.
1 vol. 178 pages, Masson et Cie edit., Paris 1935.
Cet important travail est consacre a l’etude des accidents hypertensifs
qui surviennent au cours des otites, en rapport avec un cedeme cerebro-
meninge et ou le liquide cephalo-rachidien est trouve normal.
L’hydrocephalie otitique (variete de l’ancienne meningite sereuse) est
ainsi une complication survenant au cours d’une otite et caracterisee par
des accidents d’hypertension intra-cranienne, le plus souvent aigus, avec
generalement stase papillaire, dus a un oedeme cerebro-meninge, qui deter¬
mine une accumulation localisee ou diffuse du liquide cephalo-rachidien
sous tension. Elle presente trois formes essentielles, externe corticale dif¬
fuse, interne ou enkystee ventriculaire, localisee a la fosse posterieure avec
possibilite de productions kystiques de la loge eerebelleuse (hydrocephalies
cloisonnees de la loge posterieure), et guerit par des moyens qui se resu-
m'ent a l’evacuation de ce liquide hypertendu.
La ponction lombaire donne des renseignements de premiere impor¬
tance au point de vue du diagnostic : le liquide cephalo-rachidien est nor¬
mal, sans leucocytose ni albuminose ; il parait meme parfois comme dilue.
On elimine ainsi facilement l’abces cerebral. La meningite septique aigue
sera de meme ecartee, soit d’emblee, soit apres examen albumino-cytolo-
gique et culture du liquide. Plus difficile est le diagnostic differentiel des
tumeurs cerebrales avec les formes lentes et subaigues des hydrocephalies
otitiques, et tout particulierement avec les arachnoidites kystiques de la
fosse posterieure.
. Si la ponction lombaire se revele insuffisante comme moyen therapeu¬
tique, la trepanation s’impose d’urgence, soit par la voie mastoidienne avec
ponction de la dure-mere eerebelleuse s’il existe des symptomes cliniques
cerebelleux, soit par la voie temporale avec incision de la dure-mere (ope¬
ration de Henri Bourgeois) et ponction ventriculaire s’il s’agit d’une hydro-
eephalie interne.
R. Dupouy.
ANALYSES
487
Xiu syndrome d’Adie, de son diagnostic et des problemes etiologiques
qu’il pose, par le Dr Jean Curveille (1 brochure in-8«, 78 pages, Bose frer.es,
M. et L. Rion edit.. These Lyon, 1935).
Ce travail, fait sous la direction de M. le Professeur Pommc, dans lequel
il rappelle 17 observations anterieurement publiees et donne use lmpor-
tante bibliographic, est consacre par M. Jean Curveille au syndrome decrit
par W.-J. Adie en 1932, affection benigne, non syphilitique, mais dont
l’etiologie est mal connue. Caracterise par des troubles pupillaires et des
troubles de la reflectivite osteo-tendineuse, ce syndrome, conclut M. J. Cur¬
veille, presente le double intcret : du point de vue semeiologique, de remet-
tre indirectement en valeur la description si precise d’Argyll-Roberlson ;
du point de vue clinique et therapeutique, d’attirer l’attention sur des syn¬
dromes dont la symptomatology non rigoureusement interprets pourrait
.etre l’origine de lourdes erreurs.
4ussi le diagnostic differentiel de ce syndrome doit-il etre fait soigneu-
sement et en deux temps : d’une part, entre la pupille dite tonique, d’Adie,
et une pupille presentant le signe d’Argyll-Robertson ou une pupille bra-
dyldnetique (encephalite epidemique) ; d’autre part, entre le syndrome
d’Adie et les affections presentant quelques analogies symptomatiques
•comme le tabes.
BIOLOOIE
Bes reflexes conditionnels. Etude de physiologie normals et patholo-
gique, par G. Marinesco et A. Kreindler. Preface du Professeur G. Dumas.
1 vol. iu-8°, 171 pages, 10 planches hors texte. Felix Alcan, editeur.
Paris, 1935.
Les reflexes conditionnels, decouverts et etudies par Pavlovv, ottrent de
l’avis unanime une methode des plus precises pour etudier l’activite du
cortex cerebral et penetrer experimentalement la psychologic normale et
pathologique. Mais cette methode est herissee de difficultes. La methode
associativo-motrice de Bechterew, beaucoup plus pratique d’application et
d’usage, permet aussi de saisir sur l’homme les plus fines manifestations
d’activite cerebrale puisque fixation, disparition, action des phenomenes
d’inhibition externe, d’inhibition interne avec ses differentes formes (l’ex-
tinction du reflexe conditionnel, l’inhibition conditionnee, le processus de
differenciation, l’inhibition vestigiale, les phenomenes de retardement) ainsi
que tous les phenomenes si curieux d’irradiation statique et dynamique, de
concentration, de desinhibition, d’induction, et les reflexes conditionnels de
2° et 3e ordres, s’exteriorisent pareillement avec l’une et l’autre methode :
le Professeur Marinesco et le Dr Kreindler l’etablissent. La methode asso¬
ciativo-motrice consiste a inscrire un reflexe de defense, inne, provoque par
une excitation electrique douloureuse, et a associer a l’excitation sensible
une excitation sensorielle determinee (son d’un metronome, excitation lumi-
neuse). Apres un certain nombre d’essais, variables seloii les individus,
l’excitation sensorielle seule (excitant conditionnel) produit la reaction de
defense : un reflexe conditionnel a ete etabli.
Dans la premiere partie de cet ouvrage, les chapitres traitant de : consi-
488
ANALYSES
derations generates sur les problemes de la relation entre l’histologie. des
centres perveux et la creation de connexions fonctionnelles entre eux - — la
base structural du behaviorisme — chronaxie et developpement des. reflexes
conditionnels — le principe de l’attraction du centre avec la plus intense
activite — • soulignent l’importance theorique de 1’etude des reflexes condi¬
tionnels pour bien connaitre les lois de la dynamie du cortex derebral et
les expliquer en fonction de la structure morphologique du cerveau. La
seconde et la troisieme partie font penetrer le lecteur dans la pratique de'
la reflexologie conditionnelle sur l’homme normal et pathologique, a diffe-
rents ages de sa vie. Chez l’enfant, la methode permet d’apprecier la matu-
rite fonctionnelle du cortex et ses anomalies, de saisir le moment ou une
action educative determinee possede les meilleures chances de produire un
rendement maximum et de choisir les moyens educatifs les plus appro-
pries aux capacites de l’enfant.
Les constatations que les differenciations grossieres se fixent plus facile-
ment k cet age que les differenciations delicates, que les inhibitions ti'op
intenses qui portent en elles des gerroes de reactions morbides, nuisent
comme nuit a l’enfant de trop faciliter sa tache, conduisent a proposer aux
pedagogues quelques conseils et a ouvrir la voie au controle et a la revision
des principes de la pedagogie. Chez l’homme adulte, les auteurs ont innove
en completant l’exploration du cortex cerebral par 1’etude plethysmogra-
phique de reflexes associativo-vaso-moteurs, permettant d’apprecier 1’acti-
vite des centres sous-corticaux vegetatifs. Chez 26 sujets classes suivant
les types de Kretschmer, les auteurs ont pu etablir une certaine relation
eritre le pouvoir de fixation et d’inhibition des reflexes conditionnels et les
constitutions. Chez le vieillard, cette methode permet de saisir les plus
fines modifications du dynamisme cerebral et de donner une explication
physio-pathologique a sa psychologie si speciale. Quant aux services que
cette methode rendra a 1’avenir dans 1’etude de la psychopathologie, elle
paraitra prodigieuse a qui meditera les premieres constatations failes par
les auteurs sur le dynamisme cerebral des dements paralytiques et des
dements precoces, dont la paranoia, Pepilepsie, les ncvroses et les troubles
du langage. Des recherches qu’ils ont poursuivies, plus specialement sur
l’hysterie, les auteurs ont bati des hypotheses sur la pathogenie de cette
nevrose ; ils ont aussi emis des aperjus originaux sm- les mecanismes de
I’aphasie et du begaiement.
Que le Professeur Marinesco et le Dr Kreindler soient remercies d’avoir
fait paraitre un ouvrage qui est une veritable introduction a la psychologie
experimentale normale et pathologique ; ils auront contribue a acclimater
dans la pratique clinique une methode d’avenir, precise et simple, dont
l’immense merite est d’inscrire avec toute la rigueur scientifique desirable,
des phenomenes que l’on pouvait craindre insaisissables par essence.
P. COMBEMALE.
Contribution a 1’etude des conditions biologiques de certains troubles
mentaux, par le Df Pierre Doussinet, interne des Asiles de la Seine. These
Paris 1934, 122 pages, Jouve et Ci8 edit.
Les relations des processus toxiques ou infectieux avec les troubles
psychopathiques sont tres diverses : rapports de causalite, facteurs d’aggra-
vation, ou au contraire agents therapeutiques conduisant a I’amelioration
ANALYSES
ou a la guerison ; d’autres fois encore, Fort constate un « balancement »
entre certains; accidents inf ectieux (tuberculose par exemple) et certains
episodes mentaux (acces de depression ou d’excitation). Ce sont la faits
d’observation conrante qui montrent tout l’interet de l’etude biologique
des syndromes psychiatfiques.
Le cote le plus pratique de cette question est 1’importance du traitement
des affections mentales par des agents toxiques ou infectieux, pyretothera-
piques. L’ auteur s’est surtout interesse a Faction reactionnelle des drogues
vegetatives et du serum humain et a la pyretotherapie soufree. Ses recher-
ches sur les deficits visceraux de nature humorale le conduisent a inter¬
preter ceux-ci cOmme etant le produit d’une sorte d’aptitude reactionnelle
de 1’organisme, s’opposant a Faptitude reactionnelle anti-infectieuse des
organes norrrtaux, presentant avec celle-ci des rapports d’alternance qui
correspondent assez exactement a la succession clinique des remissions et
des rechutes mentales, et pouvant etre consideree comme l’expression d’un
etat special d’allergie.
L’emploi de doses infmitesimales de soufre montre la sensibilite de l’or-
ganisme a des variations de dose de l’ordre du centieme de milligramme,
confirmant ainsi la notion des propriety anti-anaphylactiques, anti-aller-
giques de cette medication, dont le maniemient demande a etre parfaite-
ment connu.
R. Dupouy.
ENDOCRINOLOQIE
Endocrinologie, par le Dr Noel Fiessinger, Medecin de l’Hopital Ambroise-
Pare (1 vol. in-12, 152 pages, in Collection des Initiations medicates publiee
sous la direction du D1' A. Sezary, Masson et O edit., Paris 1935).
Simple et clair, sans cesser d’etre vrai et prudent dans un domaine ou la
prudence est de regie mais parfois oubliee, le petit livre de M. Noel Fies¬
singer rendra les plus grands services aux etudiants, dont ce sera le pre¬
mier contact avec le vaste champ de l’Endocrinologie. Le limitant aux
seules glandes endocrines dont nous connaissons une ou des hormones,
Pauteur y etudie l’endocrinologie glandulaire dans une orientation medi-
cale et clinique, en reduisant au strict minimum l’etude experimentale et
physiologique.
Passant d’abord successivement en revue le mode de classification et de
groupement des fonctions endocriniennes, il rappelle les elements indis-
pensables d’histologie et de physiologie des glandes endocrines et leurs
deviations pathologiques. II montre comment doit se faire l’examen d’un
endocrinien : examen clinique, explorations fonctionnelles (methodes mono-
glandulaires et methodes pluriglandulaires).
En des exposes tres didactiques, M. Noel Fiessinger groupe ensuite les
syndromes cliniques monoglandulaires par diminution ou par exaltation
de la fonction, les insuffisarices endocriniennes par entralnement sous l’in-
fluence d’un trouble metabolique, les syndromes pluriglandulaires de la
premiere enfance, de la croissance, de Page adulte, si bien mis en evidence
par Claude et Gougerot, Claude et Baudouin, et les insuffisances glandulaires
frustes monoglandulaires et pluriglandulaires.
La therapeutique doit s’orienter vers deux buts : soit la therapeutique de
490
ANALYSES
suppleance, soit la therapeutique de freinage. La therapeutique de sup¬
pleance se fait, soit en utilisant les « masses soit en utilisant l’extrac-
tion hormonale. Cette therapeutique doit etre suffisante et soutenue et, tout
on faisant la part des polyopotherapies, M. Noel Fiessinger s’eleve contre
la mode « detestable » qui consiste a melanger en des cachets des extraits
de toutes les glandes endocrines. La therapeutique de freinage est celle qui
se pratique par les humeurs, par la radiotherapie ou par l’exerese.
En terminant ce petit livre, si facile a consulter et qui rendra tant de
services aux etudiants et a bien des praticiens, M. Noel Fiessinger insiste
sur la necessite trop souvent meconnue des applications precises et de la
surveillance numerique, apres une analyse methodiquc des signes morbides.
Rene Charpentier.
HYGIENE ET PROPHYLAXIE
Medecine et Education. Deuxieme serie, par M. Pehu, G. Mouriquand,
J. Froment, P. Mazel, A. Feyeux, A. Jouve, A. Mestrallet, R.-P. Jacquet
et Rene Biot (1 vol., in-8°, 242 pages, in Editions du Groupe Lyonnais d’Etudes
medicales, philosophiques et biologiques, Librairie Lavandier, Lyori,- 1935).
Poursuivant le but qu’il s’est assigne d’apporter la contribution des rnede-
cins a 1’etude des grands problemes psychologiques, moraux, sociaux, reli-
gieux, le Groupe Lyonnais d’etudes medicales, philosophiques et biologiques
publie une seconde serie de conferences sur la collaboration du medecin a
i’oeuvre de 1’educateur (1).
Dans ce deuxieme volume, on trouvera, apres une etude de M. Andre
Jouve, sur la part capitate de l’heredite et de l’education dans la formation
du moi, un remarquable expose par M. le Professeur Jules Froment, de
l’acquisition de la maitrise du langage par l’enfant, expose dans lequel
il fait bien comprendre aux educateurs comment et pourqpoi la fonetion
verbale est la pierre angulaire, la clef de voute de l’intelligence humaine.
Toute perturbation de la fonetion verbale retentit a son tour sur le fonc-
tionnement de l’intelligence. Et un retard du langage, non eduque a temps,
peut accentuer les troubles intellectuels qui sont a sa base. L’importance
de ces retards du langage, arrets a Pune des etapes d’acquisition du langage
normal, leurs varietes, ce que doit etre leur reeducation, e’est ce que mon-
tre bien Mad. le Dr Andree Feyeux, tout en signalant que si les resultats
immediats sont rarement tres brillants, les resultats deiinitifs sont fonc-
tion du degre d’intelligence du sujet.
Le Professeur G. Mouriquand etudie les troubles des principales glandes
endocrines, dont le developpement et le fonctionnement interyiennent dans
une large mesure dans le developpement et le fonctionnement du systeme
nerveux, allant des grands desequilibres, qui relevent a peu pres unique-
ment du medecin, aux desequilibres attenues ou partiels qui, en apparence,
interessent surtout 1’educateur. II montre comment par un traitement gene¬
ral associe a l’opotherapie, le medecin peut aider 1’educateur en agissant sur
1’equilibre endocrinien et, par lui, sur l’equilibre nerveux.
Le Dr Maurice Pehu traite de ce' grand probleme de l’attention scolaire,
auquel educateurs et parents accordent assez peu souvent l’importance
- (1) Voir Ann. Med.-Psych., octobre 1934, p. 453.
ANALYSES
491
considerable qu’il merite. II enumere les maladies qui genent l’attention, en
indique le traitement et conclut a son tour a la necessite d’une etroite col¬
laboration des psychologues, des pedagogues et des miedecins.
Apres avoir expose les causes et les symptomes avant-coureurs des psy¬
choses infantiles, le D 1 Andre Mestrallet conclut que bien des troubles psy-
chiques de l’enfance sont dus, partiellement ou integralement, a des erreurs
educatives, a des maladresses, a des incomprehensions des parents ou des
educateurs.
Le DT Rene Biot expose la delicate question des problemes medicaux et
psychologiques de l’education des filles, constatant d’abord que l’etre a edu-
quer est une femme et que le role de 1’educateur consiste a la preparer a rem-
plir demain un role de femme. II releve les caracteristiques feminines cons-
tantes, les fms spirituelles, biologiques, psychologiques, et degage les regies
pratiques qui, selon lui, devraient en decouler (regies d’hygiene, discipline
intellectuelle, education morale). Nulle tache, ajoute-t-il, n’est plus grande
que d’eduquer cette educatrice nee.
S’il est une question a l’ordre du jour, c’est bien celle de l’orientation
professionnelle dont le professeur agrege Pierre Mazel indique toute la
complexite. II montre que l’orientation de l’apprenti a pour bases la connais-
sance des aptitudes et des inaptitudes physiques et psychologiques du sujet
et la connaissance du marche du travail. La recherche des inaptitudes phy¬
siques, la recherche des etats pathologiques susceptibles de faire obstacle a
l’exercice d’une profession, la recherche aussi des tares mentales, absolues
ou relatives, posent des problemes delicats de diagnostic et de pronostic que
seul uii medecin peut mener a bien. Mais pour donner les resultats escomp-
tes, l’oeuvre d’orientation necessite la collaboration conflante des parents, des
educateurs, des instituteurs, du medecin et du conseiller d’orientation. Et
loin de demander — comme certains — que les conclusions de 1’examen
comportent un caractere obligatoire, M. Pierre Mazel estime que le r61e
du conseil d’orientation devrait etre d’eclairer les parents, tous les parents,
en les astreignant a prendre un avis qualifie, mais en laissant a cet avis
le caractere d’un conseil que les interesses pourraient librement ou suivre
ou rejeter.
En conclusion, de ces etudes dont mieux que cette breve analyse les titres
et les noms des auteurs, disent assez le grand interet, le R.P. Simon Jacquet
etablit l’esquisse d’un plan d’education integrale. Du point de vue de la
collaboration necessaire entre 1’educateur et l’enfant, il s’attache a dega¬
ger les principes qui doivent guider pour cultiver l’intelligence de 1’en-
fant, former sa volonte et assurer sun education religieuse en l’habituant a
tout envisager en fonction des enseignements de l’Evangile.
Rene Charpentier.
THfeRAPEUTIQUE
L’hyposulfite de magnesium en therapeutique psychiatrique, par Maurice
Cappelle, une brochure in-8“, 94 pages. Imprimerie Leon Sezanne, Lyon,
these n» 53, Lille, 1935.
Apres avoir situe le magnesium dans le monde vivant, son role general
en biologie, sa pharmacodynamie, l’auteur etudie le retentissement de Pac¬
tion de l’hyposulfite de magnesium sur les grandes fonctions de l’organisme
492
ANALYSES
et les modifications objectives et subjectives prodoites par l’introduclion
de ce corps chimique dans le.sang. II donne ensuite les resultats de l’ap-
plication therapeutique, commercialisee sous le nom d’Emge Lumiere, de
ce produit dans differentes affections mentales. II nvontre que 1’hyposulfite
de magnesium tient sa place dans l’arsenal psychiatrlque ; que dans
l’anxiete, a la dose moyenne de 10 cc. par jour, d’une solution a 10 % injec-
tee dans les veines, 1’hyposulfite de magnesium produit frequemment une
sedation tres nette de tous les symptomes physiques et psychiques et que
son action sedative est souvent superieure aux effets qu’on obtient avec les
opiaces ; que dans les etats melancoliques francs, l’hyposulflte de magne¬
sium donne des resultats encourageants si les injections intra-veineuses
sont repetees journellement pendant un temps suffisamment long — plu-
sieurs semaines en general ; qu’enfin les acces maniaques de la psychose
maniaque depressive sont souvent heureusement combattus a la condition
d’injecter journellement au moins 20 cc. : ces doses sont sans inconvenient.
P. COMBEMALE.
Essai sur la pharmacologie et l’emploi therapeutique des sels de strontium,
en particulier de l’iodure, par le Dr Jean Goujon (1 brochure in-8”, 78, pages,
Bose freres M. et L. Rion edit., These Lyon 1945).
Dans cette interessante these, qui resume les importants travaux des Pro-
fesseurs Mouriquand, Leulier et Pomme sur le r61e et la fixation du stron¬
tium dans l’organisme, on trouvera l’etude pharmacologique du strontium
et ses indications therapeutiques. Parfaitement tolere, 1’iodure de stron¬
tium peut £tre administre pendant longtemps. Si les sels de strontium ont,
en general, un pouvoir decalcifiant. Taction speciale de l’iodure de stron¬
tium peut etre expliquee en partie par cette propriety, mais aussi par Tac¬
tion vaso-dilatatrice et hyperemiante de l’iode. Cette action de l’iodure de
strontium ne se revele qu’apres une administration assez prolongee du medi¬
cament, deux ou trois mois environ.
Dans le rhumatisme chronique vertebral, a forme ankylosante,. on obtient
par ce moyen la sedation des douleurs et, en partie, le retour de 1’activite,
fonctionnelle. M. Jean Goujon rapporte quatre observations de malades trai-
tes au Service de neuro-psychiatrie de THopital Desgenettes et donne une
t'res utile bibliographic.
R. C.
JOURNAUX ET REVUES
MEDECINE LEGALE
De la legalite des peines, par J. Constant ; {Revue de Droit penal et de Cri-
minologie, 15s annee, n° 5, mai 1935).
L’adage Nullum crimen, nulla poena sine lege a longtemps ete eonsidere
comme Tun des principes les plus intangibles du droit penal moderne, mais
depuis les reformes adoptees par le legislateur sovietique et celles propo-
ANALYSES
493
sees recemment par le gouvernement du troisieme Reich allemand, il fait
l’objet d’attaques violentes..
Ce principe constitue a la fois line imperieuse necessity logique (avertis-
sement donne au citoyen pour lui fai^e connaitre le catalogue des actes
considers comrae antisociaux et partant punissables) et une fort heu-
reuse mesure preventive (menace precise d’une sanction determinee qui
fera reflechir l’individu et pourra le retenir sur la pente du crime).
S’il permet parfois a des delinquants habiles de cdtoyer les marges du
Code et de nuire a la Soeiete sans encourir une sanction repressive cet
etat de choses est uniquement imputable au legislateur, et c’est a ce der¬
nier qu’il incombe de remedier aux lacunes des textes represses. Le prin¬
cipe nullum crimen sine lege peut parfaitement coincider avec les mesures
de surete necessaires pour assurer la defense de la soeiete centre les delin¬
quants d’habitude et les recidivistes dangereux.
II n’est pas souhaitable qu’un droit pretorien s’instaure en matiere
penale, car il ne serait qu’un retour, peut-etre inconscient, a 1’arbitraire
des peines, si dangereux pour la liberte individuelle.
LA-UZIER.
Le Droit penal allemand. (Revue de Droit penal et de Criminologie, 15° anne'e,
n" 5, mai 1935).
La Revue de Droit penal reproduit, a titre d’information, les indications
suivantes fort interessantes. La Commission de reforme du droit penal
allemand, instituee par le Ministre de la Justice, vient de deposer son rap¬
port sur la. reforme de la « partie speciale * du Code penal. Cette partie
speciale qui enumere les delits et les peines introduit dans le Droit de
nombreux actes delictueux nouveaux qui derivent des notions politiques
et sociales du natipnal-socialisme.
Deja la partie generale indiquait par ses tendances une reforme radicale
des conceptions regnantes en matiere de droit penal. C est ainsi que 1 an-
cien principe nulla p.oena sine lege est abandonne. La peine peut etre appli-
quee par analogic, meme si le delit n’est pas formellement enonce dans le
Code. Le juge peut, en ce cas, lui appliquer la peine prevue pour un delit
analogue, en se guidant sur « l’ordre moral du peuple » inspire d’une
conception saine. Les deux principes directeurs du Code penal sont la
protection du peuple et l’expiatian de l’injustice.
Les delits ne sont plus etroitement definis. Leur appreciation est inspi-
ree d’elements generaux de caractere moral. On cite par exemple ceux-ci :
1’indignation justifiee, la discussion provocante, l’abjection particuliere.
Certains delits auront d’ailleurs un caractere purement moral, comme l’in-
sulte au passe de 1’Allemagne, l’atteinte a 1’instinct de procreation, les
menaces a la puissance du travail. Les peines jusqu’a present de 56 cate¬
gories differentes, seront reduites a dix groupes, dont les limites sont natu-
rellement elargies. La notion de « circonstances attenuantes » disparait.
En un mot, dans le nouveau Code penal allemand, le pouvoir depre¬
ciation du juge est beaucoup plus etendu et les normes de son jugement
sont moins juridiquement deflnies et plus inspirees de considerations mora¬
les et sociales.
Lauzier.
494
ANALYSES
Le probleme du Tribunal des Enfants, par P. de Nemeth ( Arxius de psicolo-
gia i psiquiatria infantil, Barcelone, 1935, n° 9).
Un tribunal d’enfants ne peut etre parfait s’il ne s’occupe que des mi-
neurs qui ont commis un delit. Ce qui est capital dans la protection de
l’enfance, c’est la prevention, et par Implication de ce principe, la compe¬
tence du juge des enfants doit s’etendre a la sphere des enfants exposes au
danger moral. On devrait autoriser le juge des enfants a proceder contre
les parents, les tuteurs, les patrons qui ont commis un delit contre la per-
sonne ou sur la personne de leurs pupilles, qui usent de mauvais traite-
ments envers eux ou qui les exposent, par negligence, a un danger moral.
La loi la plus parfaite est celle qui donne au juge des enfants les pouvoirs
les plus larges, lui permettant le choix parmi les mesures, des plus mode-
rees aux plus energiques.
Les enfants de parents divorces sont beaucoup plus exposes au danger
moral que les mineurs dont les parents vivent en bonne intelligence. Aussi
l’auteur propose d’etendre la competence du tribunal des enfants aux affai¬
res de divorce, car le sort de l’enfant est etroitement lie a 1’evenement,
aussi bien en ce qui touche son developpement moral et intellectual que
son avenir materiel. L’action preventive doit etre l’idee dominante dans le
souci de la protection de l’enfance.
Lauzier.
Nevrose et criminalite. (Neurose und kriminalitat), par M. Muller, Munsin-
gen. Archives Suisses de Neurologie et de Psgchiatrie, XXXVI, 1, 1935.
La nevrose est-elle capable, a elle seule, d’engendrer l’activite delinquante
ou criminelle, chez un sujet au developpement etbique normal ? On pour-
rait supposer entre le symptome nevrotique et le delit nevrotique une sim¬
ple difference quantitative, tout se reduisant a une question de seuil, c’est-
a-dire l’acte delictueux se produisant, lorsque les manifestations obsession-
nelles et impulsives atteignent une intensite suffisante pour vaincre les
instances de controle du moi, norm'alisanteS, defensives, inhibitrices. Cette
hypothese n’est guere satisfaisante. On peut penser aussi a un affaiblis-
sement de ces instances du moi, or c’est au contraire leur exageration qui
caracterise le moi nevrotique. Elies peuvent flechir passagerement, mais
ce flechissement n’est point, alors, la consequence directe de la nevrose,
mais il est du a l’intervention de facteurs heterogenes. Deux exemples
illustrent cette maniere de voir. Dans le premier, il s’agit de vols repetes,
commis toujours la veille de l’apparition des regies, et apparaissant nette-
ment comme des actes de compensation erotique. Dans l’autre, il s’agit d’un
cambriolage nocturne de vitrine de magasin ; l’etat nevrotique est mani-
feste, le delit apparait comme la satisfaction du sentiment de culpabilite,
mais il n’a ete possible qu’a la faveur d’un etat crepusculaire intense, pro-
voque par une periode de surmenage intellectuel et physique.
E. Bauer.
VARIATES
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Seances.
La seance ordinaire du mois d’AVBiL de la Societe Medico-psychologique
aura lieu le lundi 27 avril 1936, a 4 heures tres precises, au siege de la
Societe, 12, rue de Seine, a Paris (VI' arrondissement). La Societe Medico-
psychologique ne tiendra au mois d’avril qu’une seule seance.
La seance supplemental du mois de mai de la Societe Medico-psycho¬
logique, seance exclusivement reservee a des presentations, aura lieu le
jeudi li mai 1936, a 9 heures 30 tres precises, a l’Hdpital Henri-Rousselle,
1, rue Cabanis, a Paris (XIV' arrondissement), dans l’Amphithe&tre du
Pavilion Magnan.
La seance ordinaire du mois de mai de la Societe Medico-psychologique
aura lieu le lundi 25 mai 1936, a 4 heures tres precises, au siege de la
Societe, 12, rue de Seine, a Paris (VI' arrondissement).
Le diner annuel de la Societe Medico-psychologique aura lieu le lundi
25 mai 1936 apres la seance de la Societe.
ASILES PUBLICS D’ALIENES
Nominations.
M. le Dr Noyeh est nommS Medecin-Directeur de l’Asile public d’alienes
de Mont-de-Marsan (Landes) ;
M. le Dr Bobe. est nomme Medecin-Directeur de l’Asile de Vauclaire (Dor-
dogne) ; #
M. le Dr Dagand est nomme Medecin-Chef a l’Asile prive faisant fonction
d’Asile public d’alienes de Limoux (Aude).
Poste vacant.
Est declare vacant :
un poste de Medecin-Chef a l’Asile public d’alienes de Naugeat, a Limoges
(Haute-Vienne).
496
VARIETES
HYGIENE ET PROPHYLAXIE
Prochaine creation a Nantes d’un etablissement d’education de
jeunes fllles anormales ou arrier6es.
Le Conseil general, estimant que la recente creation a la Papotiere d’un
etablissement d’education pour gargons arrieres ou anormaux avait donne
des resultats appreciables, a envisage la Creation d’un etablissement simi-
laire a l’usage des jeunes fllles arrierees ou anormales, qui sont actuelle-
ment au nombre d’environ deux' cent dix dans le departement de la Loire-
Inferieure.
Dans ce but, la Commission departementale est entree en pourparlers avec
I’ceuvre des soeurs missionnaires de Notre-Dame des Apotres et s’occupe
activement de realiser l’acquisition de la propriety a amenager en vue de
cette creation.
(Le Siecle Medical, 15 mars 1936).
REUNIONS ET CONGRES
IX° Conference des psychanalystes de langue franijaise.
La IXe Conference des psychanalystes de langue frangaise se tiendra a
Nyon (Suisse), les 10 et 11 avril 1936 sous la presidence de M. le Dr R. de
Saussure.
92e reunion annuelle de l’American Psychiatric Association.
La 92° Reunion annuelle de V American Psychiatric Association aura lieu
a Saint-Louis (Mo), du 4 au 8 mai 1936, sous la presidence de M, le Profes-
seur C. Macfie Campbell, de Boston (Mass.).
Le Secretaire-Tresorier est le D1' William C. Sandy, d’Harrisburg (Pa).
Les seances auront lieu au New H6tel Jefferson, a Saint-Louis (Mo).
XI« Congres International de Psychologie.
Le XI" Congres International de Psychologie se tiendra a Madrid, du 6
au 12 septembre 1936, sous le Haut Patronage du Gouvernement de. la Repu-
blique, et sous la presidence du Professeur Ed. Mira, de Barcelone. Le Secre¬
taire general est le Dr Jose Germain, de Madrid. Les langues officielles du
Congres seront : l’ailemand, l’anglais, l’espagnol, le frangais, l’italien.
Le bureau du Congres est installe a l’lnstituto Nacional de Psicotecnia,
Alberto Aguilera, 25, a Madrid.
Vllle Cours International de Haute Culture Medicale (Fondation
Tomarkin.
Le VII P Cours International de Haute Culture Medicale, organise par
L. W. Tomarkin, sous les auspices de l’Universite d’Atlienes et du Minis-
tre de l’Hygiene de Grece, aura lieu a Athenes, du 7 au 21 septembre. 1936.
Ce cours presentera un interet autant archeologique que medical. D’emi-
nents archeologues frangais, grecs, anglais, guideront, en effet, les auditeurs
a Athenes, Delphes, Corfou, Myeene, Sparte, en Crete, etc.
Secretaire general : M. L. W. Tomarkin, Faculte de Medeciue, 115, bd de
Waterloo, a Bruxelles.
Le Redacteur en chef-Gerant : Rene Ciiarpentier.
Cahors, Imprimerie Coueslant ( personnel interesse). — 52.132
Tome I. — N° 4
Avril 1936
ANNALES
MEDICO-PSYCHOLOGIQUES
%
MEMOIRES ORIGINAUX 3 C,
_ _ '
LE SYNDROME D’ADIE EN PATHOLOGIE
MENTALE
■Ses rapports avec les syndromes neuro et psycho-anemiques
Georges PETIT et Jacques DELMOND
I. — Le syndrome
En 1932, William-John Adie, de Londres (1), fit paraitre un
memoir e intitule : « Tonic pupils and absent tendon reflexes :
a benign disorder sui generis ; its complete and incomplete
forms » (27). Ce travail comprenait une etude de 44 cas puises
dans la litterature et l’analyse de 19 observations personnelles.
Le sujet etait d’un particulier interet pour Adie. Ses premiers
travaux, en collaboration avec Collier et Greenfield, avaient porte
sur les dystrophies myotoniques et les diverses myopathies.
Dans ces affections, un symptome essentiel et souvent initial con-
siste en une areflexie tendineuse. Par la suite, Adie fut amene a
s’occuper de la pupille tonique (myotonische Pupille, de Saenger).
(1) Le Dr YT. J. Adie. ret: 1 dn , ■ eeii Square Hospital, est mort
le 17 mars 1935.
Ann. Med.-psych., XV sf.r:e. 94' annee. t. I. — Avril 1936. 32.
498
G. PETIT ET J. DELMOND
II retrouva, dans des observations de Nonne, Marcus, Behr, etc.,
s’echelonnant depuis 1902, des cas s’apparentant a ses observa¬
tions et dans lesquels la pupille tonique, apparemment insensi¬
ble a la lumiere, se trouvait associee a des areflexies tendineuses,
en general des membres inferieurs ; dans tous ces cas, la syphi¬
lis ne pouvait etre mise en cause.
Cette association etait deja fort remarquable. Un probleme
de diagnostic en decoulait immediatement, avec des consequences
therapeutiques et sociales importantes au premier chef. D’autre
part, le probleme pathogenique n’etait pas moins interessant.
L’areflexie tendineuse (ou irreflectivite, selon Babinski), s’observe^
de facon transitoire ou durable, soit a l’etat isole (sans autres
manifestations associees que quelques troubles vegetatifs), soit.
encore dans des affections comme les myotonies, la narcolepsie
encephalitique, la paralysie periodique, les myasthenies gra¬
ves, etc... « Dans la plupart de ces affections — ecrivait W.-J.
Adie — il existe des symptomes oculaires. II y a peu de doute —
ajoutait-il — qu’elles ne presentent entre elles des relations plus
ou moins etroites. » Ces considerations le porterent a donner
valeur de syndrome a l’association : « pupilles toniques » —
, areflexie tendineuse — absence de syphilis.
Adie decrivit, em outre, comme « formes incompletes » du
syndrome : a) la pupille tonique a Vetat isole ; b ) les formes
aty piques de pupilles toniques ; c ) ces memes formes atypiques
avec areflexie tendineuse ; d) V areflexie tendineuse isolee. Pour
Subirana (70), ce dernier groupe serait le moins solidement eta-
bli ; mais nous avons indique pourquoi les faits avaient ete reunis
de la sorte. II se peut qu’il n’y ait la qu’un groupement d’attente,
que l’on opposerait, par exemple, a l’association analogue obser-
vee dans le tabes. A l’interieur de ce syndrome et de ses formes
incompletes, se trouveront confrontes des faits peut-etre dispa¬
rates. Mais ces faits conduiront a des recherches cliniques nou-
velles. La pupillotonie en particulier n’etait guere connue que
des ophtalmo.logistes. Elle doit etre a present couramment dis-
tinguee du signe d’Argyll-Robertson, et son identification porte.
a reviser la symptomatologie des autres pupilles anormales.
De plus, l’etude de ces faits conduit egalement a des recherches
pathogeniques et etiologiques nouvelles. La syphilis semble bien
etrangere a leur determinisme. Certaines areflexies tendineuses.
restaient mysterieuses ; elles le demeurent, en l’espece. Mais.
deja peuvent s’observer, associes a ce syndrome, des troubles
vegetatifs varies. Jusqu’a present, toutefois, en dehors de ce
desequilibre neuro-vegetatif, on n’avait guere decrit de symptomes
LE SYNDROME D'A DIE EN PATHOLOGIE MEN TALE
499
associes, notamment de signes d’atteinte du systeme nerveux.
B. Brouwer (36), Gaudissart (40), Subirana, de Busscher (37)
penchent en faveur de l’opinion d’Adie et de ses devanciers qui
consideraient le syndrome comme « a benign disorder » . Cepen-
dant, de nombreuses observations, rapportees avant ou apres les
travaux de notre auteur, ou tout a fait independamment de ces
travaux, plaident en faveur d’infections ou d’intoxications
latentes.
L’objet de notre travail est precisement de inontrer que le
syndrome d’Adie peut s’observer en dehors des consultations
d’ophtalmologie ou de trouvailles fortuites. Une cause infectieuse
peut etre invoquee dans de nombreux cas. Des symptomes infun-
dibulo-tuberiens, des troubles mentaux ont ete notes plusieurs
fois. Nous-memes avons vu deux fois le syndrome d’Adie accom-
pagner des troubles psycho-anemiques (62, 63) et nous avons pu
rapprocher ces observations de cas analogues observes au cours
de psychopathies infectieuses. Les formes incompletes sont
encore plus frequentes en psychiatrie. Nous montrerons quelle
nous parait etre leur signification, apres avoir rappele les connais-
sances acquises sur la pupille tonique et sur les areflexies tendi-
neuses.
II. — La pupillotonie
Ainsi nommee par Behr (33), la pupillotonie est encore desi¬
gnee sous les noms de bradycorie (Donath), de pupille tonique
ou myotonique, de reaction neurotonique a la convergence, de
« faux-Argyll », etc. La pupillotonie aurait ete decrite, sous une
forme atypique, par Piltz, en 1893. Strassburger (69) l’observe en
1902. Mais ce furent Saenger (67) et Nonne (59) qui, la meme
annee, la decrivirent sous sa forme clinique la plus habituelle,
qui se manifeste avec les modalites suivantes : la pupille est
immobile a la lumiere, mais se dilate lentement a l’obscurite et
reprend alors sa contractilite sous un fort eclairage. Le fait le
plus caracteristique est l’hesitation, la lenteur et l’ampleur
excessive de la contraction a l’accommodation-convergence, sui-
vies d’une nouvelle hesitation, puis du retour tres lent a la
dimension normale. (Dans le « type Strassburger », ce retour est
rapide et la lenteur des mouvements diminue par la repetition
des stimuli).
L’ evolution montre la particuliere variability de ces sympto¬
mes, leur perpetuel devenir.
Chez un malade observe par Markus (54) en 1906, les troubles
500 G. PETIT ET J. DELMOND
sont sensiblement differents en 1933 (Weber, 72). Un malade de
Foster-Moore (56) presentait, des l’age de six mois, une inegalite
pupillaire manifeste; a cinq ans, la pupille la plus grande etait
typiquement « tonique ». C’est le cas le plus precoce qui ait
ete rapporte.
Beaucoup de sujets ont presente d’abord des troubles visuels
dus a I’accommodation lente, entre 20 et 30 ans.
Chez une femme de 38 ans (cas de Branrwell et Sinclair (34),
avec bilateralite des troubles pupillaires), on n’avait note, 12 ans
auparavant, aucun symptome oculaire lors d’un examen effectue
par Mackay.
Dans un cas de Wilbrand et Saenger (73), chez un enfant de
13 ans, l’anomalie disparut au bout de quelques semaines.
Dans le cas III de Behr, les troubles caracteristiques debuterent
par la pupille gauche, puis la pupille droite fut atteinte. De
meme, dans une observation de Nielsen et Stegman (58), la
pupille droite se montre tonique en 1921, la gauche le devient
en 1923 ; en 1926, il y a presque ophtalmoplegie interne a droite,
convergence tonique a gauche. Dans le cas II de Hassin et
Thompson (43), il y avait anisocorie depuis l’age de 6 ans ; a
30 ans, on notait une pupillotonie atypique (la pupille anormale
etait la plus petite).
Dans nos propres observations, les reactions pupillaires se
sont ameliorees ; nous ne saurions prevoir comment elles se
manifesteront a des examens ulterieurs.
Diagnostic. — 1° Nous donnons, dans le tableau ci-contre, les
caracteres differentiels de la pupille tonique avec le signe d’Ar-
gyll-Robertson.
Nous rappellerons qu’Argyll-Bobertson etudiait le miosis (O
dans ses rapports avec les affections medullaires. Mais l’ensem-
ble des particularity pupillaires qui definissent actuellement le
signe ou plutot le « Syndrome d’Argyll-Bobertson » (Henri et
Anne-Marie Lagrange) (53), cet ensemble de signes est loin de
resumer tous les caracteres des pupilles anormales dans la neuro¬
syphilis. Dans les troubles neurologiques d’origine specifique, le
signe le plus constant parait bien etre 1’ abolition isolee du reflexc
pupillaire d’adaptation a la lumiere (Lagrange), ou plutot, pour
Uriate (24), Vabsence de dilatation a I’obscurite, la contraction a
la convergence demeurant, de toute fa^on, rapide. Le miosis est
purement « incidental » (K. Wilson). Les statistiques modernes,
<I) Miosis : orthographe correcte d’apres [istiaa-.; '■ diminution.
LE SYNDROME D’ADIE EN PATH0L0G1E MENTALE 501
502
G. PETIT ET J. DELMOND
de L. Lowrey et Mary Benedict (12), de Houston Merritt et Mer-
rill-Moore (14), montrent, en outre, que les reactions pupillaires
anormales ne s’observent que dans 60 % a 70 % des cas de
syphilis nerveuse, 1’Argyll-Robertson veritable dans 8,7 % des
cas seulement.
Par ailleurs, V abolition isolee du reflexe pupillaire a la lumiere
est tres frequente en dehors de la syphilis (« Argylls non syphili-
tiques », dans l’encephalite, les tumeurs pedonculaires, l’alcoo-
lisme chronique, etc...), comme l’ont montre notamment M. le
Professeur Guillain, M. le Professeur Barre et leurs collabora-
teurs.
II nous parait interessant de signaler que Babinski (30) insis-
tait, tout le premier, sur la necessity de realiser l’obscuration
prealable avant d’affirmer l’existence d’un signe d’Argyll-Ro-
bertson. Babinski avait reconnu, de son cote, les faits de pupil-
lotonie.
Cependant, malgre ses caracteres differentiels que l’on connait
mieux aujourd’hui, la pupillotonie fut meconnue dans bien des
cas. Malgre l’absence de toutes reactions humorales positives, les
malades qui presentaient cette anomalie furent souvent conside-
res comme syphilitiques, traites comme tels et meme exclus de
services publics, ainsi que l’ont montre, depuis les etudes d’Adie
et de MM. Guillain et Sigwald (41), des observations de Maurice
Renaud et Miget (66), Gaudissart et Massion-Verniory (40).
2° Les caracteres differentiels de I’ophtalmoplegie interne ou
iridoplegie et de la pupillotonie ont ete serieusement discutes par
W.-J. Adie, a propos de nombreuses observations ou il s’agissait
en realite de troubles toniques. Dans son esprit, il y avait identite
absolue, dans la plupart des cas, si l’on consentait a les etudier
avec scrupule et patience.
Cependant, Hassin et Thompson se prononcent avec Behr sur
la nature syphilitique en general de l’ophtalmoplegie interne
qu’ils considerent comme differente de la pupille tonique. Si l’on
se refere aux caracteres recemment donnes par Puglisi-Du-
ranti (19), les differences seraient assez nettes : il y aurait, en
particular, dans l’ophtalmoplegie interne, abolition du reflexe
a 1’accommodation-convergence. Il y a toutefois lieu de signaler
que certains cas de pupillotonie ont evolue ensuite vers l’ophtal¬
moplegie totale.
Cette ophtalmoplegie est bien differente de la paralysie de
1’accommodation d’origine diphterique, qui ne peut etre mise
en cause dans le syndrome d’Adie.
3° Des troubles pupillaires varies, et qui s’averent variables a
LE SYNDROME D’ADIE EN PATHOLOGIE MENTALE
503
des examens successifs, s’observent avec une particuliere fre¬
quence dans la plupart des psychoses ou psychopathies.
« Les reflexes a la lumiere inconstants et variables sont carac-
teristiques des psychoses fonctionnelles. » Telle est une des
conclusions de notre Maitre, M. Roger Mignot, dont le memoire
inaugural (15) constitue l’un des travaux les plus complets sur ce
sujet. De ses observations, il ressortit que l’anisocorie apparait
encore plus fr£quente dans la psychose periodique que dans la
paralysie generate. Dans la demence precoce, le reflexe a la
lumiere est trouble dans 62 % des cas, l’accommodation dans
13 % ; il existe une anisocorie dans 32 % des cas.
Bumke (6) signale que des troubles pupillaires variables, allant
jusqu’a la rigidite absolue, surviennent dans l’hysterie.
Westphal (25) note, dans la stupeur catatonique, la perte tran-
sitoire du reflexe a la lumiere, avec modifications des dimensions
et de la forme de la pupille. Sioli (22) a observe egalement la rigi-
dite pupillaire variable chez 5 catatoniques.
Kehrer (50), de Breslau, dans un important travail, designe,
sous le nom de spas me mobile pupillaire, « cette immobilite
moyenne, apparaissant et disparaissant spontanement, chez des
parkinsoniens et des catatoniques ».
Herman (44) a constate l’immobilite mydriatique variable a la
lumiere, associee a des troubles d’origine endocrino-sympathique.
Bromberg (35) a observe l’immobilite transitoire a la lumiere,
sur des pupilles de faible dimension, jointe a 1’areflexie tendi-
neuse achilleenne. Les troubles se rapprochaient plus particulie-
rement de ceux qui ont ete decrits chez les catatoniques. Dans
le cas mentionne, il ne s’agissait pas cependant d’un etat « schi-
jzophrenique ». La malade, une jeune femme de 19 ans, avait ete
internee au Bellevue Hospital pour un etat de depression avec
anxiete, sitiophobie passagere, troubles de l’humeur et du carac-
tere. Les troubles pupillaires n’etaient pas modifies par la
manoeuvre de Meyer et Redlich (pression sur la region iliaque),
ainsi qu’ils le sont, en general, chez les catatoniques. Paul
Schilder (68) a signale la frequence de tels symptomes. Pour
Bromberg, il faut faire une place a ce genre de faits dans le
groupe construit par W. Adie.
Hassin et Thompson (43) ont observe, chez deux psychopathes,
des troubles qu’il est possible de classer dans les formes atypi-
ques de pupilles toniques. Le premier malade, un homme de
30 ans, etait « nerveux » depuis l’age de 15 ans ; c’etait un
obsede anxieux craignant sans cesse de devenir « fou » ; il
souffrait de cephalees, avec sensation de pression intra-cra-
504
G. PETIT ET J. DELMOND
nienne, et presentait une ar'eflexie tendineuse des membres infe-
rieurs. La seconde malade, une Juive de 30 ans, se plaignait de
faiblesse generate, de vertiges, de paresthesies, de troubles visuels
et gastro-intestinaux. En 1929, elle avait ete internee pendant un
an au Chicago State Hospital.
C’est Kehrer, pensons-nous, qui apporte le plus de faits en
faveur du rapprochement de la pupillotonie avec les troubles
pupillaires observes chez les psychopathes, notamment chez.
certains parkinsoniens et catatoniques.
4° L’hippus affecte souvent les pupilles en mydriase tonique.
Les signes particuliers constates chez des dements precoces par
Xavier Abely et Trillot (1) — contraction a la lumiere sous un
arc tres faible, non maintenue sous le faisceau lumineux _
different apparemment de la pupillotonie, quoique ces faits nous
paraissent voisins de ceux qu’observerent Westphal, Kehrer et
Bromberg.
5° « La lenteur des mouvements pupillaires ne constitue pas
par elle-meme une reaction tonique » (Adie). Un examen appro-
fondi, s’inspirant par exemple de celui qui figure dans notre
tableau, peut seul faire affirmer le diagnostic. II semble cepen-
dant que l’on puisse tenir compte, dans une certaine mesure, de
ces « faux-Argylls » non syphilitiques, lorsque des examens
repetes ont montre la coexistence de mydriase, d’immobilite
apparente a la lumiere, de lenteur a la convergence, et d’areflexie
tendineuse d’autre part. Nous en avons retrouve des exemples.
6° Enfin, la pupillotonie nous parait nettement differente des
reflexes paradoxaux de Piltz (accentuation de la phase de dila¬
tation prealable, dans le reflexe a la lumiere) et des reflexes
invertis de Brunton et Vyson.
III. - Les ARfiFLEXIES TENDINEUSES
Sur les 19 observations personnelles d’Adie, 13 fois 1’ absence
des reflexes tendineux est relevee. Dans les 44 cas de pupillotonie
qu’il a retrouves dans la litterature, 1’areflexie est constatee
neuf fois ; mais 1’examen neurologique n’avait pas ete pratique
systematiquement dans tous les cas.
L’abolition unilaterale ou bilaterale des reflexes achilleens est
la plus frequemment observee. On note, en second lieu, generale-
ment, l’abolition des reflexes rotuliens (signe de Westphal).
D’autres fois, les reflexes patellaires subsistent, mais se mani-
festent tres faibles, parfois asymetriques et, dans quelques cas,
demandent, pour etre mis en valeur, l’emploi des methodes de
LE SYNDROME D'ADIE EN PATH0L0G1E MENTALE _ 505
renforcement. Les reflexes anti-brachiaux et tricipitaux sont par-
fois egalement abolis. L’areflexie cliniquement etablie fut veri-
fiee par des electromyogrammes, dans les cas de Pagniez et
Pasteur Vallery-Radot (61) et de Guillain et Sigwald.
L’areflexie tendineuse se montre quelquefois transitoire. Dans
un cas d’Axenfeld (29), les reflexes furent abolis pendant neuf
ans ; dans un cas de Behr, pendant 3 ans seulement. Chez deux
malades de S.-Ely Jelliffe (49), classes comme « dysthyro'idiens »,
l’etat des reflexes fut ameliore par l’administration d’extraits
thyroidiens. Dans nos cas personnels, apres opotherapie gastro-
hepatique, seuls les achilleens demeurerent abolis. Dans notre
premiere observation (62), l’areflexie pouvait etre, certes, impu-
tee a une polynevrite anemique ; mais cette notion ne supprime
pas, a notre avis, le probleme etiologique. L’abolition des reflexes
n’est pas, en effet, consideree comme congenitale. Les reflexes
etaient presents cinq ans auparavant, chez un malade d’Oloff (60).
Mais, dans le cas de Bromberg, les achilleens manquent egale¬
ment ou sont tres diminues chez la mere, un frere et une sceur
du malade observe.
Depuis 1932, Guillain et Sigwald (41), Barre et Mile Helle (31),
Barre et Klein (32), ont rapporte de nombreux cas d’areflexie
d’origine mysterieuse, accompagnee ou non de pupillotonie.
Parallelement, se poursuivaient des recherches cliniques sur les
areflexies dites congenitales, la dystaxie areflexique hereditaire
(de G. Roussy et Mile G. Levy), et les maladies familiales obser-
vees par Popow, Ludo van Bogaert et Borremans (89, 86, 76).
Un rapprochement etait etabli entre ces syndromes et certaines
infections neurotropes hereditairement transmissibles (formes
frustes de la maladie de Friedreich). Les etats mentaux depres-
sifs, avec troubles vegetatifs, paraissent frequents dans ces affec¬
tions, comme l’ont montre Sterling (90), Guiraud et Mile Derom-
bies (84).. Des troubles oculaires existent egalement. Dans un cas
de Guiraud et Ajuriaguerra (85), ils se rapprochaient du type
Argyll-Robertson ; les auteurs avaient alors pense a la possibi-
lite d’un syndrome d’Adie. L’ensemble de ces travaux a remis
en lumiere le probleme des areflexies tendineuses, qui se pose
frequemment en neuro-psychiatrie.
Gowers (8) enseignait, a la fin de sa carriere, que l’areflexie
rotulienne « congenitale » s’observe dans un cas sur 10.000,
c’est-a-dire, qu’apres examen complet, il reste bien peu d’areflexies
que l’on ne puisse expliquer par une lesion.
506 G. PETIT ET J. DELMOND
Oppenheim (18) considerait le signe de Westphal dans de tels
cas comme un stigmate de degenerescence, et le trouvait fort
rare.
Louis Dupuy, Medecin de la Garde Republicaine (79), fut frappe
par l’analogie de ces irreflectivites dites « idiopathiques » avec
celles des polynevrites et des radiculites graves. Dans tous les
cas qu’il put observer, les reflexes achilleens se montrerent atteints
en premier lieu, les rotuliens ne le furent que secondairement.
Get auteur estime que « l’irreflectivite monosymptomatique pour-
rait bien n’etre qu’un cas particulier de l’irreflectivite patholo-
gique ».
En 1916 et 1917, Dumolard et ses collaborateurs des Centres
Neurologiques militaires, Rebierre, Quellien, Courjon, Regnard,
(80, 81, 82), decrivaient 1’abolition, la variability, 1’instabilite des
reflexes tendineux (souvent accompagnees de myalgies, de trou¬
bles toxi-infectieux, de signes psychiques ressortissant au syn¬
drome de Korsakow), comme symptomatiques des asthenies gra¬
ves d’epuisement. Avec le recul des annees, on peut penser,
comme M. Souques le pressentait alors, qu’il s’agissait defec¬
tions neurotropes graves, peut-etre meme des premieres epide-
mies d’encephalite.
Redlich (87) ne croit pas que l’on puisse incriminer la degene¬
rescence chez les malades areflexiques, mais bien plutot des
infections ou des intoxications.
M. Ducoste a presente, a la Society Neurologique (78), un cas
d’areflexie tendineuse et periostee totale, avec hyperexcitabilite
idiomusculaire, chez un sujet atteint de psychose maniaque-
depressive. Le desequilibre vegetatif etait tres net dans ce cas.
G. Rourguignon etudia les chronaxies de ce malade ; en confor¬
mity avec ses experiences anterieures, il conclut que des modifi¬
cations humorales du pH urinaire et de 1’equilibre acide-base
du plasma sanguin, pouvaient provoquer les variations de la
chronaxie, que 1’on voit accompagner les alterations motrices
ou reflexes.
A propos d’un cas d’areflexie totale, Friedmann (83) a ineri-
mine chez le malade 1’existence d’une intoxication alcoolique
hereditaire, qui aurait touche electivement le systeme sympathi-
que, « avec integrity du systeme animal ».
W. J. Adie (27) a pu observer, au National Hospital, une base-
dowienne qui presentait des pupilles toniques et une areflexie
tendineuse generalisee. La force musculaire et la sensibility des
membres etaient absolument intactes. Le Rordet-Wassermann
etait negatif dans le sang et dans le liquide cephalo-rachidien.
LE SYNDROME D’ADIE EN PATHOLOGIE MENTALE
507
Quelques semaines apres, la malade revint avec les signes d une
myasthenie grave dont Tissue fut fatale.
R. Brun (de Zurich) (77) pense egalement qu’a la base de tou-
tes les areflexies dites « idiopathiques », il existe un etat patho-
logique. II eut a examiner un sujet de 17 ans, presentant une
abolition des reflexes rotuliens, achilleens et tricipitaux, sans
aucun autre symptome. Huit ans apres, le sujet manifeste des
signes de polyradiculite et d’encephalomyelite ayant evolue a
bas bruit. II avoue alors une heredite chargee : tuberculose de la
mere, morte d’accidents meninges trois semaines apres la nais-
sance de l’enfant ; epilepsie du grand-pere paternel ; maladie qua¬
lify « tabes » chez le grand-pere maternel. Ces antecedents
pathologiques ne prouvent toutefois pas la nature congenitale de
l’areflexie, dont pourrait rendre compte une encephalopathie du
jeune age, evoluant sur ce terrain predispose, et se traduisant par
des reactivations successives.
Pour Stanley Barnes (75), qui fonde ses conclusions sur une
etude generate de l’etat neuro-musculaire chez 284 descendants
d’un myopathique, l’areflexie tendineuse doit etre tenue pour un
signe de latence d’une maladie particuliere, de nature toxi-infec-
tieuse, peut-etre une forme fruste d’une affection lentement evo¬
lutive. II semble bien que les faits verifient cette conception.
Diagnostic. — L’abolition des reflexes tendineux, soit generali-
see, soit limitee aux membres inferieurs ou meme a certains
reflexes (patellaires, achilleens) est un des symptomes importants
des dystrophies myotoniques. Elle s’accompagne, dans ces affec¬
tions, de symptomes musculaires (atrophies localises, reactions
myotoniques) et de symptomes « dystrophiques » extra-muscu-
laires : amaigrissement ou adiposite, troubles glandulaires, trou¬
bles vaso-moteurs, cataracte, etc...
La pupillotonie associee a ete signalee par Hoche (46) dans un
cas de myopathie de Thomsen. Saenger avait, des l’abord, consta¬
te 1’analogie que presente la decontraction myotonique avec la
decontraction lente de la pupille tonique.
II existe dans les myotonies un desequilibre vegetatif indenia-
ble, une « perte de controle du parasympathique » (Jelliffe).
Mais ce trouble associe ne justifie pas entierement le rapproche¬
ment de la pupille tonique et des myopathies, conception que
Kyrieleis (51, 52) a critique recemment. Hassin et Thompson font
justement observer que, dans ces affections neuro-musculaires,
c’est le muscle strie qui est atteint, tandis que, pour la pupille, il
s’agit d’un trouble de l’innervation des muscles lisses de l’iris. De
plus, l’etat tonique du muscle, qui se relache par des efforts repe-
508
G. PETIT ET J. DELMOND
tes, reste inchange dans la pupille dite « myotonique », tout au
moins dans le type habituel decrit par Saenger.
Quoi qu’il en soit, il reste que dans les diverses formes de
myopathies un element important du diagnostic est constitue par
l’areflexie tendineuse. J. Rosett (88) a retrouve ainsi, dans des cas
limites, cette areflexie sans aucUne atrophie ou hypertrophie
musculaire ; seules existaient des douleurs musculaires sponta-
nees. Adie et Greefield (74) l’ont observee associes a des troubles
neuro-vegetatifs, les troubles myotoniques etant extremement
limites : aux flechisseurs de la main, par exemple ; mais la force
musculaire etait le plus souvent conservee. Pour Stanley Barnes
(op. cit.), la perte precoce des reflexes tendineux constituait le
caractere frqppant dans les cas presentes. Parfois, c’etait le seul
trait anormal, comme chez une fillette, eleve d’une ecole profes-
sionnelle de danse. L’apparition de symptomes endocriniens etait
de mauvais augure dans cette famille myopathique.
L’areflexie tendineuse est encore couramment observee dans
les attaques de cataplexie (huit fois sur dix, pour Max Levin( (10),
ainsi qu’a la phase post-paroxytique de Vepilepsie, ou l’on cons¬
tate, par ailleurs, frequemment la rigidite pupillaire.
Dans la narcolepsie encephalitique, on retrouve l’abolition des
reflexes profonds associes a des troubles oculaires et a des symp¬
tomes infundibulo-tuberiens aujourd’hui classiques, et qui indi-
diquent clairement 1’atteinte des noyaux vegetatifs de la base.
Les auteurs etrangers, Goldflam (7), Mac Lachlan (13) en parti-
culier, ont isole certaines manifestations de paralysie familiale
periodique, d’une duree de quelques heures a quelques jours,
qui semblent bien voisines des trois manifestations que nous
signalions (cataplexie, epilepsie, narcolepsie). Dans ces para¬
lyses, l’areflexie tendineuse se montre, egalement, associee a un
desequilibre neuro-vegetatif ; et l’on pense qu’elle pourrait etre
due a des toxi-infections latentes, peut-etre a l’accumulation
toxique de produits anormaux du metabolisme, elabores pendant
la phase de latence.
IV. — Pathog£nie
Voici done tout un groupe d’affections ou 1’atteinte des centres
vegetatifs parait assez bien mise en evidence par la symptomato¬
logy clinique. II peut, sans doute, paraitre encore assez aventu-
reux de faire entrer ces affections dans le cadre des « syndromes
infundibulo-tuberiens ». II s’agit la, pourtant, de troubles des
correlations neuro-vegetatives, glandulaires, vaso-motrices, etc. ;
LE SYNDROME D’ADIE EN PATHOLOGIE MENTALE
509
et la lesion ou Alteration fonctionnelle, responsable de ce dese-
quilibre, nous parait pouvoir etre localisee au niveau de la partie
terminate du tronc cerebral. Un nombre assez important de tra-
vaux a plaide, deja, en faveur d’une telle localisation diencepha-
lique.
Sur le mecanisme de l’abolition des reflexes tendineux, des
qu’il ne s’agit plus de lesions medullaires ou peripheriques, on
possede bien peu d’elements certains. Par exemple, l’areflexie
est frequente dans les tumeurs du IV' ventricule ; on pourrait
invoquer, avec Batten et Collier (2), le role de 1 hypertension
intra-cranienne, transmise aux cordons posterieurs par les raci-
nes. Paul Van Gehuchten (92) pense plutot devoir incriminer une
lesion du noyau rouge ou des fibres rubro-spinales ; l’areflexie
peut etre produite « par interruption de l’arc excito-tonique,
indispensable au mecanisme de ces reflexes ».
Dans les tumeurs du IIP ventricule, l’hypertension intra-cra¬
nienne ne peut plus etre mise en cause ; bien souvent, ll n’y a
pas de stase papillaire et la tension du liquide est normale. Et
pourtant, l’on connait, depuis Oppenheim, Needles (17), des cas
d’adenome pituitaire ayant determine la symptomatology sui-
vante : abolition des reflexes tendineux des membres inferieurs,
rigidite pupillaire ou reactions paresseuses a la lumiere (atrophie
optique), manifestations endocriniennes, hypogenitalite. Ces syn¬
dromes ont ainsi merite le nom de pseudo-tabes pituitaires. Les
auteurs ont estime que des modifications chimiques, d origine
endocrinienne, pouvaient avoir determine des troubles de la
conduction dans les cordons posterieurs.
Les troubles pupillaires sont egalement d’interpretation deli¬
cate, en l’absence de toute excitation de la chaine sympathique
ou de ses ganglions, qui pourrait en rendre compte. Ils sont
cependant — la mydriase notamment — particulierement symp-
tomatiques de desequilibre vegetatif.
« L’elargissement des pupilles revele la predominance des
influx nerveux sympathiques sur les influx parasympathiques. »
(Marcel Monnier (16). Le centre — sympathique — de la dilata¬
tion irienne est situe (Karplus et Kreidl) (9) a la partie mediane
du noyau hypothalamique de Luys, tout pres de la substance
grise centrale. Sa connexion avec le centre cilio-spinal s effectue
par l’intermediaire du pedoncule cerebral homolateral et du
faisceau medullaire lateral. Les etudes de Roussy et Mosinger (21)
510
G. PETIT ET J. DELMOND
nous ont appris a considerer l’unite, « la solidarity fonction-
nelle de tout le systeme neuro-vegetatif peri-ventriculaire .», qui
s’etend en verite sans interruption jusqu’a la moelle, et dont le
groupe photo-moteur de la III0 paire, en tout etat de cause, ne
represente qu’un noyau de condensation.
Ranson, Rabat et Magoun (20) « par excitation de l’aire late-
rale hypothalamique, partie rostrale, de rhypothalamus sous-
jacent et de la region au-dessus du fornix », obtiennent des;
effets pupillaires mydriatiques constants. Cette dilatation irienne
est encore accompagnee d’acceleration de la respiration, d’eleya-
tion de la temperature, de contraction de la vessie,, et, d’une fa<jon
generate, des signes qui accompagnent les etats emotionnels.
Les connexions hypothalamiques des fibres pupillo-dilatatri-
ces ont encore ete bien precisees par Beattie et ses collabora-
teurs (3):
Si done, il existe de fortes presomptions en faveur de l’origine
diencephalique .des troubles pupillaires constates dans le syn¬
drome d’Adie, l’areflexie tendineuse ne recoit pas d’explication
aussi satisfaisante. On ne peut qu’accumuler les faits qui prou-
vent 1’existence d’une meme lesion des noyaux centraux et d’une
etiologie commune.
Les symptomes vegetatifs sont aujourd’hui bien connus. Ils
ont ete mis en valeur par la plupart des observateurs. Le dese-
quilibre est souvent complexe : hyperamphotonie ou hypotonia
vegetative. II y a generalement predominance des effets sympa-
thiques (cas de Weill et Reys, de Nielsen et Stegman, de Barre
et Mile Helle, Barre et Klein, de Subirana, etc...). Les perturba¬
tions psychiques meme, que l’on retrouve dans un grand nombre
de ces observations, portent bien la marque des troubles qui
accompagnent les etats de desequilibre neuro-vegetatif : moro-
site, troubles du caractere, subanxiete, tendance depressive, reac¬
tions d’agacement. Nous tenons done pour probable 1’atteinte des
centres vegetatifs peri-ventriculaires, et des notions etiologiques
nous semblent plaider en faveur de cette localisation.
V. — Etiologie.
Rapports avec les syndromes neuro et psycho-an£miques
Adie declare n’avoir pas observe, associes au syndrome qu’il
decrivait, de symptomes d’une maladie quelconque.
i Cette assertion est infirmee- par de nombreuses observations.
LE SYNDROME D’ADIE EN PATHOLOGIE MENTALE
511
Citons, d’abord, un des propres cas de W.-J. Adie (27), que nous
avons signale plus haut, ou le syndrome caracteristique de pupil-
lotonie avec areflexie, sans syphilis, fut sum, au bout de quel-
ques . semaines, d’une myasthenie rapidement mortelle. Remar-
quons, egalement, que le propre malade de Strassburger etait
atteint de sclerose en plaques. Nonne avait rencontre la pupillo-
tonie dans le diabete. Herming-Roenner (45) l’avait signalee par-
mi les sequelles de la rougeole. Pagniez et Pasteur Vallery-Radot
l’observent a l’occasion d’une scarlatine. Jaensch (48) l’aurait
retrouvee au cours de l’encephalite epidemique. Weil et Reys (71)
constatent son association avec une polynevrite, qui pourrait
etre due a une grippe a forme nerveuse.
Dans les observations d’Axenfeld, de Harvier et Roudin (42),
de Chavany (38), il est possible de suspecter une syphilis heredi-
taire. Mais ce sont la les seules observations relevees dans la
litterature, sur un nombre deja eleve de cas. Hassin et Tompson
combattent cette etiologie et pensent meme que, si le signe d’Ar-
gyll-Robertson constitue une presomption de neuro-syphilis, la
pupillotonie reconnue exclut ce diagnostic — « quoiqu’elle puisse
survenir chez un syphilitique » .
La pupillotonie " a ete encore signalee au cours de certains
etats psychopathiques (Hassin, Rromberg), du myo-oedeme, de
la myopathie (Hoche).
Quoique 1’alcoolisme puisse s’accompagner de manifestations
pupillaires voisines du signe d’Argyll-Robertson, 1’intoxication
ethylique peut, dans la regie, etre ecartee de l’etiologie.
Nous tenons pour particulierement importante l’opinion de
M. le Professeur Guillain et de Sigwald (op. cit.), qui ont fait con-
naitre en France le syndrome d’Adie, d’apres deux observations
personnelles : « II est possible que le systeme vegetatif, comme
le specific W.-J, Adie, soit touche ; mais il n’est certes pas seul
touche. Une atteinte infectieuse ou toxique anterieure, insuffisante
pour exercer des actions destructives, mais sufifisante pour trou-
bler la conductibilite en des zones de l’arc reflexe, nous parait
etre la cause premiere de l’affection decrite par W.-J. Adie. »
Cette opinion est corroboree par de recents travaux etrangers,
qui classent, parmi les troubles pupillaires des affections dites
post-encephalitiques, le spasme mobile pupillaire et la reaction
neurotonique a la lumiere (11).
A propos des areflexies isolees, nous avons deja vu de nom-
breux auteurs designer de telles etiologies infectieuses. Telle est
encore, a propos de leur association a des troubles pupillaires,
l’opinion de Strohmayer (91), qui estime qu’il s’agit, dans ces
512
G. PETIT ET J. DELMOND
cas, de processus evolutifs, toxi-infectieux et non pas degenera¬
tes : polyradiculites chroniques ou encephalomyelites.
On voit done que si les areflexies cliniquement liees a une
polynevrite doivent theoriquement etre ecartees du diagnostic,
il n’est pas exclu que les areflexies « idiopathiques » ou « con-
genitales » ne tirent leur origine de causes tres analogues. Elies
pourraient etre une manifestation de polynevrites chroniques
endotoxiques ou de nevraxites infectieuses, touchant elective-
ment les noyaux vegetatifs de la base.
Cette atteinte rendrait compte des symptomes- psycho-organi-
ques complexes que nous avons releves dans deux cas personnels
ou existait une anemie de type pernicieux.
Dans une communication sur les syndromes infundibulo-tube-
riens presentee au Congres de Lyon, l’un de nous (105) faisait
remarquer, entre autres symptomes pouvant relever de cette
localisation pathogenique, des anemies, a type dit cryptogeneti-
que, qu’il n’etait pas exceptionnel d’observer chez les psychopa-
thes. Dans un recent travail, MM. Trelles et Ajuriaguerra (23)
exposent une serie d’arguments au sujet des rapports qui peuvent
unir les anemies de type pernicieux et les lesions infundibulo-
tuberiennes. Arguments experimentaux, d’une part, tels qu’ils
resultent des experiences de Riccitelli (109), de Roger, Houssay
et Arias ; arguments anatomo-cliniques deja nombreux, d’autre
part. Dans un cas d’angiome interessant rhypothalamus, Davi¬
son et Selby (97) ont note une anemie importante. Les lesions
des noyaux gris centraux dans l’anemie pernicieuse avaient ete
mises en evidence de longue date par Birulja (94), Ransohoff (108),
puis par Pfeiffer (106). Lhermitte, Worms et Ajuriaguerra (99)
relevent en particular la degenerescence de toutes les cellules
du noyau paraventriculaire, dans un cas de syndrome neuro-ane-
mique grave, avec troubles psychiques terininaux. Enfin, dans
une observation de syndrome neuro-anemique publiee par Paviot
et Dechaume (102), il existait de nombreux signes : cephalees,
troubles de la vue, troubles de la regulation hypnique — sommeil
incoercible — qui firent porter par les auteurs le diagnostic
etiologique de nevraxite a virus neurotrope ; dans ce cas, on avait
note, a l’autopsie, de grosses lesions diencephaliques
Cette etiologie infectieuse des syndromes neuro ou psycho-
anemiques — que l’un de nous (104) soutenait, en 1931, a propos
d’un syndrome neuro-psycho-anemique ou l’on pouvait noter
LE SYNDROME D’ADIE EN PATHOLOGIE MENTALE 513
-eealement de nombreux signes d’une encephalo-myelite de type
epidemique — parait actuellement admise par de nombreux
auteurs. De cette infection polyvalente, resulteraient a la fois les
troubles psychiques et l’anemie pernicieuse.
Des recherches bibliographiques recentes nous ont montre,
d’ailleurs, que, des 1913, Barrett (93) considerait ces etats comme
symptomatiques de processus toxi-infectieux affectant le sys-
teme nerveux. Leur aspect clinique le plus frequent est celux des
confusions ( amentias symptomatiques de Meynert), du type de la
psvchose de Korsakoff des alcooliques : il est ainsi caracterise,
des 1904, par Pickett (104), puis par Bonhoffer (95), Barrett,
P -Emile Weill et Cahen (108), Goldkuhl (98), Bowmann (96), etc.
Tous ces auteurs ont signale l’etroite ressemblance des troubles
mentaux de l’anemie pernicieuse avec les etats confusionnels
toxi-infectieux. Les lesions sont, en general, diffuses ; mais
l’atteinte du diencephale pourrait rendre compte d’une grande
partie de la symptomatology observee. Cette atteinte ne peut
guere etre raise en doute lorsque des signes de parkinsomsme
s’adjoignent au tableau psycho-organique, comme dans l’observa-
tion publiee par l’un de nous en 1921 (103).
Bouchut et Croizat, ainsi que Siegheim (5), ont rapporte des
observations de parkinsoniens (par encephalite epidemique) chez
lesquels se developpa, en meme temps qu’un syndrome d’insuffi-
sance glandulaire, une anemie grave. Sidney et Robert Schwab
ont, tout recemment, signale l’association de parkinsomsme et
d’anemie grave, avec diabete (107).
Nous avons pu retrouver un certain nombre d’observations ou
se trouvaient rapportes, anterieurement aux descriptions d’Adie,
des troubles pupillaires tres particuliers. C’est ainsi que Babon-
neix et Maurice Levy, dont l’observation figure dans la these
bien connue de Pierre Mathieu (101, obs. VI), ont note, au cours
d’un etat stuporeux neuro-anemiqhe, l’existence d’une mydriase
unilaterale avec paresse extreme des reflexes a la lumiere. Citons,
eealement, les observations I, II, III, IV de la these inspiree pai
Pun de nous a Mile Martrille (100), ou les malades, observes par
Pun de nous, presentaient des troubles mentaux polymorphes de
nature infectieuse, associes a une anemie grave et a des signes de
parkinsomsme; auxquels troubles s’ajoutait l’inegalite pupil-
laire avec mydriase et « bradycorie ». Dans le premier des cas
de syndrome d’Adie recemment rapporte par nous (62), il s’agis-
sait 'd’un syndrome psycho-anemique de type korsakowien accom-
paenant une pupille tonique. Dans le second cas (63), le syndrome
d’Adie etait au complet, aucune polynevrite ne pouvant etre raise
Anx. Med. -psych., XV* sebie, 9\' annee, t. I. — Avril 1936.
514
G. PETIT ET J. DELMOND
en cause, cliniquement du moins. Dans les deux cas, l’atteinte=
du systeme neuro-vegetatif se traduisait par de nombreux symp-
tomes : troubles glandulaires, phenomenes vaso-moteurs, dese-
quilibre emotionnel, etc... Dans le second cas, il y avait associa¬
tion de parkinsonisme fruste : tremblement vibratoire intense,
hypertonie marquee, signe de Froment, diminution des mouve-
ments automatiques pendant la marche.
Ces diverses observations semblent mettre en valeur l’exis-
tence d’un certain rapport entre le syndrome d’Adie et 1’atteinte
des centres vegetatifs diencephaliques, si frequemment touches
par des infections du type encephalo-myelite ou nevraxite epi-
demique. Pour Paviot et Dechaume, l’infection neurotrope pour¬
rait etre a l’origine d’une « maladie de systeme », le systeme feti-
culo-endothelial : celui-ci serait touche a la fois dans sa fonction
hematopoietique, d’ou anemie, et dans sa fonction de metabolisme
des lipoides, d’ou la demyelinisation, retrouvee a l’autopsie, de
zones tres etendues du pallidum et de 1’infundibulo-tuber. II se
pourrait qu’un processus du meme genre puisse etre envisage en
ce qui concerne la pathogenie de la pupillotonie et de l’areflexie
tendineuse associee : des modifications chimiques, d’origine vrai-
semblablement infectieuse, atteindraient la myeline et determi-
neraient des troubles de la‘ conduction, soit au niveau de l’hypo-
thalamus, lieu de passage des fibres irido-dilatatrices, soit en
des zones plus etendues de 1’arc reflexe.
VI. — Conclusions
La pupille tonique est nettement differente de la pupille stati-
que (signe d’Argyll-Robertson), avec laquelle elle ne doit plus
etre confondue. Dans ses formes typiques ou atypiques, elle nous
semble frequente au cours des syndromes mentaux. Un rappro¬
chement peut etre tente avec la pupille des catatoniques. De tou-
tes fagons, dans son etiologie, n’intervient pas la neuro-syphilis.
L’areflexie tendineuse dite corigenitale pourrait bien n’etre
qu’un cas particulier des areflexies pathologiques. Le syndrome
d’Adie pose ainsi des problemes diagnostiques et pathogeniques
tres importants.
De multiples observations revelent une grande variete de symp-
tomes associes au syndrome propre d’Adie, alors que cet auteur
affirmait qu’il n’existait pas d’autres signes du desordre « sui
generis » qu’il decrivait. Nous pensons precisement que 1’etude
des concomitants organiques peut permettre d’apporter quelque
lumiere sur la pathogenie et 1’etiologie du syndrome d’Adie.
LE SYNDROME D’ADIE EN PATHOLOGIE MENTALE 515
Des malades atteints de troubles mentaux tres divers et chez
lesquels nous constatons en meme temps l’existence d’ar^flexie
tendineuse et de pupilles toniques, presentent egalement des
troubles neurologiques, endocriniens, vaso-moteurs, hematologi-
ques, etc., dont l’origine infundibulo-tuberienne parait peu dou-
teuse. II serait sans doute premature de designer les points precis
du diencephale, les centres neuro-vegetatifs, dont la lesion est
capable de produire de tels ensembles psycho-organiques. Mais
de tels faits, si disparates soient-ils, pourraient peut-etre trouver
place dans la conception d’ensemble d’une « maladie de sys-
teme », que nous suggerent certains observateurs.
A la base de ce desequilibre complexe, il est possible, dans
certains cas, de reconnaitre les signes d’une infection neurotrope,
encephalo-myelite ou nevraxite de type epidemique, ces infec¬
tions touchant, avec une particuliere frequence, les regions sous-
corticales ou s’opere la regulation des fonctions vegetatives.
Enfin, la constatation d’une anemie de type pernicieux relevee
dans nos observations de syndrome d’Adie, concurremment avec
les autres troubles neurologiques et psychologies constates
dans les infections neurotropes, peut plaider en faveur de cette
etiologie commune, dont l’un de nous soutient, depuis longtemps,
1’importance primordiale en psychiatrie.
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EXAMEN AUDIOMETRIQUE DE MALADES
PRESENTANT DES
HALLUCINATIONS AUDITIVES VERBALES
PAR
Ferdinand MOREL 0)
L’historique de la question « Audition et Hallucination auditive
verbale » ne sera pas aborde dans cette note, qu’il surchargerait
inutilement.
Toutefois, en parcourant les travaux relativement nombreux
sur ce probleme a deux donnees essentielles, je n’ai pas constate
que raudiometrie ait jamais encore ete utilisee. Aussi cette etude
est-elle peut-etre, a ce point de vue, purement technique, la pre¬
miere en son genre.
J’ai utilise, pour l’exainen de mes malades, l’audiometre Type
G II, de E.-B. Meyrowitz a Paris.
Get appareil produit des sons depouilles d’harmoniques supe-
rieurs et correspondant aux neuf frequences suivantes : (14, 128,
256, 512, 1.024, 2.048, 4.096, 8.192 et 12.288 V. D. a la seconde,
Un potenticmetre gradue permet d’augmenter ou de diminuer
l’intensite de ces sons sur une echelle qui s’etend de l’intensite
— 25 a + 95 decibels (2).
Les excitations sonores, d’intensite et de frequence connues^
sont transmises soit par voie aero’-tympanique a l’aide d’un
(1) Travail de la Clinique psychiatrique. Bel-Air, Geneve. Directeur.: Pro-
fesseur Ch. Ladame.
(2) Le decibel est un dixieme de bel. Le bel peut Stre defini de la fagon-
suivante : lorsque l’intensite d’un. son est 10 ,fois une autre intensite, on dit
que ces intensites different entre elles d’un bel. Lorsque la proportion phv-
sique est 100 : 1, elles different de 2 bels, et ainsi de suite.
Ann. Mf.d.-psych., XVe sehie, 94' annee, t. I. — Avril 1936.
HALLUCINATIONS AUDITIVES VERBALES 521
ecouteur uni-auriculaire avec amortisseur pneumatique, pour
supprimer tcute possibility de conduction osseuse, soit par voie
osseuse a l’aide d’un vibrateur.
Le malade a examiner tient dans sa main un interrupteur elec-
trique, qui lui permet d’indiquer par un signal lumineux l’ms-
tant precis ou commence pour lui la sensation auditive.
Les seuils de Faudition peuvent etre fixes soit en , montant
l’echelle des intensity, au moment de l’apparition de 1 audition,
soit en descendant, au moment de sa disparition. Les temps
deposition d’une excitation donnee peuvent etre allonges autant
que l’on veut. Les excitations elles-memes peuvent etre repetees
aussi souvent que Fon veut.
Grace a ces differentes possibility, j’ai pu determiner pour la
conduction osseuse et pour chaque oreille de mes malades les
plus petites intensity sonores necessaires pour etre entendues.
Le seuil se placait a l’endroit de l’accumulation de nombreuses
reponses. Les seuils etablis pour les neuf frequences allant de
04 a 12.288 V. D. constituent les audiogrammes.
Mais je ne me suis pas borne a prendre de simples audiogram¬
mes, comme s’il s’agissait de l'examen de Faudition chez des
individus par ailleurs normaux. J’ai note egalement les acci¬
dents de l’audiometrie, qui sont une des caracteristiques les plus
interessantes de cette categorie de malades. D’autant plus qu’il
est extremement malaise avec les procedes habituels de l’examen
aux diapasons d’observer precisement cette espece d’accidents
de Faudition. C'est done non seulement de 1 acuite auditive qu il
s agit, mais en somme du comportement de ces malades en pre¬
sence d’un appareil precis et sensible, permettant des excita¬
tions sonores variees maniables et dosables.
J’ai examine — ou du moins cherche a examiner 34 mala¬
des, presentant actuellement, ou ayant presente de facon indubi¬
table des hallucinations dites auditives verbales. Chez trois de
ces malades, tous frois paralytiques generaux, je n’ai pu obtenir
suffisamment de reponses valables ; aussi n’en ai-je pas tenn
compte. Par contre, les 31 autres malades, 17 femmes et 14
homines, se sont montres, a des degres divers, susceptibles d’un
examen precis et meme tres precis.
Au point de vue de la forme clinique de leur affection psy-
chiatrique, ces 31 malades se repartissent de la facon suivante :
des 17 femmes, une presente un delire hallucinatoire auditif
subaigu, probablement d’origine alcoolique ; les 16 autres sont
atteintes d’une psychose hallucinatoire chronique absolument
522
F. MOREL
typiique, ancienne de quelques mois a plusieurs annees. Parmi
les homines, 6 presentent un syndrome relativement pur de
psychose hallucinatoire chronique, au debut chez les uns, deja
ancien chez les autres. Sept sont des dements precoces, avec des
automatismes pathologiques multiples, dont des hallucinations
verbales. Un dernier enfm est atteint d’un delire auditif subaigu
d’origine alcoolique.
Tous ces malades ont entre eux ceci de commun, qu'ils pre¬
sentent le syndrome de l’hallucination verbale, avec les particu¬
larity cliniques propres a chacune des etiologies differentes.
Je me suis efforce de ne retenir pour cet examen audiometri-
que que des hallucines jeunes, afin d’exclure, dans la mesure
du possible, les alterations de 1’oui'e dues a un age avance. Le
plus jeune a 29 ans, le plus age 66. Mais ce dernier age est
exceptionnel ; presque tous ont entre 30 et 50 ans.
A part trois on quatre, ayant eu une affection otologique, et
sur lesquels j’aurai a revenir, aucun de ces malades n’avait a
se plaindre de bruits entotiques, soit musculaires, soit vasculai-
res. Je voulais avoir affaire a des hallucinations verbales clini-
quement pures, c’est-a-dire non compliquees au point de vue
auditif. Aussi me suis-je adresse de preference a des malades
sans passe otologique, et presentant actuellement, et a un pre¬
mier examen, une audition apparemment normale.
Void, du reste, l’ordre dans lequel se passaient les differents
temps de l’examen. Les oreilles etaient examinees. Les amas de
cerumen, plus ou moins occlusifs, etaient relativement rares (un
sur dix malades) ; les corps etrangers etaient plus rares encore.
Apres lavage, examen des tympans et, trois ou quatre jours
apres, c’est-a-dire lorsque l’hyperemie du lavage avait disparu,
prise de 1’audiogramme.
Chez un assez grand nombre de ces malades, 1’audiometrie
avait ete precedee d’un examen aux diapasons. A part trois ou
quatre exceptions, sur lesquelles je reviendrai, je me trouvais
en presence d’individus sans aucune lateralisation du Weber,
ayant un Rinne positif des deux cotes, et une audition, soit par
conduction osseuse, soit par voie aero-tympanique approxima-
tivement egale entre la gauche et la droite, et apparemment
normale.
11 est vrai que l’examen de la voix chuchotee pouvait parfois
mettre en evidence une insuflisance disproportionnee avec les
resultats de l’audition, telle qu’elle apparaissait a la recherche ins¬
trumental. Et meme la voix haute, brusquement, de facon inopi-
nee, et du reste, toute passagere, n’etait parfois pas entendue, du
HALLUCINATIONS AUDITIVES VERBALES
523
moins pas comprise. Les choses se passaient exactement comnie
si une brusque et tres breve surdite verbale s’installait l espace
de quelques fractions de secondes.
C’est dans ces conditions exactement que j’ai entrepris ces
examens audiometriques, dont je vais maintenant donner les
resultats.
La courbe des seuils d’auditicn ne passe pas au-dessous de la
courbe, telle qu’elle a ete etablie avec le meme appareil sur des
sujets normaux. Autrement dit, il n’y a pas d’hyperesthesie,
d’hyperacousie, dans le sens d’un abaissement des seuils de
1’ audition. II y a done lieu d’abandonner completement la
croyance a l’hyperesthesie auditive des sujets souffrant d’hallu-
cinations auditives verbales.
D’autre part, et pour autant que les constantes de l’appareil
dont je me suis servi n’ont pas subi de modifications (1), on ne
note pas d’hypoesthesie auditive. Un passe, meme deja fort
ancien, d'hallucinatio'ns verbales ne s’accompagne pas a la ton¬
gue d’une baisse de l’audition. Si une partie du champ sonore
devait, dans quelques-uns de nos cas, paraitre un peu diminue,
c’est la region des aigus. En effet, on observe une elevation de
leurs seuils pour les frequences 8.192 et 12.288. II est vrai que
les sujets qui presentent cette particularite sont parmi les plus
ages de notre serie, ce qui n’a rien d’etonnant, puisque l’on
admet que pareille regression est courante avec la progression
de l’age.
Enfin, je n’ai remarque aucun scotome, aucun trou stable du
champ sonore chez ces malades. Leur audiogramme ne presente
aucune deformation. II a l’allure d’un audiogramme normal.
Ainsi done, il est possible de resumer nos premieres consta-
tations de la facon suivante :
S’il n’y a pas d’ affection de l’oreille externe ou interne, unila¬
teral ou bilaterale, venant compliquer l’affection cerebrale, on
trouve une audition normale et symetrique dans les syndromes
d’hallucinations dites auditives verbales.
L’affection otologique de nature a modifier l’acuite auditive,
ou du moins a deplacer les seuils de l’auditio'n tant aero-tympa-
nique qu’osseuse, ne fait pas partie integrante du syndrome
hallucination auditive verbale.
(1) Pareille modification parait exclue par un controle de 1’appareil, que
nous avons fait faire a la fin de nos recherches.
524
F. MOREL
Jusqu’ici, il n’a ete question que de l’audition d’hallucines en
dehors de l’etat hallucinatoire. Mais il y a lieu maintenant
d’examiner cette audition au moment meme de l’hallucination,.
de retrouver la perturbation au cours de l’audiometrie apportee
par l’hallucination elle-meme, son action de presence sur l’au-
diogramme.
Alors que le seuil d’audition d’une intensity sonore donnee a
ete etabli, il arrive tout a coup que ce seuil puisse etre atteint,
et meme depasse, sans que le malade paraisse entendre. Puis,
brusquement, l’audition reparait, et l’ancien seuil se retro'uve :
le malade a ete trouble par une hallucination verbale. Certains
signes exterieurs, comme des mouvements de la region glottique
ou le remuement des levres nous l’avait parfois laisse deviner,
mais chaque fois nous en avo'ns eu la confirmation la plus nette,
par une mention explicitee ou encore par une description plus
ou moins complete de suite apres sa production.
La duree de ce phenomene peut etre tres breve, n’etre que de
quelques fractions de secondes. Il peut se repeter, par acces, et
modifier, momentanement, toute une partie de 1’audiogramme,
qu’a un autre moment on pourra retrouver completement nor¬
mal, Il arrive du reste que les automatismes pathologiques sub¬
intrants constituent un veritable etat hallucinatoire, au point
que toute audiometrie doit etre abandonnee, quitte a la repren-
dre dans des conditions parfaites de calrne queliques heures plus
tard.
Qu’il s’agisse d’un veritable etat, d;un acces ou d’une hallu¬
cination verbale isolee, tres fugace, l’audiometrie s’en trouvera
affectee. Elle presentera des irregularites, des rates. C’est comme
une claudication intermittente de l’audition, qui se marque sur
1’audiogramme par une elevation anormale d’un seuil, par ci
par la, au-dessus des seuils habituels. Cette superposition de
seuils est le trait caracteristique d’audiogrammes pris dans de
telles conditions.
Du reste, en examinant aux diapasons ces memes malades, il
m’etait arrive a deux ou trois reprises d’observer que l’un ou
l’autre, brusquement, disait cesser d’entendre, puis d’entendre a
nouveau, au bout de 5 ou 10 secondes, bien que l’intensite soil
allee en diminuant. Ainsi le malade Gu., qui, de roreille droite,:
entendait le 128 Y.D., ne l’entend plus a la 85c seconde, fait
quelques mouvements de la face, pour « chasser une idee »,
comme il dit, puis il entend a nouveau jusqu’a la 110° seconde,.
qui est la limite de son audibilite. Il y avait exactement un trou
dans la sensation, une parenthese ouverte et fermee, une anes-
HALLUCINATIONS AUDITIVES VERB ALES 525
thesie lacunaire. A celle-ci co'rrespondait un automatisme patho-
logique, nettement explicit par le malade lui-meme, des que
l’audition du diapason avait repris.
A l’audiometre, ces rates se manifestent de differentes facons,
selon que Pintensite de l’excitation reste stable, ou qu’elle vane,
soit en descendant, soit en montant. En intensity stable on pent
voir reapparaitre une sensation absente. Par exemple le malade
Gr a la cessation d’une hallucination verbale, entend brusque-
Tii ent une intensity sur laquelle nous etions arretes, et il continue
a l’entendre diminuer jusqu’au seuil.
II est vrai qu’habituellement, lorsque Ton diminue les inten-
sites, et qu’il se produit une hallucination verbale precisement
a cet instant, le malade ne signale pas la cessation de l’audition,
et l’on peut continuer a descendre, franchir le seuil normal, le
depasser, et tomber a une intensity nulle, sans qu’a aucun
moment il ait indique la cessation de son audition.
A la montee, au contraire, la suppression passagere de l’audi-
tion, ou plus exactement sa reapparition, se marque par des
points aberrant* plus ou moins eleves, constituant comme une
frange irreguliere au-dessus du trace des seuils habituels de
l’audition.
Cette frange est sans rapport de dependance avec le trace de
Paudiogramme, en ce sens qu’elle peut varier independamment
de celui-ci. Le malade fera toujours le meme trace, mais jamais
la meme frange. Elle peut faire defaut un jour, et reapparaitre
le lendemain ou affecter tel jour sur tout Paudiogramme gauche
et tel jour le droit, ou surtout la region des sons graves ou celle
des aigus (fig. 1 et 2).
Tout au plus ai-je trouve cette frange un peu plus frequente
dans la region des sons aigus de Paudiogramme. Peut-etre faut-il
en chercher la raison dans ce fait, que toujours l’audiometrie
commengait pour les sons graves, tant pour l’oreille gauche que
pour la droite, qu’il y avait une accommodation tres speciale a
une situation toute nouvelle, excluant, semble-t-il, les autoina-
tismes pathologiques, lesquels ne commencaient a apparaitre
qu’au cours de l’audicmetrie, pour pulluler, dans certains cas, a
la fin.
La qualite elle-meme du son ne seinble pas etre la cause de ce
pullulement des automatismes pathologiques que sont les hallu¬
cinations verbales. Il est vrai que parfois certains sons etaient
de nature a provoquer des reactions specifiques. Differents mala-
des ont trouve. par exemple, que le 4.096 ou le 8.192 « faisait
rire ». Bien d’autres ont mis en branle une ideation a la suite
526
F. MOREL
immediate d’une frequence donnee. C’est par cette voie detour¬
nee de l’ideation et de son echo, qui n’est pas autre chose que
Thallucination verbale, que l’on peut imaginer partiellement le
mecanisme de Taction du son elementaire sur Thallucination
verbale.
Ca., 53 arts. — Audiogr. du 1-11-35.
Enervement. Hallucinations verbales subcontinues. Une voix, toujours la
mcme, l’appelle par son nom a chaque instant. Pretend ne pas entendre
de son a cet instant.
O Tres nombreux seuils superposes.
Mais si Taction directe de Tun sur l’autre nous echappe, du
moins les particularites audiometriques laissent-elles entrevoir
la possibilite d’utiliser Tun, comme terme de comparaison et
meme comme mesure de l’autre.
Les frequences, c’est-a-dire les hauteurs de sons produits par
l’audiometre, sont-elles en quelque mesure comparables a ce que
Ton pourrait appeler, de facon un peu imagee, la hauteur du son
HALLUCINATIONS AUDITIVES VERBALES
527
des hallucinations verbales ? Non. II n’y a pas de commune
mesure entre ces deux ordres de phenomenes, qui, du reste, ne
s’influencent pas l’un l’autre. Par exemple, on ne voit pas plus
de « voix » graves ou d’hommes se produire au moment des
basses frequences, que des hautes, et inversement. Au point de
o.sr'.
-i*
CcZt
}
N
/
/
y
'
\
//
'ou' ' £
/
/
y
s
Tt
Fig. 2.
Ca., 53 ans. (Meme malade que fig. 1). — Audiogr. du 5-11-35.
La malade est parfaitement calme. Pas d’hallucinations verbaies au eours
de la seance.
Tres peu de seuils superposes, lesqucls du x-este sont dans les limites nor-
vue qualite sonore, ces deux ordres ne se comparent pas entre
eux. II en est tout autrement des bruits entotiques, et sur ce
point la difference est parfaitement nette entre « voix » et
bruits subjectifs, ces derniers etant souvent compares a des
hauteurs de son donnees. En effet, tel malade, en entendant par
exemple le 4.0% recommit immediatement la hauteur de son
sifflement, ou tel autre, dans le 1.024, retrouve celle de son bour-
donnement. Mais pour leurs « voix » je n’ai jamais note pareille
528
F. MOREL
comparaison. Et lorsque l’on cherche a les inciter a comparer
its s’en montrent incapables.
L ’intensity, la force des sons produits par l’appareil se
compare-t-elle mieux avec l'intensite des « voix » ? « Laquelle
des deux est la plus forte ? » sernble etre une question mal
posee, ne comportant pas de reponse. Une malade (Ja.), qui eut
plusieurs hallucinations au cours de 1’examen audiometrique,
entendit une voix d’homme en meme temps que la frequence
512 V.D. a l'intensite de 15 decibels, qui est l'intensite liminaire
normale, et elle trouva qu’ils etaient « de la meme force ». Mais
dans la regie, les malades ne donnent que des reponses vagues,
peu affirmatives ; ils ne comparent pas, declarent la chose impos¬
sible. Plusieurs donnent comme raison, que les deux intensites
s’excluent.
11 semble, en effet, y avoir comme une competition entre les
« voix » et le son de 1’audiometre, competition dans laquelle ce
sont les « voix » qui l’emportent le plus souvent : ce sdnt elles
qui sont ecoutees, et qui elevent le seiiil de l’audition du son
elementaire.
On peut se demander si precisement dans cette elevation de
seuil on n’a pas une mesure indirecte de l'intensite de l’halluci-
nation auditive verbale. L’intensite hallucinatoire se mesurerait
a la hauteur au-dessus du seuil habituel, a laquelle il serait
necessaire d’elever l’intensite du son elementaire, pour que
l’audition reapparaisse. La difference (l’intensite entre ces deux
seuils, exprimee en decibels, serait une facon indirecte, detour¬
nee, d’evaluer l’intensite du processus hallucinatoire, ou son
importance. Et si tel est le sens a donner a la difference entre
des seuils superposes, on peut dire que les hallucinations verba-
les, pour un seul et meme individu, varient considerablement
d’intensite en l’espace de quelques minutes. Cette variation
serait de l’o'rdre de 10, 20, 30 decibels et meme plus, exprimee
en intensite d’excitation sonore.
II est du reste probable que l’intensite d’une hallucination
verbale aussi breve que l’on voudra, est loin d’etre elle-meme
stable, comme 1’est une intensite stabilisee. Et ici encore, nous
nous trouvons en presence d’un incommensurable.
Si 1’on cherche, en tenant compte a la fois des rates dans
l’audiogramme et des indications des malades eux-memes, a se
faire une idee un peu plus precise de cette competition, on voit
d’un cote l’hallucination dite auditive verbale, mais sans carac-
teres proprement sonores bien nets, et de l’autre un trouble
passager de l'audition, visible a l’elevation du seuil correspon-
HALLUCINATIONS AUDITIVES VERBALES
529
dant. Ce trouble consiste-t-il en une abolition totale de Paudi¬
tion ? Faut-il admettre pendant rhallucination un silence absolu,
une insensibility totale pour toute excitation sono're se produi-
sant a cet instant ? II ne le semble pas. C’est plutot une gene de
pun par l’autre, c’est-a-dire de Paudition par Phallucination.
Cu., 42 ans. — Automatismes verbo-acoustiques et hallucinations verbales
explicitees, O pendant 1’audiogramme droit, x pendant l’audiogramine
gauche.
« La voix est plus forte que le son, lorsque les deux se produi-
sent en meme temps ; la voix couvre », nous disait une malade
(Ca.). — « On ne peut prefer attention aux deux choses a la
fois », declarait le malade Gu. Un troisieme malade (Cur.), souf-
frant d’hallucinations verbales subintrantes au cours de la prise
de son audiogramme, lequel presente une frange trcs large, pre-
tendait « donner la preference aux voix, lorsqu’elles viennent
en meme temps que le son musical ». Et, en fait, il en resultait
un decalage du seuil de Paudition allant jusqu’a 45 decibels
(fig. 3).
Ann. Med.-psych., XVs serie, 94e annee, t. I. — Avril 1936. 34.
530
F. MOREL
De ce point de vue, il faut, semble-t-il, se representer l’hallu-
eination comme I’empechement d’une fonction normale en
cours, telle l’audition d’un son periodique simple. Mais cet
empechement de l’audition elementaire, mise en evidence par
1’audiometrie, n’est probablement qu’un cas particulier de cet
empechement qui se retrouve dans l’exercice de fonctions pins
complexes : l’auditio'n et la comprehension vei’bales. L’halluci-
pation verbale, en effet, peut s’accompagner de facon indeniable
d’une tres breve surdite verbale. Cette surdite verbale fugace est
d’observation courante, si non de la part du medecin, du mo'ins
de la part de certains malades. Et ce n’est pas seulement de la
surdite verbale que 1’on peut constater, mais egalement de la sur-
dite coi’ticale, de l’agnosie auditive, le malade etant dans l’inca-
pacite momentanee de reconnaitre et d’identifier des bruits;
familiers. La claudication cerebrale intermittente, fugace, n’af-
lecte pas que l’audition elementaire, comme 1’indique l’audio-
gramme avec ses seuilS superposes, mais egalement les formes
plus elaborees de l’audition : audition verbale et gnosie auditive.
Cette claudication n’est pas produite par les seules hallucina¬
tions auditives verbales, les « voix » comme disent les malades..
J’ai vu d’autres automatismes cerebraux pathologiques, dont la
composante soi-disant auditive etait encore moins importante
que dans l’hallucination verbale, et qui modifiaient eux aussi un
audiogramme. Par exemple une malade (He.), dont l’automa-
tisme est particulierement moteur (scansion syllabique frappee
par la main ou par le pied), presente brusquement sur la fre¬
quence 4.096 des seuils superposes, etages sur une largeur de
plus de 30 decibels. Ou encore cette autre malade (Bo.), qui subi-
tement, eprouvait un « engourdissement » du cote droit de la
machcire inferieure avec sensation qu’on « 1’empeche de cau¬
ser » et elevation passagere de 20 et 25 decibels au-dessus de.
son seuil normal d’audition (fig. 4).
II est remarquable de noter que jamais les malades presen-
tant des hallucinations verbales non compliquees d’une affection
otologique n’indiquaient d’audition sous le seuil normal. Ce fait
peut s’interpreter, semble-t-il, de la facon suivante : Au point
de vue de la sensation auditive elementaire, l’hallucination ver¬
bale ne fait que du negatif, un trou, une hypoesthesie ou une
anesthesie passagere. Elle ne fait rien de positif, qui soit de
nature a etre confondu avec une des neuf frequences situees
entre 64 et 12.288 V.D., et qui vienne se marquer sous le seuil
normal.
HALLUCINATIONS AUDITIVES VERBALES
531
Les choses se passent differemment, lorsque les hallucina¬
tions verbales se compliquent de bruits entotiques Ainsi j’ai eu
la bonne fortune de pouvoir prendre l’audiogramme d’une
malade (Je.), atteinte a la fois d’une otospongiose et d’une
psychose hallucinatoire chronique avec hallucinations verbales
Bo. 5 9 ans. — ©correspondent k sensation d’engourdissement du bord
droit de la miachoire inferieure et de gene pour parler.
d’une grande intensite. Or, son audiogramme presentait cette
particularite, qu’en plus des seuils superposes, comparables a
ceux des hallucines verbaux, il comportait de nombreuses indi¬
cations d’audition sous le seuil normal. Ces dernieres correspon-
daient non a des hallucinations verbales, mais a des bruits ento¬
tiques, qui genaient fort la malade, et qu’elle etait souvent dans
l’incapacite de discerner des excitations venant de l’audiometre,
en particulier des hautes frequences. Ges bruits entotiques,
qu’elle imitait en faisant djii, apparaissaient selon un certain
rythme, et etaient signales egalement rythmiquement par la
532
F. MOREL
malade en 1’absence de toute modification d’intensite, et, du
reste, bien en-dessous de son seuil d’audition (fig. 5).
II y a dans cette particularite un element de discrimination
entre ces deux series de phenomenes parasites, de mecanisme
Fig. 5.
Je„ 62 arts. — Otospongiose et psychose hallucinatoire chronique.
Automatismes verbo-acoustiques ; hallucinations verbales. @ pendant audio-
gr. dr., <x) pendant audiogr, g.
fgj pj| Indications rythmees de bruits entotiques, sous le' seuil et merae
L2J 1*1 en 1’absence de toute excitation sonore.
Difficulty de fixer un seuil a cause de ces phenomenes parasites de deux ordres
diiferents.
obsolument different, et qu’on a trop tendance a confondre :
hallucinations auditives verbales et bruits entotiques.
II est enfin un dernier point que ces recherches nous ont fait
aborder, celui de l’inegalite de l’ouie entre les deux cotes et les
hallucinations verbales, en particular leur soi-disant lateralisa-
tion. En effet, deux de nos malades presentaient avec toute la
nettete desirable la combinaison de surdite unilaterale et d’hal-
lucinations auditives verbales.
HALLUCINATIONS AUDITIVES VERBALES 533
Le malade Pf., depuis 7 ans, a des hallucinations verbales dans
sa poitrine, mais aussi a l’oreille, tant gauche que droite. II y a
deux ans, a la suite d’une otite grippale gauche et d’un evide-
inent mastoidien, baisse de l’ouie a gauche et apparition d un
bruit subjectif, qu’il compare a la percussion d’un tonneau vide.
A l’audiogramme, il y a une difference de 20 a 30 decibels entre
l’oreille gauche et la droite, au detriment de la gauche. Or,
l’affection otologique semble n’avoir modifie en rien ni la force
ni le timbre des hallucinations verbales, qui n’ont subi aucune
lateralisation.
La malade Ra., a la suite d’une ancienne affection de
Foreille gauche, dont il subsiste une assez grosse perte de subs¬
tance du tympan, presente une lateralisation du Weber a gau¬
che et a l'audiogramme line grosse difference de l’audition,
Foreille droite montrant une elevation generate de 10 a 15 deci¬
bels au-dessus de la normale, alors que la gauche se tient Ires
en-dessus, au-dessus meme du trace de l’audition par conduction
osseuse au vertex. Mais l’audiometrie met en evidence cette par¬
ticularity que pour la meilleure oreille les ecarts sont minimes,
de 4 ou 5 decibels au plus, avec des series de reponses identiques,
alors que du cote gauche les ecarts sont plus considerables, et
qu’il n’y a jamais deux repcnses identiques a la suite Fune de
Fautre. Or, cette malade fait une sorte de lateralisation de ses
hallucinations verbales, en ce sens qu’elle ressent tres differem-
ment celles de gauche et celles de droite. Elle leur trouve un
caractere propre, pretendant que celles de gauche ont un « tim¬
bre agreable », qu’elles sont toujours « amicales », lui don-
uent un sentiment de « securite », d’etre « protegee ». A
droite, au contraire, elles sont plus rapprochees, elles ont un
timbre moins agreable, et elles ont quelque chose d’ « etran-
ger », ne « correspondant pas a ses pensees ».
De tous nos sujets hallucines, cette derniere malade est la
seule a eprouver une difference aussi accusee entre les hallu¬
cinations gauches et les droites. Elle est egalement celle dont
Faudition d’une Oreille est aussi differente de celle de Fautre.
Mais il y a lieu de bien souligner, qu’a part la localisation plus
rapprochee precisement du cote de la meilleure oreille, tous les
autres caracteres qu’elle prete a ses hallucinations, tant droites
que gauches, sont extra-acoustiques, extra-sonores. Et la raison
de ces caracteres nous echappe. Ils se laissent difficilement
ramener a des faits de pure audition, qu’ils debordent ample-
ment. Du reste, tout ce que nous croyons savoir des hallucina¬
tions verbales nous incline egalement a l’admettre.
ASCARIDIOSE ET PSYCHOPATHIE
PAR
G. GASSIOT et J. LECLERC
« On n’examine pas avec assez de soin s’il y a des vers dans
les malades ; de la vient que plusieurs personnes de tout age,
faute d’avoir pris des remedes ou des preservatifs contre les vers,
tombent en langueur sans qu’on sache la veritable cause. »
(Nicolas Andry, 1700, cite par le Dr Moutier).
Ainsi s’exprimait, void plus de deux siecles, celui qui devait
etre plus tard Doyen de la Faculte de Medecine de Paris (1724-
1726).
Bien avant lui, Hippocrate n’avait-il pas fait une judicieuse
observation, quand il disait d’une de ses malades :
« ...Elle avait quelque chose de maniaque, mais avant rendu
un ver assez epais et un peu d’excrement, aussitot elle fut dcli-
vree, elle dormit et se trouva bien portante. » ( Des Epidemies,
livre IV, § 55, trad. E. Littre).
Le sujet n’est done pas inedit. II fut traite depuis par des
maitres avertis et experimentes (1), dans les ouvrages desquels
nous avons abondamment puise. Nous nous en excusons aupres
d’eux.
Ce court expose ne viserait qu’a considerer la remarque de
Nicolas Andry par rapport a un cadre particulier : celui des
Asiles d’alienes, sans adopter cependant l’intransigeance de vue
de cet esprit coinbattif qui attribuait aux parasites les mefaits
les plus divers et fut surnomme par ses adversaires : « Homo
vermiculosus. »
Nous voudrions ici montrer l’importance qu’il peut y avoir a
depister les lombricoses chez les malades mentaux et, tout en
soulignant chez eux la frequence de ces parasitoses et leur
(1) Voir Bibliographie, p. 547.
Ann. Med.-psych., XVc serie, 94'- annee, t. I. — Avril 1936.
ASCARIDIOSE ET PSYCH0PATH1E
coexistence avec des troubles cenesthesiques, etudier les diffe-
rentes formes sous lesquelles elles peuvent se presenter, la plus
interessante, mais encore a l’etude, etant sans conteste la psychose
ascaridienne.
La difficulte de diagnostic est d’autant plus grande que peu
d’affections presentent un polymorphisme aussi accentue que
l’ascaridiose et occasionnent des troubles aussi varies dans tou-
tes les spheres.
On ne peut songer a faire une recapitulation aride et peu
Clinique de tous les signes deceits par les differents auteurs :
phenomenes digestifs, vaso-moteurs, nerveux, sensoriels ■ et
psychiques qui s’accompagnent d’une atteinte de 1 etat genera
ct se groupent pour donner differentes formes cliniques : la
forme pseudo-dysenterique, l’appendicite a ascarides, la forme
lyphoide, la forme pseudo-meningitique, la forme choreique
(Bessieres, Bouchut), la forme melancolique.
II est plus interessant de rechercher, parmi les symptomes de
l’ascaridiose en general, ceux qui se rencontreront le plus sou-
TCnt chez le psychopathe et pourront donner a sa maladie un
aspect special.
Tableau clinique de l’ascaridiose chez le psychopathe
II faut, avant tout, se representer les conditions dans lesquel¬
les on se trouve a la maison de sante pour faire ce diagnostic.
On ne doit compter, en aucune maniere, sur les signes subjec-
tifs. La clinique se bornera ici a observer et a surveiller le malade
pour depister un trouble chez lui, sans attendee qu’il vienne s’en
plaindre. , . ,
Cet inconvenient doit etre prevu pour bien des categories de
malades mentaux. Les imbeciles et les debiles ne prennent pas
assez soin de leur personne pour remarquer en eux un pheno-
mene anormal. Les dements sont plonges dans leur autisme et,
comme les confus, seraient incapables d’integrer le concept de
maladie, meme s’ils en ressentaient les symptomes. Les mania-
ques n’ont pas le temps de traduire par la parole leur impres¬
sion de malaise, ou le font d’une facon si touffue qu’elle deyient
incomprehensible. Quant aux melancoliques, ils supportent leurs
maux en gemissant ou meme les acceptent stoiquement en
punition de leurs crimes.
Devant les autres categories : delirants, hallucines, hypocon-
driaques, qui peuvent s’analyser et indiquer les caracteres de
leurs troubles, il faut se garder de commettre 1’erreur inverse.
536
G. GASSIOT ET J. LECLERC
qui consisterait a considerer comme symptomes de l’ascaridiose^
des signes de leur psychopathie. II faut, ici, savoir faire une sage
discrimination dans leurs plaintes, tout en se souvenant que
des hallucinations cenesthesiques, ou etiquetees telles, peuvent
correspondre a des troubles reels.
Les signes objectifs devant seuls aiguiller le diagnostic, c’est
souvent l’aspect du malade qui attire d’abord l’attention. II se
presente avec un mauvais etat general, le teint est jaune, bistre,
la langue saburrale avec fetidite de l’haleine. On note de la cons¬
tipation, avec ou sans coliques, ou une diarrhee rebelle et un
amaigrissement notable. II refuse de s’alimenter et rejette pres-
que instantanement le liquide introduit dans 1’estomac par la
sondg eesophagienne.
La temperature est normale ou au-dessous de la moyenne, le
pouls ordinairement accelere, la tension arterielle est abaissee.
Les troubles psychiques seront caracterises au moindre degre
par des variations de 1’humeur et du caractere qui devient
irritable. Ils constituent plus souvent, soit un syndrome de
confusion, soit un syndrome melancolique avec gemissements
et parfois cris de terreur a predominance nocturne (1).
En presence de tels phenomenes, il faut songer a une infec¬
tion ou une intoxication, et en rechercher la cause. Les examens
de laboratoire doivent etre faits. Les urines ont deja ete analy-
sees ; une prise de sang permettra de faire la reaction de Bordet-
Wassermann et le dosage de l’uree. Le liquide cephalo-rachidien
est examine aux points de vue chimique, cytologique et biolo-
gique.
Ces recherches etant negatives, c’est alors que doit etre envi-
sagee la possibilite d’une parasitose, surtout chez un melancoli¬
que. On peut decouvrir des signes accessoires ou assez legers
pour etre passes inapercus au cours d’un premier examen chez
un malade souvent difficile : prurit nasal, douleurs articulaires,
urticaire, troubles oculaires (nystagmus, strabisme, mydriase,
iritis, etc.). Mais surtout, des que 1’idee d’ascaridiose est venue
a 1’esprit, il faut nombrer les eosinophiles dont la proportion
sera augmentee (8 a 16 %) et pratiquer l’analyse des selles afin
d’y rechercher les oeufs du parasite. Ce dernier signe seul est
pathognomonique.
Tel est le tableau clinique type qui permettra de diagnostiquer
la lombricose. Mais, dans la pratique, il est bien rarement rea¬
lise. Tout d’abord, l’etat general peut etre moins touche ; les
(1) Dr Moutier. — Journal Medical frangais, 1924, p. 372.
ASCARID10SE ET PSYCHOPATHIE
537
ascaris peuvent parasiter un intestin pendant tres longtemps
(cinq ans) sans occasionner de troubles sensibles et la periode
de debut peut etre tres discrete. Les troubles digestifs peuvent
etre moins prononces et, s’ils existent en meme temps que des
signes d’infection ou d’intoxication, il faut eliminer un syndrome
uremique, l’alcoolisme, les shocks traumatiques ou, plus couram-
ment, la phase aigue d’une psychose.
Nous verrons plus loin que 1’ascaridiose coincide souvent avee
la melancolie ; encore faut-il y songer en presence d’un syndrome
melancolique et une fois le diagnostic etabli, rechercher le role
respectif des vers et de la psychose dans les troubles constates
et lequel de ces deux accidents est le premier en date ou a le plus
d’influence sur l’autre.
Si le malade est maniaque, debile ou dement, la difficulte aug-
mente. II arrive alors, si les signes generaux sont peu marques,
que le diagnostic soit fait par la simple constatation d un para¬
site dans les selles.
Dans le plus grand nombre des cas, il necessite, de la part du
medecin psychiatre, une grande perspicacite raise a 1 epreuve
dans un examen tres attentif de tous les symptomes, tant psychi-
ques que physiques, ces derniers ne devant pas etre negliges
au profit des autres.
Les examens serologiques du sang et du liquide cephalo-rachi-
dien etant faits systematiquement chez les entrants, nous insis-
terons sur l’importance de l’etude de la formule leucocytaiie. Les
services qu’elle peut rendre sont en raison directe de la facilite
avec laquelle elle peut etre effectuee. Et l’on s’explique mal les
raisons pour lesquelles elle est encore si peu repandue dans la
pratique courante. Elle pourra montrer ici une eosinophilie qui
mettra sur la voie du diagnostic.
Les signes presomptifs en faveur de 1’ascaridiose seront . le
refus d’alimentation chez un melancolique presentant des ter-
reurs nocturnes (1) et un abaissement de la presssion arterielle.
Le seul signe de certitude est la constatation du parasite ou de
ses ceufs dans les selles du malade.
Cette etude rapide sera illustree par trois exemples pris parmi
les entrantes de l’Asile Saint-Yon a quelques mois d’intervalle.
Ces observations montreront en meme temps les differents
aspects sous lesquels peut se presenter la lombricose chez les
psychopathes.
(1) « CJest aussi le soir que les ascarides tourmentent. » (Hippocrate,.
Des Epidemics, Liv. VI, lre section, § II, trad. E. Littre).
53S
G. GASSIOT ET J. LECLERC
Observation I. — T. M., femme Lem., 22 ans, entree dans le ser¬
vice ie 28 novembre 1935, « presente un etat maniaque caracterise
par une grande surexcitation intellectuelle et motrice avec fuite des
idees, gesticulations incessantes, grimaces, humeur tres exube-
rante » (Dr Latapie).
Les propos peu suivis sont souvent erotiques, pimentes d’allu-
sions grivoises et entrecoupes de chants et de rires explosifs.
La paleur, les traits tires de la malade peuvent etre attribues 5
la phase aigue qu’elle traverse.
Une therapeutique par la methode de Fochier (abces de fixation)
est tentee qui donne une assez forte reaction. L’etat d’agitation per-
siste mais on decouvre le 10 decembre un ascaris dans les selles.
Un traitement au semen contra et au calomel est entrepris. On decou¬
vre le lendemain dans le lit souille de la malade gateuse une collection
de vers dont on compte une quinzaine.
Le 19 decembre les symptomes d’excitation ne sont guere atte-
nues ; mais l’etat general s’ameliore. L’analyse des selles ne montre
pas d’oeufs de parasite. Eosinophilie : 1 %.
Observation II. — Gar. M., 65 ans, domestique, entre le 3 mai
1935 dans le service. Elle presente un syndrome de « melancolie
anxieuse avec troubles cenesthesiques et craintes imaginaires, en
parti culier du diable. Gemissements » (Dr Pochon).
« J’ai peur de ce qui peut arriver aux plus grands malheureux
du monde, dit-elle. J’ai passe par des moments terribles. J’ai ete
contrariee par la mort de ma mere (94 ans) que je n’ai pas bien
soignee... C’est venu tout doucement. C’est quelque chose en moi qni
me dechire et je ne peux rester en place ».
On a quelques renseignements sur les antecedents personnels de
la malade qui depuis de longues annees presentait des scrupules et
des idees d’indignite. Cette « bouffee delirante caracterisee par des
plaintes, des lamentations, des frayeurs, remonterait a quinze jours
environ » (Certificat d’admission).
La malade se montre tres anxieuse durant les premiers jours. De
plus son etat general est mauvais. Le facies est jaunatre comme celui
d’un infecte, la langue saburrale. La constipation est opiniatre et la
malade fait de grandes diflicultes pour s’alimenter. Elle doit etre
bientot nourrie a la sonde oesophagienne. Plusieurs fois, au cours
de cette alimentation artificielle, des vomissements se produisent a
mesure que le lait est introduit dans l’estomac.
Les reactions serologiques sont negatives. Par contre la pression
arterielle est abaissee (10-5 au Yaquez). On songe a une parasitose
et l’on fait un examen du sang et des selles. Celles-ci contiennent des
oeufs d’ascaris. Eosinophilie : 8 %.
Le traitement par le semen contra et le calomel est institue. On
doit ici administrer le semen contra en infusion a 10 pour 1000 par
la sonde, toute prise de medicament « per os » etant impossible.
ASCARIDIOSE ET PSYCHOPATH IE 539
Le troisieme jour on trouve trois ascaris dans les selles. Le trai-
iernent continue fait expulser huit vers. En quelques jours 1 etat
general s’ameliore, la malade commence a s’alimenter et les symp-
tomes d’anxiete s’attenuent.
Au mois de septembre, l’etat physique reste satisfaisant avec
alimentation normale et selles regulieres ne contenant plus ni vers m
oeufs. Mile G. s’occupe a de petits travaux de couture et s lnteresse
a son entourage. Neanmoins l’etat mental qui, il faut le dire, etait
peut-etre atteint depuis longtemps, reste peu brillant. Le syndrome
melancolique persiste. La conversation avec la malade est possib e,
mais la crainte du demon et la peur d’etre tuee reviennent dans ses
propos comme un leit-motiv.
Observation III. — H. Pal., femme L., 40 ans, est admise le
12 decembre 1935. Le certificat de 24 heures indique une « confu¬
sion mentale avec anxiete, desorientation partielle, debit de paroles
rapide et decousu avec evocation de troubles hallucinatoires a
caractere onirique » (Dr Latapie). , ... . . e
Les renseignements fournis par le mari font remonter le debut des
troubles mentaux actuels a dix jours seulement avant 1 entree. Its
auraient commence brusquement par de l’agilation et du desordre
dans les propos. Mais un interrogatoire serre revele un certain
« affaiblissement » constate par le mari chez sa femme qui se
montrait depuis une annee environ moins active et se plaignait
souvent de malaises, de fatigue generate. , .
Operee en 1924 pour appendicite, en 1933 pour salpingite, e e
presente depuis 1917 des troubles oculaires. Une feuille de consul¬
tation recente indique le diagnostic : oeil droit : kerato-sclerite ,
ceil gauche : episclerite, sclerite. . ,
Flip aurait ces temps derniers manifesto des idees de suicide a
cause des douleurs qu’elle ressentait dans la tete et les veux.
Une reaction de Bordet-Wassermann du sang a ete negative en
19A l’entree, la malade se montre instable et presente des raptus
d’agitation tres vive accompagnes de reactions violentes. Elle pousse
des cris de frayeur surtout pendant la nuit. Ses propos decousus sont
debites sur un ton lent, trainard, avec paroles achoppees. Malgre son
obnubilation, elle cite l’annee et le mois exacts.
« Je vois bien que je ne suis plus dans le vrai. J’ai toujours ete
dans le noir. Je vois encore deux personnes. »
Son etat physique est peu brillant. Le facies est terreux, les yeux
cernes. les traits tires. La temperature est basse : 36-4. Le pou s bien
frappe est normal. L’examen des organes somatiques ne revele nen
d’important. , . -
Cependant on note des troubles digestifs prononces : langue
saburrale, fetidite de l’haleine, constipation. La malade ne s alimente
que dilficilement. Elle se plaint de vagues douleurs articulaires et
540
G. GASSIOT ET J. LECLERC
presente en outre une irido-cyclite bilaterale plus accentuee du
cote droit.
L’analyse d’urine ne decele ni albumine, ni sucre, mais il se fait
une precipitation abondante d’urates par l’acide acetique a froid.
Examen du sang : Bordet-Wassermann : — . Hecht : — . Vernes : 0-0.
Dosage de l’uree : 0 gr. 56 par litre.
La ponction lombaire assise donne un liquide clair, eau de roche
s’ecoulant en jet (28 cm. au manometre de Claude), contenant un
lymphocyte pour deux travees de la cellule de Nageotte. Le precipite
atteint une division dans le rachialbuminimetre de Siccard et
Cantaloub.
Bordet-Wassermann : — .
Vernes : 0-0.
Reaction de Guillain au benjoin colloidal : 000.000.222.110.000.
La tension arterielle est de 9-4 au Vaquez.
Apres avoir elimine les troubles d’insuflisance hepatique, l’alcoolis-
me subaigu et le taux trop eleve de l’uree dans le sang ne suffisant
pas a expliquer des phenomenes si accentues, on songe devant cette
hypotension, devant l’aspect intoxique de la malade, ses troubles
digestifs, a une parasitose.
La formule leucocytaire etudiee montre une eosinophilie notable
(12 0/0) et des oeufs d’ascaris sont decouverts dans les selles.
Le 26 deeembre, le traitement au semen contra (3 grammes pen¬
dant 3 jours), suivi de l’administration de 0 gr. 50 de calomel, est
institue. On trouve alors dans les selles un couple d’ascaris.
En quelques jours tous les symptomes s’attenuent, l’etat physique
s’ameliore, les troubles oculaires s’amendent et la confusion mentale
diminue sensiblement.
Le 3 janvier, nouvel acces d’agitation, reactions violentes et im-
pulsives de la malade avec hurlements de frayeur. Le traitement ver¬
mifuge est repris et continue. Mais on ne decouvre pas d’autre ver
dans les selles.
Actuellement (fin janvier), la malade se maintient calme. Son etat
physique est tres ameliore et les troubles oculaires en particulier
sont tres attenues. Au point de vue mental on ne peut parler jusqu’ici
que d’amelioration. La malade se montre plus presente, fait aux
questions posees des reponses raisonnables. Mais on remarque de la
lenteur de 1’ideation, des troubles de l’attention et une certaine
obnubilhtion intellectuelle. La moindre contrariete la laisse encore
sujette a des reactions Vives.
Discussion.
Relations entre l’ascaridiose et les troubles mentaux
Est-il permis de tirer des conclusions de ces observations ?
On remarque, des l’abord, que l’ascaridiose dans le premier cas
se presente comme une maladie surajoutee aux troubles men-
ASCARID10SE ET PSYCHOPATHIE
541
taux existant deja chez le sujet. Dans les deux autres cas, au
contraire, elle affecte des rapports plus etroits avec la psychopa¬
thic dont elle exagere, sinon provoque, certains symptomes.
Nous verrons qu’il est peut-etre legitime d envisager, avec cei
tains auteurs, une troisieme forme dans laquelle la psychose
serait due aux ascaris et guerirait par leur expulsion.
Bien loin d’etre protege contre les infections de toutes sortes,
le psychopathe est plus expose que tout autre a heberger des
parasites. Nous pourrons trouver des lombrics chez des malades
de toutes categories mentales. C’est ainsi que notre maniaque en
expulsa quinze grace au traitement anthelminthique qui, par
contre, n’exer§a nulle influence sur la psychose.
II n’est guere necessaire d’insister sur cette forme, si ce n’est
pour en rappeler la difflculte de diagnostic en l’absence de
l’expulsion spontanee d’un ver. Mais si elle se montre peu mte-
ressante au point de vue theorique, elle devient importante par
sa frequence et doit etre recherchee et diagnostiquee pour qu’un
traitement approprie puisse apporter au malade un soulagement
physique auquel il a droit.
D’ailleurs, est-on sur d’emblee que la parasitose n exerce
aucune influence sur la psychopathic ? Le soulagement physique
sera parfois suivi d’une amelioration mentale, comme on a pu
le constater dans nos deux dernieres observations.
Nous voyons notre malade II, presentant depuis longtemps des
scrupules, des idees d’indignite, entrer a la maison de sante dans
une phase aigue qui coincide avec l’infestation de son intestm pai
les ascaris. La psychose etait done annoncee de longue date et
le syndrome melancolique finalement constate, peut etre consi¬
der comme ayant ete aggrave en partie par l’involution, en
partie par l’ascaridiose. En effet, le traitement de cette dermere
amena la disparition de deux grands symptomes : le refus d ali¬
mentation et les troubles cenesthesiques.
Remarquons ici la frequence de ces derniers chez les parasi¬
tes. On a beaucoup insiste sur ce fait que le delire zoopathique
etait motive par un trouble visceral. Inversement, la presence de
vers dans les voies digestives peut occasionner des troubles de
la cenesthesie. II semblerait que le malade sente avec precision
le travail malefique qui s’opere dans son organisme ; en effet,
les idees delirantes qu’il emet, les hallucinations qu’il avoue,
traduisent d’assez pres l’impression qu’il peut ressentir et Ion
ne sait jusqu’a quel point elles peuvent etre qualifiees d idees
delirantes et d’hallucinations.
Ce fait a ete signale par nombre d’auteurs.
542
G. GASS10T ET J. LECLERC
« Le plus souvent, dit Regis, a la base de l’idee hypocondria-
que, existe un trouble reel de l’organe, de l’appareil ou de la
function. »
Picque, en 1908, insistait sur l’importance, en presence de tela
troubles mentaux, de rechercher et de traiter la cause organique.
II est done interessant de noter, dans notre cas, la disparition
des troubles cenesthesiques chez une melancolique par le traite-
ment de l’ascaridiose.
Chez notre malade III, a l’etat de tristesse, de depression, aux
frayeurs qu’elle presente, s’ajoute un tableau de confusion men-
tale. Ici, nous ne pouvons trouver, dans 1’anamnese, des pheno-
menes precurseurs du domaine psychique et l’affaiblissement, la
fatigue signales comme ayant precede la phase aigue, peuvent
etre expliques par la presence des lombrics dans l’appareil diges¬
tif. C’est ce qui pouvait faire prevoir une guerison par therapeu-
tique vermifuge. Les resultats n’ont pas correspondu a l’espe-
rance.
Mais si 1’on peut en conclure que les troubles mentaux n’etaient
pas dus uniquement a la parasitose, il faut reconnaitre que celle-
ci jouait un role tres important et specialement dans la confu¬
sion mentale et les acces d’agitation a predominance nocturne
pendant lesquels la malade poussait des cris de frayeur. Aprea
traitement d’ailleurs, Mme L. encore obnubilee et ralentie intel-
lectuellement, se montre calme et presente.
Des phenomenes nerveux varies ont ete ranges parmi les symp-
tomes de l’ascaridiose avec laquelle ils ont des rapports d’effet.
a cause. Citons les nevralgies, les paresies, les convulsions, les.
signes meninges, l’encephalite et enfin la choree etudiee dans lea
travaux de Bessieres : « Choree. — Expulsion d’une grande
quantite d’ascaris lombricoldes. — Guerison. » (J. de Med. de
Toulouse, 1848) et dans ceux de Bouchut sur la « Choree vermi-
neuse » ( Gaz . des Hop. 1862).
Existe-t-il de meme des signes psychiques ?
II est certain qu’une atteinte quelconque de l’etat general peut
retentir sur le comportement du malade, occasionner chez lui
des variations dans son humeur, son caractere, influer sur sea
facultes superieures, le rendant moins apte a juger, a raisonner,
diminuer sa volonte, son attention. On ne peut pour ces raisons
conclure a une psychose dont la maladie primitive serait respon-
sable.
II faut se souvenir cependant qu’entre le « normal » et l’« ab¬
normal », il n’est pas de delimitation nette. On passe du premier
ASCARIDIOSE ET PSYCHOPATHIE 54i
au second a travers une « zone frontiere » (1) assez etendue, par
une seriede degradations insensibles et bien souvent 1 on doit
pour le diagnostic se contenter d’une appreciation subjective.
Peut-on parler de psychose ascaridienne ?
Bien que notre troisieme malade nous ait donne quelque temps
l’espoir de guerir completement apres l’expulsion de ses vers,
nous ne pouvons prendre son cas comme preuve de cette hypo-
these II y eut une amelioration nette des symptomes mentaux et
le traitement continue donna des resultats appreciates, pas assez
formels cependant pour pouvoir mettre la psychose sur le compte
des ascaris. .
Neanmoins si nos observations qui pechent en premier lieu pa
leur petit nombre, ne concordent pas avec la theone de la psy¬
chose ascaridienne, il ne nous est pas permis pour cela d infirmer
cette derni ere.
La remarque de Picque dans les annales medico-psycholo-
giques (Seance du 24 fevrier 1908) viendrait au contraire 1 ap-
P « L’experience de la chirurgie des alienes, dit-il, m’a depuis
longtemps demontre qu’en dehors de l’infection, une lesion orgam-
que meme legere peut chez un sujet predispose faire eclater un
delire ou l’entretenir, quand elle entraine un etat d’epuisement,
de preoccupation ou un defaut de nutrition. »
Ce qui est bien le cas pour l’ascaridiose.
D’ailleurs de nombreuses publications ont ete faites a ce sujet.
Le D‘ Moutier en 1924 publie dans le Journal de Medecine Fran¬
cois trois cas de « Neurasthenic ascaridienne » dans lesquels le
reiet des ascaris amene la guerison complete des malades. Or un
aphorisme ancien ne nous dit-il pas que « naturam morborum
ostendit euratio ».
De meme, le D'.Naudascher en 1921 ( Bulletin de la Sac. Clin, de
Med mentale) nous montre trois observations de melancolie
s’accompagnant de parasitos'e (trichocephale, toenia, ascaris)
dans lesquelles le traitement anthelminthique permet la guerison
et la sortie des malades.
Citons encore les travaux de Codeceira, la « psychose vermi-
neuse », dans le Journal de Medecine -de Pernambouc.
Mais, ’opposera-t-on a ces faits, bien des cas de parasitose par
les ascaris revetent une forme clinique toute differente et sou¬
vent meme la presence de vers dans l’organisme ne se tradmt
que par des troubles tres discrets. De plus, le Dr Naudascher,
(1) Ball. — Les frontieres de la folie.
-544
G. GASSIOT ET J. LECLERC
•devant ses trois cas de melancolie gueris par l’expulsion des
parasites, analysa les selles d’une trentaine d’autres melancoli-
ques sans trouver ni un ver, ni un ceuf.
Ces objections, en montrant la rarete de la forme psychique
de l’ascaridiose, n’en prouvent pas la non-existence. II semble
toutefois qu’il faille admettre, chez ce genre de malades, des
predispositions particulieres qui les font reagir de cette facon
speciale.
Pathog^nie. — Frequence. - — Etiologie
L’influence que peut avoir l’ascaris sur les centres nerveux
cadre bien cliniquement avec Interpretation pathogenique rela¬
tive aux toxines vermineuses. II est, en effet, difficile d’admettre
que le parasite puisse agir sur ces centres d’une facon mecani-
que ou irritative.
Nous ne pouvons nous etendre sur cette question importante du
mode de production des troubles psychiques, mais signalerons
entre autres travaux qu’elle a inspires, ceux de Leroy (1910), qui
montre la toxicite du liquide peri-enterique de l’ascaris megalo-
cephala, c’est-a-dire du liquide secrete par les cellules de la
membrane sous-cuticulaire du ver ; ceux de Weinberg (1912), de
Weinberg et Julien (1913), la these de Simonin (1919-1920) et
Particle de J. Rouillard (1921) dans la Presse Medicale.
Ils tendent tous a prouver qu’a cote de Taction irritative et
infectieuse de l’ascaris, il faut reserver une large part aux acci¬
dents toxiques parmi lesquels nous rangerons les phenomenes
psychiques constates chez nos malades.
L’interet de l’etude de l’ascaridiose dans les maisons de sante
■est-il justifie par la frequence de l’affection ?
L’on serait peut-etre tente de croire que sa rarete, au contraire,
attire l’attention. C’est une opinion erronee. Nous n’avons a notre
disposition aucune statistique permettant d’apporter sur la
question des donnees precises. Celles-ci d’ailleurs pourraient etre
faussees par la tendance a passer sous silence les cas de parasi-
tose discrets ne s’accompagnant pas de signes graves ou particu-
liers.
Les trois malades observees plus haut sont entrees dans le
service entre les mois de mai et decembre 1935. Mais on peut
regarder ce fait comme une simple coincidence et lui refuser la
valeur d’un argument, comme ne s’etendant pas sur un laps de
•temps assez prolonge.
Cependant, on peut admettre que l’ascaridiose est frequente
chez les malades mentaux, si on la considere sous les trois
-aspects qu’elle peut revetir chez eux et si Ton montre que le
ASCARID10SE ET PSYCHOPATHIE
545
manicome realise des conditions particulierement favorables au
Meveloppement du parasite.
Les psychoses a forme melancolique reconnaissant, pour
cause immediate et certaine l’ascaridiose, sont evidemment assez
rares. Mais celles dont les signes sont aggraves par la presence
du parasite dans l’organisme sont beaucoup plus repandues. Les
cas, enfin, dans lesquels la lombricOse survient chez un rnalade
mental, comme un epiphenomene sans aucun rapport avec la
psychopathie, sont aussi frequents, mais risquent de passer
inapercus en raison de la difficulte du diagnostic ou de 1 etat
trouble” du rnalade. Leur benignite pourrait, de meme, les faire
negliger. II n’est done pas superflu d’insister sur l’importance
de leur depistage.
II serait interessant de connaitre les categories mentales qui
sont le plus souvent parasitees. Nos observations se rapportent
chacune a un diagnostic different : une maniaque, une melanco¬
lique, une confuse. Ici aussi, des statistiques seraient necessaires
pour donner une reponse ferme. Nous croyons cependant pou-
voir attribuer aux melancoliques, sous leurs differents aspects,
la premiere place parmi les malades atteints par les ascaris. Et
cela a cause de Faction reciproque qui existe entre la psychose
et la parasitose.
D’un cote, en effet, les troubles psychiques occasionnes par
le lombric, sont souvent caracterises par un syndrome melanco¬
lique. D’autre part, ce syndrome, de meme que les autres psycho¬
pathies, ne fait que favoriser l’installation du ver.
Cette frequence de l’ascaridiose chez les malades mentaux,
d’ailleurs signalee dans tous les manuels, peut facilement s’expli-
quer. Les conditions du developpement de l’ascaris sont en effet
chez eux pleinement realisees.
La reunion, la vie en commun d’un grand nombre d’individus
favorisent tou jours la propagation d’une infection. Mais, de plus,
l’ascaris qui affecte une predilection pour le jeune age, e’est-a-
dire pour un organisme faible, non encore pourvu de tous ses
moyens de defense, trouvera souvent chez l’aliene, et plus peut-
etre dans l’element feminin, cet etat de moindre resistance pro-
pre a son etablissement.
D’autre part, les reactions si imprevues parfois des malades
suffiraient a justifier sa frequence. Malgre la surveillance la
mieux organisee, il est des actes auxquels on ne peut empecher le
rnalade de se livrer. II en est d’autres qui peuvent paraitre, au
premier abord, anodins et sans consequences, et intervenir
cependant comme facteurs de dissemination du parasite.
Ann. Med.-psych., XVp serie, 94f annee, t. I. — Avril 1936. 35.
546
G. GASSIOT ET .1. LECLERC
Tantot nous serons en presence d’un geophage. Une demente
precoce du service, des qu’on la laisse seule dans le jardin, se met
immediatement a genoux, la face et la bouche contre terre.
Tantot le malade porte tout a sa bouche et ne choisit pas ses
aliments. Une delirante les choisissait : elle ne mangeait que les
feuilles et l’ecorce des arbres.
Tantot, on ne peut lutter avec assez d’efficacite contre la
malproprete du malade. On trouve un jour, dans le corsage d’une
paralytique generate qu’on allait baigner, un rat enorme com-
mencant deja a se decomposer.
Tantot, enfin, le malade ne se contente pas d’etre gateux, il
triture, repand autour de lui ses excrements, quand il ne pousse.
pas 1’originalite jusqu’a la coprophagie.
Devant de telles reactions, on comprend la facilite avec
laquelle le parasite peut se disseminer. Et si l’on songe aux.
epidemies anciennes signalees en 1730 a Beziers, en 1757 a Fou-
geres et en 1765 a Clisson, a celles signalees dans les armees
danoises, anglaises en 1743 et francaises a Ravenne (an X),
dans la Pouille en 1806 et en Pologne en 1807, on voit l’impor-
tance des soins a prendre pour eviter la pullulation du parasite.
Mais ces faits se passaient a une epoque oil les precautions de
proprete n’etaient pas la premiere preoccupation des gens. Et
de nos jours, si 1’ascaris cause moins de mefaits, et en particu-
lier dans les maisons de sante, c’est que le malade est protege
contre les infections exterieures par une hygiene rigoureuse et
intelligente, et contre lui-meme par une surveillance attentive
et continuelle dont l’entoure un personnel bienveillant.
En resume, chez tous les malades mentaux, et en particulier
lors de leur admission, avant de porter un diagnostic, il faut
avoir presente a l’esprit, surtout s’il s’agit d’une melancolique
infectee refusant la nourriture, la possibilite d’une parasitose.
Si celle-ci ne peut etre toujours consideree comme la cause
efficiente de la maladie constatee, elle n’en exagere pas moins
les symptomes et, traitee, peut amener une amelioration notable
dans 1’etat du malade. On verra, en effet, disparaitre les troubles
cenesthesiques ou les preoccupations hypocondriaques.
L’ascaridiose peut se presenter sous trois formes chez le
psychopathe : les parasites peuvent exister independamment des
troubles mentaux. Ou bien, ils exercent sur les centres nerveux
une action toxique qui se traduit par des troubles en rapport
avec les dispositions reactionnelles de chaque individu : choree,
melancolie.
Ils peuvent aussi, chez des sujets predisposes ou atteints deja
ASCARW10SE ET PSYCH0PATH1E
547
de troubles psychiques, exagerer les symptomes et creer, a cote
d’un syndrome defmi, un tableau clinique special capable de
derouter ou de faire hesiter le diagnostic.
Notons enfln la frequence relative des ascaris lombricoides
chez les malades mentaux. Cette constatation chez eux peut etre
expliquee, soit par une deficience de leur etat general livrant
un acces plus facile de l’organisme a ces hotes qui trouveraient
ainsi un terrain tout prepare, soit par le defaut de precautions
et de proprete des malades qui, en depit de la surveillance,
facilitent la dissemination du parasite par leurs reactions anti-
hygieniques.
BIBBIOGRAPHIE
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Zroniskii. — Asearidiose et encephalite. Med. Klin. Moscou, 1924, p. 149.
RECHERCHES
SUR L’ INDEX-TYROSINE DE POLYPEPTIDEMIE
DANS LES MALADIES MENTALES
PAR
P. TOMESCO, N. GRUIA IONESCO et P. CONSTANTINESCO
Les polypeptides constituent un des anneaux de la chaine des
substances albumino'ides du sang eirculant, dont les extremites
sont occupees d’une part par les acides amines — les plus sim¬
ples molecules peptidiques connues, — et d’autre part par les
substances protidiques complexes telles que la serine, la globu-
line, le fibrinogene.
Elies font partie integrante des substances albuminoiides inter-
mediaires et sont constitutes par la reunion de plusieurs mole¬
cules d’acides amines : 2-3-n.. .molecules.
Le nombre et les proprietes des molecules peptidiques sont
nombreux et varies, parce qu’elles sont l’expression, d’un cote
de la qualite des acides amines qui entrent dans leur consti¬
tution et de l’autre du mode d’enchainement des acides amino-
carboniques dans la molecule peptidique.
La difflculte de caracteriser ces elements, de par leur com-
plexite de structure, est augmentee par l’absence de meth'odes
precises de dosage, qui delimiteraient exactement les frontieres
de ce groupe par rapport a d’autres composes plus complexes ou
plus simples.
En verite, les methodes actuelles nous donnent des chiffres
relatifs, qui pechent ou bien par exces ou bien par defaut, tandis
que d’un autre cote elles mettent ensemble et sur le meme plan
les polypeptides les plus simples comme structures moleculaires
— constitutes par 2-3 acides amines — et celles d’une structure
moleeulaire complexe. Or on peut facilement prtvoir qu’elles dif-
fereront entre elles, tant comme proprietts chimiques que comme
role physiologique.
Ann. Med.-psygh., XVe serIe, 94' annee, t. I. — Avril 1936.
RECHERCHES SUR V INDEX-TYROSINE DE POL YPEPTIDEMIE 549
Une partie des polypeptides du sang circulant est l’aboutissant
des processus multiples et varies d’hydrolyse et de synthese, que
les albumines alimentaires ont subis ; elles doivent avoir un
role bien determine dans la morphologie et la physiologie cel-
lulaire.
Mais, par l’activite cellulaire, et comme un resultat du cata-
bolisme des tissus, une autre serie de polypeptides sont formees
et deversees dans la circulation ; elles ne sont plus necessaires et
sont destinees a etre degradees et eliminees.
Le taux normal de la polypeptidemie est variable d apres la
methode employee. Nous laisserons de cote les details des
methodes de dosage et nous ne nous arreterons pas aux diverses
interpretations de la polypeptidemie.
Depuis quelques annees, l’attenticn des differents chercheurs
a ete attiree par 1’augmentation du taux des polypeptides une
hyperpolypeptidemie par consequent — qu’ils rencontraient
dans certains etats pathologiques : uremie, insuffisance^ hepa-
tique, choc post-operatoire, brulures, etc. Ils ont attribue a ces
substances un role toxique assez important, les considerant
souvent comme des facteurs determinants d’une serie de symp-
tomes plus ou moins graves. Le taux de la polypeptidemie est
regie par quelques organes dont le foie et le rein paraissent les
principaux, et par les tissus eux-memes qui interviennent dans
ce processus de regulation. Un dereglement dans le fonctionne-
ment normal a comme consequence une hyperpolypeptidemie a
laquelle, etant donne le coefficient toxique de ces substances, on
a donne le nom de « polypeptidotoxie ».
11 n’est pas devolu jusqu’a present au systeme nerveux d’ autre
role que celui dont sont dotes en general tous les tissus. C’est-a-
dire qu’il peut etre producteur de polypeptides, grace a des
processus inflammatoires ou autolytiques, qu’il est possible
— emettons-en rhypcthese — que ces produits puissent en de¬
passer les barrieres et. passer dans le sang en determinant une
hyperpolypeptidemie d’crigine nerveuse. Quant a l’existence
d’un centre nerveux regulateur, cette question n’est pas encore
en discussion.
Dans la cliniqne de psychiatrie de Bucarest, durant la derniere
annee, ont ete etudies, au point de vue de la polypeptidemie,
166 malades, pour lesquels ont ete faits 517 dosages.
II nous fallait une methode dont la simplicite pourrait se pre-
ter a des dosages en serie. Nous avons choisi, comme correspon-
dant le mieux a nos besoins, la methode decrite par Goiffon et
Spaey. On met en contact, en milieu alcalin, avec le reactif dit
550 P. TOMESCO, N. GRUIA IONESCO ET P. CONSTANTINESCO
des phenols de Folin. et Wu, dont la preparation a ete indiquee
par un de nous (Bull, et mem. soc. hop. Bucarest, N" 2, 1934), un
filtrat trichloracetique et un autre phosphotungstic. Le virement
de couleur produit est apprecie par comparaison avec un etalon
d’une solution de tyrosine mise dans des conditions identiques de
proportion et d’alcalinite, en presence du reactif des auteurs
americains. Les chiffres colorimetriques obtenus sont exprimes
en milligrammes de tyrosine. Les auteurs l’appellent index-tyro-
sine de polypeptidemie, parce que le virement de couleur est rea¬
lise par les noyaux tyrosiniques seuls (d’apres les auteurs),
contenus dans les molecules peptidiques. Comme les polypep¬
tides sanguines peuvent contenir de ces noyaux dans des propor¬
tions variables, on ne peut pas calculer le taux des polypeptides
sanguines. C’est-a-dire que cette methode traduirait seulement le
pouvoir chromogene des noyaux tyrosiniques envers le reactif.
Mais comme le pouvoir chromogene de ces noyaux presente un
rapport, sinon proportionnel, au moins assez lie a la quantite
des polypeptides, l’index-tyrosine nous donne une appreciation
satisfaisante du taux de la polypeptidemie. Les auteurs preten-
dent que l’importance de leur methode est augmentee par ce
fait que les noyaux tyrosiniques sont parmi les plus toxiques de
ceux qui entrent dans la composition des polypeptides. Nous ne
discutercns pas les interpretations purement chimiques de la
methode, les details peuvent etre trouves dans le travail original
(Goiffon et Spaey : C.R. Soc. Biol., t. CXV, p. 711). Outre la me¬
thode sus-indiquee, nous avons employe aussi la methode azoto-
metrique (voir Cristol et Puech, Bull. Soc. Sc. Med. et Biol, de
Montp. et du Lang, med., t. VII, 20 nov. 1925, p. 48-52 ; N. Fies-
singer : Diagnostics biologiques, Maloine, 1929).
Les recherches anterieures de H. Claude, P. Masquin, J. Dubli-
neau et Mile Bonnard, et encore celles de H. Claude, Baruk et
H.-R. Olivier, ont montre que les polypeptides peuvent avoir un
role dans divers etats psycho-patholcgiques.
L’augmentation de la polvpeptidorachie peut etre accompagnee
ou non d’une hyperpolypeptidemie. En vue d’etablir si l’origine
des polypeptides rachidiennes se trouve dans le sang ou dans le
systeme nerveux, on a imagine un rapport :
Polypeptides rachidiennes _ ^
Polypeptides du sang
Son augmentation signifierait production locale. L’augmentation
des deux facteurs, tout en maintenant la valeur du rapport ou
ne la diminuant que faiblement, signifierait que les polypeptides
rachidiennes auraient une origine sanguine.
RECHERCHES SUR L’ INDEX-TYROSINE DE POLYPEPTIDEMIE 551
Nos constatations sur le serum des 166 cas nous montrent que
■chez 66 d’entre eux 1 ’index-tyrosine depassait le taux admis
comme normal.
Cas dont l’index-tyrosme
est augmente
Maladies
©ebilite mentale .
Melancolie .
Manie et liypomanie .
Paraphrenie .
Schizophrenic .
Catatonies symptomatiques
Obsessions .
Syndrome adiposo-genital.
Menopause .
Confusion mentale .
Alcoolisme .
Uremie (psychose) .
Epilepsie . t .
Senilite .
Paralysie generale .
Syphilis cerebrate .
Hypertension arterielle . . .
Diverses .
Total.
II ne nous a pas paru suffisant de determiner la proportion des
index augmentes et nous avons continue nos recherches pour
nous rendre compte s’il n’existe pas de manifestations anormales
qui expliqueraient cette augmentation, dans la mesure ou ces
manifestations sont considerees aujourd’hui comme generatrices
d’hyperpolypeptidemie. C’est-a-dire que nous nous sommes effor-
ees de separer les hyperpolypeptidemies — symptome d’une
manifestation extra-nerveuse — de celles qui pourraient avoir
une telle origine. Les malades etant hospitalises, nos recherches
en ont ete facilitees.
On peut voir ainsi que sur 66 cas d’hyperpolypeptidemie, il
est 34 cas dans lesquels aucun motif expliquant le phenomene
n’a pu etre mis en lumiere. En revanche, chez 32 malades, nous
avons constate l’existence de diverses manifestations : insuffi-
532 P. TOMESCO, .V. GRUIA IONESCO ET P. CONSTANTINESCO
sance renale, azotemie, insuffisance hepatique, acces de malaria-
(4 paralytiques generaux), la pyretotherapie par le lait. D'apres-
nos recherches, la malaria, aussi bien qne les injections de
lait, provoquent une augmentation de 1’index-tyrosine de polypep-
tidemie en dehors de l’acces febrile.
De notre statistique, il faut elirniner 32 cas, dans lesquels la
modification humorale ne paraissait pas avoir une relation trop
etroite, au meins en apparence, avec la psychose, et donnait plu-
tot l’impression d’une coincidence.
Sur les 166 cas etudies, il ne nous reste que 34 cas, dans les¬
quels 1’augmentation de l’index ne pouvait etre mise sur le
compte d’aucune autre cause possible, que nos connaissances
actuelles interpretent ccmme generatrices, d’apres les notions
que nous possedons aujourd’hui sur la physiopathologie des
polypeptides.
Tout en comparant nos resultats a ceux publies par Th. Simon,
J.-Ch. Roux et R. Goiffon (C.R. Soc. Biol., n” 24-935), obtenus sur
des malades presented a un service de consultation pour les mala¬
dies mentales, on constate qu’ils different. Les notres sont carac-
terises par un nombre plus restreint de cas, dans lesquels l’in-
dex est augmente. Ainsi, la statistique de ces auteurs montre
que chez 77,4 % de malades mentaux, la polypeptidemie a depasse
le taux normal, tandis que chez des malades chirurgicaux, la
proportion ne depasse pas 31 % des cas. Chez nos alienes, cette
proportion est a peine a 39,7 %. Si de ce taux on elimine les cas
dans lesquels on peut dire que l’augmentation de l’index etait.
due a un trouble du fonctionnement des divers visceres, qui inter-
viennent dans le processus de regulation de ces substances,
e’est-a-dire qu’on elimine 32 cas, il ne reste plus que 20,4 % dont
la raison n’a pu etre trouvee.
Tout comme ces auteurs, nous n’anticipons rien sur une even-
tuelle relation entre le phenomene biochimique constate et les
psychoses. Nous voulons signaler seulement la coexistence de ces
deux processus, mais dans une proportion moins importante
que celle observee par les auteurs sus-cites. Nous remarquons
en passant que, parmi les maladies etudiees, celles qui ont donne
la proportion la plus importante d’hyperpolypeptidemies sont : la
schizophrenic, la psychose maniaque, la confusion mentale,
l’epilepsie et, dans une certaine mesure, la paralysie generate.
Nous voulons signaler que de la statistique presente nous
avons exclu 25 pellagreux dont les observations seront communi-
quees ailleurs. Nos chiffres sont ainsi plus comparables avec la
statistique. des auteurs precites, qui certainement n’ont rencontre-
RECHERCHES SUR L’ INDEX-TYROSINE DE POLYPEPTIDEMIE 55*
au cours de leurs etudes qu’un nombre tres restreint et meme
probablement aucun cas de pellagre.
L’existence de ces hyperpolypeptidemies dans une proportion
assez importante, sans qu’on puisse accuser de sa production
aucun des organes regulateurs de la peptidemie, pose devant nous
un probleme nouveau, celui de Tinfluence du systeme nerveux
sur l’equilibre polypeptidique du sang. II est possible que, a l’etat
pathologique, le systeme nerveux influence le taux de la polypep-
tidemie ; il se produirait des phenomenes comparables aux azo-
temies dites nerveuses, etudiees par de nombreux auteurs, et
dont Fetude a ete reprise dernierement par A. Courtois.
LES TENDANCES ACTUELLES
DE LA PSYCHIATRIE EN HOLLANDE (D
W.-M. VAN DER SCHEER et W. HEMMES
Ce n’est pas une tache facile de dOnner au psychiatre etran-
ger, dans les limites d’un article, un apercu sur les tendances
actuelles de la psychiatrie en Hollande. La recherche d’un fil
conducteur dans ce domaine etendu, dont les valeurs touchent
aussi bien au terrain des sciences theoriques qu’a celui des
sciences appliquees, rencontre quantite de difficultes.
Revues periodiques
Essayer de le faire en se reportant aux publications neerlan-
daises relatives a ces questions et aux rapports de reunions de
ces dernieres annees serait chose impossible, vu l’etendue de ce
materiel. La « Bibliographie des auteurs neerlandais dans le
domaine de la psychiatrie et de la neurologie », publiee par
K. Herman-Bouman, Professeur a l’Universite d’Amsterdam et
redigee par Mile Mesdag, et qui comprend environ 800 pages
de texte imprime, en est une preuve suffisante.
Les plus importants travaux relatifs a la psychiatrie se trou-
vent dans les « Psychiatrische Neurologische Bladen », organe
de I’Association Neerlandaise de psychiatrie et de neurologie oil
Lon trouve, en plus d’articles originaux, les rapports des reu¬
nions. Le « Nederlandsch Tijdschrift voor Geneeskunde »
recueille aussi beaucOup de travaux.
(1) Cet article du Professeur W. M. Van der Scheer, de l’Universite de Gro-
ningue, et du Dr W. Hemmes, fait partie d’une serie d’articles, consacres par
les Annates Medico-psychotogiques a une enquete internationale sur les
tendances de la psychiatrie contemporaine. — R. C.
Ann. Med.-psych., XVs serie, 94e annee, t. I. — Avril 1936.
LES TENDANCES DE LA
PSYCHIATRIE EN HOLLANDE 555
Les Associations et leer activite:
Ce qui caracterise les rapports existant entre la psychiatr
€l la neurologie, c’est que presque tons les specialistes hollan-
dais du systeme nerveux sont reunis en une association unique,
< V Association Neerlandaise de Psychiatrie et de AeuroZopie >>.
Les neurologues, les psychanalystes et les psychotherapeutes
au JZen que les mMecins d’asile, collaborent activement dans
cette Association. 11 ne serait eependant pas exact de Imre
eroire que cette Association est arrivee a satisfaire equitable-
ntipnt toutes les tendances.
Le fait que, a Amsterdam par exemple et dans la province
de la Hollande meridionale, des Associations isolees de necrolo¬
gues se soient creees, n’a pas nui a l’umte ; tous les memb
restaient aussi membres actifs de la Grande Association Neer-
'"“S'X flit pas de meme en 1919, lore de la creation de
« V Association des Medecins d’Asilc », qui montra que les
interets professionnels des medecins d’asile u’etment pas siiffi-
samment pris en consideration. Mais ici non plus H ne fut pas
question de divergences dans le domaine de la psychiatrie
feCLeslft?avaux des medecins d’asile continuerent a representer
une part importante de l’ordre du jour des reunions de 1 Asso¬
ciation Neerlandaise de Psychiatrie et de Neurologie, dont pres¬
que tous les medecins d’asile sont restes des membres fideles.
Cependant, le depart des psvchanalvstes, qui suivit, parut
ulus grave. 11 etait du a une certaine animosite nee dans le sein
de 1’ Association a la suite des Conferences faites sur les concep¬
tions de Freud. A l’initiative surtout de Van der Chijs, \ an
Fmbden J et A. Stareke, on crea VAssocation Neerlandaise de
Psuchanalgse. Elle fut constituee coinme branche de « 1’Asso-
ciation Internationale, de Psychanalyse » a la tete de laquelle se
trouve Freud. ' , , . ,
Ce qui est caracteristique de l’Association Neerlandaise de
Psychanalyse, et qui s’oppose aux Associations etrangeres, est
le fait que les membres de cette Association sont umquement
des medecins. II n’est pas question en Hollande de psychana-
lyse pratiquee par des non-medecins. L’Association defend ce
point de vue que Education medicate et la connaissance de la
psychiatrie et de la neurologie sont indispensables pour bien
appliquer la psychanalyse. .
Et pourtant, les relations avec 1’ Association Neerlandaise de
556 W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
Psychiatrie et de Neurologie ne sont pas brisees. La preuve ert
est que la plupart des psychanalystes sont membres des deux
Associations et qu’il y a des psychanalystes siegeant a la direc¬
tion de P Association Neerlandaise de Psychiatrie et de Neurolo¬
gic, et qu’en xneme temps, ces deux Associations organisent des
seances communes.
II existe encore une « Association de Psychanalyse et de
Psycho-pathologie » a Leyde. Celle-ci ne s’eni tient pas exclusi-
vement au point de vue de Freud. Elle aussi reste en contact
avec l’Association Neerlandaise de Psychiatrie et de Neurologie.
En 1930, quelques psychiatres se sont reunis en une « Asso¬
ciation Neerlandaise de Psychotherapie ».
Ce qui prouve egalement qu’aux reunions de l’Association
Neerlandaise de Psychiatrie et de Neurologie on n’avait pas
sufflsamment l’occasion de discuter de tons les sujets pouvant
satisfaire le desir et le besoin de certains groupes du monde
psychiatrique. On put done se rejouir lorsque l’ancien Presi¬
dent de l’Association, K. Herman-BOuman, reussit a faire colla-
berer plus intimement les Associations isolees, dont il est ques¬
tion plus haut, avec l’Association mere. C’est le foyer commun
qui empeche toute separation nette et toute inimitie, et qui
fournit largement aux specialistes neerlandais du svsteme ner-:
veux de se mettre et de se tenir au courant des diverses ten¬
dances.
Non seulement les rapports des seances et les articles de-
revues, mais aussi les rapports generaux presentes aux dernie-
res seances annuelles prouvent combien la vie scientifique s’epa-
nouit dans le domaine de la psychiatrie. En 1927, on parla de
la question de la schizophrenic (1), en 1929, on presenta un
rapport sur les psychoses d’involution (2), en 1930, on s’occupa
du probleme de paranoia (3), en 1932, on traita de la psychose
maniaque depressive (4), en 1934, le probleme de Vhysterie (5)
fut a l’ordre du jour, cependant que cette annee, le programme
porte le probleme de I’encephalite dont le cote neurologique,
aussi bien que le cote psychiatrique, sera envisage. Tous ces
sujets furent confies aux plus competents. On traita aussi bien
ces questions du point de vue clinique, psychopathologique^
psychanalitique, experimental, anatomique, biologique, que the-
rapeutique.
(1) Zur Frage der Schizophrenie, P.N.B1., 1928, n° 5, en 6.
(2) Zur Frage der Involutionspsychosen, P.N.B1., 1929, n° 5.
(3) Paranoianummer, P.N.BL, 1931, n° 3.
(4) Over de Manisch depressieve psgehosen, P.N.Bl., n° 3 en 4.
(5) Over de Hysterie, P.N.B1., 1935, n° 4 eii 5.
LES TENDANCES DE LA
PSYCHIATRIE EN HOLLANDE
Education psychiatrique du medecin
Les etudes de mededne se font, en Hollande, aux Families
mOdicales des University de l'Etat de Leyde, Amsterdam,
Utrecht et Groningue.
Pour ce qui est des exigences an point de vue de la connais-
sance de la psychiatric, on oblige l’etudiant en medecine de
-siiivre les cours de psychiatrie. Ces cours sont donnes par les
Professeurs de psychiatrie E. Carp, K.-H. Bonman, L Bouman
W -M. Van der Scheer. Ces deux derniers enseignent aussi la
neurologie. Apres avoir passe l’examen de candidat en mede¬
cine (deux a trois ans), Fetudiant suit, pendant deux a troisans,
les cliniques de psychiatrie. Ensuite, il passe son examen thcor -
que dans lequel la psychatrie et la neurologie reumesseti cur¬
ve nt au meme rang que les autres cours cliniques (Medecine
interne, chirurgie, accouchements). Apres un a deu^ anS’
passe ses examens pratiques. A ce moment, il a trsvaille ^ dans
les divers services ainsi que dans le service de psyc n
peut alors s'etablir comme medecin .ordinaire, mais non comme
specialiste.
Specialistes du systjeme nerveux
Pour etre reconnu comme specialiste du systeme nerveux,
oelui qui a termine ses etudes de medecine doit avoir trayaille
pendant au mains trois ans dans une clmique^ universrtore
neuro-psychiatrique, ou dans un service equivalent (certains
asiles d’alienes sont mis au meme rang que les cliniques psychia-
triques). Une commission de specialistes decide si on satisfait
a ces exigences. Pas meme la’moitie des specialistes du systeme
nerveux ne recherche, apres leurs etudes, une situation mde-
E ^ H oi 1 ande , oil il y a une population de 8.200.000 ames, il
existe, sur 4.500 medecins, environ 250 specialistes du systeme
nerveux (psychiatres et' neurologues),
De ces 250 specialistes, 110 seulement font de la clientele
privee, les autres, pour la plupart, trouvent leur pleine occupa¬
tion comme medecins ou medecins directeurs dans les etablisse-
ments pour alienes et pour anormaux.
Les diverses tendances de la psychiatrie
Les diverses tendances de la psychiatrie sont determinees
surtout par: 1° les prolfesseurs de psychiatrie ; 2° les medecins
558
W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
des asiles d’alienes ; 3° le groupe de psychanalystes et psycho-
therapeutes. Si, a la clinique universitaire, nous trouvons sur-
tout une tendance, celle d'u professeur de psychiatrie qui, pour
develop per ses conceptions, peut avoir recours a la collaboration
des medecins attaches a sa clinique, it n’en est plus de meme
dans les asiles ou les medecins ont toute liberte pour faire des
i-echerches suivant leur propre conception.
Je vais maintenant resumer les diverses tendances qui se
manifestent dans les quatre Universites, apres quoi j’examine-
rai le travail scientifique des asiles.
Tendances et travail scientifique dans les Universities.
Leyde ( University de I’Etat)
Apres le depart de G. Jelgersma, qui, autant par la publica¬
tion d’un traite que par ses lecons, restera le pionnier de la
psychiatrie neerlandaise, sa chaire fut occup-ee par son eleve
Carp.
La classification de Jelgersma, qui divise les psychoses en
psychoses constitutionnelles et psychoses drntoxication, qui
ont comme base les conceptions sur les reactions individuelles
et generales du systeme nerveux central, vis-a-vis de I’action
des toxiques, reactions qui dependent de l’intensite et de la duree.
de cette action, restent, pour la clinique de Leyde, a l’origine
de l’etude systematique des psychoses. On discerne :
1° Etat d’insuffisance mentale ou oligophrenie.
2° Etat psychotique se developpant sur un terrain psychopa-
thique (psychoses maniaques depressives, reactions paranoi¬
des).
3° Psychoses exogenes (psychoses toxi-infectieuses, involuti-
ves, schizophreniques, processiVes).
Dans l’etude des diverses psychoses, la clinique de Leyde
n’essaie pas, il est vrai, de suivre une tendance psychologique
unique. Cependant, personne ne contestera qu’on accorde la
plus grande et la principale place a cette tendance, et, pour
1’appeler par son nom, la tendance qui utilise la recherche
psychanalytique. Comment pourrait-il en etre autrement, la ou
Jelgersma, le premier dans notre pays, accepte dans leur
entier les conceptions freudiennes. Sans doute, Carp ne se situe
pas parmi les psychanalystes orthodoxes. En tant qu’esprit
religieux, il n’accepte pas la psychanalyse comme philosophic.
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN HOLLANDE 559
parce qu’il considere la psychanalyse comm.e une conception
trop materialiste-realiste. Cependant, il est d'opinion que ce nest
cue grace a la psychanalyse qu’on arrivera a approfondir le
inecanisme des diverses psychoses, alors que l’etude psychana-
lytique est une condition sine qua non, pour apprendre a con-
naitre une nevrose.
Comme forme de psychotherapie, cette methode trouve assez
peu d’utilisation a cause du risque que comporte la psychana-
lyse et les principales formes de psychotherapie utihsees a la
Clinique de Leyde sent les methodes suggestives directes, la
psychocatharsis et l’hypnotherapie.
II est certain que la plupart des medecins partisans de la
psychanalyse preferent l’Universite de Leyde aux autres. Cha-
que annee, cette clinique publie des theses et des articles pene-
tres de l’esprit psychanalytique.
Comme principal d’entre eux, je citerai la these de Blok :
« Sur des idees delirantes de femmes atteintes de psychose
schizophrenique paranoide » et celle de Manse : « Sur les
psychoses devolution chez des femmes et leurs rapports avec
le negativisme ».
Outre un grand nombre d’articles dans lesquels la psychopa-
thologie et la psychanalyse tiennent une grande place, Carp lui-
meme publia en volume « Un traite des nevroses » et « Conflits
dans la vie de l’enfant ». Avec d’autres collaborateurs, il publia
un livre sur les psychopathes. Au point de vue de la notion de
psvehopathie, il admet un developpement dysharmomque de
la structure de la personnalite, d’ou resulte un important defaut
d'adaptation vis-a-vis de l’ordre social.
Amsterdam. — Uniuersite communale.
Clinique neuro-psychiatrique (180 lits)
La chaire de professeur de psychiatric et de neurologic est
occupee, depuis de longues annees, par K. Herman-Bouman. Il
donne surtout un cours de psychiatrie. Comme il fut 1 eleve du
Professeur C. Winkler, le repute anatomiste du cerveau, l’ensei-
gnement de la psychiatrie se base entierement sur l’anatomie
et la physiologie du systeme nerveux central.
C’est surtout la psychiatrie clinique qu’on y presente a 1 etu-
diant. Pour ce qui est de la systematisation des psychoses, c’est
la classification de Kraepelin qui est suivie. D'apres les statisti-
ques de la clinique, les psychoses dependant de l’alcoolisme et
.560
W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
de la syphilis semblent constituer un grand pourcentage. II est
done comprehensible que la malariatherapie de la paralysie
generale trouve une utilisation frequente et etendue, et que,
grace a une selection et une etude soigneuses des cas traites, on
ait acquis une riche experience. Les resultats ont ete communi¬
ques recemment dans une these de R. Tolsma (« Les resultats
de la malariatherapie dans la paralysie generale », 1935).
C’est surtout le cote social .de la psychiatrie qui trouve en
Bouman un defenseur ardent. C’est lui qui eut l’initiative de
creer l’Association Neerlandaise d’Hygiene Mentale (voir plus
loin). Le probleme de l’alcool le preo'ccupe sans arret (voyez :
1’alcool et l’hygiene mentale. International Congres of mental
Hygiene. Washington, 1930).
La criminalite infantile et la psychologie pedagogique sont
l’objet, dans la clinique de Bouman, d’un grand interet. A cote
de Riimke qui, dans le domaine psychopedagogique, a fourni
beaucoup de travail, il faut citer, comme un des eleves impor-
tants, Grewel.
La recherche experimentale, elle aussi, n’est pas oubliee dans
la clinique d’Amsterdam. II me sufflra de citer l’important tra¬
vail de Jacques Ley : Recherches experimentales sur la circu¬
lation cerebrale et ses troubles (Erven F. Bohn).
De plus, dans le laboratoire de psychologie experimentale
jnstalle dans la clinique- de Bouman avec l’aide de Godefroy, la
psychologie experimentale des sens trouve en J. Van der Waals,
un de nos plus jeunes travailleurs a 1’esprit penetrant.
Pour ce qui est des recherches scientifiques, c’est l’histologie
des psychoses qui a la preference. Les recherches de Bouman
sur les anomalies de l’ecorce cerebrale dans la schizophrenic
sont d?un puissant interet. « On trouve dans le cortex une
necrose cellulaire (en intensite degradante) dans les couches
III, V, VI et IV. »
Bouman, d’une facon magistrale, arrive a ramener le syn¬
drome schizophrenique a une regression genetique (1), aussi
bien en se placant au point de vue histo-pathologique qu’au point
de vue psycho-pathologique.
C. Van der Heide developpa dans une excellente these les
recherches histo-pathologiques concernant la maladie de Pick.
A cote de ses travaux d’ordre psyehiatrique, Bouman s’inte-
resse particulierement a l’art prehistorique, et l’on peut retrou-
(1) Le Congres hollando-belge de psychiatrie et de neurologie. Psych.
Neural. Bl., 1934, n° 2 (resume de cette etude en frangais).
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN HOLLANDE 5G1
ver le psychiatr'e dans ses jugements sur l’art primitif (Das
biogenetische Grundgesetz und die Psychologie der primitiven
bildenden Kunst. Z. f. angewandte Psychologie. Bd XIY).
L’etroite collaboration existant entre le service neuro-psychia-
trique de Bouman et le service de neurologie de Brouwer constir
tue le grand interet de PUniversite d’ Amsterdam comme centre
d’enseignement pour le medecin ordinaire et le specialiste du sys-
teme nerveux. D'autant plus que l’etudiant peut en meme temps
suivre les cliniques de psychiatric de L. Van der Horst, qui est
attache comme professeur a PUniversite libre (Enseignement
superieur organise par l’Eglise Reformee). Cette Universite pos-
sede un service de psychiatrie (Clinique Valerius) sous la direc¬
tion de Van der Horst, eleve de Wiersma, la psychiatrie y est
surtout pratiquee sur les bases psychologiques et experimenta-
les. II a publie des travaux sur la tendance, les methodes, les
limites et les possibility de la psychologie, sur les rapports exis-
lant entre la psychiatrie et la philosophic.
Son explication des psychoses d’involution d’apres le caractere
pre-psychotique et sa monographic dans laquelle il decrit le
syndrome de Korsakow comme un trouble de l’orientation dans
le temps, se reclament entierement du domaine de la psychologie.
Ses reeherches de psychologie expcrimentale s’attachent sur¬
tout a l’analyse structurale et conduisent a la constatation d’ana-
logies entre le type constitutionnel chez le malade et chez
Phomme normal et a des correlations entre le caractere des lep-
losomes sains et des dements precoces, et entre des pycniques
sains et des psychoses icycliques.
Sur son initiative et avec la collaboration d’un grand nombre
•de psychiatres etrangers, on edite une Revue Neerlandaise de
psychologie. Cette revue n’a rien de specifiquement. neerlandais
a cause de la collaboration etrangere preponderante.
Nous ne pouvons terminer cette notice sur PUniversite d’Ams-
terdam sans rappeler les interessantes reeherches de De Jong
qui, dans le laboratoire de la clinique de Neurologie, seul et en
collaboration avec d’autres, notamment avec Henri Baruk et
Van der Horst, s’est livre et se livre encore a d’importantes etu¬
des relatives a la catatonie experimeniale, reeherches qui, des a
present, sont d’un grand interet pour la psychiatrie (1).
(1) Voyez : La Catatonie experiment ale. Revue Neurologique, 1929 ; L’En -
> eephale , 1930 ; Ann. Med.-Psgch.. 1933.
Ann. Med.-i
!., XVe SEHIE, 94e ANNEE, T. I. — Avril 1936.
36.
582 W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
Utrecht. — University de VEtat
Clinique Nearo-Psychiatrique (130 lits)
Jusqu’en 1925, la chaire de psychiatrie et neurologie a et&
occupee par C. Winkler. Sans doute Winkler etait avant tout
clinicien quand il s’agissait de psychiatrie, mais de plus il etait
ncurologue et anatomiste.
Il defend ce point de vue que sans la connaissance approfondie
de l’anatomie et de la physiologie de lappareil de la vie de rela¬
tion (c’est ainsi qu’il appelle le systeme nerveux) il n’est pas
possible de pratiquer la psychiatrie clinique. Etant notre plus-
grand anatomiste du cerveau, l’examen neurologique methodi-
■que avait la preference dans son enseignement de la psychiatrie.
S’appuyant sur les principes de Meynert et de Wernicke il a
donne a la psychiatrie des bases biologiques. Il etablit comme
une premiere exigence l’etude de la partie inccnsciente qui regie
les manifestations cbnscientes. Sans clo’ute il considerait la psy-
chologie comme base utile de la psychiatrie, mais certes pas a
la facon de Jaspers et Freud. Il ne considere pas la psychopatho-
logie de Jaspers qui traita des rapports comprehensibles a cote
des rapports causaux, comme apte a faire progresser la psychia¬
tric, pas plus que le « diagnostic dimensionnel » . La notion des
phenomenes subjectifs, la phenomenologie, opposee a 1 etude des
phenomenes objectifs, qui sont sous la dependance de transfor¬
mations anatomiques, n’est pas considere par lui comme permet-
tant une differenciation exacte entre les maladies organiques-
et les maladies fonctionnelles.
Il s’accorde tout aussi mal avec la psychanalyse Freudienne,
dans laquelle il voit l’accumulation d’hypotheses non confirmees
et qui ne le seront jamais, dues a un liomme genial po’ssedant
des dons de « combinaison- » presque impossibles a suivre.
Seule la psychologie descriptive et experimentale, telle que
Wiersma l’a fait fleurir dans notre pays, est pour lui d’impor-
tanee capitale pour juger les facultes psychiques speciales sur-
tput lorsque cette psychologie s’adapte parfaitement aux resul-
tats, obtenus de toute autre facon, auxquels Pavlov arriva dans
ses recherches sur les reflexes conditionnels (Voyez : Winkler y
1’ Avenir de la psychiatrie. Lecon d’adieu. Haarlem De Erven.
F. Bohn, 1925).
En 1925, L. Bouman, decede depuis que cet article a ete redige^
succeda a Winkler. Il pratiqua ses premieres recherches dans
1’asile d’alienes de Bloemendaal-Loosduinen. En 1907, il fut
nomme professeur a l’Universite libre d’ Amsterdam. En 1925,
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIC EN HOLLANDE
563
il inaugura sa carriere de professeur a Utrecht en y prononcant
un discours sur « la pratique scientifique de la psychiatrie »
discours dans lequel il montre netteraent sa sympathie a l’egard
des decouvertes anatomiques et serologiques mais oil il s’oppose
immediatement a une conception anatomique trop unilateral.
Contrairement a Winkler, il defendait la grande signification
des methodes psychologiques. Son discours « Psychiatrie et Neu¬
rologic », se termine par ces mots de Pascal: « Nous connaissons
la verite non seulement par la raison, mais encore par le coeur ».
Dans son article « Biologie et Psychopathologie », il insista une
fois de plus sur cette conception : que les considerations bio'lo-
giques sont, bien entendu, d’une tres grande importance en psy¬
chiatrie, mais ne sont pas suffisantes. La phenomenologie et la
psychopathologie comprehensive restent indispensables a la psy¬
chiatrie. Et il attachait aussi une grande valeur, dans l’examen
clinique, a tout ce qui tient compte de la constitution, de l’ana-
lyse de la structure, de la caracteriologie, de la psychanalyse et
de la phenomeriologie. Il fut parmi les premiers chez nous &
exprimer cette idee que la psychopathologie, constitute par lui
comme base de la psychiatrie clinique, demandait a etre revue ;
il introduisit chez nous la psychologie de Kulpe et la psychopa-
thologie de Jaspers. Il considerait comme adjuvants indispensa¬
bles a la comprehension clinique, la recherche des rapports
c.omprehensibles, 1’examen phenomenologique, la notion d’un pro¬
cessus vis-a-vis du developpement de la personnalite, les actes
psychiques. Il apprecie beaueoup la psychanalyse mais ne lui
menage pas ses critiques.
Deja avant la publication des travaux de Kretschmer, il tentait
de rendre le diagnostic « dimensionnel », depuis des annees il
emploie la methode d’analyse de la structure. Il tend vers une
classification suivant des types. Dans son enseignement ces con¬
ceptions se montrent nettement. Il s’interesse aux modifications
cliniques dans les psychoses. Avec Van Hasselt il a etudie la
reaction d’Abderhalden dans les psychoses ; Heidema fit dans
son service une these sur la « teneur du sang et sucre dans les
psychoses ». Mais l’interet de Bouman allait surtout aux troubles
liistopathologiques dans les psychoses. Il etudia a fond, avec
Bok, la paralysie generale, la demen.ce senile et l’encephalite.
Avec Griinbaum il travailla le problesne ardu de l’aphasie, de la
chronc-gnosie et de 1’agraphie.
Dans diverses etudes de ces dernieres annees on decouvre net-
tenient une tentative de synthese des differentes methodes de
recherches psychiatriques (« psychose d’involution et psychoses
564
W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
preseniles », « la paranoia », « l’hysterie », « biologic et psy-
chopathologie »).
En outre Bouman possedait l’art de s’assurer la collaboration
d’esprits scientifiques d'avant plan. A ce sujet je nommerai
Van Hasselt, pour ses recherches chimico-serologiques ; Bok,
histopathologiste, Grunbaum psychologue, avec qui il travailla
de longues annees. II taut encore citer Biimke qui actuellement
est attache a la Clinique Universitaire d’Utrecht comma profcs*
seur extraordinaire de psvchologie medicale. Riinike a fourni du
beau travail au sujet de diverses questions psychopathologiques
et pedagogiques relatives a l'enfance. Dans un article intitule
« Psychiatrie clinique » (Psychiatrische et Neurologisehe. Bla¬
den 1932) il expose son point de vue au sujet de la recherche et
de 1’enseignement psychiatrique scientiiique. Il considcre que la
psychiatrie clinique est le point de depart et la pierre de touche
de toutes les autres branches de la psychiatrie.
Parmi -ces dernieres, ses preferences vont a la phenomenolo-
gie, la caracteriologie, et la psychotherapie et son esprit est sur-
tout oriente vers la recherche d’une base de psychologie evolu-
tionnelle. A ce sujet citons son « Lebensphasen und Psycho¬
therapie », oil il dit : « La psychologie devolution a comme
tache de donner une base a la psychotherapie. Rien he manque
a la psychotherapie autant que d’etre appuyee sur des donnees'
de psychologie normale. »
Ces preoccupations on les retrOuve encore dans ses ecrits au
sujet de l’hysterie et au sujet « du rapport existant entre le con-
tenu manifeste et le contenu latent du reve ».
Groningue. — Universite de I’Etat. — Clinique de I’Etat
(144 lits)
La clinique de Groningue a ete pendant des annees le -centre,
pour la psychiatrie, de la tendance psychologique orientee vers
des voies experimentales. Le professeur etait alors E.-D. Wiers-
ma. Partisan du psychomonisme, il executa quantite de recher¬
ches realisees aux fonctions psychiques et a leurs rapports avec
la constitution, la structure du corps et le caractere. Pour quan¬
tite de psychoses, on recherchait une explication psychologique
basee sur le caractere premorbide. En ineme temps, on accor-
dait une grande place aux troubles de la conscience. A la suite
de cela, Tepilepsie prit un aspect tres particulier. Une grande
partie de ces recherches sont reunies dans « Capita Psychopa-
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN HOLLANDE 565
thologica *';■ livre public par Wiersma et qui fut egalement tra-
duit en anglais.
En ces dernieres annees, Wiersma publia encore des recher-
ehes basees principalement sur une importante enquete iaite
avec Heymans sur les rapports entre les fonctions psychologi-
ques, la structure du corps, la race et la constitution, et oil il
conclut que l’euryblastie et la leptoblastie ne conditionnent pas
seulement la forme du corps, mais sont parallels au developpe-
ment de fonctions physiologiques et psychologies speciales.
Dans le laboratoire de Wiersma, ses eleves se sont occupes
de nombreuses recherches relatives a la psychologic experi-
mentale, dont nous citerons celles de Weinberg, bien connues a
l’etr anger. II etudia experimentalement la dependence existant
entre les processus psychiques et les processus somatiques. Les
conclusions l’amenerent a etablir une theorie psychopbysiologi-
que.
Apres le depart de Wiersma, en 1930, la chaire de psychia¬
tric et neurologie fut occupee par Van der Scheer. Son ensei-
gnement est base sur l’anatomie et la physiologie du systeme
nerveux central, sur la conception que tout fait psychique
anormal resulte d’un fonictionnement anormal du systeme ner¬
veux central.
On recherche une base anatomo-physiologique du mecanisme
des reactions de l’homme. On accorde une grande importance
au developpement phylogenetique et ontogenetique du systeme
nerveux central et de ses fonctions, grace auquel le fon-ctionne-
ment ancien de certains instincts est transforme, tandis que de
nouveaux naissent. On se base dans ces travaux sur la theorie
des reflexes de Beehterev et Pavlov.
On se preoccupe principalement de la grande importance du
tronc cerebral pour les diverses psychoses et principalement
pour les psycho-nevroses. Les conceptions selon lesquelles 1’affec-
livite dans sa forme aneestrale est incluse dans le tronc cere¬
bral, et que, lors de l’eclosion des nevroses, l’affectivite est
d’une importance capitale, oblige a preter une grande valeur
pathogenique aux lesions du tronc ou a ses dispositions insuf-
fisantes, vu la frequence des phenomcnes nevrosiques lors de
l’atteinte du tronc cerebral. Les troubles qualitatifs, qui trans-
forment la personnalite, soht mis en rapport avec un trouble
maladif de la fonetion du tronc cerebral, l’insuflisance quanti¬
tative des processus psychiques plus fins est rapportee a une
degenerescence de la substance d’ecorce cerebrale. L’etude des
W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
566
etats encephalitiques et post-encephalitiques indique, dans ce
domaine, la vdie a suivre et conduit a la suppression de la notion
trop etendue de la schizophrenic.
Lo'rs de l’examen clinique, .une grande valeur est attribute a
l’examen somatique, a cause de ce pi’incipe que le systeme
nerveux central et le soma torment un seul ensemble organique,
ainsi il se pourra que des troubles psychiques provoquent des
affections somatiques, et que des troubles somatiques provo¬
quent des reactions psychiques anormales.
Lo'rs des examens, on utilise largement les recherches de
psychologic experimentale pratiquees dans le laboratoire orga¬
nise par Wiersma. C’est la que Wuite, au point de vue clinique
et au point de vue de la psychologie experimentale, mit au point
sa these sur « la methode de Hirsauer et le parkinsonisme post-
encephalitique ».
L’analyse du liquide cephalo-racliidien est faite systemati-
quement, la reaction de l’or colloidal est consideree comme tres
importante. L’analyse du sang aussi se fait regulierement, au
point de vue chimique et ■ miicroscopique (Emotion et tronc cere¬
bral, these Palies).
On voit. done, dans cette orientation des recherches, une
grande similitude avee celle de la clinique viennoise de Wagner
von Jaureg.
Pour ce qui est de la nomenclature des syndromes psy¬
chiques, on utilise principalement la classification de Kra?-
pelin et on partage sa conception qui considere les syndromes
psychiques comme une reponse naturelle de la machine humaine
et ccmme entierement sous la dependanice de rexistence de cer¬
tains mecanismes de reaction.
On prete beaucoup d’attention a la therapeutique. On appli¬
que largement la malariatherapie dans la paralysie generale, la
cure au pyrifer dans les psychoses syphilitiques, la cure de
sommeil par le somnifene dans la psychose maniaco-depressive
(qui est souvent concue comme une reaction allergique dans
laquelle le tronc cerebral johe un role preponderant), la cure
d’urotropine et de septojod dans les psychoses post -encephaliti¬
ques et les psychopathies.
La psych otherapie s’emploie surtout sous forme de la the¬
rapeutique dite active avec la therapie du travail comme adju¬
vant essentiel. L’experience que Van der Scheer acquit a ce
sujet a Santpoort l’incita a l’introduire egalement dans cette
clinique ou il s’avera que les psycho-nevroses surtout, en reti-
raient des avantages.
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN HOLLANDE 567
Dans l’enseignement, on accorde une grande place a la psychia¬
tric sociale, qui, pour le medecin praticien, a une si grande
importance.
Tendance des recherches et dii travail scientifique
DANS LES ASILES d’ALI£n£s
A cote des cliniques universitaires, les asiles d’alienes, grace
a leur organisation en Holland®, interviennent d’une facon
vivante dans la formation des psychiatres et dans les progres
de la psychiatrie. Pourtant ces asiles, malgre leurs forces remar-
quables et leur materiel enorme, ne sont pas encore, mallieu-
reusement, inclus dans l’ensemble du fonctionnement univer-
^ Dans les bons asiles neerlandais, on trouve, a cote des biblio-
theques, des laboratoires de recherches histopathologiques,
psychologiques et serologiques. >
La remarquable oeuvre psychiatrique des medecins d asile
prouve l’importance des asiles comme centres scientiflques a
ranger a cote des cliniques universitaires. Pour rester concis,
nous ne pouvons citer ici que quelques travaux et quelques
chercheurs. Nous les choisirons dans le domaine de la thera-
peutiique des recherches relatives a l’heredite et du probleme
des constitutions dans les psychoses.
Therapeutique. — A l’asile provincial de Santpoort, sous la
direction de Van der Scheer, les Docteurs Dozy, Stuurman, Gans,
Bramson, Meerloo, Beyerman, pnt etudie Pinfluence, sur les
malades atteints de psychoses, de la cure de quinze jours de
somnifene, preconisee par Klasi dans la demence precoce. Dans
une experimentation portant sur cinq cents cas,.la grande valeur
de cette cure s’est afflrmee pour la guerison des phases mania-
ques et depressives de la psychose maniaco-depressive (1).
Donkersloot, a Maasoord, et Starcke, a Den Do'lder, arriverent
aux memes conclusions. Des recherches paralleles ont ete faites
par Engelman (2) a l’lnstitut Sainte-Anne de Venraay. Ce der¬
nier n’a pas seulement utilise le somnifene, mais aussi le dial.
Au « Appeldoornsche Bosch » Schrijver fournit une belle
contribution a l’etude du mecanisme biologique de la cure du
somineil (3) Meerloo alors que, de SantpooTt, il avait passe a
(1) Congres des medecins alienistes et neurologistes, 1927.
(2) Ned. Tijdsch. v. Gen.
<3) Z. f. d. G. N. u. P., Bd. 135, P.N.B1., 1931.
568
W.-M, VAN DER SCHEER ET W. HEMMES ■
Maasoord, rassembla et combina le materiel recueilli en Hol-
lande en line excellente these (L’action des derives barbituriques
principalement dans les psychoses, Paris-Amsterdam).
D un grand nombre d’articles publies par ce chercheur apres
cette these, ressortent ses preferences pour l’etude des pheno-
inenes psychiques dependant du fonctionnenient du tronc cere¬
bral.
La pyretolherapie de la paralysie generate a ete appliquee
au moyen de la malaria a Santpoort (Cans), au moyen de la.
malaria et de la fievre recurrente a Maasoord (Frets) et a Den
Dolder au moyen d’injections de lait. Starcke (1) injecte du lait.
et, a l’acme de la poussee de temperature provoquee ainsi, la
plus grande dose de neosalvarsan. En menie temps, l’organisme
est inonde d’iodure de potassium. Les resultats obtenus ne sont
pas inferieurs a ceux que donne la malaria.
La therapeutique active, qu'on pent appeler une therapeuti-
que pedagogique, a introduit une reforme dans le traitement des
alienes et est capable de faire disparaitre les vieux prejuges
existant a 1’egard des alienes (2).
Lorsque le plus grand etablissement hollandais, 1’Asile Pro¬
vincial de Santpoort, prit 1’initiative de reorganiser, suivant les
principes de la therapeutique active de Simon, le traitement qui.
eependant etait de.ja arrive a un niveau eleve (ergotherapie), un
grand nombre d’asiles importants ont suivi la meme voie. II
serait trop long de developper ces principes. Nous renverrons
au bref rapport donne au Congres des Medecins Alienistes et
Neurologistes de France (1928). On peut constater avec satis¬
faction qu en Hollande, les principes de cette therapeutique
active,, pedagogique, se sont implantes, et que l’agitation et
Finquietude des malades se transforme de plus en une activite
tranquille. I? i
Heredite. — L’heredite des psychoses fut surtout etudiee' dans-
notre pays par Frets, l’anatomo-pathologiste de l’Institut psychia-
trique Maasoord de la ville de Rotterdam.
Frets, qui est un de nos bons chercheurs dans le domaine de
rhistopathologie des psychoses, est en meme temps un de nos
specialistes de l’heredite des plus eminents (« recherches sui-
(1) Stabcke. — Moderne behandeling van -geesteszieken. Ned. Maandschr.
voor Geneeskiinde.
(2) Va* DER Scheer. — Nieuivere inzichten in de behandel'ing van Gees¬
teszieken, Walters, Groningen. Idees nouvelles sur le traitement des alienes
agites, iCongre,? jjg.s Medecins et Neui’ologistes, 1928.
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIC EN HOLLANDE 56ft-
l’heredite en psychiatrie », voyez plus loin aux mesures d euge-
nique) . - ' ^
L’heredite des psychoses fut etudiee, en dehors de v rets, par
Stuurman, attache d’abord a l’Asile Provincial de Santpoort,
puis a l’Institut Endegeest de Leyde, dont il est actuellement
medecin directeur. Ensuite par Lohstein du « Appeldoorn
sche Bosch » qui, a plusieurs reprises, fit des recherches impor-
tantes sur l’heredite des psychoses paranoides et des affections
mentales et nerveuses chez les Juils. Cependant que Hutter
(Clinique psychiatrique Ockenburg a Loosduinen) etudia l’here¬
dite dans la schizophrenic,, les psychoses devolution et la para-
lysie generate. .
Le probleme des constitutions aussi fut etudie de pres a 1 Asile
de Santpoort, d’abord par Stuurman et Briede, plus tard, sous
la direction de Rombouts, par Audier, qui fit une these sur
« Constitution et Psychose ». Braat egalement consacra une
these a des cas observes a Santpoort, « La psychologie experi-
mentale et les types constitutionnels de Kretschmer », etude
qui peut etre consideree comme la suite des recherches entre-
prises d’abord par Van der Horst au laboratoire de Wiersma a
Groningue. On y essaye d’etablir objectivement certaines pro-
prietes definies des types de Kretschmer en usant d’experimen-
tations psychologiques.
En rapport avec ceci, il ne faut pas oublier les travaux de
Rombouts, medecin de l’asile provincial de Santpoort. Ses nom-
breuses etudes sur la psychologie de la personnalite l’amene-
rent a publier un livre intitule : Structure du caractere. Ce livre
est base sur des conceptions medico-biologiques.
Je ne peux pas terminer ce chapitre, relatif a la signification
des asiles dans la science psychiatrique, sans citer encore quel-
ques autres chercheurs de ces dernieres annees.
A l'asile Oud Itozenburg de La Haye, Verhaart travaillait sur-
tout l’anatomie pathologique, Endtz la psychanalyse, Flohil la
clinique et la serologie.
A l’asile de Santpoort, le medecin directeur Kraus s’occupait
de la psychiatrie sociale, Posthumus Meyes de I’anatomie patho¬
logique, Timmer de l’anatomie pathologique et de la psycho-
physiologie comparee.
A l’asile de Maasoord, le medecin directeur Van der Spek s’inte-
resse a la psychologie et a la psychiatrie sociale, Teenstra aime
ile domaine organique, clinique et therapeutique de la psychia¬
trie, de me me que Visser.
A Grave, Trotsenburg apporta des contributions interessan-
570
W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
tes a Tetu.de de la signification de l’electricite pOnr la psycholo¬
gic et la psychiatric.
A l’asile Endegeest a Leyde, Jelgersma Jr. est un ardent defen-
seur de la psychanalyse.
A l’Institut Sainte-Anne. a Venraay, Schmidt met en valeur
l’importance de l’anatomie pathologique en psychiatric, cepen-
dant que le medecin directeur Schim van der Loeff, en collabo¬
ration avec Barnhoorn, medecin directeur de l’asile Saint-Wille-
hrordus a Heiloo, ecrivait un livre sur « Les malades mentaux
et leur traitenient ».
Au « Appeldoornsche Bosch », le medecin directeur Kat est
un de nos eminents specialistes des questions de psychiatric
sociale et Schrijver, en collaboration avec sa femme, y travaillait
beaucoup de problemes chimiques et serologiques.
A 1’Institut de Willem Arntzhoeve, a De Dolder, De Sauvage
Nolting s’oriente vers la psychanalyse, mais il faut citer particu-
lierement Starcke, qui est un des meilleurs psychanalystes du
pays. J’aurai f occasion plus loin de revenir a Van der Hcr-ven,
Medecin de l'Asile d’Utrecht.
A Wolfhezen, Ronda a etudie les troubles menstruels dans les
psyehoses cependant qu’a l’lnstitut Saint-Servais, de Venraay,
De Vries et Haverman etudiaient des questions psychanalyti-
ques.
Le medecin directeur de 1’Institut Bloemendael a Loosduiven
Meinema, a publie un petit volume sur le traitement en famille,
flutter iqui est attache a la clinique « Oclcenburg » (qui depend
de ce dernier Institut) s’occupe, en plus de ses recherches rela¬
tives a l’heredite, de l’eschatologie chez les schizophrenes.
Pour ce qui est de l’Institut medical Voorburg, je citerai
Koenen, l’actuel inspecteur gouvernemental des alienes, qui
ecrivit un travail sur la « Faiblesse mentale chez l’Enfant »,
etude d’une grande signification pedagogique et sociale, et
Kortenhorst et Jansen, qui ont obtenu leurs galons dans le
do'maine de la psychiatrie sociale.
Beyerman aussi, medecin directeur de l’hopital Sint-Joris
a Delft, a fort contribue au developpement de la notion de
« Psychiatrie sociale ».
Psychanalystes et psychothkrapeutes
II faut encore citer les psychanalystes et psychotherapeutes.
Jls exercent une assez grande influence sur les tendances actuel-
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN HOLLANDS
571
les de la psychiatric en Hollande. Beaucoup d’entre eux n’appar-
tiennent ni a une Universite, ni a un asile, d’autres y appar-
tiennent, tels Staacke, Riimke, Carp et Jelgersma.
Les psychanalystes en general s’orientent nettement vers la
doctrine de Freud.
Ils ont publie des apercus generaux tres importants sur la
psychanalyse. Je n’en citerai que le livre de Starcke « Psycho¬
analyse und Psychiatrie » (Int. Ps. Vrl. 1921) et le traite e
psvchopathologie de Muller, Professeur agrege de l’Umversite
de Leyde. On a beaucoup publie au sujet de cas de psychoses.
Aiiisi, a cote d’analvses de nevroses, il y a des analyses de cas
de schizophrenic, de psychose maniaco-depressive, de demence
senile (Starcke, Westerman Holsteyn, Rombouts, Jelgersma).
Les apercus analytiques sur Fart et les artistes sont egalement
fort interessants (Starcke, Van der Chijs, Westerman Holsteyn).
Riimke, Professeur extraordinaire de psychologie medicale a
Utrecht, et Van der Hoop, Prolfesseur agrege a 1’ Universite d’Ams-
terdam, sont a citer comme principaux representants des ten¬
dances de Jung, Maeder.
Ils ont publie egalement divers travaux : de Riimke par exem-
ple : « Sur les rapports entre la psychotherapie et la psycholo¬
gie evolutive », sur « la psychotherapie et les phases de la
vie », « l’enfant asocial », « la psychiatrie clinique », publi¬
cations oil se revelent son gout pour la phenomenologie, la carac-
teriolOgie et la psychotherapie, et sa recherche d’une base de
psychologie evolutive pour la psychiatrie ; de Van der Hoop .
« Sur la sexualite », « la morale et la conception de la vie »,
« la valeur de la psychanalyse pour la medecine infantile »,
« Fhomosexualite ».
La theorie d’ Adler trouve peu d’adeptes parmi les psychia-
tres. Ronge est, parmi eux, le plus en vue. II a publie des arti¬
cles sur « La psychologie individuelle d’ Adler » (N. T. v. G.
1930) sur les obsessions et sur les enfants psychopathes (Ge-
neeskundige Gids 1930, 1931 et 1932). Cependant, parmi les me-
decins ordinaires, les theologues et les pedagogues, les theoiies
d’ Adler comptent beaucoup de partisans.
PSYCHIATRIK SOCIALE ET HYGIENE MENTALE
Nous tenons a montrer brievement les voies suivies dans le
domaine scientifique de la psychiatrie clinique par les Asso¬
ciations, les cliniques universitaires, les asiles d’alienes et le
groupe de psychanalystes et psychotherapeutes. 11 nous faut
572
W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
maintenant envisager les different s problemes souleves par la
psychiatric dans ses rapports avec la so'ciete et son influence
sur celle-ci.
Ici, nous entrons dans le domaine du traitement des malades
mentaux, de la psychiatrie sociale et de l’hygiene mentale.
Dans ce domaine aussi, il y a du nouveau chez nous et on
s’est preoccupe de ces questions qui lie sont pas seulement rela¬
tives a Fetat mental du malade, mais aussi et surtout a la sante
mentale de la societe. On porte un grand interet a la prophylaxies
la prevention et la limitation des troubles affectant la menta¬
lity du peuple. La lutte contre Vabus de Valcool a pris chez nous
une grande ampleur. De nombreuses societes d’abstinents pro-
duisent un travail remarquable, aidees par les contributions
scientifiques de medecins eminents (K.-H. Bouman, Delhez). La
lutte contre d’autres toxiques que l’alcool (morphine, cocaine)
est a peine necessaire dans notre pays.
La lutte contre les maladies veneriennes et la divulgation
d’une meilleure connaissance de leurs dangers est realisee par
« FAssoeiation Neerlandaise pour Fhygiene morale ».
Des questions auxquelles on porte aussi un grand interet
dans notre pays sont celles qui recherchent jusqu a quel point
la profession, le rythme et la rationalisation du travail peuvent
etre nuisibles a la sante mentale publique et celles qui recher¬
chent jusqu’a quel point peuvent etre nuisibles les lois sociales
qui s’appliquent a l’ouvrier dans ces domaines. Ces reeherches
pourtant n’ont pas encore abouti a une decision definitive.
On accorde aux conditions de milieu une grande influence
sur le developpement mental de 1 ’enfant. Ces questions ont ete
etudiees avec soin chez nous. Je citerai, comme psychiatres,.
Riimke et Groeneveld, comme pedagogues, Casimir, Watering,
Kohnstam.
L’etude de l’importance des facteurs sociaux, misere, pro-
bleme du logement, vie dans les grandes villes, au point de
vue de la delinquance, de 1’immoralite, de la prostitution, de la
psychopathic, de l’arrieration, eveille de plus en plus Finteret
et quantite de chercheurs serieux tendent a accorder un tres
grand role a des facteurs sociaux defavorables. Je citerai Posl-
ma (1), Querido (2), Bonger (3).
(1) De oorzaken van antisociaal gedrag bij kinderen liggende in de
samenstelling van het gezin. Mensch. en Maatschappij, 7e Jaargang, n° 3.
(2) Het Zeeburgerdorp.
(3) a. Zelfmoord als maatschappelijk versehijnsel. Mensch. en Maais-
chappij, 1929 ; b. Tijdschrift voor Armwezen., Jg. 7, n° 155.
LES TENDANCES DE LA PSYCH1ATRIE EX HOLLANDE
Mesures eugeniques :
LE PROBLEME DE LA STERILISATION ET DE LA CASTRATION
Des mesures deugenique ne peuvent etre legitimees que par
des recherches sur 1’heredite. II existe dans notre pays un grand
nombre dissociations preoccupees des problemes de lhered! e.
Elies se sont groupees en une « Federation Neerlandaise cltuge-
nique ». 11 en resulte, en 1933, la creation de 1’ « InstitntJSeei-
landais d’etudes sur Vheredite chez Vhomme et de bwlogie
racique ». De plus, on publie une revue tnmestnelle, « L Here-
dite chez Vhomme ». Une de nos meilleures speciality des
questions de l’heredite etait Mile Van Herwerden, decedee en
1933. Son livre « L’Heredite chez l’liomme et 1 Eugemque »
fournit au chercheur une documentation serieuse. II faut, dans
cet ordre d’idees, citer encore Van Waardenburg parmi les
hommes d’avant-plan, de meme que Sanders.
Parmi les psychiatres, il faut nommer en tout premier lieu
Frets, sur le travail de qui nous avons deja attire l’attention
(page 568). , ,
Ilya peu de mois, il publia un livre excellent sur « 1 here-
dite » ( Arbeiderspers . 1935).
j’ai cite Stuurman, Lobstein, Hutter, qui ont fait des recher-
ches sur Pheredite des psychoses.
Ces recherches cependant n’ont pas semble conduire a des
resultats scientifiques suffisamment etages pour qu’on ne pmsse
deduire des regies applicables a cette partie de 1 eugenique
qu’on nomme sterilisation.
Pendant ces dernieres annees, on s’est preoccupe notamment
de savoir si le principe de la sterilisation peut se prevaloir de
conclusions tirees de Peugenique, et si elle doit etre reglementee
par la Loi. Des lois de ce genre, en effet, n’existent pas encore
chez nous. .
Pendant longtemps les psychiatres, a l’exception de Frets, se
sont tenus a l’ecart de ce probleme et so'nt restes dans l’expecta-
tive. Lorsque, dans le discours inaugural de 1930, van der Scheer
eut preconise une etude serieuse de ce probleme, l’association des
psychiatres et juristes en 1932 mit cette question a l’ordre du
jour et invita, comme psychiatre, Frets, comme juriste, Van
Bemmelen.
Il est, certes, etonnant que la premiere etude approfondie sur
-ce probleme ne fut pas ecrite par un psychiatre, mais par un
juriste (Pippel. These. Leyde, 1933).
Sanders a pris chez nous la position la plus extreme et il est
574
W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
partisan d’une loi qui autoriserait la segregation, la sterilisa¬
tion et la castration, pour prevenir une progeniture degeneree.
Frets souhaite une reglementation legale, mais est prudent
dans ses opinions. II trouve admissible un essai prudent qui
etudierait chaque cas l’lin apres l’autre, mais pense qu’il existe
des empechements moraux a ce qu’on prenne une decision
d’ensemble.
Grewel considere comme non scieniifiqu.es les bases sur les-
quelles on a etabli, a l’etranger, les lois de sterilisation, et il en
est plusieurs parmi elles qu’il qualifie de « eugenique apparem-
ment biologique ».
Herderschee, qui ecrivit un ouvrage modele. sur « les enfants
arrieres », est egalement sceptique vis-a-vis de la sterilisation
si developpee a l’etranger.
P er s on n el 1 cm e n t , nous sommes d’avis que les formes d alie¬
nation et d’arrieration mentales reunies jusqu’a ce jour dans
des groupes distincts ne sont, ni etiologiquement ni nosologique-
menit, des entites. Ce qui complique hautement l’etude de l’here-
dite, c’est que les memes diagnostics reunissent souvent en une
seule rubrique des choses apparemment mais non reellement
identiques. II en resulte que les fondements sur lesquels on
pourrait baser des mesures d’eugenique et des lois de sterilisa¬
tion sont encore fort incertains.
Pour autant que nous connaissions notre pays, nous jugeons
improbable que d’ici longtemps on reglemente la sterilisation en
se basant sur Vinsuffisance mentale.
Pour ce qui est du probleme de. la castration, on il s’agit, non
de questions d’eugenique, mais de questions medicales, et oil
la question se pose de savoir si 1’anomalie sexuelle est gueris-
sable par la castration, les experiences sont encore trop limitees
dans notre pays.
Cette annee .a paru un livre, ecrit par Sanders, en collabora¬
tion avec les psychiatres Van der Horst, Kortenho'rst et Wester-
terp, dans lequel ce probleme est long’uement etudie et oil l’on
emet le voeu qu’en haut lieu, on procede a la creation d’une com¬
mission superieure dont on pourrait solliciter l’avis (Sanders.
Le probleme de la castration, Naeff. ’s Gravenhage).
La pratique de la psychiatrie sociale
Nous en sommes arrives maintenant it la pratique de la
psychiatrie sociale, telle qu’elle ' existe en Hollande, et qui com-
prend le traitement des alienes et des malades mentaux.
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN HOLLANDE 5/5
Cette aide comprend :
A) Les etablissements destines a des- categories determinees.
de troubles mentaux ;
B) L’aide dans la vie sociale.
4) Traitement uans les asiles. — Les cliniques universitaires
mises a part, il existe en Holland? quarante-trois instituts pour
arrieres et alienes, les uns etant des instituts ouverts, les autres.
des instituts fermes. De plus, notre pays possede une colome
pour traitement familial, restitution « Beileroord » a Beilen
(Medecin directeur Hemmes).
A la date du 1" janvier 1935, la population des asdes s elevait
a 23.700, le nombre de medecins d'asile a 115, de sorte qu il
existe une movenne de un psychiatre pour deux cents malades.
Organisation de Vetablissement : Le personnel prepose aux
soins — y compris le personnel des etablissements religieux
recoit un enseignement professdonnel. Les medecins, la plupart
psychiatres, sont nommes par un college independant de l’asile,
auquel ils adressent leur demande. La direction de l’asile est
entierement confiee au medecin directeur qui, lui aussi, est nom¬
ine par le college. La direction medico'-psyehiatrique unique
donne l’assurance que le traitement medical est pris a coeur
aussi bien que l’assistance des alienes.
Inspection et surveillance gcuvernementales : La surveil¬
lance de la construction, du fonctionnement et de l’organisation
des asiles (nombre de pieces, nombre de medecins), a laquelle
le Gouvernement est astreint par la loi, est egalement confiee
a des psychiatres specialises. Il y en a trois : Pameyer, Koenen,
Wessels. L’influence des inspecteurs des asiles d’alienes a tou-
jours ete grande.
Il faut nommer ici fancien inspecteur Schuurmans Stekhoven,
qui favorisa la creation de pavilions ouverts. Actuellement, 19
des 43 instituts comprennent une section ouverte (1).
Il y a, parmi les psychiatres de noire pays, une forte ten¬
dance a favoriser les sections ouvertes et a limiter 1 interne-
ment aux malades qui s’opposent violemment a l’hospitalisa-
(1) Pour 1’admission dans une. section fermee de l’asile d alienes, il faut
un requisitoire judiciaire qui pent etre delivre par le Juge du canton et
plus tard par le Tribunal sur presentation d’un certificat medical cousta-
tant nettement l’alienation mentale du malade.
Pour 1’admission dans une section ouverte, il ne faut pas de requisitoire.
Pourtant, les sections ouvertes des asiles, tout comme les sections fer-
mees sont soumises a la surveillance des Inspecteurs de l’Etat.
W.-M. VAN DER SCHEER ET IF. HEMMES
■570
tion. Mais il faudrait pour cela modifier la loi, a quoi les juristes
.s’opposent fortement.
Epilepsie. — Dans presque tous les pays, les epileptiques ont
occupe une place speciale au milieu des autres alienes. Cela a
■ete le cas aussi en Hollande.
Pour ce qui'est de l’etude de l’epilepsie, Muskens est une
iigure d’avant-plan, non seulement chez nous, mais aussi a
d’etr anger.
Son cuvrage, recemment paru, sur 1‘epilepsie, a interesse a
juste titre notre pays et l’etranger.
Le traitement de ces malades se fait en general d’une facon
disseminee, au milieu des autres malades des asiles ordinaires.
Mais deux asiles sont reserves aux epileptiques, l’un a Heel et
Panheel, et 1’autre a Heemstede. Ce dernier institut est dirige
par des psychiatres specialises. Anciennement, c’etaient Van
der Spelt et Van Walsem. Actuellement, Ledeboer y est attache.
B) L’aide aux ALif:N#.s EN liberte. — Prevention et soins
-consecutifs.
Comme suite a la tendance vers 1’amelioration du sort des alie¬
nes et au desir d’une liberation precoce, on crea une organisation
pour assister les anormaux mentaux en liberte.
On la retrouve sous deux formes dans notre pays, qui sont :
1° La prevention et les soins consecutifs se trouvant sous la
dependance d’etablissements pour alienes.
2° L’aide pretee par des associations independantes on des
‘ administrations .
1. Les services de prevention et de soins consecutifs dependant
-des instituts s’appellent aussi parfois « services externes ». A
leur tete se trouve un psychiatre, seconde par une infirmiere ou
une assistante sociale. A la consultation du service on donne des
eonseils aux malades et aux families. Le premier service externe
en Hollande fut organise par Pameyer, a ce moment medecin-
directeur a Maasoord, actuellement Inspecteur des Asiles de
1’Etat. Aujourd’hui on trouve des services de soins consecutifs,
attaches a beaucoup d’autres asiles, et organises selon les memes
principes.
2. Aide aux alienes en liberte, emanant d’associatio'ns inde-
jjendantes ou organismes gouvernementaux.
a) II faut citer, comme la plus ancienne, l’ Association centrale
pour la gestion des interets sociaux des malades nerveux et
mentaux.
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN HOLLANDE 577
Actuellement elle possede des consultations a vingt-deux en-
droits du pays, consultations qui sont, spit rattachees aux servi¬
ces ext ernes cites plus haut, soit independantes.
Cette association doit son essOr a l’ardeur infatigable et au
devouement de son president, Meyers, qui a publie un grand nom-
bre d’ecrits de propagande.
b ) A cote de cette association, ayant le meme but et une orga¬
nisation similaire, en sont nees d’autres, telle UAssociation Cha¬
ritable Catholique d’Hijgiene Mentale, a laquelle l’impulsion est
donnee par le psychiatre Kortenhorst.
c) II faut citer a part le service communal d’Hygiene Mentale
d’ Amsterdam (Directeur, Heyermans) avec deux psychiatres
(Querido et Wuite) et un grand nombre d’assistantes sociales,
qui s’occupent de la prevention et des soins consecutifs neces-
saires a tous les anormaux mentaux de cette grande ville.
Alors que la direction et l’organisation de la prevention et des
soins consecutifs a donner aux alienes sont entierement aux
mains des psychiatres, alors que les consultations citees plus
haut, les services externes et les associations dont il a ete ques¬
tion, peuvent s’appeler des organismes de psychiatrie appliquee,
il n’en est plus de meme aussitot que nous entrons dans le
domaine du traitement des insuffisants mentaux, du traitement
des psgchopathes et de la criminalite.
Le traitement des insuffisants mentaux. — Il est vrai que le
traitement des formes graves d’insuffisance mentale appartient
au domaine du traitement des alienes et que la loi sur les alienes
met au meme rang les instituts pour insuffisants mentaux et les
asiles d’alienes, Ici aussi la direction est done confiee au psychia¬
tre. Mais a cote de lui, le pedagogue prend son importance dans
le traitement de l’enfant arriere. Cependant, on apprecie fort la
collaboration avec le psychiatre. De la resulte que pendant ces
dernieres annees est ne en Hollande un mouvement grace auquel
VEnseignement special pour enfants arrieres est devenu un foyer
d'interet et grace auquel les consultations pour 1’examen psycho¬
technique ont attire l’attention.
Il y a dans notre pays deux instituts pedagogiques. L’un,
catholique, a Nimegue (Directeur, le Professeur Ruten) ; l’autre,
dependant de l’Universite libre d’ Amsterdam (Directeur, le Pro¬
fesseur Watering). Il existe, en Hollande, cinquante-huit ecoles
communales pour arrieres, avec environ 9.000 eleves. L’ensei-
gnement special est donne a des arrieres dans treize internats.
Il y a un inspecteur medical de 1’Etat, Van Voorthuyzen, qui a
beaucoup fait et fait actuellement encore beaucoup pour le deve-
Ann. Med.-psych., XV SERIE, 94“ ANNEE, t. I. — Ayril 1936. 37 .
W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
loppement de cet enseignement special, et qui est un vrai pere
pour ce grand groupe d’insuffisants mentaux, La plupart des
provinces encouragent la frequentation de ces ecoles, au moyen
de subventions financieres.
En ces dernieres annees on a recherche une plus grande per¬
fection en organisant un bon service de soins consecutifs et en
creant des centres de travail grace auxquels les resultats obtenus
par l’enseignement special ne vont pas perdus. De ces centres de
travail, il en existe deja dix-neuf en Hollande.
La criminalite et l’aide aux psychopathes
Si dans le domaine de l’education de l’enfant anormal l’in-
lluence du pvchiatre devient toujours plus grande, cette influence
est aussi de.fa marquante, bien que toujours insuffisante, dans le
domaine de la criminalite et du traitement des psychopathes.
La loi penale neerlandaise a donne une place de grande impor¬
tance au psychiatre.
Si l’on suppose que la responsahilite du delinquant est insut-
fisante par suite « de trouble pathologique ou developpement
insuffisant des facultes mentales », le Tribunal peut demander
Tavis du psychiatre. Son opinion au sujet du manque ou de la
diminution de la responsahilite de l’accuse a une grande influence
sur le jugement.
Le delinquant peut :
a) etre place pendant un an dans un asile d alienes ,
b) etre enferme dans une prison spcciale a la tete de laquelle
se trouve le psychiatre SchOltens ;
c) etre place pour deux ans dans un asile pour psychopathes
dirige par le psychiatre Westerterp.
Lorsque le malade ne s’ameliore pas ou que l’on craint des
recidives, la duree de placement a l’asile peut etre prolongee.
Les psychopathes criminels peuvent egalement etre places dans
les sections speciales attachees a des asiles d’alienes.
L’interet qu’on porte a la psychiatrie legale est tres grand et a
donne lieu a l’etude des diverses questions.
Van der Hoeven a ecrit un excellent ouvrage sur la psychiatrie
a l’usage des juristes et des assistants sociaux (trois tomes), qui
a cependant une portee trop large que pour etre limitee aux
juristes et aux travailleurs sociaux. II a publie egalement un
travail sur la signification medico-legale de la psychose maniaco-
dSpressive. Beaucoup de communications ont ete consacrees a
rimportanee du psychiatre en justice.
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN HOLLANDE 579
On pent encore citer celles sur la signification des nouvelles
idees en psychopathologie pour le juriste (Rombouts), celle sur
la valeur de l’examen psychologique pour le Tribunal (L. Bou-
man, Heidema, Van den Hoeven, Wicrsma), celle sur la collabo¬
ration du psychiatre et le reclassement (Kortenhorst), celles sur
] enfant antisocial (Riimke) et l’enfant criminel (Grewel), celle
sur la faute et la punition (Standee), et celle sur la psychiatrie
et l’applicatio'n des lots sur les psychopathes (Barnhoorn). D.
Wiersma, qui fut d’abord attache a l’asile pour psychopathes de
Leyde, et qui est actuellement professeur agrege a l’Universite
de Leyde, a publie beaucoup d’ articles sur la psychologie crimi-
nelle et la psychopathologie bases en partie sur la recherche
experimentale (intellect, jugement, fantaisie, temps dissocia¬
tion), en partie sur les recherches relatives a la recherche de la
personnalite (menteurs pathologiques, vol comme exteriorisation
de tendances vitales, signification de la frequence du tempera¬
ment nerveux chez les psychopathes criminels, psychopathes
amorphes et psychopathes nerveux). Pour terminer il-faut encore
citer de lui une monographie sur la notion « irresponsabilite ».
La collaboration du juriste et du psychiatre a conduit a la
creation d’une « Association psychiatrique et juridique ». Nom-
bre de sujets y ont ete traites depuis des annees par des psychia-
tres et des juristes a la fois. Cette association a fortement con-
tribue a resoudre les difficultes existant dans les theories et la
terminologie de ces deux branches et a augmenter la confiance
reciproque des deux disciplines.
De ce qui precede apparait que non seulement on porte une
grande attention a la criminalite des adultes, mais beaucoup
d’interet aussi a l’enfant delinquant et d’education difficile. II
existe ainsi a Rotterdam une « Institution pedagogique pour
enfants psychopathes » ou « ecole A. H. Francken », dont De
Bloois est directeur.
L’influence du psychiatre sur le traitement de l’enfance psy-
chopathique se revele par le fait qu’a l’lnstitut National d’educa¬
tion pour filles, a Zeist, le psychiatre Postma se trouve a la tete
de l’etablissement.
II a fait diverses recherches importantes dans le domaine de la
psychiati ie sociale (entre autres : recherches psychiatriques expe-
rimentales sur la signification du numero d’ordre de naissance).
L’interet du peuple neerlandais pour l’hygiene mentale est
prouve egalement par la creation d’une « Association pour pro-
mouvoir les consultations pour enfants difficiles », qui ont une
W.-M. VAN DER SCHEER ET W. HEMMES
activite pratique a beaucoup d’endroits, et par 1 existence d asso¬
ciations qui se preoccupent de la jeunesse abandonnee (les foyers-
Boddaert a Amsterdam).
Association neerlandaise d’hygiEne mentale
Cet interet que l’on portait aux questions d’Hygiene mentale
a amene Bouman, Meyers, Cox et Van der Scheer a prendre l’ini-
tiative, en 1930, de reunir toutes les personnes et toutes les Asso¬
ciations dont 1’ activite se manifestait dans les domaines precites,
en une Association Neerlandaise d’ Hygiene Mentale. Dans la
suite, sont nees encore : l’Association de Charite catholique
d’Hygiene mentale, 1’ Association Neerlandaise protestante d’Hy¬
giene mentale, l’Association d’Hygiene mentale- de confession
reformee. Toutes ces Associations sont reunies en une Federa¬
tion Rationale d’Hygiene mentale. Cependant, l’Association
neerlandaise creee en premier lieu a, jusqu’a present, eu et
garde la direction. Elle possede une section de pedagogie et une
section de eriminologie, et depuis sa creation, en 1930, a ses
reunions qui ont pris une allure de Congres nationaux, elle a
traite les sujets suivants : l’Hygiene mentale et la profession,
l’importance de l’Eugenique pour THygiene mentale, la signi¬
fication de l’asile dans l’Hygiene mentale, les conditions d’edu-
cation et l’Hygiene mentale, l’Ecole et l’Hygiene mentale, Hygiene
mentale et Protection de l’Enfance.
Ainsi, dans ce domaine egalement nous remarquons en
Hollande une forte tendance vers ramelioration des forces
psychiques du peuple.
Bien qu’il nous manque encore beaucoup de choses, bien que
les prejuges du public vis-a-vis du psychiatre et des anormaux
mentaux soient encore nombreux, bien qu’il existe encore beau¬
coup de fausses notions au sujet du traitement des alienes, l’in-
iluence psychiatrique gagne sans cesse du terrain.
SOCIETfi MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Seance du Lundi 27 Avril 1936
Presidence : M. VURPAS, president
et M. Rene CHARPENTIER, vice-president
Adoption du proces-verbal
Le proces-verbal de la seance du jeudi 12 mars et le proces-verbal
de la seance du lundi 23 mars 1936 sont adoptes.
Correspondance
M. Paul Coukbon, Secretaire general. — La correspondance ma-
nuscrite comprend :
une lettre de la famUle de M. le professeur Leendert Bouman,
d’Utrecht, qui remercie la Societe des sentiments de condoleance
qu’elle en a regus ;
une lettre de M. le docteur Osvaldo Loudet, professeur adjoint de
Clinique psychiatrique a la Faculte de medecine et professeur
extraordinaire de Psychologie a la Faculte de Philosophic et Lettres
de l’Universite de Buenos-Ayres, qui pose sa candidature au titre de
membre associe etranger. La Societe designe une Commission composee
de MM. Georges Dumas, Levy-Valensi et Paul Abely, rapporteur, pour
l’examen de cette candidature : le vote aura lieu a la seance du
lundi 25 mai 1936 ;
une lettre de M. le professeur Pierre Combemale, secretaire general
du Congres des medecins alienistes et neurologistes de France et des
pays de langue frangaise, qui invite la Societe a se faire representer
582 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
a la prochaine session du Congres a Bale, Zurich, Berne et Neucba-
tel, du 20 au 25 juillet 1936 : la Societe designe MM. Rene Charpen-
tier, vice-president, Collet, Marchand, Peron, Petit et Th. Simon
pour la representer a cette 40® session.
Election d’un membre correspondant national
Apres lecture d’un rapport de M. Paul Abely au nom d’une com¬
mission composee de MM. P. Abely, R. Anglade et P. Guiraud, il est
procede au vote sur la candidature de M. le Dr Mans.
Nombre de votants . 23
Majorite absolue . 12
A obtenu :
M. Mans . 15 ™ix.
Bulletins blancs . . • • • 7
Bulletin negatif . *
M. le Dr Mans, de Leyme (Lot), est elu membre correspondant
national de la Societe medico-psychologique.
COMMUNICATIONS
Contribution a l’dtude des psycho-anemies. Examen psycbia-
trique de quatre cas d ’anemic de Biermer, par MM. Andre Cain
et Andre Chillier.
A la seance de notre Societe du 27 janvier 1936, MM. Petit et
Delmont faisaient une interessante communication : « Syndro¬
me d’Adie et syndrome neuro-anemique a type de psychose poly-
nevritique. Amelioration par la methode de Castle. » La malade
qui faisait l’objet de cette communication, presentait, en dehors
du syndrome d’Adie des signes physiques de polynevrite et un
syndrome mental analogue a celui de la psychose de Korsakoff,
avec desorientation, amnesie, tabulation compensatrice, anxiete
et onirisme. Tout ce syndrome etant sous la dependance d’une
anemie de Biermer.
Or, le hasard nous a permis de reunir dans le service de l’un
de nous, a l’hopital St-Antoine, quatre cas de cette affection tres
rare que constitue l’anemie de Biermer.
Notre etude neuro-psychiatrique ne nous a pas permis de
decrire un syndrome neuro et psycho-anemique constant. Au
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
:.s3
contraire, nous avons ete plutot degus par la variete des cas
observes et meme parfois leur aspect contradictoire ayant, par
exemple, constate une polynevrite neurologique typique sans
aucune confusion ou Korsakoff et un syndrome net de Korsakoff
sans le moindre signe de polynevrite.
Nous croyons cependant utile de donner nos observations,
meme si elles ne cadrent pas avec les opinions habituelles.
Les quatre malades qui font l’objet de notre communication
ont ete examinees par un specialiste en ophtalmologie qui n a
trouve aucun trouble oculaire et en particular aucun trouble
pupillaire (notamment le signe de la « pupille tonique » ou
« bradycorie de Donath »).
Nos quatre malades ne presentaient done pas le syndrome
d’Adie.
Dans l’article precite, MM. Petit et Delmont disaient : « Les
troubles mentaux de- la neuro-anemie sont, d’apres tous les
auteurs, tout a fait analogues a ceux des toxi-infections... Dans
le cas presente a la Societe, troubles mentaux, polynevrite et
anemie paraissent relever d’une meme cause : une infection du
nevraxe par virus neurotrope du type encephalo-myehte epide-
mique. »
Notre role sera plus modeste et nous ne voulons fame aucune
theorie etiologique ou pathogenique. Nous nous bornerons a don¬
ner quatre observations, en ne faisant qu’enregistrer des faits
cliniques, hematologiques et neuro-psychiatriques, que nous
esperons avoir bien observes.
On trouvera des indications bibliographiques dans l’article pre¬
cite de Petit et Delmont, et dans la communication de A. Cain,
A. Ceillier, Catan et Bachmann, a la Societe Frangaise d’Hema-
tologie (Seance de mars 1936).
Observation I. — Mme L., 45 ans, cigariere, entre a l’hopital
Saint-Antoine pour une asthenie profonde remontant a plusieurs
mois et des signes d’ anemie.
Teint cireux, muqueuses decolorees. Amaigrissement considerable.
Leger oedeme malleolaire, Tachycardie. Souffles doux et prolonges a
tous les orifices.
Placards de depapillation.
Hemorragies oculaires peripapillaires.
Anemie intense (1.120.060), hyperchrome (1,60), megalocytaire et
megaloblastique, avec anisocytose et polychromatophilie.
Hypochlorhydrie, hypopepsie.
Sous l’influence de l’hepatotherapie, amelioration rapide de l’ane-
mie. La formule sanguine redevient normale (3.900.000 G.R., H.,
584
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
80 p. 100, valeur globulaire, 0,82 ; disparition des hematies nucleees).
La langue prend un aspect normal.
Mais, tandis qu’on assiste a la disparition des signes biermeriens,
evolue 'avec rapidite une tuberculose pulmonaire avec granulie termi-
nale. II y a eu done une dissociation nette entre l’anemie et l’infec-
tion bacillaire, dissociation fondee sur l’efficacite du traitement et
permettant de rattacher ce cas a l’affection autonome qu’est la mala-
die de Biermer, au lieu d’en faire une anemie secondaire et sympto-
matique.
Durant le sejour de la malade dans notre service, 1 attention est
egalement attiree par des signes nerveux et psychiques qui ne se sont
pas modifies sous Vaction de l’ hepatotherapie.
Signes nerveux. — La malade se tient diiflicilement debout ; reflexes
tendineux exageres. Absence du signe de Babinski et de troubles de
la sensibilite objective. Douleurs spontanees tres vives dans les mem-
bres inferieurs. Amyotrophie considerable et globale.
Signes psychiques. — Sujet anxieux, inquiet, donnant l’impression
d’un etre traque ; prenant sans motif des attitudes de supplication ;
a d’autres moments, se blottissant sous ses couvertures en pleurant et
en poussant des cris d’effroi. A 1’interrogatoire, on ne peut decouvnr
les motifs de cette terreur panique que la malade ne peut justifier,
dont il semble meme qu’elle n’a pas conscience. On ne met pas en
evidence d’etat hallucinatoire ni de desorientation dans le present;
toutefois, les reponses sont assez incoberentes et ne permettent pas,
par exemple, de preciser la' situation sociale de la malade, son passe,
les conditions d’apparition de la maladie actuelle. Le sujet n’a pas
davantage conscience de la gravite de son etat. Elle est seule, sans
famille et sans amis, si bien que nous ne pourrons obtenir d’autres
precisions. , ,
Ce n’est qu’a la periode iiltime, plus de deux mois apres 1 entree a
l’hopital, que les signes de granulie sont apparus. Quelques jours
avant la mort des signes de reaction meningee (raideur de la nuque,
kernig, subdelire) traduisent une atteinte terminale, bien distincte
des troubles mentaux auparavant observes.
Obs. II. — Mme Les., 54 ans, se presente depuis plusieurs annees a
notre consultation pour des troubles mal determines et ou dominent :
la lenteur de la digestion, les malaises, les brulures, les nausees ;
apres les repas, les douleurs abdominales diffuses, les alternatives de
diarrhee et de constipation, les poussees hemorro’idaires. Les difife-
rents examens cliniques et radiologiques font eliminer une affection
organique. La malade est maigre, la musculature abdominale defi-
ciente; l’estomac est allonge et hypertonique et ne se vide bien qu’en
decubitus. A ces malaises s’ajoutent de veritables crises d’anxiete et
de depression durant lesquelles la malade, veritablement aneantie,
refuse toute nourriture. L’oeil est brillant, les extremites tremulantes ,
on recherche vainement d’autres signes en faveur d’une maladie de
Basedow. Le metabolisme basal est normal.
SEANCE DU 27 AVR1L 1936
Jusqu’cn decembre 1935, la malade « traine », sans etre amelioree
par nos differents essais therapeutiques. G’est alors seulement que
nous prenons en consideration sa paleur, preoccupe surtout que nous
avons ete jusqu’alors par son agitation, ses malaises et son anxiete.
Nous trouvons tous les signes d’une anemie de Biermer : G. R.,
2.880.000 ; H., 8 p. 100 ; valeur globulaire, 1,85 ; G. B., 6.000 ; poly,
69,7 p. 100. Anisocytose et poikilocytose. Reticulocytes, 2 p. 100. Me-
dullogramme : reaction erythroblastique dominante, avec megaloblas-
tes. Glossite depapillante marginale. Sue d ’histamine : acblorhydrie
et apepsie.
La mere de la malade serait decedee a 63 ans de cirrhose alcooli-
que. Son pere est mort de vieillesse a 84 ans. II n’y a jamais eu d’alie-
nes, a sa connaissance, dans sa famille. Rile a obtenu aisement son
certiflcat d’etudes, puis a travaille comme bonne a tout faire et cui-
siniere. Elle s’est mariee a 24 ans avec un gargon de cafe et a pris un
commerce de cafe-restaurant en mai 1914.
A partir de cette epoque elle a eu de grands ennuis et gros chagrins:
difficultes pecuniaires, surmenage et mort de son mari, decede en
1921 des suites de la gperre (gaze et prisonnier).
Elle a eu un seul enfant, age actuellement de 24 ans.
L’examen psychiatrique actuel ne montre aucun signe de demence
ou d’aff aiblissement intellectuel. La memoire est excellente, tant pour
les faits anciens que recents. II n’y a pas trace de confusion mentale
ou d’onirisme et aucune ebauche du syndrome de Korsakoff.
Par contre, on note de l’anxiete et des tendances hypocondriaques
avec troubles cenesthopathiques.
L’anxiete est surtout vive le matin au reveil. Anxiete diffuse sans
idees precises.
Les idees hypocondriaques sont en partie justifiees par le mauvais
etat de sante de la malade et par son anemie, mais il s’y ajoute des
troubles cenesthesiques consistant en sensations vagues et indefinis-
sables dans l’abdomen avec impression de deplacement et d’abaisse-
ment des organes, bien que l’examen clinique et les controles radio-
logiques n’aient montre aucune ptose viscerale.
De plus, la malade presente des troubles nettement fonctionnels et
d’apparence pithiatique de la marche. Elle titube, perd l’equilibre,
s’appuie aux meubles ou contre les murs. Cependant, elle ne presente
pas de vrai Romberg.
Retour a une formule sanguine normale sous faction de 1’epatothe-
rapie. Guerison de la glossite.
La malade se realimente, et, en l’espace de 2 mois, engraisse de
pres de 3 kilos. (Insuline, serum sucre, repos strict au lit).
Examen neurologique negatif. Reflexes tendineux, cutanes et pupil-
Iaires normaux. Absence de signes cerebelleux. Examen ophtalmosco-
pique negatif.
586 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Obs. III. — Mine B., 65 ans, a subi en mai 1935 une gastro-pylorec-
tomie avec anastomose gastro-jejunale de Polya, pour un gros ulcere
du bulbe duodenal. Un examen radiologique, pratique en janvier
1935 a l’hopital Saint-Antoine, dans le service de lun de nous ou
elle a ete adinise en raison de sa faiblesse extreme, montre que la
partie subsistante de l’estomac est souple, a des contours et des plis
reauliers, que la substance opaque s’engage par grosses bouchees
dans l’anse anastomotique et se trouve, au bout de quelques minutes,
tout entiere rassemblee dans les anses greles. .
La malade est pale, les muqueuses sont decolorees, la langue est
depapiUee^o ooo _ Q B 5 800 . H>> 80 p. 100 ; valeur globulaire, 1,48 ;
63,8 p. 100 de polynucleaires. Absence d’hematies nudeces^ Anisocy-
tose et poikilocytose, mais absence de megalocytes, 5 p. 100 de reu-
C Achlorhydrie et apepsie. Absence de sang dans le liquide gastrique
Ct Malgre^plusieiirs transfusions et l’administration du foie de veau,
aucune amelioration de l’anemie n’est obtenue. Le chiffre des reti-
culocytes ne se modifie pas. , ,
La malade est astheniee et confinee au lit. Elle ne se nourrit qu a
peine • sa cachexie va en augmentant. L’azotemie est de 0 gr. 10.
Au point de vue neuro-psychiatrique, il y a lieu de mentionner
surtout la discordance entre l’absence de signes neurologiques de
polynevrite et les tres graves troubles mentaux.
Ceux-ci realisent le syndrome de Korsakoff avec, peut-etre, un
affaiblissement intellectuel surajoute. ■ , „
Desorientation totale dans le temps et dans l’espace. Sait qu elle
est a l’hopital, mais ignore dans quel hopital. Dit etre entree a 1 ho-
pital le matin meme (alors qu’elle y est depuis environ 3 mois) Ignore
le jour, le mois et l’annee, declarant lundi janvier 1934 au lieu de
mardi mars 1936.
Dit etre nee le 1" aout 1970 et etre agee de /0 ans !
Ne peut donner aucun renseignement precis sur son curriculum
vitie, certains renseignements pouyant, peut-etre, se trouver exacts,
d’autres etant manifestement errones.
La derniere guerre a eu lieu le jour de sa naissance, en 1850 (sic).
Cependant, elle prononce le nom du general Pau et se rappelle qu il
etait inutile. , .
Les souvenirs anciens de sa vie personnel^ paraissent relativement
un peu mieux conserves que les souvenirs recents.
Elle peut citer plusieurs villes ou son mari a ete receveur de 1 en-
remstrement et meme quelques adresses des maisons oil elle a habite.
Nous n’avons pu confirmer Pexactitude de ses dires, mais ils nous ont
paru vraisemblables, ainsi que certains autres renseignements sur
son passe lointain. , •••*•:. ,
Par contre, les troubles sont considerables pour les faits plus
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
587
recents, la malade croit etre entree a l’hopital le matin meme ; elle
ignore le nom de tous les medecins qui la soignent, ainsi que celui
des infirmieres et de la surveillante.
La tabulation n’est pas extremement developpee et notamment, on
ne peut, en la suggestionnant, lui faire dire qu’elle est allee au mar-
che le matin, qu’elle a fait son menage, sa cuisine, qu’elle a rencon¬
tre telle ou telle personne. Elle ne fait que repondre d’une , facon
voiontairement vague et imprecise : « Je ne sais pas ce que j ai fait
hier. Je n’ai pas du aller au cinema, car j’y vais rarement. Je ne me
rappelle pas qui j’ai rencontre. »
En somme, elle se « refugie » davantage dans l’amnesie que dans
une fabulation compensatrice.
Cependant, il existe des symptomes de « fabulation onirique ».
« Mon fils, dit-elle, vient de mourir il y a quelques jours. Je suis
allee a son enterrement ; mais pas d’une fagon « officielle »• Il a
jete une bombe dans Paris « pour pousser la guerre en avant ». Il
a ete tue sur le coup. »
11 n’y a aacun signe de polynevrite, les reflexes tendineux et
cutanes du membre inferieur sont normaux : l’amaigrissement est
generalise, mais sans amyotrophie particuliere, sans douleurs spon-
tanees ou provoquees.
La malade serait regulierement gateuse, perdant urines et matieres
dans son lit. La marche est impossible a cause de l’etat cachectique
general. ;
En resume, chez cette malade, nous avons note : d’une part, 1 ab¬
sence de signes neurologiques precis de polynevrite ; d’autre part,
un syndrome mental caracterise par un certain degre d’affaiblisse-
ment intellectuel, avec confusion mentale surajoutee et certaine,
desorientation dans le temps et dans l’espace, troubles amnesiques
considerables, mais predominant sur les faits recents, peu de fabula¬
tion vraie (type Korsakoff), c’est-a-dire peu de fabulation « extempo-
ranee » et « de suppleance », mais des recits oniriques.
Ce syndrome mental ressemble de tres pres (malgre quelques
legeres nuances psychiatriques) au syndrome de Korsakoff. Mais
(plus exactement) nous pensons qu’il s’agit d’un etat d’affaiblisse-
ment intellectuel avec confusion mentale importante et onirisme.
Obs. IV. — Mme Ca..., 48 ans. Maladie de Bienner a forme febrile.
Sejour a St-Antoine de decembre 33 a mars 34. Asthenie, paleur extre¬
me, souffle anemique a la pointe du cceur. Pas de glossite. Anemie
hyperchrome.' G.R. = 724.000; G.B. = 3.600; Valeur glob. = 1,20.
En janvier 34, apres transfusion, G.R. = 2.036.000 ; G.B. = 2.600 ;
Valeur glob. = 1,76. Par suite, reglobulisation importante, amelio¬
ration nette par l’hepathotherapie. Hospitalisee de nouveau a St-An-
toine de fevrier 35 a mai 35 (transfusion, hepathotherapie) et d’aout
a octobre 35. Syndrome neuro-anemique. Fourmillements dans les
jambes, reflexes abolis aux membres inferieurs. Nouveau sejour du
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
12 novembre au 2 decembre 35. Memes symptomes. Hematologie satis-
faisante. Sortie sur sa demande.
Examen neuro-psychiatrique. Signes de polynevrite. Abolition des.
reflexes tendineux des membres inferieurs (conservation des reflexes
des membres superieurs), fourmillements et douleurs spontanees aux
membres inferieurs. Douleur a la pression des masses musculaires..
Leger steppage. Aucune trouble oculaire.
Au point de vue mental intelligence normale, lucidite parfaite, pas
la moindre trace de confusion, de desorientation, d’onirisme ni de
Korsakoff. Pendant un de ses sejours a St-Antoine a ete un peu
anxieuse et un peu recriminatrice. S’est plainte au Directeur de 1 hopi-
tal. Mais, renseignements pris, il s’agissait d’un petit episode reel et
en partie legitime par une plaisanterie de mauvais gout d’une infir-
miere qui avait menace une malade gateuse de la barbouiller de ses.
matieres.
Chez cette malade, il existait une serie de gros ennuis tres reels
(familiaux, pecuniaires, de sante, etc.), contre lesquels elle a reagi
normalement.
En resume, chez cette malade atteinte de maladie de Biermer typi-
que et intense (724.000 G.R.) avec polynevrite tres nette au point de
vue neurologique, il n’a ete releve aucun trouble mental important et
en particulier pas de trace de confusion ou de Korsakoff.
Les quatre malades dont nous avons donne l’observation peu-
vent se resumer de la fafon suivante :
1° Mme L..., Biermer type, amelioree par le traitement hepa-
tique, mais sans amelioration concomitante des troubles psychi-
ques (anxiete sur fonds confusionnel). A signaler la granulie
terminate alors que l’anemie Biermerienne etait tres amelioree
(ce qui tendrait a prouver la nature cryptogenetique et non
secondaire de la maladie de Biermer).
2° Mme Les..., atteinte de maladie de Biermer, sans aucun
signe neurologique, sans confusion, sans Korsakoff, mais avec
anxiete, preoccupations hypocondriaques et surtout comporte-
ment hysterique avec troubles pithiatiques de la marche.
3° Mme B... Anemie pernicieuse apres gastro-pylorectomie pour
ulcus duodenal. Aucun signe neurologique de polynevrite, mais
syndrome mental confusionnel ; onirique anxieuse realisant
presque typiquement le syndrome de Korsakoff.
4° Mme Ca..., Biermer type, anemie intense. Polynevrite neuro¬
logique sans aucun trouble mental important et notamment sans
la moindre trace de confusion, d’onirisme ou de Korsakoff (tres
legere anxiete).
Ces deux dernieres malades sont curieuses a opposer l’une a
l’autre.
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
Comme nous l’avons dit au debut, ces constatations sont assez
etranges et ne nous permettent pas de preciser le syndrome
psycho-anemique. II semble que l’element le plus constant soit
1’ anxiete. Ensuite on observe (avec ou sans polynevrite) des symp-
tomes confusionnels avec onirisme et syndrome identique a celui
de Korsakoff ou tres voisin de celui-ci.
Enfin dans un cas particulierement grave (724.000 G.R.) il n’y a
eu aucun trouble mental important (sauf peut-etre une tres legere
anxiete), et ceci malgre une polynevrite typique.
M. N. P£ron. — Au cours de l’anemie pernicieuse, particulie¬
rement compliquee de troubles neurologiques (syndromes neuro-
anemiques), les troubles mentaux ne sont pas rares : tantot il
s’agit de manifestations du type onirique avec anxiete, compara¬
bles a celles signalees par le docteur Ceillier ; tantot on note des
troubles mentaux plus caracterises a type delirant : idees de
revendication, de persecution, de prejudice ou de jalousie.
M. Crouzon. — Nous venons d’observer avec M. Mollaret un
cas de psychose greffee sur une neuro-anemie dont nous publie-
rons l’observation et l’autopsie. Je signale a ce propos 1’ouvrage
que viennent de publier MM. Roger et Olmer sur les syndromes
neurohematiques.
Remarques et statistiques surle service de psy chiatrie d’urgence
de l’hdpital St-Antoine, par MM. Ph. Pauniez et A. Ceillikr.
A la suite de l’interessante communication de MM. Laignel-
Lavastine et G. d’Heucqueville, nous desirons verser au dossier
des « Services de Psychiatrie d’Urgence des Hopitaux », nos sta¬
tistiques concernant le pavilion Dupre de l’Hopital St-Antoine,
en les accompagnant de quelques remarques.
La necessity d’un service de « Psychiatrie d’urgence » appele
a tort, quelquefois, « Service des Agites » , se faisant sentir depuis
de nombreuses annees, le professeur Claude, qui etait alors mede-
cin de l’hopital St-Antoine, a obtenu la creation d’un Pavilion
special. Le docteur Pagniez ayant succede au professeur Claude
dans son service de St-Antoine, a ete heureux de diriger ce pavil¬
ion et a fait appel a la collaboration d’un psychiatre specialiste.
Nous avons desire honorer la memoire d’un maitre commun,
en baptisant ce pavilion « Ernest Dupre ».
Ce pavilion a ete ouvert en novembre 1923 avec le chiffre tres
590 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE
faible de 6 lits. Pendant 11 ans, il a fonctionne ainsi, puis un
modeste agrandissement du pavilion a permis de porter le nom-
bre de lits de 6 a 10 (decembre 1934).
Or, malgre ce nombre si faible de places, notre modeste pavil¬
ion Dupre a regu un nombre considerable de malades et a ren u,
croyons-nous, de reels services.
Le nombre des lits de l’hopital St-Antoine est de 1.084
(med., 716 ; chir., 221 ; otorh., 34 ; ophtal., 20 ; accouch. 93).
Avec l’effectif actuel de 10 lits, cela represente une chambre
d’isolement pour 108 malades (la proportion etant, a la Pitie,
de 1 pour 85, alors que cet hopital possede un service neuro-
psychiatrique important et un service de neuro-chirurgie) . L ho¬
pital St-Antoine se trouve done assez defavorise quant au nom¬
bre de lits reserves aux cas de psychiatrie d’urgence.
Ouelques mots seulement sur l’organisation matenelle du ser¬
vice. Le pavilion Dupre ne comprend qu’un rez-de-chaussee.
Les chambres ont un cubage moyen de 30 m3. Tous les lits son
amovibles. II y a eu, au debut, deux cellules capitonnees, mais
nous en avons supprime une, car elles ne nous ont donne aucune
satisfaction, les malades agites arrivant presque toujours a decla¬
rer le capitonnage. Les vitres sent incassables et, dans certaines
chambres, protegees par un grillage. Un vasistas qui s ouvre du
dehors donne une large aeration. La porte d’entree est mume
d’un « judas » avec vitre theoriquement incassable, mais pia-
tiquement souvent brisee. Dans les nouvelles chambres, nous
avons remplace la vitre par un grillage.
Lorsque les malades sont tres agites, on les maintient soit
avec des bracelets de cuir, aux poignets et aux chevilles, soit par
la classique camisole de force. Malgre son nom rebarbatif, cette
camisole de force nous a toujours paru le meilleur moyen de
contention. Elle laisse au malade une assez grande liberte de
mouvements a l’interieur de la camisole et n’a pas les mconve-
nients des liens qui immobilisent trop et qui blessent les grands
a8Chaque fois que nous le pouvons, nous ne mettons ni entrave,
ni camisole. Dans le cas d’agitation, on enleve tout mobilier et
on laisse simplement un matelas a terre. .
Le pavilion Dupre ne possede pas de laboratoire particulier (c
qui serait excessif pour 10 lits), mais les examens sont pratiques
dans le laboratoire de medecine generate de l’un de nous.
Le personnel fixe, e’est-a-dire celui de la matinee et du debut
de l’apres-midi, est au-dessus de tout eloge. Par contre nous
deplorons que dans la soiree ou dans la nuit, le personnel soit
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
frequemment change. Cette constatation nous interdit, par
exemple,' d’entreprendre aucune cure de . desintoxication chez les
morphinomanes, car trop d’inflrxniers ou infirmieres se succe-
dent dans le service.
Etant donne que le pavilion Dupre est passe de 6 a 10 lits, en
decembre 1934, il est difficile d’etablir une moyenne depuis l’ou-
verture du pavilion jusqu’a ce jour, et on doit scinder la statis-
tique en deux :
1° de novembre 1923 a decembre 1934 (6 lits), c’est-a-dire pen¬
dant onze ans et un mois, il est passe 4.273 malades, soit une
moyenne de 385 malades par an, avec une duree de sejour
moyenne de 5 jours 1/2 ;
2° en 1935, le service comprenant 10 lits, nous avons recu
485 malades, soit 48,5 par lit, avec duree de sejour de 7 jours 1/2
environ.
Ces chiffres nous montrent done que plus le nombre de lits
est grand, non seulement augmente le nombre de malades, mais
la duree de leur sejour (ce qui est un element important d’ obser¬
vation et de traitement).
Notre pavilion est presque toujours plein (surtout depuis qu il
a 10 lits) et s’il y a une urgence, nous pouvons activer une deci¬
sion qui etait en suspens, soit en provoquant la sortie d’un ma-
lade, soit en le renvoyant dans une salle commune, soit en l’in-
ternant. Pratiquement, nous n’avons jamais ete dans l’obliga-
tion de refuser un malade urgent, soit qu’il vienne d’un des ser¬
vices de l’hopital, soit qu’il soit re?u a la consultation. Nous
n’avons jamais fait appel a des pavilions similaires d’autres
hopitaux. La reciproque, cependant, n’est pas vraie, car, a notre
grande surprise, nous avons recu des malades qui etaient
envoyes par certains hopitaux, ayant des pavilions psychiatri-
ques. Nous en avons recu, par exemple, un certain nombre
venant directement de la Pitie.
En ce qui concerne les maladies observees, nous ferons por¬
ter notre statistique uniquement sur l’annee 1935 (premiere
annee entiere pendant laquelle il y a eu 10 lits). Sur un total de
485 malades, il y a un groupe assez important represente par
72 cas qui ont ete envoyes au pavilion Dupre pour des raisons
qu’on peut appeler para-psychiatriques. Ce groupe comprend :
1- quelques malades qui ont ete diriges a tort sur le pavilion
Dupre par l’interne de garde ou le service de consultation ; 2° un
assez grand nombre de malades simplement organiques, mais
592
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
qui, par leurs gemissements, leurs plaintes, troublaient la tran¬
quillity de la salle commune ; 3° quelques malades moribonds
dont l’agonie constituait un trop penible et trop bruyant spec¬
tacle pour leurs voisins. Ceci explique la forte proportion de mor¬
tality dans le pavilion Dupre ; 4° des malades qui, pour une rai¬
son ou pour une autre, causaient de la perturbation dans un ser¬
vice de medecine generate.
Nous avons d’ailleurs ete obliges de reagir contre cette tendance
qu’avaient certains chefs de service a considerer le pavilion
Dupre comme une espece de « salle de police » et, dans certains
cas, nous n’avons pas hesite a renvoyer dans leur service d’ori-
gine, quelques malades simplement turbulents ou irascibles.
En dehors de ces 72 cas inclassables au point de vue psychia-
. trique, nous avons note 413 cas d’affections diverses relevant
legitimement du pavilion Dupre.
Alcoolisme = 188, se repartissant ainsi : ivresse simple : 33 ;
acces sub-aigu ou aigu : 137 ; acces alcoolique avec delire plus
ou moins systematise : 18.
Demence = .34 : demence precoce : 10 ; demence senile : 20 ;
demences diverses : 4.
Etat depressif = 47 : melancolie : 18 ; depression psychique
non melancolique avec tentative de suicide : 29 (1).
Etat d’excitation maniaque =11.
Etat confusionnel = 18 (15 de causes diverses ; 3 d’origine
puerperale).
Epilepsie = 49 : crises simples : 27 ; epilepsie chez les alcooli-
ques : 15 ; equivalents psychiques : 6 ; manie epileptique : 1 (2).
Deifies divers (hallucinatoire, interpretatif, paranoide avec ou
sans debilite mentale) = 15.
Troubles simples du caractere = 10.
Paralysies generales = 14.
En plus de ces cas, nous devons signaler : anorexie men¬
tale = 1 ; toxicomanie = 4 (mais ces malades ne sont generale-
ment pas acceptes a cause de la difficulty d’une surveillance effi-
cace) ; lacunaires et pseudo-bulbaires = 3 ; aphasies de Wer-
nick = 5 ; tabes = 2 ; Parkinson avec troubles psychiques = 2;
meningites = 4 ; uremie = 1 ; Basedow = 2 ; hypertendu avec
(1) Nous avons ete frappes depuis l’ouverture du pavilion par la grande
frequence des tentatives de suicide qui vont en augmentant et qui sont dues,
pour une petite part a des causes passionnelles, et pour une grande part a
des causes sociales (misere et crise economique, etc...).
(2) Notre chiffre considerable d’epileptiques s’explique peut-etre parce que
nous nous interessons specialement a cette maladie.
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
593
eclipses = 1 ; Friedreich avec debilite mentale = 1 ; tetanos = 1.
Total ±= 413.
Nous rappelons qu’en plus de ces 413 malades, il y en a eu 72
lie presentant pas d’affection mentale caracterisee. Total gene¬
ral = 485.
Les sorties ont ete les suivantes :
Hopital Henri-Rouselle : 3.
Internes a Ste-Anne : 91.
Decedes : 49 (1).
Evades : 1 (2).
Retour en salle ou sortie libre : 341.
Nous avons done interne 91 malades sur 485, soit un pour-
centage de 18,76 %, e’est-a-dire tres inferieur a ceux des autres
pavilions similaires des hopitaux ou a celui de l’hopital Henri-
Rousselle (Pitie : 25 % ; Lariboisiere : 24 % ; Salpetriere :
25 % ; Henri-Rousselle : 50 %).
Dans la presque totalite des cas, les placements ont ete
d’office, bien que nous nous efforcions d’obtenir aupres des
parents des placements volontaires. Le placement d office est
impossible a eviter dans les cas d’urgence et de danger ou lors-
que le malade n’a aucune famille s’occupant activement de
lui (3).
Merne si le malade a des parents qui s'interessent a son sort,
il est rare qu’ils comprennent les differences qui existent entre
le placement d’office et le placement vofontaire.
Bref, a notre grand regret, nos malades sont presque tou-
jours internes d’office.
Si nous gardions nos malades un mois, comme M. Crouzon,
a la Salpetriere, nous obtiendrions probablement un beaucoup
plus grand nombre de placements volontaires.
Nous tenons a signaler le fait suivant qui est curieux et qui
doit interesser d’autres services psychiatriques d’urgence. Les
ambulances de la ville de Paris refusent de transporter les alie-
nes (vraisemblablement par la crainte que ceux-ci abiment la
voiture ambulanciere) . L’exemple suivant est assez typique :
un certain 1" mai, il y a plusieurs annees, les taxis etant en
(1) Ce chiffre enorme de deces s’expliq ie par le fait que nous avons re§u
beaucoup de moribonds agites et gemisseurs.
(2) n s’agissait d’un repris de justice qui a enferme a clef une iniirmiere,
s’est deguise en femme et est sorti sans attirer l’attention du concierge.
(3) Nous avons ete a meme de constater les conditions familiales et
sociales defectueuses et irregulieres de la plupart des malades qui sont en-
tres au pavilion Dupre.
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94® annee, t. I. — Avril 1936. 38.
594
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
greve, nous avons demande une ambulance pour transporter un
aliene agite a Sainte-Anne. L’un de nous (Dr Pagniez) est alle lui-
meme au poste des ambulances de la rue de Chaligny. L’employe
de service a refuse nettement de transporter un aliene. Ce trans¬
port ne s’effectue que sur requisition du commissaire de police.
Pratiquement, nos malades internes sont transports en taxi
avec un ou deux infirmiers aux frais de l’A.P.
Des chiffres qui precedent on peut tirer quelques remarques :
1° Malgre son nombre infime de lits, le pavilion Dupre, a
rendu, croyons-nous, de reels services. Avec 6 lits il hospitalisait
annuellement 385 malades, avec sejour moyen de 5 jours 1/2.
Avec 10 lits, il en report 485, avec duree de sejour de 7 jours 1/2.
Cette duree moyenne, generalement insuffisante au point de
vue therapeutique est, au contraire, presque toujours accepta¬
ble au point de vue observation, diagnostic et triage, avec toutes
les ressources d’un grand hopital parisien.
D’une fagon generate, nous constatons que les statistiques
concernant le pavilion Dupre sont tres voisines de celles des
pavilions similaires des autres hopitaux. Notre pourcentage
d’internement est cependant nettement le plus faible.
Nous pensons que ces pavilions de psychiatric d’urgence des
hopitaux rendent de tres grands services, malgre leur petit
nombre de lits, en evitant, dans un grand nombre de cas, 1’inter-
nement et en ne procedant a cette derniere mesure qu’apres une
observation suffisante et les plus grandes garanties.
Les auteurs de cet article ne croient pas mesestimer la loi de
1838, les services d’asiles d’alienes et la valeur des medecins
d’asiles, dont l’un de nous est her d’avoir le titre, mais, contrai-
rement a ce qu’ont dit a la derniere seance, MM. Ey et Cour-
bon, nous ne croyons pas que ce soit « une erreur fondamen-
tale de lutter contre l’internement ».
Dans les hopitaux ou l’on observe tant de cas aigus, confu-
sionnels, toxiques, infectieux ou traumatiques, il est utile de
proceder a une serieuse discrimination et de ne pas interner a
la legere.
Quant a la question de savoir si l’internement est une mesure
souvent penible pour les malades et la famille nous n’hesitons
pas a repondre categoriquement par l’afflrmative. Il est possi¬
ble que la reputation facheuse des asiles soit immeritee, et nous
devons tout faire pour que l’internement ne soit pas considere,
a tort, comme une tare, tant pour le malade que pour sa famille.
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
595
Nous nous associons tres volontiers a cette genereuse « croi-
sade » proposee par MM. Ey et Courbon.
Mais, pratiquement, le fait d’avoir ete interne dans un asile
d’alienes peut avoir au point de vue social, familial, conjugal,
professionnel, juridique, etc... les plus grosses consequences.
Nous pensons que les plus farouches defenseurs de 1 interne-
ment feraient l’impossible (a moms de necessity absolue) pour
eviter une mesure d’internement a une personne de leur famille
tres chere et tres proche.
C’est avec cet etat de coeur et d’esprit que nous agissons pour
nos malades de l’hopital St-Antoine et que nous evitons cHaque
fois que nous le pouvons, l’internement. Dans le cas oil l’inter-
nement est obligatoire, s’ajoute pour nous la deception d’avoir
a proceder presque tou jours a un placement d’office.
II nous semble que le placement d’office devrait etre reserve :
1° aux alienes judiciaires apres expertise ; 2° aux alienes dan-
gereux ; 3°; aux alienes qui n’etant ni judiciaires ni dangereux
refusent de se laisser soigner.
Le placement d’office devrait etre la tres petite exception
des malades envoyes par les hopitaux.
M. Heuyer. — La communication de MM. Pagniez et Ceillier,
comme celle de MM. Laignel-Lavastine et Vigneron-d’Heucque-
ville, et celle anterieure de M. Crouzon, montrent l’interet des
services ouverts destines au traitement des maladies mentales,
et qui fonctionnent dans le cadre des hopitaux generaux. Actuel-
lement, ces services sont encore embryonnaires et destines seu-
lement aux cas d’urgence et aux delirants aigus.
J’ai ete charge, naguere, d’un -service de ce genre a l’Hopital
Tenon : il etait analogue au Service de M. Pagniez a l’Hopital
St-Antoine. J’ai constate, comme MM. Pagniez et Ceillier, que ce
service recevait a peu pres tous les types de malades mentaux,
aigus ou subaigus ; mais l’observation et le traitement des mala¬
des etaient rendus tres difficiles a cause de la mauvaise instal¬
lation des locaux. Je crois que les services de psychiatrie d’ur¬
gence des nouveaux hopitaux, en particulier de Beaujon, pre¬
sented des ameliorations et permettent de donner aux malades
les soins que comporte leur etat.
Le traitement des malades mentaux dans les services ouverts
hospitaliers est la formule de l’avenir. Elle a ete appliquee
depuis longtemps par Gilbert-Ballet a l’Hotel-Dieu, par Dupre
a Laennec, par Claude a St-Antoine ; elle est realisee a peu pres
dans la perfection a Lyon, dans le service du professeur Lepine,
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
a l’hopital Grange-Blanche. A Paris, elle est encore incomplete et
imparfaite : les services de psychiatrie d’urgence, que l’on
appelle encore services pour « agites » ou « delirants aigus »,
sont inclus dans les services de medecine generale, dont les titu-
laires ne s’interessent point tou jours aux malades mentaux.
II est desirable de creer, dans les hopitaux generaux, de grands
services libres, consacres entierement au traitement des mala¬
dies mentales, comme ont ete crees des services speciaux pour les
tuberculeux. Les malades mentaux sont des malades comme les
autres ; la plupart d’entre eux peuvent etre soignes en cure
libre ‘dans des services hospitaliers. En particulier, deux types
de malades mentaux peuvent etre traites dans les services libres
des hopitaux, ce sont les malades aigus ou subaigus et les petits
malades deprimes, obsedes, etc., qui ne relevent pas de 1’asile
et pour lesquels l’hospitalisation est actuellement tout a fait
insuffisante.
Quand j’assurais la consultation de medecine generale de l’ho-
pital Broussais, j’ai compte et j’ai fait constater a mes eleves que
1/6 des malades venaient consulter pour des troubles ou le psy-
chiatre pouvait donner un avis utile. L’experience du Service que
j ’assure depuis 15 ans a l’lnfirmerie Speciale de la Prefecture
de Police, me permet d’affirmer la necessity de creer dans les
grandes villes des services hospitaliers speciaux pour le traite¬
ment des malades mentaux, en cure libre. La mesure adminis¬
trative de l’internement est a reserver aux malades dangereux et
aux protestataires.
On ne peut nier le role capital de M. Toulouse dans la diffu¬
sion de ces notions, qui sont les principes d’avenir de l’assistance
et du traitement des malades mentaux.
Le fait que des malades traites dans des services libres, comme
celui de la Pitie, ont du etre ensuite internes, n’est pas une objec¬
tion valable contre le fonctionnement des services libres des
hopitaux ; combien d’alienes ont du etre reinternes quelques
jours apres leur sortie de l’asile ? — Si la question est discutee
un jour a la Societe Medicale des Hopitaux, il sera possible
d’apporter d’autres arguments.
En tout cas, il est inutile de retablir, dans le cadre des hopi¬
taux, des sections speciales d’asiles pour alienes avec un corps
special d’alienistes, destines a appliquer des reglements admi-
nistratifs. Les malades mentaux, aigus ou subaigus, les petits
psychopathes et meme les grands malades en observation avant
leur internement, peuvent etre soignes ou observes par des mede-
cins que specialisent leurs travaux ou leurs titres, comme sont
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
597
specialises les dermatologistes, les neurologistes, les phtisio-
logues.
Toutes les mesures, qui donneront aux malades mentaux non
dangereux et non protestataires, la conviction qu’ils sont traites
dans les memes conditions que les malades de medecine gene-
rale, permettront generalement d’exercer a temps une thera-
peutique qui, pour etre efflcace, doit etre precoce.
II parait evident que, dans un certain nombre de cas, ces
malades mentaux, traites dans un service libre hospitalier, peu-
vent etre l’objet d’un internement ; meme s’ils sont entres libre-
ment, ils doivent etre internes lorsque devient aver'e le danger
de leur traitement en liberte. Des mesures medico-administra-
tives sont prises de la meme maniere pour des malades conta-
gieux qui sont transferes dans des services speciaux et ne peu-
vent etre gardes dans les hopitaux generaux. Si la famille ne
peut ou ne veut assurer l’internement volontaire, il est legitime
que Tadministration supplee, par l’internement d’office, a la
carence familiale. Pratiquement, le resultat est le meme.
M. H. Baruk. — Les services libres qui existent actuellement
repondent a des principes souvent tres differents. Le service de
l’Hopital St-Antoine, dont vient de nous parler M. Ceillier, consti-
tue surtout un service d’aigus, un service d’ observation provisoire
de malades agites. C’est une formule, et sans vouloir opposer les
unes aux autres des organisations qui peuvent se completer, je
voudrais donner quelques details sur le petit service libre que
j’ai pu fonder a St-Maurice, et qui s’inspire de principes tout
a fait differents.
Ce service est encore fort modeste, puisqu’il ne comprend que
huit lits. II se trouve a cote de mon service ferine, ouvert sur le
pare, presentant une entree speciale sur la rue. II doit etre sur¬
tout dans mon esprit un service de traitement, et de repos. La
selection des malades doit done se faire a V entree. II est en effet
indispensable, si l’on veut obtenir de bons resultats therapeu-
tiques, de ne pas melanger les malades, et de creer une atmos¬
phere morale favorable. Je m’attache done le plus possible a
eviter l’entree dans ce service de malades mentaux graves, et
d’alienes. Ce service libre doit en effet rester rigoureusement
libre : il doit y regner une atmosphere de calme, de detente, si
importante dans le traitement de ces etats nevropathiques, de
ces petits troubles depresses, et aussi de ces multiples malaises
nerveux (cephalees, vertiges, etc...) qui sont parfois le prelude
eloigne de psychoses. La porte reste ouverte sur le pare ; les
malades peuvent se promener, converser, lire, etc...
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE
Les malades mentaux importants, qui necessitent une surveil¬
lance, sont, a mon avis, mieux traites dans le service ferme, et
a ce point de vue, je ne partage pas l’opinion exprimee par
M. Ceillier sur la loi de 1838. On oublie trop que cette loi ne
represente pas uniquement une loi de preservation sociale.^mais
que, dans son esprit, elle vise surtout a creer des etablissements
specialement organises pour le traitement des maladies men-
tales. Cette organisation speciale est necessaire, et il n’y a aucun
interet a placer des malades alienes dans des services libres, ou
les malades seraient obliges d’etre plus ou moins maintenus,
tout en etant prives des garanties importantes que leur assure
la loi de 1838, tant pour la protection de leur personne que pour
la protection de leurs biens. Ce serait une veritable regression, et
nous reviendrions ainsi aux abus qui existaient avant la loi de
1838 et contre lesquels s’est tant eleve Esquirol.
II y a en outre un grand avantage a installer le service libre
tel que je le con§ois, a cote du service ferme. Dans ma reponse
au questionnaire* du Ministre de la Sante publique, sur les ser¬
vices libres, reponse publiee dans L’ Alienist e (1), j insistais sur
la necessity dans toute organisation psychiatrique, de reunir
dans la mesure du possible trois elements : la consultation
externe, le service libre, le service ferme. C’est ce que j ai pu
maintenant realiser dans mon service de St-Maurice. La consul¬
tation externe, si interessante a tous les points de vue, permet
en partie le recrutement du service, et la selection dont je viens
de parler. Elle alimente notamment le service libre, mais celui-
ci peut recevoir aussi des malades convalescents sortant du
service ferme, ne presentant plus de troubles mentaux impor¬
tants, mais restant encore fatigues, et incapables de supporter
1’ effort de readaptation sociale. Cette triple organisation assure
non seulement une grande souplesse dans les moyens thera-
peutiques, mais elle permet de suivre les malades tout le temps
necessaire.
Bien entendu, les internements dans un tel service restent tres
rares, puisque la selection des malades est faite a 1 entree.
Tels sont les principes qui nous ont guides dans le fonction-
nement de ce service libre. II nous semble qu’il y a interet a pre-
ciser et a bien limiter les indications respectives des services
libres et des services fermes, et a assurer le jeu harmonieux de
ces diverses formations psychiatriques.
(1) La question des services ouverts et l’Evolution de la Psychiatrie medi¬
cate (Lettre au Ministre de la Sante Publique). L’Alieniste Frangais, n° 2,
fevrier 1933.
SEANCE DU 27 AVR1L 1936
J’ai pu tout specialement apprecier pendant mon internal k
la Salpetriere les immenses services rendus par le service libre
de M. Crouzon : il realise precisement les conditions de calme,
de repos necessaires au traitement de ces malades, dans le cadre
vaste et tres agreable de la Salpetriere. J’ai pu, de meme, appre¬
cier pendant et apres mon clinicat les grands avantages du ser¬
vice libre du professeur Claude, qui est conqu dans le meme
esprit, et qui est aussi extremement precieux.
M. Th. Simon. — Je me rallie entierement a l’expose ^ de
M. Baruk, qui a lumineusement mis en evidence ce que doit etre
un service libre. Je me contenterai done de repeter ce que je
disais a la precedente seance : une comparison globale des sta-
tistiques des divers services libres ne peut conduire qu’a des
conclusions erronees. A Henri-Rousselle, nous a-t-on dit encore
auj ourd’hui, il y a 50 % d’internements. Eb bien, en fait, e’est
90 % ou meme 95 % dans la section d’observation, qu’il fau-
drait dire, et moins de 10 % dans la section de traitement libre.
D’autre part, j’entends declarer par les chefs des services
libres : nous internons peu. Mais faut-il approuver cette ten¬
dance ? L’internement n’est-il pas certaines fois une mesure
preferable a une sortie prematuree ? Un alcoolique est-il gueri au
bout de quelques jours de traitement ? Il est des cas ou il faut
savoir prendre des decisions d’autorite. En fait, la question capi¬
tal est celle de la categoric des malades traites. Je suis heureux
qu’elle ait ete abordee plus categoriquement aujourd’hui, car
elle est la seule qui puisse etre instructive.
M. Ach. Delmas. — Je regrette de parler apres le Dr Simon, qui
vient de dire ce que je me proposals d’indiquer, mais je crois
qu’il n’y a pas d’inconvenient a y insister. Je suis etonne, en effet,
qu’on paraisse trop preoccupe de considerer comme un avan-
tage d’eviter l’internement, meme lorsqu’il parait utile et indis¬
pensable. C’est en particulier le cas des acces subaigus de l’al-
coolisme chronique. Lorsque ces malades sont conserves en ser¬
vice libre, comme leur guerison apparente est obtenue en une
huitaine, ils sont rendus a la liberte dans un temps trop court
pour que la recidive ait quelque chance d’etre retardee. Si au
contraire ils etaient internes, d’une part il y aurait une sanc¬
tion morale qui pourrait avoir quelque action sur le sentiment
du danger couru par le patient ; d’autre part, il pourrait etre
conserve le temps voulu pour que la cure soit vraiment complete
et la recidive eloignee au maximum. Done, ne pas interner les
alcooliques me parait une faute et je la souligne d’autant plus
SOCIETE MED1C0-PSYCH0L0GIQUE
que dans la statistique de M. Geillier, il y a eu pres de 180 alcooli-
ques, et seulement en bloc a peu pres 80 internements.
En deuxieme lieu, je ne crois pas qu’il faille aussi se montrer
particulierement hostile a l’internement d’office. Le seul desa-
vantage de ce mode de placement nous a ete signale dans la
derniere seance : c’est d’empecher les sorties d’essai. Or, c’gst la
une interpretation un peu rigoureuse de l’administration, qui
pourrait etre revisee sans atteinte a l’internement d’office. C’est
en tous cas un inconvenient minime, a cote des avantages
importants que j’indique brievement. En effet, pour un place¬
ment volontaire, il faut quelqu’un qui prenne la responsabilite
de la demande de placement. Or, tres souvent, personne ne veut
accepter cette responsabilite, tant pour ne pas encourir les repro-
ches ou les griefs de l’interne, appele a sortir un jour, que pour
ne pas etre en opposition avec d’autres membres de la famille,
plus aptes a critiquer qu’a agir. Pour l’interne, comme pour la
famille, l’intervention de 1’administration donne un caractere
officiel et indiscutable a la legitimite du placement. Il y a plus,
quand se pose la question d’une sortie prematuree, ni les tirail-
lements familiaux, ni les revendi cations de l’interne ne genent
le medecin dans le maintien justifle.
C’est pourquoi tout en approuvant les chefs des services
libres de mettre les families au courant — ce qui est indispen¬
sable — et en leur donnant le choix entre le placement volon¬
taire et celui d’office, il n’y a que des avantages a recourir au
placement d’office, s’il y a carence de la famille.
Je ne veux point terminer sans m’associer a l’opinion expri-
mee par M. Baruk sur ce que doivent etre les services ouverts ;
il a dit excellemment ce qui me parait etre la verite et la sagesse.
M. Rene Charpentier. — Je ne voudrais, ni pro'longer cette
discussion, ni rappeler un plan d’assistance psychiatrique et de
transformation des Services de 1’Asile Sainte-Anne que j’ai pro¬
pose dans un article paru en 1923 dans les Annales medico-psij-
rfiologiques (1).
Mais il est une categorie de malades ddnt on ne s’occupe
pas assez et dont le traitement ne peut etre assure, ne doit
itre assure qu’en « cure libre », dans un « service ouvert ».
Ce sont les asthendques, psychastheniques, obsedes, petits
deprimes, etc. J’ai connu un temps ou, dans les consultations
d’Hopital, on deplorait chaque fois d’etre completement de-
(1) Rene Chabpentier. — L’H6pital Magnan. Annales Midico-Psycholo -
giques, n° 3, mars 1923.
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
sarme pour resistance de ces malades. II n’etait pas pos¬
sible de songer a les interner. Leur indigence et leur etat
pathologique ne permettaient pas un traitement efficace a domi¬
cile. Et cet etat special, habituellement de longue duree, fai-
sait qu’on ne les acceptait pas ou qu’on n’acceptait pas de les
conserver dans la plupart des services hospitaliers.
Assurement, la situation a ce point de vue s’est amelioree,
mais dans une proportion encore bien insuffisante. S’il existe
des services comme celui du Dr Crouzon a la Salpetriere, ou celui
de l’Hopital Henri-Rousselle, ou des salles speciales sont reser-
vees a ces sujets, ces services sont trop peu nombreux et dis-
posent d’un nombre de lits trop restreint.
Ces malades, que leur etat rend tres a plaindre, ne peuvent
etre soignes au contact des alienes. II faut, pour eux, des condi¬
tions speciales, des services speciaux. C’est la une lacune de
l’assistance neuro-psychiatrique, et peut-etre, a mon avis, l’oeu-
vre qu’il est le plus urgent d’accomplir.
En conclusion de cette discussion, on peut seulement s’eton-
ner qu’elle puisse encore avoir lieu actuellement. L’initiative
privee, a laquelle sans doute on n’accorde pas toujours chez nous
l’attention qu’elle pourrait meriter, a realise depuis bien long-
temps tous ces modes d’assistance. Maisons de Sante « fer-
mees », Maisons de Sante « mixtes », Maisons de Sante « ouver-
tes » de types divers et adaptees a des categories differentes,
existent depuis longtemps en France, ou 1’on peut s’etonner de
ne pas trouver a la disposition des indigents, et en quantite suffl-
sante, les divers modes d’assistance et de traitement que les
memes malades trouveraient pour se soigner s’ils etaient for¬
tunes.
M. Henri Claude. - Les divergences d’opinion que j’entends
enoncer par nos divers collegues tiennent sans doute a ce qu’ils
ont observe chacun dans des milieux differents.
Ayant ete a meme d’observer dans les hopitaux et d’y voir,
aussi bien a la Salpetriere qu’a Saint-Antoine, des services libres
pour malades mentaux ; ayant actuellement, d’autre part, a
Sainte-Anne, simultanement un service libre et un service de
malades internes, je me permets de vous faire part de mon
opinion.
Dans le milieu hospitalier, je crois qu’il n’est possible de
reclamer que de petits services pour separer certains malades
atteints temporairement d’affections aigues ou d’origine toxique,
infectieuse ou traumatique. C’est ce que je m’etais efforce de
realiser a l’hopital Saint-Antoine et apres de nombreuses annees
602 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
d’effort j’etais arrive a voir edifie le service qii’a actuellement
mon collegue Pagniez, assiste du Docteur Ceillier, service qui n’a
d’ailleurs ete termine que lorsque j’ai quitte cet hopital.
Un tel petit service ne peut etre adapte qu’a des hospitalisa¬
tions temporaires, en permettant neanmoins de laisser passer
une crise d’excitation passagere, delirante ou non, et d’eviter a
de tels malades la tare inevitable d’un sejour dans un asile, qui,
ainsi que j’ai pu m’en rendre compte, bien des fois, etait une
entrave aux conditions professionnelles des sujets dans l’avenir.
II ne saurait etre question de placer dans des hopitaux de
medecine generate de veritables services pour des maladies
mentales de l’ordre des etats depresses, obsedants, tou jours si
voisins de veritables psychoses, et encore moins naturellement,
de certains etats psychopathiques qui peuvent evoluer vers les
types divers d’alienation mentale. En effet, l’organisation hospi-
taliere ne se prete pas, en raison de l’insuffisance de la surveil¬
lance ou des competences medicales, a des traitements d’etats
mentaux ou nevropathiques graves qui donnent lieu bien sou-
vent a des suicides, a des violences, a des fugues, etc.
De tels services pour accidents psychopathiques necessitant
un traitement et une surveillance active, malgre leur caractere
de benignite apparente, devraient, a mon avis, etre places a
proximite ou a l’interieur de services asilaires, mais a condition
qu’ils soient loges dans des batiments a part et ayant une porte
d’entree speciale, de nature a rassurer les malades et leurs
families et a donner confiance par un caractere reellement uni-
quement hospitalier qu’on leur assignerait.
Depuis 14 ans, j’ai l’experience de ce que donne une installa¬
tion encore tres insuffisante et relativement mal adaptee a cette
condition, puisque mon service de la Clinique des maladies men¬
tales comporte, a un etage different du service des malades alie-
nes, des chambres pour les sujets atteints d’affections mentales
benignes et ne comportant pas de risques de violences ou de dan¬
ger pour les malades ou pour 1’entourage. Dans ce service de
malades libres, on peut garder ainsi un certain temps en obser¬
vation des sujets et l’on peut leur appliquer les methodes de
traitement dont ils sont justiciables (moyens physiques ou
medieamenteux ; psychotherapie, et surtout isolement, alite-
ment, repos). II est entendu que dans un tel service tout moyen
de contrainte est supprime ; seuls la discipline, ou l’alitement
force, la separation des families constituent les mesures prescri-
tes. L’avantage de la proximite d’un tel service avec le service
d’internes, c’est que lorsque le diagnostic permet d’etre fixe, ou
SEANCE DU 27 AYR1L 1936
que, contre toute attente, le caractere dangereux de certaines
affections apparait, on peut faire passer le malade dans le service
d’alienes ou il est suivi par les medecins qui connaissent revo¬
lution de la maladie et ne se decident a l’internement qu’a bon
escient.
D ’autre part, le caractere de tels services mixtes permet de
faire passer du service ferme dans le service ouvert les malades
en etat de sortir, et de ne les rendre a la liberte qu’apres un
temps de sejour dans un service ouvert, afin d’apprecier plus
facilement et de favoriser leur capacite d’adaptation a la vie
libre.
II serait absolument necessaire que les pouvoirs publics et
1’ administration soient bien penetres de la necessity de creer de
ces services ouverts dans les conditions que j’indiquais, c’est-a-
dire en les plagant entre les mains de medecins competents et
impregnes d’un esprit assez liberal et assez judicieux pour appre-
cier les diverses opportunity d’une assistance hospitaliere aux
diverses affections nerveuses ou mentales. La discrimination
entre les differents moyens therapeutiques a mettre en oeuvre est
une obligation a laquelle il convient de se plier en dehors de tout
esprit de parti.
J’ai entendu plusieurs de nos collegues se montrer partisans
tres convaincus de la pratique de plus en plus etendue de 1’in-
ternement. Je crois que cette pratique devrait de plus en plus
tomber en desuetude, d’abord, parce qu’avec une bonne organi¬
sation des services hospitaliers, on arriverait, — sauf le cas de
reactions dangereuses ou de protestations des malades contre la
therapeutique, — a soigner en cure libre, ce que l’on fait d’ail-
leurs dans les maisons de sante privees.
D’autre part, quoi qu’on en dise, la tare de l’internement per-
siste tou jours, qu’il s’agisse de placement volontaire ou de pla¬
cement d’ office. Combien de fois ai-je entendu dire a des malades,
parfaitement revenus a un etat normal, combien ils avaient eu
a lutter pour arriver a se reclasser au point de vue social ou pro-
fessionnel, en raison du discredit reste attache a leur personne
du fait d’un internement.
Certes, le placement volontaire offre pour les families une atte¬
nuation de la rigueur de 1’internement, puisque le sejour a l’asile
peut etre ecourte ou meme supprime au gre des malades et de
leurs parents, dans les cas favorables. Mais, aux yeux du public,
il s’agit tou jours d’une prevention a l’egard de la nature de
l’affection traitee.
D’autres de nos collegues preconisent le placement d’offlce
604
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
plutot que le placement volontaire ; alors, la situation est encore
aggravee, car ce placement d’office est encore plus difficile a
obtenir que le placement volontaire, et la sortie plus aleatoire.
Nous savons tous combien, en presence d’un sujet dangereux
et que nous ne pouvons approcher, — ce qui est le cas le plus
frequent, — il nous est impossible de prevenir par un interne-
ment administratif, les dangers que nous entrevoyons. Je ne
reviendrai pas sur ce sujet archi-connu de l’impossibilite ou l’on
se trouve dans tant de cas, d’obtenir l’internement d’office. L’im-
mense avantage des services fibres, qui est apparu depuis la
creation de l’hopital Henri-Rousselle, a ete de demontrer qu’ils
constituaient le dispositif le plus convenable pour arriver, apres
un temps d’observation, a mettre a l’abri des dangers qu’ils font
courir a eux-memes et a la societe, un nombre considerable d’in-
cfividus qu’il eut ete impossible, dans le courant de la vie ordi¬
naire, de traiter par les moyens medicaux et administratifs
ordinaires.
Quant a la question de l’avantage que presente l’hospitafisa-
tion sous le regime de la loi de 1838, au point de vue de la pre¬
servation des biens des alienes, contrairement a ce qui resulte-
rait de la condition de liberte des sujets en service ouvert, je me
permets de faire remarquer que cette protection des biens des
alienes me parait singulierement insuffisante. J’ai recueilli une
serie de documents qui me permettent de formuler cette opinion.
La charge qui incombe a ceux-ci est trap etendue ; je crois meme
qu’elle est bien souvent purement benevole, de sorte qu’aucune
reglementation ne permet d’assurer une bonne administration
des biens de ces malheureux malades.
Le jour ou 1’on se decidera a modifier la loi sur les alienes, il
s’agit d’un chapitre auquel il devra etre necessaire de porter
serieuse attention. Une mesure comme celle de l’interdiction,
plus ou moins accommodee aux circonstances, pourrait etre
avantageusement envisagee.
Pour me resumer, je crois done qu’il serait necessaire de mul¬
tiplier dans les hopitaux generaux de petits services d’isolement
pour malades agites et a traiter par un sejour temporaire qui
peut varier de 8 jours a un mois, services qui, a la suite de
l’effort que beaucoup de neuro-psychiatres ont fait depuis 30 ans,
existent deja d’une facon tres satisfaisante.
En second lieu, favoriser la creation de services ouverts, beau-
coup plus ndmbreux et notablement plus grands que ceux qui
ont ete crees jusqu’a present. Ces services devraient etre annexes,
mais dans une situation independante, aux services des asiles
SEANCE DU 27 AVR1L 1936
departementaux, ayant une situation autonome et d’un acces
absolument libre. Ces services, munis de .tous les moyens thera-
peutiques permettraient l’observation, la discrimination des cas
a traiter sur place, ou, au contraire, a transferer en service ferme,
et ils s’adapteraient egalement a l’ceuvre de recuperation des
malades sortant des services fermes, dont on favoriserait la rea¬
daptation a la sortie. Des services de surveillance et d’assitance
sociale pourraient etre ad joints a ces services ouverts, ce qui
permettrait la prolongation de l’observation de ces malades dans
la vie au dehors.
M. Gouriou. — Si je comprends bien le sens des communica¬
tions des Medecins des Hopitaux psychiatres et des Assistants
des petits services libres des Hopitaux, il s’agit pour eux d obte-
nir l’agrandissement de ces services, reserves aux malades men-
taux legers, qui acceptent le traitement.
Tout d’abord, a mon avis, un trouble mental, meme leger, s’il
reclame des soins, les reclame pour une periode minima de trois
mois (et ceci en dehors de toute consideration medico-legale).
Renvoyer ces malades avant, c’est les exposer a une rechute
rapide. C’est evidemment aussi augmenter le rendement quanti-
tatif du service et ameliorer les statistiques de guerisons, telles
qu’elles nous ont ete presentees.
Quant a l’acceptation du traitement par ces malades, c’est
renoncer a avoir des anxieux, des confus, des maniaques, des
melancoliques, et bref, la plupart des psychopathes (dont la
caracteristique des troubles est generalement d’etre meconnus
d’eux), ces malades ayant une tendance naturelle a gagner les
portes ou les fenetres.
Si c’est pour leur eviter notamment l’internement d office, rien
n’est plus facile que de les placer volontairement meme apres
refus de la famille de signer cette demande de placement. Un
ami ou une personne etrangere (assistante sociale, employe admi-
nistratif) peut faire cette demande. Si la famille proteste contre
cet internement, la loi prevoit la transformation du Placement
volontaire en Placement d’office dans l’interet du malade et de
la Societe avec toutes les garanties medicales, administratives
et judiciaires. D’autre part, la personne qui a signe la sortie, et
il faut le faire connaitre aux families, n’a aueune responsabilite
pour ce qui est du maintien ou de la sortie du malade place volon¬
tairement qui peut etre reclame par n’importe quelle personne
: s’interessant a lui.
Mon ami, le Dr Heuyer, qui defend la conception du ser-
606
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
vice en Cure libre, doit se trouver gene quand il agit en temps-
que Medecin de l’lnfirmerie Speciale pres la Prefecture de Police
ou se font la majorite des internements, justifies d’ailleurs a mon
sens, avec cette reserve que la Procedure des placements d’office
pourrait, pour les raisons que j’ai dites plus haut, etre plus rare-
ment appliquee.
Notre Societe ne doit pas oublier que la Seine a, dans les Asiles,
8.000 lits occupes par les malades mentaux. II serait grave pour
elle de laisser opposer a nouveau l’interet de ces malades et l’in-
teret des petits mentaux acceptant le traitement, et de reserver
pour eeux-ci sa vigilance et son zele. Les affections mentales qui
durent 6 mois, 1 an, 2 ans et plus, sont nombreuses ; elles sont
traitables, ameliorables, guerissables autant que les etats fuga-
ces ; leur guerison doit etre poursuivie dans les memes condi¬
tions hospitalieres de traitement, de calme et de confort. L’ame-
lioration dans ce sens des Services asilaires consacres tant aux
formes aigues qu’aux formes durables, merite toute l’attention
de notre Societe et je lui demande en fin de discussion de vouloir
bien se persuader de son role vis-a-vis de tous les malades et de
ne pas laisser renaitre un malentendu opposant les aigus et les
chroniques.
M. Ceillier. — II m’est impossible de repondre a tous les argu-
mentateurs, d’autant plus que la discussion a, parfois, un peu
devie. Je tiens seulement a faire remarquer que nous n’avons
fait, M. Pagniez et moi, que verser au dossier des services de
psychiatrie des Hopitaux nos statistiques et nos observations.
L’utilite de ces pavilions ne me parait pas susceptible de la
moindre contestation. Malgre leur petit nombre de lits, ils ren-
dent de grands services, soit en ordonnant le traitement et la
mesure necessaires, soit en internant, mais avec toutes les garan-
ties necessaires.
Le petit service fibre de Baruk n’est nullement comparable
au notre. II en est meme presque l’tfppose. De meme, il y a d’im-
menses differences entre les services psychiatriques fibres de la
Salpetriere, de Henri-Rousselle et de la Clinique (Pr Claude).
Je tiens a protester, tres energiquement, contre l’opinion que
paraissent avoir certains de mes collegues que je suis un adver-
saire de l’internement et de la loi de 1838. Je suis au contraire,
personnellement, un admirateur de la loi de 1838 qui est souvent
bienfaisante pour le malade.
Ce que, peut-etre, tous n’ont pas compris, c’est la profonde
difference qui existe entre les malades du pavilion Dupre et les;
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
607
asiles d’alienes. Le nombre de delirants et de chroniques est
infime a Dupre. Nous voyons presque exclusivement des cas
aigus d’origine toxique, infectieuse et traumatique. Peut-etre,
comme le suggerait M. Delmas, les alcooliques aigus devraient-ils
etre internes, mais, dans l’etat actuel des lois, il nous est impos¬
sible d’interner un alcoolique qui, apres 24 heures de delire
subaigu, est redevenu absolument calme et lucide. Peut-etre fau-
drait-il pour ces malades une legislation speciale et des asiles
de buveurs.
Quant a la question du placement d’office, nous maintenons
entierement notre point de vue. Nous rappelons que les malades
places d’office ne peuvent sortir qu’avec Yassentiment de la Pre¬
fecture. Cet assentiment est tres souvent refuse. Or, si ce controle
administratif est legitime pour les alienes judiciaires, dange-
reux, protestataires, il nous parait inutile et vexatoire pour les
malades aigus qui viennent des hopitaux.
Productions gommeuses survenues chez deux paralytiques
generaux impaludes. Tertiarisation precoce ou tardive, par
MM. Henri Claude et FI. Coste.
Les incidents qui peuvent survenir au cours ou a la suite de la
malariatherapie chez les paralytiques generaux doivent etre bien
connus, non seulement pour permettre de les eviter ou de les
conjurer rapidement, s’ils se produisent, mais egalement d’un
point de vue theorique, car ils nous renseignent dans une certaine
mesure sur le mode d’action de la malaria.
La paralysie generate est attribute, a tort ou a raison, a une
syphilis « anallergique » : syphilis active, mais n’eveillant pas
dans l’organisme du malade les manifestations r'eactionnelles
habituelles, elle progresse a bas bruit. Aucun effort defensif ne
s’oppose a sa marche envahissante. Le processus anatomique de
la fonte. gommeuse qui aboutit a l’elimination des tissus infestes,
ne s’ observe pas. Depuis longtemps, on a constate que la para¬
lysie generale ne s’accompagne presque jamais d accidents de
syphilis tertiaire. Cette incapacity de l’organisme a reagir est sans
doute la raison de 1’impuissance des traitements chimiotherapi-
ques, en general dans la paralysie generale. On sait d’ailleurs que
les medicaments antisyphilitiques (arsenic, bismuth, mercure)
ne sont pas treponemicides in vitro ; leur pouvoir curateur n est
qu’incident ; il reclame la collaboration de l’organisme, de ses
reactions defensives.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Or, le resultat le plus net de l’impaludation (qui, a notre avis,
souvent est peu active par elle-meme) est de rendre au traitement
specifique habituel Fefficacite qui jusque-la lui manquait. Appli¬
que energiquement apres la fin des acces febriles, il est l’agent
essentiel des ameliorations remarquables enregistrees chez les
deux-tiers des paralytiques generaux impaludes.
Tout se passe done comme si, d’une syphilis sans reactions,
anallergique, la fievre et la maladie parasitaire avaient fait une
syphilis ordinaire ou F organism® a retrouve la faculte d’utiliser
contre le treponeme les medicaments habituellement actifs.
L’observation de certains accidents, heureusement rares, sur-
venus a la suite de la pyretotherapie malarique, ou d’une autre
cause, donne a cette hypothese un fondement objectif. Nous en
rapportons ici deux exemples :
M. H..., 42 ans, a contracts, 25 ans auparavant, une syphilis qui a
ete mal soignee.
Depuis un an environ sont apparus des troubles du caractere et
des desordres mentaux, realisant un debut a type depressif : anxiete,
fatigabilite, inaptitude au travail, idees de ruine, de faillite. Le carac¬
tere est modifie : humeur inegale, crises de colere, mutisme passager.
Preoccupations phobiques (crainte de contaminer sa femme et les
personnes qui l’entourent).
II a au debut conscience de ces troubles, il se dit fou. Au bout de
quelque temps surviennent des troubles moteurs passagers (paresie
d’une jambe, genant la marche pendant queiques jours, aphasie tran-
sitoire).
On pose alors, d’apres les antecedents, certains signes somatiques
et les troubles mentaux, le diagnostic de syphilis cerebrale. Le Bor-
det-Wassermann est a ce moment negatif dans le sang, mais la ponc-
tion lombaire (9-2-31) donne un liquide clair avec une albuminose
de 0,65 (au Sicard), 12,5 cellules par mm3, une reaction de Bordet-
Wassermann tres positive et la formule suivante de benjoin colloidal:
2222.000.22000000.
Un traitement intensif par les injections de cyanure de mercure et
de bismuth liposoluble est institue. Il n’empeche pas ces troubles de
progresser. Le comportement devient celui d’un paralytique general.
Le malade nous est adresse en vue d’une impaludation, a la fin de
decembre 1931.
11 presente a cette epoque tous les symptomes d’une paralysie
generate confirmee : atteinte profonde de toutes les facultes intellec-
tuelles, realisant un etat presque dementiel avec desorientation,
perte de tout jugement, propos absurdes et sans suite, euphorie,
inconscience complete de son etat, gatisme. On note l’existence d’un
signe d’Argyll, d’un tremblement typique de la langue et des levres,
avec dysarthrie caracteristique.
SEANCE DU 27 AVRII. 1936
Les reactions de Bordet-Wassermann (techniques classiques et de
Calmette-Massol) et de Hecht sont fortement positives dans le sang,
Le Jiquide cephalo-rachidien, clair, un peu hypertendu, contient
0 gr. 35 d’albumine, 1,3 lymphocytes par mm3, 0,90 de sucre. La
reaction de Bordet-Wassermann y est fortement positive. Celle du
benjoin donne la formule : 22222.2222.000000. La reaction de Pandy
est negative.
L’etat general est bon. Urines normales. Tension arterielle normale.
Azotemie : 0 gr. 31.
Impaludation le 6-1-32 : 48 heures plus tard survient une legere
lievre d’invasion. Les acces debutent le 19 janvier ; ils sont reguliers,
mais quotidiens. Le malade les supporte bien, mais tres vite on
constate l’apparition d’une gomme tendue et fluctuante a la partie
anterieure du palais et de la cloison nasale. Elle s’ulcere en quelques
jours, par une fistule buccale, d’ou sourd un pus malodorant.
Le DT Rouget, consulte alors (27-1-32), reconnait l’existence d’une
gomme specifique de la partie anterieure du septum nasal. Elle en-
traine une necrose du cartilage du septum et s’accompagne d’osteite
du maxillaire superieur (bourgeon incisif). Une fistulette aboutit un
peu a gauche de la ligne mediane, derriere les arcades dentaires. II
s’en ecoule du pus fetide, surtout quand on comprime la collection
septale. Rougeur de la pyramide nasale a hauteur des os propres.
Le D1' Rouget considere alors l’effondrement du nez comme vrai-
semblable et conseille un traitement antispecifique intensif pour limi¬
ter les degats portant sur l’architecture nasale. R envisage, des que
1’etat du malade le permettra, l’incision (nasale) de la collection sep¬
tale, de faqon a eviter autant que possible l’ecoulement constant dans
la bouche d’un liquide purulent et fetide.
Aussi interrompons-nous prematurement le traitement, apres
7 acces, et commenqons-nous un traitement soutenu : du 25 fevrier
au 2 mars, le malade recoit 12 injections de bismuth liposoluble, puis
une forte dose de sulfarsenol, on le remet ensuite au bismuth.
Le 23 avril, le Dr Rouget constate que la fistule du maxillaire supe¬
rieur ne donne plus lieu a aucun ecoulement. Un stylet penetre a
5 cm. de profondeur, traverse le massif incisif et gagne le septum
nasal. Ce dernier reste gonfle, et une fistule y est apparue. 11 n’y a
pas encore d’effondrement nasal, mais celui-ci reste vraisemblable.
L’incision nasale, qui devrait etre assez large, apparait contre-
indiquee.
Le malade, que la premiere impaludation n’avait que tres legere-
ment ameliore, et qui restait dans un etat dementiel avec gatisme,
periodes d’agitation et de violences, a ete de nouveau impalude. Cette
deuxieme inoculation, suivie d’une reprise du traitement arsenico-
bismuthique, puis d’une cure par un arsenic pentavalent, a amene
une legere remission.
Le malade a echappe a notre observation a partir du 15 mai 1933.
Ann. M£d.-psych., XV8 sehie, 94* annee, t. I. — Avril 1936. 39.
610
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE
II restait dans un etat mental mediocre. Localement, la suppuration
naso-palatine persistait.
Un deuxieme cas vient de se presenter a notre observation,
qu’il suffira de resumer tres succinctement.
Or..., coiffeur, 40 ans, se presente le 28 aout 1933 avec des signes
nets de paralysie generale. II a ete traite vers l’age de 28 ans pour
une hemiplegie syphilitique qui a ete traitee tres regulierement. Sou-
mis a notre observation en 1933, il a subi une impaludation du
9 septembre au 28 septembre de la meme annee, puis il a suivi un
traitement de plusieurs jours par la quinine et ensuite un autre trai-
tement par l’arseno-benzol et le bismuth. N’etant pas ameliore, le
malade est soumis, du 6 decembre 1933 au 12 janvier 1934, a un trai¬
tement par les ondes courtes. 11 est sorti le 6 fevrier 1934, nettement
ameliore, et put reprendre son metier de coiffeur ; depuis cette epo-
que, il est revenu regulierement dans le service continuer son trai¬
tement.
Des renseignements qui ont ete fournis par sa femme, il semble
que son comportement soit normal, peut-etre est-il un peu affaibli
intellectuellement a un interrogatoire un peu pousse, mais dans les
conditions ordinaires de la vie, rien n’est remarque d’anormal.
Il se presente a nous le 15 avril 1936, en se plaignant d’une tume¬
faction au niveau de la voute du palais ; celle-ci n’est pas doulou-
reuse, elle ne presente ni battements, ni rougeur ; elle est situee
exactement sur la ligne mediane, pres des incisives medianes et en¬
viron du volume d’une petite cerise. Son aspect est celui d’une tume¬
faction sans caractere inflammatoire ; elle est induree, legerement
renitente a la palpation, qui ne determine pas d’ailleurs de douleur.
En raison de 1’evolution lente, de l’absence de caractere inflamma¬
toire, de 1’ absence de douleur, il n’est pas possible de porter d’autre
diagnostic que celui de gomme syphilitique, probablement develop-
pee au niveau de la voute palatine et pres de l’insertion des incisives
medianes.
Le malade est mis immediatement au traitement par le Quinby.
Nous suivrons ulterieurement 1’evolution de l’affection.
Dans le premier cas, on assistait done a l’apparition subite
d’une fonte gommeuse de la cloison nasale et du bourgeon incisif,
des la malariatherapie : nous croyons meme que Faction directe
du parasite a joue un role determinant beaucoup plus que la
fievre. En revoyant l’observation, on a en effet l’impression que
la complication nasale debutait deja pendant la periode d’incu-
bation, avant le premier acces, mais elle n’ayait pas ete nette¬
ment reconnue. En tout cas, e’est la un frappant exemple de
« tertiarisation » de la syphilis anallergique, aussi suggestif par
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
6H
les deductions theoriques qu’il justifie, quant au mode d’action
de la malaria sur 1’evolution syphilitique, qu’instructif au point
de vue pratique : le risque de tertiarisation doit etre toujours
present a 1’esprit. A la moindre alerte, il faut etre pret a inter-
rompre les acces et commencer un traitement energique, quoique
celui-ci ne cicatrise pas rapidement les gommes. Si certaines d’en-
tre elles n’entrainent pas d’inconvenients serieux, d’autres, par
leurs localisations, peuvent au contraire engendrer des accidents
redoutables. On a vu de la sorte des accidents de syphilis cere¬
brate tertiaire faire suite a l’impaludation.
L’apparition d’accidents tertiaires chez les paralytiques impa¬
ludes a ete signalee par de nombreux auteurs, que l’on trouvera
dans les livres de Gerstmann et de Leroy et Medakovitch, de Gui-
raud a cette Societe, et de quelques autres auteurs, dont les
observations sont eparses dans la litterature.
M. Guiraud. — Cette communication est interessante, car les
manifestations de tertiarisme chez les paralytiques generaux
impaludes sont tres rares. On reste des annees sans en constater.
A ce propos, je rappelle que divers auteurs ont signal e des faits
d’intoxication grave produite par l’application simultanee des
ondes courtes et de 1’arsenotherapie. J’ajoute que l’epreuve de
l’intradermo-reaction pour apprecier les soi-disant etats d’aller-
gie et d’anergie, ne m’a jamais fourni que les plus contradictoi-
res resultats.
Paraplegie en flexion d’origine cerebrale chez un paralytique
general traits par les ondes courtes, par MM. Henri Claude et
FI. Coste.
Guiraud et Caron, apres une etude sur les manifestations syphi-
litiques tertiaires chez les paralytiques generaux impaludes, ont
reuni 5 observations sur 110 cas de paralytiques generaux impa¬
ludes.
II resulte de ce travail que la tertiarisation est beaucoup plus
frequente chez les sujets qui ont subi l’impaludation. Ces acci¬
dents peuvent etre tardifs ou tres precoces par rapport a l’impa-
ludation. Au moment de l’apparition des accidents du tertiarisme,
les reactions specifiques du serum sont plus ou moins accusees
suivant les malades.
Ces considerations ont un interet pathogenique, car le pronos-
tic depend de la localisation des accidents tertiaires : ils devront
612
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
done etre traites le plus rapidement possible par la medication
chimique, et conduisent a preconiser, apres l’impaludation, de
traiter les accidents syphilitiques possibles plutot par les arseni-
caux trivalents jusqu’a negativation des reactions sanguines.
L’observation que nous rapportons est un exemple de plus des
phenomenes de tertiarisation qui peuvent survenir chez des para-
lytiques generaux a la suite d’un traitement par les ondes cour-
tes. Sans revenir sur les complications syphilitiques qu’on observe
a la verity tres rarement chez les paralytiques generaux et qui
ont deja fait l’objet d’observations anterieures, nous rapporte-
rons seulement ici tres brievement le cas interessant, au point
de vue clinique comme au point de vue pathogenique, d’une de
nos malades qui, entree avec des signes indiscutables de paraly-
sie generate, et traitee par les ondes courtes, a fait subitement un
petit ictus qui a entraine une paraplegie en flexion independante
de toute lesion medullaire et qui est nettement en rapport avec
les lesions cerebrales telles que celles qui ont ete decrites dans
la these d’Alajouanine.
La dame F..., 51 ans, entre a la Clinique le 24 mars 1935, avec le
diagnostic suivant : gros affaiblissement intellectuel, dysarthrie tres
prononcee, signe d’Argyll, myosis, euphorie, approbativite. Ponction
lombaire nettement positive. Paralysie generale.
La malade est soumise a la pyretotherapie par les ondes courtes
du 9 avril au 16 mai. Dans le courant des mois suivants, on constate
une amelioration tres nette. Bien que la malade soit illettree et d’un
niveau intellectuel peu eleve, on note surtout que ses reponses sont
pertinentes, qu’elle se rend compte d’un certain degre d’inferiorite
intellectuelle et que son auto-critique est, d’une facon generale, net¬
tement normale. Les signes somatiques persistent : legere dysarthrie,
tremblement des mains et de la langue, areflexie pupillaire.
Le 5 septembre, la malade, qui est traitee par les arsenicaux et le
bismuth, paraissait tout a fait en voie d’amelioration et circulait
dans les cours, quand, vers 6 heures et demie, elle presente nette¬
ment un ictus avec obnubilation intellectuelle durable, sans perte de
connaissance mais derobement des jambes, troubles de la parole pas¬
sages, troubles de l’equilibration, reflexe plantaire indifferent,
reflexes rotuliens normaux, sans clonus.
Les jours suivants, peu a peu, on constate une faiblesse de plus en
plus grande des membres inferieurs, qui etaient encore en position
normale, des troubles sphincteriens constants, alterations psychiques
tres prononcees. La malade eprouve des douleurs surtout nocturnes
au niveau des membres inferieurs qui empechent le sommeil, et peu
a peu on voit ses membres inferieurs modifier leur position et
tendre a se flechir de telle sorte que dans le courant du mois
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
d’octobre les phenomenes apparaissent de plus en Plus nets et en
uovembre l’attitude en flexion des membres inferieurs est extre-
inement marquee, sans paralysie des membres superieurs. L’exten-
sion est impossible car elle est extremement douloureuse sans qu’il
y ait de troubles objectifs de la sensibilite marques des membres infe¬
rieurs, elle provoque une exageration de la flexion. Le signe de
Babinski, qui n’existait pas au debut, apparait maintenant nettement
des deux cotes. II existe un clonus inepuisable et une escarre sacree
qui d’ailleurs s’est modifiee peu a peu sous l’influence du traitement.
La ponction lombaire faite au debut de decembre 1935 montre une
tension de 15 dans la position horizontale ; Pandy legerement posi-
tif ; albumine 0,45 et 4 elements a la cellule de Nageotte.
Une seconde ponction lombaire a ete faite plus recemment (avril
1936), qui a montre un Queckenstedt nettement positif, albuminose
moyenne (0,55), Bordet-Wassermann positif et sans lymphocytose
(2 lymphocytes). L’etat reste stationnaire actuellement depuis plu-
sieurs mois ; il n’y a plus d’affaiblissement intellectuel tres prononce,
mais il y a des hallucinations auditives. Pas de rire ou pleurer spas-
modique.
Il s’agit done vraisemblablement d’une lesion bilaterale a evolution
progressive de la voie pyramidale, probablement en rapport avec
des alterations arterielles des noyaux gris centraux.
Delire de gynecopathie interne chez une paralytique generale
apres malarisation, par MUe Cullerre et Mme Edert.
Nous vous rapportons 1’observation d’une paralytique generale,
realisant, apres malarisation, une forme delirante un peu particu-
liere et dont l’etude nous a semble presenter quelqu’interet.
Il s’agit d’une femme entree dans notre service le 21 septembre
1931, a l’age de 43 ans et presentant alors une paralysie generale a
forme expansive, avec affaiblissement intellectuel, perte de 1’auto-
critique, idees absurdes de richesse, satisfaction, fabulation, agitation
motrice assez vive.
Les pupilles sont inegales, de contour irregulier, la reaction a la
lumiere, paresseuse a droite, est abolie a gauche. Il existe du trem-
blement des extremites, les reflexes patellaires sont vifs. L’examen
du liquide cephalo-ra-chidien montre une formule positive.
La malade est impaludee le 4 octobre ; on laisse evoluer 8 acces.
Apres 1’impaludation, deux series de Stovarsol solique (21 gr.) sont
pratiquees entre le 11 novembre 1931 et le 30 mars 1932.
Pendant toute la duree de la periode febrile, l’agitation est tres
intense avec desordre des propos et des actes, euphorie, cris, chants.
614
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
On n’a pas 1’impression cependant que cette agitation soit le fait
d'un onirisme intense. Elle s’acconupagne d’un etat general tres defi¬
cient et persiste sans amelioration pendant deux mois. Au debut de
janvier, elle s’est notablement attenuee, et bientot a fait place a un
etat de depression, la malade se montrant craintive, puerile et inca¬
pable d’aucune activite utile.
Pourtant, a la fin de janvier, elle ecrit spontanement a son mari,
•une lettre dont la forme et le contenu, contrastant avec son compor-
tement habituel, nous surprend. Elle s’y exprime d’une facon perti-
nente au sujet de sa maladie, donne des details sur l’emploi de son
temps, s’enquiert de tous les siens, demande des visites et manifeste
le desir de rentrer bientot a son foyer, tout en reconnaissant qu’elle
ne manque de rien a l’Asile.
Pendant les mois qui suivent, l'amelioration s’accentue surtout en
ce qui concerne la reprise de l’activite, mais la malade reste puerile,
triste et concentree et nous avons l’impression de n’avoir obtenu
qu’une remission assez incomplete, la malade restant une « eclopee
mentale » .
La sortie etant instamment demandee par la famille, la malade
quitte l’Asile le 14 mai 1932.
Nous restons sans nouvelle de cette paysanne vosgienne pendant
trois ans et demi, lorsque, le 21 novembre 1935, elle entre de nouveau
dans notre service.
Au milieu de manifestations anxieuses tres intenses qui pendent
un premier examen difficile, la malade nous expose un delire de pos¬
session dans lequel les phenomenes cenesthesiques tiennent une place
preponderate. Apres sa sortie, elle continua a eprouver une impres¬
sion de malaise, compatible cependant avec ses besognes menageres.
Mais bientot elle ressentit des douleurs tres intenses au niveau des
membres superieurs, de la face, de la nuque.
Dans les mains, c’etaient comme des fourmillements, des engour-
dissements, des sensations electriques. Au visage, c’etaient des bru-
lures au niveau des levres, de la langue, des sensations de durete ou
de ratatinement des tissus.
Bientot le caractere xenopathique de ces sensations s’impose a la
malade qui developpe un delire qu’avec MM. Laignel-Lavastine, Papil-
laut et Bonnard, on peut qualifier de delire de gynecopathie interne.
Elle se croit en eflfet habitee par une femme, qui s’acharne a la faire
souffrir, dirige ses moindres gestes, preside a toutes ses fonctions,
exerce sur elle des pressions, des inhibitions.
Actuellement, cette femme siege dans sa tete, elle detruit les tissus,
fait craquer les os ; le visage se ratatine et bientot il n’y aura plus
que la peau et les os.
Dans les membres, elle envoie comme des engourdissements, des
courants electriques. Cela lui endort les mains et lui a fait casser
beaucoup d’objets de vaisselle. Parfois, elle lui fait le « tourbillon s>.
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
6t5
e’est-a-dire qu’elle la fait tomber sur le sol, et tourner plusieurs fois
sur elle-meme.
Lorsqu’elle etait a bicyclette, elle l’empechait de pedaler, l’obligeant
a s’arreter par des « pressions » qui lui arrachaient les mollets. Elle
la balance, elle la secoue, elle la fait crier.
La malade, agee maintenant de 47 ans, presente de la dysmenorrhee
et nous dit que ses regies, plus frequentes, ne la font pas souffrir
comme d’habitude. Elle en conclut que le sang qu’elle perd n’est pas
le sien, mais celui de la femme qui 1’habite.
Au debut, « la femme qui est en elle » causait dans son estomac,
lui disant parfois de « belles choses » et lui indiquait le soir ce
qu’elle devait faire le lendemain. Puis cela devint penible et sa perse-
cutrice se mit a parler avec rapidite, la traitant de facon iterative
de « sotte » et de « vache », chantant parfois a « toute vitesse ».
La nuit, la malade dort fort peu, la femme lui « fait voir » beau-
coup de choses : Ce sont des homines surtout, se depla?ant en scenes
cinematographiques, parfois son mari ou ses enfants.
Ces representations visuelles sont denuees de caractere penible,
elles sont meme gaies parfois, mais ce qui est constant, c’est que
pendant qu’elles se deroulent la malade cesse de souffrir, sa perse-
cutrice relachant son action destructrice.
II n’y a pas d’hallucinations auditives, la malade n’accusant que
quelques phenomenes elementaires a caractere indifferent. La malade
est bien orientee, adaptee a l’entourage et au milieu. Si on ne la
sollicite pas, elle est le plus souvent triste, concentree, maintenant
d’une main sa nuque, meme lorsqu’elle quitte son lit.
Par moment, elle pousse des gemissements, pleure, presente la
mimique de la souffrance ainsi que des reactions vaso-motrices sous
forme de rougeurs en placard tres intenses au niveau de la face et
du cou. La malade exprime des sentiments normaux a l’egard de son
mari et de ses enfants, auxquels sa persecutrice a fait bien du mal.
Elle nous explique en effet que son mari, supportant mal le spectacle
de sa souffrance, s’est mis a boire et s’est endette. Elle lui reproche
de l’avoir amenee a 1’Asile, car, dit-elle, sa fin est prochaine et elle
aurait voulu mourir chez elle.
Une ponction lombaire faite a la seconde entree a montre une for-
mule biologique entierement negative :
Bordet-Wassermann . —
Lymphocytes . 0,8
Albumine . . 0,10
Benjoin . 00000.22100.00000
Les signes pupillaires ne se sont pas modifies. Une serie de Quinby
soluble a ete pratiquee, elle semble avoir eu pour effet une attenua¬
tion des reactions anxieuses et une amelioration du sommeil.
Nous avons profite de cette accalmie pour soumettre la malade a
616
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
l’epreuve des Tests de Binet et Simon. Les reponses obtenues per-
mettent de lui attribuer nn niveau mental de 8 ans.
L’examen de la sensibilite objective est reste negatif.
En somme, apres malarisation, chez une paralytique generate
a forme expansive, nous voyons apparaitre une phase de malaise
physique et de depression, bientot suivie d’un syndrome dou¬
loureux assez special, a l’occasion duquel parait bien s’etre deve-
loppe un delire de possession a forme de gynecopathie interne.
Les differentes formes de « paraphrenies paralytiques » sont
bien connues et nous n’y insisterons pas, toutefois nous ferons
remarquer que le delire presente par notre malade, bien qu’assez
pauvre et stereotype, est plus pur que les themes delirants habi-
tuellement decrits, oil se retrouvent, melees, des idees delirantes
de teinte diverse, et qu’accompagne surtout une discordance
emotionnelle avec frequemment euphorie residuelle.
Nous ne saurions non plus passer en revue les hypotheses ten-
dant a rendre compte de la frequence relative depuis l’emploi
general de la malarisation, de ces paraphrenies rares jadis. Disons
seulement que le role etiologique des troubles cenesthesiques si
particuliers eprouves par ces malades nous semble avoir ete
trop systematiquement neglige par certains auteurs.
Pourtant, au Congres d’Anvers, en 1928, MM. Vermeylen et
Vervaeck attiraient deja l’attention sur les formes hypocondria-
ques, plus rares que les formes paranoides et sur le role impor¬
tant qu’on peut aceorder a ces phenomenes douloureux, dans la
genese des idees delirantes.
Ils attribuent une origine organique a ces « paresthesies etran-
ges » dont se plaignent des malades, d’autre part non delirants,
et capables de reprendre une vie sociale, assez normale. Ils sont
frappes des « termes metaphoriques » dont se servent les mala¬
des pour faire comprendre « des sensations indescriptibles en
elles-memes » : « c’est comme si leur cerveau devenait deli¬
quescent, il y a une coulee froide qui leur descend de la tete
dans les reins, ils sentent que la malaria leur monte au cer¬
veau, etc... ».
M. Guiraud, tout recemment, ici-meme, dans une etude fort
interessante et documentee, decrit les syndromes sensitifs des
paralytiques malarises et insiste egalement sur la qualite parti-
culiere des douleurs, qui, sans etre franchement nevralgiques,
consistent exclusivement en fourmillements, en brulures, en sen¬
sation de vent, en impression de ratatinement, de durete. Ces
caracteres suggerent d’autant plus un rapprochement avec les
SEANCE DU 27 AVRIL 1036
617
sympathalgies que les phenomenes sensitifs s’accompagnent
habituellement de manifestations vaso-motrices.
Or, notre malade, elle aussi, s’est servie pour decrire les dou-
leurs qu’elle ressent de termes absolument identiques, et elle pre¬
sente des troubles vaso-moteurs manifestes, s’accompagnant d’un
etat d’anxiete.
Dans ces conditions, il ne nous parait pas trop hardi, malgre
le caractere absurde de l’explication qu’elle en fournit, d’admet-
tre que ee syndrome sensitif soit l’expression de desordres orga-
niques.
L’etat de malaise, d’inquietude qui l’accompagne, nous parait
eminemment propice a l’elaboration d’un theme delirant et cela,
d’autant mieux, que le caractere d’etrangete des douleurs elles-
memes est bien de nature a imposer la notion de xenopathie a
une intelligence d’autre part diminuee.
Des cas de ce genre ne sont pas exceptionnels en clinique, leur
interet nous semble etre surtout d’ordre documentaire et leur
valeur en quelque sorte schematique. Joints a d’autres faits ana¬
logues, ils constituent un materiel d’ etude oil l’on pourrait sans
doute puiser des elements de nature a eclairer certains cotes du
probleme de la genese des delires.
Nous nous garderons cependant de deductions trop hatives et
insuilisantes pour resoudre une question aussi complexe et dis-
cutee.
BIBLIOGRAPHIE
P. Guiraud et Ch. Nodet. — Les syndromes sensitifs chez les paralytiques
malarises.
Laignel-Lavastine, Papillaut et Bonnard. — Delire de gynecopathie interne
(, Societe de Psychiatrie, le 15 novembre 1928).
Masquin et Borel. — Onirisme malarique et paraphrenies paralytiques.
Enciphale, fevrier 1934.-
Vermeylen et Vervaeck. — Apparition d’un syndrome hypocondriaque chez
les paralytiques generaux malarises (Congres d’Anvers 1928).
Vermeylen et Vervaeck. — Les formes psychosiques chez les paralytiques
generaux malarises et la notion de demence paralytique. Encephale,
1930, nos 8 et S.
Jacques Vie. — L’idee delirante d’anthropopathie interne (Congres de
Bruxelles, 1935).
M. Vi£. — Ces cas sont tres interessanfs. Et j’ai moi-meme
observe de tels delires, auxquels j’avais doiine le nom d’anthro¬
popathie interne, chez des malades dont j’ai rapporte l’bistoire
au Congres de Bruxelles de l’an dernier. On les rencontre sur¬
tout chez des syphilitiques ou des paralytiques generaux. La
618 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
recherche des reactions humorales syphilitiques a ete positive
6 fois sur 8.
M. Guiraud. — Ils ne sont pas, d’apres mon experience, l’apa-
nage des syphilitiques. Sur des centaines de paralytiques gene-
raux impaludes ou non, je ne crois en avoir rencontre qu’un seul.
Reactions psychopathiques ebauchees en rapport avec des
difficultes sociales chez des desequilibres, par M. J. Vie.
MM. Laignel-Lavastine, G. d’Heucqueville et Sambron ont
presente devant la Societe, le 13 fevrier dernier, un jeune homme
de 21 ans qui, a Tissue du service militaire, se trouvant sans tra¬
vail, fit, dans un etat d’instabilite et d’inquietude, une serie de
tentatives de suicide, ne paraissant pas traduire une veritable
resolution de se tuer, et destinees d’ailleurs, de par leur tech¬
nique meme, a l’echec.
Notre attention a ete attiree, depuis que nous dirigeons la
Colonie d’Ainay-le-Chateau, sur une serie de jeunes sujets inter¬
nes pour des episodes psychopathiques frustes, aux signes seule-
ment ebauches, qui cedent vite au traitement des asiles. Ces
sujets sont plus ou moins tares, mais parfois, le desequilibre
est demeure chez eux inapparent jusqu’a ce qu’il soit revele par
des circonstances sociales difficiles, trop frequentes malheureu-
sement en ces dernieres annees.
En void six cas typiques,. ranges suivant l’importance crois-
sante du desequilibre fonder. Chez le premier d’entre eux, le
role du facteur sociologique apparait a son maximum.
Ob Si I. — Raymond V., ne en 1911, employe de commerce. Desar-
roi post-regimentaire. Trois tentatives de suicide. Orphelin. Fond
d’hyperemotivite. Gnerison complete.
Orphelin de pere et de mere a 12 ans (heredite alcoolique et tuber-
culeuse), 4 freres, intelligent, muni de son brevet elementaire, bon
comptable. 11 devance l’appel du service militaire, fait campagne au
Maroc. A son retour, a 21 ans, il ne peut retrouver de travail malgre
tous ses efforts (juillet 1932). II perd courage. Trois tentatives de
suicide en 1933 au moyen de gardenal. Toutes echouent.
Interne le 28 novembre 1933 (venant de THopital Henri-Rousselle)
pour « etat depressif chronique avec idees de suicide et tentatives
repetees..., desordre des actes, vend des objets, des habits apparte-
nant a son frere ; conscient d’un certain flechissement, activite spon-
tanee reduite, n’a de gout a rien, reconnait son incapacite a vivre au
dehors, accepte l’internement dans un asile » (Dr Courtois).
SEANCE DU 27 AVR1L 1936
619
A Ste-Anne, il s’ameliore tres vite, travaille presque d’emblee, est
envoye en Colonie Familiale par M. Truell.e le 13 janvier 1934, s’y
montre gai, travailleur, de bonne teriue.
Au point de vue morphologique : nez en selle, strabisme leger,
thorax un peu etroit. Toutes reactions humorales negatives. Tachy-
cardie, transpiration emotives tors de l’arrivee a Ainay.
II sort le 3 juin 1934, trouve bientot une place aux Messageries
Hachette : il l’occupait encore au ler janvier 1936.
Raymond represente un type de desequilibre tres leger, mis en
evidence par le chomage au retour du regiment, en l’absence
d’un encadrement familial suffisant. Sur le fond d’emotivite s est
developpee, a la suite d’echecs repetes, une inquietude diffuse,
suivie d’un sentiment d’impuissance, d’un renoncement a la lutte
pour la vie, des tentatives de suicide qui echouent. Le traitement,
isolement sociotherapique, a ramene la securite ; puis, dans le
milieu neutre du placement familial a pu renaitre 1 espoir, et la
sortie a ete suivie d’un plein sueces.
Le cas suivant se trouve complique par l’appoint toxique de
l’alcool.
Obs. II. — Auguste S., ne en 1905, chauffeur de taxi. Exces de bois¬
son faisant perdre une situation. Epilepsie alleguee. Desarroi par
suite de la arise economique. Tentative de suicide. Isolement fami¬
lial. Instability legere.
Fils naturel, en mauvais termes avec le mari de sa mere. Intelli¬
gent, mais pas de certificat d’etudes. Place a 13 ans comme employe
dans 1’ alimentation. Au retour du service militaire, devient chauffeur
de taxi, se marie, a un enfant. Separe de sa femme au bout de 4 ans
« pour des raisons d’interet », fait des exces de boisson avec des
camarades. Un soir, il laisse sa voiture dans une rue, sans lumiere.
Mene au poste, puis a la Sante, il allegue l’epilepsie, une histoire de
fugues inconscientes et il est interne a Villejuif pendant 9 mois
(1931).
A sa sortie, il ne trouve que des emplois de raccroc, il est desem-
pare ; infirmier dans un sanatorium de Berck, son pays, il a des
rhumatismes ; il travaille a la campagne, dans le Loiret, rentre a
Paris, sans travail. Il tente de se suicider avec du gardenal, est
amene a St-Antoine, s’y fait avec une lame de rasoir des incisions
de l’avant-bras.
Interne le 7 avril 1934 pour « epilepsie » en etat depressif, il ne
presente aucun symptome caracteristique, se montre calme et bon
travailleur (service de M. P. Abely). Transfere a Ainay le 8 aout
.1935, il s’y occupe bien, mais se livre a quelques exces de boisson.
Constitution physique robuste et imrmale.
620
SUCIETE MED1CO-PSYCHOLOGIQUE
L’habitude des exces de boisson constitue le point noir pour
l’avenir de ce jeune homme, par ailleurs tres peu tare, d une
intelligence assez vive, tres conscient de sa situation. Nous arri-
vons maintenant a un sujet beaucoup moins doue, que le cho-
mage a trouve completement desarme.
Obs. III. — Edouard L., ne en 1905, manoeuvre. Desarroi conse-
cutif a la crise economique, tentative de suicide. Orphelin. Debilite
mentale, instability mythomanie, appoint alcoolique.
Orphelin, sans relations avec ses freres et bouts, se trouve 5 28 ans
sans travail pendant de nombreux mois, se laisse alter. M. de Ue-
rambault, le 10 janvier 1933, signale l’aboulie, le desequilibre emo-
tionnel, mais aussi l’excentrisme, le dilettantisme, l’opportumsme
des declarations. Edouard aurait eu une crise epileptoide dans un
hopital en 1931. II fait un premier sejour a l’infirmerie du depot;
renvoye, il y est ramene des le lendemain, apres une apparence de
tentative de suicide, petites coupures par lames de rasoir sur l’avant-
bras « J’avais bu », nous dira-t-il, « dans un moment de cafard ».
On ne constatera dans les asiles que ce « desequilibre mental avec
troubles de la conduite et du caractere » (Genil-Perrin).
A Ainay, le 19 decembre 1933, Edouard se montre instable et pro-
testataire, au bout de quinze jours, quitte un premier placement, ne
se trouvant pas assez paye et entraine un camarade a en faire autant;
replace, il part trois jours apres, en pleine nuit, a St-Amand, ou
manquant d’argent pour prendre le train il se rend au Commissariat
de police. Transfere a 1’Asile de Chezal-Benoit, il en sort au bout de
quelques mois.
Edouard L., sachant lire et ecrire, mais peu intelligent, de juge-
ment borne, fait preuve d’une instability fonciere et d’une paresse
inveteree. Grand garcon bien bati, il presentait neanmoins des vari¬
ces de la jambe droite et aurait subi une meniscectomie en 1933.
Les trois autres malades de notre serie joignent a un dese¬
quilibre foncier beaucoup plus marque, l’accomplissement d’ac-
tes delictueux — deux d’entre eux ont ete internes a la suite de
non-lieux apres expertises medico-legales ; ils semblent toute-
fois ne pas appartenir a la categorie des pervers amoraux.
Obs. IV. — Edmond B„ ne en 1911, ouvrier boulanger. Desarroi du
a la crise economique : vols, epilepsie alleguee. Enfant assiste. Emo-
tivite. Mythomanie.
Pupille de l’Assistance Publique, il perd de bonne heure ses
parents nourriciers. Pas de certificat d’etudes, mais ne parait pas
debile intellectuel. Reforme pour troubles psychiques (?) : « On
disait que j’avais des crises, que je tombais par terre, je ne m’en suis-
jamais apergu. » Ouvrier boulanger en cbomage, 20 ans, il est.
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
621
condamne a 4 mois de prison pour vol ; a 21 ans, en 1933, ce sont
deux vols, l’un de 1.000 fr., l’autre d’un coupon d’etoffe a la devan-
ture d’un grand magasin, « accomplis sciemment et volontaire-
ment », dit 1’expert, M. Truelle, mais par un sujet psychiquement
malade, isole dans la vie, « atteint de desequilibre mental avec
hyperemotivite, instabilite, impulsivite. Tendances depressives ac-
tuellement predominantes, ajoute le rapport, crises nevropathiques,
de type apparemment pithiatique ». Non-lieu suivi d’internement.
A l’Asile, ne persiste que le fond mental avec troubles de la volonte,
manque d’initiative. Edmond travaille regulierement. Une demande
de sortie formulee par sa maitresse est rejetee apres enquete de la
Prefecture de Police. A Ainay (30 janvier 1935, le jeune homme,
agreable, de tenue impeccable, travaille assidument de son metier de
boulanger. II est capable de gagner sa vie. II sort, le 1" avril 1935,
plein de bonnes resolutions qu’il expose avec elegance et apparente
sincerite. Quinze jours plus tard, sans avoir jamais paru chez le
correspondant honorable qui l’avait reclame, il etait inscrit au cho-
mage a Montmartre...
Bonne constitution physique. Tremblement et erethism e cardiaque
lors des examens.
Aux circonstances sociales facheuses, s’ajoutent encore par-
fois des influences familiales nefastes. En voici un exemple
chez un jeune homme qui parait peu capable de mener une vie
normale.
Obs. V. — Andre G., ne en 1910, jardinier. Instabilite, mytho-
manie, vols, epilepsie alleguee, idees de suicide.
Fils unique dont les parents sont separes. Certiflcat d’etudes. A
l’en croire, il a ete traite a 10 ans pour une lesion pulmonaire, dans
un sanatorium ; il a ete exempte du service militaire pour faiblesse
de constitution ; depuis quelques annees il presente des « crises
bi-mensuelles » ; en 1932, il est atteint d’une meningite cerebro-
spinale, puis il tombe sous une voiture, au cours d’une crise, et on le
trepane a Bicetre. De fait, on sent au niveau d’une cicatrice du cuir
chevelu une depression de l’os parietal gauche. Ne pouvant trouver
de travail, il vagabonde, ebauche des tentatives de suicide, brise des
vitres, presente des coleres furieuses dans lesquelles il frappe et
mord.
Mais la Prefecture de Police nous signale, des 1929, deux condam-
nations a 6 mois de prison pour abus de confiance, a un mois avec
sursis pour le meme motif, et en 1932, une troisieme condamnation a
un mois de prison pour vol...
Interne le 10 avril 1934, Andre presente a la quinzaine « des trou¬
bles habituels du caractere, des equivalents confusionnels, des im¬
pulsions au suicide ; mais pendant 9 mois d’observation, on ne
constate aucune crise epileptique » (P. Abely).
622
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
A Ainay (30 Janvier 1935), le jeune homme se montre instable, pre-
tentieux, volontiers protestataire ; cette tendance est entretenue par
les revendications de sa mere, a laquelle il se plaint d’etre maltraite,
mal nourri, pour se faire envoyer de l’argent. II parait incapable de
gagner sa vie, bien qu’il se dise horticulteur specialise.
" An point de vue morphologique, on note une hemiasymetrie d’en-
semble, la moitie droite du corps se trouvant moins developpee
(bouche, membres inferieurs asymetriques, scoliose). Petits rales fins
au sommet du poumon droit.
Repris par sa mere le 30 avril 1935, Andre etait, au ler janvier
1936, hospitalise a Paris.
Nous terminons par un cas quelque peu different comme pre¬
sentation pittoresque : il s’agit d’une bouffee delirante imagina¬
tive, demeuree, elle aussi, a l’etat d’ebauche chez un jeune homme
atteint de myopathie progressive.
Obs. VI. — Olivier Ch„ ne en 1910. Vie aventureuse, escroquerie,
bouffee delirante imaginative. Heredite complete, mythomanie, myo¬
pathie progressive. ....
Pere mort d’affection hepatique, mere demente parano'ide internee
depuis 9 ans, un grand-pere maternel atteint de myopathie. Lui-
meme intelligent, employe de commerce. Syphilis acquise a 19 ans.
Apres le service militaire, debut d’une myopathie avec atrophie
diffuse, tres inegalement repartie, predominant au membre superieur
droit. Tres agreable, extremement « debrouillard », plein d’entrain,
fertile en expedients, mais instable, Olivier a une activite desordon-
nee, a fait de nombreuses places.
Inculpe d’escroquerie relative a une somme de 13.000 fr. dans des
circonstances qui decelent un acces d’ excitation avec idees^ deliran-
tes d’origine imaginative et interpretative, tendances revendicatrices.
Non-lieu et internement apres expertise de M. Truelle.
A Villejuif, P. Abely traite la syphilis, note l’etat hypomaniaque,
le theme imaginatif : le cheque touche par Olivier lui aurait ete don-
ne en recompense d’une mission delicate et dangereuse de detective
prive. Tout cela se calme rapidement.
En Colonie familiale (8 aout 1935), Olivier, tres conscient de son
etat physique et mental, s’attire la sympathie des nourriciers, rentre
en relation avec des amis qui lui procurent une situation. Il sort le
7 novembre 1935.
Nous desirerions souligner quelques points de la semiologie
de ces troubles, ainsi que le terrain individuel sur lequel ils se
sont developpes, et les circonstances sociales qui ont favorise leur
apparition.
SEANCE DU 27 AVR1L 1936
623
Remarques semiologiques. — Les reactions episodiques ont eu
lieu toutes avant l’internement, soit en ville, soil a l’hopital.
Aucune d’entre elles n’a ete observee a Vasile ; on n’y constatait
plus qu’un trouble emotionnel qui s’est attenue clans le delai
d’un a deux mois, ne laissant subsister aprfes lui que le dese-
quilibre foncier.
Les certiiicats de placement et les recits des inalades mettent
au premier plan :
1) Les tentatives de suicide. — Deux procedes ont ete employes:
le gardenal a dose de quelques comprimes ; les incisions de
l’avant-bras gauche, faites sur le trajet suppose de l’artere radiale
au moyen de lames de rasoir de surete. Parfois multiples, elles
sont toujours demeurees tres superficielles. Alors que nous etions
interne de M. Sorrel, a 1’Hopital Maritime de Berck, en 1923,
nous observions deja un cas semblable, chez un peintre dese-
quilibre, traite pour coxalgie ; ce sujet devait, au debut de 1928,
etre condamne a mort pour assassinat d’une femme beaucoup
plus agee que lui, avec laquelle il vivait.
Ces tentatives sont repetees jusqu’a ce que 1’internement soit
obtenu. Ainsi Raymond V., pour sa premiere tentative, est
amene a Henry-Rousselle, en fevrier 1933 ; de meme pour la
seconde, en septembre ; quelques jours apres sa sortie, en novem-
bre, la troisieme l’amene a Beaujon, puis a Ste-Anne. Ces sujets
ne paraissent pas avoir voulu reellement se donner la mort. « Je
n’en avais pas reellement envie », avoue Edouard L.
2) Les crises epileptiqiles ne sont qu’alleguees, les certificats
de placement ne les mentionnent que d’apres les renseignements
de temoins profanes. Souvent, d’ailleurs, ne parlent-ils que de
crises epileptoides, d’equivalents — vertiges ou fugues. Pour
Edouard B., M. Truelle indique des crises « apparemment pithia-
tiques ». Andre G. fait accepter son recit de crises comitiales bi-
mensuelles, consecutives a une pretendue meningite, mais ne
parle pas des actes delictueux anterieurs, qui l’avaient fait
condamner. Quant aux fugues, aux periodes d’amnesie, Au¬
guste S. assure que rien de tout cela n’a existe, qu’il a invente
tous ces faits pour echapper aux poursuites judiciaires. Les
affirmations actuelles du malade ne suffisent evidemment pas
pour rejeter a priori les troubles anciens, mais nous orientent
peut-etre vers une autre interpretation.
De meme, la bouffee delirante d’Olivier Ch., centree par ce
fait veritable, l’escroquerie de 13.000 fr., aux depens d’une
employeuse ; des documents presentes par le malade diminuent
singulierement la part du delire dans cet etrange roman poli-
624
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
cier : hableur et astucieux, peu scrupuleux, legerement hypo-
maniaque, le jeune homme avait eu une proie facile. Les idees
de persecution demeuraient imprecises, les tendances revendi-
catrices diffuses. Rien n’en a persiste, mais a peine sorti, Oli¬
vier se trouvait deja lance dans des aventures non moins
curieuses.
Le trouble de I’humeur et le desequilibre foncier. — A la porte
des Asiles s’est close la phase pittoresque. Ce que l’on a observe,
ce sont des troubles de l’humeur qui, sauf pour l’enthousiaste
et loquace Olivier Ch., appartiennent a la serie depressive, par-
fois avec appoint confusionnel. Edouard L. s’abandonne comple-
tement ; la mobilite de l’humeur, les tendances impulsives, les
moments d’anxiete, l’aboulie dominante dictent a M. de Cleram-
bault un pronostic sombre : decheance rapide, parasitisme pro¬
chain. « Je n’avais plus d’espoir de me relever », nous dit ce
jeune homme. Chez Raymond V., existait la conscience d’un
flechissement de l’activite, de l’incapacite a vivre au dehors,
l’impossibilite totale de se ressaisir. Le fond de cet etat est fait
d’inquietude, de lassitude, d’amertume devant la defaite eprou-
vee dans la lutte pour la vie.
Lorsque nous avons re§u ces sujets, en Colonie Familiale, il
ne nous restait plus a apprecier que leur desequilibre primitif,
basal, si l’on peut dire. Ce desequilibre etait d’ailleurs chez eux
tres inegal. Notons d’abord, que seul, Edouard (obs. Ill) releve
de la debilite mentale. Les autres ont fait preuve d’une intelli¬
gence vive (obs. I) ou tout au moins normale. Chez le premier
malade, ne subsistaient que de petits signes A’emotivite, ere-
thisme cardiaque et tremblement. Chez les cinq autres se retrouve
de fafon constante la mythomanie avec sa vanite puerile, son
besoin de soigner la presentation exterieure, de plaire, parfois des
tendances revendicatrices et un penchant a charger l’entourage
de ses echecs. Sur ce terrain, sont nees les fabulations du chauf¬
feur de taxi, qui oublie sa voiture ; les manifestations excessives,
theatrales, de dilettante (de Clerambault, de Fobs. Ill) ; le
contraste entre la tenue parfaite, la bonne conduite a Ainay, les
belles promesses de Fobs. IV, et la negation immediate de toute
l’attitude, des le lendemain de la sortie ; les aventures romanes-
ques du detective amateur et escroc (obs. VI) ; les bistoires de
crises, de meningite modifiant le caractere chez Andre (obs. V),
ses pretentions hautaines d’horticulteur specialise. Peut-on, chez
ce dernier malade, ainsi que chez les autres delinquants, parler
de perversion ? II faut faire, de meme que pour l’instabilite, la
part des circopstances sociales oil ces sujets se sont trouves.
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
625)
Les circoustances societies et la phase de desarroi. — Chez tous
ces sujets, on releve l’inexistence ou le relachement des liens
familiaux : un orphelin de pere et de mere, un orphelin de pere
avec mere internee, lui-meme separe de sa femme, un fils natu-
rel isole, un enfant assiste qui a perdu des parents nourriciers
attaches a lui. Le seul qui corresponde avec sa mere, elle-meme
revendicatrice et mythomane, n’en recoit que des directives
facheuses.
Dans ces conjonctures familiales desastreuses, nos sujets, deja
mis en etat d’inferiorite par leur desequilibre, ont ete des victi-
mes toutes designees pour les difficultes actuelles de la vie. Pour
les desequilibres frustes, qui ont pu franchir sans anicroche le
cap du service militaire, on serait tente de decrire une phase cri¬
tique post-regimentaire (obs. I) : le service militaire amene une
rupture dans la vie du jeune homme, la necessity de retrouver
une profession, parfois une crise psychologique. Pour eux, d’ail-
leurs, tout comme pour les exemptes de service, se produit une
prise de contact inevitable avec la vie reelle, le passage de l’ado-
lescence a l’etat adulte.
La crise economique, depuis 1932, a rendu cette periode par-
ticulierement angoissante, les plus tares, les premiers, devaient
y succomber. A cet age, ou toute esperance est ouverte, les echecs
repetes amenent une usure de l’effort, accident les jeunes gens a
une situation sans issue. Ils sont, suivant leurs expressions,
« tout a fait desorientes, desempares, plonges dans le desarroi » .
L’oisivete du chomage ajoute a l’inquietude faction nefaste du
desceuvrement, dont M. Courbon a bien etudie les incidences
hypocondriaques chez des sujets d’un age plus avance.
La periode de desarroi peut durer de un a deux ans, pendant
lesquels l’instabilite et l’inquietude realisent un enfoncement
progressif de l’individu. On voit apparaitre la phase des expe¬
dients, de caractere souvent delictueux ; en dernier lieu, les
reactions psychopathiques atypiques, bizarres, insolites, avant
tout pueriles, sur lesquelles nous avons insiste. Pourrait-on, en
face d’elles, songer a la simulation ? Nous ne le pensons pas.
Elies ne revelent qu’a un examen tres superflciel un caractere
utilitaire. L’hysterie, anomalie relative et conditionnelle (Dide),
reprend ici sa place, dans un nouveau chainon de revolution
humaine. Les tentatives de suicide, les crises nevropathiques ne
sont en somme que des manifestations symboliques de l’adoles-
cent qui concretise son recul devant la vie de l’adulte inaccessi¬
ble pour lui. L’Hopital — r e’est un fait curieux — n’apporte k
aucun de ces apparents « petits mentaux » la sedation necessairej
Ann. Med.-psych., XVe sehie, 94° annee, t. I. — Avril 1936. 40.
626
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
c’est qu’ils sont de grands blesses de la lutte sociale : seuls, les
murs de l’Asile font renaitre en eux le sentiment de securite, la
reprise tres prochaine de la lutte, tous nous l’ont dit, leur parait
fatalement vouee a de nouveaux echecs. Puis, dans le milieu
familial neutre des Colonies, ces sujets sentent renaitre l’espoir.
Le pronostic lointain demeure conditionne par le degre de leur
desequilibre.
M. ConET. — J’ai ete tres heureux d’entendre M. Vie, a la fin
de sa presentation, prononcer le mot, que j’attendais, d’hysterie,
a propos des faits decrits. En effet, je trouve que l’on y observe
les traits essentiels de la mentalite hysterique : utilisation de
troubles imaginaires ou tres reels, pour obtenir, plus ou moins
inconsciemment, un avantage d’interet, d’apitoiement ou de
mise en vedette. Et ceci, chez des sujets qui se sentent en etat
d’inferiorite sociale, incapables d’obtenir ce qu’ils desirent par
le travail, l’intelligence ou la volonte. On peut constater ici le
benefice de la maladie.
Cette notion se trouve confirmee par leur guerison relativement
facile en colonie agricole. Pour les malades aises, dans leur
famille ou en maison de sante, pour ceux meme qui sont traites
a l’hopital, le symptome hysterique conserve ses avantages de
mise en vedette du malade qui a un public. Dans le milieu asi-
laire, au contraire, l’hysterique percoit vite qu’il n’est pas inte-
ressant et ne fait pas grande difficulty pour renoncer a ses trou¬
bles demonstrates, surtout des que le malaise reel (episode
depressif, choc emotionnel, anxiete de la subsistance, etc.) s est
efface.
Bien entendu, dans ces cas, on ne saurait parler de guerison
de l’hysterie. Ces sujets etaient arrives a l’age adulte sans acci¬
dent anterieur. Leur avenir depend de ce que la vie leur reser-
vera comme difficultes, selon qu’elles depasseront ou non leur
limite individuelle de tolerance.
M. Th. Simon. — Je crois qu’en effet, on ne guerit pas de tels
sujets.
M. Gouriou. — Pendant le sejour de telles malades dans inon
service, je pratique a leur egard la psychotherapie par la douche
ecossaise usant tantbt de douceur, tantot de ligueur, pour les
readapter aux conditions changeantes et souvent dures de la vie.
Mi H. Baruk. — L’hopital et 1’asile agissent par le repos, mate¬
riel et par l’isolement qui est un repos moral, Et cela est efficace
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
627
parce que les hvsteriques sont des fatigues qui ont besoin de
reparer leurs forces.
M. Rene Charpentier. — L’internement de ces sujets peut
cependant presenter aussi des inconvenients — et d’abord leur
education pathologique au contact d’etats morbides qu’ils ne
connaissent pas encore.
D’autre part, dans la categorie de sujets dont vient de parler
M. Vie, certains sont seulement des desequilibres paresseux et
amoraux. L’internement risque de creer pour eux dans l’avenir
des chances d’impunite et de faciliter ainsi des actes delictueux.
II est necessaire d’y songer avant de recourir a leur internement.
Folie d’opposition chez un ancien catatonique traumatis6
cranien et tab6tique. Contribution a l’etude des attitudes
d’opposition pseudo-volontaires par dissociation psychique
et psycho-motrice. Leurs mecanismes psycbo-physiologiques.
Indications therapeutiques, par MM. H. Baruk, Cheneveau
et Alliez.
Dans des etudes precedentes sur le negativisme, l’un de
nous (1) a montre qu’a cote du negativisme plus ou mains
inconscient et automatique qui accompagne notamment certains
etats de stupeur catatonique, il existe chez l’homme un autre
negativisme, accompagne parfois d’un assez riche contenu
psychologique et en rapport avec des idees delirantes d’oppo¬
sition et il considerait. qu’il n’y avait pas la deux types differents
de maladies, mais bien une seule maladie a deux stades diffe¬
rents. Dans un premier stade, on observe un etat de stupeur,
1’esprit du malade parait a peu pres vide de contenu psycholo¬
gique et on note un negativisme quasi-automatique, ne laissant
que peu ou pas de traces dans la memoire ; dans un deuxieme
stade, des fragments de reve apparaissant dans la conscience
moins inhibee, s’organisent en un delire qui s’intrique avec le
negativisme et quelquefois le commandent. Peu a peu, lorsque
revolution est favorable, le delire s’estompe et le negativisme
disparait en meme temps que le delire.
Ces deux stades apparaissent parfois d’une facon frappante, et
(1) H. Baruk. — L’etat mental an cours de l’acces catatonique. R61e de
l’onirisme et des idees fixes post-oniriques dans le negativisme, les deli res
et les hallucinations des catatoniques. Faux aspect de simulation, Etiologie
toxique. Ann. medico-psych., mars 1934,
SOC1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
1’un de nous les a observes notamment dans la catatonie coli-
bacillaire (1) ; mais ils se retrouvent au corns des catatonies
d’etiologie les plus variees. Nous venons d’en observer un cas,
que nous rapportons ci-apres :
B. G. est un homme age aujourd’hui de 46 ans. II nous raconte lui-
merae son histoire et un controle pratique a l’aide des renseigne-
ments fournis par sa famille, et de documents certains que nous pos-
sedons, montre en meme temps que la parfaite sincerite du malade,
une remarquable conservation des souvenirs.
II est done ne le 3 janvier 1890, a Paris. Son enfance ne presente
rien qui ait retenu l’attention et specialement aucune maladie. II fait
des etudes secondaires, mais ne passe pas son baccalaureat. Vers
18 ans, il sejourne un an en Angleterre puis revient en France et
travaille comme metreur verificateur.
« J’avais, dit-il, une existence reguliere, mais vers Page de 18 ans,
« a la suite d’un chagrin intime, j’ai contracte une certaine tristesse.
« J’ai ressenti un grand decouragement et je me suis engage pour
« 3 ans au T chasseurs a cheval, 1909-1912. En 1911, j’ai re?u un coup
« de pied de cheval sur la tete, j’ai perdu connaissance pendant
« 5 minutes et suis reste 8 jours a 1’Infirmerie.
« J’avais de belles idees, j’ai vu que celui qui veut arriver doit tra-
« vailler. Aussi, leve des quatre heures du matin, je ne me couchais
« qu’a onze heures du soir et j’allais au cours le dimanche. A tel
« point que mon pere trouvant que je travaillais trop m’engagea a sor-
« tir tous les samedis soirs. Je le fis et m’en trouvais bien. »
Au retour du regiment, il reprend done son metier de metreur verifi¬
cateur et semble avoir ete apprecie par ses patrons, mais etant « tres
susceptible », il ne tolere aucune remarque desobligeante et il change
souvent d’employeur. Il reste toujours triste.
« J’aimais beaucoup la solitude ou je travaillais beaucoup et je me
« passionnais pour mon metier ; quand je travaillais je n’avais plus
« de tristesse. Aussi j’aimais ma solitude, mon travail et ma religion. »
« J’etais bien portant, si on entend par la : faire son travail,
« manger, dormir et se comporter comme tout le monde. »
Il se marie a 24 ans, en 1914 ; « mais, dit-il, ma femme etait tres
« autoritaire. Nous avions de frequentes discussions et nous etions
« en disaccord » . B. G. insiste d’ailleurs sur son autoritarisme et sa
susceptibility « J’avais beaucoup de volonte. Depuis que j’etais nour-
« risson j’etais tetu et on a du m’envoyer en nourrice. Avec les miens
<i< plus tard, j’etais docile, mais des que j’etais sorti de chez moi, je
« retrouvais ma volonte de fer. »
« Au regiment j’avais ete habille de facon epouvantable. Je 1’ai
(1) H. Baruk. — Stupeur catatonique par pyelonephrite colibacillaire.
Ann. medico-psychol., n° 5, mai 1934.
SEANCE DU 27 AVRIL 1936
629
« ecrit a mon pere qui m’a fait faire un uniforme en drap de sous-
« ofiicier. J’ai obtenu l’autorisation de le porter et je l’ai toujours
« conserve. » (Le fait est exact et B. G. a, dans son paquetage de l’asi-
le, la tenue en question).
La mobilisation vint separer un menage qui ne demandait qu’a se
desunir. Sa femme partit chez ses parents et lui a la guerre. Le divorce
sera prononce aux torts reciproques en 1921.
« J’ai fait mon service, mais toujours en proie a la tristesse. Je
« trouvais toujours des endroits pour m’isoler. J’ai cherche les cau-
« ses de ma tristesse et j’ai voulu me rendre gai. J’ai bien regarde
« mon etat mental et mon etat physique, je n’ai trouve aucune cause
« a cette tristesse. Je me decidai done a etre gai et j’ai ete gai, mais
« j’ai ete en butte a quelques sourires et j’ai ete repris par ma tris-
« tesse. »
II etait a ce moment dans le train des equipages et il fait une de-
mande pour passer dans l’infanterie. Mais son frere ayant ete tue a
la guerre et son pere le priant instamment de rester dans le train des
equipages, il obeit et retire sa demande. II avoue a cette epoque avoir
contracts une maladie qu’il appelle blennorragie.
En 1916, il est hospitalise a Amiens pour « depression psychique ».
Il part en convalescence et au cours d’une visite medicale pour obte-
nir une prolongation de conge il est hospitalise au Val-de-Grace ou il
entre le 9 decembre 1916.
Depuis cette date il est reste toujours en traitement a l’hopital ou
a l’asile.
Si nous faisons le bilan des signes notes jusqu’a cette epoque, nous
trouvons :
a) Au point de vue somatique :
Rien jusqu’a 21 ans.
A 21 ans, traumatisme cranien avec perte de connaissance de cinq
minutes et qui aurait laisse subsister encore en 1915 « une espece de
depot sanguin au sommet de la tete ».
A 26 ans, une maladie venerienne mal determinee.
b) Au point de vue mental :
Une intelligence normale avec une memoire excellente, des' associa¬
tions d’idees justes, une imagination sans doute un peu vagabonde et
un jugement peut-etre un peu trop rigoriste, une sensibilite exageree
avec tendance a l’isolement, susceptibilite vive et tristesse immo-
tivee.
Une volonte que le malade qualifie « de fer » mais qui parait plu-
tot avoir deja pris la forme de l’entetement.
Une activite cyclique : periodes d’excitation et periodes de repos
avec repli sur soi-meme, auto-examen et vis-a-vis des autres : vanite
et mefiance.
Dans les antecedents familiaux nous relevons : un pere, probable-
ment excite constitutionnel ; « quand il dormait cinq heureis par
630 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
nuit, c’etait tout », une mere soignee en 1906 par Dejerine, un frere
tue a la guerre, mais qui etait un desequilibre, une soeur morte de
meningite a 27 mois, et une autre soeur encore actuellement vivante
et normale.
Grace a l’obligeance de M. le Professeur Fribourg-Blanc, nous avons
pu prendre connaissance de l’observation de B. G. lors de son sejour
au Val-de-Grace en 1916.
M. le Docteur Briand qui l’examine a ce moment note : depression
melancolique, idees d’indignite, douleur morale, besoin d’isolement,
delire d’attente. Pas de preoccupations hypocondriaques, ni d’idees
d’incurabilite. Idees secondaires de persecution. Depression consti-
tutionnelle. Cyclothymie. Deux acces anterieurs de depression sem-
blable. Appoint ethylique. Heredite chargee.
B. G. est evacue a Maison-Blanche pour « eviter si possible l’in-
ternement ». La, il devient agite et ses idees de persecution s’accen-
tuent : « Tout l’asile semblait contre moi. Je me suis mis en colere et
j’ai casse quatre carreaux. »
Huit jours apres il est interne a Ville-Evrard, ou il restera jusqu’en
juillet 1922, c’est-a-dire 5 ans et 6 mois. Il presente alors des periodes
de grande agitation alternant avec des periodes d’accalmie. Il en
conserve le souvenir et cberche meme a les expliquer : « A
Ville-Evrard on a continue a me tourmenter pendant 18 mois. On
n’etait pas gentil, l’atmosphere n’etait pas sympathique. Un Mede-
cin-Major du Ministere est venu me voir ; il a parle au Medecin-Chef
et M. Rogues de Fursac qui etait sec au debut est devenu plus aimable.
Je me suis mis a dessiner et M. Rogues de Fursac me felicitait de mes
dessins. Mais un jour il est parti et son successeur s’est mis a me tour¬
menter. Il me menafait de me faire des tourments si je mangeais.
Alors je n’ai plus mange. »
Effectivement, pendant un an, il dut etre nourri a la sonde. Il est
transfere a St-Maurice en 1922. Le Dr Rodiet mentionne : « Idees de
persecution et de culpabilite avec hallucinations multiples, echo de la
pensee, hallucinations psychiques, anxiete et agitation episodique. »
Au certiflcat de quinzaine, le Dr Mignot note : « Stupeur avec mu-
tisme, negativisme, impulsions, refus des aliments. »
Au meme moment, il declare a sa soeur « qu’on lui prend ses pen-
sees, qu’on lui abime le cerveau, qu’il faut qu’il ne mange pas parce
que cela lui ferait du mal s’il mangeait et que cela attirerait du mal
sur sa soeur et sur sa mere. Je suis abruti de ce qu’on me fait souf-
frir ». Il etait las et ecoutait sa soeur sans interroger.
En janvier 1923, il devient agressif et se plaint des mauvais traite-
ments qu’on lui ferait subir. Il accuse son medecin de lui avoir fait
des menaces sur sa nourriture : « Il m’a fait la sonde sous mena-
nace ! » Il ecrit au President de la Republique une lettre ou il expose
ses griefs apres les avoir longuement etablis dans de nombreux
essais.
SEANCE DU 27 AVRIL 7936
631
En mars 1923, nouvelle periode de mutisme et de refus d’aliments
necessitant la reprise de la sonde.
Le 8 avril 1923, au moment ou on allait lui passer la sonde, il se
leve et dit d’un ton irrite : « Je vais voir le Medecin-Chef » et il se
plaint d’etre place a cote de malades bruyants alors qu’on ne lui dit
jamais un mot : « C’est par malveillance qu’on me fait cela. » Il
exige qu’on le change de cellule. « J’ai le droit de ne pas etre
ennuye ». Apres cet eclair >d’ agitation revendicatrice, il se recouche
tranquillement, se laisse passer la sonde sans protester et retombe dans
son mutisme, ne repondant plus jamais aux questions qu’on lui pose.
De tout ceci B. G. se souvient tres bien « a ce point, nous dit-il
maintenant, que je ferai un proces a l’asile, ou vous serez engage.
C’est le medecin qui a commence qui aura la plus grosse part, mais
je vous le dis tout de suite, car je veux etre loyal avec vous et le
proces se terminera par un jugement. »
Depuis 1923, ce meme etat de mutisme, de refus d’aliments et de
negativisme persiste. Le malade ne mange spontanement que de loin
en loin. Il est contracts, raidi, souvent dans une attitude en flexion.
En fevrier 1932, nouvelle sortie brusque de l’etat de mutisme. Il
fait a 1’un de nous une declaration qui a ete rapportee dans une
etude precedente (1) et dont nous retenons seulement ces phrases :
« Si je mangeais cela ferait du tort aux miens. Je prefere mourir.
aller dans la tombe, plutot que de prendre un morce'au de pain. Il y
a des choses qu’un honnete homme ne fait pas. Mon honnetete m’em-
peche de manger. G’est une question de conscience. Je ne mange pas
parce que je suis ici et que je ne travaille pas. Si je travaillais, je
mangerais normalement. »
Notons en passant qu’il donne la une explication tout a fait nou¬
velle de son refus d’aliments.
Pour expliquer sa « neurasthenic », il parle de pensees, « qui
etaient tout a fait involontaires » et declare « apres cela » (cela,
c’est son service militaire) « c’est une autre folie. C’est une pensee
qui me dit qu’il ne faut pas manger ». « Ma conscience me dit de
ne pas manger, c’est volontaire, mais les pensees que j’ai ici sont
involontaires, j’entends faire mon devoir d’une fagon parfaite ».
Le 11 octobre 1932, B. G. sort spontanement du mutisme dans
lequel il etait retombe. Il donne une nouvelle explication de son
refus d’aliments. On l’aurait menace de choses terribles s’il mangeait
et il avait obei « pour qu’on ne puisse pas lui dire de choses vilai-
nes » ; mais le sacrifice a assez dure. Il va manger, puis brusquement
il annonce qu’il ne dira plus rien, et effectivement retombe dans son
mutisme et le refus d’aliments.
En juillet 1933, le mutisme est complet. Le malade ne repond
meme plus par des signes de tete, mais presente de petits mouve-
(1) H. Baruk. — Loco citato.
632
SOCIETE MEDICOrPSYCHOLOGIQUE
ments incessants des muscles du front : contractions alternativement
a droite et a gauche du frontal, d’une fagon dissociee, impossible a
realiser a l’etat normal. On essaie de lui mettre un porteplume a la
main, il met sa main en hyperextension, puis aussitot qu’elle est libre
la ramtoe sous ses draps.
Depuis quelques mois l’etat mental de B. G. s’est beaucoup ame-
liore. B. G. reste toujours alite, nous verrrons pourquoi plus loin. II
est toujours tres susceptible, mais il semble avoir repris coniiance
en son medecin ; il repond correctement aux questions qu’on lui
pose et execute aimablement les mouvements qu’on lui demande.
Seul persiste, non pas le refus d’aliments, mais le refus d’une alimen¬
tation normale.
« Je reviens absolument avec mes pensees ordinaires », nous
declare-t-il en octobre 1935, « mes peurs se dissipent. La crainte
morale imaginaire qui me tourmentait a disparu. C’etait une crainte
religieuse. Je suis tres religieux. J’avais la crainte d’offenser Dieu.
Je me rends compte que c’etait un scrupule qui n’existait pas et qui
n a jamais existe. Il me semblait que mes pensees n’etaient pas d’ac-
cord avec ma conscience. Ces pensees etaient le resultat d’une ane-
mie cerebrale. Je ne mangeais pas assez. Chateaubriand lorsqu’il
etait en Angleterre ne mangeait pas assez, avait comme ga, le matin,
des idees anormales. La faim am, toe un peu des hallucinations.
C etait une sorte d’obsession. Cette annee il y a un progres enorme.
Certainement que d’ici un temps tres court, ca ira tout a fait bien.
J’ai une memoire extraordinaire de tout ce qui s’est passe. Je me
souviens de toutes les reflexions que j’entendais. »
— Etait-ce votre pensee a vous ?
— Pas precisement. J’aurais ete autre part qu’ici, je n’aurais pas
eu ces pensees parce qu’elles sont contraires a mon esprit. Je passe
mes journees a penser. Je fais des reves. J’imagine que je reussirai
Je me contente de ce que j’ai. Je vis dans mes reves la vie que je
desirerais vivre en realite.
— Comment vous trouvez-vous ici ?
— J’aimerais mieux etre ailleurs. Le temps me semble long. Ma
famille serait heureuse que je sois pres d’elle.
Pourquoi continuez-vous a ne pas vous nourrir normalement ?
a SOn Secret- Aide'toi> le ciel t’aidera. On m’a passe
1U.UU0 tors la sonde, maintenant je marche vers les 20.000 ! J’atten-
drai d’etre revenu cbez moi. Comme je reviens a mon etat anterieur
avec les sondes, je ne vois pas pourquoi changer 1
— Vous menace-t-on encore ?
— Tant que je serai ici, je ne serai jamais tranquille. Je ne me
croirai en securite que quand je serai chez moi. C’est un souvenir
malheureux mais que je garderai. Ilya des choses qui ne passeront
pas du cote de mon ooeur. Ma decision est prise : sondes, tant que je
serai ici, parce que M. D. m’a menace. Je suis un peu entete • on m’a
SEANCE DU 27 AVR1L 1936
menace des sondes, je les garderai jusqu’au bout. II y a trop long-
lemps que 9a dure pour que 9a cesse.
— Mais si on vous mena9ait de ne plus vous donner la sonde, que
feriez-vous ?
— Je n’en sais rien ! Je sais qu’au regiment je suis reste longtemps
sans rien prendre. »
L’interet presente par ce malade est encore accru par la coexisten¬
ce d’un syndrome neurologique.
Depuis 1929, le malade etait alite. II a eu quelques cephalees sur-
tout localisees a gauche et un peu a droite, aux tempes ; il n’a jamais
eu de douleurs gastriques, mais declare au contraire avoir toujours
eu un estomac d’autruche, et on assista a revolution progressive
d’un tabes.
En 1932, les reflexes rotuliens etaient completement abolis.
Actuellement l’etat physique est le suivant :
Station debout est possible mais marche difficile. Lancement des
pieds en avant, talonnage — marche tabetique — acrocyanose or-
thostatique — signe de Romberg positif.
Face : Contractions du frontal et de l’orbiculaire des Jevres. Immo-
bilite du regard. Pas de paralysie faciale. Mouvements des yeux
normaux. Reflexes photomoteur et accommodateur normaux. Conver¬
gence bonne. Voix monotone. Aucun trouble notable du cote de
l’odorat, du gout et de la vue, sauf que le malade declare avoir vu a
certains moments les objets colores en rose. Jamais de diplopie.
Membres inferieurs : Execution normale des ordres, force segmen-
taire excellente, mais impossibility de tenir les jambes soulevees au-
dessus du plan du lit. Hypotonie considerable : le talon est facile-
ment porte au contact de la fesse et le genou a celui du menton.
Ballottement des pieds. Dysmetrie dans le mouvement du talon au
genou. Tendance a l’equinisme. Reflexes tendineux achilleens et
rotuliens abolis. Reflexe cutane plantaire aboli. Legere douleur a la
pression forte des masses musculaires du mollet et a celle du tendon
d’Achille.
Confusion de la piqure et du toucher surtout marquee aux jambes
et aux pieds. La piqure est mieux per9ue que le contact.
Perte de la sensibilite fine au frolement dans les 2/3 inferieurs des
deux jambes (anesthesie en bottes).
Perte de la notion de position du gros orteil dans les mouvements
passivement provoques.
Sensibilite a la chaleur conservee.
Membres superieurs : Force segmentaire assez bonne. Reflexe tri-
cipital et bicipital moderes.
Ni atrophie musculaire, ni hypotonie, ni dysmetrie, ni adiadococy-
nesie.
Tronc : Dermographisme. Reflexes cutanes abdominaux normaux.
Reflexes cremasteriens nuls. Sensibilite normale a la pression des
testicules.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Exctmen des divers appareils :
Digestif : normal. Foie normal a la percussion et a la palpation.
Selles regulieres.
Rate non percutable.
Goeur : souffle a la fin du 1" bruit.
P. : 88.
Tension au Vaquez : 6-11.
Poumons : respiration courte et superficielle sans signe stetha-
coustique.
Appareil urinaire normal : mictions normales.
Examens speciaux :
Sang : Bordet-Wassermann negatif le 20 septembre 1927.
Liquide cephalo-rachidien : albumine : 0,70; globulines: Pandy 6;
Weicbbrodt 0 ; leucocytes : 0,2 ; Meinicke : negatif ; Bordet-Wasser¬
mann : negatif (10 juillet 1933).
En somme, il s’agit d’un malade a heredite nevropathique
chargee, avec tendance a l’isolement, a l’introspection, a la tris-
tesse et aux sentiments affectifs profonds, ayant eu au cours de
son service militaire un traumatisme cranien assez leger, une
affection venerienne mal definie, et qui a la suite des fatigues de
la guerre a presente depuis 1’age de 25 ans un etat morbide
caracterise par :
1° Au debut, un syndrome depressif marque, traite en forma¬
tion hospitaliere, mais qui ulterieurement fut accompagne de
quelques reactions violentes, necessitant l’internement, au cours
duquel se developpa un syndrome catatonique ayant dure de lon¬
gues annees.
Un delire d’opposition avec refus d’aliments, qui subsiste
encore 18 ans apres le debut de la maladie.
Des longues periodes de mutisme px-esque absolu.
2° Un syndrome neurologique de la serie tabetique.
Tous ces troubles ont evolue vers une amelioration ; notam-
ment le syndrome catatonique et le mutisme ont disparu, le
malade ayant recouvre une grande partie de son intelligence ;
enfin, les sentiments affectifs sont conserves avec persistance
d’un trouble de la volonte, oriente seulement vers le refus du
mode normal d’alimentation.
L’evolution de ce syndrome est interessante a plus d’un titre.
Le malade, pendant plus de quinze ans, a ete considere comme
un dement precoce : debut a allure schizophrenique, periodes
depressives avec tendance a l’isolement, a 1’auto-observation,
doute, tristesse, coupure progressive chez un sujet a fond consti-
tutionnel pseudo-paranoiaque : orgueilleux, rigide psychique-
SEANCE DU 27 AVR1L 1936 635
ment, opiniatre, avec des jugements paralogiques ; apres un
traumatisme cranien, apres les emotions et fatigues de la guerre,
declanchement d’une periode depressive plus marquee, avec
crises d’agitation, puis etat de stupeur catatonique avec mutisme,
refus d’aliments, idees de persecution.
Et a ces symp tomes s’ajoutait une heredite assez chargee :
pere excite constitutionnel, mere traitee par Dejerine, frere dese-
quilibre, une jeune sceur morte de meningite.
11 n’en fallait pas davantage pour faire poser un diagnostic
de demence precoce, et ce fut la conclusion des medecins tres
distingues qui virent alors le malade.
C’est seulement devolution qui, en faisant apparaitre des
periodes de calme, des remissions et meme une amelioration pro¬
gressive tres nette, a permis de sonder l’etat mental de notre
sujet et de rechercher les causes de ces troubles, tant psychiques
que somatiques. Or, ces troubles apparaissent surtout comme
lies a une perturbation de la volonte.
En quoi consiste cette perturbation de la volonte ?
On pourrait croire au premier abord qu’il s’agit simplement
d’une attitude systematique d’opposition prise par le malade,
d’un simple trouble de caractere, en Tin mot d’une sorte de mau-
vaise volonte a l’egard de son entourage. On pourrait, en faveur
de cette maniere de voir, rappeler que le malade a toujours pre¬
sente, meme tout jeune, une tendance a l’entetement, a la resis¬
tance, qu’il avait, suivant sa propre expression, une « volonte
de fer ». En rapprochant ces divers elements, il semblerait ten-
tant de considerer le syndrome actuel comme la simple exage-
ration des tendances constitutionnelles.
Malgre sa logique apparente, une telle interpretation ne nous
parait pas exacte, elle ne cadre ni avec l’etude psychologique un
peu plus approfondie du malade, ni avec les donnees de l’exa-
men neurologique.
Au point de vue psychologique, l’aspect volontaire des trou¬
bles n’est qu’une apparence. Cette opposition du malade, ce
negativisme qu’il a presente autrefois, ce refus d’aliments encore
persistant n’est pas l’effet d’une decision consciente et libre-
ment concertes ; mais il s’agit la d’une attitude imposee au
malade malgre lui. 11 se sent oblige, comme par un comman-
dement, ou comme par une obligation morale, de refuser de
s’alimenter et de se faire passer des sondes. Le malade doit
lutter pour suivre cette obligation ; parfois meme pousse par la
faim, il se laisse aller a manger, mais bientot le remords survient,
et de nouveau il doit s’imposer de « suivre son devoir », c’est-
a-dire de refuser de nouveau la nourriture.
636 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
II s’agit done la non d’une manifestation volontaire vraie
representant la synthese de la personnalite, mais d’une pseudo-
volonte morbide, traduisant une veritable dissociation psychi-
que, ou plus exactement une sorte de dedoublement de la person¬
nalite. Le malade a d’ailleurs relativement conscience de la
nature de ces troubles : il lui semble, dit-il ; que ses pensees
ne sont pas d’accord avec sa conscience, et cette phrase qu’il
nous a dite est vraiment caracteristique : « Ma conscience me
dit de ne pas manger, e’est volontaire, mais les pensees que j’ai
ici sont involontaires, j’entends faire mon devoir d’une facon
parfaite ».
On saisit ici, sur le vif, les reactions reciproques des deux
parties de la personnalite, d’une part ce qui reste de conscience
normale, d’autre part la poussee d’elements involontaires, plus
ou moins incoercibles. II n’y a done pas d’exageration de la
volonte dans un sens determine, mais au contraire affaiblisse-
ment des fonctions volontaires vraies, avec dislocation de 1’unite
psychique, de la synthese. L’entetement et l’opposition sont un
signe ici de faiblesse et de dissociation psychique.
Cette dissociation apparait d’ailleurs non seulement dans le
comportement psychique, mais encore dans l’etat musculaire,
L’attitude du visage et de la mimique de ce malade est, a ce
point de vue, du plus haut inter et. Au repos, son visage est
souvent immobile, peu vivant, peu expressif. Lorsqu’on lui
parle, et qu’il s’anime pour repondre, on est frappe d’une veri¬
table asynergie des muscles frontaux d’un cote a l’autre, qui se
contractent separement. II y a la une veritable dissociation
motrice qu’il est impossible de realiser volontairement, et qui
traduit un manque d’unite et de coordination dans 1’influx
moteur volontaire. nous avons observe a plusieurs reprises ce
signe de la mimique dans les etats schizophreniques.
Tous ces troubles ne s’expliquent pas seulement par un fac-
teur constitutionnel. Certes, le malade a des antecedents assez
charges. II presentait peut-etre, comme le montre son carac-
tere anterieur, une certaine difficulty d’adaptation, une cer-
taine fragility des fonctions volontaires, qui explique non seu¬
lement son entetement habituel, mais aussi la sorte de tutelle
exercee sur lui par son pere. Mais, ces donnees ne constituent
que des elements predisposants. Le passage de l’activite psy¬
chique normale a l’activite dissociee a pu etre en grande partie
conditionnee, par deux grands facteurs acquis : d’une part le
traumatisme cranien, d’autre part une toxi-infection du sys-
teme nerveux aboutissant au tabes.
SEANCE DU 27 AVR1L 1936
637
Le role des traumatismes craniens dans la genese des troubles
psycho-moteurs du type negativisme, catalepsie ou catatonie
apparait beaucoup plus important qu’on ne pourrait le croire.
L’un de nous avec Claude et Lhermitte (1), en a rapporte des
exemples en insistant notamment sur les atteintes cellulaires
abiotrophiques diffuses (encephalose) que l’on peut parfois
observer en pareil cas. Ces traumatismes agissent d’autant plus,
semble-t-il, qu’ils constituent un ebranlement diffus : une
lesion localisee est parfois moins lourde de consequences dans
ce domaine qu’une simple commotion cerebrale. Nous avons ete
frappes en outre chez les nombreux anciens traumatises cra¬
niens que nous pouvons observer a la Maison Nationale de
St-Maurice, de la frequence de petits syndromes dissociatifs a
forme de negativisme, ou d’opposition parfois intense et gene¬
ralise. II en etait de meme chez un curieux malade egalement
ancien commotionne que l’un de nous a pu etudier avec Ellen¬
berger, d’abord dans le service du D' Crouzon a la Salpetriere,
ensuile dans le service du Prof. Claude a Sainte-Anne. L’obser-
vation de ce malade a ete publiee in extenso dans la these de
notre el&ve Ellenberger (2), et a ete commentee dans un travail
de Claude et Corman (3).
Ce malade presentait egalement un tableau d’opposition avec
une surdite psychique si etrange qu’il avait ete considere par
divers medecins comme un simulateur. Lui-meme avouait qu’il
realisait son attitude, qu’il faisait le sourd, mais il ajoutait
•qu’il realisait tout cela par ordre malgre lui sous l’empire d’une
force qui le poussait, et a laquelle il devait envers et contre tout
obeir « comme un soldat qui a recu une consigne ». Or, les
examens speciaux que l’un de nous avait pu poursuivre avec
divers specialistes chez ce malade lui avaient montre des pertur¬
bations physiologiques importantes : troubles des reactions ves-
tibulaires (Dr Aubry), elevation enorme de la chronaxie vestibu-
laire (Dr Bourguignon), abolition complete du reflexe psychogal-
vanique (etudie avec le Dr Lahy) . Il ne s’agissait done pas,
comme plusieurs medecins l’avaient cru au debut, d’une action
volontaire vraie, mais la aussi d’une attitude morbide imposee
(1) H. Claude, J. Lhermitte et H. Baruk. — Syndrome catatonique avec
negativisme unilateral, aphasie, troubles pseudo-bulbaires, perturbation de
la circulation et de la nutrition generale par encephalose diffuse. Encephale,
n“ 3, 1932.
(2) Ellenberger. — - Le syndrome psychpiogique de la catatonie. These,
Paris, 1933. .
(3) Claude et COrman. — Syndrome catatonique atypique avec sursimula-
tion chez un delirant chronique. Ann. m&dico-psychol., nev, 1933, ;p. 492.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
par dissociation psychique. D’ailleurs devolution a bien confir¬
ms cette derniere interpretation : le malade a presente ensuite
les signes d’une veritable psychose paranoide.
Le role des traumatismes craniens est encore renforce quahd
il se combine a des facteurs toxiques ou toxi-infectieux : chez plu-
sieurs de nos malades (notamment dans le cas anatomoclinique
etudie par l’un de nous avec Claude et Lhermitte), il s’agissait
de traumatismes associes a l’ethylisme, d’autrefois a des intoxi¬
cations digestives. Dans l’observation que nous venons de rap-
porter, il semble probable qu’il existe une syphilis en cause, puis-
que nous trouvons des signes tres accentues d’ataxie tabetique.
Notons toutefois que la reaction de Wassermann reste negative,
et que l’on constate une importante dissociation albumino-cyto-
logique dans le liquide cephalo-rachidien. Cependant, nous
n’avons jamais pu mettre en evidence des signes d’hypertension
intra-cranienne : tons les examens de fond d’ceil sont restes
negatifs. De meme, nous n’avons retrouve aucun signe hemato-
logique susceptible d’expliquer une atteinte medullaire, ou des
cordons posterieurs (pas d’anemie, etc...). Il semble done bien
qu’il s’agisse d’un tabes.
Au point de vue therapeutique, nous avons institue chez ce
malade un traitement specifique. Mais il faut noter que, meme
avant l’institution de ce traitement, son etat a presente une
amelioration notable. Cette amelioration a coincide d’une facon
remarquable avec le debut de notre action psychotherapique.
Autrefois, ce malade etait vigoureusement hostile, renfrogne dans
le mutisme et dans l’hostilite la plus systematique. Son attitude
a commence de se modifier a partir du jour ou nous nous som-
mes occupes de lui en medecin : les examens neurologiques, les
efforts de reeducation de sa marche, ont eu, a notre avis, incon-
testablement une action heureuse sur son etat mental : le malade
a eu l’impression d’etre considere comme un malade ordinaire, et
non comme un homme qui se trompe. Nous 1’avons ensuite
change de division, installe dans une salle plus claire, plus
confortable, eritoure de soins hygieniques d’infirmieres atten-
tives et devouees : de nouveaux progres tres sensibles ont imme-
diatement suivi ce changement, le malade est devenu plus
ouvert, cause longuement, est plus en confiance, et enfin, fait
capital, commence mainteriant de lui-meme a reconnaitre que
« son cerveau est malade » et qu’il a besoin de se soigner. Il lui
reste ehcore toutefois le refus d’aliments.
Ces donnees therapeutiques doivent etre tout specialement sbu-
lignees : on oppose trop souvent tnaladies organiques et mala-
SEANCE DU 27 AVR1L 1936
dies psychiques. On oublie que les malades cerebraux sont exces-
sivement sensibles, et que les conditions' affectives, une psycho-
therapie bien adaptee, peuvent ameliorer considerablement leur
etat.
II faut done combiner ce traitement psychotherapique et le
traitement etiologique, et ne jamais desesperer d’amelioration
parfois meme de guerisons tardives et insoup£onnees. Mais le
maniement de cette psychotherapie est extremement delicat : il
faut d’abord tenir grand compte des stades successifs de tels
syndromes. Au debut, dans la periode active de la maladie, au
stade d’erethisme, il est souvent preferable de laisser le malade
tranquille. Les efforts, meme la sollicitude affectueuse peuvent
parfois a ce stade aggraver les reactions d’opposition. Il faut
savoir attendre, mais en evitant toute parole malencontreuse,
toute reflexion blessante, critique, ou ironique, qui peut parfois
laisser dans l’esprit du malade des blessures profondes et tena-
ces. C’est plus tard, lorsque l’effervescence psychique commence
a se calmer que l’intervention douce et charitable du medecin
peut avoir les plus heureux effets. Il faut toutefois tenir compte
egalement chez notre malade, en ce qui concerne Famelioration
constatee, des interreactions du syndrome* tabetique et du syn¬
drome mental, ce dernier ayant semble s’ameliorer au moment
de la constitution des signes les plus accuses d’atteintes des cor¬
dons posterieurs. Nous nous bornerons a signaler cette sorte de
balancement psycho-organique.
La seance est levee a 18 h. 45.
Le Secretaire des seances,
P. Carrette.
SOCIETES
Societe de Neurologie de Paris
Seance da Jeudi 2 Avril 1936
Presidence : M. TINEL, president
Forme acroparesthesique de la syringomyelie,
par MM. J. Lhermittb, Bijon et Nemours-Augdste.
II s’agit d’un nouvel exemple de cette forme de syringomyelie que MM. Lher-
mitte et Nemours ont decrite et qui est caracterisee par 1’apparition pre-
coce et presque exclusive de perturbations de la sensibilite subjective :
engourdissement, fourmillements des mains, et meme sensations intolera-
bles survenant dans la deuxieme moitie de la nuit. Ces perturbations sont
accompagnees de modifications vaso-motrices des extremites : rougeur,
paleur, refroidissement. Le mouvement des bras fait disparaitre ces phe-
nomenes.
A cette periode marquee pai’ les perturbations acroparesthesiques, 1’exa-
men objectif ne permet de relever que tres peu de signes caracteristiques :
pas de troubles trophiques, pas de modifications des reflexes, pas de pare-
sie ; seule la thermoanalgesie se montre caracteristique.
II n’y a nul doute que cette forme speciale soit due a l’envahissement pre-
coce et elective de la colonne sympathique intermedio-laterale de la moelle;
on en a la preuve dans l’existence de modifications objectives que font appa-
raitre les epreuves des bains chaud et froid.
Enfin, fait a noter, de meme que chez la malade presentee precedemment,
par MM. Lhermitte et Nemours, la radiotherapie se montra d’emblee, d’une
remarquable eflicacite.
Epilepsie extrapyramidale avec crises pseudo-emotives et polyurie
paroxystique. Diagnostic avec les crises psycho-motrices hysteriques,
par MM. Baruk et Pommeau-Delille.
S0C1ETES
641
Maladie osseuse de Paget. Installation progressive de signes de compres¬
sion medullaire grave. Decompression operatoire avec restauration
de l’etat anterieur, par MM. Cl. Vincent, L. Langeron, J. Dereux et
L. Lemaitre.
-Ces auteurs rapportent l’observation d’un malade atteint de maladie de
Paget, chez lequel un syndrome de compression medullaire due a la malfor¬
mation osseuse fit son apparition.
La laminectomie fit retroceder les troubles de compression. La guerison
de ce malade se maintient stable et complete.
Paraplegie pattique. Laminectomie. Ponction d’un abces intra-racbidien.
Aucune modification de Revolution clinique. Guerison ulterieure dans
les delais normaux, par M. E. Sorrel et Mme Sorrel-De.ierine .
Syndrome constitue par l’association de polynevrite, de nephrite
et de crampes, par MM. J. Dereux (de Lille) et J. Titeca (de Bruxelles).
Observation d’une malade qui presente l’association de trois signes :
polynevrite, nephrite et crampes. MM. J. Dereux et J. Titeicai, discutent 1’auto-
nomie du syndrome qui se rapproche de celui qu’ont deerit Wernicke et
Wilder sous le nom de « Crampaskrankheit ».
Le feutrage arachnoidien posterieur dans la maladie de Friedreich et
l’heredo-ataxie cerebelleuse, par MM. Th. Alajouanine, Th. Hornet et
R. Andre.
Dans ces maladies degeneratives, les lesions medullaires peuvent deter¬
miner a la longue une reaction feutree des meninges.
II s’agit d’un feutrage arachnoidien situe a la partie posterieure de la
moelle, developpe surtoul dans la region dorsale. La lesion est due a la
proliferation d’un element anatomique preexistant, c’est le ligament pos¬
terieur de la moelle. Les images projetees, des coupes seriees de la moelle
et des meninges, demontrent le role joue par ce ligament dans la genese
du feutrage arachnoidien.
II s’agit d’une reaction meningee secondairc aux lesions de la moelle
et ressemble par cela aux autres arachnoi'dites, publiees anterieurement
par les auteurs, qui concerne des cas de syringomyelie, sclerose en plaques,
poliomyelite, tabes et myelite syphilitique.
A propos d’un cas de cysticercose cerebrale, par MM. Monier-Vinard etWEiL.
L’etat penetre de l’ecorce. Contribution a l’etude des troubles eircula-
toires localises aux diverses couches du cortex, par MM. Alajouanine,
Th. Hornet et R. Thurel.
Les auteurs apportent des documents de lesions donnant l’aspect d’etat
fenStre de l’eeorce. L’interet de cette lesion reside dans sa localisation
stricte dans une des couches cellulaires du cortex, tantot dans la 2e, tantot
dans la 3”, ou dans la 4e, ou la 6® coudhe. Ces lesions apparaissent au cours de
troubles circulatoires du cerveau (hemorragies, ramollissements). La loca-
Ann. Med.-psych., XV6 serie, 94a annee, t. I. — Avril 1936. 41.
642
SOCIETES
lisation differente, dans une couche ou dans une autre, est une preuve de
I’existenee de troubles circulatoires localises aux divers reseaux des couches
du cortex.
Neuromyelite optique autonome, par MM. Halbron, Levigne et Klotz.
Sur un cas de radiculo-nevrite avec hyperalbuminose du liquide cephalo-
rachidien sans reaction cellulaire. Guerison complete, mais persistance
de l’abolition des reflexes tendineux ; ses consequences pour les
diagnostics d’avenir, par M. Georges Guillain.
M. Georges Guillain a observe, en 1930, chez une femme de 30 ans, le
syndrome de radiculo-nevrite avec hyperalbuminose du liquide cephalo-
rachidien sans reaction cellulaire, qu’il a decrit avec J.-A. Barre. La ma-
lade presentait des signes paralytiques predominant aux extremites a type
polynevritique, des paresthesies, des douleurs a la pression des muscles,
la demarche etait ataxique, tous les reflexes tendineux etaient abolis, les
reflexes cutanes normaux ; l’examen electrique montra une hypo-excitabi-
lite galvanique et faradique aux membres superieurs et inferieurs.
L’examen du liquide cephalo-rachidien fit reconnaitre une hyper-albumi-
nose a 2 gr. 40 sans hypercytose. La reaction de Wassermann etait negative
dans le sang et le liquide cephalo-rachidien. Par un traitement anti-infec-
tieux et un traitement electrique, la guerison fut complete en quelques
mois. Cette malade reprit sa vie normale, eut deux grossesses normales.
Toutefois, examinee durant cinq annees, on constata la persistance de l’abo¬
lition clinique de tous les reflexes tendineux qui, d’ailleurs, ne provoquait
aucune gene.
M. Guillain attire specialement l’attention sur cette persistance de l’abo¬
lition des reflexes tendineux. En effet, que dans 10 ans ou 15 ans, cette
jeune femme ait des signes d’hyperchlorhydrie, des douleurs abdominales en
rapport avec une ulceration gastrique ou duodenale, des algies rhumatis-
males, il est certain que tout medecin, meme tres competent, qui l’exa-
minera et constatera l’abolition des Teflexes tendineux, portera le diagnos¬
tic de tabes. On fera des ponctions lombaires qui seront negatives ; on
pratiquera des reactions de Wassermann qui seront negatives. Malgre ces
resultats, on instituera des traitements antisyphilitiques, en invoquant une
syphilis hereditaire, un tabes heredo-syphiiitique, on traitera peut-etre
aussi les enfants innocents de toute syphilis, on creera un desastre fami¬
lial. C’est dans le hut d’eviter de telles erreurs d’avenir que cette simple
observation clinique est mentionnee.
Methodes speciales de traitement de certaines maladies nerveuses
et mentales, par M. Henrique Roxo (de Rio-de-Janeiro).
M. Leconte.
SOCIETES
643
Societe de Medecine legale de France
Seance dn Eundi 20 Avril 1936
Presidence : M. LECLERCQ, president
Nouveau cas de delinquance repetee et identiquement renouvelee,
par M. E. Gelma.
L’auteur rapporte le cas d:un jeune homme de 19 ans qui avait commis,
depuis deux ans, des vols repetes de linge de femme qu’il detruisait le plus
souvent. II ne s’agit pas d’actes de fetichisme. Les delits ont ete commis a
[’occasion d’abus de boisson et l’inculpe est incapable de dire dans quel but
il derobait ces pieces de vetements. Ces vols repetes, identiquement executes,
sont un exemple des faits de recidivisme stereotype deja rapportes par
1’auteur.
F IU'B O li RG--B L AN C .
Societe Frangaise de Psychologie
Seance du Jeudi 26 Mars 1936
Presidence : M. GUILLAUME, President
Les relations de la jalousie et de l’erotomanie,
par MM. Henri Clacde et Daniel Lagache.
Le probleme des relations de la jalousie et de l’erotomanie est pose par
leur parente psychologique (ce sont deux deviations de la relation amou-
reuse normale), par leur voisinage nosographique ; par leur exclusion
644
SOCIETES
reciproque signalee par Clerambault, E. de Morsier ; par leur communaute
de signification selon Freud. L’etude phenomenologique de leurs caracteres
generaux les oppose l’une a Pautre, l’evidence de-la possession ne limite
pas ehez le jaloux le desir d’etre aime ; celui-ci, au contraire, ne limite
pas assez chez l’erotomane le sentiment vecu de regner sur l’etre dont il
se croit aime ; jalousie et erotomanie s’excluent en vertu des prircipes
generaux : 1) on n’a pas ce que l’on desire et 2) on ne desire pas ce que
l’on a. Les faits cliniques confirment cette exclusion reciproque, qui n’empe-
che cependant pas la communaute de mobile, l’une et l’autre etant a base
de passivite (besoin d’etre aime) et de structure, l’une et l’autre se construi-
sant par projection. C’est ce qui explique qu’elles puissent se succeder l’une
a l’autre, mais settlement dans un certain sens : on ne voit pas la jalousie
succeder a l’erotomanie mais on peut voir Perotomanie succeder a la jalou¬
sie. L’etude de deux cas m'ontre que cette evolution a la signification d’un
passage du conflit avec la realite aux satisfactions autistiques. II est a rap-
procher du passage classique des idees de persecution aux idees de gran¬
deur, avec lequel il peut s’intriquer. Le plus grand orgueil des erotomanes,
signale par les cliniciens, peut s’interpreter analytiquement comme une
regression plus profonde ou une fixation narcissique plus intense. Au
point de vue nosographique, la jalousie est plus pres de la paranoia, l’ero-
tomanie de la schizophrenic.
D. L.
Seance du Jeudi 28 Avril 1936
Presidence : M. GUILLAUME, president
Recidive d’hallucinations apres une hemorragie. Conservation
de la conscience, par MM. Vuhpas et Fabre.
L’observation rapportee par MM. Vurpas et Fabre. est un cas de reappari¬
tion d’hallucinations a la suite d’une hemorragie abondante causee par
I’avulsion d’une dent.
Llhistoire du sujet est la suivante : dans son enfance la malade fut
tourmentee par un etat hiabituel d’inquietuide et d’emotivite, elle presente
en somme les petits troubles de la psychasthenie. Accouchement a vingt ans.
Quatre ans plus tard, hysteropexie et, peu apres, mort de son enfant a la suite
d’une diphterie a l’4ge de quatre ans : gros choc moral suivi d’un acces de
depression avec cephalee intense, etat anxieux, insomnie, tristesse et pleurs,
degout ; exasperation des troubles a l’epoque des regies. Soignee a la Salpe-
triere : guerison. Elle demeure en bonne sante pendant huit ans. A ce
moment, troubles digestifs et cystite. S’agissait-il d’une colibacillose ? En
SOCIETES
645
tous cas, reapparition du syndrome depressif (cephalee, tristesse et degout,
pleurs), puis rapidement manifestations d’accidents nouveaux se traduisant
par des hallucinations visuelles (un homme habille de noir apparalt, mais la
vision s’evanouit presque aussitot ; elle assiste a un defile de rats noirs) ;
puis lorsqu’elle va s’endormir, elle sent sia poitrine comprimee et elle voit
alors a ce niveau un animal velu, de couleur brune, sans tete, avec de lon¬
gues pattes ressemblant a un crabe, qui l’enserre et dont la constriction
energique gene la respiration, pas d ’hallucination tactile, olfactive ou gus-
tative. Lorsqu’elle fixe son hallucination et qu’elle y porte son attention,
1’hallucination disparait aussitot. En somme, deux varietes d’hallucinations :
visuelle et cenesthesique essentiellement fugitives. La malade est parfaite-
ment consciente de la nature pathologique du trouble. Lorsqu’elle marche,
elle voit devant ses pas un grand trou noir qui l’empeche d’avancer. Exa¬
cerbation accentuee de ses desordres au moment des regies. Soignee a nou¬
veau a la Salpetriere : guerison absolue de ces accidents pendants plusieurs
annees.
Mais recemment une hemorragie dentaire abondante survient, a l’occa-
sion de l’avulsion d’une dent. Reapparition du syndrome depressif
fmste accompagne des memes hallucinations (la bete: enserre la poitrine du
sujet, l’homme vetu de noir revient et il s’y ajoute la vue du buste d’une
femme brune apparaissant dans l’embrasure de la t enet re ) . Toujours cons¬
cience absolue de la nature morbide des accidents. Ces troubles ballucina-
toires peuvent etre consideres comme dus a l’hemorragie, car ils s’exagerent
toujours et notablement pendant la periode catameniale.
L’etat somatique est caracterise par les particularites suivantes : troubles
digestifs et vesicaux, ayant precede les hallucinations, troubles ovariens
constants, desequilibre cardio-vaseulaire constate directement et demontre
par l’administration d’epbedrine, troubles vaso-moteurs, bouffees de chaleur,
refroidissement des extremites, retard de la coagulation du sang, etc...
En somme, hallucinations visuelles et cenesthesiques fugaces, tantot hyp-
nagogiques, tantot diurnes ayec conservation absolue de la conscience et de
la critique. Reapparition des hallucinations consecutivement a une hemor¬
ragie, desordres ovariens, dereglement cardio-vasculaire et sanguin.
On sait que 1’hallucination est un syndrome qui apparalt au cours des
affections mentales les plus diverses (alterations organiques et troubles fonc-
tionnels du cerveau, vesanies, cecite, etc...), mais, d’une faejon generale, ce
trouble repond a un etat de meiopragie cerebrale dont la depression sanguine
due k l’hemorragie, semble, dans ce cas, avoir ete la cause.
L. R.
646
SOCIETES
Societe de Medecine Mentale de Belgique
Seance du 28 Mars 1936
Presidence : M. G. VERMEYLEN, president
Psychoses et cecite, par MM. Heernu et Baudoux.
Presentation de deux malades atteintes de cecite et qui ont presente un
syndrome dementiel avec idees delirantes et hallucinations, visuelles dans
un cas, auditives dans l’autre. La senilite est probablement un des elements
etiologiques de ces troubles, mais la cecite parait egalement jouer un role
important chez la malade atteinte d’hallucinations visuelles. La relation
entre la nature des hallucinations et une lesion decelable est interessante a
etudier ; les hallucinations paraissent etre ici une compensation de la cecite.
On peut penser a l’hyperendoscopie decrite par Claude.
Vitamines C et troubles mentaux, par MM. Vermeylen et Heernu.
L’acide ascorbique est un reducteur et un catalyseur. II est surtout
apporte a I’homme par les fruits et les legumes. II existe une courbe sai-
sonniere de sa production chez les animaux. Diverses observations (trou¬
bles du caractere chez des collegiens nourris de conserves-reactions de
cobayes avitamines, et qui deviennent anorexiques et apathiques par exem-
ple), ont attire l’attention sur les carences et surtout les precarences et sur
le role qu’elles pourraient avoir dans la genese de certains troubles de
l’activite mentale.
Les auteurs ont recherche le taux de la vitamine C dans le liquide
cephalo-rachidien des melancoliques. II y est nettement inferieur a celui
du liquide d’autres malades. Lorsqu’on ameliore 1’etat de ces melancoliques
par un traitement au dinitrophenol, le taux de l’acide ascorbique du liquide
cephalo-rachidien augmente. L’administration d’acide ascorbique aux melan¬
coliques ne modifie pas le taux de cette vitamine dans le liquide. II semble
qu’il s’agisse de manque d’assimilation cellulaire et de precarence.
Epilepsie post-malariatherapique, par MM. Alexander et J. Titeca.
Presentation de deux malades : il s’agit de paralytiques generaux dont
1’etat s’ameliora partiellement par la malariatherapie et qui, en meme
temps qu’evoluait une decheance intellectuelle progressive, furent atteints
de crises epileptiformes et de divers equivalents comitiaux.
SOCIETES
647
Relation du cas de trois autres malades dont l’un n’eut qu’une crise epi-
leptiforme typique, sans aucun signe de demence.
La pathogenic de ces crises a ete expliquee par diverses theories ; l’epi-
lepsie serait due a une malaria larvee, a 1’allergisation de la syphilis cere-
brale prenant le caractere tertiaire, a l’existence de cicatrices cortico-menin-
gees, ou a des ictus ordinaires de la paralysie generale.
J. Le.y.
Groupement Beige d’Etudes Oto-neuro-ophtalmologiques
et Neuro-chirurgicales
Seance du 28 Mars 1936
Presidence : M. CHEVAL, president
Nouvelle observation de myoclonies velo-palato-linguales et des globes
oculaires, par MM. Helsmooktel et L. Van Bogaert.
Projection d’un film cinematographique montrant nettement, chez un
sujet atteint d’arteriosclerose et d’atrophie corticale cerebelleuse diffuse,
un gros syndrome cerebelleux bilateral, et surtout, des mouvements myo-
cloniques transversaux de la langue.
Etude anatomique d’un cas de myoclonies velo-palato-linguales et des
globes oculaires, par M. E. De Savitsch.
Ce sont surtout les regions du noyau dentele, du noyau rouge et de
l’olive, ainsi que leurs connexions, qui sont atteints de lesions caracteris-
tiques. II existe en outre des lesions additionnelles nombreuses. Projections
de figures schematiques et de microphotographies.
La duree de la perception osseuse dans l’audition, parM. G. Hicguet.
La duree de perception d’un diapason place sur la mastoi'de peimet le
diagnostic differentiel entre les surdites de transmission (oreille moyenne)
et les surdites de perception (cochleaire) . C’est l’epreuve de Schwabach. On
se sert du diapason 128 V.D. et la duree est de 20 secondes. G’est ce qui
est le plus generalement admis. Cependant, ces chiffres peuvent varier sui-
vant les auteurs.
648
SOCIETES
En realite, la duree de perception osseuse est de 45” suivant le temps qui
s’ecoule entre la mise en vibration du diapason et le moment ou on place
le pied du diapason sur la miastoi'de.
La premiere perception serait de 20”, les suivantes de 10 environ. On
peut proceder a cette epreuve de differentes fagons, soit en reappliquant sur
la mastoide le diapason qui a cesse d’etre entendii, soit en le plagant la
premiere fois immediatement sur la mastoide et les fois suivantes en lais-
sant chaque fois s’ecouler la limite de temps au bout de laquelle il a cesse
d’etre pergu.
Ces experiences constantes chez le meme individu varient d’un individu
a l’autre, meme normal. L’explicatipn du phenomene reside dans le fait
de la fatigabilite auditive par voie osseuse : elle est due aux muscles de
l’etrier et du marteau, tout comme le relaehement du muscle de 1’etrier
(paralysie faciale), provoque de l’hyperacousie douloureuse. Pratiquement,
il y a lieu de tenir compte de cette fatigabilite auditive pour eviter des
erreurs de diagnostic.
Un cas d’hypotonie traumatique de l’artere centrale de la retine,
parM. H. Coppez.
L’auteur presente une femme de 24 ans, qui a ete victime d’un accident
en novembre 1935. Contusion du crane avec arrachement du cuir chevelu
a la region parietale. Actuellement on constate, outre des signes de syn¬
drome commotionnel, des contractures cloniques du muscle droit interne
gauche, de 1’hypotonie de 1’artere centrale de la retine (20), avec circula¬
tion generate normale ; un reflexe oculo-cardiaque positif (22-17), avec
tendance lipothymique et vertiges. Ces vertiges consistent essentiellement
en une tendance a la chute en arriere ou a droite. L’epreuve de Kobrak-
Hautant declanche, aussi bien a l’oreille droite qu’a l’oreille gauche, une
chute vers la droite alors que 1’orientation du nystagmus est normale.
Il semble bien que l’on ait affaire a un dereglement vago-sympathique
accompagne de reflexes conditionnels (chute) d’origine nevrosique.
Les affections chirurgicales para-hypophysaires a symptomatologie
Clinique uniquement ophtalmologique, par M. P. Martin.
Relation d’une serie de cas dans lesquels il existait des lesions attei-
gnant de plus ou moins pres le chiasma. Une disposition particuliere de
l’artere cerebrale anterieure — qui presente de frequentes anomalies —
peut provoquer des troubles visuels et faire croire a l’existence d’une
tumeur. Le chiasma lui-meme se presente sous divers aspects qui peuvent
expliquer la production de troubles oculaires. La tumeur peut egalement
etre une lesion isolee du nerf optique lui-meme. Certains gliomes du nerf
peuvent realiser un aspect de papille de stase.
ANALYSES
LIVRES, THESES, BROCHURES
PSYCHOLOOIE
De Faction A la pens6e, par W. Malgacd. 1 vol. in-8", 331 pages, Felix Alcan,
edit., Paris 1935.
Le titre, dans sa concision, resume le livre : a la base de la vie psychique
se trouve Faction ; 'Involution du psychisme se poursuit par etapes succes-
sives de Paction a la pensee.
L’aetion est d’abord instinctive. L’element essentiel, la « piece centrale »
de l’instinct est le « senti », qui, « d’une part regoit les excitations sen-
sibles du dehors et, d’autre part, provoque les reactions motrices ». L’ins¬
tinct apparait ainsi comme un transformateur conscient qui, d’unc excita¬
tion lumineuse, tactile, sonore on autre, fait, sortir un, mouvement. Ce n’est
pas encore la connaissance au sens intellectuel du mot, l’etat de conscience
que comporte le phenomene restant purement aft'ectif. C’est une « quasi-
connaissance ». Le developpement du psychisme vers la connaissance pro-
prement dite continue, en s’appuyant toujours sur la perception des mou-
vements du corps et des sensations qu’ils determinent, notamment sur les
variations de la coenesthesie. C’est ainsi que du mouvement' nait l’idee de
forme, car tout mouvement possede une forme et chaque geste dessine une
« figure ». Nous acquerons 1’idee d’un objet exterieur par les mouvements
que nous executons pour explorer cet objet. Puis, intervient le jeu complexe
des impressions exterieures fournies par les differents sens et les mouve¬
ments qui les accompagnent.
Nous arrivons ainsi a « l’acte capital », « decisif », du psychisme qui
nous permet de decouvrir « ce qu’il y a dans les formes, d’y mettre un
contenu, de faire de la forme une chose », et de parvenir, par l’interpreta-
tion des donnees sensibles, a la connaissance.
Toute cette evolution, dont ie terme rinal est la pensee, s’est effectuee
sur la base de notre organisme et des modifications dont il est le siege.
« Nous pensons avec notre corps ; notre corps est ce qui pense et ce qui
est pense.
« II est ce qui pense. Bati pour agir, il en arrive a controler son action,
a la ralentir pour l’etaler sous nos yeux dans ses attitudes successives »,
650
ANALYSES
et l’on doit voir « dans ce travail de l’arret et du mouvement lent les ope¬
rations memes de l’analyse et de la synthese psychologique. »
« II est ce qui est pense. L’ensemble de la donnee sensible, fondue a tout
moment dans une impression unique, fournit a la conscience un premier
contenu, le senti, connaissance directe qui se suffit a elle-meme. Les memes
donnees sensibles admettent apres cela une interpretation differente ; au
lieu de les eprouver dans leur cenesthesie, on peut les distinguer, les defi-
nir qualitativement 1’une par l’autre en termes de sensations. Nous entrons
ainsi dans la connaissance veritable ; les sensations sont la matiere de tou-
tes nos idees. Mais definir les sensations comme qualites n’est qu’un debut.
Nous les interpretons, nous en composons des ensembles et le premier de
ces ensembles est notre corps. Les sensations de mouvement et de position
nous donnent l’idee de notre mouvement, compris dans sa figure, et par la
1’idee de notre etre materiel et de son action. Toutes nos sensations et
toute notre conscience sont ordonnees desormais autour de cette idee cen-
trale. Tout le contenu de notre conscience se presente comme le fait de
notre etre en chair et en os. Nous n’irons pas au dela. En vain formons-nous
le projet de connaitre en outre le monde exterieur ; nous sommes victime
d’une illusion, nous prenons pour une chose le double de nous-meme que
nous mettons dans les apparences, nous croyons deviner la nature du monde
alors que c’est la notre que nous interrogeons. Notre corps est le seul objet
de notre pensee. »
Cette conception du psychisme, essentiellement biologique, doit interesser
les psychiatres. Son application a l’etude des psychoses, plus particuliere-
ment de celles ou dominent les troubles de la ceenesthesie et de la sensibilite
motrice (psychoses paranoides et psychose hallucinatoire chronique), pcurra
se montrer feconde.
J. Rogues de Fuesac.
Le Cycle de l’lnconscient, par Emile Lubac. 1 vol. in-8°, 191 pages, Felix Alcan,
edit., Paris 1935.
Travail de philosophie pure, qui fait suite a deux etudes precedentes du
meme auteur (Les Niveaux de conscience et d’inconscient et leurs inter¬
communications, Alcan, 1929 ; les dimensions du temps, correspondant a
l’expansion de la vie de l’esprit dans l’inconscient. Revue phiiosophique,
1931). — A signaler comme susceptibles d’interesser les psychiatres, des don¬
nees nouvelles et des considerations originales sur la memoire et sur le reve.
J. Rogues de Fursac.
ANALYSES
651
JOURNAUX ET REVUES
PSYCHIATRIE
Psychopathologie collective, par H. Claude. Le Progres Medical, n« 13,
pp. 530-537, 30 mars 1935.
Les psychoses collectives suivent les lois d’hetero-suggestion et de conta¬
gion mentale observees quotidiennement dans les variations d’opinions et
de passions des foules. Les sujets se divisent en deux categories, les deli-
rants actifs, inducteurs et les passifs, induits. Ces derniers, beaucoup plus
nombreux, subissent l’impulsion d’un petit groupe ou meme d’un seul indi-
vidu. En clinique courante, on observe le delire a deux, dont le professeur
Claude rapporte quelques exemples. L’internement et la separation s’im-
posent.
P. Carrette.
L’actualite et les psychoses, par J. Levy-Valensi. L’ Avenir Medical. XXXII'
annee, n» 1, pp. 7-11, janvier 1935.
L’avenir dira si la detresse de l’epoque presente a multiplie les psychoses
et les suicides. Elle puise largement dans les delires progressifs et dans les
episodes aigus des confus, des agites et des melancoliques. Dans les periodes
de cataclysmes, les caracteristiques de la psychologie des foules s’exaspe-
rent. La suggestibility, la mythomanie, l’irritabilite, 1’autoritarisme abou-
tissent a des explosions parfois dramatiques. M. Levy-Valcnsi ajoute que
1’inconscient collectif « ressuscite chez le civilise 1’homme ...des annees
instinctives de l’humanite ». L’evasion du schizoide lui inspire des delires
metaboliqiies. II existe toujours ce que M. Wahl appelle des « delires
archaiques », mais dans la majorite des cas les themes psychopathiques
sont empruntes a l’actualite immediate.
P. Carrette.
Psychiatric hindoue ancienne. (Altindische Psychiatrie), par B. F. G. Muller.
Monatsschrift fur Psychiatrie und Neurologie. Vol. 92, 4, 1935.
L’auteur essaie de degager, d’apres la litterature hindoue ancienne, les
notions sur les maladies mentales, repandues chez les vieilles populations
aryennes de l’Inde. On y rencontre de bonne heure, a cote de l’influence de
la mythologie aryenne primitive, celles venues des cultures asiatiques, et
surtout de la culture mediterraneenne. Comme detail interessant, on peut
noter la connaissance du role de l’hyperpnee dans la production des crises
epileptiques.
E. Bauer.
652
ANALYSES
La notion devolution et les rapports de la mentalite primitive avec la
psyehopathologie, par P. Rubenovitch. L’evolution psychiatrique, fasc. 2,
pp. 77-94, 1935.
La decouverte ehez un individu d’une forme de pensee rappelant la men¬
talite dite primitive n’impliquerait pas necessairement un 5tat de regres¬
sion. M. Rubenovitch montre qu’il faut d’abord replacer le sujet dans son
milieu. On observe alors que la singularity ne provient pas du caractere
prelogique. Si le terme de regression est employe, il designera le simple
retour a un stade psychique infantile. Les vestiges de la pensee primitive
existent chez l’adulte normal et la regression s’applique a la valeur quan¬
titative des facteurs psychologiques, non pas a leur valeur qualitative.
P. Carrette.
Politiques morbides de la maladie, par M. Montassut. L’ evolution psychia¬
trique, fasc. 2, pp. 45-76, 1935.
Excellente analyse de l’attitude des ddsequilibres inadaptes sociaux et de
la therapeutique qui leur convient. II est en effet habituel de trouver chez
certains sujets paranoiaques un refuge dans la maladie, qui vise a « l’ex-
plication » et a « l’excuse de la carence sociale », une tendance a 1’offensive
destinee a manager le « prestige individual » et un besoin de « gouver-
nement du milieu ». M. Montassut s’attache a dissocier les symptomes
physiques du comportement. II faut cependant tenir compte de notre igno¬
rance des repercussions exactes des troubles somatiques sur l’equilibre
humoral et neuro-vegetatif, et siecondairement sur l’emotivite. L’exipli-
cation qui parait logique, des attitudes et des troubles du caractere au cours
des psychonevroses, est maintes fois mise en defaut quand le medecin veut
bien se contenter d’observer les fails sans y ajouter un besoin d’interpreta-
tion qui risque d’emprunter davantage a son propre fonds qu’a celui du
malade.
P. Carrette.
Etudes experimentales sur la suggestibilite dans les troubles mentaux
(Experimental Studies of Suggestibility in Mental Disturbances), parC. G. Ing-
varssok et S. J. Lindberg. Acta Psychiatrica et Neurologica. T. X ; fasc. 1-2,.
Copenhague, 1935.
La methode de Binet-Henri par l’appreciation de sensations olfactives
est employee pour fixer la suggestibility dans les troubles mentaux. Elle
permet de reconnaitre avec precision ce que la clinique nous apprend : la
suggestibilite du debile, de l’hysterique, du dement est tres. superieure a la
moyenne des sujets non atteints de troubles mentaux, tandis que l’asth5-
nique et le schizophrene sont moins suggestibles.
P. Carrette.
Versification psychopathique (Versificacion psicopatica), par F. Gorriti. La-
Semana Medica , n° 2138, pp. 58-61, 3 janvier 1935.
La production poetique des alienes prend les formes exactement adaptees:
a leurs psychoses. L’automatisme mental et la facilite de l’excitation ma-
niaque produisent une versification sans poesie, avec des repetitions et un
ANALYSES
653
souci presque exclusif: des. rimes. Quand ces manifestations sont sympto-
-matiqueS de paralysie generale, leu?, valeur s’.abaisse encore. Toutefois, on
connait des - fornies d’exaltation contenue qui permettent des realisations
intbressantes. Elies s’associent avec des cas de mediumnite. Le symbolisme
plus pousse, a froid, caracterise la production poetique des schizophrenes.
II rejoint par des transitions insensibles les precedes d’expression tres
personnels de certaines ecoles artistiques.
: ■ , P. Carrette.
Delire d’lmagination et Mythomanie, par Luisce Levi. Rassegna di Studi
Psichiatrici, fevrier 1935.
L’auteur montre, a la faveur d’exemples cliniques, que dans la patho-
vjnie du delire d’imagination, il y a a la base une constitution hystero-
paranoide, a laquelle s’ajoutent des elements confusionnels epileptoides et
un appoint suggestif hysterbide. Le ' delire ainsi constitu^ tend a realiser le
desir subconscient du sujet, et par consequent il repond a line « volonte
de maladie ». Il est alors presque impossible de differencier nettement
la part du delire et celle du mensonge volontaire. Un mecanisme analogue
a celui du delire mythomaniaque a probablement donne lieu aux mythes
des peuples primitifs.
P. Abely.
Remarques sur l’analgesie hysterique, par Quercy et Hedouin. Societe de
medecine et de chirurgie de Bordeaux, seance du 20 decembre 1934. Gazette
hebdomadaire des sciences medicates de Bordeaux, n* 7, 17 fevrier 1935.
L’embarras des auteurs justifie le notre. Nous ne pouvons que citer leur
explication de l’anesthesie hysterique : « Une analgesie qui n’est ni psychi-
que, ni pseudo, ni illusoire, qui ne parait pas due aux causes psychiques
habituellement invoquees, qui ne parait pas rattachable au desordre de
telle fonction ou de telle region de l’encephale, dont la physiologie nous
echappe, qui coincide etroitement (sans que nous puissions preciser davan-
tage) avec une affection nerveuse, et qu’il n’y a aucun inconvenient a appe-
ler : hysterique ». P- Carrette.
Etude Clinique sur la question des phobies, par M. Shaschter (de Bucarest).
II Cervello, juillet 1935, p. 231 a 239.
Bref article en frangais, dont l’interet reside dans quelques observations
de syphilophobie.
Henri Ey.
Note sur l’illusion des amputes, par Quercy et de Boucaud. Gazette hebdo¬
madaire des Sciences Medicates de Bordeaux, n° 1, Ojanvier 1935.
L’illusion des amputes serait d’origine centrale et meme corticale. A
l’appui de cette assertion les auteurs citent des faits dont l’interet depasse
ceux qui sont communement rapportes. Il ne s’agit plus de sensations de
localisation, de douleurs et de paresthesies, mais d’halliicinations psycho-
motrices et d’evocation, de resurrection des souvenirs ; sensitifs immediate-
ment anterieurs a l’amputation. P. Carrette.
654
ANALYSES
Desequilibre vago-sympathique dans les maladies mentales (Desequllibrio
vago-sympathico nas doencas mentales), par Henrique Roxo. Revista de Neu-
rologia e Psychialria de Sao Paulo. T. I, n° 2, pp. 131-141, janvier-mars, 1935.
L’auteur constate le desequilibre neuro-vegetatif des psyehopathes. Aux
signes cliniques, il ajoute les epreuves pharmacodynamiques et la recherche
du reflexe oculo-cardiaque, qu’il considere comme un test sur. II groupe
la psychose maniaque-depressive, l’epilepsie et les tendances aux toxico-
manies, qui donnent generalement un reflexe positif. Au contraire, on
trouve frequemment un reflexe inverse dans la schizophrenic, les psychas-
thenies et les etats d’involution arterio-sclereux.
P. Carrette.
Sur quelques cas de psychoses de la dengue. Contribution a l’etude Clini¬
que des psychoses infectieuses, par Nic M. Arcalides. « Elliniki latriki ».
N1- 9, septembre 1935. Salonique.
Apres une courte revue des progres recents de la psychiatrie, en parti-
eulier de ceux qui concernent 1’etiologie des psychoses, M. N. M. Arcalides
rappelle l’historique des troubles psychiques observes au cours de la dengue.
II rapporte 5 cas personnels de psychoses a la suite de cette maladie infec-
tieuse, cas suivis par lui a l’hopital psychiatrique Dromokaition d’Athenes.
De ces cas, deux concernent des syndromes de confusion mentale, deux
autres des etats de psychose maniaque-depressive, le cinquieme malade
fut atteint de manie aigue avec crises epileptiformes. A 1 ’exception d’un
cas (delire febrile), les troubles psychiques sont apparus entre le 26 et le
20' jour de la convalescence, apres 1’apyrexie complete. L’auteur analyse
chacun de ces cas et discute le diagnostic differentiel, surtout au point de
vue etiologique. Excluant de leur genese toute autre etiologie, que celle de
la dengue, il insiste sur ce fait qu’aucun autre facteur etiologique, en par¬
ticular aucun facteur congenital (heredite, predisposition, constitution, etc.)
ne peut etre considere comme ayant contribue a l’apparition des deux syn¬
dromes maniaco-melancoliques ni de la manie aigue, de sorte que la den¬
gue aurait agi ici comme cause provocatrice. M. Arcalides conclut que, non seu-
lement la confusion mentale, mais d’autres syndromes psychiques, peuvent
se manifester a la suite d’infections, en l’absence de causes congenitales,
et que ces dernieres ne constituent pas toujours la pierre de touche pour
l’apparition des maladies mentales. Le facteur infectieux et toxique, peut,
a lui seul, provoquer des troubles mentaux consideres en general surtout
comme psychogenes.
Kouretas.
Gertaines particularites des debuts aigus dans la schizophrenie, par J. J.
Rosenblum et B. S. Guesselsox (Sovietskaia Psychonevrologuia, T. XI, n» 1, 1935).
L’auteur rapporte les resultats de remarques faites sur 20 cas de schi¬
zophrenic a debut aigu, presentant de nombreuses analogies avec le type
exogene de reaction de Bonhoeffer. Les traits caracteristiques de cette
forme sont figures par des troubles du raisonnement et les changements
de sensation du « moi ». L’auteur conclut a l’existence d’une forme de
schizophrenie ayant un debut aigu et rappelant le tableau des psychoses
ANALYSES
655
symptomatiques sans infection a l’origine. Elle peut donner des remis¬
sions rapides et prolongees, mais en definitive .evolue vers la cbronicite. Le
facteur toxique semble jouer dans cette forme un role plus important que
dans d’autres formes de schizophrenic.
Fribourg-Blanc.
Syndrome schizophrenique exogene (Ein schizophrenes Syndrom mit exo-
generGenese), par Gunnar Lindquist. Acta Psychiatrica et Neurologica, X, 1-2,
1935, Copenhague.
Un malade, atteint de parkinsonisme traumatique, presente, a la suite
d’une cure atropinique, des troubles psychiques aux caracteres suivants :
courte phase confusionnelle onirique d’abord, ensuite, en meme temps que
^orientation se retablit, hallucinations auditives, vol et echo de la pensee,
idees d’influence, idees de transformation, interpretations delirantes ; cette
deuxieme phase dure environ trois mois et se termine par la guerison
complete. L’anamnese n’a revele aucune heredite psychopathique, par contre,
une heredite tuherculeuse ; quelques traits schizothymes ont ete rencontres
dans les antecedents psychiques.
E. Bauer.
Schizophrenias exogenes et composantes « symptomatiques » des schizo¬
phrenias idiopathiques (Exogene Schizophrenien und die symptomatischen
Bestandteile bei den genuinen [idiopathischen] Schizophrenien), par
K. Leonhard. Monatsschrift far Psychiatrie und Neurologie, 91, 5/6, 1935.
Les psychoses exogenes realisent des aspects cliniques tout a fait sembla-
bles a ceux des phases aigues de la schizophrenic. L’auteur le montre a
l’aide de trois exemples cliniques : deux psychoses puerperales, une psy-
chose consecutive a une ovariectomie. Les malades presentment d’abord un
syndrome amentiel typique, ensuite un etat schizophrenique de plus en plus
caracterise, pour aboutir en fin de compte a la guerison complete. Les cas de
cet ordre sont d’ailleurs frequents ; ils ne supposent, ainsi que le prouvent
les antecedents dans les exemples cites, aucune predisposition hereditaire
ni constitution schizoide. Seule revolution permet de faire le diagnostic
differential entre une psychose exogene d’aspect schizophrenique et une
schizophrenic aigue vraie. Celle-ci, qu’elle ait ete declanchee par une cause
exogene comm il arrive souvent, ou qu’elle ait debute spontanement, evo-
lue toujours vers un etat de deficit mental caracteristique, specifique de la
schizophrenic, car les psychoses exogenes sont incapables de la realise!'.
Ainsi 1’auteur est amene a distinguer, dans la schizophrenic, entre les symp-
tomes essentiels, specifiques : ce sont les signes de deficit intellectuel, et les
symptomes non essentiels, reversibles, de nature toxique probablement,
pouvant etre realises par des psychoses autres que la schizophrenie. II rap-
pelle a ce sujet les idees de Hoche concernant la paralysie generale, ou il
convient de distinguer les signes « axiaux », specifiques de la maladie, dus
aux lesions destructrices, et les signes « periphej-iques » (Randsymptome),
reversibles, en rapport avec des lesions toxiques, et rencontres egalement
dans les syndromes pseudo-paralytiques.
E. Bauer.
656
ANALYSES
Sur l’influence des processus focaux du cerveau sur le tableau de la
schizophrenic, par J. Dretler. Rocznick Psychiatrycny, T. XXV, 1935,
p. 135-148.
En soulignant 1’interet theorique de l’associatiori de plusieurs maladies
mentales chez le meme sujet, l’auteur rapporte 1’analyse de 11 cas de schizo¬
phrenie indubitable, compliquee de tumeur cerebrale. L’evolution clinique
demontre que la tumeur influence, dans la plupart des cas, le processus
c schizopln-enique, de telle, sorte que les cas de longue duree changent la
« ligne generale » de la personnalite et revelent une syntonisation' progres¬
sive du malade qui devient de plus en plus calme, moins autiste et montre
une vie affective de plus en plus normale. Les tumeurs a expansion rapide
evoquent les syndromes confusionnels sous lesquel.s s’efface, de plus en plus,
la schizophrenie. Le processus schizophrenique lui-meme n’a pas de valeur
pour le tableau clinique de la double maladie. Les hallucinations auditives
disparaissent dans la plupart des cas. Parfois on a pu observer l’eclosion
d’hallucinations en rapport avec des processus focaux. Le mecanisme de
cette differenciation des phenomenes hallucinatoires, quoique interessant
du point de vue theorique, ne peut pas etre resolu d’une maniere satisfai-
sante- Fribourg-Bi,anc.
La question de l’etiologie et de la pathogenie de la schizophrenie (Zur
Frage der Atiologie und Pathogenese der Schizophrenie), par Torsten Lindner
(de Stockholm). Zeitsch. f. d. ges. Nemo und Psych., Tome CXLVI, p. 781 a
L’auteur declare d’abord que, malgre les recherches d’histopathologie
cerebrale entreprises, nous n’avons pas encore de connaissances positives
sur la nature de « cette maladie ». Placard la notion sur le terrain oh
eHe s’est instituee, apres Kriepelin et avec Kretschmer en Allemagne, il se
demande si et dans quelle mesure les facteurs toxi-infectieux ne font
qu’activer le developpement d’un processus oonstitutionnel (endogene). Des
lors, se pose egalement la question de savoir si cette predisposition ne
serait pas autre chose qu’une sensibiilisation generale a des facteurs toxi-
infectieux ? II est bien certain que pour si interessantes que soient les
reflexions de I’auteur sur les eomposantes endocriniennes de cette predis¬
position aux infections et notamment a la tuberculose, le probleme pose
sous cette forme trop generale et sans examen critique prealable de la
notion de la delimitation et de la valeur nosographique de « la schizpr-
phrenie » ne risque guere d’etre elucide par ce travail. Bibliographic ou
figurent a peu pres exclusivement les precedents travaux de l’auteur.
Henri Ev.
La constitution morphologique des schizophrenes en rapport avec les
manifestations psychopathologiques et avec leur etiopathogenese. La
costituzione morfologica degli scliizofrenia in rapporto aile manifestazioni
psicopatologiche e alia loro etiopatogenesi), par Carmelo Ventra (Nocera
inferiore). Archivio generale di Neurologia, psychiatria et psicoanalisi,
octobre 1935, p. 381 a 388.
Depuis que nous lisons des travaux sur la typologie, nous sommes habi¬
tues aux exposes prodigieusement detailles de mensurations, de chiffres et
ANALYSES
657.
de moyennes, mais Je present memoire parait etre un record. II n’y a pas
moins de 27 tableaux numeriques, dont certains comportent 30 colonnes
de 50 chiffres. Les recherches out porte sur 360 sehizophrenes (215 honun.es
et 145 femmes). II n’existe pas chez ]es sehizophrenes de type unique. Les
longitypes ont predomine, ce qui verifie l’opinion de Kretschmer, d’autant
plus que les statistiques de l’auteur ont porte sur « l’homo mediterraneus »
et non sur « l’homo nordicus ». Naturellement, il y a eu aussi des bra-
chytypes et des types intermediaires produits de la combinaison des deux
autres. Le reserrement constant du premier et du dernier arc thoraeique,
plus marque chez les hebepheno-catatoniques, ont determine par la loi
constitutionnaliste des correlations transversales, une meiopragie des som-
mets pulmonaires, du foie, de l’estomac, des surrenales, de l’intestin, etc.
Les brachytypes sont plus frequents chez les dements paranoides. Telles
sont les constatations de fait auxquelles aboutit l’auteur de ce monumental
travail de patience.
Henri Ey.
Les differences sexuelles dactylographiques chez les sehizophrenes
(Dactylographische Geschlechts unterschiede der Schizophrenen), p: r
H. Poll. Monatsschrift fur Psychiatrie und Neurologie, Vol. 91, fasc. 2, 1935.
Les impressions digitales ont ete etudiees par l’auteur chez des sujets
normaux et chez des sehizophrenes, a l’aide d’une technique speciale. Les
resultats sont representes par une courbe dactylographique (Dactylodia-
gramm), qui presente, chez les sujets normaux, des differences caracteristi-
ques entre les 2 sexes. Or, ces caracteres distinctifs ont tendance a s’effacer
chez les sehizophrenes. II est permis de rapprocher ces constatations do
certains faits cliniques et therapeutiques : apparition relativement frequente
de caracteres sexuels opposes au cours de la schizophrenic, notamment chez
les femmes ; action, dans certains cas, d’une therapeutique hormonale.
E. Bauer.
De l’influence du processus sur le caractere dans la schizophrenic a evo¬
lution benigne (Uber den Einfluss des Prozesses auf den Charakter bei mild
verlaufenden Schizophrenien), par B.-D. Friedmann (Moscou). Zeitsch. /'. d.
ges. Neuro. und Psych., Tome CXLVI, p. 712 a 719.
Le but de ce travail est de poser quelques questions embarrassanteis a
Kretschmer. Comment oo nee voir l’apparition d’un etat schizophirenique
chez des individus non schizoides ? L’element schizo'ide est-il toujours
obligatoire ? Si oui, quel role joue-t-il dans l’etablissement du processus
schizophrenique ? La schizophrenic se developpe-t-elle h partir de ces ele¬
ments constitutionnels ou jouent-ils seuleirient le rdle d’indicateurs ? Est-
il possible de se satisfaire d’une explication qui invOque une autre consti¬
tution? Peut-etre devons-nous etudier certains troubles et notamment . la
non-affectivite par le processus schizophrenique lui-meme ?
Henri Ey.
Ann. M^d. -psych., XV6 serie, 94' annee, t. I. — Avril 1936. 42.
658
ANALYSES
Contribution au probleme des pseudo-hallucinations dans la schizophrenia
et de leurs rapports avec la constitution eidetique (Zur Frage der Pseu-
dohalluzinationen bei der Schizophrenie und ihrer Beziehungen zur eidetis-
chen Anlage), par G. Pisk. Monatsschrift fur Psychiatrie und Neurologie, Vo).
92, 3, 1935.
Chez la malade decrite par l’auteur, une constitution eidetique particulie-
rement nette a ete manifeste depuis l’enfance. Peu a peu, elle a pris un
caractere penible, obsedant, des pseudo-hallucinations visuelles de plus en
plus intenses se sont produites. La malade est hospitalisee avec un syn¬
drome anxieux intense determine par les troubles hallucinatoires, mais au
bout de quelque temps le tableau clinique se transforme et cede la place
a un etat de schizophrenie catatonique typique. Cette observation souleve
plusieurs problemes : rapports entre les pseudo-hallucinations visuelles et
la constitution eidetique, influence pathoplastique de la constitution eide¬
tique sur la psychose, debut du processus pathologique, qui se place a
l’epoque oil la malade a commence a ressenti'r sa constitution eidetique
comme un phenomene penible, morbide.
E. Bauer.
Contribution au problems de la schizophrenie greffee (Beitrag zum
Problem der Pfropfschizophrenie), par H. Katzemfuss. Archives Suisses de
Neurologie et de Psychiatrie, XXXV, 2, 1935.
L’opinion classique, que la schizophrenie evolue souvent sur un terrain
de debilite mentale, est loin d’etre partagee par tous les auteurs. Les sta-
tistiques sur la « schizophrenie greffee » varient d’ailleurs entre 4 0/0 et
44 0/0 de la totalite des cas. Bumke, Maier-Gross estiment qu’elle est
rare ; Neustadt a nie son existence. L’importance de ces divergences d’opi-
nion s’explique en partie par les divergences doctrinales quant k la nature
et aux limites de la schizophrenie en general, et quant au probleme des
•psychoses de la debilite qui a ete souleve encore recemment par Horst.
L’auteur a etudie le probleme dans une population d’asile, en ne consi-
derant que les cas dans lesquels le diagnostic de schizophrenie avait ete
confirme par 1’evolution et une observation prolongee. II a observe
72 schizophrenics greffees sur des etats d’indigence congenitale, soil
11,1 0/0 de l’ensemble des schizophrenics. II rapporte sommairement
60 observations et insiste sur les particularites symptomatiques et evolu-
tives, peu importantes d’ailleurs. Le tableau clinique est relativement pau-
vre, plus simple, mais les symptomes sont aussi plus marques, plus nets.
L’evolution est plus grave, les remissions sont rares et de courte duree.
L’indigence intellectuelle n’a avec la schizophrenie greffee sur elle que des
rapports pathoplastiques, mais aucun rapport pathogenique. 11 s’agit
d’une association morbide due au hasard.
L’auteur insiste egalement sur la valeur de l’epreuve de Rorschach qui
permet de discriminer entre les elements oligophreniques et schizophreni-
ques et de trancher les cas douteux.
E. Bauer.
ANALYSES
De l’apparition de tableaux cliniques schizophreniques dans la paralysie
g6nerale et leur importance (Das Vorkommen von schizophrenenBildern bei
der progressiven Paralyse und deren Bedeutung), par I. Somogyi et L.-V.
Angyal (de Budapest). Zeitsch. f. d. g. Neuro. und Psych., Tome CXLVI,
p. 145 a 166.
De 1’etude de quatre observations, les auteurs proposent de tirer les
conclusions suivantes : II peut s’agir parfois de coincidences (Rath et
Somogyi). D’autres fois, le processus paralytique joue un r61e incontestable
dans le determinisme de ces syndromes schizophreniques. Dans ce dernier,
car il faut signaler trois eventualites : tantot le processus paralytique
spontane ou modifie par la malaria produit un etat schizophrenique. Tan¬
tot chez un individu ayant deja presente une bouffee schizophrenique, le
processus paralytique le deelenche a nouveau. Tantot enfin le processus
paralytique doit etre rendu responsable du developpement d’une schizo¬
phrenic endogene, qui evolue parallelement a la paralysie generale. Mal-
gre ces conclusions un peu artificielles, le travail est interessant par ses
observations et sa documentation.
Henri Ey.
Les paralytiques generaux avant et apres le traitement malarique (Pro¬
gressive Paralytiker von und mach der Malaria betraiidlung), par M. Weis-
sfeld (Moscou). Zeitsch. f. d. g. Neuro. und Psych., Tome CXLVI, p. 661 a
691.
L’auteur a soigneusement etudie le fond mental des paralytiques gene¬
raux avant et apres la malariatherapie. Les recherches ont porte sur 29 ma-
lades. II rapporte les resultats de ses epreuves d’exploration des capacites
psychiques. Celles-ci ont augmente de plus de 10 %, au moins, dans le
pourcentage des cas suivants : capacites mnesiques (56 %), d’observation
(31 %), d’attention (13 %), de construction (47 %), de calcul (50 %), d’aeti-
vite ideique (57 %), d’intelligence (27 %), de rapidite (30 %), de jugement
moral (9 %), d’ecriture et d’activite motrice (17 %). Le travail s’acheve par
des considerations interessantes sur la comparaison des remissions thera-
peutiques et les remissions spontanees dont il donne les pourcentages anciens
de 1888 a 1924.
Henri Ey.
La paralysie generale des tabetiques, par A. Sezary et H. Gallot. La Presse
Medicale, n° 13, pp. 241-243, 13 fevrier 1935.
Pour MM. Sezary et Gallot, il n’y a que tres rarement coexistence de tabes
et de paralysie generale. Les signes medullaires des deux affections se res-
semblent au debut et ce que 1’on observe plus souvent, c’est 1’evolution
d’une paralysie generale, d’une syphilis cerebrale diffuse plutot de la variety
lente attenuee avec troubles sensoriels et quelques signes de la serie tabe-
tique. Le tabes est une forme de desordre nerveux moins profond, moins
rapidement destructeur que la paralysie generale. Le serum des tabetiques
ne pourrait-il etre injecte utilement aux paralytiques pour ralentir devo¬
lution du mal et preparer le terrain aux therapeutiques actuelles ?
P. Carrette.
ANALYSES
Les troubles psychiques dans les tumeurs cerebrales, par W. Sterling.
Rocznik Psychiatryczny , T. XXV, 1935, p. 54-65.
L’auteur, dont l’experience personnelle se base sur 66 cas de tumeurs
cerebrales (45 cas avec troubles mentaux) distingue, a cote des troubles
psychiques elementaires (troubles de la perception, de la memoire, apathie,
indolence, hallucinations, etc.), les troubles psychiques speciaux, plus
compliques, se rapprochant plus ou moins des syndromes psychopathiques
bien connus. Comme elements transitoires, entre les troubles psychiques
elementaires et les troubles psychiques speciaux, il a observe des troubles
episodiques representant des alterations profondes de Forfentation lies
aux etats delirants. En analysant le syndrome de Korsakow, comme le
representant le plus important et le plus caractferistique des troubles psychi¬
ques speciaux, il discute le probleme de la desorientation.
II analyse ensuite les alterations cerebrales au cours des tumeurs de
Fencephale en mettant en evidence leur caractere, non seulement topogra-
phique, mais surtout diffus, ce qui rend la valeur localisatrice des troubles
psychiques accompagnant les tumeurs cerebrales tres restreinte et bien
problematique. Les troubles psychiques elementaires et les syndromes
mentaux plus compliques dependent de l’importance de ces alterations dif¬
fuses, de leur localisation secondaire et surtout de la constitution heredi-
taire du cerveau.
Friboubg-Blanc.
Sur la valeur localisatrice et sur la pathogenie des troubles psychiques
au cours des tumeurs cerebrales, par J. Rothfeld. Rocznik Psychjairyczny,
T. XXV, 1935, p. 66-92.
Se basant sur 198 cas de tumeurs cerebrales, dont 55 avec troubles psychi¬
ques, Fauteur conclut que ce sont les coefficients toxiques qui jouent le role
principal dans la pathogenie des troubles mentaux : toxines produites par
les neoplasmes provoquant inflammation et cedeme, alteration du Iiquide
cephalo-rachidien... Ce sont done des facteurs generaux, dont Faction est
independante de la localisation des tumeurs, qui donnent naissance aux
troubles psychiques. II s’ensuit que toute conclusion tiree des troubles
psychiques au cours des tumeurs cerebrales et concernant la localisation
est illicite. Les troubles psychiques au cours des tumeurs cerebrales doivent
etre consideres comme symptome general et non local.
Fribourg-Blanc.
Les perturbations psychiques chez les blesses du cr&ne, par J. Nelken.
Rocznik Psychiatryczny, T. XXV, 1935, p. 149-160.
En rappelant Fimmense litterature relative aux blessures de guerre de
la tete par coup de feu, Fauteur etudie les coups de feu a la tete par tenta¬
tive de suicide. Il s’occupe specialement de Fetat d’amnesie retrograde, de
l’affaiblissement psychique terminal, de" l’epilepsie et des idees de persecu-
Dix cas de coup de feu a la tete servent de base aux conclusions de
Fauteur.
Il existe toujours un trouble de la conscience. Le choc des operations
chirurgicales du crane joue un role dans les troubles observes. L’amnesie
ANALYSES
retrograde survint dans 3 sur 7 cas de lesion du cerveau. L’auteur s’attache
particulierement aux perturbations tonctionnelles qui, dans certains cas,
depassent meme les troubles organiques. La lesion organiquc du cerveau
cree dans ces cas des conditions favorables aux troubles de la conscience.
De Fanalyse de divers cas cliniqUes, N el ken tire la conclusion que l’amne-
sie differe suivant les victimes d’u n meme drame (suicide a deux) et qu’elle
n’est pas seulement fonction de la lesion anatomique du cerveau. L’auteur
se refere aux symptomes denommes la triade de Neustadt : perte du tonus
psychique, — trouble de la perception et de la memoire, — troubles affectifs.
La lesion organique peut provoquer des mecanismes semblables a ceux de
l’hysterie.
En general les troubles du caractere qui surviennent apres un coup de feu
au cerveau rappellent ceux de 1’epilepsie, quoique aucun des cas rapportes
ne s’accompagnat d’attaque d’epilepsie ni d’equivalents. La litterature
demontre que 1’experience de la guerre a tres peu eclairci l’etiologie de
1’epilepsie et sa therapeutique. Un erysipele de la tSte, survenu dans un
des cas, influa d’une maniere favorable sur l’etat general du malade, mais
n’eut aucune influence sur les lesions organiques causees par le coup de feu.
Les idees de persecution se manifesterent dans 3 cas sur 10. Les idees de
grandeur resultaient de ia disposition affective anterieure.
Fribourg-Blanc.
De l’amnesie, suite de blessure du cr&ne par arme a feu, par J. Handelsman
et J. Nelken (Warszawskie Czasopismo Lekarskie, T. XII, n» 19 du
16 mai 1935).
En complement d’une etude anterieure de J. Nelken sur l’origine de l’am¬
nesie retrograde faisant suite aux blessures de la tete par arme a feu dans
le suicide, les auteurs rapportent l’observation d’un aliene schizophrene
qui, blesse a la tSte par sa fiancee d’une balle penetrante, ne presenta
aucune amnesie retro ou anterograde. A la suite de cette blessure, 1’etat
psychique du malade s’ameliora et la guerison pratique fut obtenue. L’ab-
sence d’amnesie pourrait etre attribuee a l’absence de troubles catathymi-
ques en rapport avec la blessure de l’encephale.
Fribourg-Blanc.
Nouvelle contribution k l’etude du syndrome interparietal dans les mala¬
dies mentales (Weitere Bertrage zun Lehre von interparietal en Syndrom
bei Geistes krank heiten), par M. Gurewjtsch (Moscou). Zeilschr. f. d. g.
Neuro iind Psych., Tome CXLVI, p. 126 a 144.
L’auteur rapporte, a la suite de son travail precedent (meme Revue, t. 140,
1932) neuf nouvelles observations qui lui paraissent demonstratives du
role que jouerait le syndrome interparietal (troubles du schema corporel)
dans certaines psychoses. De ces neuf observations, une seule (le deuxieme
cas) est particulierement interessante. II s’agirait d’un jeune homme de
26 ans qui, 8 ans auparavant, avait recu une balle dans la tete, qui avait
contracte la syphilis depuis 6 ans et etait alcoolique. II presente de juillet
1931 a janvier 1933 des troubles mentaux rapportes. a une meningo-ence-
phalite au cours desquels parmi d’autres troubles neurologiques on nota des
troubles sensitifs et notamment une alteration assez curieuse de la stereo-
gnosie, consistanl a identifier l’objet mis sous la main, a l’objet anterieu-
ANALYSES
rement palpe (palistereognosie). Pour les autres cas, il s’agissait de schizo¬
phrenic (1, 3, 4, 5), d’epilepsie (6), de nevrose d’angoisse (8), de syndrome
de Parkinson (7), de psychose traumatique (9). On trouvera des commen-
taires interessants sur les alterations du schema corporel, decrites par
Poetzl et Hoff. Aucune de ces observations n’a ete sanctionnee par un
controle anatomique.
Henri Ev.
PSYCHANALYSE
Genetique et psychanalyse, par W. Bischler (Geneve) (en francais). Archivio
generate di Neurologia, Psichiatria e Psicoanalisi, juin 1935, p. 249 a 252.
Les phenomenes d’heredite influent sur notre vie comme les evenements
de notre premiere enfance. La psychanalyse examine l’inconscient person¬
nel, infantile, et d’autre part l’inconscient colleetif, racial (Jung) ; or, entre
les deux, il y a place pour un inconscient mi-personnel : l’inconscient here-
ditaire. C’est cet inconscient que permet d’etudier l’analyse de la schizo¬
phrenic. La genetique et la psychanalyse examinent en outre des pheno¬
menes dynamiques nes des tendances et predispositions latentes, non encore
realisees. Sans doute, mais ne reste-t-il pas a resoudre ce probleme autre-
ment que par des speculations un peu artificielles sur les equivalents dans
1’inconscient de la dominance et de la recessivite ?
Henri Ey.
Ce que la Clinique franqaise a retenu de la psychanalyse, par A. Hesnaro.
La Clinique, n" 240, pp. 61-66, fevrier 1935.
Apres une periode de vogue etendue, la psychanalyse est revenue aux
medecins trap peu nombreux et trap isoles qui la pratiquent, consi-
deree par la majorite avec une « sorte d’indifference vaguement hostile ».
Et pourtant, malgre la repugnance du clinicien francais pour le dogme
du pansexualisme et pour la terminologie conformiste, le Freudisme a
laisse une empreinte profonde, implicite, dans la pensee, et meme dans le
langage des psychiatres et des psychologues. Il a mis en lumiere une telle
quantite de faits, il a enseigne tant de precedes duplications que l’indis-
pensable analyse des troubles dans les psychonevroses s’est inspiree tou-
jours plus profondement de ses methodes. M. Hesnard fait le bilan de ce
qui a ete adopte et rejete.
P. Carrette.
Nos rOves et leura qualites, par Rene Franquet. La Clinique, n" 240, pp. 67-
72, fevrier 1935.
La valeur du r6ve comme element symptomatique est encore trop negli¬
gee. Il represente cependant un mode d’activite psychique tres important,
libera des entraves sociales de l’etat de veille. Certains rives renseignent sur
1’etat ceenesthesique, sur Revolution d’affections organiques. M. F'ranquet
montre comment leur analyse conduit parfois au diagnostic precoce que
l’examen clinique ne permet pas encore. Il rappelle egalement les exemples
dont l’interpretation est si precieuse dans le traitement des psychonevroses.
P. Carrette.
ANALYSES
NEUROLOGIE
Manifestations encephaliques des embolies gazeuses, par J. Lhermitte. La
Medecine, n° 2, pp. 129-134, fevrier 1935.
Les travaux recents de MM. Goret et Gillard aboutissent a cette conclu¬
sion que les embolies gazeuses sont arretees dans les capillaires pulmonaires
et que les accidents proviennent de l’asphyxie par arret. M. Lhermitte
contredit ce point de vue en presentant des faits demonstratifs : les bulles
d’air cheminent parfaitement dans les capillaires pulmonaires et dans le
reseau cerebral. La moindre perturbation suspendant 1’irrigation encepha-
lique peut avoir des consequences redoutables : paralysies et convulsions
notamment.
P. Carrette.
Les dysplasies neuro-ectodermiques congenitales, par Ludo van Bogaert.
Revue Neurologique. T. LXIII, n° 3, pp. 353-398, mars 1935.
Certaines affections sont caracterisees par une atteinte simultanee de la
peau, du systeme nerveux et des glandes endocrines. Elies tendent a adop¬
ter une disposition metamerique, une topographie cutanee repondant a
l’innervation sympathique, un developpement maximum dans les terri-
toires de plus grande complexity embryonnaire. M. van Bogaert decrit la
sclerose tubereuse, la neurofibromatose, les angiomatoses de la peau, de la
retine et des centres nerveux, l’idiotie xerodermique, les keratoses et
ichtyoses familiales. Toutes ces dysphagies touchent aux problemes consti-
tutionnels. La participation mesodermique variable ne saurait faire perdre
de vue les caracteres communs du processus, dont le point de depart se
situe dans une periode fcetale assez nettement limitee.
P. Carrette.
Etude des modifications fonctionnelles du nerf au cours de la degene-
rescence wallerienne, par Jean Titeca. Archives internationales de
Phgsiologie. T. XLI, fasc. 1, 1935.
L’excitabilite du sciatique de grenouille, separe de ses origines centra¬
les, est etudifi par M. Titeca. Les recherches sur la chronaxie, sur le seuil
d’excitation au choc d’induction, sur la periode refractaire, sur la repeti¬
tion des stimuli indiquent, qu’apres une courte periode de stabilite, le nerf
temoigne d’une « fatigabilite » toute speciale. Les troubles fonctionnels,
apparus d’abord dans le bout proximal, se propagent vers la peripheric,
en fonction de la temperature d’experience. La reversibilite des phenome-
nes provoques perd progressivement sa rapidite. Les terminaisons nerveu-
ses motrices degenerent precocement et repondent a la disparition de
l’excitabilite musculaire indirecte, alors que le nerf lui-meme a conserve
sa conductibilite propre. Le mecanisme de la degenerescence wallerienne
parait double. D’vme part, la separation du nerf d’avec son centre provo-
que une denutrition fatale et d’autre part un processus d’autolyse, a pro¬
pagation centrifuge, atteint la gaine de myeline et favorise la disintegra¬
tion du nerf sous-jacent.
P. Carrette.
664
ANALYSES
Le signs de flexion de la tete. (Das Kopfbeugesymptom), par F. Th. Munzer.
Monatsschrift / fir Psychiatrie und Nenrologie, Vol. 92, 4, 1935.
Chez les sujets atteints d’une affection, primitive ou seeondaire, des raci-
nes posterieures, 1’anteflexion forcee de la t§te determine une douleur plus
ou moins vive, dans la zone innervee par les racines atteintes, parfois dans
une zone plus diffuse. La douleur apparait dans les mouvements passifs
et actifs, en position debout, couehee, assise ; dans la position assise, elle
est particulierement forte en cas d’atteinte des racines posterieures lombo-
sacrees. L’auteur etudie le mecanisme de production du signe, tres simple
a comprendre, ses aspects differentiels suivant l’etage medullaire atteint,
sa valeur symptomatique et diagnostique.
E. Bauer.
Un reflexe oculo-cardiaque spontane et intempestif, par S. Vialard. La
Presse Medicale, n» 4, pp. 71-72, 12 janvier 1935.
L’auteur presente I’observation d’un sujet jeune qui, a la suite d’une
intervention pour cataracte traumatique, fut atteint brusquement de
malaises, d’angoisse, de lipothymie avec acroasphyxie et d’une bradycardie
considerable. Ces accidents sont imputables au pansement compressif et au
developpement d’un hematome qui realiserent automatiquement un declan-
chement du reflexe oculo-cardiaque chez un vagotonique. Les troubles ces-
serent avec la suppression de la compression. L’hypertension locale ne per-
met pas d’administrer 1’atropine. M. Vialard conseille le gardenal associe
4 la quinine et a la valeriane.
P. Carrette.
Le probleme des migraines allergiques, par Jean Hamburger. Revue d'im-
munologie. T. I, n° 1, pp. 102-112, janvier 1935.
Une crise colloidoclasique precede certains acces de migraine, mais nous
sommes peu renseignes sur les rapports de cause a effet. Les tests biologi-
ques positifs manquent pour affirmer qu’une migraine est due a une sen-
sibilisation speciflque de 1’organisme. Ainsi on a incrimine des aliments. II
n’est pas niable qu’ils peuvent favoriser la crise. Toutefois les sujets obser¬
ves presentent un terrain digestif deficient, des troubles hepato-biliaires.
Les traitements des hypersensibilites, par la peptone notamment, ne sont
pas non plus ddmonstratifs. Leur effet est transitoire et des ameliorations
importantes sont obtenues dans des cas de migraines dont 1’origine allergi-
que est plus que douteuse.
P. Carrette.
Troubles vaso-moteurs associes aux paralysies d’origine centrale (Vaso¬
motor Changes Associated with Paralysis of Cerebral Origin), par Paul C. Bucy.
Archives of Neurology and Psychiatry . T. XXXIII, n» 1, pp. 30-52, janvier 1935.
L’examen des hemiplegiques n’apporte pas de contribution valable sur
le mecanisme qui preside a la centralisation du systeme vaso-moteur parce
que les resultats, bien qu’abondants, sont contradictoires. M. Bucy rappelle
les modifications de la temperature locale, de la tension arterielle, de
ANALYSES
ia nutrition cutanee, de l’actiyite pilo-motrice qui expriment l’interrup-
tion fonctionnelle des fibres inhibitrices allant du cortex aux centres vaso-
constricteurs de Fhypothalamus et de la moelle.
P. Carrette.
Le syndrome de la pointe du rocher, par G. Marinesco el Grigoresco.
(Archivos argentinos de neurologia, Vol. XII, n° 4, avril 1935)
Le syndrome de la pointe du rocher represente une entite anatomo-clini-
que bien determinee. II est produit par l’atteinte simultanee des paires V
et VI et il se traduit cliniquement par des douleurs parieto-temporo-faciales
de type gasserien, avec strabisme interne de l’ceil correspondant. Ce syn¬
drome algo-strabique s’explique par le fait que le siege du ganglion de
Gasser est tres rapproche du nerf moteur oculaire commun au niveau de
la pointe du rocher du temporal.
Cliniquement, on note une nevralgie faciale unilaterale presentant les
caracteres habituels des douleurs dans le domaine du trijumeau, s’accom-
pagnant parfois d’un hemispasme facial ou d’un veritable syndrome Claude
Bernard-Horner. Le strabisme interne de l’oeil, du meme c6te que la douleur,
s’installe posterieurement et peu a peu.
Ce syndrome peut etre realise par des causes multiples. Les plus fre-
quentes sont des complications des otites moyennes constituant le syndrome
de Gradenigo, par propagation de l’infection a la pointe du rocher. La
syphilis, sous la forme d’une gomme ou d’une osteite, peut realiser egale-
ment ce syndrome. Exceptionnellement, il peut s’agir de foyers d’infection
intracerebraux.
Le syndrome de la pointe du rocher offre des caracteres anatomiques et
semiologiques assez nets pour etre individualise et range dans le cadre
nosologique des syndromes paralytiques des nerfs craniens de la base.
Lauzier.
Le syndrome myoolonique synchrone et rythme velo-pharyngo-laryngo-
oculo-diaphragmatique, par Georges Gcillain et Pierre Mollaret. La Presse
Medicate, n° 4, pp. 57-60, 12 janvier 1935.
Les myoclonies interessant les muscles stries annexes a l’appareil res-
piratoire, ceux des premiers segments digestifs et de la face forment un
syndrome dont l’etiologie apparalt assez complexe. Lie a l’arterio-sclerose,
euglobe dans une affection tumorale ou une maladie infectieuse, il n’est
pratiquement jamais isole et repond a des alterations histologiques variees.
Toutefois, si la question de nature des lesions reste indecise, des recherches
reiterees ont apporte a la physiopathologie du tronc cerebral une contri¬
bution tres utile. Elies montrent la participation habituelle du systeme
olivo-dentele au syndrome myoclonique. Homolaterales par rapport au
noyau dentele du cervelet, contralaterales par rapport a l’olive bulbaire,
les lesions seraient par consequent assez strictement limitees et les voies
d’association avec le noyau rouge ne seraient pas inevitablement lesees.
De nouvelles observations montreront sans doute si le syndrome myoclo-
riique peut fournir des precisions sur le role des fibres cerebello-rubri-
ques, de la bandelette lougitudinale posterieure et du faisceau central de la
calotte.
P. Carrette.
ANALYSES
Contribution 4 l’etude des tumours do l’angle ponto-cerebelleux, par
Darquier et Schmite. Memoire presente a la Societe de Neurologie pour le
Prix Charcot le 13 decembre 1934. Benue Neurologique, T. LXIIII, n° 2,
pp. 257-312, aout 1935.
MM. Schmite et Darquier font une etude clinique, anatomique et chirur-
gicale des tumeurs de l’angle et des tumeurs de 1’acoustique.
Au point de vue clinique, ils insistent sur la periode de debut oh le
diagnostic precoce entraine une sanction therapeutique et modifie le pro-
nostic. A cette periode, la symptomatologie est fruste, souvent il s’agit de
formes mono-symptomatiques, Pexamen systematise permet alors d’arri-
ver a un diagnostic precis. La recherche des epreuves vestibulaires peut
rendre de grands services. La radiographie peut egalement fournir un
appoint non negligeable. A la periode d’etat, la symptomatologie est clas-
sique et le probleme diagnostique facilement soluble.
Dans une deuxieme partie, les auteurs etudient la question anatomique
et soulignent l’interet de certaines formes generalisees ; les relations
entre les tumeurs de 1’acoustique avec la neuro-iibromatose generalisee,
avec la maladie de Bourneville-Brissaud, avec les blastomatoses du sys-
teme nerveux.
La troisieme partie a trait au probleme neuro-chirurgicale. Les diffe-
rentes methodes sont l’objet d’une critique serree. Enfin, pour terminer,
des donnees statistiques, du plus grand interet, sont fournies.
J.-O. Treli.es.
Etude clinique de 20 cas d’astrocytomes du vermis chez l’enfant, par
Guy Loisel. Gazette Medicate de France et des Pays de Langue francaise,
n° 3, pp. 133-141, ler fevrier 1935.
Nettement caracterises par un syndrome d’hypertension et de perturba¬
tion cerebello-vestibulaires, les astrocytomes du vermis doivent etre operes
precocement, sans rien attendre de la radiotherapie. Le pronostic est favo¬
rable. La tumeur, kystique dans la majorite des cas, bien limitee, s’extirpe
aisement. Toutes ces considerations font deplorer d’autant plus les erreurs
de diagnostic et les negligences, car les accidents evolutifs sont mortels :
engagement progressif au niveau du trou occipital, hydrocephalie interne
et compression bulbaire.
P. Carrette.
Paralysis recidivante des nerfs craniens dans la maladie de Quincke,
par J. Pinczewski et W. Stein ( Warszawskie Czasopismo Lekarskie, T. XII,'
n«s 27-28 du 25 juillet 1935).
Les auteurs relatent 1’observation d’une malade agee de 22 ans, qui a
presente a deux reprises, en l’espace de trois ans, a 1’occasion de poussees
d’oedeme de Quincke, des troubles multiples mais transitoires, allant jusqu’h
la paralysie des V', VI«, VIP et VIIP paires. Ces troubles etaient accompagnes
de cephalees et de prostration. L’origine de ces manifestations semble se
rattacher a l’cedeme angioneurotique de Quincke.
Fribourg-Blanc.
ANALYSES
667
De l’angiomatose du systems nerveux central et de la retine (syndrome
d’Hippel-Lindau) en tenant compte en particulier des lesions pan-
creatiques (Uber Angiomatosis des Zentralnervensystems und der Netzhaui,
unter besonderer Beriicksicbtigung der Pankreasveranderungen), par
W. Putschar. Munchener Medizinische W ochenschrift, 1935, n° 27.
L’auteur rapporte 4 observations de maladie d’Hippel-Lindau et insiste en
particulier sur les kystes et adenomes kystiques du pancreas, rencontres
dans ces cas. II rappelle les analogies qui existent entre cette maladie, la
maladie de Recklinghausen et la sclerose tubereuse, et propose de les reunir
sous 1’etiquette d’ « hamartoses » (du verbe grec a/xasravstv, aberrer). La
syringomyelie pourrait egalement rentrer dans ce groupe.
E. Bauer.
Anosognosie de cecite dans un cas de cysticercose cerebrale, par
Mme H. Joz (W arszawskie Cznsopismo Lekarskie, T. XII, n”s 29-30 du 8 aout
1935).
L’auteur rapporte 1’observation et le compte rendu d’autopsie d’un malade
atteint de cysticercose cerebrale. II presentait de la stase papillaire avec
cecite, dont il ne se rendait pas compte. II n’existait point d’autres troubles
psyehiques. La localisation topographique de l’anosognosie n’a pas et£
etablie.
Fribourg-Blanc.
Myasthenie bulbo-spinale et paralysies ooulaires periodiques, par Henri
Schaeffer. La Presse Medicale, n° 18, pp. 351-352, 2 mars 1935.
L’etiologie de la myasthenie bulbo-spinale reste obscure. Elle s’associe
parfois avec des ophtalmoplegies alternantes et recidivantes dont les rap¬
ports avec la myasthenie sont mal definis. M, Schaeffer presente une obser¬
vation nouvelle. II signale des migraines dans les antecedents et emet
1’hypothese d’un trouble humoral sous la dependance d’une intoxication
recidivante. L’heredite syphilitique est evidente, mais elle n’ajoute rien aux
tentatives faites pour preciser le mecanisme des accidents. Le traitement
ne renseigne pas davantage. Signalons toutefois l’amelioration passagere
obtenue par les injections d’extrait cortico-surrenal.
P. Carrette.
Sur les ophtalmoplegies familiales. Un cas d’apparition tardive, par
Crouzon, Christophe et Mme Braun-Vallon . La Medecine, n° 2, pp. 117-122,
fevrier 1935.
L’interet des ophtalmoplegies familiales reside encore dans la rarete des
observations publiees. Le cas actuel est complexe. II ne s’agit pas, en effet,
de syndrome deja decrit, le ptosis tardif de Dutil, mais d’une degenfires-
cence importante des noyaux oculaires, secondaire a une meningite fibreuse
de la base et des lobes frontaux.
P. Carrette.
ANALYSES
Observations de meningiomes cerebraux (fiber Hirnmeningiome in Ein-
zeldarstellungen), par L. Puusepp. Folia Neuropalhologicd Esloniana,
Vol. XIV, 1935.
L’auteur rapporte 17 observations de meningiomes groupees en : 1) me¬
ningiomes des sinus veineux, 6 cas dont 4 du sinus sagittal superieur, 1 du
confluent, 1 du sinus transverse ; 2) meningiomes de la faux du cerveau,
2 cas ; 3) meningiomes de la gouttiere olfactive, 2 cas ; 4) meningiomes
suprasellaires, 1 cas ; 5) meningiomes de la region sphenoidale, 2 cas :
6) meningiomes de la convexite, 3 cas ; 7) meningiomes de Tangle ponto-
cerebelleux, 1 cas. Les symptomes cardinaux des tumeurs cerebrales :
cephalees, nausees ou vomissements, stase papillaire, hyperalbuminora-
chie, ont fait defaut meme dans des cas de tumeur volumineuse. C’est
surtout dans les meningiomes sinusaux, meme de petites dimensions, et
dans celui de tumeur de Tangle pontocerebelleux que le syndrome etait an
complet. L’hyperalbuminorachie etait de tous les symptomes le plus
constamment observe. Les signes de localisation etaient surtout moteurs,
sensitifs (sensibilite douloureuse), visuels, irritatifs d’abord, deficitaires
ensuite. Les modifications de la paroi cranienne, epaississement, hypere-
mie, ont contribue au diagnostic dans plusieurs cas. La ventriculographie
a rendu des services tres precieux pour le diagnostic de localisation et de
nature de la tumeur. Celui-ci a pu dtre fait exactement dans 12 cas sur 17.
La technique operatoire est exposee en detail pour chaque cas. Les
resultats des 16 interventions ont ete les suivants : dans 14 cas, l’extirpa-
tion complete de la tumeur a pu etre rdalisee ; 4 de ces malades inouru-
rent des suites de l’intervention. II s’agissait des cas les plus graves par
suite du grand volume de la tumeur ou du mauvais etat general avant
l’intervention. Dans plusieurs cas, Fintervention fut faite, avec succes, en
2 ou 3 temps-.
E. Bauer.
Les meningiomes de la petite aile du sphenoide (Considerations anatomo-
cliniques), par Marcel David et D. Mahoudeau. Gazette Medicate de France
et des Pays de Langue francaise, n° 3, pp. 111-131, 1« fevrier 1935.
Les meningiomes de la petite aile du sphenoide, les plus frequents, les
plus dangereux par leur debut insidieux, leurs bizarreries cliniques et radio-
logiques ont ete longtemps redoutes des chirurgiens a cause des difficultes
d’extirpation et d’hemostase. Grace a la methode d’electro-coagulation uni-
polaire, les guerisons sont aujourd’hui nombreuses et definitives.
P. Carrette.
Les arachnoidites opto-chiasmatiques. Leur diagnostic et les indications
therapeutiques, par Pierre Puech et D. Mahoudeau. Gazette Medicate de
France et des Pays de Langue francaise, n° 3, pp. 101-109, lEr fevrier 1935.
La diversity etologique de Tarachnoi'dite opto-chiasmatique est un avan-
tage et un inconvenient, L’affection est trop souvent meconnue. La baisse
rapide de la vision aboutit a la cecite avec atrophie optique apres une otite,
un trauma cranien, au cours du diabete ou du rhumatisme. II faut savoir
que, memo en:cas d’echec du traitement medical, et alors que le malade
ANALYSES
est aveugle, 1’exploration chirurgicale peut etre pratiquee avec plein succes,
en particulier dans les cas de meningite kystique.
P. Carrette.
Meningite sereuse evoluant sous forme de tumeur du cerveau, parV. G.
Lazarev et B. Leibovitch. (Sovietskaia Psychonevroloyuia, T. XI, n° 1, 1935).
Un ensemble de six cas cliniques de meningite sereuse verifies a l’au-
topsie ont permis aux auteurs de souligner les difficultes du diagnostic diffe¬
rentiel avec les tumeurs du cerveau. Dans la plupart des cas observes, il
s’agissait de meningo-encephalite chronique ou subaigue. Dans d’autres
cas, la meningite sereuse etait une manifestation de meningopathie.
Fribourg-Blanc.
Contribution a la olinique et a l’anatomie pathologique des meningites
infeetieuses, par G. G. Sokolanski et E. N. Kovalov ( Sovietskaia Psychone¬
vrologuia, T. XI, n»l, 1935).
L’etude clinique et anatomo-pathologique semble prouver que dans cer-
taines formes de meningite infectieuse avec tendance a la chronicite, il
se produit un deplacement de 1’activite du processus pathologique de la
surface vers la profondeur qui transforme le processus initial en « ven-
triculite s> ou en epindymo ou sous-epindymo-encephalite ou en choroi'dite.
Les auteurs soulignent le defaut de parallelisme entre les signes cliniques
et l’amelioration apparente des caracteres du liquide cephalo-rachidien
sous-arachnoi'dien. Ce fait s’explique par la difference de propriete du
liquide cephalo-rachidien sous-arachnoi'dien et celui des ventricules. Cette
particularity est due a l’obliteration des trous de Magendie et de Luschka
et s’explique par l’existence d’une barriere entre le liquide eephalo-raehi-
dien et le tissu cerebral represente par la couche glieuse marginale.
Fribourg-Blanc.
La meningite sereuse de la poliomyelite et la meningite tuberculeuse.
Cyto-diagnostic differentiel, par B. Tassovatz. La Presse Medicate, n° 15,
pp. 285-286, 20 fevrier 1935.
Le diagnostic differentiel des meningites a liquide clair est parfaitemcnt
possible par le seul examen des resultats de la ponction lombaire, mais a
la condition de la repeter en cours d’evolution. En efifet, la meningite polio-
myelitique peut avoir la meme cytologie que la meningite tuberculeuse. La
polynucleose du debut de 1’une ressemble a celle qui marque le declin de
1’autre. Trois ponctions successives levent generalement l’hesitation.
P. Carrette.
Un cas de meningite lymphocytaire, par Laurent Pinelli et Pierre Ventre.
Provence Medicale, n* 41, pp. 13-14, 15 fevrier 1935.
Observation curieuse de meningite de cause inconnue, avec lymphocytose
importante (112 elements), guerie immediatement apres le prelevement du
liquide cephalo-rachidien.
P. Carrette.
670
ANALYSES
L’arachnoidite spinale kystique, cause de compression medullo-radicu-
laire (La aracuoidis espinal quistica como causa de compresion medulo-
radicular), par Ramon Soto Romay. La Semana Medica, n° 2141, pp. 251-260,
24 janvier 1935.
Parmi les causes multiples d’araehnoidile, 1’auteur retient surtout le trau-
matisme et la tuberculose. II rapporte trois observations, dans lesquelles
le diagnostic precoce, etabli des l’apparition des signes de compression, fut
suivi d’une intervention destinee a retabiir la permeabilite du canal rachi-
dien. Le traitement general anti-infectieux peut seul, dans un grand nom-
bre de cas, completer la guerison et prevenir les recidives.
P. Carrette.
L’etude des fonctions cochleo-vestibulaires dans la maladie de Friedreich
et les affections heredo-degeneratives du meme groupe, par Georges
Guillain, P. Mollaret et M. Aubry. Revue Neurologiquc. T. LXIII, n" 1,
pp. 36-44, janvier 1935.
L’examen des fonctions cochleo-vestibulaires fournit un nouvel argument
en faveur de la doctrine uniciste des affections heredo-degeneratives. II per-
met de retrouver, dans des formes cliniques d’aspect assez different, la meme
diminution progressive de 1’excitabilite vestibulaire, decelee objectivement
par l’abolition elective du nystagmus provoque de forme rotatoire.
P. Carrette.
Un cas de maladie de Friedreich avec atrophie musculaire du type Char¬
cot-Marie (Un caso de doenca de Friedreich com Atrofia muscular Charcot-
Marie), par A. Borges Fortes. Arquivos Brasileiros de Neuriatria e Psiquiatria.
XVIIP annee, n° 1, pp. 5-12, janvier-fevrier 1935.
Observation a retenir pour deux raisons : elle renferme d’abondants docu¬
ments sur 1’heredite du sujet et elle apporte une contribution a l’etude des
relations de la maladie de Friedreich et de l’atrophie du type Charcot-
Marie. La descendance combinee de psychopathes donne des oligophrenies,
des surdi-mutites, des tuberculoses et des neuro-scleroses. Le cas renseigne
mieux que l’etude d’une forme intermediate, c’est une association du syn¬
drome de Friedreich et de celui de Charcot-Marie realisant le type Gal-
lotti. Les lesions degeneratives atteignent les cornes anterieures, les raci-
nes, les nerfs et les muscles.
P. Carrette.
Maladie de Recklinghausen associee a d’autres dysgenesies du systeme
nerveux, par V. M. Slonimskaia et S. B. Balaban. Sovietskaia Psichonevro-
loguia, T. X, fasc. 5, 1934.
Les auteurs rapportent un cas de maladie de Recklinghausen ayant debute
dans l’enfance, et a laquelle s’est associee une syringomyelie. Le syndrome
narcoleptique observe chez la malade est lie a la maladie de Recklinghausen
et doit etre interprete comme dependant d’une lesion du mesencephale, due
a un blastome.
Au point de vue de la pathogenie, il faut souligner dans ce processus lfe
ANALYSES
671
defaut de developpement du systeme nerveux, qui s’etend sur les diffe-
rentes etapes de son evolution. II y a done onto-dysgenesie avec tendance
a la blastomatose.
Fribourg-Blanc.
L’etiopathogenese de la sclerose en plaques (Sa etiopatogenesi della sclerosi
multipla), par Salvatore Gullotta. Rivista di Neurologia, aout 1935, p. 512 a
532.
Excellente revue generale sur la question, tres claire et tres complete.
On y trouvera brievement exposes les principaux travaux recents dans les
divers pays, et notamment les recherches experimentales des Anglo-Saxons.
Bibliographie des plus recents memoires, depuis 1933.
Henri Ev.
Le diagnostic precoce de la sclerose en plaques, par S. Justman ( War za ivs-
kie Czasopismo Lekarskie, T. XII, n° 23-24 du 27 juin 1935).
A propos de quatre cas de sclerose en plaques au debut, l’auteur fait
-essortir l’interet que presente, pour le traitement et le diagnostic de
cette affection, la connaissance des symptomes initiaux ou precurseurs.
Ces signes peuvent etre subjectifs ou objectifs.
Parmi les signes subjectifs, les malades presentent des paresthesies, des
engourdissements, des sensations douioureuses ou penibles diverses, des
vertiges, des manifestations oculaires, etc...
Parmi les signes organiques, l’auteur souligne le nystagmus, l’affaiblis-
sement des reflexes cutanes et l’exageration des reflexes tendineux. L’appa-
rition du reflexe de Babinski et de Rossolimo est precedee par l’immo-
bilite des orteils. C’est un des signes les plus constants.
Fribourg-Blanc.
De l’association de la maladie de Basedow ala sclerose en plaques, M. A.-
I. Vilkomirsky. Sovielskaia Psichonevrologuia, T. X, fasc. 5, 1934.
L’auteur decrit un cas de maladie de Basedow associe a la sclerose en
plaques. La maladie de Basedow a prepare le terrain a revolution de la
sclerose multiple. La thyroldectomie est la seule therapeutique efficace. En
raison du traumatisme mental que cette intervention peut entrainer, elle
exige une preparation prealable du malade.
Fribourg-Blanc.
Myelose funiculaire. Considerations cliniques a propos de 2 cas (Myelose
Funicular. Considerasoes clinicas em torno de dois casos), par Jairos Kamos.
Revista de Neurologia e Psychiatria de Sao Paulo, T. I, n° 2, pp. 173-195,
janvier-mars 1935.
Les deux observations de M. Ramos montrent l’anemie avec ana-
chlorhydrie et colite chronique d’une part, de forme pernicieuse d’autre
part, s’associant a des complications nerveuses. II s’agit bien du syndrome
denomme myelose funiculaire : troubles moteurs pyramidaux, troubles
sensitifs tactile et thermique sans participation des sensibilites profondes,
672
ANALYSES
demarche spastique, pas de troubles cerebelleux, pas de signes meninges.
Si l’hepatotherapie ameliore l’etat general et les dysesthesies, elle n’a pas
d’influence nette sur l’ensemble des troubles nerveux.
P. Carrette.
Polynevrite tuberculeuse (Polineuritis tuberculosa), par Carlos F. Cardenas,
Francisco J. Menendez, Emilio Soto Pradera, Sidney Orret et Augustin
M. Abril. Archivos de Medicina Interna (La Habana), T. I, n° 1, pp. 85-95
janvier-fevrier 1935.
La polynevrite des tuberculeux, assez rare en periode evolutive, est fre-
quente dans la cacbexie terminale. Elle n’a pas de rapports directs habituels
avec 1’intensite de la symptomatology pulmonaire. Ce serait plutot une
localisation nerveuse d’allure toxique. L’interet de son etude reside dans la
possibility d’un diagnostic etiologique base sur le tableau Clinique. C’est le
type de la polynevrite sensitivo-motrice qu’on observe generalement, mais
avec les caracteristiques suivantes : exaltation de la reflectivite rotulienne,
hyperreflectivite idio-musculaire, myo-cedeme marque, absence de flacci-
dite et au contraire tendance a la contracture douloureuse des masses
musculaires atrophiees. Cette conception s’appuie sur 3 observations net-
tes : lesions tuberculeuses pulmonaires et troubles nerveux evoluant favo-
rablement apres collapsotherapie dans le premier cas ; installation de la
polynevrite au cours d’une poussee bronchopneumonique dans le deuxieme
cas ; eclosion du syndrome nerveux comme manifestation initiale d’une
toxhemie bacillaire reveillee, permettant la decouverte de lesions cicatri-
cielles des voies respiratoires dans le troisieme cas.
P. Carrette.
Les nevralgies du trijumeau, par J. Haguenau. La Presse Medicate, n« 17,
pp. 331-332, 27 fevrier 1935.
Les nevralgies faciales, essentielles et secondaires, sont justiciables des
calmants analgesiques, et c’est devant leur ecbec que se pose la question
des injections neurolytiques ou des radicotomies plus ou moins completes.
II existe, en outre, une forme qu’il importe de reconnaitre, justement pour
ne pas lui appliquer les traitements precedents, c’est la sympathalgie contre
laquelle il convient d’associer a la radiotherapie et a la reflexotherapie les
procedes babituels de suggestion employes chez les nevropathes.
P. Carrette.
Nevralgie du glosso-pharyngien et son traitement, par D. Petit-Dutaillis
et P. Schmite. Gazette Medicate de France et des Pays de Langue francaise,
n° 3, pp. 95-99, ler fevrier 1935.
L’etude elinique de la nevralgie du glosso-pharyngien et les resultats des
neurotomies ou des radicotomies ont permis de preciser le role et la distri¬
bution pour certains rameaux de la IX6 paire cranienne, qui assure la sen-
sibilite pharyngee, partiellement sa motricite, le sens gustatif, la secretion
salivaire et la voie de certains reflexes, tel le reflexe nauseeux.
P. Carrette.
ANALYSES
673
ANATOM IE
Degenerescence amyloide de la cellule nerveuse : les corpuscules spheru-
laires amyloides (Huit mierophotos) par L. Marchand. Ann. d'anat. path,
et d’anat. norm. mid. chir.. janvier 1935, p. 1.
Les corpuscules amyloides intracellulaires, decrits d’abord par Lafora,
ont et6 observes dans les syndromes myocloniques. Dans le cas d’epilepsie
myoclonique etudie par 1’auteur, ils sont peu nombreux dans l’ecorce
cerebrale, les noyaux caudes, les putamens, le bulbe et la moelle.
Dans l’ecorce cerebelleuse, on ne les observe que dans la couche des cel¬
lules de Purkinje et dans la couche granuleuse. Par contre, ils sont tres
nombreux dans les couches optiques, les noyaux denteles du cervelet et le
locus niger.
Ils revetent deux formes, l’une homogene, l’autre concentrique. II s’agit
d’un processus degeneratif qui entraine la disparition lente de la cellule
nerveuse sans neurophagie, sans reaction nevroglique ou microglique.
L. M.
Nouveau procede de topographic cranio-encephalique, par V. Bertola.
Ann. d'anat. path, et d'anat. norm. med. chir., n° 19, decembre 1935, p. 1001.
La ligne medio-sagittate, allant du point sous-nasal a Pinion, est divisee
en deux et sa rnoitie posterieure est subdivisee en trois parties egales.
Chaque tiers, uni au tubercule retro-orbitaire, determine les lignes :
rolandique, sylvienne et temporo-sinusale.
La scissure de Rolando correspond aux deux tiers superieurs de la ligne
rolandique. La scissure de Sylvius correspond aux deux tiers inferieurs de
la ligne sylvienne (en partant de l’intersection de cette ligne avec une per-
pendiculaire elevee du milieu de l’arcade zygomatique) . A ce point d’in-
tersection, on trouve aussi la branche anterieure de Partere meningee
moyenne.
La portion transversale du sinus lateral correspond au tiers posterieur
de la ligne temporo-sinusale.
La branche moyenne de Partere meningee moyenne se trouve a la limite
du tiers inferieur et du tiers moyen de la ligne rolandique.
L. Marchand.
Zone de jonction myoneurale ou plaque motrice a l’etat normal et dans
quelques cas pathologiques, par R. Noel et B. Pomme. Ann. d'anat. path.
et d’anat. norm. med. chir., juin 1935, p. 621.
La plaque motrice apparait aux auteurs comme une fibre nerveuse com¬
plete, etalee avec tous ses elements constitutifs a la surface de la fibre mus-
culaire ; elle est est une edification nerveuse et non une simple zone mus-
culaire de reception pour la terminaison du nerf.
La zone de jonction myoneurale a l’etat pathologique peut presenter :
1° des modifications du chondriome sans alterations musculaires (poly-
nevrite post-diphterique, syndrome parkinsonien, sclerose en plaques ;
2° des alterations du chondriome, allant jusqu’k la disparition de ce
Ann. MEn.-PSYCH., XVe serie, 94“ annee, t. I. — Avril 1936. 43.
674
ANALYSES
dernier avec alteration qualitative de Certaines fibres musculaires [sequel-
Ies de paralysie post-serotherapique, myopathies atrophiques progressives,
myopathies pseudo-hypertrophiques, sequelles de poliomyelite anterieure
aigue].
L. Marchand.
Sur le mode de terminaison des nerfs sympathiques. Donnees experimen-
tales, par C. Ungar. Soc. anat., 4 avril 1935. Ann. d'anat. path., avril 1935,
p. 473.
Le sympathique semble posseder une action double : excitatrice et inhi-
bitrice.
La section et la regenerescence des nerfs sympathiques, non seulement
n’entrainent pas la paralysie des organes, mais l’automatisme de ceux-ci est
exalte. L’etude de l’inversion d’action de l’adrenaline et du sympathique
permet de concevoir l’appareil de transmission, appareil intermediate qui
mettrait en relation chaque neurone sympathique avec un appareil excita-
teur et un appareil inhibiteur. Au moment de l’excitation des nerfs, les deux
appareils seraient stimulus, mais a des degres divers.
L. Marchand.
Sur les rapports des appareils peripheriques vasodilatateurs avec les
terminaisons nerveuses sensitives d’apres la conception de la transmis¬
sion humorale histaminique, par C. Ungar. Soc. anat., 2 mai 1935. Ann.
d'anat. path., mai 1935, p. 586.
En dehors de ses deux systemes, sympathique et para-sympathique, l’ap¬
pareil nerveux de la vie vegetative comprend une troisieme categorie d’ele-
ments encore inconnus, dont l’importance physiologique et pathologique
est considerable.
Le premier fait est la vasodilatation consecutive a l’excitation du bout
peripherique des racines posterieures, le stimulus etant conduit dans le
sens oppose a celui de l’influx habituel. Le second fait est l’existence de
phenomenes reflexes au niveau d’organes prives de leur connexion avec
des centres nerveux connus. Ces influx dits « antidromiques » seraient
conduits par des elements speciaux. En agissant sur le bout peripherique
d’un nerf sensitif tel que le nerf crural du chien, l’auteur a constate la
mise en liberte de l’histamine, qui constituerait ainsi l’agent de transmis-
mission neuro-humoral de ces phenomenes paradoxaux.
L. MarChand.
Physiopathologie et syndromes anatomo-cliniques du lobe parietal (Fisio-
patologia y sindromes anatomo-clinicos del lobulo parietal), par Koque
Orlando. La Semana Medica, n° 2138, pp. 11-29, 3 janvier 1935.
II est difficile de presenter des syndromes precis en rapport avec des lesions
circonscrites du lobe parietal. La systematisation fonctionnelle de cette
region est encore trop peu connue dans certaines zones. On differencie les
lesions du pli courbe, de l’artere du sillon inter-parietal, de la region insulo-
capsulaire, etc., mais il est probable qu’elles correspondent a des syndromes
d’attente. Plus fecondes en resultats d’ensemble, les recherches sur la valeur
de certains centres et de certains faisceaux dissociation paraissent devoir
ANALYSES
675
aboutir a fixer le mecanisme des agnosies motrices denommees apraxies et
dyspraxies, en particulier de celles qui proviennent de troubles des represen¬
tations visuelles, les apraxies optiques.
P. Carrette.
L’hypothalamus chez l’homme et chez le chien, par G. Koussy et M . Mosin-
gek. Revue Neurologique. T. LXIII, n1 1, pp. 1-35, Janvier 1935.
Le point de vue embryologique du probleme de 1’hypothalamus a ete
expose par MM. Roussy et Mosinger a la XIVe Reunion Neurologique inter-
nationale (5-6 juin 1934). Cette etude aboutit a la separation de la region
sous-optique en 2 parties, 1’hypothalamus proprement dit et la serie des
noyaux internes et preoptiques d’origine telencephalique. L’importance des
discussions ouvertes depuis 15 ans sur la physiologique des regions sous-
optiques, peri-ventriculaires et infundibulo-tuberiennes justifie pleinement
les travaux d’anatomie comparee destines a preciser la constitution de
1’hypothalamus chez l’homme et chez les animaux choisis par les experi-
mentateurs pour etayer leurs theories. II y a certes des differences structu-
rales evidentes, mais 1’analogie est frappante entre les connexions de 1’hypo-
thalamus humain et celles du chien, analogie qui autorise l’application a
la pathologie des resultats obtenus par les recherches experimentales.
P. Carrette.
Les alterations des noyaux de la base et de 1’hypothalamus dans l’alcoo-
lisms (Circa le alterazioni dei nuclei della base e eH’ipotalamo nell’alcoolismo
cronico), par A. Cacchione (dome), Rivista di Neurologia, octobre 1935,
p. 620 a, 638.
Reprenant les etudes de Gamper et Neubiirger, l’auteur a procede a un
examen histologique des noyaux de la base et de 1’hypothalamus de six
alcooliques chroniques (delirium tremens, demence alcoolique, etats confu-
sionnels). II a trouve, comme Marchand et Courtois qui ne sont pas cites,
des alterations dans le thalamus (intense proliferation nevroglique). II a
note egalement des lesions des tubercules quadrijumeaux et dans le pal¬
lidum, mais en revanche, contrairement aux recherches de Neubiirger, il
n’a pas rencontre de lesions des corps mamillaires.
Henri Ey.
Note sur les faits anatomo-cliniques concernant les centres cortico-ocu-
logyres, par G.-E. Jayle. Soc. anat. 4 Juillet 1935 et Ann. d'anat. path.,
juillet 1935, p. 878.
Les classiques admettent deux centres cerebraux ayant pour role de
commander aux mouvements conjugues des globes oculaires :
1° un centre frontal siegeant dans la region du pied de la 2e circon-
volution frontale ;
2° un centre occipital. L’existence d’un troisieme centre au niveau du
pli courbe a ete admise egalement. Passant en revue les faits anatomo-
cliniques, les faits physiologiques, l’auteur conclut que la theorie clas-
sique des centres oculogyres est fausse.
L. Marchand.
676
ANALYSES
Contribution a l’etude anatomo et physio-pathologique des infarctus du
poumon d’origine embolique. Le role du systeme nerveux vaso-moteur,
par J. Delarue, L. Justin Besancon et P. Bardin. Ann. d’anat. path, et
d'anat. norm, medic, et chir., juin 1935, p. 681.
Production experim,entale chez le chien d’infarctus pulmonaires par
l’introduction dans la veine jugulaire de corps embolisants (perles d’email,
perles de paraffine).
L’existence tres precoce de phenomenes d’cedeme, de diapedese leuco-
cytaire, de metamorphose macrophagique et de multiplication des elements
parieto-alveolaires, Pinflltration hemorragique de la paroi des vaisseaux
dans le territoire de l’infarctus plaident en faveur de la survenue brusque
d’une vaso-dilatation capillaire. La section du tronc vago-sympathique gau¬
che chez le chien, la section unilaterale dn pneumogastrique, du sympa-
thique et des nerfs de Lyon chez le lapin, la section chez le lapin du
pneiimo-gastrique au cou et l’excitation chimique du tronc du sympa-
thique cervical peuvent provoquer de veritables foyers apoplectiques. Les
auteurs trouvent dans ces faits un argument en faveur de la these que l’in-
flltration hemorragique du parenchyme pulmonaire est surtout l’effet d’une
brusque vaso-dilatation capillaire, d’origine nerveuse, reflexe, dans un ter¬
ritoire limite. L Marchand.
Un cas de paraplegie obstetricale avec myelomalacie, par G. Hcerner. Ann.
d’anat. path, et d'anat. norm. med. chir., n° 19, decembre 1935, p. 1049.
La dystocie matemelle ou foetale conduit tres frequemment a l’hemorra-
gie meningee chez l’enfant. Les lesions medullaires sont rares. Bans cette
observation de paraplegie post-obstetricale, la survie fut d’un mois. Les
differents etages de la moelle etaient atteints, d’une part par des sequelles
d’hemorragies meningees, d’autre part par une necrose des cordons poste-
rieurs et une destruction complete de la moelle dorsale terminale et de
la moelle lombaire.
L’auteur admet que la myelomalacie est d’origine ischemique ; l’ischemie
serait due a Petranglement des vaisseaux nourriciers par la sclerose,
sequelle d’hemorragies obstetricales. L’etude de ces lesions fait penser a la
possibilite d’un lien genetique entre ces necroses systematisees et certaines
syringomyelies.
L. Mahchand.
Contribution a la pathologie de la dure-mere spinale (Hematome et
pachy-meningite interne spinaux), par E. Rutishauer. Ann. d’anat. path,
et d’anat. norm. med. chir., janvier 1935, p. 51.
Etude de trois cas comparables d’affections dure-meriennes. Dans le pre¬
mier, hematome dure-merien en voie de resorption survenu chez un nou-
veau-ne des apres l’accouchement ; aucune lesion apparente des meninges
ou des arteres. Dans le second, pachy-meningite chronique des lames cere¬
brate et spinale chez une flllette de neuf mods. Dans le troisieme, hemorra-
gie developpee au niveau de la queue de cheval chez une femme de 62 ans
et due a une pachymeningite. Discussion sur les diagnostics d’hematome
sous-dural (traumatique) et de pachymeningite vraie.
L. Marchand.
ANALYSES
677
Quelques considerations sur les elements constitutifs d’un adeno-epithe-
liome metastatique de la dure-mere. R61e de la microglie, par G. Mari-
nesco et M. Goldstein. Ann. d’anat. path, et d’anat. norm. mid. chir . ,
fevrier 1935, p. 101.
Tumeur metastatique de la dure-mere d’un aspect adeno-epitheliomateux,
chez une femme qui avait ete operee quelques annees auparavant pour un
neoplasme du sein. L’etude histologique de la tumeur mOntre la presence
de la microglie dans ce neoplasme, qui n’a pas son point de depart dans la
substance cerebrale.
Cette constatation plaide en faveur de l’opinion, d’apres laquelle la micro¬
glie est d’origine mesodermique et a un pouvoir migrateur.
L. Marchand.
Toutes les meningites : generates, idiopathiques — partant les meningites
epidemiques, purulentes simples et tuberculeuses — sont plexogenes
par K. Lewkowicz. Bulletin international de t’Academie Polonaise des sciences,
et des lettres, n°* 3-4, 1935, p. 69-S8.
Se basant sur l’examen des preparations provenant de deux cas tres pre-
coces de meningite epidemique, puis sur quelques cas de meningite puru-
lente simple, enfm sur les lesions constatees dans un cas de meningite
tuberculeuse, l’auteur arrive aux conclusions suivantes : Les meningites
cerebro-spinales generates, idiopathiques, c’est-a-dire les meningites se deve-
loppant par suite de la dissemination des microbes par voie sanguine, sont
la consequence de devolution dans les plexus choroides de petits foyers
metastatiques s’ouvrant ensuite dans la lumiere des ventricules et ense-
mengant ainsi les microbes dans le liquide cephalo-rachidien, qui les
emporte et les dissemine dans 1’espace sous-arachnoidien. Entrent avant
tout en ligne de compte les foyers metastatiques se formant primitivement
comme thrombus infectieux de petits v-aisseaux dans les villosites, car ils
peuvent s’ouvrir presque immediatement apres leur formation. Des foyers
semblables, issus de petits vaisseaux de la base des plexus, sont beaucoup
moins nombreux et l’ouverture de l’abces dans les ventricules survient
alors relafivement tard.
La source principale de 1’ensemencement des bacilles dans la meningite
tuberculeuse git dans les tubercules des villosites qui subissent une disin¬
tegration tres rapide pendant laquelle on voit se detacher du tubercule, non
seulement des lambeaux de son tissu, mais encore des cellules geantes tout
entieres.
Dans ' cette pathogenie des meningites, il devient tout a fait superflu
d’admettre, ou une susceptibilite speciale des meninges pour l’infection, ou
une affinite elective des microbes pour les meninges.
Fribourg-Blanc.
Les plexus choroides dans la paralysie generale, par M.-B. Ubaldo. Rasse-
gna di Studi Psichiatrici, janvier 1935.
L’auteur a examine les plexus choroides de quinze paralytiques generaux.
II y a remarque des lesions tres caracteristiques et specialement une infil¬
tration avec presence d’une tres grande quantite de plasma-cellules ainsi
qu’une grande quantite de pigment ferrique qu’on trouve dans le tissu
678
ANALYSES
conjonctif et dans les cellules epitheliales. Dans deux cas, il a constate
une veritable soudure entre les plexus choroi'des et la paroi du ventricule.
P. Abkly.
A propos de la distribution des pigments neuroferriques dans l’encephale
des paralytiques generaux (Circa la distribuzione dei pigmenti nem oosidti i-
uici nell’encefalo dei dementi paralitici), par Carlo Panara (Rome). Hivista di
ncurologia, aout 1935, p. 439 a 455.
Ces pigments se trouvent dans la paralysie generale en grande abon-
dance dans l’ecorce et en moindre quantite dans les noyaux de la base ; par-
fois, mais tres rarement dans le cervelet, la protuberance et le bulbe. Les
recherches bien conduites et clairement exposees ont porte seulement sur
cinq cas. L’article est interessant par l’expose des recherches sur le fer
dans les formations nerveuses. Henri Ey.
Les particularites anatomo-pathologiques de la paralysie generale
etudiees en tenant compte des formes cliniques et de l’impaludation
(Die pathologisch anatomischen Besonderheiten der progressiven Paialyse
unter Beriicksichtigung der Klinischen Befunde und der Malariabchandlung
540 cas), par M. Gurewitsch (de Moscou). Archives Suisses de Neuroloyie et
de Psychiatric , XXXV, 2, 1935.
Les recherches anatomopathologiques sur la paralysie generale ont ac¬
quis une actualite nouvelle due a sa transformation clinique manifeste et
aux repercussions profondes qu’ont sur sa formule lesionnelle les metho-
des modernes de son traitement, l’impaludation en particulier. Depuis des
annees l’auteur a pratique l’examen histologique des cerveaux de tous les
malades decedes a l’asile d’alienes Kaschtschenko, de Moscou. Ainsi aucuu
cas de paralysie generale, y compris les plus atypiqUes, n’a echappe au
diagnostic anatomo-pathologique. Les resultats demontrent les rapports
etroits qui existent entre l’aspect des lesions et les formes cliniques. A
chacune de ces formes, ainsi qu’aux differents degres d’intensite du pro¬
cessus clinique, repond un type lesionnel ; aux aspects atypiques corres¬
pond une image anatomo-pathologique atypique. Toutefois cette regie
comporte des exceptions. II faut penser a l’influence sur 1’aspect des
lesions de ces recrudescences hrusques du processus avant la mort, et a
celle qu’ont sur 1’aspect clinique des facteurs autres que la meningo-
encephalite elle-meme : etat somatique, personnalite prepsychotique, etc.
Quant a 1’impaludation, elle fait devier le processus anatomo-pathologique
dans un sens atypique autant qu’elle deforme 1’evolution clinique. Mais
des discordances sont constatees ; l’intensite et 1’aspect des lesions trou-
vees ont ete parfois en disaccord avec le resultat du traitement.
E. Bauer.
Contribution clinique et anatomique a l’etude de la maladie de Pick
(Klinische und anatomische Beitrage zur Pickschen Krankheit), par E. Becker.
Monatsschrift fur Psijchiatrie und Neurologic, Vol. 92, 2, 1935.
L’auteur rapporte une observation de maladie de Pick, avec lesions dif¬
fuses de toute l’ecorce et des noyaux gris ; les lesions sont toutefois plus
intenses dans les lobes frontaux et temporaux ; des phenomenes logocloni-
ANALYSES
679
ques tres prononces sont en rapport, probablement, avec la destruction pres-
que entiere du noyau caude. II s’agissait d’un sujet de 80 ans ; la maladie
avait evolue depuis douze ans. L’auteur oppose a cette observation une
autre avec atteinte exclusive des lobes temporaux. II insiste sur la nature
specifique des lesions de la maladie de Pick, maladie autonome.
E. Bauer.
Anatomie pathologique du parkinsonisme post-encephalitique, par S.
Messing ( Nowing Psychjatryczne, T. XU, fasc. 1-1, 1935).
En se basant sur un materiel de 7 cas de parkinsonisme post-encepbali-
tique, 1’auteur etudie 1’anatomie pathologique de cette affection. 11 conclut
que les lesions sont les plus accentuees au niveau du locus niger et peu-
vent aller jusqu’a la destruction cellulaire complete. Le pallidum, la region
sous-thalamique, les centres vegetatifs du 3e ventricule, le neostriatum,
les noyaux de la IIP et IVe paire, le faisceau longitudinal posterieur, les
noyaux vegetatifs de la X° paire, et certains points bulbaires sont moins
atteints. Les olives bulbaires et le cerv'elet presentent souvent des lesions.
Par contre, le cortex est relativement epargne. Les infiltrations peri-vascu-
laires indiquent que le processus inflammatoire n’est pas eteint.
Fribourg-Blanc.
BIOLOQIE
Le sommeil et la veille au cours du cycle vital de l’homme, par le Prof.
J. Mazurkiewicz. Rocznik Psychiairyczny, T. XXV, 1935, p. 37-53.
Le sommeil presque continuel du nouveau-ne est le prolongement de
l’etat foetal. Le nouveau-ne ne sort de cet etat de sommeil qu’a la suite
de Faction de stimuli, qui peuvent etre bien differents quant a leur ori-
gine, mais qui tous ont un caractere commun : ils sont toujours desagrea-
bles. L’enfant se reveille quand son « centre thalamique de l’affectivite pro-
topathique » (Head) est mis en jeu par ces stimuli. L’action de ce centre
est done opposee a l’action inhibitrice des centres hypnogenes et si, pour
provoquer l’etat de veille chez l’enfant dont l’ecorce cerebrale est encore
inactive, il n’y a qu’un seul mecanisme, celui de l’action des stimuli desa-
greables, pour provoquer chez lui le sommeil il y a deux mecanismes :
Paction des centres hypnogenes d’un cote et l’inhibition du centre thalami¬
que de l’autre. G’est pourquoi l’anencephale decrit par Edinger et Fischer,
chez qui les couches optiques faisaient defaut, ne sortait pas de l’etat de
sommeil.
L’activite psychique, e’est-a-dire l’activite de Pecorce cerebrale, devient,
au cours de son evolution, le deuxieme facteur energetique qui peut s’op-
poser a Paction des centres hypnogenes. Ce n’est plus l’affectivite poroto-
pathique, mais l’affectivite intellectualisee qui entre ici en jeu comme une
nouvelle force antagoniste de Paction inhibitrice des centres hypnogenes.
C’est done l’activite centrale qui raccourcit les periodes de sommeil, pro-
longe les periodes de veille et change, au cours du cycle vital de l’homme,
le rythme polyphasique de ces etats de l’enfance en rythme monophasique
chez l’homme adulte.
Fribourg-Blanc.
ANALYSES
Nouvelles recherches experimentales sur les centres encephaliques de
regulation des fonctions vegetatives (Ulteriori ricerche sperimentali sui
centri encefalici di regolazione delle funzioni vegetative), par L. Riccitelli
(Perouse). Rivista di Palo. nerv. a mentale, mai-juin 1835, p. 499 a 544.
Travail experimental abondamment illustre, sur les centres bulbo-mesen-
cephaliques et dont l’interet principal reside dans l’action de diverses
substances pharmacodynamiques et d’extraits glandulaires poites directe-
ment, au contact des formations nerveuses. Les experiences faites par
Riccitelli et ses eleves ont porte sur des lapins. II s’agissait d’etablir les
modifications de la motilite gastrique, des electrocardiogrammes, des ele¬
ments sanguins, de la vites.se de sedimentation, de la regulation thermique,
de la reserve alcaline, des taux de calcium et de potassium, d’uree et de la
cholesterine apres des interventions traumatisantes et apres des injections
sous-corticales ou transcerebrales de diverses substances (histamine, adre¬
naline, insuline, thyroxine, etc.). Cette serie d’experiences, interessante,
comprend egalement l’etude de telles alterations sur des crises anaphylac-
tiques. Ces dernieres recherches ont donne des resultats negatifs. Dans
l’ensemble, l’experimentation exposee dans ce travail ne manque ni d’ori-
ginalite, ni de fecondite. Henri Ey.
Influence du systeme vestibulaire sur la pression arterielle, par Rubinsztejn
(H arszawskie Czasopismo Lekarskie, T. XII, n° 35 du 19 Septembre 1935,
p. 640-642, et h» 36 du 26 septembre 1935, p. 665-668).
En conclusion d’une etude experimentale faite sur des lapins, Tauteur
souligne que l’excitation du labyrinthe par le courant galvanique ou par
un facteur calorique produit une chute transitoire de la pression arterielle.
Cet abaissement de la pression sanguine se produit simultanement avec le
nystagmus, mais persiste plus longtemps. La section hilaterale du pneumo-
gastrique au niveau du cou n’abolit pas Taction labyrinthique sur la pres¬
sion sanguine. Fbibouhg-Blakc.
Recherches sur le metabolisme chez Phomme avant et pendant la morphi-
nisation (Stoffwechseluntersuchungen am Menschen vor und wahrend der
Morphinverabveichung), par H. Birkhauser. Archives Suisses de Nsurologie et
de Psychiatrie, XXXV, 2, 1935.
L’auteur rapporte les resultats de ses recherches sur 5 malades, alienes
chroniques, soumis a la morphinisation experimentale. II a constate les
modifications suivantes : hypoglycemie insulinique plus intense dans
quatre cas ; hyperglycemie adrenalinique diminuee dans trois cas ; action
albuminique dynamique-specifique fortement diminuee dans deux cas ;
glycogene du sang augmente dans quatre cas, diminue dans un cas ; elimi¬
nation hydrique renale ralentie dans quatre cas avec diminution du pou-
voir de dilution dans tous les cas ct du pouvoir de concentration dans
deux cas. Le Ca du sang a ete augmente au bout de 4 mois. Les erythro¬
cytes et le taux de l’hemoglobine montrent une tendance a la diminution.
Le poids a baisse dans trois cas, est reste stationnaire dans deux cas. Les
resultats n’ont pas ete concluants en ce qui concerne la sedimentation glo-
bulaire, la glycemie d’origine alimentaire, la pression du sang.
E. Bauer.
ANALYSES
681
Des modifications de l’etat affectif en cas de deviation de l’equilibre
acidobasique (Uber Aenderungen der seelischen Stimmungslage bei
Verschiebungen des Saurebasengleichgewichtes). par F. Hoff. Munchener
medizidinische Wochenschrift, 1935, n» 37.
Des etats d’acidose d’origine experimentale ou therapeutique ont ete
accompagnes de phenomenes marques de depression. L’auteur cite entre
autres son auto-observation. Un etat d’alcalose a ete accompagne par contre
d’euphorie et d’excitation psycho-motrice. L’auteur etablit des paralleles
avec les manifestations depressives coexistant avec l’acidose des periodes
premenstruelle et menstruelle au debut et des maladies febriles a la periode
d’etat, et avec les tendances euphoriques de la periode de convalescence des
maladies febriles qui est accompagnee d’alcalose. II signale les rapports
etroits qui existent entre l’acidose, la leucocytose avec neutrophilie, l’ascen-
sion thermique et la reaction sympathicotonique d’une part, l’alcalose,
l’hypoleucocytose, la chute thermique et la vagotonie d’autre part. Or des
phenomenes de cet ordre sont observes en psychiatrie.
E. Bauer.
Recherches sur la reaction de Donaggio en psychiatrie, par G. Cjafaloki.
L'ospedale Psychiatrico, janvier 1935.
D’apres l’auteur, la reaction de Donaggio (phenomene d’obstacle) est posi¬
tive dans des cas tres particuliers de maladies mentales. Elle pourrait ser-
vir dans certains cas, et en particulier dans l’epilepsie, a depister la simu-
La reaction de Donaggio dans les urines, par Ciampi et Bruno (Renisla de
Medicina legal y jariipradencia medica. Tome I, n« 3, septi mbre 1935).
Le professeur Donaggio, de Modene, a presente en janvier 1931, une nou-
velle reaction pouvant se pratjquer sur Purine, le liquide cephalo-rachidien
et les autres liquides organiques, basee sur la precipitation d’un colorant
basique d’aniline sous Faction du molybdate d’ammonium. Normalement,
il y a en quelques heures action precipitante du principe colorant et le
liquide qui surnage est completement incolore. Cependant, dans de multi¬
ples etats pathologiques accompagnes en particulier d’un processus febrile.
Paction precipitante du molybdate ne se produit pas et Donaggio a donne
a cette propriete d’inhibition le nom de phenomene d’obstacle.
Apres avoir indique la technique et le mecanisme de la reaction, les
auteurs rapportent les resultats obtenus sur des urines provenant de sujets
en etat de profonde preoccupation emotionnelle, de joueurs de football, d’ou-
vriers ma§ons et d’employes aux ecritures. Le phenomene de Donaggio est
constamment positif dans les urines des travailleurs physiques ; l’inten-
site de la reaction est directement proportionnelle a l’intensite de l’effort
musculaire. L’entrainement attenue Pintensite de la reaction. Les etats
emotifs de longue duree donnent une reaction positive, mais son intensite
est toujours inferieure a celle qui s’observe apres une fatigue musculaire.
On peut done considerer le phenomene d’obstacle de Donaggio comme un
veritable reactif de la fatigue, et il peut etre d’une grande utilite en mede-
cine sportive comme en pedagogie. Lauzif.r.
ANALYSES
Polyglobulie et psychonevroses hysteriques, par G. Bravetta. Note et Revista
di Psychiatrici, fevrier 1935.
L’auteur decrit longuement un cas clinique chez lequel on rencontre une
polyglobulie et un syndrome hysterique. En partant de cet exemple et en
rappelant des resultats identiques chez d’autres auteurs, M. Bravetta emet
l’hypothese qu’il existe une etiologie unique des deux entites nosologiques
et qu’elle reside dans l’alteration des noyaux de la base.
P. Abely.
Le brome sanguin dans les psychoses (Blood Bromine in the Psychoses), par
T. J. Hennely et E. D. Yates. The Journal of Menial Science. T. LXXXI,
n» 332, pp. 173-183, janvier 1935.
La valeur de la recherche du brome sanguin n’est pas encore nettement
fixee. Les proportions faibles (0,6 a 2 mgr. %), l’extreme variability des
quantites contenues dans les produits alimentaires ingerees rendent toute
appreciation delicate. Chez la femme, le niveau du brome peut etre extreme-
ment abaisse (0,25) en dehors de tout etat pathologique. D’ailleurs, les
modifications du taux ne sont pas en correlation avec les transformations
mentales bien que dans la plupart des cas, ce taux soit abaisse dans l’oligo-
phrenie, la schizophrenic, les delires chroniques et la psychose intermittente.
Les auteurs notent que la base des fluctuations du brome n’est pas exo¬
gene, mais qu’elle depend du mode de distribution des brpmures dans le
sang et dans les tissus.
P. Cahrette.
Les variations du brome sanguin pendant la crise oculogyre du parkin-
sonisme post-encephalitique (II comportemente del bromo ematico durante
le crisi oculogire del Parkinson post-encefalitico), par Giuseppe Aragona
(Reggio Calabria). Rivista di Pato-nevosa e mentale, janvier-fevrier 1935,
p. 64 a 68.
Breve note, confirmant les recherches de Cutti (1934). Sur deux sujets par-
kinsoniens post-encephalitiques, l’auteur a dose le brome sanguin pendant
les crises oculogyres. II a trouve une hyperbromhemie (7 au lieu de ,6).
Henri Ey.
L’augmentation du brome sanguin en rapport avec les crises d’epilepsie,
par Giuseppe Curti. Rassegna di Studi Psichiatrici, fevrier 1935.
L’auteur aflirme, comme conclusion a des travaux anterieurs, que les
modifications du brome dans le sang sont reellement associees au determi-
nisme des crises d’epilepsie.
On trouve les augmentations considerables de brome sanguin pendant
l’etat de mal epileptique et dans les crises oculogyres.
P. Abely.
Le metabolisms de l’eau dans l’epilepsie, par A. Neri. Rassegna di Studi
Psichiatrici, .janvier-fevrier 1935.
Etudiant 1’epreuve de la diurese fractionnee, l’auteur arrive aux conclu¬
sions suivantes : « Les troubles de l’elimination de l’eau doivent etre
ANALYSES
consideres comme des sympathoses secretaires de l’appareil urmaire ; lls
sont insufflsants pour etre consideres comme une cause etiologique de l’epi-
lepsie, cela en raison de leur extreme variability d’un jour a l’autre chez
le meme sujet et de l’integrite habituelle de l’appareil renal et extra-
La methode de Hartung pour la recherche du bacille de la tuberculose
dans les maladies mentales, par A. Anscuri. Rassegna di Stuai PsichialriCi,
fevrier 1935.
L’auteur decrit la methode de Hartung, qui permet la recherche du
bacille de Koch dans 1’eau de lavage de l’estomac. Ce procede permet de
faire d’utiles recherches bacteriologiques chez des malades mentaux dont
on ne peut obtenir d’expectoration.
P. Abkly.
A propos de la valeur des variations du tryptophane dans le serum san-
guin des malades mentaux (Circa il valore del comportamento del tripto-
fauo nel siero di sangue di malati mentaii) par Antonio Campana (Florence).
Rivista di Pato nervosa e meniale, janvier-fevrier 1935, p. 69 a 86.
De ses recherches methodiques sut le taux de la tryptophanhemie, dose
par la methode de Neri et'ayant porte sur 43 sujets normaux, 46 oonfus,
29 dements precoees, 52 maniaco-depressifs et 48 paralytiques generaux,
l’auteur parvient aux conclusions suivantes : seuls les etats confusionnels
et la paralysie generale ont modifie la valeur du sang en tryptophane la
paralysie generale notamment parait provoquer les taux les plus eleves (de
0,15 a 0,20, la normale etant de 0,12 en moyenne). — Le taux de trypto¬
phane n’aurait pas de valeur pronostique.
Henri Ey.
Les relations entre la cholesterinemie et la cholesterinorachie (Uber die
Behiebungen z wichen Blutcholesterin und Liquor cholesterin), parF. Pi.aut
et H. Rudy (de Munich). Zeitsch . f. d. g. Neuro. und Psych., Tome CXLVI,
p. 262 a 276.
De diverses epreuves sur la permeabilite meningee et la comparaison des
variations de la cholesterine du sang et du liquide, les auteurs eoncluent
que les taux pathologiques de cholesterinorachie sont imputables aux con¬
ditions propres du systeme nerveux et du liquide, independantes de la
cholesterinemie.
Henri Ey.
■Considerations sur le taux de cholesterine du liquide cephalo-rachidien
(Unter suchungen uber den Cholesteringehalt des Liquor cerebro-spinaiis),
par F. Plaut et H. Rudy (Munich). Zeitsch. f. d. g. Neuro. und Psych.,
Tome CXLVI, p. 229 a 261.
Ce travail, conduit avec une rigueur scientifique remarquable, est fonde
sur des dosages de cholesterine pratiques par une methode originale, minu-
tieusement decrite, sur 230 liquides. Le taux normal est de 0,2 milligram-
684
ANALYSES
mes %. Dans les affections arteriopathiques et seniles (22 cas), il y a aug¬
mentation (jusqu’a >0,5). Dans l’epilepsie (28 cas), seulement dans 2 cas,
il y a eu des variations au cours ou apres la crise (0,35-0,45) chez des sujets
qui deja dans l’intervalle des crises avaient des taux de 0,4 et 0,3. Dans la
schizophrenic (34 cas), legere augmentation (0,3 ou 0,35) dans 7 cas. Chez
les syphilitiques (17 cas), sans alterations de la formule humorale, taux
normal, legere augmentation chez les autres (9 cas), legere augmentation
dans un cas jusqu’a 0,6). Chez les paralytiques generaux non traites (28 cas),
augmentation chez les malarises (11), deux seulement avaient un taux
un peu eleve. Dans dix cas de tabes legere elevation. Dans cinq cas de scle¬
rose en plaques, taux normal. Dans 4 cas de tumeur cerebrale, forte aug¬
mentation ; comme dans 7 cas de meningite.
Henri Ey.
Des cellules cancereuses dans le liquide cephalo-rachidien (Uber Karzi-
nomzellen im Liquor cerebrospinalis), par H. Bertha. Monatsschrift fur
Psychiatrie u. Neurologie , Vol. 91, fasc. I”, 1935.
Dans un cas de cancer metastatique des meninges et dans un autre des
centres cerebraux, le liquide cephalo-rachidien s’est montre riche en cellu¬
les cancereuses. Celles-ci n’apparaissent dans le liquide qu’a un stade
avance de Devolution du cancer, dont la propagation par voie liquidienne
ne doit etre admise que dans le cas de l’extension d’un cancer cerebral
aux meninges. A propos de trois autres cas, l’auteur discute le probleme
de la production des metastases encephaliques et meningees des cancers
somatiques. Les voies lymphatiques peri et endoneurales servent de voie
de propagation jusqu’a l’entree du canal rachidien, a partir de la e’est la
voie sanguine qui est empruntee.
E. Bauer.
Recherches electro-myographiques dans le parkinsonisme tRicerche elet-
tromiografiche nel parkinsonismo), par E. Miserocchi (Milan). Rivisla di
neurologia, octobre 1935, p. 639 a 660.
Les experiences ont ete pratiquees a l’aide d’electrodes coaxiales en
connexion avec des appareils ampliflcateurs a valvule thermoionique et
avec l’oscillographe de Matthews. Leur but etait d’etudier l’activite elec-
trique des muscles des parkinsoniens. L’article contient la photographie de
25 electromyogrammes, pris sur ie triceps et quelques-uns sur le biceps
durant les diverses phases dp la contraction (repos, tremblement, mouve-
ments volontaires). Chez le parkinsonien, qu’il a pu observer au repos, apres-
qu’il a ete invite a cesser la contraction volontaire, l’oscillographe continue
a enregistrer des oscillations rythmiques de potentiel pendant une duree
superieure de ce qui se passe chez le normal. Parfois, cette « activite pos-
thume >> se prolonge jusqu’a deux minutes. La confrontation de traces obte-
nus pendant le tremblement involontaire et ceux de la contraction volon¬
taire, on se rend compte de la parfaite analogie (perfetta soiniglianza) des
electrogrammes. Cependant, dans le parkinsonisme, ces manifestations elec-
triques chez le sujet normal sont l’expression d’une contraction moderee
qui differe du tetanos physiologique seulement par 1’intensite. C’est ce
fait qui peut sefvir de base de 1’interpretation du tremblement. Le carac-
tere de continuite de la contraction moderee de l’individu normal serait
ANALYSES
due au fait que dans chaque moment du temps les contractions seraient en
nombre suffisant pour maintenir le muscle dans une position determinee.
Mais si dans les conditions pathologiques l’influx tonique, au lieu d’entrer
en action phasique dans le temps, tend a se synchroniser le caractere de
continuite est rompu. Durant la contraction volontaire qui abolit le trem-
blement parkinsonien, l’entree en activite de nouvelles unites motrices et
l’augmentation de la frequence de contraction font disparaitre le caractere
discontinu. L’£tude de l’hypertonie musculaire n’a pas pu etre abordee,
elle parait constituer une forme de contraction moderee, l’assise sur laquelle
s’inscriraient les secousses du tremblement. L’auteur de ce travail metho-
dique qui n’est, dit-il, qu’une note preliminaire, donne quelques references
bibliographiques tres recentes.
Henri Ey.
THEiRAPEUTIQUE
Une methode de traitement de la schizophrenie par l’insuline, par
L. Baranowski, J. Borysowicz, Marzynski, A. Ossendowski, J. Paradowski
et S.-T. Witek ( Warszawskie Czasopismo Lekarskie, T. XII, n°s 29-30 du
8 aout 1935).
Essai de traitement par choc insulinique fait sur 19 malades atteints de
schizophrenie avancee. Chaque malade est soumis a 30 heures environ d’hypo-
glycemie avec des doses moyennes variant de 100 a 150 unites. La methode
peut etre dangereuse, particulierement dans le collapsus convulsif, mais elle
meriterait d’etre experimentee, surtout dans la schizophrenie moins dcses-
peree que dans les cas qui ont servi aux auteurs.
Fhibourg-Blanc.
Le traitement de la schizophrenie. par, l’insuline (Die insulinbehandlung
der schizophrenie), par H. Strecker. Munchener medizinische Wochenschrift,
1936, n« 16.
L’auteur resume dans cet article les impressions recueillies pendant un
sejour a la Clinique psychiatrique de Vienne, ou la methode de Sakel est
systematiquement appliquee. L’efficacite de la methode est indiscutable. La
proportion et 1’intensite des remissions sont frappantes. Sur 102 malades
traites depuis 1933, 54 ont pu reprendre leurs occupations professionnelles
et n’ont pas eu de l-echute. Aucune methode de traitement de la schizo¬
phrenie n’a donne des resultats comparables. Les risques de la methode
sont minimes a condition d’observer toutes les precautions, et pour cela la
lecture du travail original de Sakel est indispensable. Quant au meca-
nisme d’action du traitement, il est encore inconnu ; le choc proprement
dit ne parait pas en etre le facteur essentiel.
E. Bauer.
Le traitement de la schizophrenie par le choc hypoglycemique (Scliizo-
phrenietherapie durch hypoglykamischen Schock), par W. Ederle. Munchener
medizinische Wochenschrift , 1936, n° 3, p. 121.
Les premiers essais de traitement par le choc insulinique, chez 15 mala¬
des de la Clinique psychiatrique de Giessen, ont donne des resultats encou-
ANALYSES
rageants : remissions produites avec une rapidite frappante dans les cas
avec debut recent, amelioration appreciable de cas pins anciens, sedation de
1’agitation, suppression rapide de la stupeur. Le fond mental jse modifie
parfois apres quelques chocs, et on a l’impression que l’hypothese d’une
desagregation irreparable de la personnalite, chez ces malades, est efronee,
Les risques du traitement out ete exageres, les accidents sont plus faciles a
juguler que ceux de la malariatherapie. 11 n’a pas ete possible d’expliquer,
jusqu’ici, le mecanisme d’action du choc hypoglycemique. Celui-ci deter¬
mine une hypersecretion du liquide cephalo-rachidien, d’ou hypertension
intrarachidienne. Les taux de l’albumine et de la cholesterine du liquide
sont abaisses en mime temps que celui du glucose. (Resunje d’une commu¬
nication a la Societe de Medecine de Giessen).
E. Bauer.
Action de certains medicaments dans la schizophrenic (On the Action
of Certain Drugs in Schizophrenia), par H. C. Becci.e. The Journal of Menial
Science. T. LXXXI, n» 332, p. 46-60, janvier 1935.
Les hormones sexuelles et l’yohimbine administrees a des schizophrenes
des deux sexes ont donne a l’auteur de tres appreciables ameliorations dans
la grande majorite des cas. L’effet des extraits testiculaires parait plus
variable que celui de la folliculine. Le traitement a ete applique malgre
1’absence de signes manifestes d’insufflsance glandulaire genitale. 11 n’y a pas
eu le moindre signe d’intolerance a l’yohimbine. La medication a pu etre
ordonnee par. voie orale, sous-cutanee et intra-musculaire. M. Beccle propose
comme moyen de. controle biologique, le retour a ia normale de 1’index du
phosphore sanguin, frequemment trop eieve dans la schizophrenie.
P. Carrette.
Therapeutique aspecifique complete dans les cas de confusion mentale
et de demence precoce, par A. Lasszea. L’ospedale Psichialrico , jan¬
vier 1935.
L’auteur montre dans de tels cas l’avantage de l’emploi successif de me-
thodes pyretogenes. differentes. II utilise: le lait, le soufre, le manganese,
les derives bactericides, — parfois l’association de plusieurs de ces methodes
— et cela chez le meme malade. II obtient ainsi de tres interessants pour-
centages de guerisons et d’ameliorations.
P. Abely.
Le traitement des troubles mentaux de l’alcoolisme par la strychnine,
par L, Corman et Paul Horveno. Gazette medicate de Nantes, 1=' janvier 1935.
Les excellents resultats donnes par les injections de strychnine — de
8 a 12 mmgr. par 24 heures — dans les accidents de l’alcoolisme ont ete
verifies par MM. Corman et Horveno. Les troubles mentaux temoignent
de l’etat d’epuisement du systeme nerveux que la strychnine combat. II
faut s’attendre a d’heureux effets dans les manifestations toxiques, telles
que le delirium tremens, mais l’echec est inevitable dans les cas anciens
avec atteintes viscerales multiples et lesions cerebrales importantes.
P. Carrette.
VARIETES
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Seances
La seance supplementaire du mois de mai de la Society Medico-psycho-
logique, seance exclusivement reservee a des presentations, aura lieu le
jeudi U mai 1936, a 9 heures 30 tres precises, a l’Hopital Henri-Rousselle,
1, rue Cabanis, a Paris (XlVe arrondissement), dans P Amphitheatre du
Pavilion Magnan.
La stance ordinaire du mois de mai de la Societe MSdicd-psychologique
aura lieu le lundi 25 mai 1936, a 4 heures tres precises, au siege de la
Societe, 12, rue de, Seine, a Paris (VI8 arrondissement).
Le diner annuel de la Societe Medico-psychologique aura lieu apres la
seance du lundi 25 mai 1936.
La seance supplementaire du mois de jura de la Societe Medico-psycho¬
logique, seance exclusivement reservee k des, presentations, aura lieu le
jeudi 11 juin 1936, a 9 heures 30 tres precises, a l’Asile Clinique (Sainte-
Anne), 1, rue Cabanis, a Paris (XIV8 arrondissement), dans l’Amphitheatre
de la Clinique de la Faculte.
La seance ordinaire du mois de juin de la Societe Medico-ipsychologique
aura lieu le lundi 22 juin 1936, a 4 heures tres precises, au siege de la
Societe, 12', rue de Seine, a Paris (VI8 arrondissement).
Legion d’Honneur
Est nomme Chevalier de la Legion d’Honneur :
M. le Professeur Ernest De Craene, medecin des Hopitaux de Bruxelles,
ancien president du Congres des medecins alienistes et neurologistes de
France, et des pays de langue francaise, memhre associe etranger de la
Societe Medico-Psychologique.
VARIETES
ASILES PUBLICS D’ALIENES
Nominations
M. le Dr Couleon est nomine Medecin-Directeur du Quartier d’Hospice
de Pontorson (Manche) ;
M. le Dr J. Bohel est nomine Medecin-Chef a l’Asile public d’alienes de
Breuty-la-Couronne (Charente) ;
M. le Dr Stoer est nomme Medecin-Chef a l’Asile public autonome d’alie¬
nes de Bassens (Savoie) ;
Mile le Dr Derombies est nominee Medecin-Chef a l’Asile public d’alienes
de Vauclaire (Dordogne) ;
M. le D" Tove est nomme Medecin-Chef a l’Asile public autonome d’alienes
de Bailleul (Nord) ;
M. le Dr Menuau est nomme Medecin-Chef a la Maison Departementale de
Sante de la Seine-Inferieure.
Postes vacants
Est declare vacant :
un poste de Medecin-Chef a l’Asile public d'alienes de Sarreguemines
(Moselle) ;
un poste de Medecin-Chef a 1’Etablissement psychotherapique de Fleury-
les-Aubrais (Loiret).
HYGIENE ET PROPHYLAXIE
La sterilisation en Suisse
C’est en Suisse, dans le canton de Vaud, que la sterilisation legale des
sujets attemts de troubles mentaux, fut pour la premiere fois adoptee en
Europe. Cette legislation ne fit d’ailleurs que rendre legale une pratique qui
etait depuis longtemps en usage dans une grande partie de la Suisse.
Seules les personnes incurables peuvent etre sterilisees en Suisse, encore
faut-il qu’il soit prouve que leurs tares sont transmissibles a leur descen¬
dance. La majorite des personnes sterilisees entre 1919 et 1934 etaient des
femmes atteintes de maladies mentales. Les rapports des cinq dernieres
annees montrent qu’on a sterilise des femmes atteintes de schizophrenic
(5 sur 7 ont ete sterilisees apres l’achevement d’une grossesse, de psychose
maniaque depressive, d’epilepsie ou d’instabilite mentale congenitale). Dans
les cinq dernieres annees, jusqu’en 1934, 88 applications de la loi furent
faites dans le canton de Vaud.
Afm d’eviter les abus, les cas sont prealablement soumis a une enquete
medicale stricte. Chaque sterilisation est accompagnee d’un certificat medi¬
cal : deux experts, un psychiatre et un gynecologue le delivrent apres exa-
men. En aucun cas, le corps medical ne peut ordonner la sterilisation, il
peut seulement l’autoriser. L’operation ne peut etre faite qu’avec le consen-
tement des parents ou tuteurs et sur 1’acceptation ecrite du malade. Dans
l’etude des cas, l’expert etablit la genealogie de son malade, avec l’aide de
la famille, du medeein et des autorites sanitaires locales.
(Le Siecle Medical, 1" avril 1936).
Le Redact eur en chef-Geranl : Rene Charpentier.
Gabors, Imprii
nie Couesi.ant (personnel inleresse). — 52.317
Tome I. — N° 5
Mai 1936
ANNALES
MfiDICO-PSYCHOLOGIQUES
MEMOIRES ORIGINAUX
CHOREE FIBRILLAIRE DE MORVAN
ACRODYNIE INFANTILE
ET TROUBLES PSYCHIQUES
PAR
Henri ROGER et Joseph ALL1EZ (de Marseille)
En 1890, Morvan decrivait sous le nom de « choree fibril-
laire » une affection particuliere dont il avait observe plusieurs
exemples.
Cette maladie etait caracterisee par des secousses musculaires
a type de contractions fibrillaires, qui lui ont fait donner son
nom, par des algies disseminees, par des troubles psychiques,
anxiete et agitation pouvant alter jusqu’au delire, par des suda-
tions abondantes et par un etat special des extremites, rappelant
l’erythromelalgie.
Aucune publication framjaise n’a ete ensuite consacree a une
affection semblable, jusqu’au travail de Mollaret, en 1930. Cet
auteur presente a la Societe de Neurologie l’observation d’un
jeune homme chez lequel coexistent, pendant trois semaines, des
contractions fibrillaires typiques, des sudations abondantes, une
desquamation palmaire et piantaire intense, des algies diffuses
et un etat asthenique.
Ann. MIed.-psych., XVe serie, 94e annee, t. I. — Mai 1936. 44.
690
II. ROGER ET J. ALLIEZ
Depuis lors, nous avons, d’abord a la Societe de Neurologie,
puis dans un memoire du Marseille-Medical (1935, p. 333-403),
attire 1’attention sur ces faits. II nous a ete donne d’observer qua-
tre cas de ce syndrome. Nous avons pu lui rattacher un cas de
Colin et Dutil, les cas de Chavany et de Chaignot, de Gernez-Rieux,
publies sous d’autres titres. Notre communication princeps a sus-
cite celles de Porot, de Lambrechts, de Porot (fils), ce qui au total
constitue un ensemble de 12 observations.
De cet ensemble de faits, on peut attribuer a la choree
fibrillaire de Morvan les caracteristiques suivantes : contractions
fibriUaires disseminees a tout le corps, crises sudorales, erytheme
des quatre extremites avec desquamation, algies de type contu-
sif avec paresie legere, tachycardie et hypertension arterielle,
troubles psychiques.
Ces troubles psychiques nous avaient frappe deja chez le pre¬
mier malade, jeune homme de IS ans, que nous avons eu l’occa-
sion d’observer. Des que la maladie a commence, le malade s’in-
quiete facilement, devient maussade, agite, se querelle avec ses
parents. Tres asthenique, il remue cependant constamment sans
raison. Ces desordres mentaux associes a Pinsomnie attirent son
attention et ce sont eux qu’il nous demande avant tout d’atte-
nuer. Vers la tin de la maladie, il a senti que son etat psychique
se transformait, il devient moins irritable, l’anxiete et l’asthenie
disparaissent.
Chez notre deuxieme malade, cette alteration du psychisme
existe aussi, quoique plus attenuee. Habituellement tres patient,
le sujet s’irritait et s’enervait facilement.
Un autre, dont 1’evolution mortelle se compliqua de diplegie
faciale et de spasmes de fonction faciaux, avait des troubles
psychiques, legers au debut, qui se sont aggraves lorsque les
complications apparurent.
Le quatrieme cas que nous avons observe concerne un enfant
de 14 ans, dont le tableau clinique typique presentait une
anxiete et une insomnie d’intensite moyenne, dont 1’evolution a
ete parallele a celle des autres troubles. A noter que 1’enfant a
fait deux crises d’allure comitiale.
Des troubles analogues se rencontrent dans la plupart des
autres observations publiees par les auteurs.
On peut les grouper de la fa?on suivante :
1) Un fait particulier, que l’on retrouve dans la plupart des
observations publiees, consiste en une insomnie souvent rebel le
et epuisante pour le malade. Certains auteurs la rattachent aux
douleurs vagues eprouvees par certains malades et d’autres aux
CHOREE F1BRILLAIRE DF. MORVAN 691
sudations abondantes qui obligent les- patients a changer de
linge la nuit. En realite, elle fait partie d’un ensemble de trou¬
bles psychiques, qui constitue une des principales caracteristi-
ques de la maladie.
2) L ’anxiete est le phenomene predominant : elle entraine par
exemple des gemissements, des pleurs, des lamentations conti-
nuelles chez un malade de Chavany et Chaignot. Celui-ci, a 1’ap-
proche de la nuit, avait peur de mourir et reclamait continuelle-
ment son medecin.
Une certaine teinte melancolique impregne parfois ces trou¬
bles psychiques : le malade de Colin et Dutil pleure comme un
enfant et exprime des idees de suicide.
3) Uirritabilite est un autre symptome important. Ces mala-
des, meme de caractere habituellement assez doux, se mettent
facilement en colere et deviennent insupportables pour leurs
proches.
4) Cet ensemble de symptomes entraine des reactions motri-
ces. Un certain etat de subagitation se retrouve chez plusieurs
malades insomniques qui ne peuvent rester dans leur lit, deam-
bulent dans le couloir de l’hopital. Tel le malade de Lambrechts,
qui interpelle toutes les personnes qui passent, qui enleve a tous
moments les pansements qui recouvrent ses extremites atteintes
de pyodermite.
Un des malades de Chavany et Chaignot doit etre enferme
dans une maison de sante.
De cet etat de subagitation, nous pouvons rapprocher les mou-
vements anormaux presentes par le malade de Porot qui, tant
a cause de ses algies difficilement explicables qu’a cause de
contorsions bizarres, avait ete considere en 1906 comme hyste-
rique. D’ailleurs, la suggestion par le regard permettait de plon-
g'er facilement ce malade dans le sommeil hypnotique, d’arreter
ou de provoquer a volonte les crises de contorsion.
Le malade de Gernez-Rieux presentait des troubles psychiques
serieux, ou l’agitation etait incessante : incapable de dormir,
il se levait sans cesse la nuit, la confusion mentale etait d’ail¬
leurs intense et l’importance de l’etat psychique plus marquee
que dans le cas de Lambrechts.
5) Les troubles intellectuels proprement dits sont plutot au
second plan. S’il y a des troubles du caractere, il n’y a pas de .
troubles de la comprehension ni de l’ideation, ni de la memoire.
Cependant, le malade de Morvan fait une poussee delirante ter-
minale. Celui de Lambrechts presente, il est vrai au cours d’une
H. ROGER ET J. ALL1EZ
periode febrile due a des infections cutanees, des hallucinations
visuelles et auditives.
Un de nos malades a presente aussi un etat onirique terminal.
Des troubles psychiques de la choree tibrillaire de Morvan,
nous croyons pouvoir rapprocher ceux que l’on constate dans
Yacrodynie infantile. Nous avons developpe ailleurs les raisons
qui nous permettent de classer dans le meme groupe morbide,
choree fibrillaire de Morvan et acrodynie.
On connait les caracteristiques primordiales de cette derniere
affection : douleurs speciales des extremites, en particulier des
mains, avec desquamation et aspect souvent cruente, sudations
assez frequentes, tachycardie et hypertension arterielle et trou¬
bles particuliers du caractere et de l’affectivite.
Or, nous retrouvons dans la choree fibrillaire de Morvan a peu
pres les memes symptomes, puisque dans cette derniere les
algies des extremites sont a peu pres constantes, s’accompagnant
plus ou moins d’un erytheme localise a ces parties.
Les sueurs existent dans les deux affections, quoique plus
abondantes dans la choree fibrillaire.
Sans doute, il manque dans l’acrodynie les contractions fibril-
laires si speciales a la maladie de Morvan. Cependant, quelques
observations comportent des myoclonies.
La concordance des troubles psychiques nous parait rappro¬
cher encore une fois les deux maladies. Dans l’acrodynie aussi,
l’insomnie est des plus accusees, les troubles affectifs et du carac¬
tere ne sont pas moins marques, mais prennent une teinte spe-
ciale du fait de leur apparition chez de jeunes enfants.
Le caractere devient maussade, l’enfant est d’une mauvaise
jiumeur constante, repond par des grognements quand on
s’adresse a lui, l’impatience est presque constante, l’irritabilite
va meme jusqu’a l’hostilite. « Vilaine maman », repetait un
enfant jusqu’alors doux et affectif. Certains, quoique autrefois
de temperament doux et facile, prennent des coleres irraison-
nees : tel petit malade ne permet plus qu’on l’approche, se defen¬
dant contre la moindre caresse, le moindre contact.
Ces troubles du caractere, comme dans la choree fibrillaire,
comportent une teinte melancolique.
Certains de ces enfants sont tristes, les traits sont tendus
et plisses, donnant au visage l’impression d’une « affreuse
detresse » (Wycoff), ce qui sans doute peut etre considere chez
l’enfant comme temoignant d’une veritable anxiete. Quelques-
uns expriment meme des idees melancoliques, repetant les me-
CHOREE FIBRILLAIRE DE MORVAN
mes phrases pendant des heures et des jours, tout en geignant
et se lamentant : « que je suis malheureux ! que je suis malheu-
reux ».
L’irritabilite n’est pas moins manifeste.
Le comportement des petits acrodyniques est particulier. Sur
le fond de tristesse anxieuse et deprimee, se development des
acces d’agitation. Des enfants poussent des cris, font des gestes
brutaux, deviennent vraiment mechants, mordent, griffent ceux
qui veulent les approcher, battent leurs freres et soeurs : « Ce
n’est plus notre fille », disait la mere d’une malade de Rocaz.
Puis ils sont repris de leur tendance a pleurer et a geindre sur
un ton monotone, et retombent enfln dans leur silence indiffe¬
rent et leur immobilite.
Les troubles intellectuels sont, comme dans la choree fibril-
laire, moins accentues que les troubles de 1’affectivite, du carac-
tere et du comportement. Toutefois, il n’est pas etonnant, etant
donne le jeiine age des sujets qui sont en plein developpement
intellectuel, de voir un arret momentane de ce dernier et une
diminution de 1’attention.
Certains petits malades ont meme des hallucinations. Un
malade de Rocaz, age de 4 ans et demi, voyait en plein jour un
loup qui se precipitait a chaque instant sur son lit ; la nuit,
c’etait une lumiere eclatante qu’il jirenait pour un eclair.
On volt done les ressemblances vraiment etranges qui rappro-
chent, en particulier en ce qui concerne les troubles psychiques,
choree fibrillaire de Morvan et acrodynie infantile.
La coexistence dans les deux affections de troubles psychiques
permet de supposer une localisation fonctionnelle encephalique.
Bien des auteurs, et en particulier Rocaz, rattachent l’acrodynie
a une infection a virus neurotrope, probablement localise au
diencephale, aux formations neuro-vegetatives de la base, a cause
des troubles sympathiques predominant dans cette maladie.
Nous avons developpe ailleurs les arguments qui nous per-
mettent de rattacher la choree fibrillaire de Morvan a une loca¬
lisation analogue.
S’agit-il d’un meme virus neurotrope ou de deux virus voi-
sins ? La question est bien difficile a trancher. mais on peut se
demander si la choree fibrillaire ne serait pas chez l’adulte l’equi-
valent de l’acrodynie infantile, l’apparition chez l’adulte de
contractions fibrillaires pouvant peut-etre tenir aux conditions
particulieres de developpement d’un systeme nerveux plus evo-
lue. .
CONTRIBUTION A L’ETUDE DES FORMES
MENTALES DES TUMEURS CEREBRALES
PAR
E. LARRIVE et R. MATHON
S il est inutile, a l’heure actuelle, de montrer 1’importance et
la frequence des troubles psychiques dans les tumeurs cere¬
brales, il convient, dans beaucoup de cas, de noter que le psy-
chisme n’est lese qu’a titre secondaire ou episodique. Le diag¬
nostic s impose alors par 1’existence et la predominance d’autres
signes : neurologiques, ophtalmologiques en particulier, qui
orientent vers la possibility d’une tumeur cerebrate. Il est cepen-
dant d autres cas, ou les symptomes revelateurs sont minimes
ou ont passe inapercus ; les troubles mentaux existent seuls et
dominent la scene clinique au point que l’on pourrait parler de
formes mentales des tumeurs cerebrales.
Sur quoi, dans ces formes, peut-on s’appuyer pour porter le
diagnostic de tumeur cerebrale ?
En d’autres termes, existe-t-il en pathologie mentale, un
ensemble de signes qui ne se rencontrent que dans cette affection
et dont la constatation suffit a elle seule pour porter le diag¬
nostic ? ; ;di 8
H. Baruk, au Congres Neurologique Internationql de Berne
en 1931, insistait sur I’etude des troubles mentaux et sur le role-
important qu'ils peuvent jouer, non seulement pour etablir le
diagnostic de tumeur cerebrale, mais encore pour preciser le
diagnostic de localisation. Parmi les divers syndromes psychi¬
ques pouvant attirer l’attention sur l’existence d’une tumeur
cerebrale, il signalait surtout la confusion mentale et les syn¬
dromes depresses, en disant que la confusion mentale est tres
trequente, qu’elle peut se caracteriser par ces deux, elements
essentiels : le ralentissement mental et 1’onirisme. Elle revet
parfois une forme clinique speciale, la confusion amnesique dans
Ann. Med.-psych., XV' serie, 94' annee, t. I. — Mai 1936.
FORMES MENTALES DES TUMEURS CEREBRALES
695
laquelle le malade se trouve transports a une periode anterieure
de son existence, il revit. Parfois, disait-il, la confusion men-
tale prend une allure torpide et chrcnique, elle simule alors un
etat dementiel, le plus souvent la paralysie generale. Dans un
certain nombre de cas, la confusion mentale peut constituer le
seul signe de 1’evolution d’une neoplasie ; aussi tout etat confu-
sionnel qui ne fait pas sa preuve, surtout lorsqu’il est precede
d’un passe de cephalees, doit eveiller l’altention sur la possi¬
bility d’une tumeur cerebrale.
Quant aux syndromes depressifs, ils prejinent 1’aspect, tantot
d’un etat melancolique ou psychasthenique, tantot d’une sorte
d’anxiete et d’inquietude, de pressentiment sombre, que le ma¬
lade n’exprime qu’avec reserve et qui precede souvent les pre¬
miers signes d’hypertension intracranienne.
Enfin, quelquefois, bien que plus rarement, on peut observer,
principalement au cours des poussees d’hypertension intra¬
cranienne, des troubles beaucoup plus fins de la pensee : trou¬
bles du courant de la pensee, automatisme psychique, modifica¬
tions de la tension psychologique, troubles psychomoteurs. Ces
formes cliniques peuvent simuler une nevrose ou une psychose.
Mais, H. Baruk montrait surtout que l’analyse du tableau men¬
tal est extremement importante pour appuyer le diagnostic de
localisation. On pouvait schematises d’apres lui, ce psycho¬
diagnostic de la facon suivante :
les etats confusionnels profoiids et precoces, l’indifference
affective, l’euphorie, la moria, traduisent principalement une
atteinte des lobes frontaux ;
les etats d’anxiete, d’inquietude et de depression, s’observent
plus souvent dans les tumeurs de la base ou siegeant au voisi-
nage des centres vegetatifs : tumeurs temporales, mesencepha-
liques, pedonculaires.
Enfin, les hallucinations, et plus particulierement les halluci¬
nations visuelles hemianopsiques et paroxystiques ont une tres
grande valeur dans le diagnostic des tumeurs situees au voisi-
nage des voies optiques : tumeurs occipitales, temporales. Ces
hallucinations hemianopsiques, le plus souvent conscientes, doi-
vent etre distinguees des hallucinations visuelles oniriques, qui
sont intimement melangees a un etat de reve, qui ne presentent,
ni la nettete, ni la brievete des precedentes et qui s’observent
plutot au cours des tumeurs de la base, periventriculaires, pedon¬
culaires, et d’une facon generale au cours des etats de sommeil
pathologique ou de narcolepsie.
L’auteur insistait surtout sur le fait que ces divers elements
696
E. LARRJVE ET R. MATHON
de psychodiagnostic sont loin d’etre absolus. II faut faire le
depart, notamment entre les troubles psychiques lies a 1’hyper-
tension intracranienne et ceux lies a la localisation de la tumeur.
En pratique, selon nous, les malades peuvent etre classes en
deux groupes bien distincts :
Au premier groupe appartiennent les malades chez qui le
diagnostic de tumeur cerebrale s’impose par la constatation de
nombreux signes, vertiges, cephalees, vomissements, et qui, en
plus de ces symptomes, presentent des troubles psychiques.
Dans le deuxieme groupe, se classent les malades dont la pre¬
miere manifestation morbide a ete la manifestation mentale.
De 1’ensemble des observations, tant personnelles que celles
que nous avons pu parccurir, il nous est apparu que, a eux seuls,
les troubles psychiques ne permettent pas de faire le diagnostic.
C’est pourquoi, si l’on n’a pas l’attention en eveil de ce cote, on
peut faire fausse route.
C’est bien souvent, en procedant par elimination, que Ton
arrive en derniere analyse, a penser a la possibility d’une tumeur
intracranienne.
II semble bien que ce soit aussi l’opinion de E. Toulouse et
Paul Schiff au Congres des Alienistes et Neurologistes de Lan-
gue Francaise de 1925. « Des observations assez nombreuses
ont ete publiees de malades consideres comme atteints d’une
psychose classique et chez lesquels l’autopsie revela une tumeur
cerebrale. Parfois, il parait bien n’y avoir pas eu de relation
entre le neoplasme et le trouble mental. Dans d’autres cas, une
analyse plus attentive des signes cliniques aurait pu tout au
moins faire soup£onner la tumeur. Mais il est certain aussi
qu’il y a eu des malades tres bien observes, chez lesquels n’etait
apparu, durant la vie, aucun signe de tumeur, et qui avaient
presente seulement des troubles psychiques : on peut dire qu’il
existe, a titre exceptionnel, des tumeurs cerebrales larvees a
forme psychopathique. On peut rapprocher de cette derniere
eategorie un groupe de cas sur lesquels l’attention ne parait pas
avoir ete attiree nettement jusqu’ici : c’est celui des syndromes
psychiques initiaux des neoplasmes cerebraux...
...Les signes psychiques qui constituent dans de tels cas la
seule symptomatologie du neoplasme intracranien, ne peuvent
etre differencies cliniquement des signes analogues observes au
cours d’etats psychopathiques banaux. On ne peut done pas
decrire un syndrome psychique qui permettrait le diagnostic de
certaines tumeurs cerebrales a leur stade initial, pas plus d’ail-
leurs qu’on ne peut attribuer de valeur formelle aux syndromes
FORMES MENTALES DES TUMEURS CEREBRALES
697
psyckiques decrits classiquement comme caracteristiques des
tumeurs frontales ou calleuses. »
A notre avis, c’est, en presence d’un syndrome confusionnel
dont l’etiolcgie echappe aux investigations, d’un etat dementiel
que ni la syphilis, hi l’arterio-sclerose ne paraissent conditionner,
que l’on est amene a pratiquer des radiographic s craniennes,
un Laruelle, une ventriculographie, un examen du fond d’ceil
et du champ visuel ; ce sont ces moyens d’investigation qui,
seuls, la plupart du temps, permettent la solution du probleme.
Mais il est des cas cu rien dans les troubles psychiques n’in-
cite a penser a la possibilite d’une neoformatiOn intracranienne
et ou tout dans la symptomatology fait plutot penser a une
psychose d’ordre constitutionnel ou degeneratif jusqu’au jour
oil apparait un incident ou un symptome qui montre l’erreur.
Temoin le malade Ch... Marius, qui entre pour la premiere fois a
la Maison de Sante de St-Jean-de-Dieu, le 8 avril 1925, avec le certifi-
cat suivant :
« Melancolie caracterisee par un etat de depression et d’abatte-
ment. Tentatives de suicide. »
Attitude depressive, idees de culpabilite. Leger degre de confusion.
Depuis Padolescence a toujours ete nerveux. Le debut des troubles
remonte a 2 mois 1/2 environ.
Examen neurologique negatif.
Sort tres ameliore le 18 mai 1925.^
Deuxieme internement le 18 mars 1926 : « Asthenie generalisee
avec absence prolongee de mouvemeut et de parole. Apparence sour-
noise ou stupide, immobile, yeux fixes. Est susceptible d’acces d’agita-
tion explicables par des hallucinations. »
Examen a l’en-tree : pas de confusion, pas d’idees delirantes. Apa-
thique et indifferent. Faiblesse generale.
Sort tres ameliore le 11 aout 1926.
Troisieme internement mars 1928 : « Degenere irresponsable de ses
actes. Parle d’une fapon d^raisonnee : on a cherche a l’empoisonner,
demande du contre-poison, etc... Dort tres peu, est tres irritable, la
moindre contradiction le rend furieux, »
A Pentree, on note : confusion mentale avec idees delirantes
polymorphes, preoccupations hypocondriaques. Excitation par inter-
valles.
De juillet 1928 a septembre 1929, on reussit a le faire travailler,
mais son fond mental reste inchange. Se plaint continuellement. Les
preoccupations hypocondriaques dominent toujours.
Janvier 1930 : Depuis plusieurs mois ne travaille plus. Apathie,
indifference emotiye et affective. Persistance de Phypocondrie.
De 1930 a 1932 : L’etat demeure stationnaire. Le: malade travaille a
698
E. LARRIVE ET R. MATHON
certaines periodes tandis que, a d’autres moments, il reste comple¬
ment inactif. Toujours hypocondriaque. Meme fond d’inditference
sounres discordants.
An cours de 1933 et pendant plusieurs mois, on put noter une ame¬
lioration manifeste. Les preoccupations hypocondriaques etaient
beaucoup moindres et il s’occupait regulierement.
Mais au debut de 1934, periode d’agitation avec impulsions : il
ledevint ce qu’il etait auparavant.
Septembre 1934 : Depuis quelque temps se plaint que la vision de
son oeil gauche b,aisse,progressivement. Il ressent egalement des dou-
leurs a son niveau.
II.681 envoye en consultation a l’Hopital Grange-Blanche, dans le
service du Professeur Bonnet, ou le diagnostic de tumeur cerebrale
est porte. Il entre alors pour intervention dans la clinique du Profes¬
seur Lepine.
Le D’ Dechaume note alors : « Il est difficile d’avoir des renseigne-
ments precis sur revolution des syndromes d’hypertension intra-
cramenne. Il n’y a pas eu de cephalees tres violentes. La baisse unila¬
teral de la vision (O.G.) a ete decelee il y a plusieurs mois. Les
vomissements datent seulement de quelques semaines.
L’examen neurologique est presque negatif : il n’y a pas d’hemi-
plegie, pas de modification de la reflectivite tendineuse ou cutanee
A peine note-t-on une diminution de la force de la main droite. Pas
de troubles de la sensibilite. Pas de troubles cerebelleux. Pas de signes
du cote des nerfs craniens : il y a une petite asymetrie labiale. L’anos-
mie nest pas retenue. Il faut noter une legere exophtalmie gauche
sans modification papillaire.
Notons les signes ophtalmologiques :
H ne s’agit pas d’un syndrome de Kennedy-Forster veritable puis-
que 1 atrophie papillaire gauche n’est pas primitive. On peut se
demander s’ll ne s’agit pas d’un syndrome d’hypertension intracra-
menne progressive ayant abouti a l’atrophie d’un cote.
Il n y a pas de modification du champ visuel.
La radiographie montre une hypertrophie avec modification de
J nypophyse clinoide anterieure gauche.
Ceci serait en faveur d’un menigiome en H interessant la region
anterieure gauche de la selle turcique et allant en arriere vers la lame
hasillaire.
La ventriculographie montre qu’il s’agit d’une tumeur de 1’etage
moyen gauche juxtasellaire, refoulant un. peu le troisieme ventricule
mais deplapant surtout en haut la corne temporale et un peu la corne
occipitale qui est rejetee en dehors.
Le diagnostic porte est celui de meningiome en nappe de la partie
interne de la fosse cerebrale moyenne gauche avec lesions osseuses
de la partie anterieure de la selle et de la lame basillaire. La tumeur
volumineuse qui cause le bloquage est dans la fosse cerebrale moyen-
FORMES MENTALES DES TUMEURS CEREBRALES
ne mais il y a un prolongement a travers l’oriflce de la tente du
cervelet.
II est curieux de ne pas voir d’aphasie chez ce droitier ni de modi¬
fication du champ visuel.
Intervention le 14-9-34 : (Dr Wertheimer).
On se contente d’une ablation partielle faite en partie au bistouri
electrique, en partie a la pince coupante, d’une vaste tumeur menin-
gee qui est un meningiome en plaque tres vasculaire qu’on decouvre
progressivement dans une partie de son etendue qui parait vaste,
occupant en tout cas l’etage moyen dans son entier et debordant
probablement dans l’etage anterieur et posterieur. Sauf du cote cere¬
bral, il n’y a pas de plan de bloquage et l’extirpation totale se heur-
terait a d’enormes difficultes. Reapplication du volet.
Suites operatoires : coma progressif. Deces 18-9-34.
Autopsie : Enorme tumeur meningee de la grosseur d’une orange,
visible a la partie interne de 1’etage moyen, arrivant en avant jusqu’a
la petite aile du sphenoide pres de l’apophyse clinoide qui est hyper-
trophiee. La tumeur remplit la selle turcique souleve le chiasma,
atteint le nerf optique droit en arriere ; elle recouvre les apophyses
clinoides posterieures, descend le long de la lame basillaire. Au niveau
de l’oriflce de la tente du cervelet, un prolongment refoule le front
cerebral a droite. A l’incision de la tente du cervelet, on s’apercoit
que la tumeur en tapisse la face inferieure, le long du bord posterieur
du rocher mais en dehors du trijumeau. On essaie d’enlever la tumeur
pour voir si 1’os est infiltre: il n’en est rien au niveau de la petite aile
du sphenoide ou la dure-mere se decolle. Le sinus caverneux n’est
pas envahi mais aplati, il semble que 1’os soit envahi au niveau de la
grande aile du sphenoide, la fossette de Meckel ne l’est pas, par
contre la lame basillaire est infiltree. Les constatations anatomiques
sont celles prevues avant 1’intervention.
Sans etre tres frequents, il est cependant des cas de malades
internes parfois depuis de longues annees avec des diagnostics
tres divers, chez lesquels la tumeur n’est qu’une decouverte
d’autopsie. Nous pouvons rapprocher de cette categorie cette
observation de Claude et Baruk, rapportee a la Societe Medico-
Psychologique le 15 janvier 1931, ou le malade s’etait presente
comme un schizo-maniaque. Dans 1’histoire clinique de ce ma-
lade, tout au plus releve-t-on 1’existence de cephalees quelques
mois avant l’internement ; plus interessants sont les troubles
de l’elocution qui avaient frappe la mere du malade. Toutefois,
il est difficile, sur de simples donnees de la clinique, de deceler
des rapports rigourem entre Revolution clinique de la tumeur
et celle des troubles mentaux. Il s’agissait d’un gliome kystique
du lobe temporal gauche, ne s’etant manifeste cliniquement
700
E. LARRIVE ET R. MATRON
que par un syndrome mental de type schizophrenique caracte-
nse par des troubles du comportement et du caractere. En
dehors de ce syndrome psychopathique, il n’y avait aucun signe
de localisation et, malgre le siege de la tumeur dans I’hemisphere
gauche et dans la zone de Wernicke, il n’y eut pas d’aphasie.
Mais il serait singulierement temeraire de se fonder sur ces don-
nees relativement negatives pour penser qu’il n’y eut aucun rap¬
port entre revolution de la tumeur et le syndrome schizophre¬
nique. Nous savons, en effet, avec quelle frequence les neoplasies
cerebrales retentissent, au debut, sur le psychisme et l’etat affec¬
ts : il est extremement frequent de constater, dans la periode
prodromique de l’affection, un veritable etat d’anxiete morale,
consistant dans un pressentiment sinistre, dans une impression
de mort prochaine, dans un pessimisme general, traduisant en
somme un etat de malaise cenesthesique mal defini. C’est ce que
nous avons pu observer chez le jeune Henri M„ dont MM. Pomme
et Dechaume publient l’observation dans les Annales Medico-
Psychologiques de novembre 1934.
« C est apres les huits premiers mois de services militaires qu’in-
tervinrent les prodromes mentaux. Us revetirent l’allure depressive
qui avait frappe Duret et sur laquelle Toulouse et Paul Schiff dans
leur rapport au Congres des Alienistes et Neurologistes de 1935 puis
Marchand et Schiff, avaient attire l’attention.
« On peut ici reconstituer aisement l’existence de crises de tris-
tesse, d’ennui, de degout de vivre, sans aucune interpretation deli-
rante, auto-accusatrice ou hypocondriaque. Ces crises sur lesquelles
a insiste longuement H. Baruk dans son travail inaugural etaient
suivies de periodes de longueuF irreguliere au cours desquelles l’am-
biance reprenait sa coloration habituelle. Puis, les phenomenes psy-
chiques aigus disparurent, la securite familiale se renforca. Lorsque
le jeune caporal fut hospitalise, le syndrome neurologique seul retint
l’attention en vue d’une localisation et d’une decision d’ordre chirur-
gical. »
Il y a done lieu de tenir grand compte lorsqu’on suit revo¬
lution de certaines tumeurs cerebrales, des modifications de
l’humeur, de l’etat affectif, et, en quelque sorte, de l’existence
d’un veritable malaise moral. Il est d’aiileurs frequent de noter
l’existence de ces manifestations psychiques dans les tumeurs
ne^ s acccmpagnant encore d’aucun signe somatique ; souvent
meme, il existe un veritable balancement entre ces troubles sub-
jectifs anxieux et les signes physiques, qui n’apparaissent que
lorsque les premiers ont disparu. Ces troubles subjectifs n’en
FORMES MENTALES DES TUMEURS CEREBRALES
701
ont pas moins leur valeur et Ton peut dire avec Duret que « s ils
traduisent encore d’une facon obscure l’atteinte du cerveau,
c’est bien parce qu’on ne sait pas comprendre son langage ».
Bien entendu, cette modification de la tonalite affective pourra
donner lieu a des reactions psychologiques variees et plus mar¬
quees chez certains sujets presentant anterieurement un terrain
psychopathique. Le trouble fondamental reste le malaise cenes-
thesique ; celui-ci determine secondairement de 1’irritabilite ou
des reactions psychologiques diverses suivant le terrain anterieur.
Existe-t-il dans ces cas un certain rapport entre le siege de
la tumeur et le syndrome psychique ? Au cours de ces etats
anxieux, il faut attacher plus d’importance a la perturbation des
fonctions cerebrales en general qu’a une atteinte localisee. 11
semble qu’apres les tumeurs frontales et calleuses, les tumeurs
des lobes temporaux sont celles qui donnent lieu le plus souyent
a des troubles mentaux. C’est dans ces cas que Kennedy a decrit
i’etat psychologique d’anxiete si special qui accompagne les
crises de « dreamy state*. U s’agit d’une sorte d’anxiete mtel-
lectuelle avec exaltation de la conscience, exacerbation de toutes
les sensations et surtout une impression d’intuition presque
tragique de l’avenir. « Cette impression de prescience va jus-
qu’a la souffrance, tant par son acuite que par la sensation ine¬
vitable d’inachevement qui l’accompagne. »
D’autres fois, c’est un malade considere comme un chro-
nique, chez lequel apparaissent des signes d’hypertension intra-
cranienne. Quelquefois d’ailleurs, lorsque cette hypertension
n’existe pas, on aura cependant a faire le diagnostic chez de tels
malades. Ce sont alors certains etats confusionnels, avec lalen-
tissement et onirisme, la desorientation spatiale, ces etats depres-
sifs avec anxiete s’accompagnant de pressentiment general, le
syndrome de Moria, qui feront penser immediatement a la tumeur
cerebrale. . „ ,
II n’en est pas de meme de cette femme dont Crouzon et
Baruk rapportent l’observation dans les Annales Medico-Psijcho-
loqiques de novembre 1927, et chez laquelle on a vu evoluer pen¬
dant plus de cinq ans, d’une facon concomitante, un delire de
persecution tout a fait caracteristique et quelques signes soma-
tiques d’ailleurs relativement discrets, en rapport ave(j une
tumeur cerebrale qui ne s’est traduite, an point de vueclinque
durant de longues annees, que par des cnses de cephalees ' tran-
sitoires et par quelques tres courts moments d obnubilation. Les
sicmes de localisation et d’hypertension eonfirmes ne sont sur-
venus que quelques mois avant la mort. Pendant presque toute
702
E. LARRIVE ET R. MATHON
1 evolution de la maladie, la malade a ete soignee comme une
delnante banale. Ce ne sont que les accidents terminaux qui ont
pu attirer I’attention sur l’existence d’une tumeur cerebrale, veri-
fiee a l’autopsie, et dont le developpement tres lent s’est surtout
traduit pendant plusieurs annees par des troubles psychiques.
« De tels faits, font remarquer les auteurs, sont excessivement
frequents au ccurs des gliomes ; il est important de signaler
cette phase prodromique presque latente, parfois tres longue,
dans laquelle la neoplasie debutante ne se traduit que par quel-
ques signes tres intermittents (cephalees, petites manifestations
comitiales) qui le plus souvent passent inapercus. »
Dans un travail recent, intitule « Tumeurs cerebrates et
psychoses », Gordon fait remarquer que si les tumeurs cere-
brales s’accompagnent assez souvent de troubles mentaux simu¬
lant divers syndromes psychiques, le plus habituellement, il
existe une difference clinique quelque peu sensible entre les
troubles mentaux des neoplasies intracraniennes et les psycho¬
ses. L’auteur en conclut que le cerveau n’intervient que tres
indirectement dans la pathogenie des maladies mentales. Comme
le disent Crouzon et Baruk : « Si le fait rapporte par Gordon
nous apparait jusqu’a present relativement exact dans un grand
nombre de cas, il n’en existe pas moins certaines observations,
qui montrent revolution parallele d’une tumeur cerebrale et
d’une psychose en apparence essentielle. D’autre part, il ne
peut etre question de demander a des lesions cerebral’es plus
ou moms localisees, de realiser des syndromes exactement super-
posables aux syndromes psychiatriques. Le fait que ces deux
ordres de troubles mentaux sont seulement analogues mais non
identiques, ne permet pas d’eliminer les perturbations cerebrales
dans 1’etiologie des psychoses. Les dilFerentes atteintes d’un
meme organe ne donnent pas lieu au meme tableau clinique. En
se rapportant aux donnees de la pathologie generale, ne voyons-
nous pas que certaines lesions aortiques tres volumineuses peu-
vent donner lieu a peu de signes fonctionnels, alors qu’une epine
irritative minime au niveau du meme vaisseau peut se traduire
par un syndrome tres impressionnant d’angine de poitrine. Il est
fort possible qu’il en soit de meme au niveau du cerveau et que
des troubles superflciels simplement irritatifs ou des troubles
vasculaires de cet organe, donnent lieu a des troubles plus
bruyants que de grosses lesions destructives localisees. Il en est
ainsi par exemple dans l’epilepsie. Mais les lesions destructives
nous sont precieuses pour connaitre les principals fonctions de
l’organe qu’elles atteignent, et de meme qu’en pathologie gene-
FORMES MENTALES DES TUMEURS CEREBRALES
703
rale la methode anatomo-clinique a permis de mieux compren-
dre les troubles fonctionnels des organes grace a la connaissance
des troubles en rapport avec les lesions anatomiques, de meme
l’etude des troubles psychiques observes dans les lesions orga-
niques du cerveau nous permettra de mieux comprendre la
semeiologie des psychoses. »
De tout ce qui precede, pouvons-nous vraiment etablir la notion
de psycho-diagnostic des tumeurs cerebrales ? II semble bien
qu’on ne puisse le faire d’une fagon absolue. Les troubles psychi¬
ques ne sent en verite que des elements de presomption et, au
point de vue localisation, ils sont loin d’avoir une valeur absolue.
Un diagnostic precoce serait cependant de premiere necessity.
G’est a l’examen clinique qu’on le doit. II conservera la prepon¬
derance, il reste le premier en date et le plus important.
L’interrcgatcire doit etre pousse a fond et, s’il faut garder
une certaine defiance contre les phenomenes pithiatiques, il est
cependant necessaire de signaler et de discuter tous les rensei-
gnements fournis par le malade et son entourage. Il est capital
de noter les premiers symptomes en date et l’ordre d’apparition
des troubles. Il est frequent d’apprendre, malheureusement trop
tard, que le malade a presente avant qu’on puisse l’observer
dans un service hcspitalier, en clientele et meme avant son inter-
nement dans un asile d’alienes, des cephalees, quelques vomis-
sements que la famille a mis sur le compte d’un embarras gas-
trique, « d’une fatigue du foie ».
Il ne faut jamais negliger l’examen general visceral pour
depister une tuberculose evolutive ou cicatricielle qui permettra
de penser au tubercule, pour mettre en evidence une syphilis
qui signera la nature de troubles cerebraux realisant un syn¬
drome tumoral, pour demasquer l’hypertension arterielle, pour
decouvrir le neoplasme, point de depart de la metastase, cause
des troubles mentaux, et bientot de l’hypertension intra-cra-
nienne.
Ce n’est qu’apres, que l’on aura recours aux examens de labo-
ratoire, a la radiologie directe ou mediate, aux examens dits de
specialite pour etudier l’atteinte de la fonction visuelle, les trou¬
bles de la VIII' paire ou des nerfs craniens relevant du domaine
de l’oto-rhino-laryngologie.
A l’heure actuelle, le reperage ventriculaire, en particulier,
permet de deceler les lesions du cerveau dans les cas psychia-
triques. On pourra, grace a lui, distinguer les vraies tumeurs
des pseudo-tumeurs. D’une maniere generale, on peut dire qu’un
examen psychiatrique attentif, permet, dans la plupart des cas,,
704
E. LARRIVE ET R. MATRON
de differencier les malades chez qui les troubles mentaux sont
1’expression d’une lesion circonscrite du cerveau, de ceux qui
ont des lesions diffuses ou des troubles fonctionnels. Dans les
cas neuro-psychiques, meme en 1’absence de signes neurolo-
giques de localisation, l’investigation psychique donnera sou-
vent l’eveil. Lorsque le syndrome mental est rarement typique,
que le groupement des symptomes ne rappelle qu’imparfaite-
ment celui que l’on constate dans les psychoses dites essentielles,
on sera en droit de pousser plus avant les methodes d’examen.
Les manifestations psychopathiques sont souvent imposees au
malade et non creees et developpees par lui ; elles ont un carac-
tere fragmentaire et une labilite qu’on rencontre peu dans les
etats psychosiques purs. C’est devant de tels tableaux, chez des
malades chroniques, qu’il est opportun de pousser plus loin l’in¬
vestigation et de demander aux specialistes des renseignements
complementaires. G’est a cet egard que le reperage ventriculaire
peut entrer dans l’arsenal de recherches du psychiatre. On y
aura recours pour ne pas laisser passer ignoree une tumeur
extirpable chez un malade a qui un manque de localisation ferait
perdre le benefice d’une exerese chirurgicale. Elle rendra d’au-
tant plus de services qu’elle sera plus preccce. Elle sera aussi
d’une grande utilite, comme tous les examens de speciality, dans
ces cas de « pseudo-tumeurs », oil le tableau clinique ay ant ete
celui d’une tumeur cerebrale typique, l’autopsie n’a cependant
montre aucune neo-formation intracranienne. Ces cas relevent
de meningites sereuses generalisees externes ou internes, ou
circonscrites meconnues. D’autres sont d’ordre infectieux : qu’il
s’agisse de la meningite hypertensive des otologistes ou des
complications sensorielles de l’encephalite epidemique. D’autres
maladies a virus neurotrope, comme la sclerose en plaques aigue,
peuvent declancher des syndromes analogues.
Nous rangerons aussi dans cette categorie les cas de ramollis-
sement, d’hydrocephalie, d’encephalite chronique.
II est done assez difficile de faire un diagnostic de localisation
d’apres les symptomes mentaux. Le disaccord des idees vient
souvent de ce que les psychiatres et les neurologistes donnent
au mot « mental » des sens differents, les uns s’attachant aux
petites perturbations de la personnalite, les autres aux troubles
sensoriels ou aux psychoses cliniquement bien definies. II est
utile, dans tous les cas, de depister precocement tous les symp¬
tomes. II est indispensable pour cela de recourir a tous les
moyens d’investigation physiques quand les troubles mentaux
existent seuls, lorsque le syndrome neurologique fruste et tardif
FORMES MENTALES DES TUMEURS CEREBRALES
705
est deja l’indice de l’extension de la diffusion du processus
tumoral.
Grace aux procedes modernes d’examen, nous savons mainte-
nant depister precocement le syndrome d’hypertension intra-
cranienne, et meme, en son absence, nous voyons se creer en
nous le re.flexe necessaire qui declanche la serie des recherches
permettant d’etayer le diagnostic de tumeur cerebrale. Sous le
masque psychiatrique, neurasthenique, dementiel ou de para-
lysie generate, les examens methodiques perjnettent maintenant
de depister la lesion : le risque operatoire n’est-il pas preferable
a la maison de sante ?
Nous pourrions etendre encore ces considerations et montrer
nombre d’erreurs qu’ont evite la mise en oeuvre des procedes
d’explcration courante, dans des cas ou il eut ete legitime d’y
penser sans donner l’impression d’etre o'bnubiles par la fre¬
quence des tumeurs cerebrales.
C’est trop souvent encore, sur la table d’autopsie ou au cours
d’une verification medico-legale, que nous trouverons une tumeur
restee ignoree ou silencieuse jusqu’a l’accident grave qui aura
entraine la mort.
Ann. Meod.-psych., XVe serie, 94e annee, t. I. — Mai 1936.
45.
LE SYNDROME DE CAPGRAS
PAR
Alberto BROCHADO (de Porto)
En janvier 1923, MM. Capgras et Reboul-Lachaux ont presente
a la Societe Clinique de Medecine Mentale une malade affectee
de delire systematise chronique, dont la symptomatologie pre-
sentait un symptome curieux et qui n’avait pas encore appele
specialement l’attention des alienistes : Vilhision des sosies.
Quoique Magnan, le perspicace observateur a qui rien n’echap-
pait, ait deja publie, en 1893, dans ses admirables Legons clini-
ques, une observation de delire systematise chronique, ou I’illu-
sion des sosies apparait avec ses caracteres les plus typiques et
les plus classiques, ce symptome n’a pas ete isole par le grand
savant francais, ni recu une designation speciale.
Dans la these de Bessiere (1), de 1913, il est question d’une
malade (Obs. II, p. 50) qui accuse son mari de la persecutes
« II existe a Saint-A... (son pays) une femme qui lui ressemble
d’une fagon etonnante et qui profite de cette ressemblance pour
commettre toutes sortes de mefaits. Cette femme est d’ailleurs
payee par le mari. Une autre femme qui ressemble a la mere de
la malade se livre egalement a des actes delictueux et est aussi
payee par M. B... Pour ne pas etre confondue avec son sosie,
M. B... s’est blessee volontairement au front avec des tenailles.
Elle se met un cachet avec de la cire sur le front, se blesse au
poignet, se brule, s’enfonce des aiguilles sous la peau. De cette
fagon, dit-elle, elle ne peut etre confondue avec la criminelle aux
gages de son mari. »
On ne peut aflirmer absolument qu’il s’agisse, dans ce cas, de
Villusion des sosies. Peut-etre a-t-on affaire a de simples ressem-
blances reelles et le trouble morbide consiste simplement en des
(1) Bessiere. — Paranoia et psychose periodiyue. These de Paris, Leclerc,
113.
Ann. M-ed.-psych., XVe serie, 94“ annee, t. I. — Mai 1936,
LE SYNDROME DF. CAPGRAS
707
interpretations delirantes des actes de ces personnes. Neanmoins,
l’existence de deux personnes, ressemblant tout a fait a la malade
et a sa mere, parait une coincidence un peu invraisemblable, et
il semble plus naturel qu’il soit question de Villusion de Capgras.
N’ayant pas encore vu cette observation discutee dans aucun
des travaux parus sur les sosies, j’ai cru devoir la rappeler.
Cependant, comme il vient d’etre dit, c’est a M. Capgras et a
ses eleves que revient le merite d’avoir isole et etudie speciale-
ment ce curieux symptome, en tachant d’en expliquer la psycho-
genese.
Apres le cas princeps de MM. Capgras et Reboul-Lachaux, des
observations diverses ont ete publiees par l’eminent psychiatre
et ses eleves et d’autres alienistes, et des travaux d’ensemble ont
vu le jour sur « ce curieux petit syndrome, comme l’a dit recem-
ment encore M. Capgras, qui, par l’ensemble de ses caracteres,
peut avoir une valeur semeiologique appreciable ».
Parmi ces travaux d’ensemble, je citerai la these de Bouvier,
une lecon de l’eminent Professeur Levy-Valensi, un travail de
Vie et, tout dernierement, une these de Mile Derombies, dans
laquelle il est fait, de ce symptome, un expose clair et elegant,
base sur les observations deja connues et sur quelques autres
personnelles et inedites.
Apres tout ce qui a ete ecrit sur Villusion des sosies, et les
personnes eminentes qui s’en sont occupees, je n’ai rien a dire
de nouveau sur ce sujet. Mais, etant donne qu’il s’agit d’un symp¬
tome qui n’est pas des plus frequents en pathologie mentale et
que les observations publiees ne sont guere nombreuses, je crois
interessant de publier six observations personnelles de ce trouble
de l’identification. Il y a d’ailleurs, dans me's observations, des
details qui me semblent dignes d’etre mis a contribution pour
ceux qui, plus tard, viendraient a s’occuper de nouveau de la
psychogenese de Villusion des sosies.
Obs. I. — M., 36 ans. Schizophrenic parano'ide. La mere a ete mariee
deux fois. Un fits du premier lit est mort aliene. Une niece du pere
de M. a eu une psychose dont elle est guerie (?) ; une fille naturelle du
meme pere fut 1’objet de l’observation II.
Meningite dans l’enfance. Guerison. En 1923, apres une grippe,
eclate un acces confusionnel ; puis tout s’arrange et sept ou huit mOis
apres, M. travaille deja dans une industrie d’encres pour chaussures,
dans laquelle il etait l’associe de son pere. La mi-decembre 1924
apparaissent des idees erotiques, pendant un mois environ, mais M.
ne quitte pas le travail. En octobre 1925, l’etat du malade empire, et.
ALBERTO BROCHADO
apres une fugue, M. est interne a 1’asile Comte Ferreira. Au moment
de l’admission, le malade, que son pere accompagnait, a dit que cet
individu qui l’amenait n’etait pas son vrai pere, car celui-ci avait ete
rendu fou ( foi endoidecido, dit-il en portugais), il y avait 25 ans de
cela. II avait ete eleve par des faux parents, mais ce monsieur n’etait
pas meme son faux pere, quoiqu’il lui ressembldt extremement, com-
me, du reste, il ressemble extremement aussi a celui qui etait son asso-
cie dans l’industrie d’encre pour chaussures. Il y a done trois person-
nes avec la meme physionomie de son pere (son faux pere, pretend-il).
Il y a aussi trois individus avec la physionomie du directeur d’un
des journaux de Porto oil le pere a publie une annonce a l’occasion de
la fugue de son fils. Des idees mystiques, de grandeur, de persecution,
des pseudo-hallucinations, des neologismes, de petites stereotypies,
voila le tableau initial. Peu a peu apparaissent des rires immotives.
En fevrier 1927 Villusion des sosies fait place a la meconnaissance
pure et simple. Il ne connait pas ce monsieur (son pere), il ne l’a
jamais vu. Un jour, mis en presence de sa demi-soeur, il affirme egale-
ment ne pas la connaitre. Il y a une assez grande rigidite dans l’adap-
tation a l’ainbiance. Sa marche, ses gestes, ses phrases ont un caractere
nettement mecanique. Il a Pair d’un pantin a qui on tire des ficelles.
En 1928 des stereotypies nouvelles paraissent. En fevrier de cette
annee il parle de nouveau des sosies de son faux pere, dont le nombre
est, maintenant, de 12.
En juin, on note un symptome nouveau et curieux : il dit que les
articles des journaux sont la repetition d’autres articles de l’annee
precedente. Tous les faits qui s’ecoulent pendant sa vie sont la repe¬
tition de faits identiques survenus l’annee precedente, dit-il. En sep-
tembre, il ecrit au regrette Prof. Magalhaes Lemos, sept lettres, pres-
que exactement identiques. Seuls un ou deux mots different. En no-
vembre il ecrit deux lettres exactement semblables a Pune des sept
precedentes. Il explique qu’ayant ecrit 14 lettres a M. Lemos, 7 en juin
et 7 en septembre, il lui fallait completer le chitfre de 18. Or, en juin,
il n’a ecrit aucune lettre au Dr Lemos.
Un jour il perd ses lunettes. Quelques jours apres on les trouve, mais
il refuse de les mettre, parce que ce ne sont pas les siennes. Elies sont
tres semblables, mais pas tout a fait egales. En fevrier 1929, son pere
lui fait teindre son pardessus, parce qu’il se refusait a en porter un
neuf qu’il avait commande pour lui. En recevant le pardessus teint, il
s’ecrie : « Ce pardessus n’est pas le mien ; il est tres semblable, mais
ce n’est pas le mien » ; et il se refuse a le mettre, quoique cela l’empe-
chat de sortir pour visiter sa famille.
Il y a, dit-il, des sosies de moi-meme. Au bout de 10 annees, il sera
brfile vif et sera substitue par un autre sujet avec sa physionomie et
son nom.
Par la suite, il presente une intense activite delirante de type imagi-
natif, avec des expressions bizarres, pleines de neologismes. Dans
chaque nation, chaque individu a 18 sosies, dit-il en 1932, 11 sembla-
LE SYNDROME DE CAPGRAS
709
blcs et 7 dissemblables, c’est-a-dire qu’il est tres difficile de distinguer
les premiers, tandis que les derniers, quoiqu’ils se ressemblent, peu-
vent etre distingues.
Pendant l’annee 1934, quand je l’aborde, il me demande : « Vous
etes bien le medecin de l’infirmerie ?
— Ne me connaissez-vous pas, alors ? — C’est que ce pouvait etre
quelqu’un semblable a lui-meme. »
En juillet 1935, V illusion des sosies fait de nouveau place a la me-
connaissance pure et simple. II ne me connait, ni son pere, ni l’infir-
mier, ni le personnel. Cependant, quand il a quelque besoin pressant,
il dit correctement : M. « l’infirmier », en lui indiquant ce qu’il
desire. Cela montre que la meconnaissance est seulement le resultat
d’une attitude, car elle se manifeste uniquement quand on l’interroge
sur l’identification des personnes.
Obs. II. — A., 40 ans. Demi-soeur de M. Schizophrenic parano'ide.
Elle a toujours ete une debile mentale. En novembre 1925, elle se
plaint de cephalalgies et presente des idees de grandeur et erotiques.
En juillet 1926 des hallucinations auditives apparaissent.
Il y a deux sosies de son pere (dont elle nie d’ailleurs la paternite,
en vertu de ses idees de grandeur — elle se dit la fille de la reine
d’Angleterre). Un des sosies de cet individu, qui se dit son pere sim-
plement pour la voler, est un peu plus gras et plus beau aussi ; il porte
un complet brun. Celui qui travaille dans les encres est plus grossier.
Le troisieme portait des vetements plus clairs. Plus tard elle dit que
son pere — que je designerai dorenavant par S. — est mort, mais
qu’il y a cinq individus tout semblables a lui et qui sont des Italiens.
Ils ont les yeux verts et S. avait un ceil louche (ce qui est faux). Il y a
aussi deux sosies de moi-meme : celui qui l’a interrogee depuis janvier
jusqu’a avril, c’est le vrai A. B. ; il est un peu moins haut et plus clair.
Un autre serait celui qui lui a parle en septembre — je dois remarquer
que pendant ce mois j’ai ete absent de Porto, en vacances. Il est plus
maigre et un peu plus basane. Le troisieme est celui qui l’a examinee
dernierement. Il y a aussi des sosies des autres malades et du per¬
sonnel.
Pendant l’annee 1928 elle presente des acces d’agitation, des impul¬
sions agressives, du manierisme et une anesthesie affective qui va tou¬
jours grandissant. Les idees delirantes sont assez mobiles et absurdes.
Dans son disc.ours il y a des incoherences. L’illusion des sosies per-
siste toujours.
En 1935, l’activite hallucinatoire demeure, avec des hallucinations
et des pseudo-hallucinations, il y a des idees de resurrection et de
metempsychose, des neologismes et du negativisme.
Le vrai S. a 11 sosies. Les malades sont mortes deja 11 fois. De plu-
sieurs d’entre elles on n’en aperpoit que l’esprit, et d’autres c’est seu¬
lement le fa, qui n’est meme pas l’esprit. D’autres fois elle dit que c’est
1’esprit de ga tel (d’isto tal).
710
ALBERTO BROCHADO
Obs. III. — J. F., 49 ans (en 1930). Folie periodique melancolique.
Pas d’antecedents psychopathiques importants, Son premier acces
date deja de 20 ans, avec des idees de culpabilite et de suicide. Plu-
sieurs autres acces posterieurement. En juillet 1930, elle fait un nou-
vei acces. En rentrant d’un pelerinage a Lourdes, on lui a vole un
sac a main dans la gare de Porto. Elle est devenue triste, dormant mal
et ne voulait se separer un seul instant de sa soeur, avec qui elle de-
meurait, parce qu’elle craignait qu’on allait l’enlever. Elle ne se cou-
chait pas, et passait les nuits devant la porte de sa soeur pour qu’on
ne Fenlevat pas. Un jour, celle-ci, impatientee et irritee par les plaintes
de la malade, lui donna une gifle. Quelques jours apres, comme la
soeur sortait de sa chambre, J. F. lui dit : « Ah ! qui etes-vous ? — Je
suis So. ta soeur. — Mais non ; vous portez ses vetements, mais vous
ne l’etes pas ; vous jouez tres bien la comedie ; ma soeur, on me l’a
volee ! »
On Finterne le 8 septembre. Elle dit que cette dame qui la visite a
trois fausses dents. Or sa soeur en avait deux seulement. Les jambes
de sa soeur etaient plus maigres et avaient des varices. Et elle voulait
toujours voir les jambes de sa soeur, sans toutefois se convaincre. Sa
soeur avait les cheveux plus blancs et etait plus vieillie. « Et si elle
etait ma soeur, elle ne m’aurait pas enfermee », conclut-elle.
Son beau-frere n’etait pas le meme, non plus. Celui-ci n’est pas si
distingue que l’autre et est plus indolent. Le vrai se peignait mieux.
C’est son vrai beau-frere qui a trame ce crime (de la substitution de
personnes). Et elle explique la facon dont le rapt a ete execute. Un
medecin, le Dr R., est entre dans la conspiration et lui a ordonne des
comprimes qui Font fait dormir toute la nuit. Sur ces entrefaites, on
a enleve sa soeur.
Un jour, apres avoir re$u celle-ci comme d’habitude, en sosie, elle
lui examine une fois de plus les dents et les jambes et se dit convain-
cue. Mais, le lendemain, elle affirme de nouveau que ce n’etait pas
elle.
Le 31 octobre, elle la reconnait definitivement. Le 29 novembre, elle
quitte l’asile guerie de l’acces.
En janvier 1933, elle rentre a cause d’un nouvel acces qui avait
debute un mois auparavant. Triste, pleurarde, elle parle peu. Ses mou-
vements sont lents et rares. On va enlever sa soeur. Celle-ci lui ecrit
une carte postale. En la recevant, elle la lit, la relit, Fexamine avec
la plus grande attention.
— Si e’etait bien d’elle. 11 y a tant de gens qui savent imiter si bien
Fecrilure d’une personne.
Son beau-frere est mort depuis deux mois. Toutefois J. F. nie le fait:
il s’est enfui et il va se marier a une autre femme. Son premier beau-
frere (sa soeur avait ete mariee deux fois) n’est pas mort non plus et
il va se marier a une soeur du deuxieme.
Il y a un peu d’anxi6te. Insomnie. Le 25 janvier, elle regoit la visite
de sa soeur. Au debut son attitude est froide et reservee. Elle re^oit
sechement ses compliments et lui jette a brule-pourpoint :
LE SYNDROME BE CAPGRAS
711
— Qui a achete cette valise? — Mon premier mari, lui repond la
sceur. — Ah ! je vois Men que c’est toi. Elle lui pose encore quelques
questions pour bien se certifier, lui examine attentivement les vete-
ments et, enfin, s’avoue convaincue. Au debut de fevrier elle se trou-
vait deja assez amelioree et a quitte l’asile le 25 du meme mois.
Obs. IV. — Si., 29 ans. Schizophrenic hebephrenique. Dans les ante¬
cedents hereditaires on ne trouve rien de plus que la simple nervo-
site. Si. a toujours ete nerveuse et entetee. Elle s’est mariee malgre sa
iamille, ce qui lui a procure force chagrins. Son mari est syphilitique
et tuberculeux. Elle a eu un fils quatre mois auparavant. La psychose
a eclate par de l’excitation avec des hallucinations auditives, de va-
gues idees de persecution, refus d’aliments, insomnie. Discordance
entre 1’excitation psychique et 1’agitation motrice, qui sont conside¬
rables, et l’humeur normale. II y a de l’incoherence. Par la suite, des
alternances d’agitation et de mutisme, negativisme, manierisme, mimi-
que theatrale, parfois un air mysterieux. Elle me parle souvent en voix
chuchotee, ou me repond par mimique. Par moments il y a des idees
d’influence, parfois des rires immotives.
En octobre 1930, quelques jours apres avoir repu la visite de sa
mere, je lui demande qui l’a visitee. « II me semble que §’a ete ma
mere et mon cousin. — Alors vous n’en etes pas sure ? — Mais non,
parce que d’habitude les egales, celles qui se ressemblent, se ras-
semblent. »
J’insiste et elle me raconte qu’un jour elle est venue rejoindre sa
mere au parloir et que, en meme temps, entra une autre personne,
exactement semblable, par la p'orte, et dit : « Ce n’est pas celle-la,
c’est moi », et la premiere venue dit la meme chose : « Celle-la est
venue maintenant et je suis arrivee dans le train du matin. » Jp n’ai
pu obtenir plus de renseignements sur le phenomene, parce que le
psychisme de la malade, avec ses reponses a cote et ses divagations,
vient frustrer toute tentative d’analyse psychologique plus fouillee.
Mais elle a continue d’affirmer qu’il y a des personnes egales, qu’elle
les a vues ensemble, et qu’elle ne sait pas, a un moment donne, si elle
a ete visitee par la vraie ou par la fausse mere, a cause de cette his-
toire du troc. Le 27 novembre elle sort de l’asile.
Obs. V. — Ad., 64 ans, femme de chambre. Psgchose hallucinatoire
chronique. Pas d’antecedents hereditaires d’importance. La psychose
a debute huit ans avant la date de l’entree (3 nov. 1927). On note : des
idees de persecution relativement systematisees, des hallucinations
auditives, tactiles et peut-etre cenesthesiques, des interpretations deli-
rantes, des illusions visuelles et des faux souvenirs. En 1929 il y a des
acces d’agitation. En mai de l’annee suivante on note Villusion des
sosies. Si l’inflrmiere insiste pour qu’elle prenne les remedes ou si on
la camisole — a cause des episodes d’agitation — elle dit : « Vous
n’etes pas l’infirmiere ; l’inflrmiere est bonne et elle ne me faisait pas
712
ALBERTO BROCHAItO
cela. » Peu a peu, les sosies se multiplient. II y en a plusieurs de l’in-
firmiere, du restant du personnel, du secretaire de l’hopital et de
moi-meme.
Peu a peu les idees de persecution s’e'ffacent, faisant place a des
idees de grandeur. Un certain degre de dissociation mentale com¬
mence a se faire jour. Des neologismes emaillent son discours. Parmi
les sosies il y a des individus en chair et en os — ce sont les person-
nes naturelles ( pessoas de naturalidade, dit-elle en portugais) • — ■ et
les pensees. Voici comment elle congoit ces pensees : n’importe qui
peut, en pensant a une personne quelconque, la faire paraitre dans
un certain endroit, pres ou loin de soi. II peut aussi se faire paraitre
lui-meme en pensee. Ces pensees parlent et pensent comme les per¬
sonnel naturelles et on ne les distingue pas de celles-ci.
En avril 1933 elle parle de sosies d’elle-meme. Elle a plus de vingt
saeurs, toutes semblables, et toutes ont ete a I’hopital. Ici elles sont
toutes connues par le meme nom, on leur met le meme visage. Qui les
voit croft que c’est toujours la meme personne, mais ce n’est pas vrai.
11 est deja arrive d’etre a I’hopital quatre le meme jour, mais jamais
pins d’une a la fois. Cependant elle se souvient de toute son existence
a l’asile, parce que toutes les soeurs ont la pensee les unes des autres.
Mais cela seulement pour ce qui concerne leur vie asilaire.
Frequemment elle parle a la troisieme personne, pour bien montrer
qu’un certain fait est arrive a une de ses saeurs et pas a elle, ou a la
premiere du pluriel, pour faire remarquer la multiplicity des person-
nalites. Par exemple : « II y a six ans que nous sommes ici », ou
alors : « Elle semble la meme personne, car elle dit tout ce qui est
arrive. »
La dissociation mentale progresse relativement vite. Le delire
s’effrite, mais 1 ’illusion des sosies persisle toujours.
Obs. VI. — B„ sans profession, 61 ans. Psychose hallucinatoire chro-
nique. Branche paternelle : le grand-pere est mort en demence, un
oncle semble avoir souffert d’atrophie musculaire progressive ; le
pere est mort a la suite d’un ictus apoplectique. Branche maternelle r
la grand’mere a eu plusieurs ictus et deux tantes sont mortes alienees.
Apres quelques bouffees delirantes qui ont gueri, s’installe un delire
systematise de persecution, avec un discret coloris de grandeur, des
hallucinations auditives, des interpretations delirantes et des neolo¬
gismes.
Elle dit qu’a 1’asile il y a plusieurs medecins semblables a M. le
Dr Bahia (le directeur de l’etablissement) et a moi-meme. Tous tra-
vaillent a l’asile. Il est difficile de distinguer ces differentes personnes,
Celui-la seul qui les connait bien peut en etre capable.
Je commencerai par faire une petite remarque : c’est qu’aucun
de mes malades n’a employe le vocable sosie que, en portugais
(sdsia), les gens tres instruits seuls connaissent et emploient.
LE SYNDROME DE CAPGRAS
713
Toutefois, M... (Obs. I), ayant une certaine instruction, je lui ai
demande un jour si les personnes semblables n’etaient pas des
sosies. « Quelques-unes peuvent l’etre, a-t-il repondu, d’autres
non, car un sosie, c’est un individu exactement egal a un autre et
ceux-ci sont seulement, en general, extremement semblables. »
Or, quoique, a la lettre, le sens du terme soit celui-ci, dans le
symptome illusion des sosies, il ne s’agit jamais, ou presque
jamais, d’une identite photographique, car les malades insistent
sur les petits signes distinctifs entre les divers sosies. Ainsi,
Mme de Rio Branco, le cas princeps de M. Capgras, explique
comme elle distingue les sosies : « £a se voit a des details... un
petit signe a l’oreille... la figure plus mince... la moustache plus
longue... les yeux de couleur differente... la fagon de parler... la
fagon de marcher... » Expressions que je trouve dans la bouche
de tous mes malades, celle de l’Obs. IV exceptee, parce que celle-
ci dit nettement qu’il s’agit de personnes tout a fait pareilles
(as iguaisinhas) .
II y a un fait curieux sur lequel insistent Larrive et Jasienski.
Toutes les observations publiees jusqu’alors concernaient des
femmes. Je connais seulement deux exceptions a cette regie :
l’Obs. XIII de Mile Derombies et mon malade M... (Obs. I). Quoi-
qu’on ne puisse voir aisement la raison de cette preference, il
est certain que ce sont presque toujours des femmes qui sont
dupes de Villusion des sosies.
Pour expliquer la genese du symptome, M. Capgras invoque :
« un etat affectif d’abord, une habitude, une tournure d’esprit
ensuite », c’est-a-dire un trouble affectif initial qui, le premier,
declencherait le phenomene, et une attitude mentale (Seglas) qui
lui donnerait de la stability et l’etendrait progressivement.
Mais quel est ce trouble affectif qui nous semble etre a la base
de la meconnaissance ? se demande Mile Derombies. Il semble
qu’il s’agisse d’une modification de la cenesthesie, mais se tra-
duisant de differentes fagons : soit Yinquietude, Yanxiete, soit une
intuition delirante, un etat passionnel morbide, un sentiment
d’etrangete interieure...
D’autres theories sont venues ensuite. Quelques-unes, se rap-
prochant des precedentes, insistent sur l’importance de l’ele-
ment affectif, d’autres mettent au premier plan un trouble intel-
lectuel.
Apres avoir cite les principales de ces theories. Mile Derombies
rappelle que Kinner-Wilson et Pierre Janet rapprochent cer¬
tains troubles eprouves par des epileptiques au moment de l’aura
des impressions d’etrangete, de non realite observees chez les
714
ALBERTO BROCHADO
psychastheniques et cite l’hypothese de Franckhauser et de plu-
sieurs neuro-psychiatres de l’Ecole suisse qui pretendent expli-
quer les phenomenes de fausse reconnaissance, illusion de fausse
familiarite et de non familiarite par une dysjonction entre les
couches corticales exterieures (reconnaissance et ideation) et les
inferieures (perception).
« Ces dernieres theories, continue Mile Derombies, nous
feraient envisager la possibility d’une explication univoque, appli¬
cable peut-etre a tous les troubles de la reconnaissance que nous
avons etudies : Illusion de sosie, impression de jamais vu, fausse
amnesie, meconnaissance, impression de deja vu, fausse recon¬
naissance. »
Or, je crois que l’Obs. I est tres interessante a ce point de vue,
parce que, a Villusion des sosies tout a fait classique, ce malade
joint, pendant quelques annees, Villusion du deja vu d’une facon
continue, systematique. D’autre part, Villusion de sosie alterne
avec la meconnaissance pure et simple (pendant une annee, de
fevrier 1927 a fevrier 1928 et depuis juillet 1935).
Dans un des travaux que j’ai consacre a 1 ’illusion des sosies,
en portugais (1), j’insiste sur le rapport qui doit exister entre les
deux phenomenes, illusion des sosies et illusion du deja vu. Je
ne puis m’etendre ici sur ce point, mais j’appelle seulement l’at-
tention sur cette coexistence, ce qui ne s’est pas encore rencontre
dans aucune des observations qui ont vu le jour.
Dans 1’une et l’autre, nous avons comme symptomes : a) un
trouble simple et primitif ; b ) une attitude mentale qui lui donne
de la stability, le fait progresser et le transforme en c) un verita¬
ble delire, delire palingnostique (Mendel) pour Villusion du deja
vu, delire des sosies, pour l’illusion de Capgras.
Sans employer cette terminologie, Arnaud etait arrive, toute-
fois, aux memes conclusions : « II me parait legitime de conclure
que la continuity de Villusion n’est qu’apparente, qu’elle est le
resultat d’une sorte d’entrainement, d’une habitude ayant deter¬
mine un faux pli de l’esprit et un veritable delire. >>
Parlant du delire des sosies, M. Capgras ecrit : « De la sorte,
elle (Mme de Rio Branco) arrive presque, sinon au delire meta-
bolique, du moins au delire de metamorphose. » Je crois qu’on
peut dire meme delire metabolique sans aucune restriction. « C’est
incroyable la comedie qui se joue avec les sosies », dit Mme de
Rio Rranco. Et, qu’est-ce que le delire palingnostique, du moins
(1) Alberto Bhochado. — 0 sindromo de Capgras. Portugal Medico, n° 3,
mars 1932.
LE SYNDROME DE CAPGRAS
715
dans des cas semblables a celui de M... (Obs. I), sinon une moda-
lite de delire metabolique ? Une telle repetition, symetrique et
mecanique, de la vie, ne peut etre qu’une vaste comedie. Le
malade d’Arnaud attribuait cette comedie a des machinations
des siens, comme M... affirme que les articles sont repetes inten-
tionnellement et que le journal qu’il lit n’est pas le vrai journal,
imprime pour tout le monde, mais un journal compose expres
pour lui.
L’episode des lettres ecrites au Dr Lemos me fait croire que
M..., comme le malade d’Arnaud, eprouvait l’impression du
deja-vu, non seulement pour les perceptions, mais aussi pour ses
propres souvenirs.
Le role de 1’element affectif dans la genese de l’illusion des
sosies apparait evident dans presque toutes mes observations,
mais avec des modalites differentes. Dans les cas I et II, ce serait
peut-etre la haine morbide, symptomatique de la psychose, exa-
cerbee peut-etre, dans le cas I, par l’insistance avec laquelle le
pere — qui attribuait les troubles mentaux de son fils exclusive-
ment a la syphilis — pretendait lui faire subir des traitements
specifiques, que celui-ci refusait energiquement. Dans l’observa-
tion V, l’illusion est nettement engendree par les sentiments que
fait naitre dans la malade une attitude que celle-ci estime, hos¬
tile — administration de medicaments, application de la cami¬
sole. C’est le mecanisme invoque par Roger Dupouy et Montas-
sut. Dans le cas III, ce serait peut-etre un facteur identique, mais
marquant une hostility plus reelle, la giflle que lui a administree
sa sceur. Mais, dans ce cas, nous voyons 1’illusion precedee, pen¬
dant quelques jours, d’une idee delirante, celle de l’enlevement
de sa sceur, qui a contribue certainement aussi a l’eclosion du
symptome. Cette idee, de son cote, semble resulter d’un deplace¬
ment affectif (Freud) du trauma qui a ete la cause occasionnelle
de l’acces : les sentiments eveilles par le vol du sac-a-main se
sont detaches de son objet primitif et se sont associes a un
nouvel objet — la sceur — d’ou la croyance a son enlevement.
Dans ce cas, il y a aussi une autre curiosite : la reapparition du
symptome a l’occasion d’un nouvel acces. Cette fois, il est vite
rectifie, parce que l’intensite des troubles est petite.
Comme le dit M. Capgras, « le melancolique, plus ou moins
perplexe, cherche la certitude, pose des questions embarrassan-
tes au pretendu sosie, examine certains signes qu’il croit connus
de lui seul ». Tous ces details sont amplement confirmes dans
le cas de J...
En ce qui concerne Si..., il est plus difficile d’expliquer, sinon la
716
ALBERTO BROCHADO
genese, du moins la forme par laquelle le symptome a fait irrup¬
tion dans la conscience de la malade. A mon avis, trois hypothe¬
ses pourraient etre admises : a) une hallucination visuelle se
serait jointe a la perception reelle de la mere, au moment de la
visite ; b ) toute la scene racontee aurait ete vecue dans un etat
hallucinatoire ; c) il s’agirait, tout simplement, de faux souve¬
nirs. Si la premiere hypothese etait exacte, on aurait un exemple
de la coexistence de la vraie personnalite et de son sosie, laquelle,.
comme observe Vie, ne s’est encore manifestee dans les observa¬
tions publiees. Car, dans celles-ci, jamais des hallucinations
visuelles ne sont intervenues dans le determinisme de l’illusion.
Des hallucinations auditives, par contre, ont ete deja notees dans
ce determinisme-la.
Reste le cas VI, dont le mecanisme psychogenetique n’est pas
tres net. Peut-etre s’agirait-il du sentiment d’etrangete invoque
pour M. Capgras ; peut-etre aussi, comme je me le suis demande
dans un travail publie en portugais (1), Yidee de sosie ne serait
que l’aboutissement des idees de grandeur de la malade lesquel-
les, quoique legeres, n’en etaient pas moins delirantes. Celle-ci
se croyait apparentee a plusieurs personnes d’une condition
sociale un peu superieure a la sienne. Elle a plus de 700 parents
dans ces conditions. Or, apres en avoir multiplie le nombre,
n’irait-elle pas jusqu’a dedoubler, en plusieurs individuality
distinctes, ceux avec qui elle vit de plus pres ? Un petit fait me
semble demontrer que cette hypothese n’est pas completement
invraisemblable : c’est que la malade n’a jamais affirme l’exis-
tence de sosies des personnes qu’elle n’aime pas — le personnel
par exemple.
Mile Derombies se demande « lequel des deux apparait en
premier lieu, ou l’idee, souvent delirante, concernant le vrai
personnage, ou la creation d’un sosie », et incline pour une
certaine priorite de la certitude delirante. II y a, certes, des cas
ou il en est ainsi, 1’Obs. Ill le prouve nettement. L’idee du rapt
a precede et prepare l’idee de l’existence d’un sosie.
Comme le remarque encore Mile Derombies, Yillusion des sosies
se rapporte toujours a un etre qui, d’une facon ou d’une autre,
suscite chez le malade un interet affectif intense. « Les Gran¬
gers, les objets quelconques, ne semblent pas transformes, ils
sont reconnus immediatement. » Cependant, on note quelque-
fois une meconnaissance des objets familiers, mettons meme une
(1) Alberto Brochado. — La genese de I’illusion des sosies. Portugal
Medico, n° 6, juin 1934.
LF. SYNDROME DE CAPGRAS
717
illusion des sosies des choses : « On a truque sa malle, dit la
malade de Bouvier, on lui a fait fairedes vetements copies sur
les siens, on a imite les faux plis et 1’usure, mais elle se rend bien
compte de la supercherie. » Elle s’etonne cependant de la res-
semblance parfaite. Mon malade de l’Obs. I a aussi affirme,
comme nous l’avons vu, que les lunettes, aussi bien que le par-
dessus, n’etaient pas les siens, mais tres semblables.
Dans les cas publies, quand les malades parlent de sosies
d’eux-memes, il s’agit toujours d’une ressemblance physionomi-
que, externe. Les personnalites, par contre, demeurent entiere-
ment distinctes. Les sosies de Ad... (Obs. V), toutefois, sont lies,
non seulement par une ressemblance physionomique, mais aussi
par une identite interne, psychique. Elies ont la pensee les unes
des autres, quoique seulement pour ce qui concerne leur vie asi-
laire. C’est-a-dire, Yillusion des sosies conduit, dans ce cas, au
dedoublement de la personnalite.
Une derniere remarque pour terminer. « Les sosies ne sont
pas immateriels, sans corps », dit Mile Derombies. Or, quoique
dans mes cas il en soit presque toujours ainsi, nous avons vu que
A., a cote des personnes en chair et en os, admettait l’existence
de pensees qui, pourtant, parlent et agissent comme les person¬
nes naturelles et ne s’en distinguent en rien.
LES TENDANCES ACTUELLES
DE LA PSYCHIATRIE EN SUISSE
PAR
A. REPOND
L’exercice de la medecine mentale, bien plus que celui de tou-
tes les autres branches de l’art de guerir, depend du degre de
civilisation d’un pays, de son statut politique, de son etat social,
de sa legislation, de sa prosperite materielle, de ses prejuges
usuels, de ses conceptions religieuses et morales, bref, de l’en-
semble des conditions spirituelles et materielles dans lesquelles
il vit.
Cette constatation est peut-etre plus frappante en Suisse qu’ail-
leurs, ou les 24 petites republiques, fort dilferentes les unes des
autres, qui composent ce pays, ont garde leurs traditions, leur
regime et leur legislation propres pour tout ce qui concerne
l’assistanee publique et l’assistance aux alienes, le code penal,
l’administration et bien d’autres choses encore, qui exercent une
influence directe sur la pratique de la medecine mentale. En
voici quelques exemples : certains cantons, tel que Neuchatel
ou Geneve, possedent une loi assez complete sur le regime des
alienes. A Neuchatel, le Procureur de la Republique y possede
un droit de controle sur les internements. Ailleurs, ce droit sera
devolu a une autorite administrative ou executive, a une Com¬
mission de Surveillance ou au Conseil d’Etat. Autre exemple :
le canton de Vaud s’est offert une loi sur la sterilisation des alie¬
nes qui, bien que parfaitement redigee et maniee avec une
extreme prudence, est un objet de vive reprobation pour les deux
pays catholiques voisins de Fribourg et du Valais.
La plupart des cantons suisses, cependant, ne possedent
aucune loi speciale sur le regime des alienes, mais seulement
des decrets determinant l’activite des etablissements officiels
pour malades mentaux, les conditions d’admission, d’interne-
Ann. Med.-psych., XV° serie, 94e annee, t. I. — Mai 1936.
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATR1E EN SUISSE 719
ment, d’exeat, les competences medicates et administratives des
medecins directeurs, des economes, des autorites de surveil¬
lance, etc...
Les charges de l’assistance aux alienes necessiteux sont, dans
la plupart des cantons, partagees entre l’Etat et les communes
de domicile et d’origine. La repartition de ces frais varie d’ail-
leurs beaucoup d’un canton a l’autre : dans certains, l’Etat en
assure la presque totalite ; dans d’autres, il n’intervient pas du
tout ou pour une miiiime partie seulement. Ce partage depend
souvent de la situation financiere des communes ou des bour¬
geoisies qui doivent payer pour leurs malades un prix propor-
tionnel a la fortune ou au revenu de la collectivite. La repar¬
tition des charges d’assistance entraine du reste parfois des
conflits administratifs : certains malades possedent, par exem-
ple, la bourgeoisie de deux communes differentes, qui essaient
alors de rejeter l’une sur l’autre les frais d’internement ; des
difficultes peuvent aussi se presenter pour la repartition des
charges entre la commune de domicile et la commune d’origine,
ou encore a l’occasion du rapatriement des alienes indigents
dans leur canton d’origine. On apprecie aussi differemment, sui-
vant les cantons, les conditions de fortune ou plutot d’indigence
d.onnant a un malade le droit d’etre soigne aux frais de 1’assis-
tance publique : il peut done arriver, par exemple, que Ton
interne a Geneve comme aliene necessiteux un Yalaisan qui y
habite, puis qu’on le transfere dans 1’asile de son canton d’ori¬
gine, oil les autorites communales responsables refusent d’assu-
mer la charge de son entretien pour la raison que la tamille du
malade dispose d’un revenu tel qu’clle ne saurait etre consideree
comme indigente d’apres les conditions ec.onomiques du Valais.
De pareilles situations peuvent avoir une certaine influence
sur le sort des malades. En effet, quand les frais de traitement
incombent a une famille plus ou moins besogneuse, a une petite
commune pauvre, il est naturel que l’on retarde le plus possible
l’entree du malade a la clinique, qu’on restreigne le placement
d’office aux cas les plus graves, et, qu’on ne soigne gu^re les
psychoses legeres ne faisant pas de symptomes bruyants ou ne
presentant pas de dangers apparents pour la securite publique.
Aussi, les suicides des melancoliques sont-ils assez frequents
dans certains cantons : on n’y prend qu’a vegrfet l’initiative d’un
internement qui entrainerait, si le malade est necessiteux, l’obli-
gation de subvenir a son entretien dans l’asile. De meme, on a
tendance a limiter a cause des frais la duree du traitement des
malades au plus strict minimum. Cela n’est pas toujours un desa-
720
A. RE POND
vantage et l’on sait combi en une sortie precoce peut hater la
guerison dans certaines formes de schizophrenic, sinon meme
la provoquer. Quand l’Etat assume les frais, les families et les
autorites communales opposent plus volontiers des difficultes a
la sortie des malades, se montrent plus sensibles a la persis¬
tence de certains symptomes, a certains traits penibles du
caractere, a la possibility d’un risque, meme minime, pour la
securite publique. Le resultat en est que dans les cantons ou
l’Etat se montre genereux, les asiles sont facilement encombres
de cas chroniques et qu’il faut toute l’energie du medecin pour
imposer leur sortie.
C’est en partie, pour remedier a ces difficultes et ces compli¬
cations qu’ Auguste Forel avait tente, il y a une trentaine d’an-
nees, d’obtenir une loi federate sur le regime des alienes. Mal-
gre l’appui que la Societe Suisse de Psychiatrie donnait a ce pro¬
jet, il echoua, car son acceptation eut entraine le transfert a la
Confederation de la plupart des competences, comme des char¬
ges, de l’Assistance publique, chose impossible a concilier avec
le federalisme qui caracterise les institutions helvetiques.
La bigarrure administrative du regime des malades mentaux
est encore renforcee par le fait que, chaque canton possedant son
propre code penal, l’appreciation des debts ou des crimes com-
mis par les psychopathes varie aussi passablement d’un endroit
a 1’autre, de meme que les mesures de protection prises contre
eux. Un psychopathe declare irresponsable dans un canton ne le
sera pas necessairement dans un autre. Si ce malade est origi-
naire d’un autre canton que celui oil il a ete declare irrespon¬
sable, il sera rapatrie dans l’asile de son canton d’origine. Les
frais de son entretien tombant desormais a la charge de sa com¬
mune, celle-ci pourra, si le cas n’est pas trop grave, refuser de
les assumer, et le malade sera remis en liberte : parfois sans
controle aucun.
Ce serait cependant une erreur de ne voir de ces regimes si
divers, auxquels sont soumis les asiles suisses, que les inconve-
nients. Les difficultes administratives que j’ai relevees sont assez
exceptionnelles et cette decentralisation presente en contre-par-
tie bien des avantages qui me semblent meme l’emporter de
beaucoup. Les petites collectivites que forment les cantons
suisses fonctionnent tout naturellement d’une maniere plus
souple qu’un grand Etat et il est toujours possible de remedier
aux insuffisances dent je parlais tout a l’heure. Il est aussi plus
facile d’organiser en petit des oeuvres d’assistance, de realiser
un progres social pour une communaute limitee que si 1’ oeuvre
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN SUISSE 721
devait s’etendre simultanement a tout le pays. D’ailleurs, les
besoins des differents cantons sont aussi fort divers et les oeu¬
vres sociales ne sauraient etre les memes, par exemple, dans un
canton industriel et citadin que dans un autre presque exclusi-
vement agricole. Les policliniques psychiatriques qui existent
dans toutes les villes universitaires et sont tres frequentees par
la population citadine ne pourraient guere fonctionner dans les
contrees rurales. Celles qui ont ete creees dans les asiles situes a
la campagne ne sont, si je suis bien renseigne, guere frequentees,
malgre la gratuite des soins.
Les differences politiques, administratives, legislatives des can¬
tons ne sont pas les seules a exercer une influence sur la pra¬
tique de la medecine mentale en Suisse. 11 y a, de plus, les diver¬
gences confessicnnelles qui sont fort importantes (deux tiers
environ de la' Suisse, sont prctestants et un tiers catholique) et
enfin, comme on le sait, sa culture est triple et determinee en
grande partie par celle des trois grands pays d’Europe dont elle
partage les langues. L’influence de chacun de ces pays ne s’ar-
rete pas a son territoire linguistique, elle peut le deborder sen-
siblement ou creer avec une autre des zones d’interference ou de
luttes dans lesquelles les di-verses doctrines, tantot se fondent
et s’harmonisent, tantot s’affrontent nettement, car elles trou-
vent toujours dans le pays certains protagonistes plus ou moins
intransigeants. C’est un fait aussi que l’intluence doctrinale et
scientifique des divers pays varie tant en qualite qu’en quantite
suivant les epoques. Avant la guerre mondiale, par exemple, il
est constant que 1’influence de la psychiatrie allemande etait
predominate dans toute la Suisse au point de vue theorique et
pratique. Cette preponderance, qui ne se bornait pas au domaine
de la psychiatrie, etait due partiellement a 1’identite du cours
des etudes medicales, qui permettait aux etudiants suisses d’aller
passer quelques semestres dans les Universites allemandes sans
retarder pour autant leurs etudes et leurs examens. Cela ne veut
pas dire d’ailleurs que la psychiatrie suisse ait suivi aveugle-
ment les enseignements venus d’Allemagne ou qu’elle ait accepte
sans auti-e ses doctrines scientifiques offlcielles. Une preuve en
est l’interet immediat qu’eveilla en Suisse la psychanalyse, et, le
fait que la plupart des alienistes suisses s’inspirerent aussitot de
ses decouvertes et de ses doctrines, alors que celles-ci etaient
combattues, comme elles le sont encore du reste actuellement,
par la grande majorite des maitres allemands. Le seul de ces
derniers, dont on peut dire qu’il exerca sur la psychiatrie suisse
une influence preponderate et qui dure encore, est : Kraepelin,
Ann. MjED.-psYca., XVe serie, 94« annee, t. I. — ■ Mai 1936.
46.
722
A. RE POND
dont les conceptions sur la demence precoce et la cyclothymie
furent tres vite suivies, et dont la systematisation fut aussi adop¬
tee pour l’etablissement des statistiques officielles, alors que ce
n’etait le cas ni en Allemagne, ni en Autriche.
Cette entente de toute la psychiatrie suisse sur la classification
des maladies mentales eut evidemment pour resultat de creer
une certaine unite dans la maniere de considerer quelques pro-
blemes psychiatriques fondamentaux. II n’est pas indifferent, en
effet, que l’on se soit entendu dans tout le pays sur les criteres
diagnostiques des affections mentales les plus frequentes ou sur
1’appreciation des resultats therapeutiques.
Cet accord a propos des conceptions cliniques essentielles a ete
beaucoup favorise par le fait qu’il n’y a guere eu, jusqu’a main-
tenant, qu’une seule ecole psychiatrique suisse : celle du Biir-
gholzli a Zurich. Elle doit le debut de sa renommee a Auguste
Forel, auquel succeda Bleuler. L’influence de ces deux hommes
et surtout du dernier a ete absolument preponderate sur les
alienistes suisses, et, ce sont actuellement les eleves directs de
Bleuler qui occupent, a l’exception d’une seule, les chaires de
psychiatrie des Universites du pays, ou sont a la tete des eta-
blissements o-fflciels et prives pour malades mentaux. La for¬
mation qu’un maitre si eminent a donne a toute une generation
d’alienistes et qui se continue par l’intermediaire de ses eleves
est encore determinante pour l’attitude mentale de nombreux
psychiatres suisses qui suivent toujours ses traces, continuent
a etudier les problemes qu’il a poses, se meuvent dans les limi-
tes des conceptions psychiatriques qu’il a tracees, acceptent
encore sans les mettre en doute les idees fondamentales qui sont
les siennes. Cette unanimite tacite se revele assez nettement
dans les assemblees de la Societe Suisse de Psychiatrie ou,
somme toute, on n’attaque guere le point de depart ou les pre¬
misses des travaux scientifiques qui y sent presentes, et qui
s’appuient pour la plupart sur l’ensemble des notions fonda¬
mentales, criteriologiques et methodologiques, pensees et eta-
blies par Bleuler.
II est un autre caractere tres important commun aux alienistes
suisses, et qui n’est pas du a une formation theorique, a un
entrainement doctrinal quelconque, mais procede du sens social
si developpe chez le peuple suisse. La psychiatrie de notre pays
est, en effet, avant tout sociale, et, bien avant la creation du mou-
vement pour l’hygiene mentale, une grande partie des efforts
des alienistes etaient voues a des taches de prophylaxie generale.
Je rappelle a ce propos l’extraordinaire activite deployee par
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATR1E EN SUISSE 723
Auguste Forel dans la lutte contre l’alcoolisme qu’il organisa,
non seulement en Suisse, mais a l’etranger. II reussit si bien a
faire partager ses opinions a cet egard par les alienistes de notre
pays, qu’il etait considered par exemple, comme allant de soi,
qu’un psychiatre fut abstinent afin de servir d’exemple vivant
dans la lutte contre l’abus de la boisson. C’est a son activite
aussi qu’est due la creation de multiples etablissements pour les
buveurs, de centres de prcphylaxie centre l’alcoolisme, de lois
contre l’abus des boissons, etc... Dans un domaine psychiatrique
plus limite, il faut signaler aussi la creation de nombreuses
societes de patronage pour les alienes, dont les buts sont de
repandre dans la population certaines connafssances utiles concer-
nant les maladies mentales et surtout de s’occuper des malades
sortant des asiles ameliores ou gueris, de leur trouver un tra¬
vail en rapport avec les managements qu’impose encore leur
etat, de venir en aide moralement et financierement aux famil¬
ies des alienes, etc...
C’est aussi a cette activite sociale de la psychiatrie suisse
qu’est due la creation de services de placement hetero-familial
pour les alienes, qui fonctionnent dans plusieurs cantons. D’au-
tres milieux de la population n’avaient pas attendu d’ailleurs
que la psychiatrie fit, en hesitant, ses premiers pas au dehors
des murs des asiles et abordat les problemes de l’assistance aux
categories de psychopathes auxquels elle ne s’etait guere inte-
ressee tout d’abord. C’est le merite d’une venerable association,
dite : Societe Suisse d’Utilite Publique, dont l’activite s’etend a
tout le pays, que d’avoir cree ou tout au moins stimule la crea¬
tion d’une quantite d’ceuvres de patronage, de maisons d’educa-
tion et de reeducation en faveur de l’enfance anormale, aban¬
donee, de l’adolescence devoyee ou delinquante, etc. II existe
en Suisse une tres grande quantite de pareilles oeuvres d’assis-
tance, dont la creation et l’entretien sont dus presque exclusive-
ment a l’initiative privee, et auxquelles la psychiatrie suisse n’a
jusqu’a maintenant coopere que pour une assez faible part.
Dependant, au cours de ces dernieres annees, sous l’influence
du mouvement en faveur de l’hygiene mentale, et surtout a
cause du grand developpement pris par les methodes psychothe-
rapiques dans 1’education et la reeducation des enfants psycho¬
pathes, difficiles et delinquants, la plupart de ces oeuvres eurent
recours de plus en plus aux conseils et a 1’activite des alienistes
pour l’accomplissement de leur tache speciale. Beaucoup de
pedagogues charges de la reeducation des anormaux se sont mis
aussi au courant des methodes modernes de la psychotherapie
724
A. REPOND
et surtout de la psychanalyse pour les utiliser dans leur profes¬
sion, en sorte que bien des Instituts, diriges autrefois d’apres
les principes elementaires de la pedagogie traditionnelle, se ser-
yent actuellement des methodes psychologiques les plus moder-
neys. L’Institut des Sciences de l’Education a Geneve (ancienne-
ment appele Institut Jean-Jacques Rousseau) et l’lnstitut dit de
Pedagogie curative a Zurich, qui forment le personnel desireux
de se devouer a L’enfance anormale, ont beaucoup aide a cette
evolution.
La propagation des idees et des methcdes de la psychothera-
pie dans le public n’a, d’autre part, pas ete sans creer quelques
inconvenients. Alors que la psychanalyse ne reconnait le droit
de pratiquer cette branche de la psychotherapie qu’aux person-
nes en ayant suivi l’enseignement special, ayant ete analysees
elles-memes, et pratique sous controle des analyses didactiques,
il s’est cree en marge, et surtout dans certains cantons, toute une
foule de psychotherapeutes non medecins : pedagogues, pasteurs,
anciens malades mem.es, dont l’interet pour les problemes de la
psychopathologie n’etait frequemment determine que par leurs
propres anomalies, et qui essayaient de soulager les autres avec
plus d’ardeur que de competence. Ces psychotherapeutes ama¬
teurs, qui s’affublent des titres les plus divers tels que : patho-
psychologuesj orthopsychologues, etc... commencent meme dans
certains cantons oil ils sont plus particulierement nombreux a
devenir un certain danger, non seulement par la concurrence
qu’ils font aux alienistes pratiquant la psychotherapie, mais
surtout par leur absence de culture medicale, et le tort qu’ils
peuvent ainsi faire aux malades eux-memes. La Societe Suisse
de Psychiatrie et le Comite National d’Hygiene Mentale ont
commence a s’emouvoir de cet etat de choses. Cependant, il ne
semble pas, etant donne l’etat actuel de la legislation et surtout
le manque de frontiere definie entre les nevroses et les anomalies
du caractere et du comportement qui peuvent etre considerees
comme du ressort de mesures pedagogiques reeducatives spe-
ciales, qu’il soit possible encore d’intervenir d’une maniere
efficace contre un abus.
On sait que la majorite des alienistes suisses n’a jamais fait
a la psychanalyse une opposition de principe : bien au contraire,
l’adhesion de Bleuler et de Jung, et les importants travaux scien-
tiflques de ces deux maitres sur l’application de la psychanalyse
a la comprehension psychologique des maladies mentales fonc-
tionnelles, notamment de la schizophrenie, firent accepter tres
vite une partie tout au moins des theories psychanalytiques
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN SUISSE
725
comme un chapitre de la psychiatrie et de la psycho-pathologie.
L’interet meme apporte a ces questions et les nombreuses etu¬
des qu’elles susciterent furent ensuite la principale cause des
dissensions qui se prcduisirent entre les differentes ecoles nees
de la psychanalyse. Le mouvement secessionniste commenca
avec Jung, qui se separa avec eclat de Bleuler, puis de Freud, et
qui fut suivi par la plupart des psychanalystes suisses de l’epo-
que. Bleuler, a son tour, demeura a mi-chemin dans l’accepta-
tion des theories de Freud, et la rupture scientifique fut consom-
mee entre ces deux maitres. Adler, qui se separa a son tour de
Freud, emmena avec lui queiques eleves, et il n’est pas ju.squ’a
Stekel lui-meme qui, avec ses theories elementaires, ne reussit
a gagner l’un ou l’autre adepte dans la psychiatrie suisse. Mieux
encore, la Societe Suisse de Psychanalyse se scinda en deux il y
a queiques annees, non pour des raisons scientiflques mais pour
un dissentiment purement pratique concernant l’exercice de la
psychanalyse par des non-medecins. Un bon nombre de mede-
cins analystes s’en retirerent pour fonder une societe indepen-
dante, alors que dans l’ancien groupement, seul reconnu officiel-
lement, demeurerent tous les analystes non-medecins, dont plu-
sieurs avaient apporte d’importantes contributions scientiflques
au developpement des theories de Freud et a leur application a
Part, la religion, l’histoire, l’anthropologie, etc... Ces dissensions
anciennes, presque oubliees maintenant, sont toutefois toujours
demeurees a la peripherie ' du mouvement psychiatrique suisse
et n’ont exerce aucune influence sur l’activite pratique et scien¬
tifique de la societe qui rassemble la presque totalite des alie-
nistes du pays. La Societe Suisse de Psychiatrie (qui jusqu’en
1919 portait le nom de Societe Suisse des medecins alienistes)
compte environ 150 membres. Elle exige, pour qu’un candidat
soit recu au nombre de ses membres ordinaires, qu’il ait ete
medecin assistant pendant trois ans au moins dans un etablisse-
ment pour malades mentaux. Le societe se reunit deux fois par
an, et les travaux qui lui sont presentes sont generalement d’une
haute tenue scientifique.
Entrainee par les necessites de l’heure, la Societe de psychia¬
trie a du, en plus de son activite scientifique, aborder l’etude de
questions pratiques, par l’intermediaire de commissions spe¬
cials. La plus ancienne est la commission dite « des asiles »
qui a entre autres aborde et resolu de maniere satisfaisante le
probleme capital de la formation du personnel infirmier specia¬
lise pour maladies nerveuses et mentales. Auparavant, ce der¬
nier etait, comme dans la plupart des pays, recrute au petit
726
A. REPOND
bonheur dans la classe paysanne ou ouvriere, et ne recevait
aucune formation professionnelle quelconque. On laissait an
soin de l’infirmier chef d’un asile le souci d’initier les nouveaux
employes aux details du service, et il est a peine besoin de dire
que cette preparation toute empirique etait presque toujours
insuflisante. De plus, ce personnel occasionnel ne presentait sou-
vent aucune vocation particuliere pour la profession d’infir-
mier : considerant meme cette situation comme temporaire,
comme un pis aller, en attendant mieux, il n’avait aucune stabi¬
lity. D’apres les calculs auxquels je me suis livre lors de 1’etablis-
sement des programmes de formation pour les candidats infir-
miers, la proportion des changements annuels dans le per¬
sonnel variait, suivant les asiles, de 60 a 100 0/0. Il est facile de
se rendre compte par ces chiffres quelle pouvait etre la qualite
technique des soins qui etaient donnes aux malades mentaux. Get
etat de choses a maintenant radicalement change. La commis¬
sion nominee a cet effet par la Societe Suisse de Psychiatrie et
presidee par le Dr Morgenthaler avec autant de competence
que de devouement, etablit d’abord un programme minimun
d’etudes theoriques et pratiques obligatoires, donnant droit aux
infirmiers de se presenter aux examens devant une commission
speciale. Les branches d’examen sent les suivantes : elements
d’anatomie normale et pathologique, de physiologie et physio-
pathologie, de pathologie generale, et enfin de soins aux mala¬
des corporels. Ce dernier examen est theorique et pratique. Les
gardes-malades deja en possession d’un diplome de Croix-Rouge
ou de son equivalent en sont dispenses. Puis les infirmiers sont
interroges sur leurs connaissances en psych ologie et psycho-
pathologie generale, sur les principaux points de la psychiatrie
clinique, de la legislation concernant les alienes (code civil,
code penal, lcis d’assistance) et de 1’liygiene mentale ; la der-
niere branche d’examen et la plus importante concerne les
soins aux malades mentaux (examen theorique et pratique).
Pour l’obtention des certiflcats d’examen il est tenu compte
aussi d’une note d’experience decernee par les directeurs des
hopitaux ou travaillent les infirmiers ; un stage prealable de
deux ans dans un etablissement d’alienes est necessaire pour
se presenter a l’examen, et la duree des cours theoriques et
pratiques fixes d’abord a six mois a ete portee a une annee.
Apres l’obtention du certificat d’examen, les infirmiers ont a
travailler une annee encore dans un asile, et, ceci a la satis¬
faction des medecins, avant d’etre mis en possession de leur
diplome. Ce systeme de formation, uniforme dans toute la Suisse,
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATR1E EN SUISSE 727
est en vigueur depuis une dizaine d’annees et a donne les resul-
tats les plus satisfaisants. Les capacity's professionnelles et tech¬
niques du personnel infirmier ont beauccup augmente et deve-
loppe chez lui aussi une conscience professionnelle collective
tres nette, un sentiment souvent profond de la dignite et de
l’importance de son role en meme temps qu’une emulation dont
les malades ont beneficie en tout premier lieu, et qui a sensi-
blement ameliore la tenue des etablissements pour psychopathes.
Ces progres n’ont cependant pas ete obtenus sans peine, car
ils ne pouvaient pas etre imposes et bien des directeurs d’eta-
blissements y ont oppose au debut des objections plus ou moins
valables. Depuis qu’il est ainsi forme, le personnel infirmier se
montre aussi infiniment plus stable dans sa profession et ceci au
point qu’il est devenu exceptionnelqu’un garde-malade diplome
quitte sa place ou doive etre congedie pour une faute technique.
II faut ajouter d’ailleurs que les conditions materielles dont
jouissent les infirmiers sont bien superieures a ce qu’elles
etaient avant guerre et que presque partout, par exemple, ils ont
droit maintenant a une retraite a partir d’un certain age et de
25 ans a 30 ans de service.
La Societe Suisse de Psychiatrie a constitue recemment une
commission speciale dite « de psychotherapie » chargee
entre autres de defendre les interets des alienistes n’apparte-
nant pas aux cadres des asiles et qui pratiquent la psychiatrie
isolement. En effet, les caisses d’assurances maladies tres deve-
loppees en Suisse font des difficultes de plus en plus grandes
pour reconnaitre leur obligation d’assurer un traitement psycho-
therapique aux malades qui en ont besoin. Certaines d’entre-
elles n’ont jamais voulu admettre la psychotherapie, et les
autres, a cause de la crise economique qui leur impose des
charges toujours plus grandes tout en diminuant leurs recettes,
tendent de plus en plus a refuser aux nevroses le droit a des
soins speciaux.
La commission de psychotherapie va aussi s’occuper de defi-
nir et de preciser certaines conditions d’activite de cette nou-
velle branche de la psychiatrie et elle s’efforce de maintenir le
contact avec des societes scientifiques etrangeres fort eprou-
vees par les changements politiques recents survenus dans cer¬
tains pays.
Le Comite National Suisse d’hygiene mentale, fonde en 1926,
est egalement une creation de la Societe Suisse de psychiatrie
et il est charge d’organiser et de coordonner dans tout le pays
les efforts faits en vue de l’hygiene et la prophylaxie mentales.
728
A. REPOND
II se compose d’un certain nombre de groupes voues a 1’etude
de taches speciales qui sont actueliement les suivantes :
Propagande generale : D‘ A. Repond.
Commission de statistique : D1' Bersot.
Prophylaxie generale : Dr O. Fore!.
Prevention des accidents du travail : D‘ Blum.
Hygiene mentale et medecine generale : (Dr Morgenthaler.
Hygiene mentale dans la legislation et l’application des pei-
nes : Prof. Maier.
Prophylaxie de la delinquance juvenile : D' de Saussure.
Hygiene mentale dans l’armee : D‘ Brunner.
Hygiene mentale dans les asiles : D;r Steck.
Hygiene mentale et formation du personnel infirmier pour
les maladies physiques : D‘ de Fischer.
Hygiene mentale de l’enfance : D1' Tramer.
En outre certaines societes d’utilite publique, telle que l’asso-
cation « Pro Juventute » ; le Cartel Romand d’hygiene morale
et sociale ; l’Association Suisse en faveur des anormaux, etc...
sont representees par des delegues au Comite National d’Hygie-
ne Mentale, et certaines d’entre elles ont appele des membres
de ce Comite a sieger avec les leurs pour etudier les taches
communes et tenter de les realiser de la facon la plus eflicace et la
plus adequate. Cette collaboration, qui pourrait d’ailleurs etre
plus etroite et plus active, a cet avantage d’eviter l’emiettement
des forces qui est particulierement a redouter en Suisse, et a
faire collaborer les psychiatres avec tous ceux qui sont engages
dans un domaine d’activite sociale quelconque.
Le Comite National d’Hygiene Mentale a publie deja une
vingtaine de brochures populaires de propagande traitant les
sujets les plus divers. Celles qui ont connu le plus grand succes
sont celles qui etaient redigees en style aussi simple et direct
que possible et contenaient des conseils immediatement appli-
cables par chacun. Les opuscules plus scientifiques ont penetre
dans d’autres milieux et leur vente a ete naturellement beau-
coup moins importante. Les conferences par radio qui se don-
nent regulierement dans les grands postes emetteurs suisses et
surtout en Suisse Romande sont une des formes de propagande
les plus efficaces en faveur du mouvement pour Phygiene men¬
tale. Pour les rendre plus vivantes et plus accessibles, elles ont
ete, cette annee, donnees sous forme de causeries dialoguees.
Le mouvement pour l’hygiene mentale a eveille un peu par-
tout un vif interet, notamment pour les questions de la psycho-
pathologie quotidienne, pour les menus symptomes qui sont le
LES TENDANCES DE LA PSYCHIA TRIE EN SUISSE
729
lot de chacun et, qui sans atteindre l’iritensite d’une nevrose
caracterisee, contribuent a rendre 1’existence difficile et penible
pour beaucoup.
Ce sont surtout les educateurs qui out trouve dans 1’hygiene
mentale un moyen utile d’enrichir leurs connaissances psycho-
logiques et pedagogiques et de les utiliser pour depister et
comprendre les troubles du caractere et du comportement de
leurs eleves, les deficiences intellectu'elles, les insuffisances de la
concentration de l’attention pendant la classe etc... Au cours
de ces dernieres annees il s’est cree dans divers cantons des
services medico-pedagogiques dont l’activite s’est inspiree par-
tiellement des « child guidance clinics » qui fonctionnent aux
EJtats-Unis. Ces services auxquels, soit les families, soit les auto¬
rites scolaires adressent les cas, s’occupent non seulement du
depistage des anormaux, mais surtout du traitement psycho-
therapique des enfants difficiles, de ceux qui presentent des
troubles du caractere, du comportement. Nous avons organise,
par exemple, depuis cinq ans, en Valais, un pareil service qui
depend de notre etablissement de Malevoz. Son activite s’exerce
non seulement dans la localite mais dans tout le canton. Des
consultations regulieres ont lieu deux fois par semaine dans les
petites villes du canton et, cette annee-ci meme, une de nos
assistantes a ete detachee pendant quelques mois pour entre-
prendre une campagne d’hygiene mentale dans une grande
commune de la montagne, de facon a y depister dans les ecoles
les enfants anormaux, y soigner ceux qui sont reeducables, en
meme temps que pour former autant que possible le corps ensei-
gnant, a comprendre les troubles psychopathiques de 1’enfance.
Nous avons organise aussi des reunions de parents pour les
interesser aux problemes de l’education dans la petite enfance
et dans l’age prescolaire. De meme, nous avons fonde dans plu-
sieurs endroits des cercles d’etudes de psychologie educative
pour le corps enseignant. On y fait des conferences regulieres
sur certains points de psychologie ou de psychopathologie infan-
tiles qui sont suivies de discussions. Ces cercles d’etudes colla-
borent de la maniere la plus heureuse avec les assistantes du
service medico-pedagogique.
L’ambition de beaucoup d’asiles cantonaux en Suisse est,
actuellement, de creer des cliniques speciales de neuropsychia-
trie infantile. Le Burghozli k Zurich en possede uiie depuis plu-
sieurs annees : elle sert non seulement de station de. triage, mais
aussi de traitement pour les nevroses, les troubles du carac¬
tere etc... Une autre clinique de psychiatrie infantile est en
A. RE POND
•voie de creation a 1’asile de la Waldau, pres de Berne, et plu-
sieurs autres etablissements n’attendent que l’avenement de
conditions plus favorables pour en creer a leur tour.
J’en reviens pour terminer a la psychiatrie clinique qui depuis
quelques annees met de plus en plus la therapeutique au cen¬
tre de ses preoccupations. Cette orientation est encore une des
consequenses logiques des travaux de Bleuler qui, cependant, se
montrait assez sceptique a Cet egard. Les conceptions de Bleulei
sur le role de « l’autisme » dans la schizophrenic devaient
necessairement conduire a tenter de briser par une reeducation
psychologique la tendance anormale des malades a fuir le reel
et a se refugier dans la reverie. Aussi la therapeutique par le
travail etait-elle deja appliquee dans certains asiles suisses,
d’une maniere intensive et fort differenciee, bien avant les
efforts d’ailleurs tres interessants de Simon a Giitersloh. Je
citerai par exemple l’asile de Wil, dans le canton de Saint-Gall,
sous la direction du Dr Schiller, ou encore celui de Cery, pres
de Lausanne, oil, sous l’impulsion du Professeur Preisig, on est
arrive a occuper regulierement pres de 90 0/0 des malades. De
meme, nous avions des 1920 reussi a creer a Malevoz un milieu
psychologique favorable a une emprise suggestive sur les mala¬
des mentaux, a y creer une atmosphere sympathique, une
ambiance morale heureuse permettant de lutter efficacement
centre les symptomes resultant de l’opposition, consciente ou
non, des malades a leur internement. Les resultats favorables
de cette psychotherapie collective des malades mentaux ont
d’ailleurs bien montre l’efficacte de ces methodes : en effet, on
peut constater que dans les cliniques oil l’on s’inspire de ces
principes psychologiques, les symptomes de negativisme, de
refus de nourriture, d’agitation chronique, de violence, ont
presque entitlement disparu, et que la guerison des malades,
du moins leur readaptation a la realite, s’y fait dans des condi¬
tions plus aisees qu’ailleurs a cause de la conliance qu on reus-
sit a leur donner dans les medecins qui les soignent.
Plusieurs cliniques suisses ont entrepris actuellement le
traitement des schizophrenies par les « chocs » a l’insuline. II est
encore trop tot pour pouvoir se prononcer sur les resultats
de cette methode empirique, qui parait cependant interessante.
Les etablissements prives destines au traitement des malades
nerveux et mentaux sont nombreux en Suisse. Presque tous
actuellement sont diriges par des alienistes de carnere et la
valeur scientifique et clinique de ces etablissements ne le cede
en rien et parfois est meme superieure a celle de certains asiles
LES TENDANCES DE LA PSYCH1ATR1E EN SUISSE 731
publics. La plupart de ces derniers ont fait aussi, depuis une
dizaine d’annees, de grands progres techniques. Presque tous les
grands etablissements cantonaux se sont recemment moder¬
nises, reorganises, embellis et mis a meme de faire face aux
exigences scientiflques et therapeutiques les plus strictes. Ils
ont aussi complete leur outillage par l’organisation de services
sociaux, charges de surveiller les malades sortis de l’etablisse-
ment, tout au moins de maintenir le contact avec eux, de trou-
ver du travail et un milieu favorable pour les cas incapables de
le faire eux-memes, pour servir d’agent de liaison entre le ma-
lade et les autorites, etc...
Bref, si nous comparons l’equipement technique actuel de la
medecine mentale en Suisse, son armement prophylactique, ses
possibilites dans l’assistance sociale, avec les moyens. dont elle
disposait il y a une dizaine d’annees seulement, nous pouvons
constater partout un progres considerable. L’interet, tou jours
tres vif, des alienistes suisses pour les methodes psychothera-
piques, a trouve ces dernieres annees un heureux complement
dans le renouveau des moyens therapeutiques biologiques. Aussi,
malgrp les diffir.nlt.6s economiques de rheure presente, lapsychia-
trie suisse, assuree de l’importance de son role et des services
de plus en plus grands qu’elle pent rendre a la societe, envisage
l’avenir avec eonfiance.
Pour completer cet expose, j’ai demande a un certain nombre
de mes confreres, dont l’activite scientifique est notoire, de bien
vouloir me renseigner brievement sur les objets et les tendan¬
ces generates de leurs recherches actuelles. La plupart m’ont
repondu souvent de facon detaillee avec infiniment de bonne
grace, et je les en remercie. Je regrette d’autant plus vivement
de ne pouvoir citer in extenso certaines reponses extremement
interessantes.
En analysant les resultats de ce questionnaire, il me seinble
■qu’on peut repartir en 4 ou 5 classes differentes les recherches
faites actuellement par les alienistes et psychotherapeutes
suisses. La psychiatrie clinique fait, comme il est naturel,
l’objet des etudes de la plupart des medecins du cadre des asi-
les, alors que eeux qui pratiquent la neuro-psychiatrie d’une
maniere independante sont, pour la plupart, occupes a des
travaux d’ordre plus etroitement psychologique et psychopalho-
logique. Toutefois, en dehors de ce partage bien naturel des
activites scientiflques et qui correspond a l’activite pratique de
cha-cun, il existe des differences tres notables quant au point de
depart et a l’orientation generate des recherches de chacun. Ceci
732
A. REPOND
se montre bien, par exemple en comparant l’activite scientifique.
deployee par les chefs des 5 cliniques psychiatriques universi-
taires du pays. Celle de Geneve, sous la direction du Professeur
Ladame, est nettement engagee dans line conception purement
somatique de la psychiatrie. Le Professeur Ladame m’ecrit qu’il
envisage de plus en plus la psychiatrie sous Tangle de la mede-
cine generate et s’elforce de lui appliquer, d’une facon toujours
plus rigoureuse et minutieuse, les methodes d’examen de celle-
ci. II veut aussi qu’on exploite la methode anatomoclinique de
la neurologie pour l’etude des affections psychiatriques, et
qu’on oriente l’analyse clinique des symptomes neuro-psychia-
triques vers les manifestations pathologiques les plus elemen-
taires, aussi procede-t-il a l’examen toujours plus methodique
des annexes du cerveau, en particulier de 1’oeil et de Toreille, et
de leurs fonctions. .
Le predecesseur de Ladame, le Professeur Weber qui s’est re^
tire il y a quelques annees, plus eclectique dans sa facon de con-
cevoir les prcblemes psychiatriques, v faisait une place impor-
tante a la psychologic et a la psychopathologie.
L’autre clinique psychiatrique universitaire de la Suisse
romande, celle de Cery a Lausanne, sous la direction du Protes-
seur Preisig (dont nous regrettons la recente retraite), est au
contraire nettement orientee vers l’aspect social de la psychia¬
tric. Preisig deplore qu’on tende actuellement a faire de la
psychiatrie une discipline trop exclusivement medicate et dans
laquelle au point de vue therapeutique, on surestime l’impor-
tance des traitements medicaux quels qu’ils soient (interven¬
tions chimiques, physiques psychotherapie, psychanalyse). On
ne peut bien comprendre le traitement du malade mental —
dit M. Preisig — que si on Taborde sous son aspect total qui
comprend la somme de ses attitudes, de son comportement, de
ses symptomes et de ses reactions qui, tous ensemble, forment
1’aspect social du malade. Les interventions therapeutiques
speciales gardent, bien entendu, leur valeur, rnais doivent etre
subordonnees au point de vue general. Le Dr Steck, collabora-
teur du Professeur Preisig et son successeur, a deja beaucoup
publie sur les sujets psychiatriques les plus divers : sa preoccu¬
pation principale semble etre l’etude du substratum organique
des troubles mentaux.
Le Professeur Staehelin, Directeur de la Clinique psychia¬
trique universitahe de la Friedmatt a Bale, etudie surtout des
questions cliniques : il s’occupe presentement des toxicomanies
et des predispositions biologiques qui y conduisent. L’un de
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN SUISSE
733
ses 'collaborateurs, le D1 Binder, se livre a, des recherches
psychologiques ; un autre, le D1' Dukor, s’occupe plus specia-
lement de questions medico-legales ; et un troisieme, le Dv
Brugger, continuant la tradition de Rudin, se livre a des tra-
vaux de biologie hereditaire. On sait, en effet, que le Profes-
seur Rudin, pro'tagoniste des lois eugeniques allemandes, est
d’origine suisse et a dirige, pendant plusieurs annees (1923 a
1928), la clinique de la Friedmatt.
Le Professeur Klaesi, chef de la clinique universitaire de la
Waldau a Berne, poursuit, avec ses collaborateurs, des etudes
convergeant vers la demonstration de certaines theses. Celles-
ci tendraient a prouver que les tableaux pathologiques des
maladies mentales sont formes par le caractere des malades
et expriment leur personnalite qui cherche, par des moyens
ancrmaux, un contact avec la realite : somme toute, les tableaux
pathologiques ne seraient pas la resultante de la maladie seule,
mais une resultante, un compromis de celle-ci avec la per¬
sonnalite preexistante.
Les travaux d’anatomie pathologique faits a la Waldau ten-
dent aussi, actuellement, a edifier certaines theories que
M. Klaesi ne peut preciser encore et qui ont trait a l’histoire
du developpement de differentes attitudes, de reactions et du
comportement etudies parallelement chez rhomroe et chez
certains animaux On sait que le Professeur Klaesi a mis au
point, il y a un certain nombre . d’annees, la therapeutique de
certaines affections mentales, notamment des schizophrenies, par
la cure de sommeil prolonge, et qu'entre autres travaux interes-
sants, il a etudie la signification psycholcgique et biologique des
stereotypies.
Plus que toute autre clinique, le Burgholzli a Zurich est
demeure dans la tradition de Bleuler et les travaux du Pro¬
fesseur Maier, son successeur, sont plutot d’ordre pratique et
tendent a mettre en valeur et a appliquer les theories de son
maitre. Il deploie, en outre, une activite scientifique marquante
dans le domaine medico-legal, et a publie une remarquable
monographic, deja classique, sur le eocaiinisme.
Telle est, fort resumee, l’activite scientifique actuelle des 5
cliniques psychiatriques universitaires suisses.
La decentralisation et le particularisme helvetiques dont j’ai
parle plus haut font, cependant, que l’activite scientifique n’est
nullement concentree dans les centres universitaires, mais se fait
aussi bien remarquer dans les differents etablissements cantonaux
publics oil prives. C’est ainsi qu’une partie fort importante des
734
A. REPOND
travaux de Bleuler avail ete deja concue alors que ce dernier
etait directeur de l’asile cantonal zurichois de Rhemau. De
meme, un des auteurs les plus marquants de la psychiatrie
suisse, prematurement enleve a la science il y a quelques annees,
le D' Rorschach, etait medecin adjoint a l’asile d’Hensau, dans
le canton d’Appenzell, lorsqu’il publia ses travaux si connus,
notamment ses fameuses experiences sur l’interpretation des
images en taches (Formdeuteversuch). Le directeur actuel de
cet asile, le D1 Henrichsen, a publie de fort interessantes etudes
sur les problemes psychologiques poses par les hommes de
talent et de genie. Doue lui-meme d’un beau talent d’ecrivain,
il a tente d’introduire, dans les jugements psychiatriques, cer¬
tains criteres et certaines normes de valeur empruntes aux
sciences morales, et meme plus specialement a la littejature.
A l’asile de Will, dans le canton de St-Gall, le Dr Schiller a
•ete, avec Preisig a Cery, le precurseur de la therapeutique par
le travail, et c’est dans ces deux etablissements qu’ont ete eta-
blis les p’rincipes scientifiques de ce traitement social si impor¬
tant pour les maladies mentales. C’est dans un autre asile Saint-
Gallois, a St-Pirminsberg, que Monakow fit ses premieres armes
psychiatriques : il n’aurait pas demande mieux, d’ailleurs, que
de demeurer fidele a cette carriere, si des circonstances contrai-
res ne l’avaient pousse vers la neurologie.
Le D1 Tramer, directeur de l’asile de la Rosegg (Scleure),
s’est interesse plus specialement a la psychiatrie et a la psj'cho-
pathologie infantiles pour I’etude desquelles il a fonde, il y a
deux ans, une revue speciale. C’est un auteur d’une grande
ouverture d’esprit qui, arrive a la inedecine apres s’etre voue
pendant de longues annees aux sciences mathematiques, a
apporte a la psychiatrie un esprit lucide, aussi exact dans l’ob-
servation que dans l’expose des idees generales.
A l’asile de Munsingen (Berne), le medecin adjoint, Dr Mul¬
ler, se voue a l’etude du traitement clinique des affections men¬
tales et a publie recemment une excellente monographie sur ce
sujet. Il a introduit en Suisse la cure des schizophrenies par
les chocs a Finsuline.
Pour terminer cette breve revue de l’activite seientifique des
hopitaux psychiatriques publics, je mentionnerai qua la maison
de sante de Malevoz, en Valais, je me suis applique, depuis une
vingtaine d’annees, a divers problemes de la therapeutique lnen-
tale. En utilisant et combinant des methodes variees d’ordre
psychologique comme d’ordre medical, j’ai pu etablir que la
presque totalite des symptomes dits catatoniques ne sont pas
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIE EN SUISSE
735
inherents a la maladie elle-meme, car ils ne se produisent pas
si Patinosphere psychique du milieu asilaire est favorable, et
qu’ils doivent done etre consideres comme des attitudes reaction-
nelles et symboliques protestataires.
L’activite seientifique deployee dans certains etablissements
prives ne le cede en rien a celle des asiles publics. Aux clini-
ques de Prangins, par exemple, le D1' O. Forel, en plus de nom-
breuses recherches personnelles, s’est occupe surtout de l’orga-
nisation seientifique de la psychotherapie clinique, et la realise
pratiquement par la collaboration du medecin avec un personnel
qualifie et specialement forme. De meme, l’activite seientifique
de Bersot, dans sa clinique du Landeron, est fort variee. Tout
en collaborant a la solution pratique des problemes de l’hygiene
mentale, il poursuit, avec le D‘ Desruelles (de St-Ylie), une
oeuvre tres interessante sur le plan national et international
pour l’elabcration et l’unification des statistiques concernant les
alienes et les enfants anormaux. II est aussi engage actuellement
dans une serie d’etudes sur le comportement de la vitamine C
chez les malades nerveux et mentaux.
L’activite seientifique des alienistes et des psychotherapeutes
qui ne sent plus rattaehes au cadre des asiles est des plus inte-
ressantes. II est inutile de parler ici des travaux si connus de
C.-G. Jung, ce psychopatliologue genial, dont Pinfluence, surtout
dans les pays de langue anglaise et allemande, est si conside¬
rable. Je ne citerai aussi que pour memoire les nombreuses
publications des psychanalystes de langue allemande, notam-
ment MM. Sarrazin, Behn-Eschenburg et Blum. Kielholz, direc-
teur de l’asile de Konigsfelden (Argovie), merite une mention
speeiale pour ses remarquables travaux de psychanalyse appli-
quee a la psychiatrie clinique, comme pour ses etudes histori-
ques. Je m’en voudrais aussi de ne pas citer le Dr Christoffel, de
Bale, dont les travaux psychanalytiques et psyebiatriques sont
fortement inspires de tendances biologiques et du souci d’exa-
miner les problemes, non pas sous un seul aspect, mais en
etroite union des points de vue somatiques, biologiques et
psychologiques.
II me faut citer enfin les travaux du Dr Morgenthaler (de
Berne), dont l’activite seientifique est variee et importante et
dont j’ai deja releve les merites au sujet de la formation pro-
fessionnelle du personnel des asiles.
En Suisse romande, le D1 Boven (de Lausanne), qui travaille
lui aussi sur plusieurs fronts, a publie d’interessantes reeher-
ches sur Pheredite. II est d’avis qu’il faut laisser volontairemeni
736
A. RE POND
dans l’cmbre les preoccupations inendeliennes et les statistiques
demographiques qui voilent par leur schematisme, rigoureux
seulement en apparence, le mecanisme de la transmission here-
ditaire avee ce qu’il peut comporter de transfo'rmisme d’une
generation a l’autre. Actuellement, il fait des recherches biologi-
ques sur le mecanisme de l’angoisse dont il pretend qu elle nait
toujours, ce qui est une condition necessaire et suffisante, des
que deux innervations, deux impulsions, deux tendances se
contrecarrent en se disputant l’hegemonie de Faction, immediate-
ment indispensable ou jugee telle.
En Suisse romande encore, deux psychopathologues meritent
une attention toute speciale ; c’est, en premier lieu, le Dr Henri
Flournoy, qui a continue a suivre la direction des recherches
psychologies et psychopathologies entreprises par son pere.
Amene a la psychiatrie par la psychologie qu’il considere, d’ail-
leurs, comme une science naturelle autonome, ses travaux luci-
des et exacts sont dignes d’etre retenus. Puis, c’est le D1 R. de
Saussure dont les recherches, au debut plus strictement psycha-
nalytiques, s’etendent de plus en plus vers une conception biblo-
gique generale des problemes d'u psychisme.
Nous comptons, enfln, en Suisse allcmande, un chercheur fort
original, le D* L. Binswanger, qui a public toute une serie
d’ouvrages fort important, notamment un traite de psycholo¬
gie. Sa tendance s’y affirme toujours davantage d’arriver a une
conception « anthropologique » totale de l’homme, et non seu¬
lement fragmentaire, comme le decrivent les concepts psycho-
logiques, psychopathologiques et psychanalytiques. Binswanger
cherche done a definir l’homme dans sa totalite, tel qu’il existe,
en s’efforcant d’eviter la creation de theories psychologies
baties d’apres le schema des sciences naturelles qui, elles,
concoivent 1’homine comme une chose ou un complexe de fonc-
tions. Comme on le voit, les travaux de Binswanger sont d’ins-
piration nettement philosophique et il insiste d’ailleurs forte-
rnent sur cette tendance generale dans son oe.uvre scientifique.
Il y aurait encore bien des auteurs a citer, comme par exemple
les interessantes et originales personnalites du Dr et de Mme Ch.
Strasser a Zurich. Il faudrait surtout pouvoir mentionner les
. points essentiels des travaux que j’ai mentionnes. Ce que j’en ai
dit sufflt cependant peut-etre a montrer la diversity d’interets
des auteurs suisses. Comme on le voit aussi, ties peu sont infeo-
des a une seule maniere d’envisager les problemes oardinaux de
la psychiatrie. Les psychanalystes eux-memes tendent a faire
rentrer leurs etudes dans un cadre biologique general, et plii-
LES TENDANCES DE LA PSYCHIATRIC EN SUISSE
737
sieurs d’entre eux, qui disposent de services cliniques en plus
de leur activite psychotherapique, tendent aussi, sous 1 influence
des recentes decouvertes sur les therapeutiques biologiques, a
faire des recherches dans ce domaine.
On sait combien fortes ont ete les preoccupations biologiques
generates de Monakow, surtout dans les dernieres annees de sa
vie et qu’il les a formulees dans des travaux du plus puissant
interet." Son influence, dont je n’ai pas parle dans la premiere
partie de cet expose, a ete grande sur un certain nombre d’alie-
aistes suisses. Son nom, avec ceux de Forel et de Bleuler, aux-
quels il faut aj outer celui de Jung, montre que la neuropsychia-
trie contemporaine a compte, en Suisse, plusieurs etoiles de
premiere grandeur. II ne sefnble pas que, malgre la profondeur
des sillons traces par ces maitres, les alienistes suisses soient
demeures trop strictement limites, dans leurs etudes et leurs
travaux par les concepts qu’ils ont crees. Si je l’ai dit plus haut
cependant, a propcs des conceptions cliniques de Bleuler et des
decouvertes de Freud, c’est que les ideas emises par ces deux
maitres sont encore generatrices, d’une foule de recherches a
entreprendre et de taches pratiques a accomplir. II n’est pas
dans le caractere helvetique de rejeter, par un souci d’indepen-
dance ou d’originalite, des idees et des principes dont l’expe-
rience afflrnre la valeur. II semlde bien, d’ailleurs, que l’heureuse
situation de la Suisse, au confluent des principales civilisations
europeennes, soit specialement propice a une attitude mentale
receptive et comprehensive qui perrnet d’aborder 1’ensemble des
problemes psychiatriques sous leur aspect total. C’est probable-
ment aussi a cette situation que sont dues la vigueur et la diver-
site du travail psychiatrique qui se poursuit dans notre pays.
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94' annee, t. I. — Mai 1936.
47.
SOCIETY MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Seance du Jeudi l'l Mai 1936
Presidence : M. VURPAS, president
Seances de juillet et octobre
M. P. Courbon, Secretaire general. — Afln de pouvoir l’annoncer
a temps aux lecteurs des Annales Medico-psychologiques, la Societe
doit decider aujourd’hui s’il y a lieu de tenir en juillet deux seances,,
la derniere fixee au lundi 27. A cette date, bien des membres ne se-
ront pas revenus de Suisse, ou siege le Congres des medecins alienistes
et neurologistes.
La Societe decide, comme les annees precedentes, de ne tenir au
mois de juillet qu’une seule seance qui aura lieu le jeudi 9 juillet
1936 a 9 heures 30 tres precises a l’Hopital Henri-Rousselle, dans
l’amphitheatre du Pavilion Magnan, et de ne tenir au mois d’octobre
qu’une seule seance qui aura lieu le lundi 26 octobre 1936 apres-
midi a 4 heures precises, au siege de la Societe, 12, rue de Seine, a
Paris.
A Punanimite des membres presents, il est decide que, sauf cir-
constances exceptionnelles, la Societe ne tiendra habituellement
qu’une seule seance en juillet et en octobre, la seance de juillet ayant
lieu le deuxieme jeudi et la seance d’octobre ayant lieu le quatrieme
lundi du mois.
Conformement a Particle 3 de son Reglement, la Societe Medico-
psychologique ne tiendra pas de seance pendant les mois d’aout et
de septembre.
SEANCE DU
MAI 1936
739
PRESENTATIONS
Dipsomanie reactionnelle et periodique, par M. G. Daumezon
(Travail du Service du Dr Capgras).
Nous avons observe une malade presentant un alcoolisme chro-
nique du a la coexistence d’obsessions a boire et d’ivresses
compensant les periodes de depression d’une cyclothymique.
Mile G... Eulalie, 36 ans, entre dans le service le 5 mars 1936. Le
certificat de la Prefecture de Police signale un etat depressif avec
anxiete, inhibition, themes d’auto-accusation, tentatives de suicide.
A Ste-Anne, l’anxiete a diminue rapidement, il a ete possible de re-
constituer une histoire ou des facteurs divers s’intriquent constam-
ment :
Quatrieme enfant d’une famille de petits commergants bretons,
notre malade requt une instruction primaire et obtint le Brevet ele-
mentaire. A 22 ans, elle quitte sa province pour venir a Paris ; em¬
ployee dans une usine, elle s’est laissee seduire apres une longue
resistance par l’ingenieur et a du fuir pour cacher sa grossesse,
maudite par sa mere et abandonnee de son amant.
Courte periode de depression a la suite de l’accouchement. Depuis
cette epoque, oscillations cycliques nettes : « Je suis courageuse,
interessee a mon interieur, pleine d’entrain pendant 8 jours, puis je
m’ennuie les 15 jours suivants. » L’enfant est place en nourrice, elle
travaille de-ci, de la, faisant preuve d’une grande instabilite : « J’ai
fait de tout, employee de bureau, femme de menage, caissiere, bonne
a tout faire. » Mais elle conserve une conduite d’une honnetete scru-
puleuse : extremement serieuse, elle n’est jamais allee .au cinema, n’a
jamais eu la moindre aventure. Souvent, des idees de suicide l’ont
efileuree, elle s’est toujours retenue pour subvenir a la vie de son fils.
En 1927, la mort de sa mere lui procure un petit heritage, mais
aussi un surcroit de remords. C’est a cette date que remontent les
premiers exces ethyliques : un jour, souffrant d’insomnie rebelle aux
hypnotiques habituels, ses camarades 1’entrainent a boire deux verres
de vin, cette nuit-la elle reposa normalement. « Depuis lors, j’ai ete
perdue, j’ai pris du gardenal et du vin par-dessus pour dormir
chaque fois que j’etais triste. »
En 1929, son seducteur- vient s’installer a Pqris, retrouve son
adresse et la presse de lui fixer un rendez-vous. Elle laissa les trois
premieres lettres sans reponse, mais finit par accepter un rendez-vous
pour fournir une aide a son enfant et reprit les relations avec son
amant. Elle le revoit une ou deux fois par mois, le samedi soir, a l’ho-
tel, car elle n’a jamais accepte d’introduire qui que ce soit chez elle.
740
SOCIETE MEDICO -PSYCHOLOG JQ UE
Depuis cette epoque, les ivresses vont etre rythmees par deux faits :
les separations et les periodes catameniales. « Quand je quitte mon ami,
je m’en vais a la derive. Je m’ennuie de rentrer chez moi toute seule ;
je ne connais personne que je puisse voir dans mes moments de de-
tresse, si je rentre je ne puis pas dormir, je pense a ma vie gachee
par ma faute, a mon enfant mal soigne, a la femme de mon ami que
je trompe. Alors, je bois. » Elle designe ces acces de fa?on tres expli-
cite : « quand je suis triste « quand ?a ne va pas », « quand je
suis deprimee ».
II en va tout autrement a l’epoque des regies. « A ce moment la
j’ai terriblement soif, en general, je bois a peine un peu de vin, mais
quand j’ai mes regies, j’ai envie de vin, de vin rouge ou de Dubonnet.
Au debut, j’ai resiste, j’ai pu m’empecher de boire pendant les deux
ou trois jours, alors cela disparaissait, mais maintenant je n’arrive
plus, je lutte quelques heures, deux, trois heures, et puis je suc-
combe. » ...
Quant aux modalites de 1’ivresse, elles sont toujours identiques :
alcoolisme furtif, la malade part d’un cafe a l’autre, prend un aperitif,
jamais deux au meme debit. Tres rapidement, elle perd conscience de
ce qu’elle fait : « Je marche indefiniment sans savoir. » Pour eviter
de tomber, elle entre dans un hotel et Se fait monter un peu de vin
rouge. Elle dort ensuite « comroe une masse ». A son reveil, elle est
toute etonnee de se retrouver dans un quartier qu’elle ignore ; elle ne
se souvient de rien.
Depuis le debut de ces habitudes alcooliques, les sentiments d’m-
feriorite se sont exageres. Elle a fait au cours de ses acces depres¬
ses quatre tentatives de suicide au gardenal. En novembre dernier,
elle doit entrer a Bichat pour faire soigner une polynevrite : 17 jours
de traitement a la strychnine suffisent a la remettre sur pied. Elle
presente a son arrivee a Phopital, alors qu’elle n’avait pas bu depuis
trois semaines, un episode aigu avec agitation incoercible etiquete
delirium.
Ces temps derniers, au cours d’une de ses ivresses amnesiques, elle
s’est refugiee au commissariat demandant a etre ramenee chez elle.
Une amie a pretendu l’avoir apergue en compagnie d’un homme.
A l’idee qu’elle a peut-etre ete prise pour une prostituee, notre ma-
lade accomplit la tentative de suicide qui motive son entree a l’asile.
Depuis 1’ arrivee dans le service, l’anxiete a rapidement disparu,
mais la malade reste tres emotive, elle travaille regulierement, mais
s’inquiete de l’avenir. II n’existe a proprement parler aucun delire;
durant les premieres journees passees a l’asile, nous avons note
l’ebauche d’un etat interpretatif : certainement au commissariat on
l’a prise pour une prostituee ; on la! meprise, on a cru qu’elle joue la
comedie avec sa tristesse. Ici-meme, les malades doivent etre au cou-
rant, les inflrmieres sont gentilles, mais elles doivent savoir a quoi
s’en tenir. Tres rapidement, cette impression de defiance generale
s’est dissipee, mais la malade persiste a croire a 1 existence d une
certaine hostilite qui aurait cede devant sa docilite constante.
SEANCE DU U MAI 1936
741
A trois reprises, dans les jours qui ont precede l’apparition des
regies, la malade a presente une soif de vin vive, contre laquelle elle
a pu facilement lutter, et qui a cede au bout de 3 ou 4 heures. Ces
phenomenes se deroulaient le soir, alors que la malade etait revenue
de Fatelier et avait pris normalement son repas. Nous n’avons note
aucune perturbation du reflexe oculo-cardiaque le lendemain de ces
episodes.
Actuellement, a Fexamen physique, les reflexes tendineux sont
vifS, legere hyperesthesie des masses musculaires du mollet, le foie
est normal, on ne note aucune trace de specificite. Le reflexe oculo-
cardiaque recherche a l’entree donnait 80-84-79-80, actuellement :
88-90-86-88.
Telle est l’histoire lamentable de notre malade, deprimee perio-
dique a intervalles courts et reguliers, avec alcoolisme de compen¬
sation. Mais aussi presentant a 1’occasion du cycle menstruel un
etat obsessionnel poussant a boire. « II y a deux choses — dit-
elle — quand je suis triste je bois, et quand j’ai mes regies je
suis poussee a boire. »
Le caractere des ivresses nous arretera un instant : ivresses
amnesiques inconscientes avec un veritable automatisme ambu-
latoire. Discutant le caractere des transes alcooliques, MouratotF
les rattache a deux etiologies : epileptiques et hysteriques, la
physionomie clinique permettant de choisir entre les deux hypo¬
theses. C’est aussi le caractere hysterique que Marchand, Dupouy
et Montassut discutent chez leur.« dromodipsomane ». En rea-
lite, bien des observations publiees ces temps derniers prouvent
la frequence de ces ivresses amnesiques chez les dipsomanes
cyclothymiques.
C’est a la pericdicite qu’on peut rattaclier certains acces de
notre malade. Gilbert Ballet le premier, Deny et Rene Charpentier,
Regis, Mayer, ont insiste sur les formes maniaco-depressives de
la dipsomanie. Marchand et Abely, Laignel-Lavastine et Largeau,
Laignel-Lavastine et Kahn, Courbon et Cailleux, Courbon et
Tusques, ont publie des observations de malades buvant soit en
periode depressive par compensation, soit en periode maniaque.
Kretschmer considere la toxicomanie comme un apanage de la
cyclo'idie. Marchand remarque meme : « II semble que la forme
obsedante etudiee par Magnan devienne de1 plus en plus rare et
que la plupart des cas de dipsomanie actuellement publies entrent
dans la psychose maniaco-depressive. »
Soutiendrons-nous une etiologie identique pour les acces mens-
truels ? Magnan soulignait la recrudescence de 1’obsession a boire
en periode menstruelle. Ceillier proposait une explication physio-
742
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
logique : alcoolisme de compensation d’une hvpervagotonie. La
soif catameniale est un phenomene bien connu et mal explique.
On pourrait, et particulierement a la lueur des idees de
MM. Abely, rapprocher la periode menstruelle des phases cyclo-
thymiques. Cependant, l’independance chez notre malade, du
cycle periodique et du cycle menstruel plaident en faveur d une
dualite.
En resume, notre malade semble done appartenir a cette
variete de psychose periodique caracterisee par des acces depres-
sifs de courte duree mais de repetition frequente, Elle presente
toutefois des particularites sur lesquelles nous insistons parce
qu’elles font l’interet principal de cette observation.
Les acces, foncierement identiques, sont de deux sortes : les
uns nettement reactionnels, consecutifs a des rendez-vous que
la malade se reproche et qui la depriment : elle boit alors pour
se consoler, .pour oublier ; les autres, au contraire, au moment
des regies, franchement obsessionnels, vraiment dipsomaniques
ceux-ci, sont precede d’une lutte, d’une resistance plus ou moins
longue, plus ou moins anxieuse. Notons enfin que cette periodi-
cite des acces, liee sans doute a un etat cyclothymique, apparait
aussi sous la dependance d’un etat d’asthenie, d’aboulie. En effet,
depuis deux mois qu’elle est soumise a la discipline et a l’absti-
nence, elle n’a presente, au moment de ses regies, que des epi¬
sodes obsessionnels tres discrets et qui ne nous ont ete d’abord
signales qu’a l’occasion d’interrogatoires systematiques.
M. Marchand. — Dans ce cas il y a eu, comme e’est la regie,
un choc affectif assez intense qui declenche, semble-t-il, toute la
serie des acces dypsomaniaques.
M. Levy-Valensi. — Je rappelle que e’est le professeur Gilbert-
Ballet qui a le premier integre la dypsomanie dans la psychose
maniaque-depr essive .
M. Vurpas. — En effet, Gilbert Ballet en France et Schule en
Allemagne sont, a ma connaissance, les premiers auteurs a avoir
rapproche les paroxysmes obsessionnels des acces de la psychose
periodique.
Amnesie retardee dans une intoxication oxycarbon6e,
par M. G. Daumezon (Travail du service du Dr Capgras)
Nous avons eu l’occasion d’observer, un mois apres une intoxi¬
cation oxycarbonee aigue, un syndrome amnesique avec tabula¬
tion, qui nous a paru meriter d’etre signale.
SEANCE DU U MAI 1936
743
M. et Mme B..i; ages respectivement de 56 et 58 ans, sont concierges
d’un immeuble de 70 logements environ. Tous deux viva-ient dans un'e
loge exigue. Mme B... a toujours ete en bonne sante. Elle a perdu un
premier mari a la guerre, et une fille a Page de 5 ans de broncho-
pneumonie. Pas de fausse-couche. M. B... a presente des accidents
graves d’hypertension arterielle,- notamment une hemiparesie droite
passagere.
Le 9 mars dernier, les epoux B... ont ressenti un violent malaise
avec vomissements, dont ils ne comprirent pas l’origine. Le lende-
main, 10 mars, l’intoxication se reproduisit et un locataire impatient
alerta les pompiers. D’apres le rapport du sergent, lors de l’arrivee
du secours, le mari etait en plein coma, l’ecume aux levres, la respi¬
ration faible et irreguliere. La femme avail encore sa connaissance,
mais avait vomi abondamment, l’impotence des membres inferieurs
etait complete. Apres inhalation de carbogene, les deux malades fu-
rent conduits a Tenon. Une enquete ulterieure attribua l’intoxication
au tirage defectueux d’un poele voisin dont les emanations toxiques
etaient refoulees dans la loge.
Mme B... sortait de Tenon le 14 mars et reprenait immediatepient
ses fonctions. Elle presentait seulement de Pcedeme du membre infe-
rieur droit et un peu de dyspnee d’effort. Le mari, plus grav-ement
atteint, ne rentre a la maison que le 19, son medecin habituel constate
une notable baisse de la tension arterielle, 15-10 au lieu de 20-12
{Vaquez), lui-meme accuse une amelioration notable sur l’etat ante-
rieur.
Aux environs du 7 avril, pres d’un mois apres 1’intoxication,
Mme B... commence a se troubler, donne des indications fausses aux
visiteurs ; partie pour porter une lettre a un locataire, elle revient
une heure apres s’etant perdue dans sa maison. Elle ne s’habille plus,
passant tout juste un peignoir sur sa chemise de nuit. Le mari signale
en outre des troubles du caractere : « la premiere dispute de notre
menage », au cours de laquelle la malade tente d’assommer son con¬
joint.
Amenee a Thopital Henri-Bousselle, elle est internee le 18 avril et
entre dans notre service deux jours plus tard. A cette date, la malade
presente un tableau complexe, fait des troubles confusionnels et
amnesiques avec un syndrome meninge fruste qui retrocede rapide-
ment.
24 avril. — A l’examen physique : coeur, poumons normaux. Ten¬
sion arterielle 14-9, foie normal. Les reflexes tendineux sont vifs,
polycinetiques, irreguliers, les rotuliens et les achilleens sont parti-
culierement vifs, trepidation epilepto’ide et clonus vite epuises. Pas
de Babinski. Reflexes oculo-pupillaires normaux. Hyperesthesie mar¬
quee au niveau des membres inferieurs aux divers modes de sensibi-
lite. Hypersensibilite des masses musculaires des mollets. La marche
et la station debout sont impossibles. Gatisme complet.
744
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQVE
Le syndrome mental fait songer a un tableau de demence avee
amnesie et desorientation. La malade ne sait plus que le nom de son
premier mari, elle ignore la date et se croit chez elle. Incapable de
retrouver son lit, elle repond frequemment : « Je ne me souviens
plus » aux questions, puis, lorsque l’examen devient plus pressant,
apparait la tabulation. Fabulation assez pauvre coexistant avec des
reponses a cote signalees dans le certificat d’internement. Le ton
general est pleurnichard, la malade, de mauvaise humeur, recrimine
et se prete mal a l’examen.
5 mat — L’etat physique et mental parait notablement ameliore.
Les troubles objectifs des reflexes et de la sensibilite ont disparu, la
marche est devenue possible en s’etayant a droite et a gauche, pas.
de Romberg.
Le ton a aussi change : les recriminations ont fait place a une
euphorie un peu niaise, a une complaisance souriante. La malade
retrouve son lit, mange et s’habille correc.tement, ne gate, plus. La
memoire est plus deficitaire malgre de reels progres sur l’etat ante-
rieur : les dates de la guerre sont citees exactement ainsi que les noms
des deux maris, la date de naissance et quelques souvenirs d’enfance.
Mais des que les questions se rapprochent du moment present, les
reponses deviennent fantaisistes, la fabulation provoquee permet
d’obtenir les recits les plus baroques, les fausses reconnaissances les
plus invraisemblables. Certains faits prennent une importance capi¬
tal : un examen par le professeur Dumas devient un sejour de 15
jours a son domicile ; la visite d’un medecin japonais se transfonne en
voyage aux antipodes. Quelques questions relatives aux souvenirs
scolaires elementaires resolvent des reponses correctes. La lecture
est satisfaisante a condition de fixer l’attention, sinon la malade fa-
bule sur l’apparence typographique du texte, a la place de « je legae
ma fortune », elle lit « les loyers du trimestre ». Capable de tracer
sur notre demande deux traits parallels, elle ne peut reproduce un
triangle ni aucune autre figure geometrique elementaire. Le juge-
ment, comme les fonctions superieures, n’est pas moins affaibli et
nous faisons facilement signer a notre malade un pseudo-testament
en notre faveur.
Le U mai, la presentation, le ton et failure generale n’ont pas
change, mais les troubles mnesiques ont notablement retrocede, la
fabulation spontanee est nulle et on ne parvient a obtenir des^ repon¬
ses fantaisistes qu’apres un temps assez long necessaire pour xatiguer
la malade. On note une desorientation assez speciale faite d’une
meconnaissance systematique de la saison : nous sommes en novem-
bre, et on ne peut faire rectifier cette affirmation par la malade qui,
pour affermir son opinion, explique que les feuilles vont bientot
jaunir et tomber, que la temperature va baisser. II subsiste, en somme,
une amnesie lacunaire dont la malade elargit le champ et de gros
troubles du comportement.
SEANCE DU U MAI 1936
745
L’examen physique est toujours negatif. Numeration globulaire :
globules rouges : 4.450.000 ; globules blancs : 4.700. Formule leucocy-
taire : poly. : 72 ; grand mono. : 9 ; petits mono. : 8 ; lympho. : 11.
La constatation d’un tel ensemble de troubles apres une intoxi¬
cation oxycarbonee n’a en soi rien d’etonnant. Desoille (1), dans
sa these, a reuni de nombreuses observations identiques eparses
dans la litterature. Mais si la notion d’intervalle libre, de temps
de latence, est aussi une donnee classique, signalee par la plu-
part des auteurs depuis Greidenberg (2), l’intervalle separant
l’intoxication de 1’apparition des troubles mentaux est fixe de
2 a 15 jours. Recemment, des auteurs allemands ont signale un
temps de latence de 20 jours. II y a deux mois, Levy-Valensi,
Philbert, Beley et Ajuriaguerra (3) ont rapporte l’observation
d’un homme intcxique le 7 decembre dernier, interne le 15 jan-
vier apres avoir repris ses occupations cessees le 6. C’est a notre
connaissance un des cas qui peuvent se comparer a notre obser¬
vation.
Un temps de latence aussi prolonge pose un probleme de
diagnotic etiologique. Crouzon (4) a publie un cas de tabes ecla-
tant a la suite d’une intoxication oxycarbonee, et sans lien autre
que chronclogique avec elle. Nous croyons pouvoir defendre
l’eticlogie oxycarbonee des troubles presentes par notre malade
en l’absehce de l’alcoolisme et de la syphilis. En effet, la famille
et le medecin sont d’accord pour aliirmer que le menage B...
achetait seulement une bouteille de vin par semaine. Les reac¬
tions sont negatives dans le sang et le liquide cephalo-rachidien.
Le pronostic de 1’affection que nous venons d’envisager parait
difficile a indiquer. Les troubles de la memoire, a eux seuls, sont
de nature a regresser facilement, mais il existe aussi un profond
degre d’aff'aiblissement qui assombrit considerablement l’avenir.
Nous devons cependant signaler la frequence des evolutions
favorables. Dans un cas que Briand (5) avail etiquete demence,
dans le cas de Levy-Valensi, Philbert, Beley et Ajuriaguerra
(1) Henri Desoille. — Les troubles nerveux dus aux asphyxies aigues.
These Paris, 1932.
(2) Greidenbeig. — Des psychoses consecutives a 1’intoxication oxycar¬
bonee. Ann. Med.-Psych., 1900, t. II, p. 58.
(3) Levy-Valensi, Philbert, Beley, Ajuriaguerra. — Intoxication oxycar¬
bonee. Semaine des Hdpitaux de Paris, ler mars 1936.
(4) Crouzon. — Intoxication par l’oxyde de carbone. Tabes revele par l’ac- .
cident. Ann. Med. Leg., 192'3, p. 573.
(5) Briand et Salomon. — Troubles intellectuels a forme dementielle
consecutifs a une intoxication par C.O. Soc. Clin. Med. Ment., 17 fevrier
1913, p. 55! — Truelle : Soc. Clin. Med. Ment., mai 1913, p. 147.
746
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
pourtant presente de maniere tres sombre, on a pu constater des
guerisons rapides, bouleversant le pronostic primitivement pose.
M. Rayneau. — On peut distinguer deux types : les troubles
mentaux en rapport avec l’intoxication aigue, debutant brus-
quement apres une absorbtion massive d’oxyde de carbone,
caracterises par une amnesie immediate qui guerit ; les troubles
mentaux en rapport avec l’intoxication chronique debutant
insidieusement apres une absorbtion lente d’oxyde de carbone,
caracterises par une amnesie incurable et une evolution demen-
tielle.
Parkinsonisme post-encephalitique chez un enfant traite par
la methods de Roemer. Resultats peu encourageants (Pre¬
sentation de malade), par MM. M. Brissot et Delsuc.
L’interet de cette presentation reside dans le fait qu’un enfant
de 15 ans atteint de troubles post-encephalitiques et traite par
l’atropine a doses progressives et fortes, suivant la methode de
Roemer, a vu son etat s’ameliorer tres sensiblement au cours
et a la fin du traitement. Mais aussitot que celui-ci a ete cesse et
dans les quelques jours qui ont suivi, l’enfant a repris entiere-
ment son attitude premiere due a la rigidite spasmodique des
muscles du cou, ainsi que vous pourrez vous en rendre compte
en voyant le malade. La medication atropinique a ete donnee
jusqu’au 19 mars dernier : sa suppression date done de moins
de deux mois.
Voici 1’observation :
Antecedents personnels. — R... Germain entre le 2 juin 1934 a la
Colonie de Vaucluse avec le certificat suivant : « Est atteint de trou¬
bles mentaux et nerveux 'consecutifs a une encephalite lethargique
survenue a l’age de deux ans, avec troubles du caractere, actes vio-
lents, tendance a frapper ses camarades, grosse instabilite, agitation,
forte sialorrhee, torticolis spasmodique, tremblement des extremi-
tes. »
Cet enfant, qui est age de 13 ans lors de son admission et qui est
d’origine etrangere, a contracts une encephalite vers l’age de deux
ans, laquelle serait consecutive a. une pneumonic. II aurait eu egale-
ment la variole peu avant la pneumonic. R... vient en France a l’age
de 6 ans ; les manifestations spasmodiques apparaissent quelques
annees plus tard et en 1930. (l’enfant a 9 ans), il .est traite suceessive-
ment a l’hopital Rothschild et a St-Louis (Service du D.' Babonneix).
Yoici la note qui nous est communiquee a son sujet par le Dr Ba¬
bonneix :
SEANCE DU U MAI 1936 747
Examen du 15 fevrier 1930 : age de 8 ans. A ete soigne pour ence-
phalite lethargique par le Dr Flatau, de Varsovie, a 1’age de 4- ans.
Aurait eu ulterieurement de Pinsomnie durant trois annees. Nous est
adresse pour symptomes :
a) Neurologiqu.es : secousses choreiformes de la face ; tremblement
des mains, facies fige, parkinsonien, torticolis spasmodique ;
b) Intellectuels : leger retard ;
c) Caracteriels* : tendances a la violence ; se jette sur ses voisins
pour les frapper.
Examens speciaux : rien a la colonne vertebrale (Dr Mouchet) ;
pas de vegetations adenoides ; rien aux yeux, sauf tremulations des
paupieres (Dr Dupuy-Dutemps).
R... entre ensuite a l’hopital des Enfants malades et a Trousseau, ou
il reste deux annees, pour une toute autre raison. Une tumeur blan¬
che est en effet apparue au genou droit qui necessite une interven¬
tion sanglante et une longue immobilisation. Comme l’enfant presente
de gros troubles du caractere, il est dirige successivement sur l’hopi-
tal de Bicetre (sejour d’un an), le Patronage de Vaugirard (sejour de
meme duree), l’hopital Henri-Rousselle, et l’admission de Ste-Anne.
R... a trois petites sceurs de 9, 5 et 2 ans; qui sont en bonne sante.
Il a frequente l’ecole a Paris, sans grand succes, de 7 a 10 ans.
Antecedents hereditaires. — Nous avons peu de renseignements sur
sa famille qui est etrangere et qui parle tres difficilement le francais.
Pere, 34 ans, marchand d’habits.
Mere, 36 ans, tous deux bien portants.
Il semble qu’il n’y ait pas d’alienes dans sa famille (grands-parents,
■oncles, tantes normaux).
Etat a Ventree. — Ce qui frappe au premier examen, c’est l’incli-
naison de la tete qui penche presque a angle droit sur l’epaule gau¬
che. Hypertonie considerable des muscles du cou, du thorax et des
membres superieurs. Torticolis spasmodique a gauche. Il est impossi¬
ble de mettre la tete dans la rectitude, par suite de la rigidite muscu-
laire ( voir photographic n° 1).
Juin 193b. — Salivation abondante. Tremblement des extremites.
Troubles de l’elocution. Demarche trainante et rendue difficile par
une ankylose du genou droit.
Au point de vue mental, l’enfant presente de l’arrieration (niveau
de 8 ans) avec gros retard scolaire. Il connait seulement les lettres
de l’alphabet et assemble quelques consonnes simples ; compte jus-
qu’a 100 ; la prononciation est tres difficile. De plus, R... est instable,
tres turbulent. II ne peut se tenir assis longtemps et les troubles gra¬
ves de son caractere ne vont pas lui permettre de frequenter l’ecole
de la Colonie. En effet, il se revele bientot comme un malade insup¬
portable, querelleur, tres mechant envers ses petits camarades qu’il
frappe pour un rien. Il ment d’une fa?on continuelle, est signale pres¬
que journellement pour les larcins qu’il commet. C’est le type acheve
du pervers acquis post-encephalitique.
748
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Ajoutons que nous avons ete temoin, dans les semaines qui ont
suivi son admission, de petites crises oculogyres.
Essais de traitement. — 1° Nous ne parlerons que pour memoire
des trois series de traitement (hyoscine et atropine a tres petites
doses) que nous lui avons faites du 20 juin 1934 au 18 septembre de
la meme annee. Chaque serie se composait ainsi : 10 jours de bromhy-
drate d’hyoscine (injections sous-cutanees de 1/2 mmgr.), 2 jours de
repOs et 10 jours de sulfate neutre d’atropine (injections sous-cuta-
Photographie n° 1, juin 1934 (a 1’entree du malade)
nees de 1/4, 1/2 et 1/4 mmgr.). L’enfant prenait, durant cette periode,
0,10 a 0,20 cgr. de gardenal pro die. Les series etaient espacees d’une
vingtaine de jours. Ce traitement a ete un echec complet. II a ete
continue en janvier-fevrier 1935 sans plus de resultats.
2° Devant l’echec de cette premiere tentative, nous avons admi-
nistre l’atropine au jeune malade selon la methode de Roemer. Em-
ploi du sulfate d’atropine en solution a 0 gr. 50 %, dont une goutte
correspond a un quart de mmgr. du medicament : debut par trois
gouttes le premier jour en trois prises separees par des intervalles
reguliers. Augmentation d’une goutte par jour. Le traitement a com¬
mence le 8 septembre 1935 et s’est termine, sans aucune interruption,
le 19 mars 1936. Nous sommes arrives ainsi a 80 gouttes (soit
20 mmgr. d’atropine pro die), sans aucun incident. La secheresse de
SEANCE DU U MAI 1936
749
la gorge a disparu rapidement et n’a pas empeche d’augmenter les
doses. Pas de vertiges, ni de bouffees de chaleur, de palpitations, de
troubles gastriques ou oculaires. Absence de fievre, sauf un ou deux
acces thermiques tres courts provoques par des angines.
Cependant, l’enfant s’est anemie rapidement et a presente de la
torpeur intellectuelle aux doses elevees, de sorte que nous n^avons
pas pu depasser les 80 gouttes. La descente s’est effectuee en dimi-
nuant d’une goutte par jour jusqu’a 40 gouttes (10 mmgr. d’atropine).
Photographie n" 2, mars 1936 (au cours et a la fin du traitementR
Maintien de cette dose pendant 31 jours, mais les symptomes de pa-
leur et d’anemie persistant, la medication atropinique est diminuee
d’une fapon progressive, jusqu’a cessation complete du traitement.
L’application au jeune B... de la methode de Roemer a provoque
une amelioration rapide : attenuation de l’hypertonie des les pre¬
mieres doses (20 gouttes), disparition a peu pres complete de la rigi-
dite aux doses de 60 a 80 gouttes, ainsi qu’on peut s’en rendre compte
sur la photographie n° 2 (1). Les resultats immediats ont done ete
remarquables. Malheureusement, ils ne se sont pas maintenus et 1’exa-
men du malade, quelques semaines seulement apres la fin du traite¬
ment, va nous en apporter la confirmation absolue.
(1) La tete n’est tenue que pouf empecher le tremblcment et permettre
la prise de la photographie (mars 1936).
750
SOC1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Etat actuel.i avril 1936). — Le niveau intellectuel, qui etait de 8 ans
en 1934, parait s’etre legerement ameliore depuis cette epoque.
Memoire bien conservee. Au dire du personnel, les troubles du carac-
tere semblent s’etre un peu amendes depuis le dernier trai-
tement : l’enfant est plus calme, moins colereux, moins batailleur,
surtout moins enclin au vol, mais peut-etre cette docilite n’est-elle
qu’apparente.
Photographie n" 3, 10 avril 1936 (15 jours apres la cessation du traitement) .
Reprise de l’attitude ancienne de la tete
Ex amen physique. — Rigidite permanente de toute la masse des
muscles du cou et de la nuque avec predominance du cote gauche.
Torticolis Spasmodique. L’inclinaison laterale de la tete a gauche est
si accentuee qu’elle a provoque un sillon a la base de la region maxil-
laire du meme cote. Hypertonie un peu moins accentuee des muscles
des membres superieurs et de la region thoracique.
Neanmoins, depuis que l’enfant a ete soumis au traitement atropi-
nique, il arrive a vaincre momentanement la contracture des muscles
du cou et a remettre sa tete droite, ce qu’il ne pouvait pas faire autre¬
fois. Mais ce maintien n’est que tout a fait temporaire et l’inclinai¬
son de la tete reprend aussitot.
Facies immobile, fige ; attitude soudee pendant la marche. Trem-
blement continu et rapide de la tete, surtout dans les efforts de re-
SEANCE DU H MAI 1936
751
dressement ; tremblement leger des membres superieurs. Sialorrhee
un peu moins abondante depuis le traitement. Elocution difficile,
langage souvent incomprehensible. La parole est bredouillante, scan-
dee, impulsive. Fort tremblement de la langue.
Appareil oculaire : pas de crises oculogyres, quoiqu’on en ait cons¬
tate au moment de l’admission. Pas de troubles de la reflectivite pupil-
laire. La reaction a la lumiere s’etablit rapidement.
Reflectivite tendineuse : impossible a deceler aux membres supe¬
rieurs, en raison de la contracture. La percussion des masses muscu-
laires provoque des secousses tres vives.
Aux membres inf erieurs, amplitude du reflexe rotulien gauche. Pas
de Babinski, ni de clonus du pied. II n’existe pas d’hypertonie aux
membres inferieurs, ni a 1’abdomen. On constate une ankylose com¬
plete du genou droit avec membre dans I’extension, ce qui rend la
demarche difficile.
Constitution physique mediocre : maigreur des masses musculaires
des jambes. Alimentation deflciente. Absence de gatisme. Bouffissure
du visage, paleur, anemie.
Conclusions. — Ainsi que vous pouvez le constatcr, le jeune
R... a repris presque entierement son attitude premiere apres
plus de 6 mois de traitement par la methode de Roemer. Sa tete
est inclinee tres fortement sur l’epaule gauche et cette attitude
a fait sa reapparition des les premiers jours qui ont suivi la fin
du traitement. La photographic n° 3 qui date du debut d’avril
1936 — soit 15 jours apres la cessation de l’atropine vous montre
les effets decevants de cette medication.
Cependant et jusqu’a preuve du contraire, on peut inscrire a
l’actif de celle-ci une certaine diminution de la sialorrhee et des
tremblements. L’hypertonie musculaire est toujours aussi
intense, mais il semble que l’enfant arrive a vaincre plus facile-
ment cette rigidite. C’est ainsi qu’il redresse la tete au comman-
dement, mais il ne maintient cette attitude que pendant un
temps tres court. Les troubles du caractere, de leur cote, parais-
sent un peu moins aigus, mais il est possible que cette ameliora¬
tion ne soit qu’apparente et due seulement a la somnolence, a
I’apathie du sujet, qui persistent depuis qu’il a ete soumis aux
doses fortes d’atropine.
Aussi, ne partageons-nous pas l’eptimisme de MM. G. Mari-
nesco et E. Facon (1) qui insistent sur I’efficacite du traitement
atropinique (methode de Roemer), dans les symptomes parkin-
soniens et admettent son action durable sur la rigidite.
(1) G. Mahinesco et E. FAgoN. — L’atropine a doses fortes et progressives
dans le traitement des troubles post-encephalitiques. Acad, de Med., seance
du 24 mars 1936.
752
SOCJETE MED1C0-PSYCH0L0GIQUE
Polydactylie chez un imbecile mental. Pouce surnumeraire
(Presentation de malade et de radiographie), par MM. M. Bris-
sot et Delsuc.
Le malade qui se trouve devant vous n’est interessant que par
la malformation assez particuliere qu’il otfre a la main droite,
ou l’on constate la presence d’un pouce surnumeraire. Le pre-
Pouce surr
mier de ces deux doigts (le plus externe) est le plus petit et ses
phalanges sent reduites. Le deuxieme pouce a une conformation
normale.
Ainsi que vous pouvez vous en rendre compte par la radio-
SEANCE DU U MAI 1936
753
graphie ci-jointe, il n’existe qu’un seal metacarpicn pour les
deux doigts. Cet os presente une structure assez curieuse au
Deformation en Y du premier metacarpicn.
Surfaces articulaires (extremite distale) correspondant aux deux pouces
niveau de son extremite distale, oil il existe deux surfaces arti¬
culaires pour chaque pouce correspondant. En outre, le pre¬
mier metacarpien a la forme generate d’un Y, les branches de
Ann. Med.-psych., XVs serie, 94e annee, t. I. — Mai 1936.
48.
751
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
YY — qui sont tres courtes — n’etant constitutes, en somme, que
par les deux surface articulaires.
Le jeune J..., age de 15 ans, est le type de l’imbecile mental-
Relativement prqpre, docile, son langage est restreint. Vous pou-
vez cdnstater qu’il porte de grosses deformations cranio-faciales.
II presente done le facies classique du degenere.
— Aucune dystrophie au niveau des orteils.
— Rien au niveau de l’appareil oculaire (absence du syndrome
de Laurens-M oon-Biedl, caracterise par la coexistence de cho-
roldo-retinite pigmentaire et de polydactylie avec du sans symp-
tomes adiposo-gtnitaux) . Par ailleurs, la malformation des doigts-
n’offre aucun caractere familial.
Sa physionomie exprime une satisfaction constante. II est
entre a la Colonie de Vaucluse le 31 janvier 1936.
Meningite aigue pneumococcique enkystee chez un paralytique
general, par M. L. Marchand, Mile P. Petit et M J. Fortineau-
Les cas de meningite aigue purulente survenant au cours de la
paralysie generale ne sont pas communs et il y a lieu de rappe-
ler ceux qui ont ete observes par Laignel-Lavastine et Meunier (1),.
Le Grand (2), Pactet et Marchand (3), Guiraud et Caron (4), Mar¬
chand et Courtois (5). L’observation suivante, en raison de ses
particularity cliniques, humoFales et anatomo-pathologiques.
merite d’etre rapportee.
Ferdinand Ev..., charpentier, 55 ans, entre a l’Asile Sainte-Anne le
8 aout 1935. II avait ete arrete la veille a la suite d’un vol de plan¬
ches dans un chantier et conduit a 1’Infirmerie speciale.
D’apres sa femme, le malade presente depuis deux mois seulement
des troubles mentaux consistant en dysmnesie, modification du carac¬
tere et de l’humeur ; il etait devenu exuberant. Projets absurdes. Le
28 juillet, a la suite d’une dispute, il se montra menaeant et mit sa
(1) Laignel-Lavastine et. Meuniek. — Suppurations meningees chez trois:
paralytiques generaux. Soc. Anat 21 nov. 1902, p. 913.
(2) Le Grand. — Mort par meningite a pneumobaciiles de Friedlander au
cours de 1’evolution d’une paralysie generale. Soc. Med. des Hop., 31 juil¬
let 1925, p. 1250.
(3) Pactet et Marchand. — Paralysie generale et meningite pneumo¬
coccique terminale. Soc. Clin, de Med. Ment., 18 juin 1928.
(4) P. Guiraud et M. Caron. — Les meningites bacteriennes aigues dans,
la paralysie generale. Soc. Med.-Psych., 21 mai 1931.
(5) L. Marchand et A. Courtois. — Meningite aigue pneumococcique ter-
ininale chez un paralytique general. Soc. Med.-Psych., 8 dec. 1932.
SEANCE DU
MAI 1936
755
femme a la porte ; celle-ci, effrayee, a ete loger a l’hotel et ne l’a plus
revu depuis.
A son entree, F. E. presente line euphorie niaise : « II est heureux
comme un roi », dit-il. II exprime des idees de satisfaction corpo-
relle. II a « un cerveau epatant, comme on n’en trouve pas dans le
monde ». II peut exercer tous les metiers. II a « une puissance
sexuelle extraordinaire ». Erotisme avec exhibitionnisme au cours de
l’interrogatoire. Idees de puissance avec theme politico-social : des
inspirations lui sont venues « celestement ». II va couvrir le monde
d’or. II part ce soir pour Moscou afin d’obtenir de i’U.R.S.S. 5 mil¬
lions qu’ii distribuera aux chomeurs frangais.
L’affaiblissement intellectuel est encore peu accuse, la memoire est
relativement conservee. L’evocation des dates, des faits importants
est assez exacte ; cependant, il croit que le President de la Republique
est Felix Faure. Les epreuves elementaires de calcul sont rapidement
resolues. Les troubles du jugement sont tres marques ; perte complete
du sens moral, inconscience de sa situation et de l’etat morbide.
Le syndrome neurologique est ainsi constitue : dysarthrie, myosis
et rigidite pupillaire, tremblement digital et lingual leger ; les reflexes
rotuliens et achilleens sont normaux. Le malade est pale, amaigri ;
faiblesse musculaire ; la marche est instable, a petits pas, sans incoor¬
dination.
Les reactions de Bordet-Wassermann, de Meinicke et de Kahn sont
positives dans le sang.
' Liquide cephalo-rachidien : albumine : 1 gr. 30 ; reaction de Pandy
et de Weichbrodt : + + leucocytes: 4; benjoin colloidal:
22222.22222.21000 ; reactions de Meinicke et de Wassermann : posi¬
tives.
Antetecents personnels. — Le malade aurait contracts la syphilis a
38 ans et n’aurait jamais ete traite.
II avoue des exces ethyliques anciens (jusqu’a 5 litres de vin par
jour ?).
II a 4 enfants bien portants, un enfant est mort a 8 jours de « cya-
nose ». Sa femme n’a pas fait de fausse-couche.
Antecedents hereditaires. — Rien de special, le malade serait le
14* d’une famille de 21 enfants.
Le traitement par injections de stovarsol, a la dose de 1 gramme,
3 fois par semaine, est commence le 14 aout, apres verification de 1’in-
tegrite du fond d’oeil. Dans les semaines qui suivent, notable amelio¬
ration : le malade est plus calme, des periodes d’euphorie alternent
avec de courtes phases de depression.
Le 16 octobre, brusque elevation thermique a 40 °4 ; ron-
chus dissemines dans les deux champs pulmonaires ; suspension du
traitement au stovarsol. Les jours suivants, la temperature descend
en lysis et atteint 37° le 21.
756
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Le 22 octobre, nouveau crochet thermique a 38°. L’examen revele
un foyer pneumonique au sommet du poumon droit.
Le 23, forte dyspnee, obnubilation intellectuelle plus marquee.
Legere diminution de la force musculaire du cote droit sans modifi¬
cation des reflexes.
Le 24, six crises avec mouvements convulsifs localises du cote
droit ; duree : 5 a 6 minutes. Hemiparesie droite avec exageration des
reflexes tendineux de ce cote et signe de Babinski des deux cotes. Pas
de clonus des pieds ; pas de signe de Kernig. Deviation conjuguee de
la tete et des yeux vers la gauche sans raideur de la nuque. Etat de
stupeur. Mouvements automatiques dans les membres du cote gauche.
La temperature se maintient aux environs de 39°.
L’etat de torpeur intellectuelle, les crises convulsives, l’hemipare-
sie droite, la presence d’un foyer pneumonique avec temperature
elevee et continue nous orientent vers le diagnostic d’une meningite
aigue, d’origine septicemique, malgre 1’absence de signes meninges
plus nets : absence de Kernig, de raideur de la nuque, de vomisse-
ments, de cephalee.
La ponction lombaire confirme ce diagnostic, en donnant issue a
un liquide opalescent, puis trouble, legerement xantochromique :
Albumin e : 2 gr. 80. Pandy et Weichbrodt : + + +. Leucocytes:
850 elements a la cellule de Nageotte avec nombreuses cellules endo-
theliales. Benjoin : 22222.22002.22222. Bordet-Wassermann : positif.
Meinicke positif : + + +• Culot de centrifugation assez abondant, se
composant de 95 % de polynucleaires et de 5 % de lymphocytes.
Amicrobie apparente ; absence de bacilles de Koch.
Le 25 octobre, les crises convulsives se repetent, localisees du cote
droit et predominant a la face. Elies deviennent subintrantes et per¬
sistent jusqu’a la mort qui survient le lendemain 26 octobre.
Examen macroscopique. — Encephale : apres incision de la dure-
mere, la pie-mere de 1’hemisphere droit apparait epaissie, laiteuse ;
elle adhere au cortex.
Du cote de I’hemisphere gauche, les circonvolutions ne sont pas
apparentes. Toute la corticalite est recouverte d’un tissu lardace,
jaune-rougeatre par endroits, s’etalant sur les lobes frontal, temporal,
parietal, ne laissant libres que la partie posterieure de la premiere et
de la deuxieme circonvolutions temporales gauches, la face externe
et le pole du lobe occipital. La face interne de l’hemisphere n’est pas
recouverte par cette neo-formation en forme de galette. La surface
externe s’accole a la face interne de la dure-mere. Apres avoir incise
le tissu, on note qu’il comprend une membrane externe sous laquelle
s’etend une nappe d’un pus jaunatre fortement lie, et une membrane
interne moins organisee appliquee sur la pie-mere. Au niveau de sa
plus grande epaisseur, ce tissu couenneux atteint 5 millimetres. Tres
epais au niveau du lobe frontal, il va en s’amincissant de plus en plus
vers le lobe occipital.
SEANCE DU U MAI 1936
757
II existe egalement du pus libre entre ce tissu neoforme et la pie-
mere cerebrale. Cette derniere est epaissie, a une apparence laiteuse
et adhere aux circonvolutions cerebrales.
Sur les coupes transversales des hemispheres cerebraux, on ne note
aucune lesion localisee.
Adherences des lobes frontaux entre eux a leur face interne.
A 1’origine de la scissure de Sylvius gauche, au niveau de la region
pedonculo-cerebelleuse et au pourtour de la tige pituitaire, presence
de pus epais, jaunatre, infiltrant la pie-mere.
Les ventricules cerebraux ne sont pas dilates. Granulations du
4" ventricule. Pas d’atherome des arteres de la base.
Poids de l’hemisphere droit (avec le tissu lardace) : 570 gr. ; he¬
misphere gauche : 570 gr. ; cervelet et bulbe : 160 gr.
Organes. — Poumons : le droit pese 1170 gr. ; pneumonie du som-
met a la phase d’hepatisation grise. Du pus s’echappe de la grosse
bronche ; exsudation de muco-pus quand on comprime le tissu pul-
monaire. Le poumon gauche pese 620 gr. Legere congestion de la
base.
Cceur : poids, 440 gr. Aorte legerement atheromateuse.
Foie : 1.880 gr. Apparence normale a la coupe.
Reins : le gauche pese 170 gr., le droit, 140 gr. Congestion simple.
Rate : 150 gr.
Examen microscopique. — Eneephale. — Hemisphere gauche : le
tissu de neo-formation qui recouvre V hemisphere presente les carac-
teres histologiques d’un abets purulent enkyste. La paroi externe est
formee d’une couche de fibroblastes semblable a celle qui se forme
si rapidement autour des hemorragies sous-durales avec neoforma¬
tion vasculaire. Sous cette couche, il en existe une autre, formee d’un
reseau lache de fibrine renfermant des lymphocytes, des macrophages
et quelques polynucleaires. Enfln, entre cette couche et la pie-mere,
l’espace est rempli d’une couche purulente epaisse formee de poly¬
nucleaires qui sont en voie de degenerescence de plus en plus mar¬
quee a mesure que l’on se rapproche de la pie-mere. Au voisinage de
la pie-mere, la couche purulente a une certaine tendance a s’organi-
ser. Presence de nombreux diplocoques lanceoles, encapsules, pre-
nant le Gram (pneumocoques) et de cocci dans la couche purulente.
Pie-mere epaissie et infiltree de lymphocytes, de fibroblastes et de
cellules volumineuses du type macrophagique. Peu de polynucleaires.
Dilatation enorme des vaisseaux sans suffusions sanguines.
Dans le cortex, l’architectonie des cellules ganglionnaires est com-
pletement bouleversee. Degenerescence granuleuse du cytoplasma des
cellules ; noyaux excentriques.
Le cortex est parseme de petits lymphocytes prenant fortement
les colorants basiques, s’appliquant tantot sur les cellules nerveuses,
tantot restant isoles dans le parenchyme.
Dans la couche moleculaire et le cortex, proliferation considerable
758
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
des cellules nevrogliques, surtout dans la zone situee immediatement
sous la pie-mere.
Les vaisseaux corticaux et sous-corticaux, principalement les vei-
nules, sont entoures d’un manchon de cellules plasmatiques develop-
pees dans leur adventice. Les cellules endotheliales des capillaires et
des petits vaisseaux sont hypertrophiees. Dans la substance blanche,
nombreux macrophages bourres de pigments situes dans les espaces
perivasculaires.
Cellules microgliques hyperplasiees dans tout le cortex, satellites
des cellules et des vaisseaux, se presentant aussi a l’etat isole ; leurs
corps sont tres developpes, d’aspect vacuolaire, spongieux ; les pro-
longements sont tres ramifies et epineux. Cellules en batonnets.
Dans la substance blanche sous-corticale, la proliferation micro-
glique est peu accusee. Les cellules microgliques y sont rares et peti-
tes, avec peu de prolongements. Elies ne se rencontrent que dans la
zone situee immediatement sous la substance grise.
On ne note aucun element microbien dans le parenchyme.
HSmisphere droit : les lesions de la pie-mere et du cortex sont les
memes que celles decrites dans 1’hemisphere droit ; l’infiltration me-
ningee et la perivascularite des vaisseaux intra-corticaux y sont moins
accusees.
Cervelet : 1’infiltration de la pie-mere est tres accusee. On y ren¬
contre les memes elements que dans la pie-mere cerebrale, lympho¬
cytes, fibroblastes, grands macrophages, mais ici les polynucleaires
y sont plus nombreux. Le parenchyme cerebelleux presente relative-
ment peu de lesions.
Bulbe : infdtration de la pie-mere peribulbaire par des lymphocy¬
tes, des macrophages et des polynucleaires. Granulations nevrogliques
ependymaires du plancher du 4l ventricule. Les vaisseaux intrabul-
baires sont entoures de manchons de cellules plasmatiques et lyrnpho-
cytaires. Alteration des cellules des noyaux des nerfs craniens. Les
cellules des olives renferment une zone pigmentee.
Hypophyse : petit adenome a cellules foetales ; sclerose diffuse ;
cellules chromophiles tres abondantes. La zone intermediate ren-
ferme de nombreux acini remplis de substance colloide. Lobe ney-
veux normal.
Organes. — Reins : nephrite interstitielle chronique. Nombreux
foyers d’infiltration lencocytaire ; glomerules en voie de transforma¬
tion fibreuse. Congestion intense.
Foie : congestion simple, pas de sclerose ; ordination des cellules
normales. Aucune degenerescence graisseuse.
Rate : apparence normale ; corpuscules de Malpighi tres develop¬
pes.
Poumon droit : broncho-pneumonie a foyers dissemines. Zone d’al-
veolite purulente. Infiltration des cloisons inter-lobulaires et zone
d’alveolite catarrhale. Nombreux pneumocoques.
SEANCE DU U MAI 1936
759
En resume, un sujet atteint de paralvsie generate au debut,
presente, au cours d’un etat pulmonaire carncterise d’abord par
une bronchite aigue, puis par une pneumonie, un etat de tor-
peui’, des crises convulsives localisees au cote droit, une hemipa-
resie droite, une temperature elevee. En se basant sur l’obser-
vation de cas anterieurs semblables, le diagnostic de meningite
aigue, survenant au cours d’une pneumonie et compliquant la
paralysie generate, est pose malgre l’absence du syndrome
meninge habituel. It est confirme par les resultats de la ponction
lombaire.
Comme dans le cas de Marchand et Courtois, le bouleverse-
ment du liquide cephalo-rachidien consista en une hvperalbu-
rainose et une polynucleose considerables, un benjoin precipi¬
tant dans les cinq derniers tubes (zone meningitique) et
cependant, les reactions de Bordet- Wassermann et de Mei-
nicke, la precipitation du benjoin dans la zone syphilitique ne
furent pas modifiees.
Au point de vue anatomo-pathologique, il est curieux de
noter que le pus s’est collecte dans l’espace sous-dural intra-
arachnoidien de l’hemisphere gauche, s’est organise absolument
comme un hematome sous-dural (1), mais ici, le pus a remplace
le sang ; la neoformation presente ainsi les caracteres histologi-
ques d’un abces purulent enkyste.
L’infiltration purulente de la pie-mere, par contre, s’est
localisee a la partie anterieure de la scissure de Sylvius, au
pourtour de la tige pituitaire et a la region pedo'neulo-cerebel-
leuse. Dans les autres regions, la pie-mere est surtout infiltree
de lymphocytes, de flbroblastes et de cellales volumineuses du
type macrophagique. Les lesions intra-corticales sont celles de
la paralysie generale.
Autre remarque deja faite dans nos observations precedentes :
les elements figures (pneumocoques, cocci), observes dans la
pie-mere, ne penetrent pas dans le parenchyme cerebral, malgre
les lesions intenses d’encephalite.
Ce nouveau cas montre qu’un processus inflammatoire inte-
ressant les meninges, loin d’etre un obstacle a revolution d’une
meningite aigue, sernble rendre plus sensible la pie-mere a une
nouvelle infection.
M. Guiraud. — J’ai eu un cas identique. Ce paralytique, un
beau jour, fit de la temperature, eut le facies hebete, une moitie
(1) L. Marchand. — Hemorragie intra-arachnoi'dienne enkystee chez un
paralytique general senile. Soc. Clin, de Med. Ment., 15 nov." 1926.
760
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1Q UE
du corps impo.tente, cOmme s’il venait d’avoir un ictus. La ponc-
tion lombaire revela la presence de nombreux polynucleaires.
sans aucun microbe. L’autopsie revela les inemes lesions que
celles du malade de M. Marchand.
M. Rayneau. — Je rappelle, a ce propos, a M. Marchand, le
cas publie par lui et moi du sujet de mon service qui, apres
avoir ete projete violemment dans un accident de chemin de fer*
fit un syndrome paralytique. 11 allait beaucoup mieux, lorsqu’il
fut foudroye par un ictus. Et l’autopsie nous montra une
meningite purulente (Rev. Neurolog., 30 avrii 1912).
Neurinome du nerf acoustique. Cecit6 et troubles psychiques,.
par M. L. Marchand.
II est souvent tres difficile de preciser le diagnostic entre une
tumeur de Tangle ponto-cerebelleux et une tumeur frontale. Le
cas suivant, dans lequel les troubles psychiques et une atrophie
optique, a marche rapide, sont venues s’associer aux phenome-
nes acoustico-vestibulaires, en est un exemple.
M..., sans profession, age de 57 ans, entre a' 1’Asile Sainte-Anne le
30 aout 1935, venant de Thopital Tenon.
Les renseignements suivants nous ont ete fournis par sa fille et par
le consul de France a Mons.
Antecedents hereditaires. — Mere decedee. Elle etait atteinte de
paralysie et de tremblement. Aucun renseignement sur son pere.
Un frere alcoolique, mort a l’asile de Tours. Deux autres freres
sont bien portants. Deux soeurs, dont Tune serait bizarre et alcooli¬
que.
Antecedents personnels. — M... n’a jamais ete normal et a toujours
eu un caractere difficile. Marie, il a eu deux enfants, une fille, atteinte
de nanisme par mal de Pott, et un fils, qui aiirait des troubles du ca¬
ractere.
Desertion pendant son service militaire. II se rend en Belgique.
« II est condamne par arrete de la cour d’assises du Brabant en date
du 12 novembre 1909 aux travaux forces a perpetuite du chef de vio¬
lences ayant entraine la mort sans intention de la donner. Vols qua¬
lifies, tentative de vols qualifies, vols simples. » D’apres sa fille, il a
commis un vol au cours duquel il a etrangle une vieille femme.
Il est gracie en 1930, apres une detention de 22 ans pour homicide.
Il revient en France. Sa femme est decedee durant son incarceration.
SEANCE DU U MAI 1936
761
Sa fille le reqoit chez elle. II trouve du travail dans une usine dans le
Loir-et-Cher. Des cette epoque, il est atteint d’hallucinations visuelles;
il voit des chats, cherche a attraper des images et des objets sur une
table et s’etonne que ses visions ne repondent a rien. II se plaint
bientot d’etourdissements, de vertiges, de tremblement, d’insomnie.
En 1931, il vient a Paris, se met en menage avec une amie, mais
celle-ci terrorisee le quitte au bout de 8 jours. Il la menafait, lui fai-
sait des predictions sinistres. Il demande alors a sa fille de quitter
son mari pour le soigner. A partir de cette epoque, il se plaint conti-
nuellement de maux de tete et sa vue commence a baisser.
En 1932, il se rend a la consultation de la Pitie (service du Dr Clo¬
vis Vincent), ou on diagnostique une tumeur cerebrale. Il refuse Pin-
tervention.
Il se plaint de bourdonnements, entend des sons de cloche et meme
des voix venant du cote gauche. Souvent, il demande a sa fille :
« Qu’est-ce que tu dis ? », ou bien il croit entendre sonner un reveil.
Les troubles de la memoire apparaissent a la meme epoque, troubles
de la memoire de fixation et d’evocation, sans desorientation toute-
fois. La cephalee est tres accusee. A plusieurs reprises, vomissements
sans effort et en fusee aussitot apres l’ingestion des aliments. II
eprouve la sensation de faim meme aussitot apres avoir mange.
Plusieurs fois, il vient faire du scandale au domicile de sa fille
ainsi qu’a l’atelier ou elle travaille. Il raconte a tout le monde qu’elle
veut se debarrasser de lui. Phases de depression au cours desquelles
il pleure ; il demande qu’on lui donne un revolver pour se suicider.
Son caractere est devenu insupportable. Il fait plusieurs sejours dans
les hopitaux ou on refuse de le garder en raison de son irritabilite.
La cecite est devenue complete. Il est d’abord recueilli par sa soeur
qui le remet ensuite a sa fille. Place a Tenon, il s’agite, insulte le per¬
sonnel et il est interne a Sainte-Anne.
A son arrivee a l’Asile, M... est calme ; il est completement aveugle.
Il nous dit qu’il vient de Tenon et sait ou il est. Il donne exactement
son nom, son age, la date et le lieu de sa naissance. 11 vivait avec sa
soeur dont il donne l’adresse, mais ne se rappelle pas le numero. Il
est veuf et ne peut dire a quelle epoque est morte sa femme. Il a vecu
longtemps en Belgique ; il nous cache son acte criminel et sa deten¬
tion. Il nous ment en disant qu’il a ete mobilise pendant la guerre et
qu’il a ete sur le front ; il sait que la guerre a commence en 1914 et
croit que Parmistice a eu lieu en 1917. Sa vue a commence a baisser
« depuis l’exposition coloniale en 1931 ». Quant a sa legere surdite,
elle n’existerait d’apres lui que depuis un mois. Il a deux enfants, une
fille et un fils ; il ne peut dire leur age. Il ne se rappelle pas avoir
ete soigne a la Pitie il y a plusieurs annees.
Pendant 1’interrogatoire, mouvements d’impatience. Chaque fois
qu’on lui demande des precisions, il repond : « Ce sont la des details
762
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
sans importance. » II manifeste de 1’anxiete, semble aux aguets et
croit qu’on parle de lui dans la piece voisine.
II emet des idees de persecution. A Tenon, on lui a fait beaucoup
de miseres ; on l’a frappe, on s’est moque de lui. On l’a traite « de
vieille canaille, de vieux fou, de fripon ». II refuse de dire tout ce
qu’on lui a fait parce que toutes ses paroles sont repetees et « on lui
tombera dessus a la sortie ». Depuis qu’il est ici, on 1’a deja traite
de fou ; on l’insulte du matin an soir et il refuse de designer les per-
sonnes. C’est une honte pour toute sa famille. Avant d’etre hospitalise
a Tenon, personne ne l’avait injurie.
L’examen physique decele les troubles suivants : outre la cecite
complete, il existe une hypoacousie bilaterale sans bruits subjectifs.
La marche sous conduite se fait a petits pas avec titubation legere,
sans que le corps soit entraine plutot d’un cote que de l’autre. Rai-
deur des membres ; absence des mouvements pendulaires des bras
pendant la marche. Pas de Romberg. Le sujet ne se plaint d’aucune
sensation vertigineuse.
Pas de paralysie ou paresie. La force musculaire est conservee des
deux cotes. La resolution musculaire ne peut etre obtenue. Pas de
dysmetrie, ni d’incoordination. Pas de troubles de la sensibilite.
Les reflexes patellaires et achilleens sont vifs. Pas de clonus. Le
reflexe cutane plantaire se fait en flexion des deux cotes. Conserva¬
tion des reflexes abdominaux et cremasteriens.
L’examen est rendu difficile par le mauvais vouloir que le malade
met a accomplir les epreuves demandees et par la cecitA
A Texamen ophtalmologique, papilles atrophiques. Les urines ne
renferment ni sucre, ni albumine.
Aucun signe de maladie de Recklinghausen.
Le Bordet-Wassermann est negatif dans le sang. Le diagnostic de
tumeur cerebrale etant certain, la ponction lombaire n’est pas prati-
quee en raison de son danger.
La temperature oscille entre 36° et 37°. Pouls : 56 pulsations.
Les jours suivants, on note des hallucinations auditives avec tabu¬
lation. M... parle tres souvent seul. Un matin, a la visite, ignorant notre
presence, il s’adresse a une personne qu’il croit placee a sa droite,
lui dit qu’il va aller en Touraine pour les vendanges, qu’il s’occupera
du pressoir et qu’il mangera des raisins.
10 septembre 1935. Il s’imagine qu’il a une lettre sous son traversin
et se met en colere parce qu’il ne la trouve pas. Il a commande, dit-il,
du pain a la cantine, mais on lui a repondu que c’etait la greve des
boulangers. Il tient des conversations avec des personnages imaginai-
res. Il se plaint qu’on lui refuse tout ce qu’il desire, meme de 1’eau.
Tous les matins, a la visite, il demande a quitter Thopital, seul ; il
trouvera bien son chemin avec une canne et il pourra gagner facile-
ment sa vie.
SEANCE DU U MAI 1936
763
3 octobre 1935. A onze heures et demie, au moment du dejeuner,
vomissements bilieux et perte de conna,issance ; secousses peu eten-
dues dans les quatre membres ; hypertonie ; facies colore ; sueurs
generalisees. Duree de la crise, 5 minutes. Puis, gemissements et im¬
possibility de parler. Reflexes tendineux exageres ; signe de Babinski
a gauche ; reflexe cutane plantaire en flexion du cote droit. Cephalee.
4 octobre 1935. Prostration profonde ; M... ne repond pas aux ques¬
tions. Vomissements dans la matinee. Pas de paralysie. Reflexes patel-
laires plus vifs a droite. Reflexe achilleen aboli a droite, normal a
gauche. Clonus du pied et signe de Babinski du cote gauche. Gatisme
urinaire. Cephalee.
5 octobre 1935. Meme etat, mais le reflexe cutane plantaire reste
indifferent du cote gauche.
7 octobre 1935. Excitation intellectuelle. Agressivite. M... exprime
les memes idees de persecution qu’a son arrivee. II accuse le mede-
cin d’etre de mauvaise foi et de le garder arbitrairement. II veut par-
tir ; il prefere aller en prison, il n’a besoin de personne pour le con-
duire.
Les reflexes patellaires et achilleens sont exageres. Hypertonie ge-
neralisee sans paresie. Pas de signe de Babinski, ni de clonus des
pieds. Parole normale. M... a pu se lever et marcher etant guide.
Temperature normale. Pouls : 60.
8 octobre 1935. M... reste assis sur le bord de son lit ; obnubilation
intellectuelle et fabulation : « Le directeur est venu le voir et il s’est
promene avec lui. » Secousses cloniques dans les membres du cote
droit. Il demande a boire, mais porte difflcilement la timbale a ses
levres avec son bras droit.
Les jours suivants, somnolence presque continue, seulement entre-
coupee de courts reveils pendant lesquels il repond aux questions sur
un ton doucereux, ironique, se plaignant des misares qu’on lui fait
subir. Crises de tremblement avec predominance des mouvements du
cote droit sans perte de connaissance, d’une duree de dix minutes.
Pouls : 80.
30 decembre 1935. Somnolence continue, etat presque comateux. M...
n’a pas reconnu sa fllle venue le voir. Il tient les membres inferieurs
demi-flechis et gemit des qu’on les touche ou qu’on les remue. Signe
de Babinski bilateral. Temperature normale.
3 janvier 1936. Mort.
Autopsie. — A 1’extraction de l’encephale de la boite cranienne on
note du cote gauche au niveau de l’angle ponto-cerebelleux la pre¬
sence d’une tumeur de la grosseur d’une petite noix, qui adhere lege-
remenl a la dure-mere. (fig. 1). Elle est de couleur grisatre, de consis-
tance ferme. Elle a repousse du cote droit la protuberance en deter¬
minant sur celle-ci une encoche sans cependant l’envahir. Elle corn-
prime le pedoncule cerebelleux moyen gauche, la partie superieure du
764
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
lobule digastrique, le sillon marginal anterieur du cervelet ; atrophie
du lobe quadrilatere anterieur. La tumeur s’est developpee sur le
trajet du nerf apditif. Le nerf facial la contourne a sa face supe-
rieure, le glosso-pharyngien, le pneumogastrique et le spinal a sa face
inferieure.
Les ventricules lateraux sont distendus, mais le troisieme ventricule
l’est davantage au point que la tige pituitaire, elle-meme dilatee, n’existe
plus. Les nerfs optiques et le chiasma ont un volume rnoitie moindre
qu’a l’etat normal.
Fig. 1. — Neurinome du nerf acoustique gauche.
Organes. — Aucune lesion pulmonaire. Cceur, 450 gr. Atherome avec
incrustations calcaires au niveau des valvules sigmoides. Foie : aucune
lesion. Rale : 200 gr. Rein gauche : 200 gr. ; rein droit : 175 gr.
Examen microscopique. — Cerveau : pie-mere normale ; quelques
suffusions sanguines recentes. Pas d’adherences cortico-meningees.
Dans le cortex, les cellules ganglionnaires presentent une zone pig-
mentee sans autres lesions. Nevroglie normale. Les vaisseaux sont dila¬
tes, surtout les capillaires, les arterioles et les veinules. Dans la subs¬
tance blanche sous-corticale, certains vaisseaux ont leur adventice
infiltree de cellules embryonnaires ; nombreux corps granuleux bour-
res de granulations lipoido-pigmentaires dans les espaces perivascu-
laires. Les regions calcarines ne presentent aucune lesion localisee.
Tout le parenchyme est infiltre de serosite se disposant en goutte-
lettes entre les divers elements et dilatant les espaces perivasculaires
(oedeme cerebral).
SEANCE DU U MAI 1936
765
Dans les noyaux caudes et les putamens, memes lesions vasculaires
et meme infiltration cedemateuse. Pas de lesions de 1’ epithelium ventri-
culaire, mais la couche nevroglique sous-ependymaire est epaissie.
Dans le nerf optique, degenerescence de toutes les fibres myeliniques
au Weigert-Pal. Le nerf est parcouru par des tractus de collagene qui
partent de la gaine pie-merienne et qui le divisent en loges multiples
dans lesquelles le nerf n’est plus represente que par de petites cellules
nevrogliques tres riches en fibrilles. Les vaisseaux ont leur adventice
tres epaissie sans aucune infiltration lymphocytaire. Presence de nom-
breux corps amyloides.
La tumeur est constitute par des cellules allongees, a cytoplasma
nettement fibrillaire, a noyaux fusiformes, se groupant en faisceaux qui
s’entrecroisent et qui, souvent, forment des tourbillons. Par endroits
les faisceaux sont assez laches et les cellules sont separees par de la
serosite. Presence de collagene entre les faisceaux, mais cette substance
forme surtout une coque lamelleuse autour de la tumeur. Le stroma est
tres riche en vaisseaux. Foyers d’hemorragie ancienne et foyers d’he-
morragie recente. Pseudo-kystes dans des zones necrosees. II s’agit d’un
(jliome peripherique ou neurinome.
Hijpophyse : congestion intense. Nombreuses cellules acidophiles.
Moelle cervicale : un certain nombre de cellules radiculaires sont
en voie d’atrophie. Degenerescence de nombreuses fibres myeliniques
a la peripherie des cordons anterieurs.
Organes : Foie : aspect normal. Reins ; legere sclerose diffuse. Rate:
la pulpe rouge est tres developpee et gorgee de sang.
On peut resumer ainsi revolution des accidents chez ce
malade : hallucinations visuelles, etourdissements, vertiges,
tremblement, insomnie, cephalee, troubles du caractere ; baisse
progressive de la vue aboutissant a une cecite complete par
atrophic optique. Troubles auditifs unilateraux co'nsistant en
bourdonnements, sons de cloche, hallucinations auditives ver-
bales, legere hypoacousie bilaterale. Bradycardie. Vomissements
sans efforts. Puis, apparaissent des troubles de la memoire, des
phases de depression avec idees de suicide, des idees de persecu¬
tion, des troubles du jugement, de la tabulation. L’hypoacousie
ne progresse pas. On constate ensuite des troubles de la marche
avec titubation et sensation vertigineuse, des signes d’irrita-
tion pyramidale bilaterale avec predominance du cote droit, des
crises convulsives, un etat stuporeux terminal. A l’autopsie,
tumeur (neurinome) du nerf acoustique gauche de la grosseur
d une noix, comprimant la protuberance et avant detruit une
partie du lobe cerebelleux gauche.
La duree de l’affection semble avoir ete 5 ans.
Le diagnostic de la localisation de la tumeur etait particulie-
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
rement delicat, puisque la cecite, les troubles de l'equilibre, sans
autres signes cerebelleux, les vertiges, les troubles psychiques,
les signes d’irritation pyramidale, les crises convulsives, pou-
vaient etre attribues a une tumeur des lobes frontaux. Contraire-
ment a ce que l’on observe habituellement (1), il n’existait
aucune paralysie des nerfs voisins du VIII. Seuls, les troubles
acoustico-vestibulaires ne cadraient pas avec ce diagnostic.
II est exceptionnel d'cbserver des troubles visuels hallucina-
toires comme symptcmes de debut d’une tumeur du nerf acous-
tique et, a la phase clinique, une cecite complete par atrophie
optique. On ne constate, habituellement, qu’une stase papillaire
a Poccasicn des phenomenes acoustico-vestibulaires en rapport
avec 1’hypertension intra-cranienne [Darquier et Schmite (2)].
C’est cependant a cette derniere que Ton peut attribuer l’atro-
phie optique. Notre malade presentait des symptomes d’hyper-
tension intra-cranienne et, a I'autopsie, nous observons la dis¬
tension des ventricules lateraux et principalement du 3* ventri-
cule, au point que la tige pituitaire participait a la dilatation.
Cette hypertension etait due a la tumeur qui apportait une
gene dans la circulation liquidienne des espaces ventriculo-
arachnoidiens.
Quant aux troubles psychiques, nous les attribuons a l’cedeme
cerebral et aux reactions inflammatoires diffuses. C’est la un
nouvel exemple que, dans les tumeurs cerebrales de petit volume,
ce n’est pas leur localisation, mais les lesions cerebrales diffuses,
associees qui determinent les phenomenes mentaux.
Impulsions au suicide chez un vieillard epileptique,
par M. P. Courbon et Mile S. Rousset.
Le malade est un homme de 75 ans, sujet, depuis l’age de
57 ans, a des crises convulsives, qui vient d’etre interne pour la
seconde fois en 2 ans a cause de l’acuite prise soudain par
Penvie de se suicider qu’il manifeste a la moindre contrariete
depuis une dizaine d’annees.
C’est sur cette envie du suicide, chez un vieillard epileptique,
que nous voudrions attirer Pattention.
(1) L. Marchand et Schiff. — Meningoblastome de l’angle pontp-cerebel-
leux. Soc. anat., 7 mars 1925.
(2) Darquier et Schmite. — Contribution a l’etude des tumeurs de Tan¬
gle ponto-cerebelleux. Revue Neurol., aout 1935, p. 257.
SEANCE DU U MAI 1936
767
Age de 75 ans, il fut successivement berger, marechal-ferrant, puis
cocher de fiacre a Paris. II vit depuis 12 ans de sa pension avec sa
femme qu’il epousa il y a pres d’un demi-siecle. II fut tpu jours sobre
et bien portant.
Depuis l’age de 57 ans, apparaissent, presque chaque mois, une ou
deux crises d’epilepsie convulsive qui ne se sont pas modifiees. Brus-
quement, il perd connaissance, tombe a terre, generalement du cote
gauche, et, pendant 1 a 2 minutes, des convulsions l’agitent, puis il
revient a lui, et recouvre lentement sa validite, gardant pa.rfois pendant
longtemps le membre, sur lequel il est tombe brutalement, endolori.
Depuis une quinzaine d’annees, le sujet presque unique de ses
conversations est le proces des automobiles, leur danger, leur laideur,
leur mauvaise odeur, la ruine qu’ils indigent a tous les corps de metier
de la carrosserie, de la bourrellerie, etc... Il aborde les cochers de
fiacre, cause amicalement avec eux, flatte leurs chevaux de la main,
fait sonner les grelots, caresse les harnachements. Il commente longue-
rnent les accidents d’automobile et les courses de chevaux publies
dans les journaux.
Peu a peu ses camarades meurent. Il passe souvent devant les sta¬
tions de fiacre en interpellant de moins en moins les cochers. Il se
promene, solitaire, rapportant des clous, des bouts de cuir, des talons
de soulier, des ficelles, ramasses dans les poubelles, et qu’il range soi-
gneusement. Cette manie est pretexte a reproches de la part de sa
femme, car ces dechets sont inutilisables. Mais il defend avec vehe¬
mence ces epaves qui lui rappellent son ancien metier, et menace de
se jeter a l’eau si on les lui prend.
Les efforts lui sont de plus en plus penibles. Ce sont des scenes pour
obtenir qu’il change de linge, qu’il se lave les mains, qu’il se rase : « A
quoi bon, repete-t-il, pa peut bien aller encore. » Et si sa femme insiste,
il menace de la frapper, puis sort en colere sans jamais avoir leve la
main sur elle. Il reste de plus en plus au logis, lisant et relisant le
meme journal, ou chantant les chansons patoises de son pays. Son
humeur, en effet, est habituellement gaie ; mais les moindres contra-
rietes sont pretextes a souhaiter la mort. Le paiement du loyer, la
necessite d’aller au marche, de mettre du charbon au feu, la tombee de
la pluie, les douleurs lombaires auxquelles il est sujet par crises, ame-
nent ces reflexions : « Mieux vaudrait etre mort. Quel embetement de
yieillir. Les vieux sont mieux au cimetiere qu’a la maison oil ils ne
peuvent pas faire ce qu’ils veulent. » Il n’essaya jamais de se suicider,
mais il parle de se noyer a chaque discussion ; quand sa femme le prie
de ne pas chanter si fort, de ne pas marcher si bruyamment dans la
chambre, de ne pas aller se promener si tard, de ne pas enfoncer un
clou pour ne pas incommoder les voisins.
Une nuit de septembre 1934, alors qu’il souffrait d’insomnie par dou-
leur de la fesse sur laquelle il etait tombe au cours d’une crise deux
jours plus tot, il quitta le domicile pour aller se jeter dans la Seine.
Sa femme le suivit, prevint des agents cyclistes qui l’apprehenderent.
S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
II ne resists pas, fut conduit a l’hopital et, de la, a Sainte-Anne ou il
resta du 18 septembre 1934 au 2 juin 1935. II reprit alors aupres de sa
femme la meme vie. II vient d’etre interne pour la seconde fois. II se
declare enchante d’etre dans un hopital, dont il ignore le nom qui ne
l’interesse pas, mais ou il est loin de sa femme. Il ne vent pas retourner
chez elle, car il en a assez d’etre traite d’idiot et d’ane. Il ferait un
malheur en la tuant, il prefere aller se jeter a la Seine. Ici, a I’hopital,
il est bien. Il est avec de bons garpons. Il peut y faire tout ce qu’il
veut. Et sa volonte doit etre de rester au lit, car, depuis son entree, il
n’a pas demande a se lever. Il n’a rien demande du tout et s’est tou-
jours montre souriant.
Sociable, il repond avec animation et correction aux questions
posees. Il sait approximativement la date et il fait avec exactitude le
recit de son passe, et des itineraires a travers Paris qu’on lui pose.
Mais il est incapable de preciser les dates des evenements des dernieres
annees et confond ses deux internements. Il se rappelle les deux guer-
res, redit avec emotion comment il apprit la declaration de la pre¬
miere, alors qu’il etait enfant de choeur dans son pays. Et ce recit est
suivi de maints autres sur son enfance, sur la composition des trou-
peaux dont il etait berger, sur ses patrons, sur la fapon dont un batard
de la famille de son pere decede le mit en apprentissage par reconnais¬
sance de ce que son pere avait fait pour lui. Il est prolixe egalement
sur les metiers de marechal-ferrant et de cocher qu’il exerca. Mais il
est concis faute de souvenirs sur ses dernieres annees. Jamais il ne
inanifcste spontanement d’idees de suicide. Mais il avoue ne pas
redouter la mort, et la preferer au retour chez sa femme. Cette decla¬
ration est faite sans emotion, sur un ton plutot gai. Et elle ne l’empe-
che pas de recevoir tres affectueusement les visites de sa vieille compa-
gne. D’ailleurs elle ne l’avait pas empeche, en 1935, lors de sa sortie
de 1’asile, de retourner vivre bien en paix avec elle.
En somme, le malade presente episocliquement des crises
d’epilepsie convulsive, et perpetuellement, le syndrome mental
non pas de la demence, mais de l’involutio'n senile tel que Fun
de nous a essaye de 1’etablir (1) : restriction generale de l’affecti-
\dte et de 1’activite intellectuelle avec perte de la memoire des
faits recents et radotages des faits anciens (2).
L’existence d’idees de suicide chez ce vieillard, atteint recem-
ment de crises convulsives, pose le probleme des rapports du
suicide et de 1’epilepsie. Ce rapport semblerait, a priori, devoir
etre extremement frequent, etant donne les conditions terribles
d’existence que cree Fepilepsie avec l’ineluctable fatalite de ses
pertes de connaissance, les dangers de ses chutes mutilantes ou
mortelles, la menace de ses actes delictueux ou criminels incons-
tiemment accomplis. Or, la clinique montre que le suicide
SEANCE DU U MAI 1936
Tolontaire, execute en toute lucidite par horreur de son triste
sort, est tout a fait exceptionnel chez l’epileptique. L’un de
nous (3) a rapporte des examples saisissants de la persistanee du
gout de vivre chez de tels sujets. Ces examples so'nt une demons¬
tration convaincante de l’illusion egomorphique qui nous fait
juger les autres d’apres nous-memes.
Le cas de not re malade n’infirme pas la regie affirmee par
1’un de nous (4), et confirmee par le medecin du Service des Epi-
leptdques de Bicetre, Maillard (5), que le degout de l’existence
eprouve par un epileptique, en dehors des acces de sa maladie
intermittente, a generalement un autre fondement que la cons¬
cience des conditions miserables creees par cette maladie. Les
cas cites par quelques auteurs, dont Picard (6), etc., de certains
epileptiques qui, en plus des absences et des chutes, ont de
l’anxiete n’infirment pas la regie. L’anxiete supprime la luci¬
dite. Ainsi que s’est efforce de le demontrer l’un de nous a
propos d’une etude generate sur le suicide (7), l’etat d’un anxieux
est comparable a celui d’un delirant, non a celui de l’homme sain
qui raisonne librement.
Les idees de suicide de notre vieillard n’ont pas de rapport
direct avec ses crises. Elies ne s’imposent pas a lui arbitraire-
ment avec le caractere d’un automatisme qu’il doit subir malgre
lui, comme cela se produit dans l’epilepsie consciente et mnesi-
que dont Marchand a si bien mis en evidence les traits essen-
tiels. Elies ne sont que l’exacerbation logique et passagere, sous
1’aggravation des circonstances exterieures, du detachement qu’il
a de l’existence. L’idee de se donner la mort n’apparait jamais
qu’a l’occasion d’un incident venant faire obstacle k la realisa¬
tion d un desir, ou causant de la douleur. C’est quand une pous-
see de rhumatismes, ou les meurtrissures d’une chute l’imnrobi-
lisent, quand les quintes de toux d’une bronchite grippale
l’empechent de dormir, quand sa femme le contredit, lui repro-
che de rentrer trop tard, qu’il parle de se noyer. La nuit oil il
s’enfuit pour se jeter a la Seine, ce qui fut le pretexte de son
premier internement, avait ete precedec de deux journees et de
deux nuits d’insomnie causee par les douleurs de la fesse sur
laquelle il etait tombe en perdant conrraissance.
En somme, le suicide se presente au malade comnre un refuge
contre les miseres et les contrarietes de la -vie, et son epilepsie
n’est qu’une de ces miseres. Nous voyons, chez notre malade
la forme ultime de cette intolerance de tout vieillard pour les
contrarietes, intolerance que l’un de nous (8) a propose de desi¬
gner par le nom d’ « incontinence mentale senile », et qui
Ann. Med.-psych., XVe sehie, 94° an nee, t. I. _ Mai 1936.
49.
770
SOCIETE MED1CO-PSYCHOLOG1QUE
consiste dans l’incapacite de differer 1’execution de ses idees, de
maltriser ses emotions, de refrener l’expression de ses sentiments,
de retarder le soulagement de ses besoms et de surseoir a la
satisfaction de ses desirs.
BIBLIOGRAPHIE
1. Courbon (P.). — Psychologie de la vieillesse. Journ. de Psychol., 1927,.
p. 455.
2'. Courbon (P.) . — Le radotage. Ann. Med.-Psych., janvier 1923.
3. Courbon (P.) et Mine Frances. — Inconscience des epileptiques vis-a-vis
de la gravite des consequences de leurs crises. Revue Neurol., 1932,
t. I, p. 1351.
4. Courbon (P.). — Contribution a l’etude de la psychologie des maladies.
chroniques. Encephale, 1920, p. 682,
5. Maillard. — Discussion de la communication de Courbon sur la ps3'cho-
logie des maladies chroniques. Encephale, 1920, p. 685.
6. Picard. — Parentes de l’epilepsie et de la psychose maniaque-depres-
sive. Evolution psychiatrique, 1934.
7. Courbon (P.). — Psychophysiologie du suicide. Ann. Med.-Psych., 1934,
t. II, p. 384.
8. Courbon (P.). — • Incontinence mentale senile et reactions mystificatrices.
de Pentourage. Ann. Med.-Psych., 1930, t. II, p. 58. — Voir aussi
la discussion du rapport de R. Anglade sur les Psychoses perio-
diques tardives, Congres des Alienist es et Neurologist es, Bordeaux,
1931, page 94.
Impulsion au magnicide revelatrice d’hebephrenie,
par MM. P. Courbon et Fortineau.
Le jeune homme que nous aliens presenter eut pu avoir une
triste celebrite, car il vint a Paris pour accomplir l’assassinat
politique qu’une Ligue, dont il admirait le programme, aurait
bien voulu lui commander. La Gendarmerie, le Ministere de l’ln-
terieur et la Prefecture de Police echangerent a son sujet des
telegrammes alarmes. Fort heureusement il n’en fut rien. Tout
1’interet de son cas sera purement medical. Il est triple : posant
d’abord le diagnostic entre trois etats psychopathiques : la para¬
noia revendicatrice, la bouffee delirante puberale et la pre-
demence hebephrenique ; soulevant ensuite la question de l’ori-
gine infectieuse de Thebephrenie ; pretant enfin matiere a quel-
ques considerations sur la splanchnectomie.
Il s’agit d’un gar^on de 16 ans, appartenant a une excellente
famille bourgeoise, et qui, un beau jour, quitta furtivement le lycee
SEANCE DU U MAI 1936
111
oil il etait en seconde, pour debarquer a Paris ou il alia immediate-
ment au siege d’line organisation politique dont il faisait partie afin
de s’y engager comme « homme de main ».
Sa famille, epouvantee de sa disparition et connaissant ses opinions
exaltees, prevint la gendarmerie qui alerta par depeches toutes les
autorites policieres.
Il fit part de ses intentions aux premieres personnes rencontrees a
la Permanence. On prit son nom et on lui demanda son adresse. Il dit
n’en point avoir, on lui indiqua done un hotel modeste ou i! retint
une chambre a 40 fr. par semaine, esperant que, d’ici-la, il serait, sui-
vant la promesse qui lui en avait ete faite, convoque pour executer
la besogne qu’on souhaiterait de lui.
En attendant, il ecrivit a une tante pour lui fixer rendez-vous pour
le lendemain. Elle y vint, le decida a la suivre chez des amis, le
confia a un medecin qui l’avait deja soigne enfant et qui I’amena a
l’un de nous pour examen psychiatrique. Le jeune homme expliqua
qu en se mettant a la dispostion de la Ligue pour accomplir un acte
dangereux, comme I’assassinat d’un adversaire politique, il pensait a
la fois rendre service a sa Cause et aussi trouver une carriere pour
laquelle le succes au baccalaureat ne serait pas exigible. Cet aveu fut
fait sans la moindre jactance avec un niais sourire.
Prie de fournir des details sur ce que serait cette carriere, il se
lanca dans un grand discours sur la malhonnetete contemporaine, la
necessity d’epurer la societe, l’utilite de la propagande par le fait et
sur le degout des etudes ! Quant a fournir des precisions sur la situa¬
tion qu’il attendait de sa venue chez les ligueurs, ce lui fut impossi¬
ble. « Je ne peux pas prevoir d’avance, disait-il, je pense qu’on me
chargera de quelque poste pour lequel on me payera. »
Le peu d’empressement avec lequel fut accueillie sa proposition
par ceux a qui il la fit, le vague de leurs promesses, le- manque de
preparation de l’attentat, tous points sur lesquels on attira son atten¬
tion, ne 1’embarrasserent guere. Il les concedait, mais n’y voyait pas
d’elements d’insucces. D’ailleurs, il avouait avoir change de projet,
puisque sa tante lui avait promis de ne plus le ramener ni chez son'
pere, ni chez son oncle. Il irait chez elle, en Allemagne, ou elle habite
toute l’annee, et d’ou elle ne revient qu’aux vacances. Malgre sa me-
connaissance de 1’allemand, il savait qu’il s’y interesserait. Et il etait
aussi incapable de preciser les conditions d’existence qui lui plai-
raient la-bas, que de preciser celles de son exploit politique.
Le medecin qui depuis l’age de 12 ans le soigne nous raconta son
passe : jusqu’a 12 ans il aurait ete, d’apres les parents, un assez bon
eleve et un enfant afTeclueux, malgre maintes maladies bizarres qui
furent 1’objet des diagnostics les plus differents : bronchites infectieu-
ses, asthme infantile, suffocations, poussees febriJes essentielles.
A cet age, il fut atteint de poliomyelite aigue, diagnostic porte par
un neurologiste, et qui laissa une legere atrophie du membre inferieur
772
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
gauche. C’est depuis cette maladie que son caractere se serait trans¬
forme. II devient taciturne, irritable, solitaire, cesse de jouer avec ses
camarades et ses freres et soeurs. 11 travaille mal, pretend ne plus
aimer que la poesie et la geologic.
On attribua cette modification a la masturbation qu’il reconnut
pratiquer moderement, pratiques qui ne 1’empecherent pas d’acquerir
un developpement physique superieur a celui des enfants de son age.
II devint ergoteur, lecteur de journaux, apologiste des jeunesses pa-
triotes, se fit inscrire a une ligue, et ce furent desormais des discus¬
sions incessantes avec ses parents qu’il accusait de tiedeur patrioti-
que quand ils lui reprochaient sa paresse et ses pertes de temps.
L’an dernier, son etat empira, il avait des crises atypiques, restait
immobile, oisif pendant des heures avec des tremblements par tout
le corps, une coloration rose ou une palcur de la peau, des crispa-
tions du visage avec tachycardie a 140, et hypertension arterielle a
26. II declarait sentir pendant ses crises « sa tete qui eclatait, ses
idees qui se brouillaient et avoir l’impression de devenir fou ».
Tous ces troubles furent mis sur le compte de 1’hypertension et en
novembre 1935 on pratiqua sur lui la section des deux splanchniques
gauches. La tension tomba immediatement a 15, mais ne tarda pas,
au bout de quelques jours, a remonter a 18. II y eut une sedation
appreciable des crises, mais la conduite du sujet ne fut pas ame-
lioree.
Pensant qu’un changement de milieu lui serait salutaire, on l’en-
voya en janvier 1936 chez son oncle, a 800 km. de la, pour y continuer
ses etudes au lycee. II accepta, car la ville ou habitaient ses parents,
qui est pourtant l’une des plus belles et des plus gaies de province,
lui a toujours deplu, dit-il. Les monuments, les habitants et les moeurs
ne lui conviennent pas. II n’y est pas compris. II quitta done ses
parents d’un coeur allegre, ce qui ne les surprit pas, car depuis long-
temps il ne leur manifestait aucune affection, mais aussi ses camara¬
des ligueurs a 1’influence nefaste desquels on le croyait passionnement
attache.
Chez son oncle, il ne se trouva pas mieux. Il est aussi severe que
son pere. La ville n’est pas plus interessante ; les camarades pas plus
comprehensifs ; les cours pas plus passionnants. Aussi, pensant que
s’il accomplissait un grand coup politique, il s’assurerait un genre de
vie pour lequel on n’a pas de baccalaureat a passer, il decida de faire
ce dont il avait deja parle a divers parents ou amis. Quand il eut
amasse une somme de 300 fr. par ses economies et en empruntant a
des camarades, il partit pour Paris.
Sans trop de difficulte, a la fin de 1’entrevue, il se laissa retenir a
Henri-Rousselle, puis dans notre service ou on lui fit un abces de
fixation a la terebenthine et au serum radio-actif de Petit, therapeuti-
que qui eut pour effet de l’engraisser.
Il y passe, sans resistance, ses journees au lit, a lire le journal et
SEANCE DU U MAI 1936
773
des romans, a converser avec ceux qui lui adressent la parole, a jouer
aux cartes avec ceux qui le lui demandent, quelle que soit leur vali¬
dity mentale, ou a ne rien faire du tout.
II ecrit a ses parents des lettres parfaitement correctes, pleines de
repentir et de fermes propos qui leur font croire a sa guerison. II ne
fera plus de politique militante, il sera un fils modele, mais veut se
lancer dans l’agriculture. Aux infirmiers, il explique que les travaux
des champs lui ont toujours plu, que ce sont les plus hygieniques, les
plus poetiques, les plus reposants. Cette derniere reflexion choque
beaucoup ces braves gens qui le contredisent. Mais il riposte qu’il
sait ce qu’il a vu en vacances. Tous les paysans vont a la peche, soir
et matin, pour se distraire d’avoir passe la journee a faucher. A la
visite il salue gentiment les medecins, declarant qu’il ne faut pas
s’en faire, et sourit niaisement.
Jamais ce ligueur soi-disant passionne et qu’on laisse libre de sa
correspondance n’a adresse la moindre lettre a un de ses co-afiilies,
meme pendant la periode electorale actuelle.
Quand on lui parle de son avenir, il ne fait aucun effort pour se le
representer. Il avoue que vraisemblablement il ne se. mariera pas,
car les femmes ne lui disent rien. Il est vrai que jadis il a beaucoup
aime une fillette de 12 ans comme lui et qu’il se masturbait en pen-
sant a elle. Mais ces gouts lui ont bien passe.
Les seuls signes physiques a retenir sont : une legere amyotro-
phyie du membre inferieur gauche, sequelle de la poliomyelite, et
une tension arterielle de 21 et 15 au Vaquez avec un pouls a 84.
Au point de vue clinique, trois diagnostics sont a discuter :
la paranoia, la bouffee delirante et l’hebephrenie.
S’agit-il d’une paranoia revendicatrice ? Le diagnostic a ete
porte par l’un des psychiatres qui l’examinerent. Il voit dans cette
proposition d’etre l’homme de main d’une ligue, la manifes¬
tation d’un amour primordial de la liberte et de l’independance,
la recherche vaniteuse de la gloire, et une preuve d’insociabilite.
Nous repondons carrement : non. Le sujet n’a ni orgueil, ni
susceptibilite. Spontanement, il ne se plaint de personne et ne
se croit pas superieur aux autres. C’est lorsqu’on lui reproche
d’etre plus paresseux, d’avoir de moins bonnes places, qu’il se
defend en disant qu’on ne le comprend pas, qu’il est capable de
vivre autrement que les autres. Il supporte la promiscuite de
l’asile avec un bon gar§onnisme surprenant, se Jaissant tutoyer
par tous, repondant poliment aux plus gueux, jouant aux cartes
avec n’importe qui. Aux infirmiers, il raconte, quand ils le lui
demandent, les motifs de sa venue a Paris, mais sans l’ombre de
vanite, ajoutant que, desormais, c’est la vie de paysan qu’il veut
mener.
774
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
En realite, son exaltation politique ne fut jamais que sa reac¬
tion aux efforts de son entourage pour le faire sortir de son
autisme. II s escrimait a faire 1’apologie de la propagande par le
fait pour echapper a 1’accusation de ne s’interesser a rien.
S’agit-il d’une bouffee delirante puberale ? Dans la penetrante
analyse qu’il a faite en ces dernieres annees de la psycho! ogie
de 1 enfant, Vermeylen a donne le nom de desequilibre psycho¬
social de 1’adolesc.ence a l’un des caracteres les plus dangereux
de la mentalite de cet age. Les conflits avec la famille sont pres¬
et116 de regie chez le jeune homme qui, ainsi que l’a bien montre
l’auteur, tend a se degager des entraves qu’il n’avait pas choi-
sies pour s’en donner d’autres qu’il croit choisir. Les mauvais
exeinples des camarades, I’influence d’adultes pervers, ou meme
la simple maladresse des parents les mieux intentionnes peuvent,
en effet, amener les ecarts de conduite les plus desastreux,
ecarts que le sujet deplorera amerement, une fois double le cap
perilleux de la puberte. Est-ce le cas ici ?
Incontestablement, le sujet est en pleine puberte. Certains
des signes pour lesquels on lui sectionna les splanchniques (bouf-
fees de chaleur, enervement, hypertension) sont fonctions de la
poussee glandulaire physiologique. De meme, 1’esprit de contra¬
diction, le gout de 1’ideologie propre a l’adolescent, « moins rai-
sonnable que l’enfant et plus raisonneur que lui », dit Men-
douze, expliquent en partie ses conflits familiaux.
Mais les perturbations de la cenesthesie cerebrale et les dis¬
cordances psychiques n’ont rien de physiologique. Ce garcon
qui, alors qu’il n’avait que 12 ans, se masturbait en pensant a
des fillettes, se dit blase sur les jouissances sexuelles maintenant
qu’il a 16 ans, avec la structure d’un garcon de 20 ans.
Non seulement il n’aime aucune femme, mais il n’a pas un
seul ami, fait inconcevable pour un adolescent normal. « La sym-
pathie, ecrit Vermeylen, s’allume ainsi qu’une llamme nouvelle
dont 1’adolescent reste comme ebloui... Il aspire a trouver un
confident, un ami auquel il puisse tout dire. » Cette aspiration
devrait etre d’autant plus forte chez lui, ligueur, qui se reclame
d’un ideal commun,
C’est done a I’hebephrenie que l’on est oblige de conclure. Cer-
tes, l’etat dementiel est loin d’etre evident. Il parle, discute avec
une correction qui en impose, use des cliches avec une oppor¬
tunity qui dupe les profanes. Il fait dans ses lettres une auto¬
critique impressionnante de sa conduite passee.
Mais les defaillances de sa conduite actuelle a 1’asile que nous
avons signalees ne nous permettent pas, helas ! un tel optimisme.
SEANCE DU U MAI 1936
775
Nous nous trouvons en presence d’un de ces cas ou l’affaiblis-
sement intellectuel ne se manifeste avec une evidence incontes¬
table que lorsque le sujet est livre a lui-meme ; ce jeune homme
a., suivant 1’expression de l’un de nous (1), conserve la rhetorique
ou art de bien dire, mais il a perdu l’art de bien faire. Le pronos-
tic nous parait done tres sombre. Puissions-nous, pour lui et
pour les siens, nous tromper.
Au point de vue etiologique, nous nous contenterons de signa¬
ler 1’existence d’episodes infectieux divers, et notamment de la
paralysie infantile aigue, comme antecedents de ces troubles psy-
chiques hebephreniques. Rappelons que certains auteurs, notam¬
ment Marchand, Guiraud, Courtois, ont signale les rapports de la
demence precoce et de la poliomyelite aigue (2).
Au point de vue therapeutique, nous retiendrons la section
des splanchniques gauches. Elle a ete pratiquee conformement
a l’enseignement du professeur Leriche, qui combat 1’hyperten-
sion arterielle en diminuant la secretion d’adrenaline par l’inner-
vation de la glande surrenale. L’operation amena la disparition
definitive des crises de tachycardie, et une baisse de la tension
qui, pendant quelques jours, resta a 15 et n’atteignit jamais plus
le degre de 26. Elle fut done salutaire a l’etat physique du ma-
lade, mais sans effet sur son etat mental.
La seance est levee a 11 h. 20.
Le Secretaire des seances,
Paul Carrette.
(1) Courbon. — Les etats psychopathiques latents et les sequestrations
arbitral res. Informateur des Alienistes, juin 1922. — Voir aussi : Courbon et
Bauer. — Apparence d’autocritique par conservation de la rhetorique apres
10 ans de demenee. Soc. de Psychiatrie, fevr. 1924, in Journ. de Psychol.,
novenibre 1924.
(2) Voir la bibliographie dans Particle de Marchand sur la demence pre¬
coce symptomatique d’encephalite. Ann. Med.-Psych., fevr. 1930.
776
S0C1ETE MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE
Seance da lundi 25 mai 1936
Presidence : M. VURPAS, president
et M. Rene CHARPENTIER, vice-president
M. Rene Charpentier, vice-president, qui preside cette partie de
ia seance, adresse les felicitations de tous a M. le Professeur Ernest
De Craene, de Bruxelles, nomme Chevalier de la Legion d’Honneur,
a M. le Dr Golombani, d’Oran, elu membre correspondant de V Aca¬
demic de Medecine,
et a M. le Dr H. Steck nomme Professeur de Clinique psychiatri-
que a l’Universite de Lausanne et Directeur de l’Asile de Cery-sur-
Lausanne.
Le Secretaire general est charge de leur faire part des felicitations
de la Societe Medico-psychologique.
Adoption du proces-verbal
Le proces-verbal de la seance du 27 avril 1936 est adopte.
Correspondance
M. Paul Courbon, secretaire general. — La correspondance manus-
crite comprend :
une lettre de M. le Dr Mans, qui remercie la Societe de l’avoir elu
membre correspondant national ;
une lettre de M. le Dr Jean Tusques, medecin des Asiles publics
d’alienes, qui demande a faire partie de la Societe au titre de membre
correspondant national : la Societe designe une Commission composee
de MM. H. Claude, Marchand et Courbon, rapporteur, pour l’examen
de cette candidature : le vote aura lieu a la seance du lundi 22 juin
1936.
C616bration du IIP Centenaire de 1’Universite Harvard
M. le Professeur Pierre Janet. — Mes chers collegues, excusez-
moi si je prends un instant la parole pour vous demander une
petite autorisation.
SEANCE DU 25 MAI 1936 777
Au debut de septembre prochain la grande Ecole americaine de
Harvard a Boston va celebrer par de grandes fetes son troisieme
centenaire. Le president de Harvard, le Dr Conant, m’a fait l’hon-
neur de m’inviter a ces fetes, parce qu’il y a malheureusement
bien longtemps, deux annees, j’etais venu faire des cours a l’Ecole
de Medecine de Harvard. A l’occasion de cette invitation 1’Aca-
demie des Sciences morales m’a delegue pour la representer a
ces fetes. Les principales Societes medicales americaines auront
des reunions a cette occasion a Boston, en particular, V American
psychiatric association, I’American neurological association, la
Society of New-York Hospital, I’American psycho-pathological
association, l’ Academy of arts and sciences de Boston, et comme
je suis membre de ces diverses Societes je devrai me rendre a
leurs reunions.
Je voudrais pouvoir presenter a l’Ecole de Harvard et a ces
diverses Societes en particular a V Association psychiatrique
americaine qui correspond a notre Societe, le salut, les felicita¬
tions et les voeux de la Societe medico-psychologique fran§aise et
je vous prie, si cela vous parait convenable, de vouloir bien
m’autoriser a vous representer.
M. Rene Charpentier, vice-president, s’associant a la proposi¬
tion de M. le Professeur Pierre Janet, le remercie de bien vouloir
representer la Societe Medico-Psychologique a ces differentes
ceremonies et porter a nos collegues des Etats-Unis d’Amerique
l’expression de l’estime des psychiatres francais.
La proposition mise aux voix est adoptee a l’unanimite des mem-
bres presents.
Voeu concernant la protection des malades mentaux
Au nom d’une Commission composee de MM. Claude, Cour-
ron, Guiraud, Heuyer, Marchand, Rayneau et Vurpas, designee
par la Societe dans sa seance du 12 mars 1936, M. Heuyer pre¬
sente le voeu suivant a adresser aux Pouvoirs Publics :
La Societe Medico-psychologique attire Vattention des Pou¬
voirs Publics sur l’ exploitation dont sont victimes de nom-
breux malades mentaux, de la part de charlatans, sorciers, spi-
rites, magnetiseurs, radiesthesistes, etc., qui ajoutent a Vexer-
cice illegal de la medecine des pratiques malhonnetes et de
veritables escroqueries. La Societe demande que des mesures
efficaces soient prises pour la protection des malades et la re¬
pression de cette forme de charlatanisme.
Ce voeu est adopte a l’unanimit^ des votants.
778
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
PRIX DE LA SOCIETE
I. Prix Aubanel ( 3.000 francs)
Rapport sur le memoire presents pour le prix Aubanel
M. Capgras. — Messieurs, vous avez charge une commission
composee de MM. Mignot, Simon et Capgras, de nous presenter
un rapport sur les travaux relatifs a la question proposee pour le
prix Aubanel : « Existe-t-il des relations entre la psychose perio-
dique et la demence precoce ? » Un seul memoire a ete depose.
L’auteur, le Dr Julien Rouart, ancien interne des asiles de la
Seine, chef de clinique des maladies mentales, a deja traite un
sujet a peu pres identique dans son interessante these intitulee :
Psychose maniaque-depressive et Folies discordantes. L’analyse
de cette these ayant ete publiee recemment dans les Annales
medico-psychologiques, je ne crois pas utile d’insister sur les
qualites de cette nouvelle etude qui complete et precise la prece-
dente. II me suffira done d’en reproduire les conclusions.
I. La structure meme des etats maniaques-depressifs et des
etats schizophreniques, si elle est differente, ne constitue pas
une opposition telle que ces etats soient en tous points incompa¬
tibles.
Dans les etats maniaques-depressifs, la possibility d’adaptation
a la realite, 1’interet porte au monde exterieur se trouve conserve
mais legerement altere, car il est soumis aux exigences imme-
diates des tendances instinctivo-affectives ou aux variations ludi-
ques de l’activite du malade.
Dans les etats schizophreniques, il est plus profondement altere,
mais persiste encore parfois dans la mesure ou les capacites du
malade le lui permettent et en dehors des irruptions de l’incons-
cient que le malade ne peut retenir.
Il y a done, entre les deux, difference de degre d’alteration et
de degradation des fonctions, mais pas incompatibility comme
tendrait a le soutenir la theorie constitutionnaliste, qui, sans le
formuler, aboutit cependant a ce dilemme : predestination ma-
niaque-depressive ou predestination schizophrenique.
Concus comme des reactions de la personnalite vis-a-vis d’un
trouble d’origine extra-psychique, les etats morbides observes
sont done fonction de la personnalite anterieure et des possibili-
tes de reaction que laisse subsister le trouble, e’est-a-dire qu’ils
SEANCE DU 25 MAI 1936
779
sont fonction de son intensity, de son evolution plus que de sa
nature.
Ces tendances permettent d’admettre l’existence de formes
intermediates entre les deux etats ou participant plus ou moins
de 1’tln ou de l’autre.
II. L’evolution n’est pas suffisamment specifique pour qu’ici
encore l’opposition soit absolue.
Des etats appartenant a 1’un ou a l’autre type peuvent s’obser-
ver au cours de 1’evolution chez un meme individu, soit par
complication (processus secondaire surajoute a une psychose
maniaque-depressive) (These de De Boucaud), soit par accentua¬
tion d’un processus n’ayant jusqu’alors donne lieu qu’a des
manifestations legeres et intermittentes.
On doit accorder une certaine autonomie a des formes intermit¬
tentes telles que la forme intermittente maniaque-depressive
catatonique, et telles que les schizophrenics legeres intermitten¬
tes qui ne s’accentuent pas a chaque acces et empruntent le mode
devolution de la psychose maniaque-depressive.
III. L’etiologie actuellement connue de ces etats ne permet pas
de les opposer essentiellement. II est vraisemblable cependant
que des etiologies tres differentes sont en cause ; mais il faut
reconnaitre que Texistence d’etats maniaques ou melancoliques
au cours de 1’evolution de la demence precoce ne permet pas de
dire qu’il y ait specificity. D’ailleurs, les conditions tres differen¬
tes pouvant realiser l’apparition de certains de ces etats et la
possibility de leur apparition a titre purement reactionnel mon-
trent bien le caractere non-specifique de leur etiologie.
Les tares hereditaires ont la valeur de predispositions genera-
les plutot que specifiques. La similarity plus grande de l’heredite
dans les cas de psychose maniaque-depressive tient peut-etre a
ce qu’il s’agit d’une tare transmise legere, predisposant a des
troubles variables mais legers.
La psychose maniaque-depressive et la demence precoce ne
nous apparaissent done . pas constituer deux voie's absolument
divergentes dans lesquelles la personnalite morbide doit, en choi-
sissant l’une a l’exclusion de 1’autre, s’engager. Elies ne sont pas,
malgre leurs differences caracteristiques dans les cas typiques,
exemptes de tous rapports dans leur structure, puisque des cas
intermediaires peuvent se presenter, ni dans leur evolution, ni
probablement dans leur etiologie.
De telles considerations ont des consequences d’ordre pronos-
tique. Elies comportent des reserves en ce qui concerne l’opti-
780
SOC1ETE MEDICO PSYCHOLOGIQVE
misme habituel dans les cas de psychose maniaque-depressive.
Mais elles en comportent aussl en ce qui concerne le pessimisme
habituel en face de tout en qui presente la moindre allure schi-
zophrenique. De toutes facons, nous croyons pouvoir enoncer
que le pronostic est d’autant plus favorable que les types clini-
ques se rapprochent davantage du type pur de psychose mania¬
que-depressive et que revolution est plus nettement intermittente
avec des periodes intercalates normales.
Vous l’avez remarque, Messieurs, dans ce travail important
qui s’appuie sur des observations soigneusement etudiees, l’au-
teur adopte d’une part la classification de Krsepelin, d’autre part
les conceptions de Bleuler et Kretschmer. En consequence, pour
lui, psychose periodique devient synonyme de psychose mania¬
que-depressive et demence precoce egale schizophrenic. Peut-etre
s’il avait tente de serrer de plus pres le sens des termes que vous
aviez choisis pour poser la question, aurait-il affirme plus cate-
goriquement qu’il n’y a aucun interet k trop elargir le cadre de
certaines psychoses et que mieux vaut s’en tenir a des types cli-
niques bien definis, tout en reconnaissant 1’existence de formes
atypiques ou intermediates.
Ce memoire n’en reste pas moins une oeuvre de premier ordre.
Votre commission vous propose de lui donner le prix Aubanel.
II. Prix Moreau de Tours ( 200 francs')
Rapport sur le memoire presente pour le prix
Moreau de Tours
M. Desruelles. — Messieurs, vous avez designe, le 27 janvier,
une commission, composee de MM. Laignel-Lavastine, A. San-
tenoise, et Desruelles, rapporteur, pour examiner le memoire
depose pour le prix Moreau de Tours. Ce memoire, intitule « Le
Travestissement » (essai de psychopathologie sexuelle), a pour
auteur Mme le docteur Agnes Masson, medecin-directeur de
l’asile public d’alienes de Saint-Alban.
C’est un important travail de 141 pages, abondamment docu¬
ment et dont la bibliographic scientifique, medicale et historique
comporte plus de cent vingt ouvrages, non compris les oeuvres
litteraires citees au cours du volume.
En Allemagne, Hirschfeld a publie de nombreux travaux sur
cette deviation de l’instinct sexuel qu’il a appelee « le trans-
vestitismus » et est assez voisine de l’homosexualite, du feti-
SEANCE DU 25 MAI 1936
781
chisme et du narcissisme. Dans une etude, dont la traduction a
ete publiee lorsque le livre de Mme Masson etait sous presse,
Havelock Ellis a appele cette inversion vestimentaire « Eonis-
me », par analogic avec le sadisme et le masochisme.
L’auteur du memoire a prefere le terme de travestissement,
et, pour justifier son choix, cite, dans son introduction, un pas¬
sage de Chantecler, ou Edmond Rostand, pour designer la Fai-
sane, emploie le mot « travesti », qui, au theatre, a un sens
precis.
Pour montrer que le travestissement sexuel est ancien et fre¬
quent, Mme Masson l’etudie dans l’histoire, la litterature, le
theatre et l’ethnographie.
Dans l’histoire, Mme Masson nous cite les cas les plus connus
d’hommes ou de femmes ayant revetu les habits de 1’autre sexe,
et, en particular, elle resume la vie de l’abbe de Choisy, dont Vin-
ceneux a donne une excellente etude, la vie du chevalier d’Eon,
de Savalette de Lange, du chevalier de Freminville, de Mile de
Maupin, de Catalina de Erauso, de Mme de Bennes, de George
Sand, etc. L’auteur rappelle les romans connus : VAstree, Fau-
blas, Mile de Maupin, Monsieur Venus, ou le theme du travestis¬
sement est developpe et dans une note signale les romans contem-
porains fort nombreux qui ont utilise ce sujet.
Cette anomalie vestimentaire, qu’il ne faut pas confondre avec
l’homosexualite, qu’elle soit coutume ou rite, est assez frequente
chez des peuples primitifs.
Puis l’auteur reproduit, en les resumant, cinquante-sept obser¬
vations de travestis. Deux d’entre elles montrent qu’EsquiroI
avait observe cette anomalie chez des alienes. De meme, Marc en
a donne une longue observation a propos d’une affaire d’annu-
lation de testament. En 1877, Marandon de Montyel publia, dans
les Annales medico-psychologiques, un memoire sur la « Maladie
des Scythes » atteints d’effemination vestimentaire et, dans la
meme revue, en 1909, L’Hospital, a propos d’un fait-divers,
commenta avec humour cette perversion.
Apres avoir resume la plupart des observations connues et
publiees par Hirschfeld, Krafft-Ebing, Moll, etc., Mme Masson
donne les observations qu’elle a recueillies dans la litterature
medicale francaise et qui sont dues a Magnan, a Paul Garnier, a
Legludic, a Petit, a Laurent, a Laupts et, recemment, a Claude
et Vinceneux, a Dupouy, a Guiraud, a Godet, Cossa et Migault, a
G. Petit.
Mais la plupart des auteurs, en publiant leurs observations,
ne consideraient pas cette anomalie psychosexuelle comme un
782
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
syndrome clinique. Par ces nombreux exemples et les comment
taires qui les accompagnent, et en recherchant les conditions
sociales ou anatomiques (pseudo-hermaphrodisme, androgynie,
gynandrie) qui ont pu amener l’individu au travestissement
sexuel, Mme Masson montre que cette anomalie, bien que tres
voisine de l’homosexualite, du fetichisme et du narcissisme, peut
s’en distinguer entierement et constituer une entite clinique.
Un nouveau chapitre resume les theories nombreuses qui ont
cherche a expliquer et a classer cette inversion psychique ou
« sexo-esthetique » comme dit Havelock Ellis. Ces theories
sont anatomiques, psychologiques, biologiques, psychanalytiques,
endocrinologiques ou eclectiques. Puis, en se basant sur les
observations qu’elle a resumees, Mme Masson decrit le caractere
des travestis qu’elle suit dans 1’evolution ou la realisation de leurs
tendances depuis l’enfance, dans leur « effemination ou virilisa-
tion » progressives et qui poussent parfois fort loin leur trans¬
formation vestimentaire.
Pour terminer, 1’auteur note les consequences medico-legales
du travestissement et donne quelques indications therapeuti-
ques.
Ce memoire est fort bien ecrit, et, malgre 1’abondance de sa
documentation, d’une lecture facile et d’un interet soutenu. Cet
essai de psychopathologie sexuelle est une synthese et une mise
au point, faites pour la premiere fois en France, d’un syndrome
psychosexuel qui interesse a la fois les psychiatres et les endo-
crinologistes, les medecins legistes, les criminologistes et les.
magistrats.
Notre collegue, le Professeur Laignel-Lavastine, a ecrit dans
l’elogieuse preface qu’il a donnee a ce volume publie dans la collec¬
tion Hippocrate : « Le livre de Mme Masson ne vaut pas seule-
ment par son pittoresque et son piquant : c’est un important
travail critique et medical, ou l’auteur, avec une double techni¬
que, bibliographique et clinique, a su trouver les materiaux
necessaires a l’edification d’un syndrome vestimentaire, le tra¬
vestissement, qui merite une place marquee dans la psycho¬
pathologie sexuelle. »
Nous rappelons que J. Moreau'de Tours, en publiant sa « Psy¬
chologic morbide » en 1859, et Paul Moreau de Tours, en
publiant « les Aberrations du sens genesique » en 1883, ont ete
parmi les premiers auteurs francais qui se sont interesses a la
psychopathologie sexuelle.
Votre Commission vous propose d’attribuer le Prix Moreau
de Tours a Mme le Docteur Agnes Masson.
SEANCE DU 25 MAI 1936
COMMUNICATIONS
Rapport sur les Assistantes sociales psychiatriques,
par M. Jacques Vie.
Dans sa seance du 25 novembre 1935, la Societe Medico-psy-
chologique a nomine une Commission composee de MM. Th.
Simon, president ; de MM. Brissot, Ceillier, H. Claude, Demay,
Frirourg-Blanc, Heuyer, Raviart, MM. Dublineau et ViE, ad-
joints, dans le but d’etudier 1’organisation d’une assistance
post-hospitaliere pour les enfants et les adultes sortis des eta-
blissements d’assistance ou de traitement medico-pedagogiques,
ainsi que l’augmentation du nombre des assistantes sociales
chargees de ces services.
Nous avons l’honneur de presenter le resultat de nos travaux.
Ce resultat demeure fragmentaire et incomplet en raison de la
diversite des questions soulevees, de la diversite aussi des efforts
deja accomplis de divers cotes.
Notre rapport comportera trois points :
1) Quelles sont les categories de sujets justiciables de l’acti-
vite d’assistantes sociales psychiatriques ?
2) . Quelles sont les realisations, actuelles ?
3) Comment peut-on en concevoir l’extension aux diverses
categories de beneficiaires dans toute 1’etendue du pays ?
I. Categories de bEnEficiaires. — Des la discussion initiale
a la Societe, ainsi que lors des reunions de la Commission, on
a signale des categories de sujets bien determinees, qui sont jus¬
ticiables de l’assistance sociale psychiatrique.
a) En premier lieu, les enfants anormaux rendus a leur
famille, a la sortie des etablissements medico-pedagogiques.
II serait tres desirable qu’un service social renseigne le mede.
cin sur le milieu familial dans lequel vont se trouver ces en¬
fants : la decision a prendre peut etre, pour chaque cas parti¬
cular, bien mieux adaptee, et parfois tout a fait differente,
lorsqu’on possede sur ce point des donnees exactes.
Dans la suite, ces enfants sont le plus souvent perdus de vue.
Or, ils ont besoin d’etre suivis, surveilles, soutenus, si l’on ne
veut pas voir s’aneantir tous les resultats therapeutiques
acquis.
784
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
b) Les memes problemes se posent avec encore pips d’acuite
pour les enfants delinquants, qui d’ailleurs se retrouvent dans
certains etablissements medico-pedagogiques. (Montesson, Ar-
mentieres, etc...).
Dans la Seine, 1’ceuvre privee du « Service social de l’enfance
en danger moral » « fait l’etude sociale et psychologique des
enfants et des jeunes gens deferes au Tribunal d’Enfants, cher-
che a trouver la cause des difficultes, familiales ou autres, et
donne sa documentation aux magistrats. II cherche egalement
le remede qu’il y a lieu d’apporter a la situation et propose des
solutions pratiques de readaptation. II aide le magistrat dans
leur execution ».
Les enquetes de ces assistantes sociales fournissent au mede-
cin expert des elements de grande valeur.
M. Dublineau souhaiterait que les resultats en fussent com¬
muniques aux medecins des Instituts medico-pedagogiques ou
sont places ulterieurement ces enfants.
De plus, il faudrait organiser la surveillance medico-sociale
des enfants qui, ayant passe par les Tribunaux, sont confies a
des Societes de patronage.
c ) A I’armee. M. Fribourg-Blanc a attire l’attention sur le
groupe des arrieres et des desequilibres que leur famille fait
engager : une fois au regiment, ces anormaux sont bientot refor¬
mes. II serait utile d’adjoindre au Conseil de reforme un orga-
nisme destine a orienter ces sujets et eventuellement de creer
un genre d’etablissement approprie.
d) Consultations psychiatriques, dispensaires d’hygiene men-
tale. — Le role des assistantes sociales aupres des consultations
de psychopathies frustes est de premiere importance. Les fac-
teurs familiaux et sociaux occupent souvent une place prepon-
derante dans la genese des defaillances temporaires de ces
malades. La connaissance du milieu ou ils evoluent permet seule
de trouver la formule exacte rendant possible leur reequilibra¬
tion.
Pour Paris repondent a ce but l’CEuvre privee du Service so¬
cial a l’Hopital et les Assistantes sociales de l’Hopital Henri-
Rousselle.
e) Les alienes internes. II n’existe aucun service social aupres
des Asiles, et c’est la une grosse lacune.
Lors de l’admission des malades, il serait utile de posseder
des renseignements exacts sur le milieu dans lequel s’est deve-
loppee la psychose.
SEANCE DU 35 MAI 1936
785
Lors des permissions, les malades ne sont pas suivis, le mede-
■cin ignore ce qu’a ete en realite leur comportement pendant
cette « sortie d’essais », dont la valeur experimentale demeure
ainsi bien imparfaite.
Pour la sortie definitive, elle devrait etre precedee d’une en-
quete medico-sociale sur le milieu oil elle va se produire. Actuel-
lement et d’une facon toute particuliere, lorsque le placement a
eu lieu apres une affaire de justice, les alienes sortis des asiles
ne sont l’objet d’aucun mode de protection ni de surveillance.
Le Patronage des Alienes gueris, oeuvre utile d’assistance
transitoire et de placement, ne joue pas le role d’un service
social apres la sortie.
II. Les realisations actuelles. — Deux des organisations
actuellement existantes a Paris sont des oeuvres privees : le
Service social des Enfants en danger moral, pour les mineurs
delinquants ; le Service social k l’Hopital, pour les consultations
hospitalieres. Les infirmieres visiteuses de ces oeuvres, diplo-
mees des diverses ecoles de Paris, re5oivent une retribution de
12 a 15.000 fr. par an.
Les infirmieres visiteuses de l’Hopital Henri-Rousselle appar-
tiennent aux cadres de la Prefecture de la Seine.
Dans les ecoles, la Ville de Paris a des infirmieres scolaires.
Indiquons enfin, pour les alienes places d’office, le role joue
par les agents de la brigade des alienes de la Prefecture de
Police. Leurs enquetes a l’entree des malades, et sur demande
du medecin, avant la sortie, sont faites avec conscience, mais
evidemment en dehors de toute preoccupation et de toute me-
thode medicales.
Pour elargir le champ de nos investigations, sans pretendre
embrasser la totalite de tentatives multiples, souvent isolees,
faites sans aucune publicity, nous avons pratique, aupres de
quelques collegues des departements, une enquete dont nous
resumerons les resultats. Remercions ici tOus nos correspon-
dants de l’empressement qu’ils ont mis a repondre et du vif
interet suscite par la question.
Les deux tiers des reponses sont completement negatives.
Plusieurs correspondants indiquent que les visiteuses d’hy-
giene sont amenees, au cours de leurs fonctions ordinaires, a
s’occuper du placement des enfants anormaux.
D’autres nous signalent d’interessantes initiatives locales
dues a des collaborateurs benevoles.
Voici les organismes constitues sur lesquels nous avons recu
des precisions :
Ann. Med.-psych., XVs serie, 94" annee, t. I. — Mai 1936. 50-
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Bas-Rhin. — La ville de Strasbourg utilise une assistante socials
attachee au dispensaire d’Hygiene Mentale. Deux autres sont dele-
guees aupres du Tribunal d’Enfants. Le depistage des anormaux est
fait dans les localites ayant une classe d’arrieres par une commis¬
sion comprenant un medecin, dans les communes rurales par les
visiteuses departementales. Les unes et les autres sortent de l’Ecole
d’lnfirmieres de la Faculte de Strasbourg, avec stages specialises..
Leur traitement va de 9.600 a 16.000 fr. (Arsimoles).
Doubs. — Aux consultations d’enfants anormaux du Doubs sont
detachees deux inflrmieres du dispensaire municipal de Besangon,
les frais sont partages par la ville et le departement. Leur action
s’etendra prochainement a la surveillance des mineurs delinquants,.
Les inflrmieres sont diplomees de l’Ecole de Besan^on (Desruelles).
Gironde. ■ — A Bordeaux, la Federation des CEuvres de l’Enfance
(oeuvre privee) a mis a la disposition de l’autorite judiciaire une
visiteuse specialisee pour les enquetes relatives aux mineurs delin¬
quants. Elle repoit 750 fr. par mois. II existe de plus un organisme
annexe a la police municipale, pour l’enfance en danger moral
(Quercy).
Haute-Garonne. — L’assistance aux enfants mentalement deficients,
et aux mineurs delinquants possede deux assistantes diplomees du
Comite francais d’assistance de 1’enfance deficiente, et deux visi¬
teuses qui font les enquetes sociales. Toutes appartiennent a une
oeuvre privee, la « Protection toulousaine de l’enfance » (Ducoudray,.
communication au Congres de Bruxelles, 1935).
Isere. — Depuis le 15 fevrier 1936, la ville de Grenoble possede
deux inspectrices morales de la police municipale. Ces deux « fonc-
tionnaires » ont ete formees a Paris, specialement pour les fonctions
qui leur sont devolues. Elies dependent a la fois du Commissaire
central et du Directeur des services d’hygiene de la ville de Greno¬
ble. Leur role est complexe ; elles ont a veiller sur l’enfance malheu-
reuse et sur la frequentation scolaire, aussi bien que sur la surveil¬
lance de la rue et des etablissements publics, ou la morale peut etre
mise en peril (Brissot).
Loire-Inferieure. — A Nantes, Corman a obtenu de l’administration
des Hospices une assistante sociale, visiteuse diplomee de 1’ecole de
Nantes, pour le service de psychiatrie : elle s’occupe de toutes les
questions concernant les alienes internes, ainsi que de la consulta¬
tion externe de psychiatrie de I’hopital, que suivent un grand nom-
bre d’enfants anormaux. Pour les mineurs delinquants se proposent
actuellement des assistantes benevoles (Corman).
Meurthe-et-Moselle. — La Section d’Hygiene Mentale de I’Offlce de-
partemental d’Hygiene sociale dispose, pour ses consultations, de
deux inflrmieres specialisees sorties de l’ecole de Nancy ; leur statut
est celui des Inflrmieres departementales d’hygiene (traitement de
10.800 a 16.500, indemnites comprises). De plus, les inflrmieres des
SEA MCE DU 25 MAI 1936
787
dispensaires du departement pretent leur concours ; elles ne sont pas
specialises, mais elles connaissent bien la population et les medecins
des regions ou elles operent (Meignant).
Nord. — Les enquetes relatives aux mineurs delinquants sont faites
benevolement, a titre de stage d’etudes, par les eleves de l’ecole d’in-
firmieres-visiteuses de la Ligue antituberculeuse du Nord, ou de
l’ecole de service social.
Le depistage des anormaux dans les ecoles privees de Lille est
fait par une assistante benevole (Dublineau).
Oise. — Une assistante de psychologie, diplomee par le Comity
National de 1’Enfance deflciente, et une assistante adjointe sont
attachees aux consultations pour enfants anormaux. Elles dependent
d’une oeuvre privee, le Comite departemental de l’Enfance deflciente,
neanmoins rattachee a la Prefecture de l’Oise. Elles touchent l’une
10.850, l’autre 4.200 fr. (Lauzier).
Rhone. — A Lyon, pour les mineurs delinquants, une inflrmiere-
visiteuse est attachee au service special dirige par le Professeur
Et. Martin.
A Villeurbanne, une infirmiere-visiteuse diplomee d’Etat est atta¬
chee au depistage des anormaux dans les ecoles (Larrive, Mestrallet).
Seine-et-Marne. — Les consultations d’Hygiene mentale, dependant
des Dispensaires d’Hygiene sociale, sont dotees d’une assistante de
psychologie, diplomee du Comite National de l’Enfance deflciente,
et retribuee par l’Office departemental d’Hygiene (Beaudouin).
III. Nous n’avons rapporte ces details qu’a titre d’exemples
pour objectiver combien les problemes ont ete diversement poses
et resolus suivant les regions. II faudra tenir compte a la fois de
cet etat de fait et de 1’experience qu’elle apporte, pour preconiser
dans nos conclusions une formule d’ensemble souple et efficace.
Les principaux desiderata exprimes notamment par M. le Pro¬
fesseur Claude et par M. Brissot ont ete de munir les assistantes
de pouvoirs etendus, leur permettant de suivre reellement les
malades, de penetrer dans les families, les ateliers, etc., de les
accrediter aupres des Tribunaux, de leur conferer en somme
I’investiture ofpcielle.
Nous devons, en effet, insister sur les obstacles que rencon-
trent trop souvent les investigations des assistantes sociales,
qu’il s’agisse d’enfants anormaux, de la surveillance de la rue ou
des taudis, du travail d’un enfant et surtout des sujets delin¬
quants ou d’alienes ayant quitte l’asile, des refus sont frequem-
ment opposes qui entravent l’action sociale et qu’il faudrait
pouvoir lever.
Est-ce a dire qu’on doive demander pour elles de veritables
pouvoirs de police, comme c’est le cas, parait-il, en Angleterre ?
788
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Cela parait peu soutenable. Pour les maladies mentales comme
pour les autres fleaux, il faut se placer resolument sur le terrain
de 1’hygiene, avec des moyens de persuasion plus que de
contrainte, mais en donnant toutefois aux institutions nouvelles
placees dans le cadre 8 des lois d’hygiene sociale, des pouvoirs
suffisants.
Quelle forme pourraient revetir ces institutions ? On ne peut
songer a fondre dans un organisme d’etat les oeuvres privees qui,
notamment a Paris, exercent depuis des annees, chacune dans
son domaine, une action efficace. Ces oeuvres, toutes disposees a
accepter le contrdle avec sa contre-partie, les credits officiels,
tiennent a conserver le droit de recruter leur personnel et d’orga-
niser leur travail. Elies se defendent a la fois de l’amateurisme
et du fonctionnarisme. C’est la un fait qui ne peut etre neglige.
Suivant les possibility locales, qui offrent ici plus de riches
initiatives privees, la plus de comprehension ou de possibility
budgetaires de la part des assemblies deliberates, les assistantes
psychiatriques seront fonctionnaires municipals ou departemen-
tales, ou releveront dissociations privees.
Neanmoins, il apparait desirable : 1° En ce qui concerne les
assistantes sociales de psychiatrie, pour conferer au personnel
une valeur plus uniforme et une autorite accrue, d’envisager un
dipldme special, ou une mention speciale du diplome d’assistante
sociale, en rapport avec des cours et stages speciaux, conferant le
titre d’assistante sociale psychiatrique.
2° En ce qui concerne les oeuvres, d’assurer leur coordination
avec les pouvoirs publics, de facon a eviter par exemple que ces
oeuvres ne disparaissent lorsque, pour des raisons financieres,
elles cessent de pouvoir subvenir a leur but. On pourrait s’ins-
pirer des conventions qui unissent la Societe de Secours aux
Blesses Militaires et la Direction du Service de Sante, et qui font
l’objet d’une instruction ministerielle. Il y aurait lieu d’etudier
dans ce sens les termes d’une convention-type.
Remarquons enfrn qu’une organisation univoque " ne peut
s’appliquer, d’une part aux differentes categories de beneficiaires
envisages au debut de ce rapport, d’autre part aux diverses loca¬
lity.
Il faut d’emblee mettre a part le Service social des asiles entie-
rement a creer. A chaque etablissement seraient attachees des
assistantes relevant de l’administration de 1’asile.
Pour les autres categories, la situation differe pour Paris, pour
les grands centres, pour les departements a peuplement moins
exclusivement urbain.
SEANCE DU 25 MAI 1936
789
1) A Paris, des fondations speciales existent pour les consul¬
tations psychiatriques, pour le depistage des anormaux et peu-
vent etre developpees pour les mineurs delinquants. II existe,
d’autre part, deux assistantes sociales affectees a la Prefecture
de Police. Leur nombre doit etre porte a 30. Sans doute, une
liaison pourrait-elle s’etablir avec elles en ce qui concerne les
alienes, soit avant leur placement, soit apres leur sortie.
2) Dans les grands centres, on peut concevoir un certain nom-
bre d’assistantes s’occupant parallelement des anormaux, des
mineurs delinquants, de la consultations psychiatrique. On pour-
rait egalement avoir recours a elles pour les anormaux reformes
de l’armee.
3) Pour les autres departements, deux de nos collegues preco-
nisent une organisation dans le cadre regional : ils se basent
sans doute sur le manque d’initiative de leurs assemblies locales,
mais, a l’heure actuelle, le cadre regional, au point de vue admi-
nistratif et budgetaire, demeure inexistant. Avec l’un de nos cor-
respondants, Inspecteur d’hygiene, nous envisagerions plutot une
formation departementale en rapport avec les offices sociaux
departementaux. C’est au personnel local, fourni par l’adminis-
tration ou par des oeuvres privees en contact avec elle, que nous
souhaiterions de voir donner des notions succinctes de psychia-
trie pratique pour realiser les infirmieres polyvalentes (Dubli-
neau), assistantes psychiatriques en meme temps que visiteuses
d’hygiene generale. Connaissant bien les personnes et les habi¬
tudes locales, ces infirmieres rendraient de bien plus grands ser¬
vices que des assistantes regionales, obligees a de couteux depla¬
cements. II ne s’agirait pas par ailleurs de creer une nouvelle serie
de fonctionnaires, mais de developper seulement — ce qui en fait
existe deja — leurs attributions respectives.
Conclusions. — I. Les essais pratiques a Paris et en Province
demontrent l’utilite de developper l’institution d’assistantes socia¬
les psychiatriques, en particulier :
1) Aupres des asiles : services sociaux des asiles entierement
a creer.
2) Aupres des consultations et dispensaires psychiatriques.
3) Aupres des ecoles, pour depister les anormaux.
4) Aupres des tribunaux d’enfants, pour les enquetes et la sur¬
veillance ulterieure des mineurs delinquants.
5) Aupres des conseils de reforme, pour l’orientation des
anormaux renvoyes dans leurs foyers.
790
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
II. Les assistantes sociales psychiatriques doivent avoir I’inves-
titure offtcielle et trouver place dans le cadre des lois d’hygiene
sociale, qu’elles appartiennent a des institutions publiques (natio-
nales, departementales, communales), ou a des oeuvres privees.
Ces dernieres devraient etre liees a 1’administration par des
conventions, telles que celles qui lient la S.S.B.M. a la Direction
du Service de sante militaire.
Les assistantes sociales de psychiatric devraient etre pourvues,
outre le diplome d’etat d’assistante sociale, d’une mention psy-
chiatrique speciale repondant a des stages appropries.
III. Mais, surtout, il nous apparait necessaire que ces assistan¬
tes sociales recoivent des autorites administratives et judiciai-
des des pouvoirs speciaux de requisition, pouvoirs analogues a
ceux des assistantes sociales rattachees aux tribunaux d’enfants
et dont elles pourraient user en cas de difficultes au cours de leurs
enquetes.
M. Porc’her. — J’admire le travail de la commission et je ne
voudrais pas ralentir le zele de ses membres, mais je ne partage
pas leur optimisme. Pratiquement, toutes les donnees d’enque-
tes recueillies par les assistantes sociales, toutes leurs demar¬
ches ne serviront a rien, car aucun organisme n’est cree pour
recevoir l’aliene a sa sortie de l’asile et suppleer a la defaillance
de sa famille pour le readapter a la societe.
M. Hamel. — Je ne suis pas de 1’avis de M. Porc’her. S’il est
vrai que 1’absence de Patronages soit deplorable, et qu’il reste
presque tout a creer pour la readaptation des psychopathes
convalescents, il n’en est pas moins vrai que l’assistante sociale
peut des maintenant etre tres utile. L’exemple de 1’initiative
privee en Amerique, oil des etudiants s’embaucherent pour
venir en aide aux families de chomeurs, pourrait etre suivi et
applique a nos malades. Je crois que 1’Assistance regionale et
non departementale devrait etre poursuivie, surtout dans les
regions a departements pauvres. C’est ce qu’a commence a faire
notre collegue Desruelles pour les deux departements du Jura
et du Doubs. Aussi faut-il se feliciter que dans le projet de
reforme du reglement de 1857, la fonction de l’assistante sociale
ait ete prevue.
M. G. Demay. — Moi aussi je desapprouve le scepticisme de
notre collegue Porc’her qui ne s’appuie sur aucun fait. Partout
ou existent des assistantes sociales, leur activite est efficace. Il
y en a une a Maison-Blanche qui nous est precieuse. Chaque
SEANCE DU 25 MAI 1936
791
service medical devrait en posseder une. L’utilite de 1’assistante
sociale ne sera complete que le jour ou seront crees les dispen-
saires.
M. Desruelles. — Ne serait-ce que pour eclairer le medecin
sur les conditions du milieu ou sera place le convalescent a sa
sortie, le role de l’assistance sociale est tres important. Grace
& la connaissance qu’elle nous apporte de ces conditions, elle
nous permet de diminuer de beaucoup le sejour du convalescent
a l’asile, et soulage d’autant la charge d’assistance.
En province, on fait comme 1’on peut, vu les faibles ressour-
ces. J’essaie actuellement de creer dans le Doubs une consulta¬
tion d’hygiene mentale avec une infirmiere dont le role serait
a la fois d’assister a la consultation et d’assister les malades
sortis de l’asile. Elle serait retribuee en partie par le Patronage
a creer et par l’Office d’Hygiene sociale.
Je ne pense pas que l’on doive exiger la specialisation en psy¬
chiatric de l’assistante sociale. Le personnel en fait n’existe pas.
II est a former. Et les assistantes se specialiseraient peu a peu
dans le service qui les emploierait. Le stage dans un service
psychiatrique serait obligatoire.
M. Brissot. — L’organisation de la ville de Grenoble pour-
rait servir de modele. L’assistance sociale y jouit de pouvoirs
etendus qui equivalent a ceux des agents de police.
M. Heuyer. — Dans certains hopitaux et a Paris, notamment
dans le service de notre collegue Crouzon a la Salpetriere, le
vole de l’assistance sociale est bien defini et s’exerce journelle-
ment pour le plus grand bien des malades et des mddecins.
M. Porot. — Je puis apporter une contribution interessante
a l’organisation du Service Social dans les Services de Psychia¬
tric par l’exemple de ce que nous avons fait en Algerie, paralle-
lement a la creation de nos services hospitaliers de premiere
ligne.
Grace a V Office Algerien d’Hygiene et de Medecine Preventive
qui a bien voulu les doter, des Dispensaires d’Hygiene mentale
sont rattaches a nos services. Celui d’ Alger fonetionne depuis
deux ans. A Oran et Constantine, leur ouverture est imminente.
Une infirmiere sociale, retribuee par l’Office, integree dans l’or-
ganisation generate du Service Social a I’Hopital, est. attache© a
mon service.
La Medecine Mentale est, au premier chef, une medecine
sociale. Elle l’est dans ses origines immediates ou lointaines,
792
S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOG1Q UE
individuelles ou collectives. Elle l’est dans ses consequences par
les repercussions que les desordres mentaux entrainent, de
suite ou a longue echeance, dans le milieu familial ou le grou-
pement social de l’individu frappe. Chaque cas particulier neces-
site une enquete minutieuse et elargie sur les circonstances
etiologiques de la maladie ; et il faut presque toujours chercher
la verite dans des depositions contradictoires ou interessees,
reduire la part de calcul malveillant ou de pudeur mal comprise,
qui pousse, selon les cas, l’entourage a grossir ou a diminuer
l’importance des reactions. On pent dire que, contrairement a
la Medecine ou a la Chirurgie courante, dans lesquelles l’obser-
vation directe, objective, fournit presque tous les elements du
diagnostic, en Psychiatrie, c’est l’etude indirecte du comporte-
ment du sujet vis-a-vis d’autrui, qui, seule, apporte les rensei-
gnements necessaires. Or, tous ces renseignements, le sujet
lui-meme est trop souvent hors d’etat de les donner ; les pre¬
miers temoignages recueillis, suivant les cas, de proces-verbaux
de police, plus ou moins standardises, ou de parents qui ne rea-
lisent pas la situation exacte, demandent presque toujours a etre
completes par des investigations minutieuses et impartiales.
Ajouterai-je aussi que l’isolement s’imposant pour la plupart
de ces malades, le role de l’infirmiere sociale comme agent de
liaison est considerablement plus important, dans un service
de cette nature, que dans tout autre service ordinaire.
Enfin, plus qu’ailleurs, la reprise du contact avec le milieu,
des possibilites de sortie et de surveillance ulterieure creent une
tache importante a I’injirmiere sociale.
Le travail y est tellement important que j’ai du demander,
il y a quelques mois, une seconde assistante.
En 1934, notre dispensaire avait donne 87 consultations. En
1935, ce chiffre s’est eleve a 267.
Mais la tache de ce Service Social ne se borne pas aux enque-
tes, a Fetablissement des dossiers de ces 267 consultants. Notre
intirmiere a encore a fournir tout le travail d’enquete et d’infor-
mations necessite pour les 434 malades entres dans le service.
C’est 1’infirmiere sociale qui retient les families au moment de
1’admission pour tacher d’en recueillir le minimum de rensei¬
gnements necessaires ; c’est elle qui, par la suite, poursuit a
domicile ou par correspondance les complements d’informa-
tions utiles.
Ce service est apprecie comme il le merite, et il arrive mainte-
nant que 1’ Administration Prefectorale, saisie de plaintes, de
reclamations ou de lettres etranges, nous envoie des dossiers a
etudier et des enquetes a faire pour la suite a donner.
SEANCE DU 25 MAI 1936
7‘J3-
Les services hospitaliers de psychiatrie dans l’Afrique du Nord.
(Algerie et Tunisie), par M. A. Pobot.
II peut paraitre inopportun de parler encore des « Services de
Psychiatrie » dans les Hopitaux generaux. Yous me permettrez
cependant d’y revenir et je vous en offre deux excuses. La premie¬
re est que je possede sur la question une experience personnelle
vieille de 25 ans deja ; je crois avoir ete, en elfet, un des pre¬
miers a ouvrir, en 1911, un de ces services complets dans un
Hopital frangais, celui de Tunis. La seconde, c’est que le debat n’a
concerne jusqu’ici que la region parisienne ou l’on se trouve, qu’on
en convienne ou non, gene par des organisations et des formules
preexistantes qui risquent parfois de masquer un peu l’horizon
et, par les traditions qu’elles ont etablies, n’assurent peut-etre pas
a l’esprit toute l’impartialite et toute la serenite de jugement desi¬
rables.
On peut cependant et l’on doit se placer a un point de vue qui
donne, je crois, toute garantie. II faut faire abstraction pour un
instant de tout ce qui existe et se dire ceci : si nous avions a
creer de toutes pieces une assistance mentale, comment la conce-
vrions-nous ? Ou, si vous aimez mieux, quel est l’ideal en pareille
matiere ? Les directives se . degagent alors aisement. Elies
commandent les plans d’ensemble dans les pays ou une organi¬
sation neuve est a realiser ; elles fournissent, ailleurs, des sug¬
gestions pour adapter ce qui existe deja a ce qui devrait etre.
A cet egard, il n’est pas douteux — puisque tout le monde est
d’accord pour integrer la pathologie mentale dans le plan de
la pathologie generale — que VAssistance mentale, comme tou¬
tes les autres assistances, doit se faire en profondeur, sur deux
lignes qui doivent etre articulees entre elles. La psychiatrie a ses
urgences, ses cas aigus et rapidement curables auxquels la
conception purement hospitaliere doit s’appliquer. Elle a ses for¬
mes trainantes, ses cas chroniques et incurables qui sont justi-
ciables d’une assistance dans une seconde zone.
Premiere ligne. — Ilya tout interet a ce que soient recueillis
au plus tot, et dans les conditions de simplification les plus gran-
des, les urgences psychiatriques, les formes legeres, les cas aigus
et les phases initiales, si souvent aigues, des psychoses a plus-
longue duree. Or, cette premiere ligne d’assistance ne peut etre
realisee nulle part mieux que dans un Hopital general, chaque
fois que la chose est possible. Elle beneficie d’un cadre general
facilement adaptable, d’une reserve de personnel soignant pos-
794
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
sedant une instruction generale a laquelle it sera facile d’ajouter
un complement technique un peu special. Elle pourra y recueil-
lir les psychoses accidentelles survenues dans d’autres services
a l’occasion d’une affection medicale, chirurgicale ou obstetricale,
qui sont une quantite non negligeable de ces psychoses aigues.
Les malades y proflteront de toutes les ressources de laboratoire,
de radiographic, des secours chirurgicaux ou des examens de
specialistes si souvent necessaires a cette periode aigue de la
maladie mentale. Tout cela ne me parait guere discutable.
2‘ ligne. — Puis, en arriere, la seconde ligne d’Assistance,
representee par de grandes formations sanitaires dans la formule
Asile ou Colonie speciale, absorbera tout ce qui semblera neces-
siter des soins plus prolonges ou les cas a evolution chronique.
Elle sera, par rapport au Service hospitalier de premiere ligne,
ce que les etablissements de convalescence, les hospices de chro-
niques et d’incurables sont a I’hopital d’aigus.
Cette formule, si logique, n’est que l’application au domaine
particulier de la pathologie mentale, du plan general qui regit
la repartition de tpus les malades dont 1’Assistance doit s’oc-
cuper.
C’est elle qui vient naturellement a l’esprit et s’impose la ou,
partant de la table rase, il faut creer tout un equipement psy-
chiatrique.
Qu’on me permette ici, a titre d’exemple, une relation succincte
de ce que, depuis 25 ans, je me suis applique a realiser dans
1’Afrique du Nord.
L’ experience tunisienne. — L’experience tunisienne se presen-
tait dans des conditions bien speciales. La, il n’y avait rien, que
quelques cellules de secours a l’Hdpital civil fran^ais de Tunis
ou j’arrivai comme medecin en 1907. Pas d’Asile. Pas meme de
statut des alienes, puisque dans ce pays, place sous la souverai-
nete du Bey, la loi de 1838 n’etait pas promulguee. J’eus la bonne
fortune de pouvoir faire construire et d’ouvrir en 1911, dans
l’interieur meme de 1’Hopital, un Pavilion de 25 lits qui fut
inaugure, en 1912, a l’occasion du Congres des Medecins alienis-
tes et neurologistes, et dont les amenagements speciaux ont
donne, a l’usage, toute satisfaction.
Ce service a ete confie, pendant la guerre, a mes collegues
Lemanski et Plancke. En 1921, il echut a un medecin de l’Hdpi-
tal Frangais, le Docteur Gerard, qui continua ma premiere entre-
prise. La creation d’un petit Asile a la Manouba, sous la direction
SEANCE DU 25 MAI 1936
795
du Dr Perrussel, realisa la 2* ligne d’Assistance que j’avais indi-
quee comme complement necessaire deja avant 1914.
J’avais eu 1’occasion, dans un Rapport a l’Administration, en
1915, de montrer, par des statistiques, les premiers services
rendus. Je dois a l’obligeance du Docteur Gerard des chiffres
complementaires (1) qui nous permettent de mesurer l’activite
de ce Pavilion hospitalier de 1911 a 1925.
— Entrees totales = 994.
— Sorties par internement . 197, soit 19,8 %
Sorties par guerison ou amelioration . 483, soit 48,6 %
Etats stationnaires . 226, soit 22,7 %
Deces . '. . 88, soit 8,8 %.
On peut done dire que 4/5 des malades ont echappe a Vinter-
nement.
Nous avons toujours lutte, le Dr Gerard et moi, pour que ce
Pavilion gardat son caractere de section d’Hopital General. C’est
a quoi tendait sa reglementation. Les formalites d’entrees etaient
reduites au minimum : demande ecrite de mise en observation
signee d’un membre de la famille, ordre de mise en observation
d’ office du Secretaire general du Gouvernement tunisien, s’il
s’agissait d’un malade amene par voie administrative.
Ainsi concu, ce service a rempli pleinement son role actif de
prophylaxie et de traitement. II comptait 24 lits a sa creation ;
en 1917, il a ete porte a 32.
L’experience algerienne. — Vous connaissez la situation pe-
nible des alienes en Algerie, situation souvent denoncee, jamais
corrigee jusqu’a ces dernieres annees. Ce vaste pays, de pres de
6 millions d’habitants, n’offrait, comme secours immediat,
qu’une soixantaine de cellules reparties dans les hopitaux des
villes importantes, en attendant 1’evacuation des malades sur
les asiles de la metropole qui voulaient bien les recevoir ; le
nombre de ces internes d’outre-mer s’etait eleve a 1.500. La
porte ayant ete definitivement fermee, il a bien fallu que 1’ Al¬
gerie realisat les projets qui sommeillaient dans les cartons en
les rajeunissant et en les adaptant aux donnees nouvelles de la
Science et de l’Assistance.
Forte des conclusions de la Commission de 1924, presidee par
le doyen J. Lepine, elle a resolument adopte cette Assistance en
deux echelons. Une instruction du Gouverneur general Carde,
(1) Voir Particle et les documents du Dr Gerard in Revue Tunisienne des
Sciences Medicales et Tunis Medical reunis, sept.-oct. 1926.
796 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
en date du 10 aout 1934, a affirme nettement ce principe du
dedoublement, en instituant : 1° des services psychiatriques de
premiere ligne dans les hopitaux principaux de chefs-lieux de
departement, Alger, Oran et Constantine, services ouverts pour
les psychoses aigues et les cas en observation ; 2° un hopital
psychiatrique specialise a Blida, etablissement ferme, recevant,
dans les conditions prevues par la loi de 1838, tous les malades
alienes justiciables de l’internement.
Ces services comportent :
A Alger, 27 lits en plus des 16 cellules anciennes qui ont ete
absorbees et ameliorees. Le service, nouvelle formule, a com¬
mence a fonctionner le 1" novembre 1934. II fonctionne aussi
comme Clinique universitaire.
A Oran, on a construit un Pavilion nouveau qui comporte
55 lits et a ete ouvert en 1933. II est sous la direction du Doc-
teur Livet.
A Constantine, on a pu etablir 50 lits en petites salles de
4 a 6 malades ou en chambres d’isolement et on a garde la dis¬
position des 12 cellules anciennes. Le service est ouvert depuis
octobre 1935 et confie au Docteur Ramee.
Malgre l’engorgement transitoire de ces services, du au retard
dans la terminaison des Pavilions de Blida, quelques resultats
se degagent deja qui meritent d’etre retenus et soulignes.
1° En premier lieu, c’est V augmentation considerable des en¬
trees, comme on peut en juger par le tableau suivant :
Alger Oran
1933 . 203 155
1934 . 244 230
1935 . 434 360
Soit, entre les annees 1934 et 1935, une augmentation de
81 % pour Alger et de 56 % pour Oran, ce qui montre la quan¬
tity de malades mentaux qui ne recevaient pas de soins en Alge-
rie, faute d’organisations appropriees.
En outre, toute la categoric des psychoses legeres, aite par-
fois des « petits mentaux », restait sans soin et sans secours
hospitalier. Encore est-il que, du fait de l’engorgement signale
plus haut, beaucoup de ces derniers n’ont pu etre admis.
2° Une constatation non moins interessante est la transfor¬
mation progressive et heureuse du regime administratif de:
placement.
SEANCE DU 25 MAI 1936
Je dois rappeler ici qu’on ne connaissait, en Algerie, que le
placement d’office et que tous les malades entraient avec un
dossier administratif et un arrete pre'fectoral. Sous l’ancien re¬
gime, leur situation hospitaliere repondalt a celle de « l’aliene
de passage ».
Nous avons done commence, des l’ouverture des nouveaux
services, a recevoir des malades par entree simple, comme toute
entree d’hopital ordinaire. Et voici la proportion de ces deux
modes d’admission pour 1935 :
l Placements administratif s . 174
Alger j servjce ouvert . 260
\ Placements administratifs . 179
Orax j service ouvert . 181
On peut dire d’abord que la creation du service ouvert, ou¬
tre qu’elle a entraine l’hospitalisation de toute categorie nou-
velle de malades, a permis de faire beneficier d’un regime
plus liberal des malades qui, autrefois, ne pouvaient entrer que
par internement. Alors, en effet, que le nombre total des entrees
augmentait de 81 %, le nombre des placements administratifs
diminuait de 25 % : il n’etait, en 1935, que de 174 contre 232
en 1934.
Mais voici le fait nouveau et le plus important : e’est que ces
services — contrairement a l’orthodoxie administrative — sont
mixtes et bivalents. Nous recevons dans un service commun :
1° des malades objet d’une mesure d’internement qui vien-
nent pour observation et sont consideres comme « en passage »,
passage que les difficultes d’evacuation prolongent parfois anor-
malement ;
2° des malades libres qui sejournent autant que leur etat le
necessite.
II arrive — comme corollaire — que des malades « places »
et dont la guerison se produit assez vite, quittent le service sans
avoir ete evacues sur un etablissemeAt asilaire et que des mala¬
des « libres », une fois reconnu le caractere dangereux de
leurs reactions ou leurs tendances protestaires, font l’objet
d’une demande d’internement dont nous saisissons la Prefec¬
ture. A titre documentaire, voici pour le service d’ Alger, en
1935, les evolutions et les changements de regime qui se sont
produits. Sur 174 placements administratifs, 122 seulement ont
fait l’objet d’un internement definitif apres observation, soit
70 %. Par contre, sur 260 entrees libres, 47 ont fait l’objet
d’une demande d’internement, soit 18 %.
798
SOC1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Nous avons senti toute la delicatesse de cette situation au
regard de la loi de 1838. Aussi avons-nous tenu a la regulariser
et a donner un reglement a ces services. A ce reglement ont
collabore les representants de l’Administration, les medecins
qualifies et un representant du Parquet General. II a ete promul-
gue sous forme d’Instruction signee du Gouverneur General en
date du 10 aout 1934. J’en reproduis ici les articles concernant
les admissions et les sorties.
Article 5. — Ce service repoit tous les malades atteints de troubles
psychiques ou psychonevrosiques.
Pour les malades presentant des troubles legers et inoffensifs,
l’admission est soumise aux reglements d’administration generate
de l’hopital et se fait dans les memes conditions que pour les autres
services, a la demande du malade ou de sa famille.
Article 6. — Ce service re$oit aussi les malades qui, dans un
autre service de l’hopital, presenteraient accidentellement des trou¬
bles mentaux.
Ce transfert se fera par une simple mutation de salle ordinaire,
mais a la condition que le medecin du service de psychiatrie ait ete
appele au prealable a donner son avis.
Article 7. — Dans certains cas, lorsqu’il s’agit d’un sujet trou-
blant manifesjement l’ordre public ou mena?ant la securite des
personnes, l’admission peut se faire par voie administrative, selon
la formule de placement d’ofFice (art. 18 de la loi de 1838), sur le vu
d’un dossier constitue par :
a) un arrete prefectoral de placement ;
b) un certificat medical n’ayant pas 15 jours de date ;
c) des pieces d’identite.
Article 8. Mais, en cas d’urgence ou de danger imminent, a la
demande du malade ou de la famille ou des autorites, conformement
a 1 article 19 de la loi de 1838, ce service recoit le malade sur un
simple arrete du Maire de la commune ou de l’Administrateur de la
commune mixte, ou sur avis du Commissaire de police des grandes
villes, etant entendu que les autorites en cause en refereront imme-
diatement au Prefet.
Dans un delai maximum de 15 jours, le medecin du service de
psychiatrie doit faire parvenir a l’Administration prefectorale son
avis sur la necessite ou non d’une procedure d’internement, ou d’une
prolongation d’observation, s’il le juge necessaire.
Article 9. — Dans toutes les circonstances prevues par la loi, le
Procureur de la Republique aura la faculte de visiter les malades
en traitement dans ce service.
Article 10. Toute sortie doit etre soumise a l’avis prealable du
medecin.
SEANCE DU 25 MAI 1936
799
Article 11. — La sortie a lieu daus les conditions ordinaires de
l’hopital general, si l’admission s’est faite librement et si le medecin
estime qu’il n’y a aucun danger.
Mais il pourra toujours etre exige une decharge de la famille, si le
medecin le juge utile.
Article 12. — Si meme le medecin traitant estime que la sortie
demandee par le malade ou sa famille est perilleuse et peut com-
promettre 1’ordre public ou la securite des personnes, il en referera
immediatement au Prefet et il sera sursis provisoirement a la sortie
jusqu’a ce qu’un ordre special de maintien et de placement d’office in-
tervienne.
Pareille mesure pourra etre demandee a tout moment au cours de
l’hospitalisation, si le medecin l’estime necessaire.
Article 13. — Si le medecin traitant estime que, pendant la pe-
riode d’observation des malades places par autorite administrative,
la maladie a perdu son caractere d’acuite et de danger, il pourra
signer la sortie du malade ; avis en sera transmis aux autorites.
Article 14. — Lorsqu’un malade, admis dans les conditions pre-
vues par les art. 7 et 8, et sorti depuis moins de 15 jours, presente a
nouveau des troubles rendant necessaire son retour au service de
psychiatrie, il sera reintegre sans nouvel arrete.
Article 15, — Lorsque la maladie mentale, par sa duree ou son
caractere dangereux, necessitera l’internement, le malade sera eva-
cue, par la procedure ordinaire, sur un etablissement d’internement:
hopital psychiatrique, asile, etablissement prive ferine (deuxieme
ligne d’assistance).
J’ajoute que pour tous les malades entres par placement admi-
nistratif, un registre special rappelant le classique « Registre de
la Loi » est soigneusement tenu a jour.
Une seule fois, une plainte au Garde des Sceaux s’etant pro-
duite de la part d’un dipsomane place a la suite de scenes de
violence a motive une enquete du Parquet ; cette enquete a
tourne a la confusion des plaignants et le Rapport du Parquet,
longuement et dument motive, a confirme la regularity de la
procedure et fixe en quelque sorte la jurisprudence.
Quant aux locaux, ils se composent de deux sections : une
salle commune avec quelques chambres, d’une part ; une section
d’isolement composee des anciennes cellules rajeunies, mais en
liaison par un couloir de service avec la salle commune.
Le quartier cellulaire, autrefois seul existant et reserve aux
malades places administrativement, a encore une majorite d’in-
ternes ; mais nous n’hesitons pas a y mettre, a l’occasion, des
malades « libres », temporairement agites, de meme que nous
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
n avons aucun scrupule a placer en salle commune au milieu
des malades « libres » des internes tranquilles ou en voie de
guerison. L’etiquette et la categorisation ne jouent pas sur les
locanx, mais sur les individus.
3° Voici maintenant quelques donnees statistiques :
La mortality generale est tombee a Alger comme a Oran, pour
les annees 1934 et 1935, entre 4 et 5 %, alors qu’elle etait de 8
a 10 % sous l’ancien regime cellulaire de passage.
En ce qui concerne la duree de sejour, voici les chiffres du ser¬
vice d’ Alger pour l’annee 1935 :
68 % des malades sont restes moins d’un mois ;
27 % de 1 a 3 mois et 5 % seulement plus de 3 mois ;
ce qui est interessant tout de meme, etant donne que ce service
assure le traitement pyretotherapique des paralytiques generaux.
Quant aux modes de sorties, voici la repartition :
Deces . 21, soit 4,9 %
Evacuations sur d’autres services hospitaliers 16, soit 3,8 %
Evacuations sur des services d’incurables. . . 28, soit 6,6 %
Internments . 167, soit 39,5 %
Guerisons et ameliorations sociales suffisantes 190, soit 45 %
Total des sorties . 422
Je ne veux pas terminer cet expose sans dire un mot du « Ser¬
vice Social » prevu pour chacun de ces services hospitaliers de
premiere ligne. J’ai vu avec satisfaction que la question avait
retenu l’attention de votre Societe.
Je ne saurai trop en souligner l’importance et les services ren-
dus. Intimement unie au service d’observation et de traitement,
et au Dispensaire, le Service Social amplifie singulierement la por-
tee de ces services hospitaliers de premiere ligne.
Quelles conclusions tirer de cet expose ?
A. — Les unes sont d’interet local et je ne m’y appesantirai
pas. La creation de ces services hospitaliers, que je suis heureux
d’avoir pu faire realiser en Afrique du Nord, s’est revelee
comme un moyen heureux et efficace d’amortir la crise de l’As-
sistance mentale. En Tunisie, elle a pare au plus presse et per-
mis d’attendre pendant plusieurs annees l’amenagement d’un
petit asile. En Algerie, elle a ete realisee deliberement et paralle-
SEANCE DU 25 MAI 1936
lement a la construction d’un grand asile dans un plan d’ensem-
hle oil chacune des deux lignes trouve sa place et ses indications.
N’etant pas handicapes par des formules et des traditions
anciennes, nous avons pu d’emblee presenter a l’Administration
et lui faire realiser des pro jets en conformite avec les conceptions
modernes de l’assistance et les donnees scientifiques qui doivent
s’etendre a la pathologie mentale.
Avant un an, nous pensons avoir termine notre equipement
d’Assistance mentale et le voir realise en profondeur avec des
organismes bien articules entre eux, comme il se doit a l’heure
actuelle.
II y a la, pensons-nous, une lecon de choses qu’il peut etre
deja utile de consulter et qui, sur le plan d’ensemble, comme
dans certains details de fonctionnement ou de reglementation,
justifie l’opportunite et la necessity d’assouplir, en les moderni-
sant, les anciennes formules.
B. — D’un point de vue plus general, je me permets de revenir
sur des principes qui ont fait leurs preuves. Logiques dans leur
conception, ils se sont averes, dans la pratique, grandement utiles
et parfaitement viables.
Je n’aurai pas, certes, la pretention indiscrete et temeraire de
m’immiscer et de prendre parti dans, un debat concernant les
retouches a apporter a l’organisation metropolitaine. A chacun
son domaine.
Toutefois, je crois que 1’heure est venue de marquer nettement
le dedoublement, sur deux lignes, de l’Assistance mentale. Elle
est, nous 1’avons dit, dans la logique des choses et tout le monde
en sent, clairement ou confusement, le besoin : — les medecins,
qui ne peuvent se derober aux necessites de la science moderne
et au secours que leur apportent d’autres services ou de grands
laboratoires ; — le public, qui souffre et souffrira longtemps
encore du regime trop special et discreditant de l’Asile. Ame-
nons-le doucement et par etapes aux necessites de l’internement
quand il est necessaire, apres lui avoir montre que nous avions
tout fait pour l’eviter. Il faut, a-t-on dit, combattre un prejuge.
N’est-ce pas la le moyen le plus habile, le plus rapide et le plus
sur de faire tomber les preventions ? Pareil etat de choses
n’existe-t-il pas deja, comme l’a fait remarquer Rene Charpen-
tier, pour les malades aises qui peuvent faire les frais de Maisons
de Sante ? Dans un pays democratique, n’est-il pas choquant ce
privilege des malades fortunes ? L’etranger nous a donne l’bxeni'
pie, comme l’ont donne aussi quelques villes heureuses en France,
ainsi qu’on l’a rappele.
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94e annee, t. I. — Mai 1936. Cl .
802
SOC1ETE MEVICO-PSYCHOLOGIQUE
Le principe admis, comment realiser la chose ? Partout ou il
y a une tres grande agglomeration et un grand Hopital General,,
il doit y avoir un service de Psychiatrie, service totalitaire, pour
employer une expression en faveur, non pas seulement pour les
agitations temporaires et intercurrentes qui peuvent surgir dans
tous les services, mais pour toute la Psychiatrie courante venue
du dehors, service d’observation et de traitement qui fera le triage,
procedera aux internements devenus necessaires, auquel sera
rattache le Service social qui se doublera d’un service d’enseigne-
ment dans les villes universitaires ou les etudiants se repandent
dans les cliniques hospitalieres.
Partout ou ces services de premiere ligne pourront etre crees,
sans dommage pour les organisations ou les situations existantes,
c’est a cette formule que l’on doit tendre. Ailleurs, et a Paris en
particulier, on doit se penetrer de ces directives pour des adapta¬
tions dont il ne m’appartient pas de fixer les modalites, mais que
l’interet des malades et du public devra toujours inspirer.
M. Perrussel. — En ce qui concerne Tunis oil M. Porot nous
dit que l’assistance psychiatrique est son oeuvre, il ne semble
pas que le souci de la competence attestee par le titre de mede-
cin des asiles publics d’alienes obtenu au concours, soit pour
grand’chose dans les affectations de service. C’est ainsi que l’at-
tribution de la consultation psychiatrique de l’hopital n’echut
pas au candidat qui possedait ce titre et qui etait moi. Et il en
est de meme pour mon successeur.
M. Hamel. — C’est toujours avec plaisir et profit que nous
ecoutons M. le Professeur Porot nous rapporter les progres de
ses organisations psychiatriques en Algerie. Je ne puis que me
ranger entierement a son opinion en ce qui concerne, la necessity
d’etablir une double ligne therapeutique, la premiere etant cons¬
titute par le traitement en cure fibre, avec tout ce que cette
conception comporte d’avantages pour les malades mentaux.
Il y a surement quelques reserves a faire sur la possibility de
faire beneficier tous les malades mentaux sans exception de la
cure fibre. Mais une discussion sur ce point nous entrainerait
bien loin, et ce serait poser a nouveau dans son ensemble le
probleme des indications et des contre-indications du service
ouvert.
Je me bornerai done a une seule observation. M. le Profes¬
seur Porot estime qu’il serait desirable que, partout ou cela
est possible, dans les grandes villes en particulier, le service
SEANCE DU 25 MAI 1936
ouvert Soit partie integrante de l’hopital general. Des arguments
importants militent au contraire, a mon sens, pour l’accolement
aux asiles de ces services de cure libre. Je ne veux en retenir ici
qu’un seul : Tout le premier, M. Porot proclame que ces servi¬
ces doivent etre confies a des medecins qualifies et que ses colla-
borateurs ont tous recu la formation psychiatrique dans les
asiles de la metropole. Comment dans ces conditions, etant
donne la situation actuelle de Penseignement de la psychiatrie
dans nos Facultes, peut-il esperer trouver meme dans les gran-
des villes, en dehors des medecins du cadre des asiles, des alie-
nistes qualifies ? En dehors de cas particuliers, seuls les mede¬
cins des asiles peuvent diriger des services de maladies menta-
les oiiverts ou non, et il en sera de meme pendant longtemps
sans doute. C’est une des raisons, mais elle est loin d’etre la
seule qui milite en faveur du point de vue que nous avons sou-
tenu recemment, mes collegues de la Commission des Asiles et
moi-meme, devant le Conseil Superieur de l’Assisrance Publi-
que, a propos de 1’etude du nouveau reglement du service inte-
rieur des asiles. La legislation en vigueur ne permettant pas de
reglementer les services ouverts, dont l’existence au regard de
la loi de 1838 n’est pas legale, nous avons obtenu cependant que
sous forme de « note annexe » la possibility de creer de tels
services, a proximite des asiles et sous la direction des mede¬
cins du cadre des asiles, soit au moins signalee.
M. Rene Charpentier. — Dans le compte rendu de la discus¬
sion qui eut lieu sur le meme sujet a la seance du 27 avril 1936,
il est dit (page 606) que le nombre des alienes internes a la charge
du departement de la Seine est de 8.000. Je crois utile de preciser
que le nombre de ces malades est actuellement de. 19.000 environ.
M. Picard. — Tout en louant M. le Professeur Porot de son
oeuvre considerable pour la creation et 1’organisation de l’assis-
tance psychiatrique en Afrique du Nord, certaines reserves me
paraissent devoir etre formulees quant aux formations sur deux
lignes, qui veulent rester tres distantes l’une de l’autre, des
mesures a appliquer aux malades mentaux.
Ce n’est pas, comme M. le Professeur Porot vient de le dire,
diminuer le prejuge qui regne a l’egard des maladies mentales
que de vouloir des la phase aigue (qui peut necessiter les memes
mesures de preservation sociale, les memes moyens de coerci-
tion, les memes obligations de protection, tant individuelle que
des biens) operer un triage selon des pronostics qui peuvent
etre controuves ; ce n’est pas rendre a l’aliene sa qualite de
804 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
malade, que de faire de 1’asile un endroit ou ne serait plus per-
mise aueune esperance. De la sorte, on ne fait que fortifier au
contraire la facheuse prevention du public a laquelle partici-
pent trop de medecins et que ne manquent jamais d’appuyer
malencontreusement certains journalistes comme certains hom-
mes politiques, a savoir que tout aliene etant irremediablement
perdu, toute sortie est l’aveu d’une erreur de diagnostic.
M. Guiraud. — Nous devons remercier M. Porot de la fran¬
chise et de la nettete de son expose. Nous voyons maintenant ou
nous conduit cette question des services ouverts des hopitaux
posee devant la Societe depuis quelques seances. Jusqu’ici il
avait ete question de petits ou de moyens services destines a
traiter des cas legers et rapidement curables de troubles men-
taux tels que : maladies febriles bruyantes, ivresses prolongees,
depressions et confusions legeres, tentatives de suicide d’amou-
ieux delaisses. II est bien legitime d’eviter a de pareils malades
les inconvenients de 1’internement. Nous ne pouvons qu’approu-
ver ces services ouverts a condition, comme l’ont dit tres bien
MM. Baruk et Delmas, qu’ils soient vraiment ouverts, sans
moyen de contention, et que le maintien des malades y soit bref.
La realisation du Professeur Porot est toute difterente. Tous
les psvchopathes sans exception doivent etre traites sans inter-
nement tant qu’ils ne sont pas incurables et le residu seulement
doit etre interne dans un Asile. Or, dans leur grande majorite,
les malades mentaux : 1° doivent etre maintenus en traitement
malgre leur volonte ; 2° ne guerissent qu’apres un intervalle de
3 mois, 6 mois, un an et plus. Contre cette realite, la phobie de
l’internement, plus intense chez certains medecins que dans le
public, reste impuissante. La preuve, c’est que quand un psy-
chopathe est place dans le service de M. Porot, on fait faire une
demande par la famille, on previent l’autorite administrative et
on inscrit son nom sur un registre que sans doute par ironie on
doit appeler registre de la loi. G’est 1’internement sans le mot,
avec cette difference que cette pratique est illegale, que nous ne
savons pas comment sont proteges les Mens du malade, com¬
ment et de quel droit sa correspondance est controlee, quels
sont ses moyens de defense et de protestation. Sans doute, on
peut admettre que le Prefet, avant de signer un arrete de pla¬
cement d’office, peut decider le maintien en observation, mais
ce maintien provisoire ne saurait raisonnablement exceder une
ou deux semaines. Le regime d’ Alger ressemble a celui de la
France avant la loi de 1838 ; il ne peut exister que par le consen-
SEANCE DU 25 MAI . 1936
805
tement des autorites administratives et judiciaires jusqu’au jour
ou des malades protestataires et connaissant la procedure
s’adresseront non plus au Garde des Sceaux mais reclameront
une forte indemnity en dedommagement d’une sequestration
illegale.
Nous estimons que cette organisation est un exemple a ne pas
suivre. Pour le departement de la Seine ou on interne 5 a 6.000
alienes par an, il ne saurait en etre question. Pour les trois
quarts des departements francais, il ne faut pas oublier qu’il
n’y a de competents en psychiatrie que les medecins des Asiles.
Restent une dizaine de grandes villes, sieges de Faeultes de me-
decine, ou la solution a ete resolue autrement qu’a Alger. La,
si l’on veut traiter des psychopathes a l’hopital, il est bien facile
d’y creer a la fois un service ouvert et un quartier d’hospice
conforme a la loi de 1838.
Si nous protestons contre le renforcement du prejuge de 1’in-
ternement par les medecins, c’est parce que nos malades — dont
la majorite est curable, comme le montrent les statistiques de
sortie des Asiles — souffrent de cette campagne. Ils tendent a
etre consideres partout comme des residus, et cela nous empe-
che d’obtenir pour eux laboratoires et installations de traite-
ments modernes. On l’a bien vu pour le departement de la Seine
ou d’enormes sacrifices pecuniaires (laboratoires, specialistes,
etc.) ont ete jusqu’ici reserves aux psychopathes non internes,
alors que legalement le departement a la seule charge des psy¬
chopathes internes.
M. Porot. — J’insiste sur ce fait qu’il n’est jamais entre dans
mon esprit de diminuer le merite des situations actuelles et de
toucher aux garanties que donne le recrutement special des
medecins d’asile ; et la meilleure preuve est que i’ai tenu la
main, en Algerie, a ce que les medecins appeles a diriger les
services hospitaliers de premiere ligne offrissent toutes les
garanties de technicite desirable.
Mais je maintiens le principe que je viens de defendre, d’un
dedoublement en profondeur de l’assistance mentale. Ou il n’y
a rien, la chose est aisee a etablir d’emblee. Quant aux modali-
tes d’adaptation pour les organisations deja existantes, qu’im-
portent ces modalites, pourvu qu’elles s’inspirent du principe
en cause. Que l’on pose une premiere ligne devant l’Asile ou que
ce soit 1’Asile qui detache en avant de son service fernj^. un ser¬
vice ouvert, la chose revient au meme. A chacun de resoudre le
probleme en s’inspirant des contingences locales.
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Quant a faire des Services hospitaliers de Psyciiiatrie dans
tous les hopitaux generaux, je n’ai jamais envisage cela et
j’estime qu’on doit les reserver pour les tres grosses agglome¬
rations et les tres grands hopitaux.
Maladie de Biermer et responsabilite mddico-legale (a propos
d’une expertise), par MM. A. Porot et R. Valence (d’Alger).
La maladie de Biermer est a l’ordre du jour des Societes Sa-:
vantes et la Societe Medico-psychologique elle-meme a entendu
plusieurs communications toutes recentes sur les syndromes
psycho-anemiques. On a cherche a assimiler ces derniers aux
tableaux observes dans les toxi-infections et relate plusieurs
fois des manifestations rappelant le syndrome de Korsakof.
Toutefois, comme on l’a fait remarquer, il ne semble pas que
l’on puisse, dans les differents cas observes, degager une formule
mentale constante.
II fallait s’attendre, comme corollaire, a voir ces etats patho-
logiques soulever parfois des problemes d’ordre medico-legal.
Voici precisement un cas ou la question de responsabilite a
surgi a propos d’une malade traduite devant la Cour d’Assises
pour une tentative d’assassinat.
Au cours de son incarceration, cette malade presenta des
troubles d’asthenie assez graves pour motiver son hospitalisa¬
tion et c’est a cette occasion que le diagnostic d’anemie de Bier¬
mer fut porte apres un examen clinique et des recherches hema-
tologiques. L’epreuve du traitement, au surplus, fut peremptoire.
Un premier expert commis par l’instruction avait conclu a 1’in-
tegrite mentale et a la responsabilite. Mais, la defense ayant fait
citer le medecin traitant comme temoin, ce dernier crut devoir
faire de serieuses reserves sur l’integrite mentale de sa patiente.
La Cour dut recourir a la nomination de nouveaux experts pour
s’eclairer entre ces avis contradictoires. C’est dans ces condi¬
tions que nous eumes a connaitre de cette affaire et que notre
avis fut sollicite.
Voici les faits :
Mme P... Josephine, agee de 46 ans, etait veuve avec 3 enfants,
quand elle fit la connaissance d’un voisin, marie lui-meme et pere
de famille, qui devint son amant pendant 2 ans, dit-elle (2 mois, dit
son partenaire), et lui fit faire 4 fausses couches. II lui avait promis
le manage, lui aurait emprunte 15.000 francs sans reconnaissance
pour acheter une propriety dans Pinterieur, mais se derobait ensuite
SEANCE DU 25 MAI 1936
807
a tous ses engagements. Lassee de ces deceptions l’inculpee cher-
chait a rejoindre son amant qui se derobait aux rendez-vous. Finale-
ment, un jour, elle se trouvait en presence de la fille ainee de son
seducteur, jeune fille de 26 ans qui s’etait toujours opposee au
mariage de son pere ; apres une discussion courte, mais violente,
elle tirait sur son antagoniste 3 coups d’un revolver achete 2 mois
auparavant ; l’un deux atteignait la victime au cerveau et entrainait
une hemiplegie droite definitive. C’etait le 17 juillet 1934. Josephine
P... fut incarceree aussitot. Comme elle n’avait plus ses regies, elle
se pretendit enceinte ; une visit© medicale conclut a de simples
troubles de la menopause. Le 22 fevrier 1935, un premier examen
mental fut present qui conclut a une intelligence normale et a la
responsabilite entiere.
En prison, elle resta pres d’un an bien portante, puis se plaignait
•de lassitude et le registre medical de la prison montre que, depuis
mai 1935, on dut la soigner pour asthenie, anemie et troubles car-
diaques. Elle dut s’aliter et finalement fut evacuee a l’hopital le
7 novembre.
La le diagnostic d’anemie de Biermer fut porte, ainsi que celui de
dissociation auriculo-ventriculaire et voici le resume de l’observa-
tion clinique (1) :
Asthenie, troubles gastro-intestinaux (vomissements, diarrhee,
anorexie).
Troubles de la sensibilite subjective et objective ; perte de la
sensibilite vibratoire aux membres inferieurs. Reflexes normaux.
Fievre continue aux environs de 38°. Traces d’albumine.
Pouls petit, irregulier et ralenti. Souffle systolique intense de la
base. L’electrocardiogramme confirm© le diagnostic de dissociation
auriculo-ventriculaire.
Le tubage gqstrique montre une anachlorhydrie absolue.
L’examen du sang indique, a la date du 23 novembre :
G.R. = 2.380.000 avec valeur globulaire a 1,25. Anisocytose, poiki-
locytose. Megaloblastes typiques a 1’epreuve de l’adrenaline. Le chif-
fre globulaire tombe jusqu’a 1.200.000 et la valeur globulaire
s’eleve jusqu’a 2,04.
L’epreuve therapeutique (methode de Whipple) apporte une
confirmation definitive au diagnostic. Au debut de fevrier 1936, le
nombre des globules rouges est remonte a 5 millions, la valeur globu¬
laire etant de 1,19.
Les seules donnees que nous possedons sur 1’etat psychique, conte-
nues dans 1’observation prise a l’hopital, sont que la malade etait
« sombre et toujours reticente » au moment de son entree et qu’en
moins de 2 mois, il y avait « un changement total dans son aspect,
(1) Cette observation detaillee a etc rapportee a la Societe Medicale des
Hopitaux de Paris, n° 11 des Bulletins et Memoires, 30 mars 1936', p. 152'.
S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
qu’elle causait volontiers avec ses conipagries de lit et qu’elle n’avait
plus cet air sombre qui frappait des l’abord ».
C’est le 18 mars 1936 qu’elle comparaissait devant la Cour d’As-
sises et qu’etait prescrite une nouvelle expertise.
Au moment de notre examen (debut de mai 1936), il n’y avait
aucun symptome neurologique, pas de deficit moteur, pas de trouble
de la coordination ; tous les reflexes tendineux et cutanes etaient
normaux; la sensibilite vibratoire etait encore emoussee aux mem-
bres inferieurs; la notion de position etait conservee. II n’y avait pas
de Romberg.
Les signes cliniques d’une dissociation auriculo-ventriculaire per-
sistaient, ainsi que le souffle systolique de la base.
Quant a I’etat mental, il nous parut normal en tous points. Au
debut, elle pretendait ne plus se rappeler les evenements passes ;
mais des qu’on commencjait a les lui raconter, elle entrait a son
tour dans le vif du sujet et faisait preuve d’un tonus intellectuel et
affectif, ainsi que d’une memoire en parfait etat. Elle a pu fournir
tous les details et toutes les circonstances de son geste meurtrier et
des evenements qui l’avaient encadre. Elle a soutenu un interroga-
toire et un examen prolonges sans en paraitre fatiguee, donnant
jusqu’a la fin des reponses precises, aisees, faites apres un temps
de reflexion normal ou une spontaneite immediate.
Elle regrette son crime et l’explique par l’etat d’irritation ou elle
se trouvait, ce jour-la et les precedents, devant l’attitude fuyante de
son amant.
Les questions qui nous etaient posees etaient les suivantes :
1° determiner I’etat psychique de l’accusee au 17 juillet 1934, date
du crime et son etat psychique actuel ;
2° dire si 1’accusee etait atteinte, au moment du crime, de la mala-
die de Biermer et, dans l’affirmative, si cette maladie a pu influencer
sur son etat mental ;
3° si sa responsabilite est totale ou parti elle et, dans ce dernier
cas, dans quelle mesure.
Nous avons pu repondre, en ce qui concerne l’etat actuel, que cette
femme ne presentait aucun signe de flechissement intellectuel,
aucune alteration essentielle de ses facultes, aucun modification du
caractere, aucune erreur sensorielle ou idee delirante pouvant faire
supposer chez elle 1’existence de tares ou de maladies mentales evo-
lutives dont le debut aurait pu se manifester depuis plusieurs annees.
Quant a son etat psychique au moment de l’attentat, rien ne nous
permettait de penser qu’il put etre altere. Le souvenir tres detaille
qu’elle gardait de toutes les circoiistances du crime ecartait toute
idee d’un etat confusionnel ou d’un raptus passionnel ayant obnu-
bile sa conscience. Il ecartait aussi l’idee d’urie impulsion de nature
epileptique. Aucune hallucination, aucun theme delirant ne permet-
taient de supposer qu’elle avait agi sous 1’influence d’un determi-
nisme mental morbide.
SEANCE DU 25 MAI 1936
II etait peut-etre plus delicat de repondre a la seconde question.
II est toujours malaise de fixer le debut exact d’une maladie a ins¬
tallation insidieuse et progressive et d’un processus hematologique
dans ses premieres etapes, d’autant plus qu’il y a une periode de
tolerance fonctionnelle avant qu’eclatent les premiers accidents.
Mais nous avions dans les elements trouves dans l’observation de
notre collegue et dans les temoignages recueillis par notre enquete
aupres des gardiennes de la prison des reperes assez precis.
D’abord, les allusions a l’etat psychique ne permettaient de dega¬
ger qu’une for'mule de depression mentale simple, assez parallele a
l’asthenie physique et la suivant dans sa courbe evolutive.
Dans sa publication, notre collegue notait que les premiers signes
d’asthenie etaient apparus 7 mois avant l’entree a 1’Hopital, ce qui
permettait de fixer le debut approximate au mois de mai 1935, soit
10 mois apres le crime. Cela concordait avec les donnees fournies
par le service medical de la prison et les temoignages des gardien¬
nes auxquelles cette inculpee etait apparue, a son entree, lucide et
presente, racontant tres bien tous les details du crime et tous les
faits qui 1’avaient poussee a bout.
Pour toutes ces raisons, nous ne pouvions admettre que l’anemie
de Biermer qui s’etait manifestee posterieurement au crime et qui,
dans l’ordre psychique, n’avait donne que de simples phenomenes
de depression, put avoir joue un role dans le comportement de
l’inculpee et dans le determinisme de ses actes, a la date du 17 juillet
1934. Aucun symptome ne trahissait l’anemie a cette epoque.
Si nous avons rapporte cette histoire medico-legale, c’est
d’abord en raison de l’actualite des problemes que pose, dans
l’ordre psychique, la maladie de Biermer.
Elle n’a pas et ne saurait avoir — ainsi qu’on l’a dit — de
formule mentale specifique. Tout se bornait ici a de simples
phenomenes de depression et de morosite, explicables par la
deficience physique. Encore est-il que, dans le cas particular,
on peut se demander si les chagrins et les deceptions subies
depuis deux ans par cette femme, si la reaction a l’incarceration,
ce qu’on a appele la « psychose penitentiaire », ne revendi-
quaient pas une part etiologique.
C’est ensuite pour mettre en garde nos collegues non specia-
listes contre la facilite a laquelle ils risqueraient de ceder trop
volontiers dans leurs deductions sur un terrain qui demande
beaucoup de prudence et de circonspection.
Ce n’est pas tout, en effet, que de constater une affection dans
le passe ou le present d’un sujet pour jeter la suspicion sur sa
capacite civile ou la validite de ses actes. II faut encore pouvoir
etablir deux choses :
810
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
1° Un rapport chronologique suffisamment net entre les ma¬
nifestations de la maladie et les faits suspectes, pour soulever
d’abord la presomption d’influence.
2° II faut ensuite trouver dans l’acte incrimine des traits
pathologiques suffisamment caracterises et demontrer que la
maladie invoquee peut realiser des symptomes de cette nature.
Aucune de ces conditions ne se trouvait realisee dans l’his-
toire que nous venons de rapporter.
M. G. Petit. — Quelquefois mais plus rarement les troubles
mentaux precedent de tres longtemps la maladie de Biermer.
Hulett a consacre un long travail aux consequences medico-
legales de ces faits. Et il demande que, lorsque se pose la question
de l’incapacite civile ou de 1’irresponsabilite penale, on admette
que la reponse puisse etre affirmative dans la maladie de Biermer.
Syndrome catatonique post-typhique curable, par MM. Henri
Roger, Albert-Cremieux et Joseph Alliez (de Marseille),
Si les complications mentales de la fievre typho'ide sont con-
nues depuis Chomel et Louis, on peut dire que la pathologie
neuro-psychiatrique de ces dernieres annees a remanie profon-
dement nos conceptions sur ce sujet :
D’une part, au point de vue pathogenique, la notion d’ « en-
cephalite » a pris une importance de plus en plus grande,
d autre part, du point de vue de la nosologie psychiatrique, le
demembrement de l’ancienne demence precoce (auquel ont
contribue au tout premier plan les travaux du Professeur
Claude et de ses eleves) a substitue a la trop rigide synthese
krsepelinienne, la notion plus clinique de « syndromes » pou-
vant evoluer plus ou moins separement.
En particulier, les travaux experimentaux et cliniques de
M. Baruk sur la catatonie tendent a isoler a nouveau un « syn¬
drome catatonique », — retour a la Catatonie de Kahlbaum —
qui peut se rencontrer au cours des demences precoces les plus
legitimes, et etre alors plus ou moins associe avec les autres
syndromes de cette maladie, mais aussi etre symptomatique
d’infections diverses, surtout infection colibacillaire et infection
typhoi'dique.
Notre but n’est pas de vous presenter une etude bibliogra-
phique complete de cette question. Les hasards de la clinique
nous ont permis d’observer, dans le service de clinique des
SEANCE DU 25 MAI 1936
maladies nerveuses de Marseille, un cas de syndrome catatoni-
que post-typhique curable. II nous a paru justifie de verser
cette observation aux debats de la Societe Medico-psychologique.
Observation. — II s’agit d’un homme de 22 ans, G. P., garcon de
restaurant, que l’un de nous fit admettre a l’Hotel-Dieu de Mar¬
seille dans le service de notre maitre le professeur Roger, le 16 jan-
vier 1932, pour des troubles mentaux apparus apres une fievre
typhoide.
Nous ne relevons dans les antecedents de notre malade aucun fait
digne d’attirer 1’attention :
Son developpement neuro-psychique s’est fait selon leS etapes
normales : d’intelligence moyenne, il a suivi ses classes d’ecole pri-
maire sans difficulty ; rien dans sa conduite ne manifestait d’anoma-
lies caracterielles.
D’origine corse, il avait eu des acces paludeens, disparus depuis
son arrivee sur le continent, cinq ans avant la maladie qui nous
occupe. Il n’a jamais eu de maladies veneriennes, n’a jamais fait
d’abus ethylique. Sa mere, bien portante, a eu huit enfants, deux
sont morts en bas-age (l’un de meningite) ; son pere a succombe a
une attaque apoplectique, a l’age de 56 ans. On ne signale dans sa
famine aucun antecedent nevropathique ou vesanique.
Au mois de mai 1931, done huit mois avant son entree a l’hopital,
et quinze jours apres avoir absorbe des moules suspectes, notre
malade fait une infection a caractere typhoide, avec temperature a
40°, dont le diagnostic fut confirme par un sero-diagnostic de Widal
positif au 1/150° pour l’Eberth, negatif pour les paratyphiques
A et B. Aucun incident cardiaque ou hemorragique ne vint compli-
quer la maladie. Mais cette pyrexie d’allure severe fut caracterisee
par l’intensite des phenomenes psychiques : confusion mentale avec
•delire particulierement marque et agitation sans hallucinations.
Au bout d’un mois, descente progressive de la temperature, les
troubles mentaux se nettoient, tout parait rentrer dans l’ordre,
quand se produit une rechute, qui s’accompagne a nouveau de tem¬
perature a 40° et de delire et dure vingt jours. Cette fois-ci, le
malade entre en convalescence.
Brusquement, le 28 septembre, sans nouvelle ascension de tempe¬
rature, sans aucun trouble de l’etat general, notre convalescent fait
une crise d’excitation violente, impulsive, avec impulsion a crier, a
injurier son entourage, et cela pendant vingt-quatre heures, avec
quelques accalmies au cours de la journee. Le lendemain, le calme
est revenu. Mais, dans les jours qui suivent, le caractere se modifie
progressivement : il a tendance a s’isoler, devient triste, taciturne,
puis bientot indifferent. Il se desinteresse de 3’ambiance, perd toutc
reaction affective, toute initiative. Sans volonte, il tend a s’opposer
aux actes commandes. Son activite est reduite : il parle seul, fait
812
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
quelques gestes avec les bras, sans signification apparente, toujours
les memes, stereotypes. Par instants, sans motif, il rit
Par ailleurs, il s’alimente bien, ne se souille pas. C’est avec ce
tableau qu il entre a la clinique des Maladies Nerveuses.
be lendemain, nous nous trouvons en presence d’un sujet assez
obnubile desoriente dans le temps : il se sait a l’hopital, mais ignore
a date de son entree ; il a une certaine conscience de sa maladie •
ui-meme se plaint de troubles de la memoire, portant surtout sur
les faits recents (les faits anciens sont conserves), et de cephalees
surtout frontales, assez violentes, mais ne genant pas le sommeil. Il
n exprime aucune idee delirante, ne parait pas hallucine. Son acti-
vite est reduite a quelques gestes stereotypes. Par moments, il rit
sans motif.
L’examen neurologique met en valeur la tendance a conserver les
attitudes imposees, tendance tres accentuee, surtout aux membres
inferieurs : ceux-ci sont le siege d’une certaine raideur, raideur
exible et qui s amolbt au cours des mouvements passifs. Les mou-
vements actifs s’effectuent avec une certaine lenteur. De plus on
observe par moments des spasmes d’ensemble du tronc et des mem¬
bres r appelant, dans leur forme, les spasmes de torsion.
Il n’y a pas de paresie, mais un certain degre d’irritation pyrami-
dale .- reflexes rotuliens vifs, avec ebauche de contro-lateral, tendance
k 1 extension spontanee du gros orteil, sans signe de Babinski. Les
achill^ens sont normaux, les cremasteriens plutot vifs. Les reflexes
tendineux des membres superieurs sont un peu vifs, surtout le stylo¬
radial gauche. Il n’y a aucun signe de la serie cerebelleuse. A part
es spasmes que nous avons signales, nous ne notons aucun signe de
la sene extra-pyramidale : ni rigidite, ni exageration des reflexes de
posture, ni tremblement.
Le facies est un peu crispe, mais la motilite de la face est conser-
, vee. Les pupilles reagissent a la lumiere et a la distance. Pas de stra-
bisme. Pas d’atteinte des autres nerfs craniens. La nuque est souple.
La flexion du tronc limitee a Tangle droit, sans Kernig vrai. La mar-
ehe se fait a petits pas, a la maniere des contractures, les jambes un
peu flechies, les coudes ecartes du tronc.
La rachicentese donne issue a un liquide normal : liquide clair
eau-de-roche, sous tension de 19-15 au manometre de Claude, conte-
nant deux elements par mm* a la cellule de Nageotte, une division
d albumine au tube de Sicard. Le Bordet-Wassermann est negatif
ainsi que celui du sang. L’azotemie est de 0,32 centigrammes Le
sero-diagnostic de Widal est positif au 1/100", le sero-diagnostic de
Wright est negatif.
Par ailleurs, coeur, poumons, foie, rate, paraissent normaux. Dans
les urines, ni sucre ni albumine. Le malade est apyretique.
On pratique des injections intraveineuses d’Electrargol, qui nro-
voquent la premiere fois un choc assez violent avec ascension de
temperature a 39 »2 et cyanose. Apres huit injections, cette medica-
SEANCE DU 25 MAI 1936
813
lion parait apporter une amelioration assez nette, mais qui ne dure
pas. L’etat trainant en longueur, on dirige le malade sur 1’hospice de
Sainte-Marguerite, et nous n’avons plus de lui que des nouvelles loin-
taines.
Pendant un an et demi, l’etat demeure stationnaire : malade cal-
me, mais indifferent, et, par periodes, refusant de s’alimenter. Puis,
peu a peu, la torpeur diminue.
Nous le revoyons en aout 1934, deux ans apres sa sortie du service,
l’amelioration est flagrante : les fonctions vegetatives se font norma-
lement. L’etat psychique de negativisme avec tendance a l’isolement,
la perseveration des attitudes ont disparu. Le gout a la vie, l’interet
a l’ambiance reviennent. Seuls persistent les soliloques,, a voix
basse, quelques gestes stereotypes, et, par instants, 1’ebauche de sou-
rire immotive.
Le malade a quitte 1’hospice de Sainte-Marguerite a Paques 1935,
et depuis sa sortie, l’amelioration s’est accentuee : progressivement
est revenu l’interet a la realite, d’abord pour les occupations du me¬
nage (il aidait sa mere), puis pour les sports (foot-ball, courses de
chevaux) et les spectacles (cinema). L’initiative est revenue : spon-
tanement, il s’est resinsere dans la vie sociale. Bientot, il allait voir
travailler ses amis, puis il a cherche du travail pour lui-meme, enfin,
au debut d’octobre 1935, il a trouve une place de gar^on de restau¬
rant chez son ancien patron.
Le 15 octobre 1935 — moment ou 1’un de nous le revoit — il tra-
vaille comme avant sa maladie, avec la meme activite, la meme rapi-
dite, aucune erreur dans son service n’est signalee par son patron.
A la maison, il est plutot triste, deprime, un peu « absent » par
instants, mais ses reponses sont toujours pertinentes. Parfois, il lui
arrive encore de parler seul, a voix basse, et ces soliloques s’accom-
pagnent de quelques gestes stereotypes de la main droite et de l’index
droit. Sur le fond deprime, son humeur manifeste un certain degre
■d’irritabilite avec tendances a la colere, et un certain entetement.
Si ce n’est l’amnesie lacunaire contemporaine de la maladie (dont
le souvenir reste tres confus dans son esprit), il ne presente plus
aucun trouble de la memoire, ni des faits anciens, ni des faits recents.
En particulier, il a retrouve des notions scolaires sufiisantes pour
resoudre correctement les problemes de sa niece (qui suit un cours
superieur au certificat d’etudes).
Par ailleurs, le sommeil est normal. Il n’y a ni asthenie, ni cepha-
lee. Pas de troubles de la vue ni de l’ouie, pas de vertiges. L’appetit
est bon, les digestions normales. Le malade a repris du poids.
L’interrogatoire revele une legere dysarthrie : la voix est lente,
trainante, un peu nasonnee, avec quelques achoppements.
L’examen neurologique montre un tres leger tremblement de la
langue, a type fibrillaire, et une tendance (a la verite tres attenuee)
a la conservation des attitudes. Il n’y a aucun autre symptome objec-
tif d’atteinte des fonctions du systeme nerveux.
814
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
L’examen des autres appareils ne revele qu’un choc precordial un
peu etale. Poumons, foie, rate, urines sont normaux.
Des nouvelles toutes recentes nous apprennent que notre garpon
de restaurant a pris un gros service chez un parent, en Corse, et
qu il est tout a fait bien portant, quoique conservant une certaine
tendance a la tristesse.
En resume, il s’agit d’un homrae de 22 ans, sans antecedents
psychopathiques, qui, apres la guerison d’une fievre typhoide
severe, avec confusion delirante particulierement marquee, fit
une crise d excitation impulsive passagere, marquant l’entree
dans un etat d’autisme avec syndrome catatonique fait de nega-
tivisme, de stereotypies avec rire sans motif, et de perseveration
des attitudes imposees.
Deux ans apres, le malade sort progressivement de cet etat :
1 inteiet a la realite, 1’affectivite, l’initiative, Factivite reapparais-
sent. Au moment de notre dernier examen, quatre ans apres le
debut du syndrome catatonique, il ne persiste de celui-ci que
quelques stereotypies, une tendance (a la verite bien minime) a
la perseveration des attitudes, et un etat de depression avec quel¬
ques troubles du caractere.
Les fonctions psychiques sont a ce point retablies que le malade
peut assurer un travail important, dans sa profession de garcon
de restaurant, avec les memes qualites qu’avant sa maladie, et a
l’entiere satisfaction de son patron.
Bernheim, en 1896, avait signale la catalepsie au cours de la
dothienenterie. Mais c’est Dufour qui le premier, en 1900, decri-
vit vraiment la catatonie de la fievre typhoide. Depuis, les cas
rapportes sont tres peu nombreux, tant en France qu’a Fetranger.
May et Kaplan, en 1929, Guegen, Chalier et Fromen, Stehelin
les annees suivantes, dans leurs etudes sur Fencephalite typhi-
que, signalent les phenomenes hypertoniques qu’ils ont pu obser¬
ver. Mais il s’agit surtout dans ces travaux de l’hypertonie extra-
pyramidale. Par contre, nous trouvons dans la these de Garand,
inspiree par le professeur Claude, en 1929, le premier travail
d’ensemble sur « le syndrome catatonique en rapport avec quel¬
ques maladies infectieuses », montrant qu’un veritable tableau
d’hebephreno-catatonie comparable a celui de la demence pre-
coce, peut se montrer au cours ou au decours des toxi-infections.
Schiff et Courtois rapportent en 1930 a la Societe clinique de
medecine mentale, l’observation caracteristique d’un malade entre
a Sainte-Anne avec le diagnostic d’hebephreno-catatonie et un
sero-diagnostic positif au l/300e.
SEANCE DU 25 MAI 1936
Toulouse, Courtois et Roubenovitch presentent a la Societe
medico-psychologique une demence precoce a forme hebephreno-
catatonique consecutive a une fievre typho'ide.
Dans des conditions experimentales, Claude, Baruk et Mei-
gnant signalent l’apparition d’un syndrome catatonique avec
ictere au cours d’une intoxication par la toxine typhique, employee
chez un dement precoce dans un but de choc therapeutique.
Sicard, a propos d’un cas de catatonie au cours d’une fievre
typhoide observe avec Baruk et Poumeau-Delille, rapproche, dans
sa these de 1934, le syndrome catatonique au cours des infections
typhoidiques du syndrome catatonique colibacillaire, suivant les
conceptions de M. Baruk.
Enfin, Chalier et Etienne Martin decrivent, d’apres leurs obser¬
vations personnelles, le syndrome catatonique qu’ils ont pu
isoler comme manifestation de l’encephalite thyphique, associee
ou non a la meningite, et caracterise comme dans la demence
precoce par : catalepsie, negativisme, suggestibility, tel que Kahl-
baum l’a defini.
De l’ensemble de ces travaux se degage l’impression que les
phenomenes catatoniques n’ont pas la gravite qu’on peut leur
donner si l’on considere uniquement la demence precoce selon la
conception de Krsepelin.
Dans la catatonie typhique, ou post-typhique — comme dans
la catatonie colibacillaire — on peut conclure, avec MM. Claude
et Baruk « qu’il faut tenir compte de facteurs d’ordre fonction-
nel comparables a ceux d’une intoxication (la demonstration expe-
rimentale en a ete faite pour la colibacillose), par consequent
susceptible de variation, de regression, au lieu de considerer la
catatonie sous Tangle d’une localisation anatomique destruc-
trice ».
Notre observation vient s’ajouter aux precedentes pour confir¬
mer cette impression optimiste. Et c’est une des raisons pour
lesquelles il nous a paru justifie de la presenter a la Societe
Medico-Psychologique.
M. H. Baruk. — J’ai observe aussi de tels cas, avec apparition
tardive de catatonie chez d’anciens typhiques dont le liquide
cfiphalo-rachidien etait negatif. J’ai fait d’infructueuses expe¬
riences pour provoquer la catatonie chez des animaux en leur
injectant 1’exotoxine typhique dans le role il est vrai est moins
considerable que celui de l’exotoxine. Chez un catatonique post-
typhique j’ai, avec Poumeau-Delille et Sicard, fait un tubage
duodenal et ensemence la bile. L’ensemencement n’a donne que
816 S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
du colibacille. Cela, confirme par les experiences d’Hillemand,
prouve 1 importance de la colibacillose associee aux autres infec¬
tions. L’onirisme est un signe habituel de ces catatonies typhi-
ques et colibacillaires auxquelles mon eleve Sicard a consacre
sa these.
M. Guiraud. — L’interessante communication de M. Cre-
mieux montre une fois de plus qu’on aurait tort de faire un
pronostic d’incurabilite des la constatation de symptomes de
la serie catatonique. Mais il ne faudrait pas croire que ce fait
est une decouverte de ces dernieres annees. Depuis toujours on
a insiste sur les symptomes catatoniques des affections toxi-
mfectieuses aigues ; il nous suffit de rappeler les travaux de
Dupre et de Regis. Il y a une trentaine d’annees, au moment ou
on introduisait en France les idees de Kr^pelin, certains alie-
nistes ont peut-etre exagere la frequence du diagnostic de
demence precoce. Dans les cas on l’origine toxi-infectieuse aigue
est evidente, ou 1’on constate des symptomes confusionnels ou
depressifs associes simultanement ou successivement a des
symptomes d’ordre catatonique, on doit rester optimiste. J’ai
recemment observe une serie de psychoses puerperales avec
evolution favorable, dans lesquelles coexistaient confusion, etat
depressif et symptomes catatoniques.
Les troubles psychiques de la melitococcie,
par MM. Henri Roger et Albert-Cremieux (de Marseille).
, Parmi Ies aspects neurologiques de la melitococcie (auxquels
l’un de nous a consacre un grand nombre de travaux ces dernie¬
res annees), les troubles psychiques n’ont fait l’objet que d’un
petit nombre de publications, tant en France qu’a l’etranger.
Signales par Eyre, Trambusti, H. Roger, ils ont ete etudies en
detail par Cantaloube, puis par l’un de nous, a prop os de quel-
ques observations personnelles, dans un article public en decem-
bre 1931. On en trouve dans la litterature parue depuis un cer¬
tain nombre d’observations.
Semeiologie. — Certains symptomes psychiques font partie du
tableau habituel de la maladie : telle est l’asthenie, signalee par
de nombreux auteurs, depuis Eyre, le plus souvent d’ailleurs
moins marque que 1’asthenie physique. Eyre avait observe egale-
ment l’insomnie et 1’amnesie. De meme, on avait remarque' des
troubles de l’affectivite et du caractere. Mais le plus souvent, la
conservation de l’intellect est parfaite.
SEANCE DU 25 MAI 1936
817
Par contre, dans certains cas, la predominance des signes
psychiques est telle qu’on peut decrire des formes mentales de la
maladie.
I. Symptomes psychiques de la melitococcie habituelle. — L’as-
thenie est un symptome banal de la melitococcie. C’est a la fois
une asthenie physique, une fatigabilite intense, et une asthenie
psychique, avec hyperemotivite et demoralisation, done realisant
parfois un syndrome neurasthenique. Dans les formes graves,
l’asthenie est souvent passagere ; dans les formes legeres, elle
peut etre durable, constituant parfois le seul symptome de la
maladie (Cantaloube, Masselot). Elle peut etre tres precoce, pre-
cedant la periode febrile (Cassuto), ou apparaitre seulement a la
periode d’etat ou a la convalescence.
Les malades qui presentent une fievre prolongee ont, surtout
au cours des acmes de leurs ondulations thermiques, un certain
degre de torpeur, beaucoup moins marque que dans la fievre
typho'ide.
L’insomnie est relativement frequente (Eyre).
L’affectivite est souvent touchee : parfois les malades sont
indifferents a leur entourage familial, ou a la situation mate-
rielle de leurs proches.
Le caractere est trouble : irritabilite, impressionnabilite, hyper¬
emotivite, parfois anxiete, avec crainte de l’avenir (Dargein) ou
•de la mort (Cantaloube).
II. Formes mentales de la melitococcie. — A. Confusion men-
tale. — 1. A la periode de debut ou d’etat, les troubles mentaux
de la melitococcie revetent le plus souvent la forme de la confu¬
sion mentale, telle qu’elle se rencontre au cours des toxi-infec-
tions.
Eyre, Trambusti, en 1908, avaient mentionne quelques cas de
•delire.
Le delire peut etre passager : dans une observation parue dans
la these de notre eleve Le Flemm, le malade presenta a plusieurs
reprises, au cours de crises de spasmes vasculaires cerebraux, un
delire tres passager, puis un veritable etat confusionnel, avec
obnubilation, desorientation dans le temps et dans 1’espace, oni-
risme, d’ou il sortit en une semaine, apres deux ponctions lom-
baires.
Dans d’autres cas, le delire est plus durable, constituant une
veritable « forme mentale » de la maladie.
Cantaloube trouve tous les degres de delire onirique, depuis le
delire parle, survenant au reveil, et prolongeant de quelques
Ann. Med.-psych., XVe serie, 94e annee, t. I. — Mai 1936. 52.
818 S0C1ETE MEDICO-PSY CH0L0G1QUE
minutes un sommeil termine en apparence seulement, jusqu’au
delire d’action ou l’automatisme du malade realise pour sou
propre compte une seconde vie. II existe cependant une 'tendance
commune a ces delires d’intensite differente : la tristesse. Les
malades ne rient qu’exceptionnellement, et leur pensee ne s’ar-
rete pas a des details gais. Enfermes dans un cimetiere, pour-
suivis par des betes feroces, des chiens enrages, precipites dans.
des ravins, assassines, noyes . , ils brodent leur delire autour du
meme leitmotiv de douleur ou d’epouvante.
Rudino rapporte un syndrome de confusion mentale aigue,
Gonzalez Suarez un cas avec reaction meningee.
Dans une observation personnelle, le malade fit une periode
d’agitation de quatre a cinq jours, avec anxiete, loquacite, suivie
d’une periode de mutisme avec indifference.
Lionello de Lisi rapporte deux cas de confusion mentale : l’un
avec desorientation dans 1’espace et dans le temps, troubles de la
memoire, tendance a la tabulation, depression et apathie ; un
autre ou predomine une excitation psycho-motrice irreguliere
avec delire incoherent, surtout teinte d’idees de grandeur.
Robert-Levy et Neimann rapportent egalement une observa¬
tion de confusion mentale avec desorientation dans le temps et
dans 1’espace, et agitation extreme avec hurlements, cas qui
s’est termine par la mort dans l’adynamie.
2. Dans certains cas, c’est a la fin d’une poussee evolutive-
qu apparaissent les troubles psychiques :
Dans le cas de Broc et Bonan, le delire correspond a ce qu’pn
appelait autrefois la « crise » de la maladie infectieuse ; delire
critique, s installant au moment ou la temperature tombe a 37°,.
fait d’agitation, de desorientation, d’hallucinations visuelles et
auditives, et suivi d’amnesie complete de la periode delirante.
Dans une de nos observations (these de Le Flemm), les trou¬
bles psychiques sont apparus a la fin de la periode evolutive
d’une melitococcie trainante et ont affecte un aspect dementieL
Un malade de Ughetti fait un veritable delire de la convales¬
cence, delire tranquille, suivi d’une periode de prostration de
courte duree.
> c est parfois longtemps apres la guerison apparente
d’une melitococcie banale, cinq ou six mois apres, qu’apparais-
sent des troubles psychiques, plus ou moins graves, plus ou
moins durables.
Dans une observation recente, rapportee par l’un de nous,
avec Jean Pieri et M. Bouet, a la Societe medicale des hopitaux
de Paris, il s’agissait d’un malade qui, quatre mois environ
SEANCE DU 25 MAI 1936
819
apres une melitococcie d’allure banale, presenta des cephalees,
des crises de paresthesies brachio-facio-linguales avec aphasie,
puis trois episodes psychiques, de duree de moins en moins
longue, avec desorientation, subagitation et zoopsie. La ponction
lombaire montra une reaction meningee intense (hypercytose a
160 pour 0,70 d’albumine).
Les hallucinations ne sont pas tres frequentes :
Axisa les signale au cours d’un delire grave pendant une meli¬
tococcie. II s’agit souvent d’hallucinations de la vue, comme
1’avait fait remarquer Cantaloube : des etrangers se promenent
dans la chambre, dans le ciel-de-lit, des animaux courent sur les
couvertures, 1’eau couvre le sol.
Dans l’observation de Lionello de Lisi, le malade voit deux
enfants autour du lit. Dans notre cas de troubles tardifs, les
trois episodes psychiques s’accompagnerent de zoopsie.
Un malade de Rimbaud et Janbon fait, deux ans apres le
debut de sa maladie, des acces nocturnes de delire hallucinatoire
avec hallucinations auditives : il entend des bruits de voix, de
la musique, un poste de T.S.F .
Associations neurologiques. — La confusion mentale peut
constituer a elle seule toute la symptomatologie cerebrale de la
melitococcie. Mais les troubles psychiques sont assez souvent
associes a des symptomes neurologiques, cerebraux, peripheri-
ques ou meninges.
1. L’un de nous a .constate a diverses reprises, chez un de
ses malades, un signe de Babinski unilateral.
II est des observations dans lesquelles les troubles mentaux
sont associes a des syndromes cerebraux, en particulier a des
syndromes paroxystiques dus a des spasmes vasculaires : apha¬
sie, hemiparesie, epilepsie, paresthesies brachio-facio-linguales.
2. Plus interessantes peut-etre sont les atteintes du neurone
peripherique, depuis la simple abolition d’un reflexe jusqu’a des
phenomenes nevritiques dont 1’association a la confusion realise
des vhrietes de syndrome de Korsakoff (Cantaloube, Devic et
Barbier).
3. Enfin, 1’examen du liquide cephalo-rachidien peut deceler
des reactions meningees (Le Flemm), telles qu’on les rencontre
en particulier dans le syndrome de radiculo-nevrite melitococ-
cique avec xanthochromie et reaction albumino-cytologique
intense du liquide cephalo-rachidien (Henri Roger et Albert-
Cremieux). Un de nos malades presenta successivement une
paralysie flasque des membres inferieurs avec abolition des
820
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
reflexes, dysurie, douleur a la pression des nerfs des membres,
puis, six mois apres, un etat confusionnel, avec desorientatiori
dans le temps et dans l’espace, agitations, quelques hallucina¬
tions visuelles, puis abattement avec mutisme, etat qui se ter-
mina par la mort.
Un cas de Gonzalez Suarez concerne un jeune homme qui fit
un delire violent, avec agitation extraordinaire, puis paresie
flasque, anesthesique et coma, accompagne d’une reaction liqui-
dienne intense avec dissociation albumino-cytologique.
Ges reactions meningees de la melitococcie ont un debut
generalement tardif ; elles se caracterisent par une reaction
cytologique intense, depassant la centaine de leucocytes, pour
un taux d’albumine correlativement moins eleve et contrastant
parfois avec la pauvrete des signes cliniques.
B. Autres troubles mentaux. — Si la confusion mentale repre-
sente, au cours de l’infection melitococcique, le syndrome le
plus frequent, on peut observer, au cours ou au decours de la
maladie, d’autres syndromes mentaux.
Chez un de nos malades, les troubles psychiques affecterent
un caractere dementiel : ce malade, inattentif, dysmnesique,
desoriente, portait machinalement son urinal a la bouche,
demandant a manger « de la bouillabaisse de morue ».
Dans une observation rapportee par l’un de nous, les troubles
psychiques, apparus au cours de la convalescence d’une lesion
pleuro-pulmonaire survenue au quatrieme mois de la melitococ¬
cie, debuterent par des idees melancoliques, puis prirent la
forme d’un etat stuporeux, avec gatisme prolonge, negativisme
— en somme un syndrome catatonique, qui persista quatre
mois, avec des alternances d’amelioration et d’aggravation —
puis disparut alors que l’etat general s’aggravait progressive-
ment sous l’influence d’une complication tuberculeuse.
De cette observation il faut rapprocher le cas assez particulier,
rapporte par Pedro A. Nouvillas, d’une jeune fille de 21 ans qui
entra a l’asile avec le syndrome suivant : gesticulation, manie-
risme, rire sans motif, irritabilite, violences, indocilite, negati¬
visme, dissociation de la pensee, perseveration — qui fit poser
le diagnostic de schizophrenic : cet etat guerit completement
au bout de trois mois, et 1’on apprit alors qu’il avait ete pre¬
cede d’une fievre, de deux mois de duree. Le serodiagnostic de
Wright fut positif.
Plus rarement encore, la psychomelitococcie affecte l’allure
des delires systematises :
Telle 1 observation recente de J. Picard (d’Arles), ou les trou-
SEANCE DU 25 MAI 1936
bles psychiques prirent pendant quelques jours la forme d’un
delire hallucinatoire si bien systematise qu’on se disposait a
interner la malade. Celle-ci guerit completement de sa maladie
et de ses troubles mentaux.
Lemierre et Mahoudeau-Campayer avait rapporte I’histoire
d’une jeune femme qui fit, pendant la convalescence d'une fie-
vre ondulante, une psychose a type depressif avec idees de per¬
secution, guerie au bout de trois mois.
Enfin, Ricardo Jorge, Fornos, Villa, Barbera auraient aux
dires de Partearroya constate des syndromes psychopathiques
d’allure plus ou moins chronique : neurasthenic, psychose
maniaco-depressive. De meme, Thromopoulos, cite par Livie-
rato, a rapporte deux cas de neurasthenie.
Pronostic. — Si 1’on excepte les rares observations de psycho¬
pathies d’allure plus ou moins chronique, que nous venons de
citer, on peut dire d’une facon generale, que le pronostic des
troubles mentaux de la melitococcie en eux-memes est favora¬
ble : dans tous les cas ou la maladie a gueri (ou presque) les
troubles mentaux ont disparu, sans laisser de sequelles chez les
malades qui ont pu etre revus ulterieurement.
j ^ar contre, l’apparition de troubles psychiques au cours
d’une fievre de Malte est souvent d’un pronostic facheux : sur
les dix cas de Cantaloube, six sont morts, deux ont gueri lente-
ment, deux etaient, quand ils ont ete publies, en cours de conva¬
lescence penible. Quatre sur six de nos malades ont succombe,
l’un apres guerison des troubles psychiques.
Au point de vue de la valeur pronostique des troubles psychi¬
ques, il convient d’opposer les symptomes du debut, a type de
confusion mentale, probablement symptomatiques d’une irrita¬
tion passagere, d’une « flambee » meningee, qui se rencontrent
au cours de formes souvent curables, aux troubles tardifs, qui
surviennent parfois cinq a six mois apres la guerison apparente
d’une melitococcie banale, s’accompagnent de spasmes vasculaires
cerebraux et de reactions meningees importantes : ces formes
evoluent souvent vers une meningo-encephalite subaigue, qui,
progressivement emportera le malade.
Si en maniere de conclusions, nous voulions paracteriser les
troubles psychiques de la melitococcie, nous pourrions dire :
L’asthenie est frequente, au point de constituer un symptome
$22
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
habituel de la fievre ondulante. En revanche, les veritables « for¬
mes mentales » de la maladie sont assez rares.
Elies revetent le plus souvent la forme de la confusion mentale
ou du delire onirique des toxi-infections, sans caractere bien spe¬
cial : tout au plus peut-on souligner la frequence de la tendance
depressive. Ce delire apparait au debut, mais plus souvent a la
fin de. 1’infection, ou tout au moins d’une ondulation thermi-
que — plus rarement apres la guerison apparente. II s’accompa-
gne parfois de troubles neurologiques : aphasie, hemiparesie,
paresthesies, epilepsie, plus souvent peut-etre radiculo-nevrite
(realisant un syndrome de Korsakoff), parfois de reactions
meningees.
Si le pronostic de ces troubles psychiques en eux-memes est
favorable, leur apparition au cours,, au decours, et surtout apres
la guerison apparente d’une melitococcie est generalement de
facheux augure.
M. Porot. — Des faits plus rares sont ceux ou les troubles
mentaux eclatent des le debut de l’atteinte melitococcique. Dans
le Bulletin de la Societe medicale des hopitaux paraitra prochai-
nement le cas d’un jeune homme que j’ai observe. II etait conva¬
lescent d’un traumatisme grave quand apparurent brusquement
des troubles mentaux identiques a ceux d’un frere traite a mon
insu dans le service des contagieux pour melitococcie. Par la
suite, tous les signes cliniques de cette infection apparurent, avec
reaction positive a la melitine.
M. Perrussel. — J’ai souvent constate l’existence d’une me¬
litococcie dans les antecedents de dements precoces en Tunisie.
M. Paul Ab£ly. — La melitococcie doit interesser d’autant
plus les psychiatres que les troubles cenesthopathiques dominent
souvent la symptomatologie et persistent pendant toute la conva¬
lescence. II serait interessant de savoir si l’aboutissant ne peut
pas etre un syndrome de psychose hallucinatoire chronique.
M. Porot. — J’ai vu deux cas de delirants chroniques atteints
de melitococcie.
M. H. Roger. — Je n’en ai jamais vu.
M. G. Petit. — J’ai vu un cas de psychose maniaque-depres-
sive a acces espaces par de longs intervalles lucides, apparaitre
chez un sujet peu apres une atteinte de melitococcie.
SEANCE DU 25 MAI 1936
Anxiete chez un deprim6 hypochondriaque. Heureux effet
de la vagotonine, par MM. J. Hamel et R. Buisson.
II s’agit d’un jeune soldat, Frederic J..., age de 21 ans, dont
wici, brievement resumee l’histoire clinique. Fils unique d’une
mere en bonne sante et d’un pere tue a la guerre, il aurait eu
une enfance normale. On peut simplement noter une enuresie
jusqu’a l’age de 10 ans, indice de fragility nerveuse.
J..., intelligent et travailleur, possedant une bonne instruction pri-
maire, exerce le metier d’ajusteur-mecanicien jusqu’a Page de 19 ans,
mais, par suite de chbmage, il s’engage au 22s B.O.A.
Ce n’est qu’a cette epoque que ce jeune soldat, jusqu’alors normal,
serait devenu de plus en plus triste. Des le debut de son service
militaire, en effet, a la suite d’une angine pour laquelle il fut soigne
a 1’infirmerie pendant trois semaines, notre jeune malade presente, a
deux reprises, a 15 jours d’intervalle, des incidents tres penibles
d’anxiete paroxystique avec crainte de mort imminente. « C’etait
une sensation indefmissable qui lui montait de la colonne vertebrale
dans la fete, plus specialement dans la region frontale, avec crainte
et meme tendance a la chute.
Ces paroxysmes, decrits par Mourgues sous.le nom de crises de
« Kakon », laissaient a notre sujet une grande impression de fai-
blesse ; il se debattait dans son lit sans pouvoir se lever, se sentant
comme paralyse. Neanmoins, il continue pendant 10 mois a assurer
son service militaire, tant hien que mal, tout en se plaignant regulie-
rement de sa sante.
Pendant toute cette periode, il nous affirme avoir presente une
temperature subfebrile, ce qui lui valut de frequentes exemptions de
service, ainsi. d’ailleurs qu’une certaine meflance de la part de ses
chefs. (Cette affirmation est vraisemblable, car il presenta un febri-
cule analogue jusqu’a ces derniers temps). Traite frequemment a
l’infirmerie pour bronchite (?) et nervosite, il ne fit pas de manoeu¬
vres.
Cependant, son etat.de depression ne fait qu’augmenter, la cepha-
lee s’installe apres 1’anorexie et la rachialgie. Un amaigrissement de
pres de 14 kilogs, en moins d’une annee, le fait envoyer a l’hopital
militaire de Strasbourg, d’ou il sort ameliore, grace a un traitement
reconstituant d’une duree de quatre semaines. Neanmoins, il va
consulter deux medecins civils qui porterent le diagnostic d’appen-
dicite chronique.
Cette amelioration ne fut que passagere, puisque, huit jours apres,
il est envoye a I’Hopital militaire de Metz et de la. dirige sur le centre,
de neuro-psychiatrie de la 20e region..
824 S0C1ETE MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE
Des lors, son etat d’inquietude empire et determine une fugue
anxieuse, au cours de laquelle il se rend chez ses parents pendant
huit jours. Reintegre a l’Hopital militaire, il est isole. C’est a cette
epoque que se placent de nombreux paroxysmes anxieux, au cours
desquels il tente plusieurs fois de s’etrangler, apres avoir redige un
testament en bonne et due forme.
Il est alors envoye a l’Asile de Mareville le 21 decembre 1935.
A l’entree, ]e malade repond correctement et sans reticence a tou-
tes nos questions. C’est lui-meme qui nous fournit tous les renseigne-
ments sur ses antecedents et l’histoire de sa maladie. Bien qu’il
s’efforce de sourire, il exprime continuellement des idees delirantes
hypochondriaques :
« J’ai beaucoup change ; je me reconnais difficilement ; mon vi¬
sage n’est plus le meme ; j’ai des crises cardiaques de 204 batte-
ments ; mon foie est tres enfle ; mon estomac et mes intestins ne
fonctionnent pas ; j’ai egalqment une bronchite chronique, ainsi que
du rhumatisme dans les jambes et au niveau des epaules ; j’ai des
craquements dans la tete, mes yeux sont enfonces, ils me font mal
et sont comme morts actuellement. »
A cote de ces idees delirantes hypochondriaques, on note un sen¬
timent de prejudice et des craintes d’incurabilite avec peur et desir
de la mort.
On ne peut mettre en evidence aucune idee d’auto-accusation ou
d’indignite, ni troubles psvcho-sensoriels. Par centre, existe une
ebauche d’aggressivite et des tendances revendicatrices a l’egard
des medecins militaires « qui l’ont mal soigne ou plutot qui ne
1 ont jamais soigne ». Des sa sortie, il ira « s’expliquer » avec le
medecin-chef et le commandant de son regiment. Au point de vue
psychique : langue saburrale avec constipation habituelle et ten¬
dance aux vomissements. On note une certaine diminution du tym-
panisme normal dans toute la partie inferieure de l’abdomen, avec
leger empatement de la region appendiculaire et point douloureux
a la palpation profonde.
Aucun signe neurologique, a part des reflexes patellaires vifs. De
plus, cephalee en casque, insomnie, anorexie.
Les differentes recherches de laboratoire et la radioscopie thora-
cique donnent un resultat entierement negatif.
J... reste tres deprime dans les premiers jours de son internement
et presente des crises d’anxiete subintrantes, n’entrainant pas de
reactions importantes, sans doute grace a la vigilance des inflrmiers.
Voici le traitement qu’il a subi : du 25 decembre au 15 janvier
1936, il refoit quotidiennement une ampoule de 2 cc. de serum
nevrosthenique, ainsi qu’une ampoule de 5 cc. de Cinnozyl. Il se pro-
duit une amelioration nette de l’etat physique (augmentation de
poids de plus de 2 hgr.), mais sans modification nette de l’etat mental.
A ce moment, devant la persistance des manifestations anxieuses.
SEANCE DU 25 MAI 1936
825
nous pensons a essayer la vagotonine. Pendant une semaine, le ma-
lade refoit chaque matin une dose de 10 gr. de sulfate de soude et
est soumis a un regime lacto-vegetarien.
Le 23 janvier, debut du traitement : deux ampoules de vagotonine
(une le matin, une le soir pendant 10 jours). Le traitement est entre-
pris avec les precautions habituelles, c’est-a-dire avec un regime
riche en hydrates de carbone (en particulier : riz au lait bien sucre
a chaque repas).
Des la seconde injection, reaction vaso-motrice tres importante
avec sensation de bien-etre, transformation brusque de 1’etat mental,
par disparition presque totale de 1’anxiete. Le traitement est suspendu
le 1" fevrier pour essai. L’etat mental est nettement ameliore, le
malade se leve et demande a travailler. Un traitement psychothera-
pique associe a quelques stimulants de l’appetit constitue la seule
therapeutique. L’amelioration se maintient jusqu’au 6 fevrier, puis
le malade retombe dans un etat de depression, mais beaucoup moins
marque que le precedent.
Le 10 fevrier, on reprend le traitement : nouvelle amelioration
nette des le quatrieme jour, a partir duquel on diminue la dose de
moitie, dans le but d’augmenter la duree du traitement. En meme
temps, en raison des signes gastro-intestinaux et du febricule si¬
gnals, on donne du Bacte Intestiphage. C’est alors que l’on voit, au
bout du cinquieme jour, la temperature tomber pour la premiere fois
a la normale.
Etat actuel. — Le 4 mars, le patient, dont la transformation, tant
physique que psychique, est un fait evident, est neanmoins soumis
a un examen tres minutieux.
Au point de vue physique : etat general tres satisfaisant ; augmen¬
tation de poids de pres de 10 kilog. en deux mois. Le teint est rose,
la cephalee a disparu, le sommeil est normal, sans hypnotique. Les
troubles digestifs se sont amendes, il n’y a plus d’anorexie, mais la
langue est encore legerement saburrale en son centre et les signes
d’appendicite chronique persistent.
Au point de vue mental : anxiete totalement disparue, humeur plus
gaie, efforts d’amabilite, le facies est detendu. L’activite est a peu
pres normale, le malade s’emploie et se distrait. II entrevoit sa gueri-
son et son exeat pour la fin du mois.
Toutefois, il est important de noter la persistance d’un etat de
preoccupation hypochondriaque. F... J... reste persuade qu’il est
affaibli, « diminue » au quart de sa valeur anterieure. Neanmoins,
il lutte contre lui-meme et accepte avec reconnaissance les encoura¬
gements des medecins. En effet, ses lettres sont pleines de paroles
d’espoir et d’eloges pour le traitement qu’il a subi, mais cependant
on y voit toujours transparaitre l’element hypochondriaque sous
forme d’analyse tres poussee de son etat physique et de doutes ex¬
primes sur la sincerite de nos affirmations optimistes.
826 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Commentaires. — Ce malade evoque a nos yeux un des types
decrits par Abadie dans son discours d’ouverture du Congres de
Bordeaux. Quelle que soit l’opinion des auteurs sur la nature de
la constitution hypochondriaque, nous constatons chez notre
sujet d’une part un element affectif, l’hyper-emotivite, d’autre
part un element plus specialement intellectuel, paralogique, tres
voisin de l’attitude paranoiaque. Ce que nous voulons priciser
c est que notre malade n’est pas seulement un psycho-neurasthe-
nique, mais aussi un hypochondriaque.
devolution de la maladie s’est faite a la faveur d’un change-
ment d’existence, du passage d.e la vie civile a la vie militaire,
mais c est cependant une atteinte infectieuse (angine et appendi-
cite chronique simultanees) qui en a constitue 1’origine reelle
Les troubles neuro-vegetatifs qui ont accompagne cet etat infec¬
ts11* se sent concretises en ces crises terrifiantes que nous avons
signalees, et qui ont laisse chez lui une veritable anaphylaxie de
crainte.
Dans les 10 mois qui ont suivi, periode douloureuse pendant
laquelle les soins ont peut-etre ete par trop hesitants, s’est instal-
lee chez notre malade la conviction d’un etat pathologique tres
grave, en meme temps qu’apparaissait chez lui l’impression
puis la certitude qu’il n’etait pas l’objet de tous les' soins neces-
saires, d’ou ses revendications.
L etat actuel de notre jeune soldat nous apparait comme un
<< etat » sequelle. Nous avons l’impression que si l’anxiete avait
ete « le tout » de la maladie, nous aurions certainement obtenu
un resultat comparable a ceux cites par Combemale, Deschildre,
Mme Gardien et la guerison serait acquise.
Que reste-t-il en effet ? Nous croyons qu’il demeure d’une part :
Un etat de doute, temoin de la constitution psychique du sujet.
In etat de crainte, conditionne par le souvenir angoissant de
crises paroxystiques successives, ^dont les deux premieres ont
laisse en lui une empreinte qui ne s’efface que tres lentement.
Nous pensons que la vagotonine en maitrisant I’anxiete a sup-
prime le facteur d’entretien le plus important du trouble mental.
La psychotherapie peut faire le reste.
Notre impression est que la vagotonine qui n’a pas de contre-
mdication importante, surtout chez les sujets jeunes, constitue
une medication vraiment specifique de 1’anxiete. Partout oil nous
rencontrons ce dangereux symptome et particulierement dans la
demence precoce au debut, il nous parait legitime de renouveler
une experience aussi encourageante.
SEANCE DU 35 MAI 1936
827
M. Desruelles. — A propos de l’interessante observation que
vient de nous donner M. Hamel, je crois utile de rappeler que les
premiers essais de traitement des troubles mentaux par la vago^
tonine ont ete faits par le Pr Combemale et son eleve Dechildre,
et par Paul Abely. J’ai moi-meme communique a la Societe, il y
a plus de deux ans, les resultats fort encourageants obtenus dans
Panxiete. J’ai continue depuis, et Miiie Gardien-Jourd’heuil a
apporte une contribution tres importante a cette etude dans sa
these : « La vagotonine dans les etats anxieux ». Par P etude
fort soigneusement faite des reflexes oculo-cardiaques et solaires,
on pouvait esperer determiner a l’avance les cas d’anxiete qui
pourraient beneficier d’un traitement par la vagotonine. Je dois
a Pamitie du Pr Santenoise d’avoir pu traiter de nombreux cas
d’anxiete par la vagotonine, et d’avouer qu’il n’est pas possible
par l’etat des reflexes neuro-vegetatifs de determiner les cas ou
cette therapeutique est efflcace. II vaut mieux rester dans l’em-
pirisme, parce qu’il infervient peut-etre des « decharges d’adre-
naline » qui modifient ces reflexes a tout moment.
Comme dans l’observation de M. Hamel, quand la vagotonine
agit, elle ag-it souvent tres vite et d’une maniere evidente. Des les
premieres piqures, Panxiete disparait. II est curieux de consta-
ter que lorsque l’anxiete s’accompagne de troubles delirants,
on voit sous l’action de la vagotonine l’anxiete s’attenuer, alors
que les idees delirantes persistent. C’est done la une therapeuti¬
que efflcace et rapide de certains etats anxieux.
Nanisme achondroplasique ; Hyperorchidie : exhibitions
et bestialite sadique, par MM. J. Picard et G. Marquet.
Si l’etat mental des achondroplasiques a fait l’objet d’etudes
approfondies, quoique peu nombreuses, si les anomalies de la
sphere genitale dans la grande majorite des cas sont apparues
assez accusees pour constituer un trait special du comportement
habituel de ces nains micromeliques, nous ne pensons point
qu’aucune observation ait marque aussi nettement que celle que
nous allons rapporter l’accent sur l’element endocrinien fonda-
mental de ces troubles de la croissance, et Phyperorchidie plus
specialement.
II est inutile de reprendre ici la description symptomatique de
cette curieuse affection depuis que les travaux de Parrot et de
Pierre Marie lui ont conquis son autonomie par rapport au rachi-
tisme congenital. D’ autre part, la comparaison des configurations
828
SOCIETE MEDJCO-PSYCHOLOGIQVE
typiques de achondroplasiques avec la morphologie des bouffons
ae cour avait autorise une certaine assimilation entre l’etat psy-
chique de ces sujets, du fait de la conservation de leur intelli¬
gence, de leurs tendances facetieuses, de leur activite ludique, eu
bref, de leur comique hypomanie : ce sont des achondroplasiques,
le nain des festins de Veronese et le « el primo » de Velasquez.
Une curiosite vive, un enjouement plaisant sont etonnamment
constants chez ces malades, et le notre ne fait pas exception a
cette regie. II est rare, comme dans un cas recent de MM. Nove-
Josserand et Romagny, d’observer des associations de myxcedeme
thyroi'dien avec cretinisme. L’interet de notre cas, classiquement
tres pur, reside dans 1’evidente predominance des facteurs hypo-
physo-orchitiques et dans des reactions medico-legales precoces
et insolites. Sans doute, le malade lascif et libidineux de Parhon
et Shunda ne pouvait pas voir une femme sans se « friser les
moustaches », celle de Lauze se livrait a des gestes obscenes et
a une incoercible nymphomanie, celui de M. Apert se desolait
des malheurs et des peines qu’il causait a sa femme par ses
ardeurs genitales excessives, mais aucun dans la litterature ne
fut entraine a des debts sexuels.
Observation. — C’est a la suite d’un rapport medico-legal de l’un
de nous dans une affaire d’outrage public a la pudeur que B... Mau¬
rice, alors age de 17 ans, fut interne en octobre 1933. De longue date
ll etait de notoriete publique que le jeune B... presentait des perver¬
sions sexuelles rendant son sejoUr impossible dans aucune famille.
Ce sodt d’ailleurs les siens qui, de guerre lasse, en ont ete en partie
cause, par leurs plaintes. Ne pouvant le dominer, impuissants a obte-
nir son placement dans un etablissement special, ils se sont resignes
a la poursuite judiciaire, esperant ainsi le voir soit intimide par la
sanction penale, soit place dans une maison de redressement.
Les exhibitions publiques et repetees devant des femmes et des
enfants, faits retenus par l’instruction, ne sont qu’une faible part des
actes antisociaux habituellement accomplis par B... Aussi loin que
i’on remonte dans son enfance. Ton retrouve des tendances precoces
aux actes malins ou pervers : disttait a l’ecole, inattentif, instable il
s’en fait renvoyer a 10 ans parce qu’il se vante a ses camarades
d’avoir des rapports sexuels avec une petite fllle de son age L’insti-
tuteur coriflrme ces faits en ajoutant qu’il tenait ouvertement a ce
sujet des propos « a faire rougir un soudard ». Notons en passant
que des cet age il ne cherche pas a dissimuler, trouve cela tout natu-
rel, s’en amuse, ne comprend pas la punition. Comme, place par sa
famille dans des fermes, il se fait invariablement renvoyer ell-
s’efforce de le prefer a des personnes de conflance pour de menus
travaux en echange de sa nourriture. Il continue de se promener
SEANCE DU 25 MAI 1936
829
deculotte devant les servantes, de se masturber au vu de tout le
monde, de souiller de sperme le linge intime des femmes par ruse.
Sa malignite le pousse bien aussi a deteriorer des objets, a jeter des
<Kufs pourris sur 1’autOmobile de son patron, a declarer qu’il va se
divertir a mettre le feu sous le lit de la bonne et qu’il voudrait bien
voir flamber la maison ; mais sa predilection l’incite, faute peut-etre
On remarquera, quoique cette photographie ait ete prise apres le traitement
opotherapique, les malformations typiques des membres, la grosseur de
la tete, le developpement genital, de meme que l’expression enjouee de ce
de pouvoir satisfaire autrement ses desirs, a des actes de bestialite
plus ou moins sadique : il- tente et realise des rapprochements avec
les vaches accroupies ou couchees, au besoin juche sur une brouette
en raison de sa petite taille ; s’il a parfois blesse des vaches a coup
de fourche, c’est, dit-il, parce qu’elles l’avaient provoque par leur
coup de queue ou de pied ; de meme pour une truie qui ne survecut
point a ses outrages et a ses sevices. Passant enfin de 1’etable et de la
porcherie a la basse-cour, on le surprit bien souvent en train d’assou-
vir ses orgasmes avec les poules et les lapines, ce qu’il reconnait tres
830 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
complaisamment, sauf toutefois pour ces dernieres. II ne cache pas.
le plaisir qu’il ressentait dans I’accomplissement de ces obscenites.
tout en obeissant a ce besoin imperieux quoique non obsedant, et
tout en regrettant de facon apparemment sincere de deplaire de la
sorte a ses parents.
Quoique 1'onanisme du sujet se soit revele ires, precocement (vers
Ja 9e annee) et ait revetu un type d’hyperorchidie continue, il semble
que revolution genitale de cet achondroplasique se soit emaillee de
yeritables paroxysmes hyperorchidiques assimilable* aux syndromes
etudies par Carnot et Baufle. Le systeme genital est tres developpe
et la ete de fort bonne heure ; les testicules bien descendus sont
yolumineux ; le penis de forte taille. Les caracteres sexuels secon-
daires sont tres accuses : expression et voix viriles, ebauche de barbe
(rasee sur la photographie), toison pubienne abondante.
Aat*ce*ents‘ ~ Rien de bien notable a ce point de vue. II n’existe
pas d achondroplasique parmi les ascendants ou les collateraux ni
de geants, ni d’acromegales. Aucune tare hereditaire, aucune notion
de psychopathic familiale. Une tante maternelle de B..., de conduite
plutot legere, fut placee dans sa jeunesse dans une maison de redres-
sement.
Notre petit malade aurait, quant a lui, presente des convulsions,
frequentes et nombreuses a l’age de deux ans, en suite de quoi il.se
serait mal developpe, ce qui laisse a penser qu’une atteinte centrale
ait pu se produire a cette epoque. Par la suite, il a presente une rou-
geole benigne.
Examen morphologiqne. - C’est a un veritable nain que nous
avons a faire, a un nanisme microrhizomelique. La tete enorme est
disproportionnee pour le reste du corps ; le tronc est normal malgre-
aplatissement du dos, I’ensellure lombaire et la preeminence des
fesses. Aucun chapelet costal n’est perceptible a la perception. Les
bras sont tout courts par rapport aux avant-bras et les jambes
cagneuses forment des parentheses. La musculature est bien deve-
loppee : c’est le petit athlete classique. Les examens radiographiques,
faits par le Dubois, permettent de deceler les deformations de
1 humerus avec hypertrophie epiphysaire et courbure de la diaphyse
et la pathognomonique elevation du perone jusqu’au niveau de la
face articulaire du plateau tibial.
Les mensurations confirment ces donnees : la taille, qui etait de
r anS’ maintenant 4 21 et a la suite du traitement
J Tpi PT ;,r„de 19 tSte 6St de 61 cm’ La Io"Sueur du bras
est de 21 cm., celle de 1 avant-bras de 24 cm. La longueur des cuisses
(32 cm.) par rapport aux jambes (29 cm.) est moins disproportion-
nee, mais il n a pas ete tenu compte de l’incurvation de ces dernie-
vSbi gUre d’Un Petit h0mme grotesque, fortement
virilise, auquel une personne non avertie serait en peine de donner
un age exact. L examen somatique ne permet de reveler aucune lesion
des divers appareils. Les reactions humorales sont negatives Le
SEANCE DU 25 MAI 1936
831
corps thyroide est de volume normal. Aucune bouffissure des traits
n’est constatable.
Examen mental. — Deux caracteres principaux frappent dans le
psychisme de ce nain : une hypomanie enjouee ; du puerilisme
accompagne d’une certaine instability du comportement. Ce serait
toutefois une erreur d’attribuer a ce dernier symptome la valeur
d’une arrieration intellectuelle. Sa faible et mauvaise frequentation
scolaire ne lui a pas permis un developpement normal, mais a l’asile
il a su s’adapter intelligemment et fait un excellent apprenti cordon-
nier. Enfin l’epreuve classique des tests Binet-Simon lui fixe un age
mental entre 12 et 15 ans. Tres syntone, son affectivite n’est pas per-
turbee : il ecrit souvent aux siens et manifeste de l’amour-propre
dans son travail. Sa curiosite eveillee lui fait attendre avec impa¬
tience les seances de cinema et ses preferences se marquent pour
les films de voyages. Dans ses moments d’inoccupation cependant il
temoigne du plus grand enfantillage : il leehe les vitres, s’amuse avec
tout et rien, regrette parfois de n’avoir pas fait un clown. Aucune
tendance au travestissement n’a ete son fait.
Essai de traitement. — Sans espoir serieux, nous 1’avons soumis en
decembre dernier a une serie de six injections de vingt unites de
lobe anterieur de l’hypophyse. Il mesurait au debut du mois 1 m. 27.
A notre grande surprise, en fin janvier, sa faille etait passee a
1 m. 32, avec des poids respectifs de 44 a 46 kgs. Il niesure actuelle-
ment 1 m. 34 et pese 47 kg. 200. Il est a noter qu’aucune excitation
genitale n’a coincide avec ces modifications ; au contraire, les ten¬
dances a la masturbation ont paru diminuees.
A plus d’un egard, cette observation nous parait fort instruc¬
tive. Du point de vue semeiologique, c’est intentionnellement
que nous avons parle d’exhibitions et non d’exhibitionnisme.
Dans ce cortege de perversions sexuelles, ces actes prennent la
signification d’un erotisme excessif et ne sont ni limites dans
leurs manifestations ni contraints dans leur mode d’apparition.
La recherche voluptueuse procede de mobiles hedoniques qui se
fortiflent dans des plaisirs cruels. Cet hypervirilisme qui, ce qui
n’est pas indifferent, ne s’est jamais traduit dans l’electivite de
l’appetit genital, meme dans les actes de bestialite que par une
rigoureuse heterosexualite, ne saurait, croyons-nous, ne point
relever directement des crises d’une hyperendocrinie orchitique.
Cette hyperendocrinie va fort bien de pair avec les troubles de
la croissance de l’achondroplasie. Dor et Maisonnave avaient
meme pu obtenir une diminution de la taille en injectant de
1’orchitine a des animaux. Mais il est possible que cette hyper-
orchidie soit, elle-meme, sous la dependanee d’un hypofonetion-
nernent du lobe anterieur de l’hypophyse, contrairement aux don-
832 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
nees qui veulent que l’hyperhypophysie anterieure soit stimula-
tnce des fonctions genitales, ee qui est surtout vrai pour les hor¬
mones feminines. II est certain que, dans notre cas, le peu d’in-
jections d’extraits du lobe anterieur qui orit ete faites (et nous
les contmuerons) ont suffi a declancher, en meme temps qu’un
processus osteogenetique accelere, une apparente diminution de
1’ardeur genitale. Ainsi s’expliquerait, ce sur quoi l’un de nous a
recemment insiste, l’hyposexualite des acromegaliques.
La notion de convulsions infantiles doit en outre etre retenue
chez cet achondroplasique : elles localisent le debut des anoma¬
lies constatees, et, a defaut d’autres anamnestiques, plaident en
faveur de la theorie toxi-infectieuse de la pathogenie de ces
nanismes.
Syndrome de delire aigu chez un predispose. Succes d’un
traitement par le carbone intraveineux, par ME J. Picard
et G. Marquet.
; ^ syant d’autre intention par cette breve communication que
d attirer l’attention sur l’efficacite d’une methode qui a deja fait
ses preuves dans d’autres domaines de la pathologie, nous vou-
dnons, ce faisant, en montrant tout l’interet qu’on en peut tirer
dans le traitement des psychoses infectieuses, inciter le plus
grand nombre possible d’experimentateurs a controler les resul-
tats heureux que peut reserver la granulotherapie. L’idee nous
est venue en effet d’etendre a la therapeutique psychiatrique ce
traitement qui nous avait reserve un succes inespere dans une
septicemie mabgne (1). Nous esperons ulterieurement rapporter
des resultats d’ensemble d’investigations qui, pour etre infiniment
satisfaisantes, demeurent fort limitees.
Orservation. — Le malade B... Albert, qui fait l’objet de cette
communication, age de 34 ans, a deja ete interne deux fois a I’Asile
et presente un etat congenital d’imbecillite avec des manifestations
comitiales surajoutees lorsqu’il se livre a des abus de boisson. C’est
un etre primitif des plus frustes, qui par deux fois a ete pousse, sous
Influence de 1’alcool, a des debts sexuels des plus banaux. Dans le
courant de l’existence, comme durant son service militaire, il se
comportait bien tant que fermement dirige et ses derniers patrons
le consideraient comme un excellent travailleur. Aucun antecedent
(1) Septicemie enterococcique maligne. Endocardite. pleuresie sero-fibri-
”936e’ M°deS d’aCti0D dU Carbone intraveineux. Le Progres medical, 23 mai
SEANCE DU 25 MAI 1936
special n’est connu. Au cours de ses sejours a l’asile, il a toujours
fait figure d’un degenere chronique de bonne sante generate suscep¬
tible d’une activite utile. L’examen neurologique du sujet, que nous
avons pu pratiquer des 1933, a toujours ete negatif, de ineme que les
reactions humorales.
Brusquement, le 2 mai dernier, il se montre profondement trouble,
tient des propos incoherents, s’enferme par moments dans un semi-
mutisme. La temperature est normale ; l’etat general sans modifica¬
tion. Il parait obtus, egare et, en vertu des anamnestiques comitiaux,
1’on pense tout d’abord a un equivalent tout a fait inaccoutume puis-
que depuis trois ans rien de semblable n’avait ete constate. L’agita-
tion persiste les jours suivants ; il veut s’en alien, balance, comme
certains idiots, sa tete a droite et a gauche, ne dort pas la nuit. Jus-
qu’au 7 mai, l’etat mental s’aggrave. La confusion devient de plus en
plus profonde. On doit le maintenir camisole de fa?on presque
continue. Un onirisme visuel terrifiant le harcele : son lit est entoure
de flammes, la maison brule, le feu va le devorer. Il fait de vains
efforts pour echapper a la mort imminente. La langue devient ires
saburrale, les levres sont seches, la soif est intense. La temperature
monte le soir a 37°6. Toils les traitements sedatifs sont inefficaces.
Du sulfate de soude administre des le debut puis du calomel restent
sans effet.
Le 9 mai au matin, la temperature est a 39°, le soir a 39°2. Le
tableau du delire aigu se precise. Des etats de fureur entrecoupes de
somnolence se declanchent. L’onirisme visuel est aussi terrifiant.
L’incoherence est maintenant complete. L’amaigrissement est rapide.
Les reflexes sont exageres. Les pupilles sont en myosis. La septicemine .
et le serum glucose sont inoperants.
Le 10 au matin, temperature : 39°7. Septicemine 20 cm3, serum
glucose 250 gr., des tisanes sont absorbees. Temperature le soir :
39“4. Aggravation des precedents symptomes. Inegalite pupillaire :
Le 11, temperature le matin : 39° 9. L’etat mental est maintenant
domine par l’etat general de plus en plus grave. Les yeux sont exca¬
ves et les paupieres pleines de pus. Haleine fetide. Epistaxis. Consti¬
pation opiniatre. Peau seche. Pouls : 96. Signe de Kernig avec raideur
du rachis. Abolition presque complete des reflexes osteo-tendineux.
Stupeur. Insensibilite. Impossibilite de toute alimentation meme
liquide. Vomissements.
Pas de signes de typhoide. Rate normale. L’hemoculture et le sero-
diagnostic, qui sont negatifs, le resteront par la suite. En raison des
signes meninges, une ponction lombaire est pratiquee : tension posi¬
tion couchee : 26. Liquide clair. Albumine : 0,50. Pandy : negatif.
Leucocytes': 2,6. Benjoin colloidal : 00000.02220.00000. — Hypergly-
corachie a 0,93 %.
Le diagnostic d’encephalite psychosique est porte, mais le pronos-
tic parait si desespere que le malade re?oit 1’extreme-onction.
Ann. Med.-psych., XV' serie, 94° annee, t. I. — Mai 1936. 53
834
SOCIETE MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE
Le matin, une injection intraveineuse de carbone intraveineux de
5 cm8 a 2 % a ete pratiquee. Le soir meme la temperature est tornbee
a 38°4. Le malade s’eveille legerement et s’alimente un peu.
Le 12, la temperature est tonibee a 37°5. Le mieux s’afiirme. Les
signes de meningisme persistent et le malade s’en plaint douloureu-
sement lorsqu’il sort de sa torpeur. Les reflexes osteo-tendineux res¬
tent diminues, comme la sensibilite. Le Babinski est indifferent. On
constate, outre le Kernig, un signe positif de Bruzinski. L’inegalite
pupillaire est toujours remarquable. Nouvelle injection de 5 cm3 de
carbone intraveineux. Le soir : 38°1. Pouls : 72. T.A. : 16,7 — une
selle normaie. — Uree sanguine : 0,78 par litre. Examen hematologi-
que : hematies : 3.380.000. Leucocytes : 10.540, sans autre modifica¬
tion de la formule qu’une legere mononucleose a type de grands mo-
nonucleaires : 6.
Le 13, temperature : 37°4 le matin, 38° le soir. Le mieux persiste.
Le malade, toujours stuporeux, peut s’asseoir un peu, la raideur de
la nuque et du rachis ayant diminue. II reagit ir.ieux aux excitations
exterieures. Continuation du meme traitement par le carbone.
Le 14 : meme etat. Meme traitement. Temperature : 38° le matin,
37°6 le soir. Nouvel examen du sang: hematies 4.480.000. Leucocy¬
tes 9.720. Formule leucocytaire normaie mais eosinophiiie legere : 9.
Le 15, temperature : 38°6. Etat general plus mauvais. Un abces de
fixation est tente. La temperature monte le soir a 39°. La langue est
rotie. L’agitation reprend avec onirisme visuel et auto-accusations
delirantes.
Le 16, temperature : le matin 40°, le soir 40°5. Pouls 98. Langue
fuligineuse. Retour des symptomes meninges, Nouvelle injection de
carbone et de 500 cm3 de serum glucose.
Le 17, temperature : 38°6 le matin, 39° le soir. Nouvelle injection
de carbone. Apparition d’une escharre sacree. Diminution des re¬
flexes osteo-tendineux. Phenomenes paretiques des membres infe-
rieurs.
Le 18. Le matin 40° ; le soir 38 °2. Meme traitement. La fievre peut
etre attribute a l’abces de fixation qui d’ailleurs n’evoluera pas. Le
carbone n’est plus injecte que tous les deux jours.
Les jours suivants les phenomenes s’amendent tout a fait. La stu-
peur diminue. Les signes meninges disparaissent les premiers. La
temperature, apres deux oscillations a 38° 2, redevient normaie. L’ine¬
galite pupillaire disparait. Les phenomenes paretiques retrocedent.
L’escharre se cicatrise.
Le malade encore deprime s’anime et ne delire plus. II peut etre
considere comme convalescent malgre la surveillance qui s’impose
encore. Toutefois il persiste le 22 une hyperglycorachie a 0,70.
Nous eussions pu nous etendre longuement sur ce cas : le diag¬
nostic s’impose. Tout laissait a prevoir une evolution rapide vers
SEANCE DU 25 MAI 1936
835
la mort. Les injections de carbone intra-veineux ont semble,
apres echec des autres medications, operer une veritable resur¬
rection du malade, supprimer la pyrexie, faire retroceder les
symptomes nerveux. L’efficacite de cette methode dans un delire
aigu soulignerait, s’il en etait besoin, l’origine vraisemblable-
ment infectieuse des delires aigus des encephalites psychosiques.
Mile Cullerre. — Dans un cas d’encephalite azotemique, le
carbone ne nous a rien donne. II est vrai que l’intensite des trou¬
bles etait extreme et que le malade etait a l’agonie quand on
nous a appelee aupres de lui.
La seance est levee a 19 heures 20.
Le secretaire des seances,
Paul Ab£ly.
SOCIETES
Societe de IMeurologie de Paris
Seance du Jaiidi 7 Mai 1936
Presidence : M. TINEL, president
Les troubles labyrinthiques dans les tumeurs du cervelet
et du IVe ventricule, par MM. Aubry et Jean Lereboullet.
Les auteurs ont etudie les troubles labyrinthiques dans 24 eas de tumeur
du cervelet et du IV0 ventricule, verifies anatomiquement. Us ont constate
que la symptomatologie lahyrinthique obeissait aux regies generales de la
symptomatologie nerveuse. Dans les tumeurs situees loin des centres vesti-
bulaires, l’appareil. cochleaire est normal et il n’existe aucun signe vesti-
bulaire central spontane, aucun signe vestibulaire de deficit aux epreuves ;
au contr&ire, dans les tumeurs comprimant ou envahissant la zone vesti¬
bulaire, on observe des symptdmes de deficit : atteinte de 1’appareil coch¬
leaire, signes vestibulaires spontanes donnant lieu a un syndrome vesti¬
bulaire central typique, symptomes d’inexcitabilite vestibulaire. Ces symp-
tomes de deficit, qui localisent la lesion au voisinage immediat des
centres bulbaires, ont une valeur pronostique defavorable.
Tumeur du raohis seoondaire a un kyste du thorax,
par MM. Th. de Martel, Guillaume et Thurei..
Reaction myotonique isolee des flechisseurs de la main,
par M. G. Heuyer, Mm° Houdinesco et Mme Lesueur.
II s’agit d’une fille de 16 ans ayant une reaction myotonique isolee des
flechisseurs des mains et des doigts.
La percussion d’un certain nombre de muscles provoque une contraction
SOCIETES
rnpide, suivie d’une decontraction lente (eminence thenar, jamhier ante-
X’ieur, deltoi'de, trapeze).
L’examen electrique revele une reaction myotonique-type pour les
grands palmaires.
L’absence de signes associes ne permet pas d’affirmer avec certitude
l’etiologie de cette myotonie isolee.
Syndrome adiposo-genital. Traitement specifique. Guerison,
par MM. J. Lhermitte et Albessar.
Un jeune gargon de 13 ans presente une aplasie sexuelle avec adiposite
du type cerebral, compliquee de polyurie, polydipsie, polyphagie, somno¬
lence diurne, asthenie, arret du developpement intellectuel. La radiographie
de la selle turcique ne decele rien d’anormal sauf une pachybasie sellaire.
La reaction de B o rdet-Wa s s erm a n n est negative. Malgre l’absence d’indi-
cation etiologique, le traitement specifique est institue. Cinq mois apres,
le malade est ameliore et, a la fin de la premiere annee, la transformation
est complete. Un an et demi apres le debut du traitement, la guerison est
complete. II faut ajouter que l’opotherapie mixte fut associee a la medica¬
tion specifique, mais le defaut de toute demonstration de 1’effieacite de
1’opotherapie dans le syndrome de Frohlich permet aux auteurs de penser
que, dans ce cas, la guerison doit etre attribuee a la medication specifique.
Etat des reactions vestibulaires dans l’intoxication ethylique chronique,
par MM. J. A. Barre et O. Metzger (de Strasbourg).
Les auteurs rapportent le resultat des observations cliniques et instru-
mentales qu’ils ont poursuivies chez soixante ethyliques averes dont
39 etaient atteints de polynevrite ethylique a des degres varies.
D’une fagon generale, ils peuvent formuler qu’il n’existait aucun des
signes cliniques classiques d’excitation anormale de l’appareil vestibulaire.
Par contre, dans 40 cas, c’est-a-dire dans 66,6 0/0 des cas, l’epreuve rota-
toire etait franchement troublee .dans le sens d’une hypo-excitabilite de
degre variable (nystagmus post-rotatoire de 15” au. maximum jusqu’a
l’abolition complete). L’hypo-excitabilite calorique, constatee dans quelques
cas, coincidait avec l’hypo-excitabilite rotatoire beaucoup plus frequente.
La reaction galvanique fut toujours normale.
II est important de savoir qu’un nerf sensoriel est frequemment attaint
par l’alcool quand il y a polynevrite ou meme en dehors d’elle ; que les
polynev'rites ethyliques observees jusqu’a maintenant par les auteurs ne
modifient pas le reflexe post-rotatoire ; que certains ethyliques dont on
examine l’appareil vestibulaire a l’occasion de raisons variees (traumatis-
mes, etc.), peuvent avoir de l’hyporeflexie rotatoire qui revient a 1’intoxi-
cation ethylique ; que la lesion qui conditionne ce trouble doit sieger a
l’extreme peripherie du nerf vestibulaire, dans le labyrinthe posterieur.
En plus de deductions pratiques, ces resultats apportent des documents
qui pourront servir a comprendre mieux le mecanisme des epreuves rota¬
toire et galvanique.
Discussion : M. Lhermitte pense que le cerv'elet plus que le vestibule
est atteint dans l’alcoolisme aigu. II croit en outre que ce n’est pas l’alcool
S0C1ETES
838
lui-meme qui joue un r61e dans les polynevrites d’origine alcoolique, mais
peut-etre d’autres toxines, en particiilier hepatique, produite par celui-ci.
M. Thomas est du meme avis quant a 1’origine de ces polynevrites, car
il a toujours trouve des lesions hepatiques dans ces cas.
Tumeur angiomateuse du bulbe et du cervelet, par M. David.
L’auteur presente une malade, ayant ete atteinte d’une tumeur angioma¬
teuse multiple du cervelet et de la partie inferieure du bulbe, dont l’abia-
tion fut suivie d’une ataxie marquee, avec troubles du sens stereognosi-
que en voie d’amelioration.
De l’importance de l’oedeme cerebral dans les traumatismes craniens,
par M. Puech.
L’auteur rapporte le' cas d’un enfant de 18 mois, qui, a la suite d’un
traumatisme, a pi-esente des crises Bravais-Jacksoniennes avec hemiplegie
gauche. A l’intervention, pratiquee dans la croyance en l’existence d’un
hematome de la zone de Gerard Marchand, l’auteur a constate 1’integrite
de cette zone et l’existence d’un cedeme cerebral tres marque, ameliore
pendant l’operation.
Discussion : M. Petit-DutaiLlis rappelle avoir publie un cas semblable
a la Societe de Chirurgie et fait remarquer que la ponction lombaire, dans
ce cas-la, ne donne aucun resultat.
M. Lhehmitte rapporte le cas d’un adulte qui, a la suite d’un trauma¬
tisme, est mort d’un oedeme cerebral decouvert a 1’autopsie.
Le ramollissement laminaire de Pecorce cerebrale. Ramollissement
partiel localise a la IIIe ou a la Ve couche. Ses rapports avec la
disposition vasculaire du cortex, par MM. Th. Alajouanine et Th. Hornet.
Au niveau du cortex cerebral on peut trouver, en dehors des lesions
globales, certaines lesions qui se localisent a une de ses couches cellulai-
res en respectant les autres. Les lesions les plus connues sont les altera¬
tions des cellules nerveuses avec conservation des autres elements.
Les auteurs decrivent, a propos d’un cas, de veritables ramollissements
intra-corticaux, localises soit a la III' couche, soit a la Vc, tandis que les
cellules nerveuses situees au-dessus et en-dessous restent normales.
Le ramollissement laminaire a une importance pour la comprehension
de la disposition vasculaire de l’ecorce et est en faveur de l’existence des
reseaux autonomes fonctionnellement pour chaque couche cellulaire.
Dans la clinique on peut se demander si l’atteinte d’une couche cel¬
lulaire, ne donne pas des symptdmes differents de celles de l’atteinte
globale de l’ecorce.
Maurice Leconte.
SOCIETES
Societe de Medecine legale de France
Seance da 11 Mai 1936
Presidence : M. LECLERCQ, president
One autoevisceration considered comme un crime, par M. Triqueneaux.
M Triqueneaux rapporte le cas d’une cabaretiere qui se suicida d une
etrange faeon. Le corps de cette femme fut decouvert sur le parquet de son
logis, portant une plaie de l’abdomen de 21 cm. de long, avec un tres large
delabrement de la parol. Sur une table voisine on trouva une volumineuse
masse de visceres, pesant 1.550 grammes et composee de sept fragments
d’epiploon, de deux fragments d’intestin grele et de mesentere dilascere.
On crnt d’abord a un crime, mais l’enquete permit d’etablir qu’il s’agissait
d’un suicide execute par une alcoolique presentant un delire melancolique
et craignant d’avoir a subir une operation abdominale. Elle avait declare
auparavant : « Je ferai le travail moi-meme ». M. Triqueneaux insiste sur
l’importance des lesions abdominales, sur la possibilite pour un individu
de pratiquer sur lui-meme d’aussi cruelles mutilations et sur la duree
considerable de la survie.
Frirotirg-Blanc.
Societe de Medecine Mentale de Belgique
Seance du 25 Avril 1936
Presidence : M. VERMEYLEN, president
Contribution a l’etude du syndrome denomme : « mains et pieds
en fourche », par MM. G. Muyle et R. Batselaere.
Les auteurs rapportent deux nouveaux cas de ce complexe symptomatique,
dont il existe, decrits dans la litterature, une centaine de cas, observes
dans environ cinquante families..
II s’agit de deux sujets masculins, cousins sous-germains, ages respec-
840
SOC1ETES
tivement de 51 et de 23 ans, oligophrenes restes sans descendance et comp-
tant parmi leurs collateraux plusieurs malades mentaux. Outre une combi-
naison d’ectro-, de clino- et de syndactylies aux quatre extremites, ils pre-
sentent des malformations osseuses du crane, de l’osteoporose, des troubles
trophiques des ongles.
De 1’etude tres complete de leurs cas personnels et des donnees de la
litterature, les auteurs retiennent : 1° la transmission de Panomalie par
l’homme, qui est plus frequemment atteint que la femme ; 2° le caractere
dominant de la dystrophie dans un grand nombre de cas ; 3° dans une
meme famille, l’atteinte preponderante des aines ; 4° Patteinte plus fre-
quente des mains et plus profonde des pieds ; 5° l’absence frequente de
symetrie dans le caractere des lesions a droite et a gauche ; 6° Patteinte
preponderante du second rayon digital, quand I’ectrodactylie ne se limite
pas au troisieme ; 7° l’atteinte du premier rayon digital quand il y a ectro-
dactylie marginale ; 8° la frequence des tares degencratives familiales, de
1’oligophrcnie et des malformations squelettiques associees, nolamment au
niveau du crane.
Sur la teneur du sang en tryptophane dans les maladies mentales,
par MM. Massaut et Mathieu.
L’intervention probable des acides amines et notamment du tryptophane
dans la pathogenie des processus d’amyloi'dose cevebrale, ont conduit les
auteurs a doser ce corps dans le sang de 25 malades mentaux, comprenant
6 cas de demence senile et 19 cas divers (imbecillite, demence precoce, alcoo-
lisme, melancolie). Le principal resultat de cette recherche est que les taux
de tryptophane les plus eleves ont ete rencontres chez les sujets atteints
d’hypertension arterielle, quelle que soit la maladie mentale dont ils sont
atteints. L’amyloidose cerebrale ne serait done pas en rapport avec un trou¬
ble general, mais il se peut qu’elle depende d’un trouble humoral local.
*
Cholesteatome du cervelet, par M. P. Divby.
Il s’agit d’un malade dont l’affection evoluait depuis de nombreuses
annees. Depuis 1925, 1’attitude particuliere de la tete avait fait songer au
diagnostic de syndrome de Klippel-Feil ; puis l’eventualite d’une tumeur de
l’hypophyse avait ete envisagee. Le malade fut perdu de vue, mais 1’autopsie
put neanmoins etre pratiquee recemment et revela une enorme tumeur
cerebelleuse formee de nodules juxtaposes contenus dans une coque
d’aspect nacre, caracteristique du cholesteatome. L’examen histologique
conflrme ce diagnostic en montrant les trois couches, conjonctive, epithe-
liale et cornee, dont la premiere resulte de la reaction du tissu environnant.
Maladie de Dercum avec troubles mentaux predominants,
par MM. Vermeylen et Heernu.
Presentation d’une malade chez laquelle on vit se developper, au cours.
de 1’evolution d’un syndrome melancolique attribue a la menopause, un
enorme bourrelet graisseux abdominal, tres douloureux a la palpation. La
malade fait partie d’une famille de sujets generalement obeses, mais elle
est la seule qui presente les symptdmes de 1’adiposite douloureuse.
SOCIEl'ES
L’asthenie et la depression psychique confirment le diagnostic de maladie
de Dercum.
Les auteurs diseutent le role des episodes febriles dans l’apparition de
cette forme d’adiposite, et signalent qu’un traitement au dinitrocresol a ete
bien supportc bien que la malade fut atteinte egalement de diabete.
Societe Beige de IMeurologie
Seance du 25 Avril 1936
Presidence : M. P. ENDERLE, president
Ictus apoplectiforme suivi d’acalculie avec dyslexie et dysgraphie,
sans aucun autre trouble de la serie aphasique, chez un polyglotte,
par M. Jacques Ley.
Presentation d’un malade de 59 ans, qui, a la suite d’un leger ictus, se
trouva totalement incapable de mauler les chiffres et avait oublie jusqu’aux
resultats les plus elementaires de la table de multiplication. A cote de cette
acalculie totale il existait des troubles paralexiques et paragraphiques, a
peu pres equivalents dans les quatre langues que le malade connait.
Au point de vue neurologique : legere hemiparesie droite et legere dysar-
thrie aux mots d’epreuve ; pas d’apraxie, pas d’hemianopsie. L’ensemble du
syndrome est actuellement en voie d’amelioration.
L’interet du cas reside dans le fait qu’a aucun moment le sujet n’a pre¬
sente le moindre trouble aphasique proprement dit : pas d’oubli du vocabu-
laire, de paraphasie ni de troubles gnosiques, auditifs ou visuels, integrite
de la memoire et de 1’intelligence generate.
Syndrome protuberantiel, par MM. H. Baonville, M. Moreau et J. Titeca.
Presentation d’un homme de 54 ans, atteint de syphilis, qui a la suite
de plusieurs ictus fut atteint d’hemiplegie alterne : paralysie des membres
du cote droit et paralysie faciale gauche de type peripherique. Plus tard il
fit une hemiparesie gauche et presenta des mouvements choreiques a grosse
amplitude dans le bras droit, des troubles de la phonatiou, de la deglutition
et des reactions labyrinthiqueg a gauche. Les sensibilites sont normales ; il
existe de gros signes pyramidaux, notamment un clonus inepuisable de la
main et un reflexe palmo-mentonnier. Des crises de rire et de pleurs spasmo-
diques et des troubles mentaux sont venus compliquer le tableau.
SOCIETES
812
Tumeur epiphysaire ; envahissement des ventricules cerebraux,
par M. J. De Busscher.
Etude anatomo-clinique du cas d’une jeune fille de 26 ans qui se pesen-
tait, au debut de son affection, comme une nevropathe, et chez laquelle on
vit eVoluer un syndrome cerebelleux droit typique, mais sans nystagmus,
avec ulterieurement des signes d’hypertension iiltra-cranienne.
L ’intervention simplement decompressive sur la fosse posterieure fut
suivie d’un deces subit, probablement par engagement du lobe temporal.
L’autopsie revela l’existence d’un vaste pinealoblastome ayant prolifere
a la maniere d’un medulloblastome, par simple refoulement des tissus cere¬
braux, vers la region hypothalamique, et par les trous de Monro, vers les
ventricules lateraux.
L’auteur insiste sur l’absence complete de toute symptomatologie pineale,
ou meme para-pineale, au profit d’un syndrome cerebelleux droit, et sur
le caractere decevant de cette dissociation anatomo-clinique, dejouant tout
effort diagnostique.
Deux observations anatomo-cliniques de maladie de Landry,
par M. Callkwaert (fils).
II s’agit de deux cas de syndrome de Landry a evolution rapide sans
episode febrile, mais avec reaction meningee dans le second cas.
L’examen anatomo-clinique montre que le premier cas realisait lc type
polyomyelitique de l’affection, le second le type de myelite transverse. La
cause de ces myelites ascendant.es diffuse reste obscure.
Sclerose laterale amyotrophique a debut bulbaire,
par MM. J. Moldaver et J. Titeca.
Les auteurs attirent l’attention sur la forme bulbaire de la sclerose late¬
rale amyotrophique qui peut preter au debut a des difficultes de diagnostic.
II s’agit d’un homme de 41 ans, chez lequel 1’unique symptome morbide fut
pendant plusieurs inois une paralysie labio-glosso-laryngee, ayant debute
brusquement. Le tableau clinique ne s’est complete que six mois plus tard,
par l’apparition de troubles amyotrophiques et spasmodiques des membres.
Meningite pneumococcique traumatique, par M. Evrard.
Discussion du mecanisme de l’infection dans un cas de meningo-ence-
phalite a pneumocoques chez un gar?on de 14 ans ayant des antecedents
d’otite, et chez lequel la meningite apparut a la suite d’un traumatisme
cranien. La survie ne fut que de 4 jours.
J. Ley.'
ANALYSES
L1VRES, THESES, BROCHURES
PSYCHOLOGIE
X.’Ironie, jiar Vladimir Jankelevitch, (1 vol., in-16, 152 pages, in Noiwelle
Encyclopedic Philosophique, Felix Alcan edit., Paris 193li).
II est une ironie elementaire qui se confond avec la connaissance et qui
■est, comme Part, fille du loisir. L’ironie est bien trop morale cependant
pour etre vraiment artiste, comme elle est trop cruelle pour etre vraiment
comique. Dans un premier chapitre de ce tres interessant ouvrage, etudiant
successivement l’ironie socratique, interrogeante, dont Socrate est mort
apres avoir aneanti la securite trompeuse des fausses evidences, et l’inso-
lence cynique d’un Diogene, M. Jankelevitch fait remarquer d’abord que
le cynisme est toujours au bout de l’ironie. C’est une ironie frenetique, le
dilettantisme du paradoxe et du scandale. Et tandis que l’ironie socratique
conteste seulement l’utilite et la certitude d’une science de la nature, au
debut du xix' siecle 1’ironie romantique conteste l’existence meme de la
La conscience peut etre consideree comme une ironie naissante, un sou-
rire de l’esprit. La conscience ironique badine sur les choses mais n’est pas
tout a fait consciente tant qu’elle est dupe d’elle-meme. L’ironie est une
activite spirituelle inflnie et la conscience en devient le propre sujet. Car
Pironie sur soi est le resultat de 1’ « economic », ensemble des amenage-
ments temporels qui servent a « normaliser » notre tragedie interieure,
et de la « diplomatic » par l’art d’e'illeurer qui resume les ruses de PirO-
nie. Multiple et deliee, semblable a l’esprit de finesse, l’ironie freine notre
logique affective ; elle est la souplesse, c’est-a-dire l’extreme conscience, et
nous rend attentifs au reel. Elle mesure tout le chemin parcouru de l’instinct
guinde a la subtile intelligence. Le progres de l’ironie va du meme pas que
le progres de la conscience. L’ironie, c’est la liberte. C’est aussi la gaiete un
peu melancolique que nous inspire la decouverte d’une pluralite. II faut
choisir entre l’intimite et la justice : ironiser, c’est choisir la justice.
S 14
ANALYSES
Apres avoir ainsi decrit le « genre » de l’ironie, l’auteur differencie les
« visages » de 1’ironie et recherche comment 1’on peut distinguer la « reflexion
moqueuse » de la « reflexion serieuse ». L’ironie est une certaine fagon
de s’exprimer. C’est une variete de l’allegorie. C’est l’arabesque, c’est un
jeu avec les extremes, le mouvement dialectique qui relie les deux termes
les plus opposes d’une serie. Tandis que l’hypocrite est un mechant qui
veut paraitre bon, on pourrait dire que l’ironiste est plulot le bon qui se
donne l’air mechant. C’est une simulation plutot qu’une dissimulation.
Comme toute activite de jeu, elle double la conduite serieuse d’une
conduite seconde qui s’organise dans le loisir et la recreation. Mais elle est
intermediate entre le serieux du vecu et la gratuite des vains amusements.
Elle prend pour matiere les innombrables mensonges du moi et de la
societe. Elle doit etre tenue pour la medication specifique du scandale.
L’ironic, c’est l’imprevu et c’est le paradoxe. Par elle le lourd devient
leger et le leger ridiculement grave. Sa forme naturelle est la litote. Elle
ne veut pas tant exprimer que suggerer. II y a un silence ironique, tel le
silence de Socrate devant ses accusateurs. Comme la pensee mystique,
1’ironie est infmiment taciturne. Elle est laconique, discontinue. Le silence,
la reticence et l’allusion lui composent un visage bien a part. Elle sait
qu’on n’a pas besoin de tout dire et que, d’ailleurs, 1’esprit est inepuisable-
ment riche, beaucoup plus riche que le langage. Non seulement elle abrege,
mais elle morcelle. Elle nous preserve des routines, nous garde souples et
alertes en nous pliant a de douloureuses readaptations. Elle crible de ses.
flechettes acerees le manteau de nuages dont s’enveloppe le pathos. Elle
decourage la vaine prolixite.
Mais 1’ironie a aussi ses dangers et ses pieges. II est une ironie sociale
faite de railleuse urbanite et dont la sanction est le rire, ironie classique,
celle de Socrate, de Voltaire, de notre xvme siecle en general. Mais il en est
une autre, lyrique et romantique, qui n’a pas envie de rire et qui exalte,
au contraire, la solitude du moi. D’ailleurs si l’ironie fait rire, c’est sans
avoir envie de rire. Elle est moqueuse, mais sombre. Elle n’a pas davantage
envie de pleurer. Triste et moqueuse, gaie et melancolique, tres capiteuse
et tres froide, elle est, selon Henri Heine, semblable a un champagne glace
ou s’unissent deux climats contraires. Elle est au dela du pessimisme et
de l’optimisme comme elle est au dela du plaisir et de la douleur.
Jouant avec le feu, dupant les autres, elle se dupe parfois elle-meme.
Comme le cynique, l’ironiste, trop assure de sa propre indifference, devient
alors un trompeur trompe, LTn vertige l’cntraine : il se prelasse « sur la
litiere doree des songes ». Trop legere, trop intelligente, imponderable,
1’ironie risque aussi de se condamner elle-meme a la sterilite, Le « desin-
teressemept » ironique, hesitant, plus .tolerant que genereux, mene a
1’isosthenie aussi bien par le scepticisme que le relativisme, N’acceptant
aucune limite, voulant regner sur tous les possibles, l’ironie ne regnera
que sur des fantdmes.
Enfin, si l’ironie est le sens du detail, c’est aussi la pensee de 1’univer-
sel. Elle developpe en nous la conviction que le tout est aussi necessaire
que le detail est contingent. C’est l’optimisme du pessimisme. Ironiser,
c’est done comprendre et s’elargir pour resorber le « sporadisme » de
revolution et les disharmonies de l’existence. L’ironie observe mille nuan¬
ces que la moquerie sommaire ne connait pas : car celle-ci est une gaiete
selon la lettre, et celle-la une gaiete selon l’esprit. Elle joue un rdle capital
ANALYSES
dans riotre perfectionnement interieur. C’est un des visages de la pudeur.
Elle cache un grand fond de serieux.
Rene Charpentier.
La gratitude chez les enfants et les adolescents (Die Danlcbarkeit bei Kin-
dern und Iugendlicben), par Franziska Baumgarten, avec la collaboration
d’H. Nobs. Fasc. de 106 pages, A. Francke eiit., Berne, 1935.
Cette etude est la deuxieme d’une collection editee par l’auteur : Contri¬
butions aux recherches sur le caractere et la personnalite. Elle aborde un
domaine psychologique peu explore jusqu’ici, dans lequel les recherches
experimentales notamment sont inexistantes. L’auteur a voulu combler
cette lacune, il a apporte une contribution importante aux etudes de psycho¬
logic infantile, d’un grand interet au point de vue caracterologique et peda-
gogique.
Plus de 1.000 eleves des ecoles primaires et secondaires bernoises ont ete
soumis a plusieurs epreuves concernant la gratitude provoquee, le sentiment
spontane de gratitude, les rapports de la gratitude avec d’autres contenus
psychiques. Pour les details de technique, il faut se rdferer au texte ori¬
ginal. Les resultats sont schematises dans de nombreux graphiques : fre¬
quence des differentes formes de gratitude identifiees, par rapport au sexe,
a Page, au milieu scolaire, au developpement scolaire, relations avec les
desirs, l’interet, les facultes de comprendre la situation et d’etablir avec
elle un rapport affectif adequat.
Nous reproduisons textuellement les conclusions, reponses aux questions
soulevees dans les chapitres successifs : La gratitude parait etre, dans une
large mesure, un sentiment inne. Elle est rencontree, sous toutes ses for¬
mes, deja chez de jeunes enfants. La gratitude est un sentiment complexe,
compose des elements suivants : a ) plaisir procure par le bienfait regu ;
b) reconnaissance de la personne du bienfaiteur ; e) tendance a ffendre le
bienfait sous une forme quelconque. La forme de la gratitude considerce
comme la plus elevee, celle qui s’inspire de sentiments de lien affectif et
social (Bindungsdank), a ete rencontree chez les plus jeunes enfants exa¬
mines. 4 formes de gratitude ont ete identifiees : 1) verbale ; 2) materielle
(Sachdank) ; 3) affective-sociale (Bindungsdank) ; 4) utilitaire (zweckdien-
licher Dank), dont la manifestation profite au sujet reconnaissant lui-
merne ou au desir realise. On peut parler de formes primitives de la gra¬
titude en ce sens que certaines formes : affective-sociale et utilitaire, sont
plus frequentes chez les enfants ages. La forme affective sociale, dont la
frequence augmente avec Page, apparait comme une forme d’evolution.
Dans chacune des 4 formes identifiees, on distingue 2 types d’expression :
le type expansif, riche en manifestations, et le type pauvre en manifes¬
tations. Des differences appreciables sont notees entre les deux sexes. La
forme affective-sociale est observee plus frequemment chez les filles, son
developpement differe dans les deux sexes. La gratitude depend dans une
large mesure des sentiments sociaux ; elle est fonction des sentiments
sociaux et du sentiment de justice ; mais elle depend aussi de la comprehen¬
sion, de l’intelligence. La gratitude est done dans une certaine mesure edu-
cable, une meilleure comprehension permettant de mieux apprecier une
situation determinee et de manifester une reconnaissance plus adequate.
E. Bauer.
846
ANALYSES
PSYCHIATRIE
La schizophrenie et les etats schizoides dans le milieu militaire, par le
Dr Paul Faveret. These, 123 pages, Bose et Riou edit., Lyon 1935.
Dans ee travail, l’auteur s’est propose d’examiner dans quelles mesures
et dans quels cas les schizoides sont adaptables a l’armee et quelles
influences psychologiques peut produire sur eux le milieu militaire, mais
au prealable il a aborde la question suivante : lorsqu’une schizoi'die consti-
tutionnelle evolue vers la schizophrenie cbez un militaire, sous quelles
conditions cette transformation est-elle imputable au service ?
En principe, Revolution d’une schizoi'die constitutionnelle vers la schi¬
zophrenic, a l’occasion du service militaire, ne saurait etre imputee a celui-
ci. Si, en effet, le debut de la schizophrenie coincide souvent avec Page du
service militaire, il ne s’agit que du debut apparent et le service militaire
se borne souvent a reveler une metamorphose morbide deja commence,
mais masquee par des circonstances sociales favorables.
Dans son second chapitre, l’auteur envisage les cas de schizoidie consti¬
tutionnelle pour lesquels l’exclusion de Rarm.ee lui semble indispensable
et pour ces inadaptables il propose la classification suivante : 1) Etats
schizoides susceptibles d’evoluer vers la schizophrenie ; 2) Etats schi¬
zoides presentant des troubles intellectuals surajoutes (debilite mentale,
coloration paranoide) ; 3° Etats schizoides presentant des nuances aflt'ec-
tives speciales (boudeurs a type pseudo-pervers, psychastheniques).
Par contre, les veritables schizoides, dont la constitution est pure, peu-
vent s’adapter au milieu militaire grace a des mesures speciales de pro¬
tection, qui varient selon les cas individuels. Lorsqu’il n’existe pas de fac-
teurs psychologiques pre-etablis, qui rendent l’adaptation impossible,
l’armee de metier constitue une carriere tres favorable pour les schizoides
equilibres et adaptes dont l’apragmatisme se trouve protege ; souvent,
d’ailleurs, ceux-ci s’engagent parce qu’ils ont conscience de leur fragilite
affective.
D’une fagon generale, l’etude medico-militaire des constitutions psycho-
pathiques est indispensable, non seulement pour decouvrir les sujets ina¬
daptables a l’armee, mais aussi pour faciliter l’adaptation des petits psycho-
pathes par une orientation militaire appropriee a chaque cas particulier.
E. Larrive.
Les mesures de protection a Regard des pervers qui s’engagent dans
l’Armee, par le Dr Georges Fromaget. These, ^99 pages, Bose et Riou edit
Lyon 1935.
Dans ce travail, l’auteur, apres un rappel rapide de la definition clinique
du pervers, examine comment celui-ci entre dans l’armee et les raisons
pour lesquelles il ne peut s’adapter au milieu militaire.
C’est en general par engagement volontaire que les pervers entrent dans
Rarmee. C’est d’abord parce qu’ils envisagent deux avantages immediats :
la possibilite de choisir leur corps, l’obtention d’une prime importante
S’engager est parfois une necessite, tant pour ceux qui se sentent « en plein
dans la debine » que pour les recidivistes qui ont peur de la « relegation ».
La plupart voient dans le metier militaire une serie de satisfactions d’amour-
propre, une source d’aventures obtenues a bon compte. Pour d’autres, il
ANALYSES
847
s’agit d’engagements imposes par une famille qui, desesperant de faire quel-
que chose d’eux, veut essayer de les faire « dresser au regiment ».
Mais il est facile de prevoir que ces gens qu’aucune force n’a fait plier,
qu’aucune lbi n’a fait obeir, ne s’adaptefont pas plus a l’armee qu’ailleurs;
mais ce qui est plus grave, 1'armee subit de leur fait un grave prejudice.
II y a done un intent primordial a ce qu’un barrage soit etabli et pour
cela il est a souhaiter que des modifications soient apportees aux dispo¬
sitions legales existantes. L’auteur souhaite, en particulier, que l’examen
medical des engages ne porte pas uniquement sur l’aptitude physique, que
les enqufetes soient mieux orientees par un questionnaire plus precis et
qu’elles soient reglementairement l’objet d’un avis medical. Mais surtout
que Fengagement provisoire soit le mode unique de recrutemeut des engages.
Mais pour parfaire Foeuvre .de ces nouvelles mesures, il faudrait orga¬
niser des l’Sge scolaire le depistage des pervers, realisation qui n’a ete
realisee que dans quelques grands centres. Il serait bon enfin que l’auto-
rite militaire eut la possibility de se procurer la copie de la notice medico-
psychologique etablie par les centres de triage des mineurs delinquants,
lorsque son attention aurait ete attiree sur le passe d’un candidat a l’en-
gagement- E. Larrive.
HISTOIRE DE LA MEDECINE
Histoire illustree de la Medecine, par Rene Dumesnil. Preface du Professcur
Jean-Louis Faure, de l’Academie des Sciences et de l’Acade'mie de Medecine
(1 vol. in-4o, 260 pages, avec 130 illustrations en heliogravure. Editions d'His-
toire et d’Art. Librairie Plon, Paris, 1935).
Une histoire de la Medecine est, ainsi que l’ecrit l’auteur, faite des
explorations et des completes de la raison sur la superstition, sur 1 m-
connu, sur l’indetermine. Mais tout en empruntant chaque jour davantage
aux sciences qui l’enrichissent perpetuellement de precedes et de moyens
d’investigation ou de controle nouveaux, la medecine, sans se subordonner
a ses auxiliaires, n’en est pas moins demeuree un art oil la conscience et
la valeur professionnelle du medecin gardent toujours leur role essentiel.
Dans ce beau volume, remarquablement illustre, et pour lequel le Pro-
fesseur Jean-Louis Faure a ecrit une remarquable preface, M. Rene Dumes¬
nil, a la fois docteur en medecine et homme de lettres, nous donne une
histoire generale de la medecine depuis l’Antiquite jusqu’a la clinique mo-
derne, d’Hippocrate aux decouvertes pastoriennes, histoire accessible non
seulement aux medecins mais a tout « honnete homme ».
Get interessant ouvrage est divise en quatre parties successivement
consacrees a de clairs exposes sur la medecine antique, le moyen age et
la Renaissance, le dix-septieme et le dix-huitieme siecles, Revolution de
la medecine au xix” siecle, a travel’s lesquels on peut suivre le chemine-
ment de la raison, de la science, gagnant petit a petit, et souvent par
tatonnements successifs, du terrain sur Fempirisme. Car, conclut M. Rene
Dumesnil, la medecine reste un art, mais un art dont les progres se mesu-
rent au caractere de plus en plus scientifique qu’elle acquiert en s’appuyant
sur les sciences pour echapper a Fempirisme.
Rene Charpentier.
848
ANALYSES
JOURNAUX ET REVUES
NEURO-PSYCHIATRIE
La Narcolepsie (La narcolessia) par Pasquale Penta (Naples). Riuista di neu-
'p^TirT 1935’ P' ^ ^ 511’ °Ct0bre 1935’ p- 536 5 590 et decembre 1935,
II s’agit d’une importante monographie de 200 pages ou tons les prohlemes
que pose le syndrome de Gelineau sont envisages. Ce travail n’est pas seu-
ement une revue generale tres complete, il apporte une contribution d’ob-
servations personnels tres interessantes. L’auteur expose Phistoire Clini¬
que et biologique de dix cas longuement suivis et Studies. La premiere
observation est particulierement digne d’interet. II s’agit d’une narcolepsie
pour amsi dire « pure » ou « essentielle » survenue chez un jeune homme
£*°. anS-„En dehOI'S des crises narcoleptiques il y avait des manifestations
emctionnelles paradoxales et des acces de eataplexie, il existait egalement
des representations omriques diurnes vivaces, quelques troubles oculo-
rr%AU P01",de VUe SOmatitIue on a 110t^ 1’obesite, du tremblcment a
droite, 1 eosinophil, e, de la lymphocytose, une augmentation du taux de
potassium dans le serum sanguin enfln des signes d’irritation meninges
Signa ons egalement le cas n« 6 : Syndrome de syphilis infundibulaire avec'
naicolepsie, eataplexie, nres incoercibles et infantilisme chez un heredo
L observation n° 8 contient aussi quelques traits curieux : chez un homme
de oO ans acces de narcolepsie, de rire et d’hypotonie des membres inferieurs
survenant surtout apres les rapports sexuels ; syndrome medullaire conge¬
nital, desequilibre electrolytique (hyperpotasshemie).
L’auteur commence son etude d’ensemble par les phenomenes paroxysti-
ques de la narcolepsie : les crises de sommeil, la eataplexie, 1’onirisme nar-
coleptique, les troubles du sommeil nocturne. L’etude que Penta consa-
cie a la eataplexie, etudiee chez nous par Lhermitte et ses eleves est
particulierement importante, notamment e„ ce qui concerne I’associa
lion de ces crises de chute du tonus avec les acces de rire II faut aussi
P;Tge •P-.,553 a 567) °" I,aUteUr troubles hypna-
thTnnn T ** notamment les hallucinoses pedonculaires les
r- = “ —
observations de narcolepsie hereditaire' ™ rijrt^uelaTSvoS' ^2
acteurs « predisposant ou prepara, it ». Reprenant 1’ensemble de ses
recherches bio-physiologiques et radiologiques, il insiste sur les lesions
qUi,ParaiSS6nt « determinisme d
la narcolepsie. Il expose dans les chapitres suivants les etats na 1
tiques au tours de diverses affections, notamment dans IWphalfce 7a
neuro-syphilis, les traumatismes craniens et dans les syndromes epi’lep-
ANALYSES
849
tiques, endocriniens, etc. Le lecteur regrettera peut-etre que le chapitre
consacre aux narcolepsies hysteriques ne soit pas plus fouille.
Le traitement (notamment par l’ephedrine) et la medecine legale des nar¬
colepsies sont enfin l’occasion pour 1’a-uteur de rendre son travail aussi
complet et pratique qu’on pouvait le desirer. Une bibliographic comportant
483 references clot ce memoire indispensable a consulter pour tous ceux qui
s’interessent a la pathologie du sommeil. Ajoutons encore que parmi la docu¬
mentation considerable qui charpente cette serie d’articles, les travaux
frangais occupent une grande place.
Henri Ey.
le role du cortex cerebral dans la narcolepsie. Classification de la narco-
lepsie et des troubles associes (The Role of the Cerebral Cortex in Narco¬
lepsy ; the Classification of Narcolepsy and Allied Disorders;) par Max
Levin. The Journal of Neurology and Psychopathology. T. XV, n° 59, pp. 236-
241, janvier 1935.
Si c’est le cortex cerebral qui dort, il n’est pas le centre du sommeil.
M. Levin distingue la somnolence generalisee et les « sommeils localises »
sans somnolence morbide avec cataplexie, paralysies, attaques d’impuis-
•sance motrice. Dans la somnolence, il est impossible de determiner si le
trouble est dans le cortex ou dans le centre, sauf dans certains cas precis
d’inhibition ou de lesion neurologique evidente. La narcolepsie typique cor-
respondrait au trouble total, sommeil et attaques motrices. Les formes
locales pourraient Stre denommees abortives, rudimentaires ou designees
plus specialement par le mot cataplexie.
P. Carbette.
Encephalites epidemiques (Unite ou pluralite ?), par Robert Clement.
La Presse Meclicale, n° 16, pp. 302-305, 23 fevrier 1935.
L’encephalite epidemique observee de 1916 a 1919 et decrite par von Eco-
nomo, Netter et d’autres cliniciens, n’etait sans doute pas une affection
nouvelle et les syndromes encephalitiques des epidemies ulterieures ont
mis en discussion la question d’unite du syndrome et de specificite des
reactions humorales decrites. M. Clement estime qu’il n’est pas encore per-
mis de conclure a l’existence de virus differents possedant des affinites ana¬
logues ou d’un virus unique a manifestations biologiques variables suivant
les epidemies.
P. Carrette.
Les sequelles oculaires tardives de l’encephalite epidemique, par F. Ter-
rien. Le Progris Medical, n° 9, pp. 361-367, 2 mars 1935.
Les paralysies oculaires isolees sont caracteristiques de la periode aigue
de l’encephalite epidemique, les" troubles oculaires tardifs sont tres dif¬
ferents d’aspects. Ils provoquent des paralysies de fonction souvent asso-
ciees a des signes de la serie parkinsonienne. Les malades presentent la
perte des moiivements associes, un defaut de la convergence et de la diver-
Ann. Med.-psych., XV' serie, 94' annee, t. I. — Mai 1936. 54.
850
ANALYSES
gence, une tendance a la perseveration, avec participation frequente de trou¬
bles palpebraux, diminution de la motilite et crises de blepharospasmes.
P. Cabrette.
Les manifestations oculaires tardives dans l’encephalite epidemique, par
M. Teuheres et J. Beauvieux. Revue Medicate francaise, n° 4, pp. 297-331,
avril 1935.
L’experience clinique s’enrichit constamment de faits interessant 1’evo-
lution des troubles visuels tardifs de l’encephalite epidemique. On peut
di«tinguer avec les auteurs des paralysies oculaires extrinseques et intrin-
seques, un syndrome bradykinetique local, des spasmes a 1’etat de repos et
par paroxysmes, ensemble de manifestations surtout peripheriques. Par
ailleurs, il existe des syndromes nevritiques retro-bulbaire et retro-chias-
matique, l’amaurose, l’hyperhemie et la stase papillaire. Enfin, au cours de
l’evolution parallele tardive des lesions inflammatoires et sclereuses, et
chez les parkinsoniens en particulier, des paralysies, des troubles toniques,
des crises oculogyres et des manifestations sensorielles par lesions des voies
optiqp.es extra et intracerebrales. y compris les radiations de Wernicke au
niveau desquelles on observe des nodules infectieux de peri-vascularite et
des epanchements lymphocytaires.
P. Carrette.
Mouvements associes de la langue controles par l'efifort volontaire dans
l’encephalite epidemique (Associated Movements of Tongue in Epidemic
Encephalitis controlled by Voluntary Effort), par Melbourne J. Copper.
Archives of Neurology and Psychiatry. T. XXXIII, n» 1, pp. 148-154, janvier 1935.
Le cas de M. Cooper esf une curieuse association dp troubles moteurs auto-
matiques partiellement corriges par le controle cortical au cours de l’ence¬
phalite epidemique. Les mouvements de la langue, des mains et du membre
inferieur droit, exasperes par la fatigue, sont corriges progressivement par
J.’effort et la concentration psychique. L’administration de datura et de sco¬
polamine aide efficacement la malrde a reduire la spasticite musculaire et
d’autres signes de la serie parkinsonienne.
P. Carrette.
Maladie de Parkinson et syphilis, par H. Schaeffer et Rene Bize. La Mcde-
cine, n- 2, pp. 137-142, fevrier 1935.
On conjoit tres bien que la syphilis puisse toucher les noyaux gris cen-
traux et les regions voisines, determinant un syndrome de Parkinson,
d’ailleurs assez souvent associe a des signes pupillaires du type Argyll-
Robertson, et tout naturellement a des alterations meningees specifiques.
MM. Schaeffer et Bize observent que la therapeutique est souvent impuis-
sante. Le syndrome de Parkinson est l’expression d’une atteinte profonde,
destructrice, quoique lente, de zones nerveuses d’une valeur anatomique et
physiologique essentielles, processus d’allure plus degeneratif et sclerosant
qu’inflammatoire, par consequent difiicilement accessible aux traitements.
P. Carrette.
ANALYSES
851
Maladie de Parkinson familiale. Le signe d’Argyll-Robertson dans la
maladie de Parkinson (Familiares Vorkommeu der Parkinsonkrankheit ;
Argyll-Robertson-Symptom bei Parkinson), par M. Nagy (de Budapest).
Monatsschrift fur Psychiatrie und Neurologie, Vol. 91, fasc. 3, 1935.
L’auteur rapporte l’observation d’un cas de maladie de Parkinson remav-
quable a deux points de vue : aspect familial, existence d’un signe d’ Argyll.
Un frere de la malade, sa mere et deux freres et soeurs de celle-ci ont ete
atteints de la m6me maladie. L’heredite revet le type dominant. Quant au
signe d’Argyll, il est au complet : abolition des reflexes lumineux, inegalite,
deformation pupillaire. Les reactions de specificite ont ete negatives.
E. Bauer.
Intoxication chronique par les composes du manganese. Parkinsonisme
manganique, par Louis Lyon-Caen et Andre Jude. La Presse Medicare. n° 4,
pp. 60-63, 12 janvier 1935.
Peu connue en France, ou l’industrie du manganese est peu developpee,
l’intoxication manganique est prevue dans la legislation des maladies
professionnelles datfs certains pays gros producteurs de mineral comme
les Etats-Unis, la Russie ou l’Allemagne. Le manganese se fixe dans le foie
et altere directement le systeme nerveux, plus specialement les noyaux
gris centraux. Les troubles de la marche, le facies, le tremblement, les hyper-
esthesies donnent un syndrome qui rappelle le parkinsonisme. Le manga¬
nese s’identifie dans les selles et l’urine sous forme de permanganate par
oxydation au persulfate de potasse en presence du nitrate d’argent. Des
mesures d’hygiene s’imposent pour eviter ^’inhalation des poussieres toxi-
ques et la selection des ouvriers est indispensable, les sujets atteints
d’insuffisance hepatique — les alcooliques en particular — devant etre
consideres comme predisposes aux accidents.
P. Carrette.
Le syndrome akinetico-hypertonique dans les tumeurs du lobe frontal
(Le sindrome acinetico-ipertonica nei tumori del lobo frontale), par Paolo
Ottonello (de Pavie). Rivista di Pato-nervosa di - mentale, janvier-
fevrier 1935, p. 1 a 53.
Apres une excellente revue de la litterature sur ce point, 1’auteur rap¬
porte une observation personnelle. II s’agissait d’un homme de 48 ans. La
maladie a debute en mars 1929, par du ralentissement moteur et une ten¬
dance au sommeil. Dans la suite, se sont installes des troubles du lan-
gage, des cephalees, et ensuite une hemiparesie droite avec hypertonie de
type extrapyramidal generalisee, mais avec predominance droite. En mars
1931, akinesie generalisee, rigidite, tremblement spontane du membre supe-
rieur et du pied droit. Dans la suite, aphasie amnesique, torpeur et aggra¬
vation du syndrome parkinsonien. En 1932, troubles catatoniques (photo¬
graphic). — A l’autopsie : gliome du lobe prefrontal gauche. La tumeur
a exerce une compression sur les regions avoisinantes de 1’ecorce prefron-
trale et temporale et des formations de la base. Degenerescences secondaires
du pallidum gauche et des fibres allant au thalamus et au trigone. L’in-
terpretation pathogenique de ce cas retient longuement l’attention de l’au¬
teur, qui discute specialement la conception localisatrice de Kleist. Contrai-
852
ANALYSES
rement a l’opinion de ce dernier, c’est bien aux lesions corticales qu’il fa u-
drait, selon Ottonello, rapporter les premiers troubles akinetico-hyperto-
niques. Ces lesions auraient produit tout d’abord un simple dysfonctionne-
ment des structures sous-corticales. Ce n’est que dans la suite que ces 'for¬
mations auraient ete alterees morphologiquement. A signaler la biblio-
gaphie et les illustrations.
Henri Ey.
Innervation antagoniste systematique et irreductible chez une maiade
atteinte de rigidite progressive et de paroxysmes epileptiques et hal-
lucinatoires (iiwangslaufige antagonistische Innervation bei einem Fall mit
progressiver Versteifung, epileptischen und lialluzinatorischen Axfallen), par
Ed. Beck. Monatsschrift fur Psychialrie und Neurologie, Vol. 92, 1, 1935.
Un syndrome de rigidite progressive avec troubles athetosiques du type
de Fathetose double apparait chez une maiade atteinte depuis 20 ans de
crises comitiales. En outre, elle presente une innervation antagoniste sys¬
tematique, surtout des membres superieurs. Une impulsion motrice volon-
taire, spontanee ou provoquee,. produit l’acte moteur oppose ; cet acte pre¬
sente, en plus de son caractere paradoxal, des perturbations importantes
du rythme et de Ferret. Les troubles moteurs sont suspendus au cours des
phases delirantes, qui apparaissent et cessent brusquement, et sont accom-
pagnees d’hallucinations visuelles intenses. II s’agit d’une affection de
l’appareil strie, dont la grande complexite clinique souleve de nombreux
problemes physiopathologiques, soit a propos des troubles moteurs, soit a
propos du syndrome epileptique precurseur (epilepsie striee), soit a propos
de la genese des troubles hallucinatoires et delirants. S’agit-il d’une mala-
die non decrite jusqu’ici, ou d’une forme atypique compliquee, d’athetose
double ? l’auteur laisse cette question ouverte.
E. Bauer.
Le role des noyaux diencephaliques dans le mecanisme des crises
epileptiques, par Albert Salmont. La Presse Medicale, n° 21, pp. 405-408,
13 mars 1935.
L’epilepsie, d’origine corticale ou sous-corticale, est en rapport avec des
alterations des noyaux diencephaliques. Voici les arguments de M, Sal¬
mon : leurs lesions experimentales ou pathologiques se t.raduisent par des
phenomenes convuisiis. La correlation fonctionnelle des acces comitiaux
avec le sommeil, la thermogenese et la diurese est un fait etabli. Toutes ces
fonctions sont influencees par les barbituriques, dont Faction est elective
sur les noyaux diencephaliques. p. Carrette.
Cerveau frontal et systeme moteur extrapyramidal (Cervello frontal e
sistema motorio extrapiramidale), par A. Donaggio. Rivista di Neurologia,
octobre 1935, p. 661 a 669.
Expose systematique, remarquablement clair, des arguments (presentes
au Congres de Londres), qui militent en faveur des connexions anatomo-
physiologiques du cortex et des ganglions de la base. Cette these, que le
professeur Donaggio soutient depuis longtemps, est developpee ici avec la
rigueur et la vigueur que nous lui connaissons tous.
Henri Ey.
ANALYSES
853
Hemorragie sous-durale tardive avec heureuse issue operatoire, suivie
d’aphasie motrice, d’agraphie, d’alexie et de stase papillaire transitoires?
par M. M. W. Sterling et M. Wolff. Warszamskie Czasopismo Lekarskie,
T. 12, n° 37 du 3 octobre 1935 et n° 39 du 17 octobre 1935.
A l’occasion d’une observation personnelle rapportee dans leur travail,
les auteurs discutent la pathogenie des hemorragies sous-durales tardives.
Ils eliminent successivement la theorie inflammatoire de Virchow, la theo-
rie vasoparalytique de Ricker, la conception « encephalomalacique » de
Bollinger, ainsi que la possibility de l’existence d’une meningite sereuse et
penchent pour la theorie osmotique des auteurs americains.
Fribourg-Blanc.
Sur la question de l’aphasie dite parietale (Zur Frage der sogenaunten parie-
talen Aphasie), par Niessl von Mayendorf (Leipzig). Zeiisch. f. d. g '. Neuro.
iind Psych., Tome CXLVII, p. 1 a 49.
Dans la premiere observation, il s’agit d’aphasie totale avec lesions tem-
porales et du tiers inferieur de la circonvolution pre-rolandique (la zone
de Broca etait epargnee). Dans le deuxieme cas, il y avait egalement des
lesions paracentrales anterieures. Les cas 3, 4, 5, 6, 7 et 8 presentaient, soit
une destruction complete, soit des alterations importantes de la circonvo¬
lution parietale transverse et des lesions du gyrus supra-marginal ou pli
courbe. L’arguinentation de l’auteur repose sur qes faits, elle consiste a dire
que les syndromes aphasiques n’ont pas ete modifies selon qu’il y avait ou
non participation de lesions parietales. On ne pourrait parler d’une aphasie
parietale que si l’on voyait un cas de lesion permanente du lobe parietal
bien circonscrite, sans diffusion des troubles (tumeur ou inflammation).
Or, ce cas, Niessl v. Mayendorf ne le connalt pas. On devrait banir le terme
d’aphasie parietale du vocabulaire de la pathologie cerebrale.
Henri Ey.
Sur la logopedie des aphasies. La structure en miroir dans la genese des
paraphasies (Sulla logopedia delle afasie. La strutture a speccliio nella
genesi delle parafasie), par J.-A. Florensky (Moscou). Rivista di neurologia,
aout 1935, p. 405 a 438.
Ce travail, du a la directrice du centre logopedique de l’lnstitut de Neuro-
Psychiatrie de Moscou, constitue une contribution tres importante a Fetude
de l’aphasie envisagee au point de vue de la reeducation. L’auteur, tres au
courant des travaux modernes sur l’aphasie, adoptant un point de vue
resolument dynamique avec ce qu’il comporte d’eflicacite pratique, envisage
specialement la paraphasie comme un processus de reintegration fonction-
nelle, de restauration. C’est dire qu’il insiste sur les notions degagees par
Jackson (desintegration), reintegration (Monakow) et compensation (Hens-
chen). L’etude historique que fait J.-A. Florensky de la notion de para¬
phasie est excellente. De fait, dans l’evolution generale des troubles apha¬
siques dont les diverses formes ne sont souvent que des phases evolutives,
a cote des phenomenes fortuits de derivation qui se produisent sous forme
de chaines laterales, il existe un processus « teleologique » d’adaptation et
de flnalite reactionnelles aux troubles. C’est de l’ensemble de ces pheno¬
menes et de ces reactions qu’est faite la notion de paraphasie. Elle ne sau-
854
ANALYSES
rait 6tre reduite a l’incorrection du langage par surdite verbale, comme
l’exigeait la vieille theorie mecaniste des « schemas ». Sous ce nom de
paraphasie, on range bien des troubles de formes differentes. Voici la liste
qu’en donne l’auteur : dans un premier groupe, il y a des produits de
disintegration et des mecanismes infantiles dans la construction de la
phrase : elisions de certains sons ou de certaines lettres, substitution de
sons ou paroles faciles a des sons ou parolee difficiles (L a /, t a c), redou-
blement de syllabes (tutu, bibi), abreviation des mots. Dans un deuxieme
groupe, il y a intercalage d’elements extrinseques du mot ou de sons conte-
nus dans le mot. Dans un troisieme groupe, il y a agglutination des flexions,
c’est-a-dire syncretisme des desinences rompant 1’ordre syntaxique, c’est Ie
cas du trouble proprement aggrammatique. Dans un quatrieme groupe, il
y a agglutination des concepts, contamination semantique, mecanisme de
beaucoup de neologismes. Dans un cinquieme groupe, c’est le trouble para-
logique qui provoque un mot de mime genre et non speciflquement adapte.
Enfin, — et c’est la l’objet propre de son travail qu’elle aborde mainte-
nant, — J.-A. Florensky a remarque que chez certains malades, au cours
de la reeducation, apparaissaient des troubles paraphasiques curieux, de
caractere constant avec phenomenes d’effort et de fatigue. Parmi ces erreurs,
un type particulier a pu etre isole : c’est le trouble en miroir de certaines’
syllabes. Par exemple, sa — pot — - Ijali au lieu de sa — top — Ijali. C’est
C-e phenomene qui est longuement et finement analyse. Or, ce trouble est
precisement ty, pique de 1’effort constructif mais ineflicace que fait l’apha-
sique. C’est cet effort qu’il faut aider, guider et corriger. Ainsi ce travail,
a notre avis d’un remarquable interit, confirme-t-il les possibilites thera-
peutiques qui s’offrent aux neuro-psychiatres, meme dans le domaine des
troubles aphasiques des qu’ils cessent de voir dans le symptome des pro¬
duits fortuits d’un engrenage purement mecanique.
Henri Ey.
De Pexploration encephalographique dans un cas de syndrome de Pick
probable (Sul reperto encefalografico in uno caso di probable sindrome di
Pick), par B. Spaunoli (Genes). 11 Cervello, juillet 1985, p. 240 a 242.
Interet de l’enoephalographie qui a, dans ce cas, revel* un evasement
remarquable des cornes frontales, surtout a gauche.
Henri Ey.
Contribution a l’etude du systeme neuro-vegetatif chez les alienes et
notamment des reflexes pupillairos (Contributo alio studio del.sistema
neurovegetativo negli alienati con speciale riguardo di reflessi pupillari), par
Giorgio Sandor (Bologne). Archivio generate di Neuro-Psych, e Psicoanalisi
juin 1935, p. 213 a 236.
L’auteur a etudie les conditions fonetionnelles du systeme neurovege-
tatif oculaire par des instillations d’homatropine et de pilocarpine. Il n’y a
pas de troubles specifiques dans les diverses affections mentales. Cependant,
en general, et notamment dans la melancolie anxleuse et chez les para-
lytiques generaux, il existe une prevalence du systeme orthosympathique
sur le parasympathique.
Henri Ey.
ANALYSES
855
Un cas d’idiotie familiale amaurotique juvenile (A Case of Juvenile Amau¬
rotic Family Idiocy), par R. M. Norman. The Journal of Neurology and Psy-
chopalholog . T. XV, n° 59, pp. 219-229, janvier 1935.
11 semble qu’un compromis doive etre admis entre les deux opinions extre¬
mes concernant l’idiotie familiale amaurotique. Elle n’est primitivement ni
exclusivement neuronale, ni lipoi'dale. Dans le cas present, 11 est curieux
d’observer des anomalies lipoidiques hors du systeme nerreux central. Le
caractere hereditaire est precise par des malformations eorticales avec age-
P. Carrette.
Sclerose tubereuse avec lesions osseuses rares (Tuberous Sclerosis with
Unsual Lesions of the Bones), par Jacques S. Gottlieb el Georges R. Lavine.
Archives of Neurology and Psychiatry . T. XXXIII, n° 2, pp. 379-388, fevrier 1935.
La sclerose tubereuse caracterisee par l’association d’adenomes sebaces a
des stigmates de degenerescence, la deficience mentale et des crises convul-
sives, presente parfois des manifestations qui rappellent celles de la mala-
die de Recklinghausen. Notons, dans le cas present : une tumeur retinienne
avec nombreuses neoformations vasculaires et des lesions osseuses du crane
et des extremites. L’epaississement du perioste et la decalcification cen-
trale allant jusqu’a une rarefaction d’allure kystique s’explique mal par
des causes humorales. On suppose piutot qu’il s’agit d’alterations d’origine
nerveuse dans le tissu osseux superficiel, analogues a celles de^ schwanno-
mes cutanes.
P.. Carrette.
Sur le diagnostic du rhumatisme cerebral. I. Vaieur semeiologique du
delire de mort. II. Desordre cerebral et trouble de l’equilibre acide-base,
par J. Cathala, E. Friedman et R. Laplane. La Presse Medicale, n° 3, pp. 41-
44, 9 janvier 1935.
Connu depuis longtemps, bien decrit dans les traites, le rhumatisme
cerebral est rarement observe par les medecins. Pourquoi ? C’est que mal-
gre la nettete theorique de sa presentation, il ne reposera sur aucune base
Clinique et biologique specifique et que le diagnostic est piutot affaire d’in-
tuition, la symptomatologie rhumatismale disparaissant generalement
devant la violence des manifestations encephalitiques. MM. Cathala, Fried¬
man et Laplane proposent cependant deux faits precis a notre critique.
C’est d’abord difns la serie des signes psychiques 1’element anxieux sura-
joute a la confusion delirante, entretenu par la hantise de la mort. Du
point de vue biologique, l’alteration capitale des humeurs consisterait dans
une rupture de 1’equilibre acido-basique avec alcalose. Devant l’echec
des recherches sur l’origine infectieuse de la maladie de Bouillaud, il n’est
pas inutile de s’attacher a 1’etude de ses manifestations humorales. Le
rhumatisme cerebral pourrait n’ctre qu’un desordre metab'olique, fatal
pour la cellule nerveuse.
P. Carrette.
856
ANALYSES
De 1’apparition de tableaux cliniques pseudo-schizophreniques dans la
raesencephalite (liber des Entstehen pseudo-schizophrner Bilder hei Meten-
ceplialitis), par*Th. Detenhoff (Moscou). Zeitsch. f. d. g. Neuro. iind Psych.,
Tome CXLVI, p. 167 a 179.
Observation detaillee d’un sujet debile qui, apres un episode encepha-
litique et sans syndrome de Parkinson caracterise, a presente des troubles
neuro-vegetatifs, de la convergence, de la serie catatonique et des hallu¬
cinations. L’auteur insiste sur la localisation des lesions, probabJement
strio-pallido-rubique, associees a des lesions corticales micessaires pour
Schilder a la determination des troubles psycho-moteurs catatoniques et
realisant comme le dit Wilkens, une rupture entre les relations du neen-
cephale et le paleencephale. II insiste egalement sur le facteur degeneratif
Henri Ey.
Un cas de psychose assooiee a une tumeur cerebelleuse de la ligne
mediane (A Case of Psychosis Associated with Midline Cerebellar Tumor),
par Leo Stone et William C. Menninger. Archives of Neurology and Psychia¬
try. T. XXXIII, n° 2, pp. 399-405, fevrier 1935.
Le cas present permet d’interessantes considerations sur le syndrome
psychique des tumeurs encejjhaliques. L’importance des troubles mentaux,
la torpeur et l’aphasie suggerent ie diagnostic de tumeur du lobe frontal
gauche. L’intensite de 1’hypertension intracranienne est plutot indicatrice
de lesions dfe la fosse cerebrale posterieure. On voit des lors toute l’impor¬
tance de la ventriculographie. La difficult^ augment e par le fait que la
tumeur cerebelleuse est mediane. II est vraisemblable que l’hydrocephalie
facilite le developpement des troubles mentaux et l’aphasie en alterant
plus electivement les zones frontales, plus fragiles que le reste du cortex.
P. Carrette.
Troubles psychiques du type « acairia » dans la choree de Huntington,
par M. O. J. Volfovski . Sovietshaia Psichonevrologuia, T. X, n" 6, 1934.
Chez trois malades atteints de choree de Huntington, 1’autenr observe
le signe d’ « acairia », qui veut dire : importunite avec insistance. L’auteur
souligne l’analogie de cette manifestation psychique avec certaines formes
hyperkinetiques d’encephalite epidemique et il presume une correlation
entre ces troubles psychiques et la localisation du processus dans les
noyaux gris centraux. Ces deductions font supposer une certaine affinite
entre les deux affections.
Fribourg-BlanC.
Un cas de choree atypique chez un sujet hysterique (Un caso di corae
atipica in soggetto isterico), par Renato Chistini (Naples). Rivista di Neurolo-
gia, juin 1935, p. 335 a 353.
Observation d’une malade a mentalite hysterique ayant presente des
crises . d’agitation psycho-motrice choreiforme et paradoxale. L’auteur dis-
ANALYSES
857
cute le diagnostic de ce cas avec les diverses formes de choree. La maljade
avait eu la grippe « espagnole ».
Henri Ey.
Psychasthenie avec acces hysteroides ou simulation ? par L. Bai.lif, Ch.
Ballif et E. Glinoer: Bulletin de la Soci-ete roumaine de Neurologie, Psychia-
trie, Psychologie et Endocrinologie. XVIs annee, n° 2, pp. 103-106, 1935.
Des acces psycho-moteurs, comparables aux crises hystero-epileptiques,
declanches par la perception de certaines odeurs, sont observes chez une
femme a la menopause. Le desequilibre emotif de la malade, phobique et
obsedee, l’effet salutaire de la faradisation, ,le caractere reactionnel des
manifestations aigues au cours d’un episode de desarroi social font pen-
cher le diagnostic vers la simulation d’une maladie imaginaire plutot que
vers une affection neuro-psychique bien determinee.
P. Carhette.
Le probleme actuel de l’hysterie, par H. Codet. V evolution psychiatrique ,
fasc. 2, pp. 3-44, 1935.
L’hysterie est pour M. Codet 1’expression d’un etat psychique special, fait
du sentiment de faiblesse devant le monde exterieur et de sa consequence
naturelle, le besoin d’interet eompensateur. II ne s’agirait pas d’une mal¬
formation initiale et definitive, mais d’un trouble de revolution psychique
chez un sujet doue 'd’une emotivite et d’une suggestibility speciales. Du point
de vue de 1’expression corporelle des troubles, 1’auteur accepte la concep¬
tion de Babinsld. De sorte que le probleme essentiel de l’hysterie reste entier:
existe-t-il, oui ou non, en dehors du pithiatisme, des troubles que nous nom-
mons fonctionnels en attendant mieux, capables par leur caractere meme
d’engendrer des desordres emotifs, inevitablement hysteriques dans leur
apparence, independamment de l’etat prealable du psychisme ?
P. Carhette.
Classification des nevroses, par P. Hartenberg. La Clinique, n° 240, pp. 56-
58, fevrier 1935.
Dans l’ensemble des troubles psychiques, on isole sous le nom de nevroses
des syndromes complexes faits de troubles somatiques fonctionnels et d’al-
terations des fonctions psychiques inferieures, automatiques. Donner une
definition plus precise serait imposer des limites discutables et contredire
les faits cliniques. La classification se ressent de ces incertitudes. M. Harten¬
berg propose de distinguer 4 categories : 1) les nevroses simples : depres¬
sive, irritative et anxieuse ; 2) les formes combinees ; 3) les nevroses sys¬
tematises partant d’une base d’emotion morbide devenant obsedante ;
4) les nevroses somatiques, hypocondries de types varies. L’auteur fait
observer qu’il n’introduit dans le cadre des nevroses, ni la psychasthenie
qui n’est qu’un type constitutionnel de nevrose combinee, ni l’hysterie, qu’il
considere comme « une' construction artificielle dans laqUelle on a fait
entrer des symptomes de natures diverses ».
P. Carrette.
858
ANALYSES
Recherches sur les associations motrices dans les psychonevroses (Asso¬
ciation-Motor Investigation of the Psychoneuroses), par Clarke H. Barnacle,
Franklin G. Ebauch et Frederik Lemere. 90= Meeting Annuel de V American
Psychiatric Association, New-York, 28 mai-l*r juin 1934 in The American
Journal of Psychiatry . T. LXXXXI, n» 4, pp. 925-937, janvier 1935.
La methode d’investigation utilisee est inspiree de celle de Luria qul
associe aux mots inducteurs de Jung des moyens d’enregistrement des reac¬
tions emotives par fixation des doigts sur un recepteur, la main droite
appuyant en repondant le mot evoque et la main gauelie restant si possi¬
ble immobile. 50 sujets normaux et 50 sujets atteints de psychonevroses
sont examines et compares ; ils ecoutent alternativement des mots « neu-
tres » et des mots « critiques* ». Les modifications du pouls notees simulta-
nement avec les retards dans les reponses permettent evidemment de repe-
rer les mots inducteurs interessants et d orienter les recherches vers les
conflits possibles avec beaucoup plus de chances de succes que par le pro-
cede pureinent psychologique de Jung avec simple notation du retard qui
favorise plus qu’il n’evite le barrage et le refoulement.
P. Carrette.
Recherches critiques sur les concepts fondamentaux de l’hypnotisme
(Ricerche critiche intorno ai concetti fondamentali dello ipnotismo) par
Americo FunK (Budapest-Bologne). Archivio generate di Neuro-Psichiatria
e Psicoanalisi, juin 1935, p. 253 a 260.
De ce probleme, sur lequel on n’a certainement pas dit encore le dernier
mot, Funk tente de retracer un interessant historique centre sur les deux
conceptions essentielles qui ont oppose dans le determinisme de l’hypnose
les facteurs physiques (Pauteur pensant au mesmerisine aurait presque pu
dire « radiesthesique » !) et les facteurs psychologiques (Braidisine, Char¬
cot, Bernheim). Pour Funk, il y a sue telle attirance elective de Fhypno-
tise vers l’hypnotise'ur que c’est dans le pouvoir propre de l’hypnotiseur
qu’il faut chercher la cause de l’hypnotisme. 'Cette « theorie du rapport
objectif », comme dit Funk, flatte peut-etre plus 1’hypnotiseur qu’elle
n’eclaire le fait.
Henri Ey.
Facteurs psychologiques dans l’etiologie du diabete (Psychological Factors
in the Etiology of Diabetes), par W. C. Menniger. The Journal oj Nervous
and Mental Disease. T. LXXXI, n» 1, pp. 1-13, janvier 1935.
Le parallelisme entre les troubles mentaux et ceux du nWabolisme hydro-
carbone est demontre en plusieurs circonstances. Au cours d’acces de depres¬
sion, de confusion, on peut admettre que les perturbations emotives de
I’anxiett et de l’angoisse se fixent sur des elements neuro-vegetatifs. II tn
resulterait des angio-spasmes, des mobilisations toxiques, mais pourquoi
cette localisation sur certaines fonctions regulatrices ? Rien ne prouvf que
dans les cas decrits un mecanisme particulier entraine des troubles hepa-
tiques ou pancreatiques specifiques. On concevrait mieux un complexe neuro-
psychique en rapport avec des perturbations emotives et le diabete insi-
pide. L’influence reelle des facteurs psychologiques au cours du diabete
sucre reste plus difficile a expliquer.
P. Carrette.
ANALYSES
859
Syphilis nord-africaine et localisations nerveuses, par Etienne Boltanski.
La Presse Medicate, n° 21, pp. 417-418, 13 mars 1935.
Les progres de la syphilis nerveuse dans l’Afrique du Noril sont evidents.
On sait que deux facteurs sont invoques pour expliquer cette progression :
l’insuffisance des cures de la syphilis au debut et l'europeanisation des indi¬
genes. Pour M. Boltanski, le premier argument est dementi par les faits et
ie second est imprecis, manque de criteres scientifiques. II semble que ta
situation presente reponde a une periode critique de la luttc anti-vene-
rienne et que les efforts accomplis doivent etre poursuivis par une propa-
gande constante destinee a demontrer aux Arabes la necessity imperieuse
d’un traitement et d’une surveillance prolonges.
P. Carrette.
ANATOMIE
Etude du cerveau d’un savant biologiste et medecin, par R. Anthony, de
Paris. Archives Suisses de Neurologie et de Psychiatrie, XXXVI, 1, 1935.
L’etude du cerveau du professeur N..., qui a porte sur les rapports pop-
deraux des hemispheres et du corps calleux, ainsi que sur la morphologie
de l’ecorce, sillons et circonvolutions, montre qu’a tous ces points de vue
il se classe parmi les cerveaux superieurs. Le cerveau du frere du savant
a egalement ete examine, l’inferiorite est manifeste au point de vue pon-
deral, mais aucune difference caracteristique n’a ete constatee en ce qui
concerne la configuration neopallidale.
E. Bauer.
La regeneration du tissu nerveux chez les vertebres superieurs (La rige-
nerazione del tessuto nervoso nei vertebrati superiori), par O. Rossi et
G. Gastaldi (Pavie). Rivista di Patologia nervosa e mentale, juillet-aout 1935,
p. 1 a 369.
Ce gros « volume » de 369 pages est du a l’Ecole histologique de Pavie
d’une inlassable fecondite. Le present travail est une etude complete de
tous les problemes de la regeneration nerveuse. Apres avoir etudie les
aspects dc la regeneration nerveuse des nerfs peripheriques sous toutes leurs
formes de fait et historiques, ils abordent dans la deuxieme partie le pro¬
cessus de regeneration du systeme nerveux central. Dans un appendice, ils
traitent de la regeneration des fibres sympathiques. Une bibliographie
extremement etendue clot cet ouvrage dont on ne peut qu’admirer la
richesse de documentation, sans pouvoir songer a donner ici le moindre
apergu de l’ample moisson de faits que nous devons a Rossi et a Gastaldi.
Henri Ey.
Etude sur la nevroglie humaine (Studio sulla nevroglia umana), par V. Tron-
coni (Pavie). Rivista di Pato. nervosa e mentale, mars-avril 1935, p. 223 a 277.
Ce travail que l’auteur dit modestement etre « une contribution a une
ipeilleure connaissance du tissu interstitiel du cerveau humain » est, eu
ANALYSES
fait, une monographie considerable sur Phistologie et l’histopathologie de
la nevroglie. Dans une premiere partie, Tronconi fait une etude systema-
tique de gliotectonie corticale. II expose ses recherches sur les cinq champs
corticaux stratifies de von Economo. II n’existe pas, selon lui, de caracteres
nevrogliques capables de permettre la differenciation des champs corti¬
caux. La deuxieme partie est consacree a l’etude des modifications gliales
dans les diverses maladies qui n’interessent pas le systeme nerveux, ce qui
lui permet de recommander la plus grande prudence d’interpretation des
images nevrogliques. Notamment, la troisieme partie met en evidence que
Phyperplasie des elements gliaux peut se rencontrer dans des affections
nullement neurologiques, notamment en ce qui concerne la microglie, l’oli-
goglie et l’astroglie. Apres avoir envisage le contingent fibrillaire nevrogli-
que du systeme reticulaire diifus non nerveux (reticulo-glial de Held), Pau-
teur signale que la rapidite d’impregnation des elements nevrogliques peut
etre consideree comme un phenomene caracteristique en lui-meme (pha-
nerose gliale). Enf(n, s’il y a lieu de se montrer tres circonspect dans Pin-
terpretation des modifications gliotectoniques, il semble cependant que des
modifications de la stratification gliale puissent etre en relation avec des
troubles circulatoires. Riche bibliographic et tres belles microphotogra¬
phies. A signaler specialement les magniflques illustrations (18 planches)
placees hors-texte a la fin du volume.
Henri Ev.
Recherches sur les alterations de la nevroglie dans la meningo-encepha-
lite tuherculeuse (Ricerche sulle alterazioni della nevroglia nella meningo-
encefalite tubercolare), par Andrea Romero (Turin). Rivisla di Pato. ne.rv. e
mentale, mai-juin 1935, p. 729 a 767.
L’auteur a etudie par la methode d’impregnation argentique de Lugaro
la macroglie dans la meningo-encephalite tuherculeuse. II s’agit de l’etude
minutieuse d’un seul cas. Le travail est illustre de 21 microphotographies.
Romero conclut qu’il y a une prevalence absolue dans l’intensite et l’ex-
tension des processus regressifs, qu’il y a des lesions encephaliques propre-
ment dites et qu’il n’y a pas rencontre la proliferation nevroglique qui a
ete decrite par d’autres auteurs.
Henri Ey.
Les fibres motrices intramedullaires des racines rachidiennes poste-
rieures, par Andre Barbe. Revue Neurologique. T. LXIII, n» 2, pp. 177-187,
fevrier 1935.
. Les observations de M. Barbe portent sur la jonction cervico-dorsale, mais
Pauteur croit que la disposition observee se generalise dans toute la hau¬
teur de la moelle. Nees de la corne anterieure, les fibres motrices gagne-
raient la region intermediaire entre la zone de Lissauer et le cordon de
Burdach et se meleraient aux fibres radiculaires posterieures. Le proble-
me de l’interpretation reste a resoudre. Les fibres antero-posterieures contri-
bueraient a l’innervation des muscles lisses d’ou le nom de « fibres reflexo-
motrices » que leur donne Kolliker.
P. Carrette.
ANALYSES
Sur le champ de projection de la vision centrale dans le corps genouille
externe et l’ecorce visuelle de l’homme (Uber das Projektionsfeld des zen-
tralen Sehens im ausseren Kniehorker iind der Sehrinde des Menschen), par
Adolf Juba (Budapest). Zeitsch. f. d. g. Neuro iind Psych., Tome CXLVI1,
p. 121 a 143.
iL’etude de la nevrite retrobulbaire chronique alcoolique peut permettre
d’etudier la projection de la vision centrale dans le corps genouille externe.
Cette projection s’etend dans la portion caudale a tout le corps genouille, a
la portion moyenne, au segment dorso-central jusqu’a l’extremite ou il n’y
a plus de fibres en relation avec la vision centrale. La representation corti-
cale de la vision centrale doit etre localisee au pole occipital. La macuma
corticale a dans l’ecorce visuelle une representation etalee. Tres interessante
libliographie en raison des references recentes.
Henri Ev.
XJn cas d’hemiaplasie du cervelet (Uber einen Fall von balbseitiger Aplasie
des Kleinhirns), par Stanislaw Mackiwiecg (de Varsovie). Archives Smsses de
Neurologie et de Psychiatric, XXXVI, 1, 1936.
L’auteur rapporte un cas d’hemiaplasie du cervelet chez un sujet n’ayant
presente que des troubles cerebelleux tres moderes. L’aplasie interesse tout
l’hemisphere gauche et la moitie gauche du vermis, done a la fois le neo-
et le paleo-cervelet ; de ce dernier, toutefois, le floculus et le noyau du toit
sont ebauches. La moitie gauche du plexus choroi'de du 4' ventricule est
egalement absente. Le processus pathogene qui a determine ce trouble du
developpement, se situe avant le 3” mois de la vie embryonnaire, l’hemia-
plasie du plexus choroi'de et celle du cervelet en sont deux consequences
paralleles, independantes entre elles. La malade ayant ete atteinte de crises
epileptiques ainsi que d’ailleurs son frere, l’auteur etablit un rapproche¬
ment du cas avec les recherches de de Allende-Navarro et de Minkowski sur
le role de la dysplasie des plexus choroides et de l’ependyme dans l’epi-
lepsie idiopathique.
E. Bauer.
VARIfiTES
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
La seance supplemental re du mois de juin de la Societe Medico-psycho¬
logique, seance exclusivement reservee a des presentations, aura lieu le
jeudi 11 juin 1936, a 9 heures 30 tres precises, a l’Asile Clinique (Sainte-
Anne), 1, rue Cabanis, a Paris (XIVe arrondissement), dans I’Amphithe4tre
de la Clinique de la Faculte.
La seance , ordinaire du mois de juin de la Societe Medico-psychologique
aui a lieu le lundi 22 juin 1936, a 4 heures tres precises, au siege de la
Societe, 12, rue de Seine, a Paris (VP arrondissement).
La Societe Medico-psychologique ne tiendra au mois de juillet qu’une
seule seance exclusivement reservee a des presentations. Cette seance aura
Leu le jeudi 9 juillet 1936, a 9 heures 30 tres pre-ises, a l’Hopital Henri-
Rousselle, 1, rue Cabanis, a Paris (XIV“ arrondissement), dans l’Amphi-
theatre du Pavilion Magnan.
ASILES PUBLICS D’ALIENES
Concours pour 10 postes de Medecin des Asiles publics d’alienes.
1 936 C°nCOU1S S eSt ouvert au Ministere de la Sante publique It lundi 27 avril
Composition du Jury
Prisident ; M. le Dr Raynieh, Inspecteur general des Services Adminis¬
trates.
Membres Titulaires : MM. les Professeurs Pfersdorff et Raviart ; MM. les
Docteurs Brissot, Guili.f.hm, Robert, Pezet, et M. Leveque, Chef du 1« Bu¬
reau de la Direction de l’Hygiene et de l’Assistance.
Membres Suppliants : MM. les Docteurs Condomine et R. Dedieu-Anglade.
Questions donnees au Concours
l° A;DMIN,STRATION : Droits de reclamations des alienes, de lent famille,
ciaires5 ** recours aux aatoritis administratives et judi -
VAR1ETES
Questions restees dans 1’urne : Relations des medecins-directrurs et des
medecins-chefs de service avec les prefectures. Role du prefet dans
l’application des lois et reglements regissant les etablissemehts d’alienes.
— F.tablissement et production annuelle des comptes administratifs, des
comptes de gestion, et du rapport moral des etablissements publics
d’alienes.
2° Anatomie et Physiologie : Lobe prefrontal. Anatomie et Physiologic.
Questions restees dans 1’urne : Anatomie et physiologie des connexions
nerveuses expliquant la pathogenie des vertiges et des diverses reactions
qui les accompagnent. — Anatomie et physiologie de l’appareil nerveux du
iangage.
3° Hygiene et Pathologie interne : Etiologie, prophylaxie et traitement
des escarres. Amenagement, organisation et fonctionnement d’un service
d’alites grabataires.
Questions restees dans 1’urne : bignes, diagnostic, traitement et prophy¬
laxie des accidents et des intoxications imputable s aux medications anti-
syphilitiques. — Role des matieres fecales dans hi propagation des mala¬
dies transmissibles. Prophylaxie des maladies ainsi transmises, evacua¬
tion et traitement des nuisances dans les asiles d’alienes.
4° Pathologie mentale : Troubles mentaux dans les traumatismes
cr aniens.
Questions restees dans 1’urne : La demence organique. — Lea elements
du pronostic en clinique psychiatrique.
A la suite de ce Concours ont ete designes pour remplir les fonctions de
Medecin des Asiles publics d’alienes :
1. M. Guilbert, 2. M. Tusques, 3. ex-ecquo, MM. Balvet et Hedouin,
5. M. Beaujard, 6. Mme Andre, 7. M. Aubin, o. M. de Bolcaud, 9. M. Gar-
dien, 10. M. Royer.
Asile de Bron
Le Conseil general du departement du Rhone a decide que l’Asile public
departemental d’alienes de Bron prendrait a l’avenir le nom d ’Hopital
departemental du Vinatier.
ASSISTANCE
L’assistance aux psychopathes non internes
Dans sa seance du 29 mai 1936, la 4e section du Conseil superieur de
I’Assistance publique a charge M. le Dr Raynier, Inspecteur general des
services administratifs, et M. le Dr Lauzier, Medecin des Asiles publics
dialienes, de lui presenter en 1937 un rapport sur : L’assistance aux
psychopathes non susceptibles d’etre internes ou en convalescence.
rARIETES
861
ACADEMIE DE MEDECINE
M. le Dr Golombani, Directeur Honoraire de la Sante publique du Pro-
tectorat franca is au Maroc, est nomme membre correspondant de VAcade-
mie de Medecine.
UNIVERSITE DE LAUSANNE
M. le D1' H. Steck est nomme Professeur de Clinique psychiatrique a
PUniversite de Lausanne et Directeur de l’Asile Cantonal de Cery-sur-
Lausanne (Vaud).
A \
£ 4 v*
IZ-i
Le Redacteur en chef-Geranl : Rene Charpentjer.
Caliors, Imprimerie Coueslant (personnel interesse). — 52.342
SO MMA1RE DU N° 1 (tome I), JANVIER 1936
MEMOIRES OR1GINAUX
L. van Bogaert. — Les aspects familiaux des paroxysmes reflexes du tonus
(Contribution a l’dtude. des faits de Cataplexie et d’Hypertonie dites affec-
tives et de leurs relations avec la pathologie constitutionnelle) . 1
J.. Hamel, R. BuiSson et M. Chavarot. — Nouvelles recherches sur l’acide
formique dans le liquide cephalo-rachidien (d’apres la methode de Toye'
et Jaulmes) . . 28'
W. Riese et A. Requet. — Une correspondance de Kant sur les rapports de
1’ame et du cerveau (Premiere traduction francaise des lettres de E. Kant a
S. Th. Scemmerring), avec une note preliminaire . . 44
SOCIETE MEDICO-PSY CHOLOGIQUE
Liste des Presidents, Secretaires generaux
• et Tresoriers de la Societe Medico-Psy-
chologique (1852-1936) 52
Bureau pour 1936' . 54
Liste des membres . 54
Seance du jeiidi ,9 janvier 1936
P. Coureon et C. FEuillet. — Syndrome
infundibulaire, trophcedeme ' et troubles
mentaux . 73
(Suite du sommaire page II).
Annales Medico-Psychologiques.
A.
R. Axgi.ade et L. Vidart. — Epilepsie ge-
lieralisee. Ralentissement intcllcctucl et
. tumeur cerebrate probable . 77
Seance du Itindi 27 januier 1936
Allocution de M. Th. Simon, president sor-
tant . 87
Allocution de M. Cl. Vurpas, president. 88
Adoption du proces-verbal . 89
Correspondancc . 89
Commission des prix . 90
Election d’un membre cor-respondant natio¬
nal . 91
Election d’un membre titulaire . 91
Commission chargee d’etudier la question
des Assistantes sociales . 91
H. Bersot. — Vitamine C, precarence et
neuro-psychiatrie . 92
E. Minkowski et Mile A. Silz. — L’assis^t
tance aux enfants difficiles an Foyer dei^
Soulins . . ”. 92
.(. Picard. Exhibitionnisme et acrome¬
galic . 100.
G. Petit et .1. Delmond. — Syndrome d’Adiesj
et syndrome neuro-anemique a type de J
. psychose poly nevritique. Amelioration par.^
la methode de Castle . 1Q6
X. et P. Abki.y, M. et Mine Couleon. — line |
nouvelle reaction hypophysaire applica- 1
lde a la psychose intermittente .... 113
SOCIETE5
Societe de Neurologic de Paris
Seance du jeudi 9 Janvier 1936
Harrk. — A propos des arachnoidites primitives
sans lesions jnedullaires . . 119
caracteres des douleurs I'ulgurantes du ta¬
bes . 119
I.aignel-Lavastine el .1. Voisin. — Syndrome de
Claude-Bernard-Horner par blessure intra-orbU./g
laire et signe d’Argyll-Kobertson traumati- '
( Suite du sommaire page IV).
tfLif.yyj ~ . » v IB
/n^bON PE 5ANTE PE BELLEVUE (S.-ef-O.) j
8, Avenue du 11 Novembre Observatolre 10=62
Medecin-directeur : Dr BUSSARD
Medecin assistant : Dr Paul CARRETTE
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Fondee par
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du Bois de Boulogne), dans un grand pare.
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cents, neurastheniques, nerveux, intoxiques ou psychopathes.
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et de bien-etre (cliauffage central, eau chaude, electricite, eau de source), etc.
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meublee avec luxe, d’un cabinet de toilette, d’un salon, d’une salie de bains,
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les pensionnaires qui desirent frequenter la salie a manger.
La Maison est largement o uverte a Messieurs les Medecins, qui peuvent a/ns/
continuer a suivre leurs malades.
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Medecin-adjoint : Docteur P. DELMAS
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qui peuvent ainsi conserver la direction de leurs malades
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Medecin assistant : Docteur LECLERCQ
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Seance du 21 decembre 193$
H. Baonville, J. Ley, A. Meyers et J. Titeca. —
Augmentation considerable du volume du crane
cliez unc adolescente ; ’troubles psychiques et
epilepsic ; discussion du diagnostic . 125
Beeeens. — Recherche du virus tuberculeux daffs
le liquide cephalo-rachidien et le sang de de-
.ments priicoces atteints de tuberculose non ner-
veusc . 12#
A. Leroy. -- Rechcrches comparatives sur le sang
de malades agites non sounds a un traitement
par la di£tylmalonyluree . 12B
Societe beige de Neurologie
Seance du 21 decembre 193$
R. Ley. — Le traitement du parkinsonisme post-;
encephalitiqiie . . . 127;
L. Massion-Verniory. — Un cas atypique de myo-.'
tonie atrophique . . 127-
Divry et Evrard. — Insutlisance motrice avec
syndrome myotouique chez un debile men¬
tal . . . 12.7
Andersen. — Crise de rire spasmodique imme-
diatement avant le deces ; autopsie ; hemor-
ragie thalamique double . 128
ANALYSES
JOURNAUX ET REVUES
Histoire de la Medecine.
M. Klippel. — Hippocrate philosophe. (Les sour¬
ces- philosophiques de ses aphorismes) . . . 12!)
Psychiatrie.
II. Harris. — L’anxiete. Sa nature et son traite-
I. UbTTsciiicK. — Hemarques sur le probleme des.
psychoses symptoinatiques . 130
(i. Bianchi. — Des rapports ctiopatliogeniques
entre le cancer et les -maladies mentales. . 131
B. Prank. — Phenomenes de depersohnalisation
dans les maladies c^rebrales . 131
Evald. — De l’indigence intellectuelle . 131
C. -J.-C. Eahi.. — La psychose catatonique primi¬
tive de I’idiotie . 132
( Suite du sommaire page VIII).
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— XI —
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L’ANNEe __ ,
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troubles fonctionnels du SYSTEME NERVEUX
ET DES MALADIES DE LA NUTRITION
. - .. - ... qui s'y ratfachent - § -
Etablissement hydrotherapique
dans le pare.
Hydrotherapie. Psychotherapie. Cures d'air, de repos,
d'exercices et de regimes. Massotherapie. Electrothe-
rapie. Radiologie — - 1
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Hotel du Golf. Premiere realisation hpteliere de la sup¬
pression des bruits. Hotel Chicago. Le (Srand Hotel.
Maison de Regime, sous la direction d'un medecin
specialise, seconds d'un personnel competent.- Cuisine
de dietetique. Laboratoire d'analyses et de recher-
ches biologiques. - - '
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Tous les sports.
Golf 18 trous. "Tennis. Promenades. Canotage (5 km. du
lac]. Peche a la.truite — : - - ) - rrS
Directeur General : TARTAKOWSKY
— XII —
INFORMATIONS
3* CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE
a la Faculte de Medecine d’Athenes
du 15 au 18 avril 1936
Sous la Presidence de M. le Professeur W. Bensis,
Professeur a la Faculte de Medecine d’Athenes,
Mcmbre Correspondant de l’Academie de Medecine de Paris
SOUS LE HAUT PATRONAGE
de
M. le President du Conseil Hellenique.
M. le Ministre de FInterieur.
M. le Ministre de l’Instruction Publiciue.
M. le Ministre de l’Hygiene.
MM. les Membres du Gouvernement.
M. le Prefet d’Athenes.
M. le Maire d’Athenes.
M. le President de l’Academie d’Athenes.
M. Ie Recteur de 1’Universite d’Athenes.
M. le Doyen de la Faculte de Medecine d’Athenes.
La Societe Internationale de Pathologie Comparee
(A suivre, page d’annonces XIV).
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Action pedagogique combinee au traitement
medical. Individualisation de l'enseignement.
Scours d’observation.
Institut pathopsychologique specialise
pour examens et expertises neurologi-
— ques et psychologiques .
Consultations tous les jours. Dr Guillerey,
Medecin Directeur, D'' Duby, D'' Calame.
Medecin consultant : Professeur d'Universite
D1' O. Lcewenstein.
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— XIII —
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Directeur : le Dr Cl. VURPAS
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Maison de Sante et de Convalescence
SCEAUX (Seine) t«. 12
PSYCHOSES — YEV ROSES
Medecin-Directeur : I»r BOTVIIOSIME, Ancien Interne des A siles de la Seine
Medecins assistants : l»r CODET, Ancien Chef de Clinique de la Faculty
»r pi cjl AKI), Ancien Interne des Hopitaux
— XIV —
3- CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE (suite)
nrpirfipr^n Pre,ni*e?8 1a<?Sgrfs dc Pathologie Comparee ont eu lieu a Paris, le
SPSeaus"i Stc1q9u,4lita„tUSlCMC *" °Ct°brC mi' »* ont ™
(daLte definitive)’ qUi ^ COnr,<:' * Gr'Ce’ 3 d“ C‘tre aiourna jusqu’en avril 1936
le ^n!.nnii,ir„de C% C”ns;'6s> comme celie des Congres precedents, re?ut partout
le meilleur accueil. Toutes les Nations ont deja constitue leurs comites natio-
ou. *°*} en tr?Ln de les constituer. Le succes scientifique du Congres est
d ores et deja magmfiquement assure. 8
Com,lt<; ^’organisation hellenique, soucieux de faire profiter ses hotes
illustres des beautes naturelles ainsi que des souvenirs historiques de notre
ien/’v^fe0/^ 7gan-Ser,- Ur sej6.urde telle fa«on qu’en Peu de jours ils puis-
sent visiter les plus reputees parmi les antiquites de la Grece. II etait meme en
d °rgamser une croisiere de 19 jours (journees du Congres comprises), qui
petrmlS d’eftectuer cette visite dans les meilleures conditions de
confort. Entre temps les evenements mondiaux ont force le Comite d’organisa-
lion de modifier partiellement son programme. II espere fermement si des eve¬
nements nouveaux ne viennent compliquer la situation Internationale, pou'voir
realiser cette croisiere dont l’etude est deja poussee. P
BUT DU CONGRES
Gongres^International de Pathologie Comparee, dont le but est exclusi-
vement scientifique, s’occupera non settlement' des" maiadTes'^coinmun’eT" a
pv1^^ "r ani™a?x dans toute Ia sarie> mai« aussi des rapports pouvant
exister entre les maladies des differentes especes
II s’occupera egalement de Pathologie Vegetale et des relations possibles’
entre certaines maladies des plantes et celles des animaux. La Section de
Pathologie Vegetale ne traitera qu’une seule question, celle de l’immunite chez
les vegetaux. L’ampleur en est telle qu’elle fut departagee en plusieurs rapports.
Bureaux du Congres : 15, rue Hippocpate (Club Universitaire), Athenes.
L suivre, page d’annonces XVlll).
Clinique Bellevue
Le Landeron, pres Neuchatel (Suisse)
Vastes pares ombra-
gis. Vie de famille.
Prospectus — tpes modepes
Directeur : Dr H. BERSOT
— XV —
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A. BEAUGON1 N, Pharmacicn
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AMIDAL
Poudre — Comprimes — Cachets — Dragees
Deux i quatre cuillerecs k cafe,
ou quatre a huit comprimes, dragees
ou cachets par jour
Ententes aigiies et chroniques.
Entero colites. Dysenterie.
Toutes les Diarrhees.
La constipation spasmodique.
VITAMYL IBKADIE
Extrail concentre de vitamines A. B. et C.
Ergosterol irradie
Une cuilleree a cafe
avant chacun des trois repas.
Carences et Pre-carences.
Rachitisme.
Demineralisation.
Troubles de la Croissance
GENESERINE
Deux a troix granules ou dragees ou JO a 3o
gouttes a chacun des trois repas ou une ampoule
injectable chaque jour pendant to jours.
Hypo-acidite gastrique.
Syndrome solaire.
Dyspepsie atonique.
Palpitations et Tachycardie
des cceurs nerveux.
GMATROPUfE
Polonovsx. et N.TZBERQ
8 entre les rfpas de preference.
1 ampoule injectable par jour.
Hyperchlorydrie.
Spasmes digestifs — Vomissements.
Coliques — Diarrhees.
GEiOSCOPOLAMlIE
Polonovbki et Nitzberq
4 a 8 granules, ou 40 a 80 gouttes par jour,
cn a ou 3 prises, 1 ampoule par jour.
Maladie de Parkinson.
Syndromes post-encephalitiques.
Anesthesie chirurgicale ou obstetricale.
GENHYOSCYAMINE
3 gr>nul“;r“U1e1s°rfrdeprffe3ren«Pi‘r ’°Ur
. ampoule par jour.
Spasmes digestifs.
Tremblements.
Syndromes parkinsoniens.
Sueurs des tuberculeux.
GENOSTRYCHNINE
Polonovsx) et N.tzberg
Ampoules - Goutte - Granule,
GENOSTHENIOEES
Cacodylate de Ge'nostrychnine et de Gene’serinc.
1 granules, ou 20 gouttes a chacun des trois repas.
1 ampoule injectable chaque jour.
Asthenie.
Neurasthenic — Surmenage.
Anemie — Convalescence.
Paralysies atoniques.
GENOMORPHINE
Polonovsx) et Nitzberq
En comprimes doses a z Ctgrs ( 1 ^3 fois
par jour) ou en amp 1
La Douleur.
L’Anxiete — 1'Agitation.
Les Dyspnees spasmodiques.
La Demorphinisation.
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2° Les arri6r6s accidentels.
3° Les retardds par suite de chdtivitd constitutionnelle.
NOUS N’ACCEPTONS QUE DES ENFANTS REEDUCABLES
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Surveillance mddicale rigoureuse. Education mddico-pddagogique adaptde
aux cas particuliers. Rythmique. Jeux et sports (sports d’hiver 1.099 m.).
Cure d’air et de soleil. Climat tonifiant.
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Annates Medico-Psychologiques.
— XVIII —
3* CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE (suite)
BUREAU DU CONGRES
MM.
President : W. Bensis, Professeur de Clinique Medicale a la Faculte de Mede¬
cine d’Athenes, Membre Correspondent de 1’Academie de Medecine de Paris.
Vice-Presidents : A. Aravantin-os, Professeur de Clinique Propedeutique a la
Faculte d’Athenes ; M. Georgopoulos, Professeur de Therapeutique a la Faculte
d’Athenes ; B. Krimbas, Professeur de Viticulture a l’Ecole d’Agriculture Supe-
rieure, Directeur General au Ministere de l’Agriculture ; D. Petrid£s, Docteur,
Veterinaire General ; M. Sakorrafos, Professeur de Clinique Medicale a la
Faculte d’Athenes.
Secretaire General : A. Codounis, Professeur Agrege a la Faculte d’Athenes.
Secretaire Adjoint : N. Tzortzakis, Docteur, Chef de la Section Veterinaire du
Laboratoire Bacteriologique au Ministere de l’Agriculture.
Secretaires Administratifs : D. Liaros, Docteur, Veterinaire Departemental ;
E. Matheakis, Docteur, Lieutenant Veterinaire.
Tresorier : A. Gouttas, Professeur Agrege a la Faculte d’Atheiies.
Tresorier Adjoint : G. Nonis.
ORDRE DU JOUR
Sujets
Les sujets suivants sont inscrits a l’ordre du jour :
Section de Medecine Humaine
1) Echinococcoses.
2) Nephroses et amyloses.
3) Leishmanioses.
4) Spirochetoses.
5) Avitaminoses : Influence sur les fonclions digestives.
Section de Medecine Veterinaire
1) Les echinococcoses chez les animaux domestiques. .
2) Les spirochetoses animates,
(A suivre page d’annonces XX).
MAISON de SANTE de PREFARGIER
pres Neuchatel, Suisse .
Traitement
des maladies
nerveuses
et mentales,
de l’alcoolisme,
des toxicomanies.
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Medecin-Directeur : Dr A. Roller — Medecin-Adjoint : Dr Ch. Barbezat
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qui peuvent continuer d’y trailer leurs maladet
Moyens de communication : Tramway n° 54, Place de la Trinite-Enghien (s arrete
devant l'Etablissement). — Chemin de fer gare du Nord, trajet en 10 minutes. — Automobiles,
route d’Enghien, 7 kilometres de Paris.
3“ CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE (suite)
3) Les infections anaerobies chez les animaux domesticities.
4) Les narioles animates.
5) Les leishmanioses animates.
Section de Pathologie Vegetale
1) L’immunile chez les vegetaux.
a lieu a la Faculte
t des relations possibles entre
REGLEMENT
1" Le 3 * Congres International de Pathologie Comparee a
de Mcdecine d’Athenes, du 15 au IS aoril 1936.
2° Ce Congres, dont Je but est exclusivement scientifique, s’occupera non seu-
lement de maladies communes a l’homme et aux animaux dans toute la serie,
mais aussi des rapports pouvant exister entre les maladies des differentes’
especes.
II s’occupera egalement de pathologie vegetale e
certaines maladies desplantes et celles des a '
3° II comprend :
Des membres d’honneur ;
Des membres actifs ;
Des membres associes, agrees par le Bureau.
Les membres de la famille des congressistes peuveut etrc inscrits au titre de
membres associes. Ils scront admis aux seances, fetes, receptions et profitcront
do tous les avantages accordcs aux congressistes, mais ils ne pourront prendre
part aux discussions.
Un Comite de dames sera constitue.
La cotisation est de 100 frs fr. pour les membres actifs c
membres associes.
Les delegues ctrangers officiels sont exoneres du paiement de la cotisation.
4» Les adhesions devront etre envoyees au Secretaire General ; elles devront
indiquer tres exactement les noms, qualites et adresses. Les congressistes rcce-
vront leur carte des qu’ils auront paye leur cotisation.
t de 50 pour les
(A suivre, page d’annonces XXI j.
ETABLISSEMENT HYDROTHERAPIQUE
ET
MAISON DE CONVALESCENCE
Docteur J.-B. BUVAT el Docleur G. VILLEY-DESMESERfiTS
Anciens Internes des Asiles de la Seine
M^decins-Directeurs
VILLA MONTSOURIS
130, rue de la Glaciere
PARIS
Telephone : Gobel. 05-40
MARDI, VENDREDI
2 a 5
1 CHATEAU de l’ABB AYE
VIRY-CHATILLOIV
(S.-et-O.)
Telephone : Juvisy 76
PARC : Huit Hectares
TRAITEMENT DES MALADIES
NERVEUSES ET DES T0XIC0MANIES
— « PEIX MODfiESlS »—
— XXI —
3' CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE (suite)
5° Les membres du Congres beneficieront d’avantages divers (chemins de fei-
grecs, cOinpagnies de navigation, hotels, restaurants, etc.).
Us recevront le volume general des travaux du Congres et les differents
imprimis.
6° Les langues officielles du Congres seront le grec, le frangais, l’allemand,
l’anglais, l’italien et l’espagnol.
Les rapports et communications, qui seront prisentes dans l’une des susdites
langues, devront 6trc accompagnes d’un court resume ecrit en franfais.
En raison des frais considerables de 1’impression en langues etrangeres, les
rapports ne devront pas occuper plus de seize pages du compte rendu imprime
et les communications plus de deux pages ; dans le cas contraire, les frais sup-
plimentaires d’impression devront 6tre remboursis par les auteurs.
Au cours des seances, les orateurs pourront parler dans leur langue natio-
n3Le resume qu’ils devront donner de leurs observations devra etre ecrit en
^Les^auteurs devront, de toute fa$on, envoyer au Secretariat Giniral du
Congres le resume de leurs communications, en se faisant inscrire a, 1 ordre du
J°7» Les rapports devront etre adresses au Secretaire General avant le 1" aout
1935, pour etre imprimes avant l’ouverture du Congres et envoyes aux congres-
S1SEnS'meme temps devra etre remis un abrege d’environ une page, indiquant
les grandes lignes du sujet. Ce resume des rapports sera envoye & chaque
congressiste. , .
8° L’experience des differents congres ayant montre les inconvenients de la
division en multiples sections separees, qui met les congressistes dans 1’impos-
sibilite de suivre l’ensemble des travaux, il a ete decide qu’autant que possible
les questions seraient traitees en seances plenieres.
(A suivre page d’annonces XXII).
CHATEAU DU BEL-AIR
VILLENEUVE-St-GEORGES, IS minutes de Paris
65 trains par jour dans chaque sens
Voitures k la gare de Villeneuve-St-Georges : Trajet en 3 minutes
Cures de Repos
Convalescences
Regimes
Disintoxications
Psychothirapie
Heliotherapie
Malariathirapie
MEDECINS
SPECIALISTES
reaidant
au Chateau
D” H. lUELKIOT & BEVAILT » ALLOWlE§
Ancienne Maison de Sante fondee par le Dr Blanche a Passy
Telephone 244 d Villeneuve-St-Georges
PRIX MODERES. — NOTICES ILLUSTREES SUR DEMANDE
B*
— XXII —
3* CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE (suite)
9 L expose des rapports ne devra pas durer plus de vingt minutes. Leur
texte ne devra pas exceder vingt-quatre pages du compte rendu imprime (pages
de quaran te-cmq lignes de soixante-cinq lettres environ).
La duree des communications sera limitee a dix minutes et leur texte ne
devra pas occuper plus de deux pages du compte rendu imprime. Le texte des
communications devra etre remis immediatement apres la seance au secretaire
en fonctions et etre accompagne d’un court resume destine k la presse.
rous ces documents devront etre dactylographies, sans caracteres douteux.
61 les memoH-es comportent des figures ou des graphiques, les cliches devront
en etre fournis par les auteurs. Sinon ils seront etablis a leur compte et pour-
ront leur etre donnes apres l’impression du compte rendu.
Au cours des discussions, chaque argumentateur, sauf decision contraire du
president, ne devra pas conserver la parole plus de cinq minutes.
10° Les pieces, instruments ou appareils que les Congressistes desireront pre¬
senter seront exposes dans une salle speciale.
11° Toute correspondance devra etre adressee au Secretariat General 15 rue
Hippocrate, Athenes, Grece.
12“ Chaque congressiste ayant pris part a la discussion devra immediatement
rediger une note portant son nom et son adresse et la remettre au secretaire
de seance.
L’omission de cette formalite entrainerait l’absence des observations de l’in-
teresse dans le compte rendu.
13° Le Congres tiendra deux seances solennelles, la seance d’ouverture et
celle de cloture. Les delegues de gouvernements seront invites a y prendre la
parole. v
Dans la seance d’o.uverture, le Congres procedera k l’election du bureau pour
les differentes seances et a la nomination des presidents d’honneur.
Dans la seance de cloture, les travaux du Congres seront resumes, des vceux
pourront etre votes, et il sera decide du lieu et de l’epoque du prochain
Congres ; a cet effet, un rapport sera presente
(A suivre page d’annonces XXIII).
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Pas d’AcnS — Pas de troubles gasiro-iniestinaux — Pas de depression cardiaque
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des Affections nerveuses graves, des Insomnies rebelies
CANTfilNE
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Erethisme cardiaque - Neurasth£nie - Meiancplie - D<5prim6s
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Laboratoire E. BOUTEILLE, 23, rue des Moines, PARIS (17»)
3' CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE (suite)
eomposee des presidents et secretaires des comites nationaux, des presidents,
du secretaire general et des secretaires generaux adjoints du 3° Congres Inter¬
national de Pathologie Comparee.
14° Les discours prononces aux seances d’ouverture et de cloture seront
publies.
PROGRAMME TOURISTIQUE
Le Comite d’Organisation, apres avoir longuement etudie avec le Bureau
Touristique du Congres toutes les possibility de MM. les Congressistes, apres
de nombreuscs revisions de son programme initial imposees par les circonstan-
ces, en est arrive a leur offrir une serie de combinaisons s’adressant a leur pro¬
venance ainsi qu’aux jours et aux moyens dont ils voudraient disposer. Les
prix de chaque groupe ont ete reduits a la limite du possible de fagon a faci-
liter le voyage a un plus grand nombre de congressistes de tous les pays. Les
grandes reductions que notre pays a consenti a leur accorder et aussi les im-
portantes reductions que la plupart des pays etrangers, surtout europeens, ont
bien voulu accorder aux participants du 3' Congres International de Pathologie
Comparee, nous ont permis de constituer 5 groupes organises et un groupe libre.
MM. les Congressistes sont pries, apres avoir fait le choix du groupe auquel
ils desireraient participer, de remplir la fiche qu’ils auraient choisie et de la
faire parvenir directement au Secretariat Touristique du Congres (Hermes, Tou-
risme-Voyages, 4, rue du Stade, Athenes). . . ,
Le « Programme de 5 jours » (Fiche A) interesse MM. les Congressistes de ■
toutes provenances, ceux dont la limite des jours disponibles n’excede pas les
^°LeS «UProgramnie de 8 jours » (Fiche B) s’adresse egalement a MM. les
Congressistes de toute provenance qui sauraient disposer de 3 jours supple-
""Le ^ Programme de 19 jours » (Fiche C) s’adresse aux Congressistes de l’Eu-
rope Centrale et Occidentale, ainsi qu’aux Yougoslaves. Les dates avancees de
ce programme, comprenant la Semaine Salnte avec les fetes de Paques, sau-
■ (A suivre page d’annonces XXIV).
LE COTE AIJ
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— XXIV —
3‘ CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE (suite)
raient intdresser ceux parmi MM. les Congressistes qui pourraient disposer de
leurs fetes, mais qui ne sauraient prolonger leur sejour apres les jours du
Congres.
La « Croisiere de 19 jours » (Fiche D) s’adresse aux Congressistes de l’Eu-
rope Occidentale et a ceux de l'Am6rique du Nord qui voudraient consacrer
13 jours k la Grece. Ils auront Pa vantage d’habiter k bord, sauf pendant les
jours du Congres k Athenes, ou pourtant ils ont le droit d’opter entre le sejour
a bord et le transfert aux hotels d’Athenes.
Enfin, sous Fiche E, nous offrons a MM. les Congressistes d’Egypte, de
Palestine, de Syrie et des pays du Levant, en general, un programme de
13 jours (voyage d'aller et retour compris) avec le meme paquebot qui, faisant
escale a Haiffa, permet k MM. les Congressistes de visiter Nazareth et la Tibe-
riade.
Nous prions instamment MM. les Congressistes de bien vouloir envoyer k
temps leurs bulletins d’adhesion et leurs fiches de groupe. Notamment ceux
des groupes C et D sont pries de faire parvenir leurs fiches au Secretariat Tou-
ristique au moins 2 mois avant le Congres (vers la mi-fevrier au plus tard), les
Compagnies de navigation demandant a etre renseignees k temps sur le nombre
des Congressistes.
Nous attirons tout particulierement l’attention de MM. les Congressistes qui
disposeraient de 19 jours de l’interet qu’il y aurait pour eux de s’inscrire dans
1’nne des deux dernieres categories (Groupes C et D). Avec une somme modique.
ils sauraient visiter dans des conditions exceptionnelles les principales curio-
sites de la Grece.
PROGRAMME DU CONGRES
Programme de 5 jours (14-19 avril)
( Groupe A ■ — Fiche A)
Mardi U avril : Arrivee des Congressistes, transfert a l’hdtel et installation.
Mercredi 15 avril : Premier jour du Congres.
(.4 suivre, page d’annonces XXV.)
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— XXV —
3 CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE (suite)
9-10 heures. — Distribution des insignes au Secretariat du Congres.
10 heures. — Seance_inaugurale du Gongres sous la Haute Presidence de M. le
President du Conseil des Ministres.
Allocution de M. le Prof. W. Bensis, Professeur dc Glinique Medicale a la
Faculte de Medecine d’Athenes, Membre Gorrespondant de l’Academie de Mede-
cine de Paris, President du Congres.
Allocution de M. le Ministre de l’Hygiene.
Allocution des Representants Officiels des Pays Etrangers, par ordre alphabe-
tique des nations.
13 heures? — Dejeuner.
15-18 heures. — Excursion a Daphni-Eleusis.
18-20 heures. — Seance des trois Sections s^parees.
21 heures. — Banquet officiel-offert par le President du Comite d’Organisa-
tion Hellenique aux Representants Officiels des Gouvernements et des Univer-
sjtes a l’Hotel de la Grande-Bretagne.
. Jeudi 16 avril : Deuxieme jour du Congres.
8- 9 h. 30. — Visite de l’Acropole et de son Musee.
10 heures. — Seance des Sections jusqu’a 12 heures.
12 h. 30. — Dejeuner offert par le Ministre de l’Hygiene.
14 h. 30. — Depart pour le Parnes.
18-20 heures. — Seance des Sections.
Venclredi 17 avril : Troisieme jour du Congres.
9- 1 1 h. 30. — Seance des Sections.
12 heures. — Depart pour le lap artificiel de Marathon.
Aperitif au pavilion du Tourisme..
13 h. 30. — Dejeuner a Iiiphissia a l’Hotel Geeil, offert par le Maire d’Athenes.
Rentree a Athenes.
16 heures. — Visite du Musee National.
Diner.
(A suivre page d’annonces XXVI).
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3' CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE (suite)
Samedi 18 avril : Quatrieme jour du Congfes.
7 heures. — • Depart cn auto pour Mycenes et Nauplie.
13 heures. — Dejeuner a Nauplie et depart en auto pour Kpidaure.
Seance de cloture a l’amphitheatre d’Epidaure. Discours.
Seance des Comites Nationaux.
Concert Symphoniquc de rOrehestre de l’Odeon d’Athenes.
18 heures. — • Depart d’Epidaure et arrivee a Athenes un peu avant minuit.
Nuit a I’hotel.
Dimanche 19 avril : Depart.
Ce programme ne peut interesser que les personnes qui comptent arriver a
Athenes par le Simplon-Orient-Express, parce que le mardi 14 avril il n’y a pas
d’arrivee de bateaux.
Prix : francs frangais 7 50, francs suisses 150, C 10.2.6, comprenant le trans-
fert par personne Piree-Athenes ou garc-hotel le jour de l’arrivee, toutes les
excursions prevues par le Oongres du 15 au 17 avril, l’excursion en auto d’Athe¬
nes a Epidaure et retour, accoinpagnement par guide diplome, et l’hotel a par-
tir du 14 au soil- jusqu’au 19 avril, repas de midi compris.
Le prix mentionne prevoit l’hotel de la Grande-Bretagne. Pour le sejour dans
d’autres hotels le prix serait reduit de ia difference du cout de I’hotei.
MM. les Congressistes qui desireraient participer a ee programme (Program¬
me A) sont pries de remplir la Eiche A.
REDUCTIONS
ACCOISDEES PAli LES COMPAGNIES DE ChEMINS DE FEU ET DE NAVIGATION
Chemins de fer de l’Etat Hellenique : 50 %.
Chemins de fer Bulgares : 35 % du 10 au 30 avril.
Chemins de fer Italiens : 30 % du 5 au 28 avril.
Chemins de fer Frangais : 40 % du 8 au 27 avril.
(A suivre page d'annonces XXVIII ).
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Dr Remi COURJON, Medecin des Asiles, Ancien Chef de Clinique Neuro-
Psychiatrique a la Faculte de Lyon, Expert pres la Cour d’Appel de Lyon.
D1’ Jean THInVENON, Ex-interne- des Hopitaux de Lyon, Ancien Chef de
Clinique Neuro-Psychiatrique a la Faculte de Lyon.
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m'es, fatigues, convales¬
cents, malingres, enteriti-
ques, ganglionnaires, etc.
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— XXVIII —
3" CONGRES INTERNATIONAL
DE PATHOLOGIE COMPAREE
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SOMMAIRE DU N° 2 (tome I), FEVRIER 1936
MCMOIR.ES ORIGINAUX
H. Steck. - Anatomo-patbologie et physio-pathologie de l’epilepsie. . .
A. Brunerie et R. Goche. — Sur trois cas d’hallucinations visuelles chez
des cataractes . .
V:-L. Huot. — Note au snjet des peintures et dessins d’un schizophr6ne
malgache . .
H. Bersot. — Vitamine C. Precarence et neuropsycliiatrie . .
SOCltTfc MtDICO-PSYCHOLOGIQUE
Seance du jeudi IS fevrier 1936
Paul Courbon et Ch. Feuillet. — Une ma-
{- ratre parkinsonienne . 199
Th. Simon, L. Anglade et Mile P. Petit. —
Note sur un appareil pour la mesure de
l’amplitude des reflexes rotuliens... 203
L. Marchand, J. Fortineau et Mile P. Petit.
— Hallucinations visuelles projetdes et des-
sinees, symptSmes pr^- et post-paroxysti-
(, Suite du sommaire page II).
n ilSII\ in: SMTB
D’lVRY-SUR-SEINE
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MALADIES MENTALES & NERVEUSES
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Mddecin- Direct ear : Docteur A. DELMAS
Ancien chef de clinique a la Faculte de Medecine de Paris
Mddecin-adjoint : Docteur P. DELMAS
Annales Medico-Psychologiques.
A.
— fl —
1
ques dpilepti'qucs . 205
P. Gutraud, Mine Bonnafous-Serieux et Ch.
Ngdet. — Symptomes ct lesions flu sys-
teme nerveux vegetatif dans l’alcoolisme
chroniquc . 211
Laignel-Eavasti.ne, G. d’Heucquevii.le et
J. Sambiion. — Tentatives dc suicide repe-
tees chez un instable deprime, sans tra¬
vail . 218
Siance du lundi 24 fevrier 1930
Adoption du proces-verbal . 228
Correspondance . 223
Date de la seance du mois d’avril .... 223
Declaration de vacance d’une place de mem-
bre titulaire . 224
Election d’un mcmbre correspondant natio¬
nal . 224
Election, d’un rnembre associe etranger. 224
Rapport de la Commission sur les Assis-
tantes sociales . 224
Aubin. — Syndrome catatonique consecutif
a une intolerance au novarsenobenzol 225-
/bin. — Delire d’analogie chez un Hin- 1
dou . 2281
Lhermitte et Ajuriaguerra. — Etude cli'J|
nique et pathogenique des hallucinations^!
chez les ophtalmopathes . 232a
G. Petit ct J. Delmoxd. — Syndrome d’Aclie §
transitoire, anernie et parkinsonisme f rustea
au cours d’une confusion mentale subai-ij
gue avec lymphocytose rachidieilne . 236 ja
Laignel-Lavastine, J. Vinchon, G. i)’HEUci;9
queville et J.-J. Sambron. — Precedes de fl
defense sensorielle chez. un persecute. 242 i
.1. Dublineau. — Contribution a l’etude pa- 4
thogenique des .formes frustes de neuro- i
syphilis. — Paludisme et syphilis.. 245 |
,1. Dublineau. — Superinfection syphilitiquc
et formes frustes de -neuro-syphilis. Dis-l
cussion d’un cas . 249 |
Y. Porc’her. — Conductibilite electrique du
corps humain et dysendocrinie. Un nou-';l
veau test biometrique : la mesure de l’an- $
gle de phase (note preliminaire) ... 254 i
Daumezon. — Hallucinations visuelles, cons- -l
cientes et transitoires . 257ijl
( Suite du sommaire page IV). :j
— Ill —
CHATEAU DE SURESNES
Telephone : SURESNES 2.88
liaison
de Santfi
de Repos
de Regimes
Fonder par
M.leDrMAGNAN
Membre de
1’AcaiiAmie ae Medecine
Le Chateau
La Maison de Sante du Chateau .de Suresnes est situee a la Porte de Paris (sortie
du Bois de Boulogne), dans un grand pare.
Remise a. nenf et embellie depuis la guerre, la maison regoit, dans des parties
distinctes (chateau et pavilions disperses dans la verdure du pare), des convales¬
cents, neurastheniques, nerveux, intoxiques ou psychopathes.
Chateau et pavilions reunissent toutes les conditions les meilleures d'hygiene
et de bien-etre (cliauffage central, eau chaude, electricite, eau de source), etc.
Les personnes qui y sejoni nent peuvent y disposer a leur gre d'une cliambre
meuhlee avec luxe, d’un cabinet de toilette, d'un salon, d’une salle de bains,
etc.
Les jSedecins de la Maison de Sante et leurs families prennent leurs repas avec
les pensionnaires qui desirent frequenter la salle a manger.
La Maison est largement ouverte a Messieurs les Medecins, qui peuvent ainsi
continuer a suivre leurs malades.
HYDROTHERAPIE - ELECTROTHERAPIE
Medecins Dibecteurs :
Dr FILLASSIER O. * Dr DURAND-SALADIN
NOTICE SUR DEBIANDE
Communications Tramway du Val d’Or a la Porte Maillot
SOClfcTES
Societe de Neurologic de Paris
Seance du 6 fivrler 1936
J. Tinf.i. ct M. Jacquet. — Hemiplegic passagere
par embolic gazeuse au corns tie la' re-insut-
lV.-A. Schwob et M. Monnier. — Un cas de ne-
vrose du systeme veg^tatil' aycc arret du cceur
et automatisme ventriculaire pendant la com-
'•i.’pression oculaire . 264.
E. Gelma et P. Chavigny. — Merasthenie pa-
roxystique de nature psychonevrosique. . 201
myelitc subaigue consecutive & la vaccination
J. Ebermittf. et Bollack. — Un cas de syndrome
de Laurence-Moon . 263
3. Dereux et A. Provost. — Sclerose on plaques
jp familiale . 203
G. Guii-lain et M. Acbry. — Nevralgie du glosso-
■ pharyngien guerie par i’alcoolisafion . 203
Coste, Bollock, Fauvf.t ct Mine S. Deltuil. —
Syringobulbie avec atrophie optique unilate-
rale ; Cpreuves manometriques . 205
Laruelle. — I-e syndrome du. trou occipital 203
Mme M. Roudinesco. — Un cas de doiichostcno-
meiie ou maladie de Marfan . 200
'tumours' do la glande pineale sans signes l’ocaux
des localisations . . . 200
Societe de Medecine legale de France
Stance du 13 Janvier 1936
P. Masquin. — Syndrome tardif d’hypertension
intrarachidienne post-traumatique par exostose
des os de la voiite . . . 200
Societe fran^aise de Psychologie
Seance du jeudi 27 fiurier 1936
Leiris. — Les representations religieuses relit tij
ves au « Zar » en Ethiopie du Nord.... 207
Societe de Medecine Mentale
de Belgique
Seance du 25 Janvier 1936
G. Vermeylex. — La psychiatrie dans ses rap¬
ports avec la psychopatbologie de l’enfant 208
(Suite du sommaire page VI).
fl\AI50fl PE 5WE PE BELLEVUE (S.-ef-O.)
8, Avenue du 11 Novembre Observatoire 10-62
Medecin-directeur : Dr BUSSARD
Medecin assistant : Dr Paul CARRETTE
Psycho-
nevroses
Intoxica¬
tions
■=J»
Convales¬
cences
Cet etablissement, situe sur le coteau de Bellevue, a proximite du bois de
Meudon, est compose de plusieurs pavilions dans un pare. II offre tout le
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V —
VILLA DES PAGES
LE VESINET (S.-et-O.)
40, Avenue Horace Vernet
TRAITEMENT DES AFFECTIONS NERVEUSES
ET DES MALADIES DE LA NUTRITION
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Cures de disintoxication
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dissemines dans un pare de 5 hectares.
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La clinique est entierement ouverte aux Medecins
qui peuvent ainsi conserver la direction de leurs maladea
Medecins directors : Docteurs LEULIER, MIGNON, CASALIS
Medecin assistant : Docteur LECLERCQ
Telephone : LE VESINET 12
Desmedt.- • Forme delirantc de confusion men-
talc due a une pyohomic a colibaciltes. . . . 2(i!)
L. Vervaeck. La proplij iaxje criniinelle et los
psy ehiatres . 2U0
Groupement Beige
d’Etudes Oto-Neuro-Ophtalmologiques
et Neuro-Chirurgicales
Siance du 25 jan'vier IS 36
,L Coppez et P. Martin. — Aspect de throiubo-
phlcbite du sinus caverneux, complication d'unc;i
septicemie . 27(1?S
A. Gerebtzoff. ltechcrchos anatomo-experi-fl
mentales sur la region du lemniscus lateral et
ses commissures . 27tkj
H, Coppez. — Hypotone atonique traumatiquejl
de l’artere centrale d.e la retine . 27(j|l
P. van Gehuciiten. — Le mecanisme de la morfjl
dans certains cas do tumeurs cerebrales.. 27r'3
P. Martin. — La ventrieulographie dans les abces 3
cerebraux . 271 J
ANALYSES
JOURNAUX ET REVUES
Psychiatrie.
M. Levin. _ Hypertonie paroxystiquc emotion-
P. Meignant. — La catatonic . 21'i
P.-E. Snessaree. — I>e la toxicite dans la schizo-
7 phr6nie . ;27J$
M.-M. Cabeza. — Tuberculose ct d^mence pre-
W. Lopez-Albo. — Deinence infantile. A propos
de deux observations cliniqucs . 273
G. Robin. — Les demcnces chcz l ’enfant. . . 274
K.-C.-L. Paddi.e. — La syphilis congenitale chezjl
les deficients mentaux adultes . 274 ‘
P. Schilder. — Etudes cliniques sur les diffe^l
rents types de psychoses depressives . 274 *
P. Armenise. — Des .rapports entre la pychose^
depressive et la psyehasthenie . 275 ’
Iv. Leonhard. — Psychoses endogenes atjrpiques
a la liimiere des recherches familiales. . . . 275
T. Senisb. — Les psychoses atfectives prodromi-7
ques de l’encephalite epidemique et des syn¬
dromes parkinsoniens . 275 ;
Mme E.-L. Kaganoxvskaia. — Des hallucinations
visuellcs et de certaines particularity des trou-J^
- bles de la perception au cours de l’encephalite
(Suite du sommaire page VIII). ;;
CHATEAU DES COUDRAIES
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Magnifique Parc de 5 hectares, adosse a la foret de Senart. Tres belle
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Ergosterol irradie
Une cuilleree a cafe
Carences et Pre-carences.
Rachitisme.
Demineralisation.
Troubles de la Croissance
Gi;A'i;§EiiiiE
Polonovski et Nitzbero
Deux a troix granules ou dragees ou so a 3o
gouttes a chacun des trois repas ou une ampoule
injectable chaque jour pendant lo jours.
Hypo-acidite gastrique.
Syndrome solaire.
Dyspepsie atonique.
Palpitations et Tachycardie
des coeurs nerveux.
GMATROPIM
Polonovski et Nitzbero
s granu'es^ou^ao^outtes, ^a^^fois par jour,
1 ampoule injectable par jour.
Hyperchlorydrie.
Spasmes digestifs — Vomissements.
Coliques — Diarrhees.
ftEiO§COPOLAMIllE
| Polonovski et Nitzbero
4 a 8 granules, ou 40 a 80 gouttes par jour,
Maladie de Parkinson.
Syndromes post-encephalitiques.
Anesthesie chirurgicale ou obstetricale.
GE1HYOSCYAMISE
Polonovski et Nitzbero
3 granules, ou so gouttes, s Par >°ur
1 ampoule par jour.
Spasmes digestifs.
Trerpblements.
Syndromes parkinsoniens.
Sueurs des tuberculeux.
~GEI«STRYCniIIE
Polonovski et Nitzbero
Ampoule, — Goutte - Granule,
CVEIYOSTHEMIQUES
Cacodylate de Genostrychnine et de Ge'neterine.
s granules, ou so gouttes ^a chacun des trois repas.
Asthenie.
Neurasthenie — Surmenage.
Anemie — Convalescence.
Paralysies atoniques.
GEIOMOBPHME
En comprimes doses a s Cfgrs ( s a^3 fois
parjourjdoseesa 4PCtgrs. '
La Douleur.
L’Anxiete — 1’Agitation.
Les Dyspnees spasmodiques.
La Demorphinisation.
ECHANTILLONS MEDICAUX SUR DEMANDE
— VIII —
cpidemjquc . 276
R. Helsper. — Psychoses dc l’encephalitc epide-
M.-M. Cabesza. — Psychose typhique . 276
M. Yahn. — Infection des voies biliaires et trou-
r bles mentaux . 277
W. Muncie. — Etats d’excitation post-operatoi-
L. Marchand et A. Courtoik. — La psychose
aigue de Korsakoif des alcooliques . 277
VV. Bromberg. — L'n nouveau procede d’intoxi-
BtS cation par le chanvre indien : la marihuana.
Etude Clinique . 278
S. Ramirez-Moreno. — Troubles mentaux pro-
duits par l’intoxication aigue par la ma¬
rihuana . 278
N'.-M. Krol et L.-M. Bonnegarde. — Les etats
f cr6pusculaires, leur genese et leur structure 279
E. -M. Bridge. — Etat mental des Cpileptiques 279
J. Fettehman et M.-R. Barnes. — Etudes en sefie
de Fintelligence chez les epileptiques . 279
D. Rothschild. — Maladie d’Alzheiiner. . . . 279
F. Colapietra. — Les conditions etiologiques et
pathogeuiques des psychoses seniles . 280
A. Boteliio. — Paralysie' generate senile... 280
I. Seuise. — La diffusion de la paralysie gene-
rale au Bresil et dans d’autres parties du
; monde . 280
A. Obregia, A, Dimolesco et A. Vasilesco. — La
forme clinique dans la production des remis'3
sions chez ies paralytiques generaux. Etude.
clinique . . 28U..
P.-G. Schube. — Etats afl’ectifs des paralytiques ;
D. Curran. — Etude clinique du delirium.. 281 J
8. Stone. — Le delire de Miller. Etude comparcej
de la psychologic des foules . 281 i
G. Carnevaei. — L’n uto-ep Ration dans les mala- j
dies mentales . 282/3
Psychologie.
Ch. Baudouin. — Introduction a une science du, |
R. Ruyer.
tete ? . .
M. Svends
E. DuPRiiE
tion . . .
is sont-eiles dans notra
nons imaginaires des /
e et 1. Mbs
284 -aj
Recherches sur 4
ies singes. — j
HI. L’intermediaire indcpendant de l’objet 284$)
F. FisHGOLn. — Une presentation nouvelie des '
proiils psychoiogiques de Vermeylen . 281 :*!
E. Pichon. — La logiquc vivante de i’esprit ensei- I
gnee par le iangage . . 284'.;
Pkzyluskt. — La plasticite des mots et.la cohe¬
sion du discours . 285 aS
(Suite du sommaire page X).
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11. Harpf.r-Hj
Creindleb. — Des reflexes
. Application des reflexes
rtains problemes eliniques . .
t. — Le genie et le bonheu
Neurologie.
P. Baii.ey. — La formation du n
Exploration des
riculographie .
exander, T.-S. Jung et H.-S
ryde de thorium colloidal.
E. Moniz. — L’evolution
giographie cerebrale
Th. Ai.ajouanine et R. '1
S'obecoubt. — Syndromes encephalo-n
s et syndromes abdominaux douloureux
xes au debut de la pneumonie chez le
- Les etats spasn
- ' 1
diques du releveur de la paupiere superieure 1
par lesion cerebrale en foyer . 281) J
G. Roussy et Mile G. Levy. — A propos de la I
dystasie areflexique hereditaire. (Contribution I
a l’etude de la genese des maladies familiales J
et de leur parents entre elles) . m 1
.1. Fehhaz-Ai.vim. — Les calcifications de la faux 1
du cerveau . 2»* |
A. Baudouin. — L’hemianopsie binasale. . . 289 J
L. Rojas. — Status dysraphicus. Aspect Clinique |
pseudo-encephalitique . 289
M. Victoria. — Les lesions de la troisieme fron- j
tale gauche sans apliasie . 290
Mme A. -A. Mirotvorskaia. — Les parasites de j
l’encephale . 25111
H. Cr.ft'nii et L; Gorman. — L'n nouveau cas
d’araehnoidite Uystique de la region fronto- 4
parietale . ‘ .
Robalinho Cavai.canti. — Commentaire autour l
d'un cas de tuberculose cerebrale . 291 •;
L. Ramond. — Diagnostic etiologique d’une hemi-
- plegie a debut progressif . 25,1
H. Roger et J.-E. Paielas. - Les tumeurs cert- |
brales metastiques. Etude Clinique . -91
Th. de Mautei.. — Signes et diagnostic des
tumeurs cerebrales exeepte les tumeurs de l’hy-
pophyse . 25)1
A. Barrancos et R. Hernandf.z-Ramirez. — Tabo-
paralysie aVcc symptomatc»rogie initial© de
( Suite du sommaire page XII). jjj
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J.-C. Montanaro et J.-L. Hanon. — Crises sali-
vaires tabetiques . 292
Ckstan, Riser et Planques. — De ia neuro-mye-
lite optique . 292
F. de Oliveira Rastos. — Meningite aigue lym-
phocytaire bdnigne . 292
H.-R. Viets et J.-W. Watts. — Meningite aigue
aseptique . 293
W. Lopez Ai.ro. — Un eas d’hcmorragic menin-
gec ehez un hemophile . .' . 293
R.-L. Goldberg. — Les meningococcies . 293
Anatomie.
T. Okhuma et K. Tuvu.no. — A propos du pro-
blerne des centres du sommeil . 294
A. Opai.ski. — Des differences- locales dans la
l’homme . 294
K. Watanabe. — Des circonvolutions caileuses
ehez les Japonais . 294
G. BE Morsier et J.-J. Mozer. — Agenesie com¬
plete de la commissure calleuse ,et troubles du
developpement de l’hemisphere gauche avcc
hemiparesie droite et iniegrite mentaie. . . 294
E. Hintzsche et P. Gisler. — La situation des
segments medullaires dans lc canal verte¬
bral . 295
Fr. Meyer. — Recherches anatomo- et histopa.s
thologiques ehez des schizophrenes . 295 '
Fr. Meyer. — Recherches anatomo- et histopatho-;
loglques dans la psychose inaniaque-depres-j
sive . 295 j
F.-J. Warmer. — Les modifications du ccrveau ij
dans Palcoolisme chronique et la psychose de
Korsakoff . 296
A. Gomez-Marcano. — L’encephalite guanidini-
que . 296
Pehu, J. Dechaume et S. Boncomond. • — Sur 1’ahajJ
tomie pathologique de l’acrodynie infantile 29B |
P. Bailey et A. Ley. — Etude anatomo-clinique a-
d’un cas de developpement simultane de deux
tumeurs (gliome et sarcome) dans FhemisphSrsg
cerebral d’un enfant . 297
Biologie.
K. Koshimizu. — Recherches experimentales sur""!
la representation en relief du systeme nerveux j
central, dans’ 1’iniage radiologique, apres injec- |
tion de thorotrast . 297 5
C. Vasquez-Yelasco. — L’exploration du systems J
nerveux vegetatif . 297
E.-M. Steblow. — Epilepsie experimentale du i
chien dans ses conditions , d’experience atypi- |
pation prealabie ou piqure de ses divers lerri- S
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y. Seuise. — L’aclivile electriquc du cerveau 298
j[. Gozzano. — Hecherchcs sur les ph&oinfcnes
electriques de Fticorce cerebrale . 298
potassium de l’encephale de l’embryon humaiii
et son rapport av'ec 1’age du foetus . 299
j.-A. Collazo et A. Santos-Ruiz. — Coma hyper-
calcemique experimental . 299
V. Tronconi. — Infection experimentale du sys-
tirmc nerveux par le cryptococcus hlstolytl-
299
| BosAZZi. — L’intraderinoreaetion a l’alcooi
pour le diagnostic d’alcoolisme . . i . 299
tion psychique a l’adrenalinc chez des* nniia-
dcs presentant un complexe symptomatique
• ' nevrosique . . . 299
J.-M. Sacristan. — Le metabolism* hydrocar-
bone dans la psychose mauiaque-depressive
endogene . ~ . . 300
V. Tomaszewski. — Le probifeme de la differen¬
cial ion psychique par rapport aux groupes san-
W. Freeman, J.-M. Looney et lb-lb Small. ■ —
L’index phytotoxiquc. Resultats d’etudes avec
08 sujets masculins atteints de schizophre-
[ nie .'. . 300
jL CABifro. — Du eomportemcnt du « pheno-
m fne d’obstacle » de Donaggio dans l’epilep-
11. Spaunoli. — Kxiste-t-il un virus' liltrable du
M. Fontana. — La negativite du liquide cfiphalo-
rachidien dans la paralysie gcnerale progres-
nees par l’examen du liquide cfiphalo-rachi-
dien chez les syphilitiques . 301
N. Moulson. — Le pouvoir amylolytique du liqui¬
de cerebro-spinal . 302
S. Cagliero. — L’examen du liquide ceplialo-ra-
chidien dans l’dpilepsic . 302
L. Jacchia et G. Fattovitch. — Les variations
cholesterinemiques et les desequilibres du me-
tabolisme lipoidique chez les epileptiques 302
Endocrinologie.
Laignel-Lavastine. — Sympathique et interfero¬
metric . 303
A. Salmon. — Le role du faeteur endocrino-sym-
pathique dans, le mecanisme de la ilevre 303
F. Turyn. — Syndrome de Cushing, basophilis-
me, formes frustes . 303
M.-L. Miller. — Psychoses associees avec des
alterations probables de l’hypothalamus et des
formations voisines. Elt'ets de la solution de
(Sir iie (in sommaire, page XIV).
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B,
— XVIII
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DES MEDECINS ALIENISTES ET NEUROLOGISTES
de France et des Pays de langue frangaise
XL1' Session. — Bale, Zurich, Berne, Neuchalel (20-25 Juillet 1936 )
Sous le Haut Patronage du Conseil Federal Suisse
BUREAU DE LA XL" SESSION
Presidents : M. le D" 0. Crouzon (de Paris) et M. le D' A. Repond (de
Malevoz).
Vice-President : M. le- Dr M. Olivier (de Blols).
Secretaire general : M. le Prof. P. Combemale (de Lille).
Secretaire annuel : M. le D"' 0. Forel (de Prangins).
Tresorier : M. le Dr Vignaud (de Paris).
PROGRAMME DES TRAVAUX ET EXCURSIONS
Dimanche 19 juillet a Bale
I.e secretariat du Congnes sera ouvert dimanche 19 juillet, de 111 h. a 12 h. et de
17 h. 1/2 a 19 h. au Mi'mstersall du Bischofshof, Rittergasse, pres de la Cathedrale.
Les Congressistes pourront y faire adresser leur courricr pnrticulier. Le bureau de
l'Agence Exprinter y sera instaile aussi, de 11 h, a 19 h.
Les Congressistes sont invites, dimanehe 19 juillet, a prendre part a une excursion
au Gaetlieanum (temple des anthroposophes) a Dornnch, suivie d’une reception au
chateau de Reichenstein par Mmc et M. le It' Brodheck, President du Conseil d’Admi-
nistration de la C.I.B.A.
Depart en tram a 14 lieures de PAeschenplatz.
Prix du .trajet : fr. suisses 1 environ. — Retour vers 19 heures.
21 heures. — Les Congressistes sont cordialement invites a. passer la soiree au res¬
taurant du Jardin Zoologiqiie (trams de la gare N»s 1 et 2, trajet de 5 minutes).
LUNDI 20 JUILLET a BALE
9 heures. — Seance solennelle d’ouuerture sous la presidence de M. le
Conseiller Federal Etter, Chef du departement federal de l’lnterieur, au
Bischofshof (Rittergasse), pres de la Cathedrale.
11 heures. — Visite de la Ville en auto-cars (offerte par la Direction de la
Clinique psychiatrique Friedmatt). Depart : Place de la Cathedrale.
(A suivre, page d’annonces XIX).
— XIX —
12 heures . — Visite de la Clinique psijchiatrique Universitaire « Fried-
matt », sous la direction de M. le Prof. J.-E. Staehelin.
13 heures. — Lunch effort par la direction de la Clinique Friedmatt.
15 heures. — Depart en auto-cars do la Friedmatt pour la gare.
15 h. 30. — Depart par train special (perron II) pour Liestal.
15 h. 50. — Ar-rivce a Liestal. Visite de VEtablissemenl psijchiatrique de
Bdle-Canipagne, sous la- direction du medecin en chef D'' Stetz. Buffet [raid
offert par l’etablissement.
18 h. 30. — Depart de Liestal pour Zurich par le meme train special. Arri-
vee a Zurich a 19 h. 50. (Prix du transport Bale-Liestal-Zurich. Fr. suisses 3,90).
iV. B. — I-es Congressistes sont pries de faire transporter a Bale leurs hagages par
les soins de leurs hdtels ou de l’Agence Exprinter sur le quai II oil sera range le train
special. Priere de mettre sur chaque bagage une etiquette indiquant le norn du Congres-
siste et l’adresse de lihotel oil il descend a Zurich. Les billets devront etre pris ii
l’Agence Exprinter ou au secretariat du Congres pour tous les trains sp^eiaux.
MARDI 21 JUII.LKT a ZURICH
9 heures. — Seance a l’Aula de l’Universite (Ramistrasse, tram N° 6 depuis
le Paradeplatz et trams N°“ 5 et 8 depuis la place Bellevue).
Allocutions de M. le President du Conseil d’Etat du Canton de Zurich et de
M. le Prof. Buroi, Recteur de l’Universite de Zurich.
(A suivre page d’annonces XX).
Hcole du JDocteur tlenriette ttoffer
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1" Rapport. — Psychiatrie :
« I.’Heredite des affections circulates et schizoplireniques ». Rapporteurs :
M. le IP Boven, Privat-Docent a l’Universite de Lausanne, et M. le Dr A.
Brousseau, MedecinnChef des asiles publics de France, Medecin de l’Infirmerie
speciale de la Prefecture de Police, a Paris.
Discussion du Rapport.
14 h. — Seance de communications a l’auditoire de la Clinique psychiatri-
que du Burghdlzli (tram N° 10, trajet de 15 a 20 minutes du centre de la ville).
17 h. — Visite de la Clinique psychiatrique Universitaire du Burghozli, sous la
direction de M. le Prof. H. W. Maieh.
20 h. — Banquet offert par le Comite local a 1’Hotel Baur-au-Lac, Zurich.
(Tenue de soiree, smoking).
MERCREDI 22 JUILLET a ZURICH
9 h. — Aula de l’Universite (Ramistrasse, tram 6 depuis le Paradeplatz et
trams 5 et 8 depuis la place Bellevue).
IP Rapport : Neurologic :
« Etude semeiologique, etiologique et pathologique des mouvemenls cho-
reiques ». Rapporteur : M. le Dr Jean Christophe, ancien chef de clinique des
maladies nerveuses a la Faculte de Medecine de Paris, medecin-assistant a la
Salpetriere.
Discussion du rapport.
(A suivre, page d’annonces XXI).
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11 h. 30. — Visite de Vlnstitut Monalcou), Ramistrasse 67, sous la direction
de M. le Professeur Minkowski.
14 h. — Seance de communications. Aula de l’Universite (Ramistrasse, tram
6 depuis la Paradeplatz et trams 5 et 8 depuis la place Bellevue).
17 h. 30. — Promenade en bateau sur le lac de Zurich, offerte par le Sana¬
torium du Dr Th. Brunnet a Kiisnacht, pres Zurich. Collation sur la prcsqu’ile
de l’Au, offerte par le Comite local. (Rendez-vous a l’embarcadere, a l’extre-
mite de la Bahnhofstrasse). Retour vers 22 h.
JEUDI 23 JUILLET a ZURICH
IIP Rapport : Therapeutique psjjchiatrique
8' h. 30. — Aula de l’Universite : « Therapeutiques nouvelles des psychoses,
dites fonctionnelles ». Rapporteur : M. le Prof. II. W. Maier, Zurich.
Discussion du rapport.
11 h. 25. — Depart par train special (perron IV) pour Kreuzlingen (Lac de
Constance). Arrivee a Kreuzlingen 5 13 h. 05. - ■
13 h, 15. — Collation offerte par la Clinique Bellevue a Kreuzlingen.
14 h. 45. — Visite de la Clinique Bellevue sous la direction du D‘ L.
BlNSWANGEll.
16 li. — Emharqtiement sur bateau special qui fera le tour du Petit-Lac et
(A suivre page d’annonces XXID.
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oiierte par la clinique Bellevue, a Kfeuzlingen).
18 h. 40. — Depart de Stein-am-Rhein par le meme train special qui aura
conduit les Congressistes a Kreuzlingen. Arrivee a Zurich a 19 h. 47. Depart
pour Berne (perron V) a 20 h. 05. Arrivee a Berne a 22 h. 13. Prix du trajet
Zurich-Kreuzlingen et Streim-am-Rhein-Zurich : fr. suisses 5,10’. Prix du
fcrajet Zurich-Berne : fr. s. : 4,90. Trajet complet : fr. s, 10. (Un repas pourra
etre servi dans les wagons-restaurants du train special Stein-am-Rhein-Berne
pour le prix de fr. s. : 3,50, poiirboire en sus).
Le train transportera les bagages des Congressistes. Ceux-ci pourront les y laisser
durant la vlsite de la clinique Bellevue et l’excurston en bateau. Etant donne l’heure
tardive de I’arrivee a Berne, les Congressistes feront bien de retenir leur cliambre a
I’avance.
VENDREDI 24 JUILLET a BERNE
10 h. — Aula de l’Universite de Berne, Grosse Schanze (Grands Rempartsj.
Allocutions : M. le Conseiller d’Etat Mouttet.
M. le. Prof, de Quervain, Recteur de PUniversite.
Assemblee generate des membres titulaires du Congres.
L’Assemblee generate du Congres sera precedee, a 9 heures, de PAssemblee
generale de 1’Association Amicale des Medecins des Etablissements publics
d’aliends en France.
(A suivre page d’annonces XXIII).
— XXIII —
11 heures. — Visite de la Ville de Berne sous la conduite de Confreres ber-
12 h. 40. — Depart en auto-cars pour la Clinique psychiatrique Universi-
iaire de la Waldau. Depart de la Bundesplatz, Place du Palais Federal (Auto¬
cars offerts par le Comite local.
13 h. — Lunch offert par la Clinique de la Waldau.
14 heures 30. — Visile de la Clinique psychiatrique de la Waldau sous la
direction de M. le Professeur Klaesi.
16 heures 15. — Retour a Berne en auto-cars (offert par le Comite local).
16 heures 30. — Seance de. communications a l’Aula de l’Universite.
21 heures. — Soiree offerte par les Presidents et les Membres du Congres a
l’Hotel Bellevue-Palace a Berne (tenue de soiree smoking). Au cours de la
soiree, representation de folklore bernois offerte par le Comite local.
SAMEDI 25 JLTILLET a NEUCHATEL
9 heures. — Depart du train sjpecial de Berne pour Bienne. (Pour un mini¬
mum de 250 participants le prix du trajet sera de : francs suisses 1,30, sinon
un leger supplement sera reclame).
9 heures 40. — Embarquement a Bienne sur un bateau special de la Compa-
gnie de navigation de Neuchatel. Le voyage en bateau par le lac de Bienne et
la Thiele est offert par la Clinique Bellevue du Landeron.
(A suivre page d’annonces XXIV).
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— XXIV —
11 heures. — Arrivee a Prefargier, visite de VEtablissement.
12 heures. — Lunch offert par l’Etablissement psychiatrique de Prefargier.
14 heures. — Depart en bateau pour Neuchatel.
14 heures 20. — Arrivee au port de Neuchatel.
14 heures 30. — Depart en auto-cars pour la Chaux-de-Fonds par la Vue
des Alpes. Le Locle et la Tourne, apres une visite de la Ville de Neuchatel,
16 heures. — A la Grand-Joux, reception offerte par la Ville de Neuchatel
dans son grand paturage jurassien. (Prix de l’auto-car : francs suisses 2,50).
En cas de mauvais temps : visite des chateaux de Colombier et Valangin et
du Musee de Neuchatel (automates Jaquet-Droz).
17 heures. — Arrivee a l’Asile cantonal de Perreux. Visite de 1’etablisser
ment. Seance de communications.
18 h. 30. — Collation offerte par l’Etablissement de Perreux.
Des 19 h. 30. — Depart des cars pour Neuchatel oil se fera la dislocation
du Congres.
Trains pour la Suisse orientale, occidentale ct la France.
N. B. — Les Congressistes yenant de Berne et qui n’auraient pas l’intention de repas¬
ser par celte ville, pourront laisser leurs bngages dans les fourgons du train special
Berne-Bienne d’ou ils scront amenes & la consigne de Neuchatel par les ehemins de fer
f&leraux. Bien etiqueter ses eolis.
Les Congressistes qui le desiieraient pourraient Stre loges le 23 au soir a Neuchatel.
Iletenir son logement bien a. l’avauce.
(.1 suiure, page d’annonces XXV.)
NEVROSTHENINE freyssinge
— XXV
EXCURSIONS APRES LE CONGRES
I. DIMANCHE 26 JUILLET
Les Congressistes qui passerofit la journee de dimanche a Neuchatel sont
invites a visiter la Clinique Bellevue au Landeron sous la direction du Dr Ber-
sot. Un car sera a leur disposition devant le poste de Neuchatel a 11 heures.
Lunch ofl'ert par la Clinique Bellevue.
II. DIMANCHE 26 JUILLET
Depart de Neuchatel a 8 h. 04. Arrivee a Nyon a 9 h. 37. Transport en petits
bateaux ou auto-cars de Nyon a la propriety du Prince Napoleon a Prangins. •
Visit e du Musee et de la campagne.
Visile de VEtablissement psycho therapique « Les Rives de Prangins » sous
la direction du Dr O.-L. Forel, Medecin cn chef de l’Etablissement.
13 h. — Lunch offert par « Les Rives de Prangins ».
i6 h. — Depart de Nyon en bateau pour Vevey.
Diner a la Clinique « Mon Repos » au Mont-Pelerin, offert par le
Dr de Montet, Directeur de l’Etablissement. (Les participants a l’excursion
pourront passer la nuit a Montreux).
(A a
; page d’annonces XXVI).
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— XXVI —
LUNDI 27 JUILLET
9 h. 30. — Depart de Montreux en auto-cars pour Monthey (Valais).
11 li. — Visite de la Maison de Sante de Malevoz (DT A. Repond).
12 h. 30. — Reception par la Direction de TEtablissement folklore : « La
Chanson Valaisienne », chceurs et costumes du pays, « Raclette » .
15 h. environ. — Depart des Congressistes en auto-cars pour Evian oil se
terminera l’excursion.
COMITE DES DAMES
Le Comite des Dames invite specialement les dames congressistes aux
excursions suivantes :
Dimanche 19 juillet it Bale (en commun av
14 h. — Visite du Gcetheanum de Dornach e
21 h. — Soiree au Restaurant du Jardin Zoologique.
Lundi 20 juillet, d Bale (en commun avec les Congressistes).
11 h. — Visite de la Ville en auto-cars.
12 h. — Visite de la Clinique Friedmatt.
Mardi 21 juillet, a Zurich. — 10 h. Visite de la Ville.
Mercredi 22 juillet, a Zurich'. — 10 heures. Excursion organisee par le
Comite des Dames. Le detail en sera afiiche au Secretariat du Congres.
17 h. 30. — Promenade en bateau sur le lac de Zurich (en commun avec les
Congressistes).
(A suivre page d’ai
: XXVII).
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— XXVII —
Vendredi U juillet, a Berne. — Visite de la Ville et reception selon un pro¬
gramme qui sera affiche au Secretariat du Congres.
Samedi 25 juillet. — Excursion en bateau sur le lac de Bienne.
Les excursions pendant et apres le- Congres sent organises par VAgence Exprint
Les membres du Congres qui desireut y participer sont pries de s’mscrire aupres
l’Agence Exprinter, 26, Avenue de l’Opera, Paris (1“) avant le 30 juin 1936.
Pour les receptions s’inscrire dans les memes delais aupres du Prof. P. Com
male. Route d’Ypres, Bailleul (Nord).
SECRETARIAT
Le Secretariat du Congres sera ouvert :
Le dimanche 19 juillet au Miinstersall du Bischofshof (Rittergasse pres de
la Cathedrale), de 11 a 12 h. et de 17 h. 1/2 a 19 h.
Le lundi 20 juillet, au meme endroit, de 8 a 10 h.
Le mardi 21 juillet, le mercredi 22 juillet, de 9 h. a 12 heures.
Le jeudi 23 juillet, de 8 h. a 11 h., dans une salle voisine de l’Aula de
l’Universite de Zurich (Ramistrasse).
Le vendredi 24 juillet, de 9 h. a 11 heures, dans une salle voisine de l’Aula de
l’Universite de Bienne (grosse schanze, grands remparts).
(A suivre page d’annonces XXVIII).
V
II
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Laboratoires GBnEvrier
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Troubles nerveux
7
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mins de fer francais et beiges, que sur les chemms^ de f®rjsul
de remplir le questionnaire annexe au prograi
a l’Agence des Voyages Duchemin-Exprlnter, 21
voulu se charger d’adresscr aux Congrcssistf
rtgulieremcnt an Congres pour faire
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le 30 juin,
de l’Opera, Paris, qui a bien
de reductions.
e demande.
La liste complete des H6tel
Congres sera adresse prochainem
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(avec prix) para
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FORFAITS PENDANT LE CONGRES
du 20 au 25 juiUet
complique.
oyage des (
;ssistes, voyage qui, cette annec,
preparation, puisque le Congres
differentes, l’Agence Duchemin-Exprlnter a prevu deux prix forfaitaires r Pun,
i" 1, comprenant toutes les depenses du 20 au 2» juillet (trams spOciaux, bote s, .
dee des bagages), l’autre, n* 2, comprenant seulement les hotels.
(,1 suivre, page d'annorices XXX).
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EXCURSIONS APRtS LE CONGRES
EXCURSION N° I
Dimanche 2(5 .iuillet. — Vlsite de la Clinique Bellevue , an . Landeron. Lunch.
EXCURSION N“ II
Rimanche 26 et lundi 27 juillet. - Les Rives de Pram) ins. Clinique Mon-Repos, an
Mont Pilerln. Malevoz. Train, bateau. Autocars.
EXCURSION N° III (27-31 juillet)
Les lacs italiens
Montheij. Le Simplon. Le I.ac Majeur. Stresa et les lies Borromees. Luino. Ponte
Stresa. Le lac de Lugano. Porlezza. Menaggio. Le lac de C6me. Rcllagio. Come, Le Saint-
Gothard. Bale.
Pour torus renseignements pour ces excursions s’adresser A VAgence Exprinter, 26,
Avenue de l’Opera, k Paris.
PASSEPORTS
Le passeport est indispensable pour se rendre en Suisse. Cependant pour les
ressortissants francais et beiges, une carte d’identite munie de photographic,
ou un passeport pdrime, peut etre accepte.
( A suivre, page d’annonces XXXI).
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L’etablissement est largement ouvert a tons les Medecins
qui penvent continuer d’y trailer leurs malades
Moyens de communication : Tramway n° 54, Place de la Trimte-Enghien (s arrete
devant rEtablissement). — Chemin de (er gate du Nord, trajet en 10 minutes. — Automobiles,
route d’Enghien, 7 kilometres de Paris.
— XXXI —
INSCRIPTIONS AU CONGRltS
Le Congres eomporte des membres titulaires, des membres adherents et des
membres associes :
Les membres titulaires de ^Association et les membres adherents a la ses¬
sion ont le droit de presenter des travaux et de prendre part aux discussions.
Us resolvent an cxemplaire des rapports et d'es comptes rendus de la session.
Les membres adherents inscrits avant le 15 juin 1935 recevront, comme les
membres titulaires, les rapports des leur publication.
(A suivre, page d’annonces XXXll).
CENTRE MEDICO-PfiDAGOGIQUE DE PAU
FONDlS EN 1930 ♦'♦♦♦♦
aux portes de la Ville, sur la hauteur, au milieu d'un grand pare clos avec tout confort moderne. CLIMAT TONI-SEDATIF REPUTE
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Directeur administrate : E. COCOA S Si, Professeur specialise diplflme
GARgONS nerveux,
instables, hyperemotifs, an-
goisses, grognons, obstines,
patesseux, negligents,
portes a dire des grossie-
retes, querelleurs, mauvais
instincts, insomniques,
tiqueurs. Redressement
moral. Retardes scolaires et
thyroidiens. Delicats, ane-
mies, fatigues, convales¬
cents, malingres, enteriti-
ques, ganglionnaires, etc.
Action pedagogique
combinee avec traitement
medical. Instruction par
petits groupes et classe-
ment par categories distinc-
tes. Orientation profession-
nelle.
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Sports. Gymnastique me-
dicale. Hydrotherapie
complete .
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Contagieux, grands arrieres, grands nerveux et grands agites ne sont pas admis
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© NOTICE II.I.CSTUIU Sill DEMANDS ADMSSEIi A **• LB DIRECTEUR 9
— XXXtt —
Les membres titulaires de l’Association versent une cotisation annuelle de
75 francs et sont dispenses de cotisation a la session du Congres. Pour etre
membre titulaire de l’Association, il faut etre Docteur en medecine, presente
par deux membres de PAssoeiation et agree par le Conseil d’Administration. Lc
nombre des membres titulaires n’est pas limite.
La cotisation des membres adherents a la 39' session a ete fixiie a 80 francs
frangais. Jls doivent etre agrees par le Bureau.
Les asiles d'alienes et les etablissements hospitaliers peuvent s’inscrirc au
Congres et recevoir un cxemplaire des rapports et des comptes rendus de la
session.' Le minimum de lour cotisation a ete fixe a 80 francs frangais.
Les membres associes se comp 6 sent des personnes de la famille des membres
titulaires et des membres adherents. Le prix de leur cotisation est de 50 francs
frangais. IIs ne prennent pas part aux travaux du Congres, mais beneficient des
a vantages accordcs pour les voyages et excursions.
Envoyer le montant des cotisations en francs frangais, cheque sur
Paris, mandat international, mandat-postal on cheque-postal, avee indication
precise des noms et adresses,
au Docteur Vignaud, tresorier, 4, avenue d'Orleans, Paris (XIV). Gompte
chiques-postaux : Paris, C.-C.. 456-30.
Efablissemenf Medical de MEJ/ZIEU (Isere)
Pres TATOAT
Fond6 en 1881 par le Docteur Ant. COURJON
Direction m6(iicale
Dr Remi COURJON, Medecin des Asiles, Ancien Clief de Clinique Neuro-
Psycliiatrique a la Faculte de Lyon, Expert pres la Courd’Appel de Lyon.
D' Jean THEVENON, Ex-interne des Hdpitaux de Lyon, Ancien Chef de
Clinique Neuro-Psychia'trique a la Faculte de Lyon.
Un medecin-adjoint
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tel. n° 5, ou a Lyon, Cabinet du Dv Remi Courjon, k, rue
President Carnot, les mardi et jeudi de 15 a 17 h. Tel.
Franklin 07-28.
i — m . — —
SOMMAIRE DU N° 3 (tome I), MARS 1936
MEMOIRES ORIGINAUX
J. Lhermitte et J. de Ajgriaguerra. — Hallucinations visuelles et lesions de
l’appareil visuel .
C.-I. Parhon, A. Kreindler et E. Weigl. — Syndrome psycbasthenique et
hyperhypophysie (Relations possibles entre le trouble endocrinien et 1 orien¬
tation des manifestations psychopathologiques) .
G. Vermeyle.v. — Les tendances actuelles de la psycliiatrie en Belgique.
(Suite du sommaire, page II) •
flWSOfl PE Smit PE BELLEVUE (S.-ef-O.)
8, Avenue du 11 Novembre Observatoire 10*62
Medecin-directeur : Dr BUSSARD
Medecin assistant : Dr Paul CARRETTE
Cet etablissement, situe sur le coteau de Bellevue, a proximite du bois de
Meudon, est compose de plusieurs pavilions dans un pare. 11 offre tout le
contort moderne, eclairage electrique, eau courante chaude et froide dans les
chambres, chauffage central.
Psycho-
Maladies
nevroses
Systeme
nerveux
Intoxica¬
tions
et de la
Nutrition
Annates Midico-Psychologiques.
A.
— II —
SOCIE.TE. M&DICO-PSYCHOLOGIQUR
Seance du jendi 12 mars 1936
J. Delmond et L. Anglade. — Gigantisme,
terreurs nocturnes et delire d’imagina-
tion . 385
P. CotmBON et C. Feuillet. — ■ Stereotypic
1 dernentielle d’attitude en station sur la
tete . 390
L. Marchand. — Etat du fond de l’ceil dans
115 cajs de paralysie generale traites par le
stovarsol sodique . . ' . 398
P. Guiraud et G. Ferdiere. — Aphasie chez
Ies syphilitiques et paralysie generale. Pro-
blemes de diagnostic et de traitement 404
H. Claude, P. Sivadon et A.-P.-L. Beley. — ■
Un cas de simulation discute . . 408
H. Claude, P. Sivadon et J. Ajuriaguerra. '
— Desequilibre mental post-encephalitique.;^
(Perversions sexuelles : autoerotisme du
mollet, fetichisme du soulier, etc.) . . 412
G. Heuyer et Ch. Durand. — Une forme par-
ticuliere de delire a deux chez un par-
kinsonien et sa mere . 416
Siance dn hindi 23 mars 1936
Adoption du proces-verbal . 426
Deces de M. le Professeur L. Bouman . . 426
MAISOM de SAl^TE
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23, Rue de la Mairie a IVRY
Telephone : Gob. 01.67
MALADIES MENTALES & NERVEUSES
NOMBREUX PAVILLONS
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Mddecin-Directeur : Docteur A. DELMAS
Ancien chef de clinique a la Faculte de Medecine de Paris
Mddecin-adjoint : Docteur P. DELMAS
— Ill —
CHATEAU PE SURESNES
Telephone : SURESNES 2.88
HYDROTHERAPIE - ELECTROTHERAPIE
Medecins Directeurs :
Dr FILLASSIER O. # Dr DURAND-SALADIN
Communications : Tramway du Val d’Or a la Porte Maillot
Le CMteau
La Maison de Sante du Chateau de Suresnes est situee a la Porte de Paris (sortie
du Bois de Boulogne), dans un grand pare.
Remise a neuf et embellie depuis la guerre, la maison regoit, dans des parties
distinctes (chateau et pavilions disperses dans la verdure du pare), des convales¬
cents, neurastheniques, nerveux, intoxiques ou psychopathes.
Chateau et pavilions reunissent toutes les conditions les meilleures d’hygiene
et de bien-etre (chauffage central, eau chaude, electricite, eau de source), etc.
Les personnes qui y sejournent peuvent y disposer a leur gre d’une cliambre
meublee avec luxe, d’un cabinet de toilette, d’un salon, d’une salle de bains,
etc.
Les Medecins de la Maison de Sante et leurs families prennent leurs repas avec
les pensionnaires qui desirent frequenter la salle a manger.
La Maison est largement ouverte k Messieurs les Mkdecins, qui peuvent ainsi
continuer k suivre leurs malades.
Fondee par
M.leDrMABNAN
— IV —
Gori’espondance . 42'6
L. Marchand. — A propos dcs lesions du
fond de l’ceil chez les pavalytiques gene-
raux trades par la tryparsamide . . . 427
H. Roxo. — Methodes spdciales de traite-
ment des maladies mentales . 428
.1. Rondepierre. — Cyclothymic et dysendo-
crinie. Essai de traitement d’un cas. 429
Donnadieu et Barques. — Paralysie' gene-
rale et hemorragie meningee : un cas
d’hematome intra-arachnojdien .... 435
Barques et Grimal. — Le butyl-ethyl-barbi- J
turate de sodium dans le traitement du
delirium tremens . 439 -
Laignel-Lavastine et G. d’Heucqueville, — J
Sfatistique du service de psychiatrie d’ur-a
gehce de la Pitie : r61e des services ou- .
verts des hopitaux . 444
G. Petit. — Les crises oculogyres en patho-J
logie mentale . 450'.;
P. Courbon et M. Leconte. — Meryeisme :
dementiel par altruiSme morbide ... 463 \
SOCIETE5
Societe de Neurologic de Paris
. Seance du jeudi 5 mars 1936
A. Barre et O. Metzger. — Kesultats eloignes
d’lntervention chirurgicalc pour arachnoi-
dite . '. . 4#7>
J. Dereux. — Etude Clinique d’un cas de nivo- :
clonies velo-pharyngo-laryngees . 4(57
Ai-ajoci anise, Homet et Thither. — Conservation
(Suite du sommaire page VI),
— V —
VILLA DES PAGES
LE VfiSINET (S.-et-O.)
40, Avenue Horace Vernet
TRAITEMENT DES AFFECTIONS NERVEUSES
ET DES MALADIES DE LA NUTRITION
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dissemines dans un pare de 5 hectares.
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La clinique est entierement ouverte aux Medecins
qui peuvent ainsi copserver la direction de leurs malades
Medecins directeurs : Docteurs LEULIER, MIGNON, CASALIS
Medecin assistant : Docteur LECLERCQ
Telephone : LE VESINET 12
— VI —
ties couches superlicielles du cortex daus les
rafiiollisseinents . 487
Eoaz Mokiz et Almeida Lima. — Symptomes du
lobe prefrontal . 408
Levy-Valensi, J. Bezancon et G. Tilitoheef. —
Un cas de syndrome hemibulbaire associe a
une paralysie croisee du pathetique . 408
J.-A. Chav any, F. Thiebaut et S. Thieffry. —
Coexistence de paralysie due au serum anti-
diphterique et de paralysies diphteriques . 408
Lhermitte. — Action de la radiotherapie sur la
?; syrlngomyelie . 409
Lhermitte et Aleessar. — Syndrome infundi-
bulaire avec phenomene de depersonnallsa-
tion . 409
Tinel. — Un cas de parkinsonisme post-trau-
matlque chez un anclen enccphalitique . . 409
G. Roussy, J. Lhermitte et R. Huguenin. — Syn¬
drome metastatique aigu medullalre dans le
cancer. (Syndrome de section physiologique)
par myelomalacie et hematomyelie . 409
A. Thomas et Aubry. — ■ Etude anatomiquc du
nerf vestibulaire d’un malade atteint de Vcr-/-
tige de Mtaiere . . 470 !
Societe de Medecine Mental©
de Belgique
Seance du samedi 29 fevrier 1936
F. d’Hoi.lander et Ch. LaviStA. — Etudes sur 7?
la catatonle experimentale . 470 •*
H. Baonviiee, J. Ley et J. Titeca. — Intoxica-JH
tion oxycarbonce avec legere hemorragie me-.
ningee et troubles roentaux tardifs . 470 (SB
H, Baonviele, J. Ley et J. Titeca. — Un nouveau ’®
cas de demence presenile . . 471 3
Daelman. — Psycliose puerperale a evolution"®
dementielle, guerison brusque, par flevre spon- igj
Hoven. — A propos des psychoses de la meno¬
pause . . . 471
(Suite du sommaire page VIII).
1NSTITUT MEDIC0-PEDAG0GIQUE
DE VITRY-SUR-SEINE
Adresse : 22, rue Saint-Aubin, Vitry-sur-Seine (Seine). Tele¬
phone : Italie 06-96. Renseignements a l’Etablissement ou
164, faubourg St'Honore (VI I Ie), chez le Dr Paul-Boncour.
Telephone : Elysees 32-36.
Affections traitees : Maison d’education et de traitement pour
enfants et adolescents des deux sexes : retardes, nerveux,
difficiles, etc.
Disposition : Pavilions separes. Parc
de 5 hectares.
Confort : Eau courante chaude et
froide. Chauffage central.
Traitement : Hydrotherapique.
Directeurs : Dr Paul-Boncour,
O. # et G. Albouy.
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LE VfSINET (S.-ef-O.).
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des affections du Systeme nerveux, des
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avec la collaboration du Dr VIGNAUD,
ex-Directeur de la Maison de Sante de Vanves
et d’un medecin assistant
VIII —
Societe beige de Neurologie
Stance du samedi 29 fdvrier 1936
C. Hetmans. — Survie et revivisceucc des centres
uerveux apres anemie aigui: . 472
H. Calleivaert. — Hemiplegic a la suite d’hc-
morragic ct de tamponuement de la region
carotidienne . 473
P. Martin et L. van Bogaeiit. — Un cas de
diagnostic difficile . 473
Be B'usscher, Martin et van Bogaert. — i Crisesjj
cataplexiques et anomalies de caractere.. 473.
Laruelle et L. Massion. — Note sur I’liy.
perpnee . 473
ANALYSED
LIVRES, THESES, BROCHURES
Histoire de la Medecine.
A. Weber. — Tableau de la caricature medicale
depuis lcs origiues jusqu’it nos jours . 474
J.-P. Beteau. — La pcstc d’Athcncs (430-421) av.
J.-C.) . 475
Psychiatrie.
J. ItouAUT. — Psyehosc mauiaque-deprcssive et
folies diseordantes, Situation nosograpbique de
i particuliercs par rapport a
la’ schizophasie . . . 478
ur la psychologie et la
J. Dislmom). — Essai s
physiologie des obsedes ....
A. Masson. — Le travestissement. Essai de psycho- J
pathologie sexuelle . 470
E. Essen-Moeler. — Becherclies sur la natalife
dans certains groupes de maladies mentales 480
(Suite du sommairc parte X).
CHATEAU DES COUDRAIES
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Mddecins-chefs j jy R de SAUSSURE, Privat-Docent a l’Universite de Geneve.
1’. Reiter ct Jacob Jakobskn. — Dermatoses pel-
lagroidcs chcz les malades mentaux . 481
Psychologic.
P. Janet. — La psychologic experimentale ct
comparee . 481
II. Pirron. — L’Annee psychologiquc, 35® an-
nec . 482
Neurologie.
G. Guii.i.ain. — Etudes NeurologiqueS, (5® serie 483
R. Monier-Vinard. — Neurologie . 484
Pasteur Vallery-Hadot et J. Hamburger. —
Les migraines. Etude pathogenique, Clinique
et therapeutique . 485
It. Rouroeois. — Les hydrocephalics aigues ct
subaiguCs d’origine optique, accidents mCnin-
ges otogenes puremcnt hypcrtensil's . 486
J. Curvei li.]’:. — Du syndrome d’Adie, de son
diagnostic ct des problemes etiologiques qu’il
Biologie.
G. Marinesco et A. Kreindler. — Des reflexes:
conditionnels. Etude de physiologie normale ct
pathologique . 487
P. Doussinet. — Contribution k Petude des con-
ditions biologiques de certains troubles men¬
taux . . 488
Endocrinologie.
N. Fiessinger. — Endocrinologie . 488
Hygiene et prophylaxie.
Pehu, G. Mouriquand, J. Froment, P. Hazel,
A. Feyeux, A. Jouve, A. Mesthallet, R.-P. Jac-
quet et R. Riot. — Medecine et Education 490
Therapeutique.
M. Capelle. — L’hyposulflte de magnesium cn
therapeutique psychiatrique . 491
J. Goujon. — Essai sur la pharmacologie et l’em-«
ploi therapeutique des sels de strontium, en
particulier de Plodure . . 492
C Suite du sommaire, page XII).
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92® Reunion annuelle de P American iJsychia-.||
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dicale (Pondation Tomarkin) . 4
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H» Congres de l’Association Internationale pour Rill', le grand Atlas • et le Souss (l’aqucs.
l’etudc des radiations solaircs, terrestres et l'J3(i) . xxvi
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E Medecins assistants : Ilr COBET, Ancien Chef de Clinique de la Faculty
I»r PICHAHD, Ancien Interne des Hopitaux
fiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
— XIV —
INFORMATIONS
VACANCES DE PAQUES SUR LA COTE D’AZUR
Le proehain voyage de la Societe Medicale du littoral mediterra¬
nean se deroulera pendant la seniaine de Paques, du 12 au 19 avril
prochain. Les voyageurs arriveront dans la matinee du dimanche de
Paques (12 avril)' a Hyeres, et visiteront, dans l’apres-midi, les Eta-
blissements de la Plage, de Giens et de San-Salvador, les lies d’Or et
passeront la soiree a Hyeres, an Casino municipal.
Durant les deux journees suivantes, ils parcourront la Cote des
(A suivre, page d’annonces XVIII).
Clinique Bellevue
Le Landeron, pres Neuchatel (Suisse)
Etablissement
neuro-psychiatrique
Installations moder¬
ns s et confortables
CURES
de desintoxication,
de repos
et d’isolement.
Psychotherapie.
Pastes pares ombra-
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Extrait concentre de vitamines A. B. et C.
Une cuillerVT ’cafe
Carences et Pre-carences.
Rachitisme.
Demineralisation.
Troubles de la. Croissance
GEMESEBUME
injectable chaque jour pendant 10 jours.
Hypo-acidite gastrique.
Syndrome solaire.
Dyspepsie atonique.
Palpitations et Tachycardie
des coeurs nerveux.
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Polonovski et Nitzbero
j granules, ouio gouttes, x 4^3 fois par jour,
i ampoule injectable par jour.
Hyperchlorydrie.
Spasmes digestifs — Vomissements.
Coliques — Diarrhees.
6MO§COPOLAI»lIE
Polonovski et Nitzbero
4 a 8 granules, ou 40 a 80 gouttes par jour,
en x ou 3 prises, 1 ampoule par jour.
Maladie de Parkinson.
Syndromes post-encephalitiques.
Anesthesie chirurgicale ou obstetricale.
GMHYOSCYAMIIE
3 granules, ou 10 gouttes, 1 a 3 fois par jour
entre les repas de preference.
Spasmes digestifs.
Tremblements.
Syndromes parkinsoniens.
Sueurs des tuberculeux.
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Polonovski et Nitzbero
Ampoules — Goutte — Granules
GMOSTHEYIQEES
Cacodylate de Genostrychnxne et de Geneserine.
1 granules, ou 30 gouttes a chacun des trois repas.
1 ampoule injectable chaque jour.
Asthenie.
Neurasthenie — Surmenage,
Anemie — Convalescence.
Paralysies atoniques.
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par jour) ou en ampoules injectables
dosces a 4 Ctgrs.
La Douleur.
L’Anxiete — 1’Agitation.
Les Dyspnees spasmodiques.
La Demorphinisation.
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2° Les arrieres, accidentels.
3° Les retard6s par suite de chetivite constitutionnelle.
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aux cas particuliers. Rythmique. Jeux et sports (sports d’hiver 1.099 m.).
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B.
— XVIII —
VACANCES DE PAQUES SUR LA COTE D’AZUR
(Suite)
Maures, Saint-Raphael; sa plage et ses maisons d’enfants ; — puis,
par la Corniche de porphyre rouge de l’Esterel, ils arriveront a
Cannes le mardi soir.
Jeudi 16 avril, les yoyageurs verront Grasse ; — Vence et ses Sana¬
toria ; — Cagnes et sa colonie de poetes et de peintres. Ils passeront
la nuit a Nice et continueront Ieur parcours le vendredi 17 avril, par
la Voie Romaine (Grande Corniche), ou des arrets sont prevus pour
la visite de l’Observatoire du Mont-Gros (propriete de PUniversite de
Paris), du Trophee d’Auguste a la Turbie, du Chateau medieval de
Roquebrune, et du Cap Martin avec ses villas princieres. Ils arrive¬
ront dans Papres-midi a Menton, et franchiront la frontiere italienne
(A snivre, page d’annonces XX).
ETABLISSEMENT PSYCHO - MEDICO - PEDAGOGIQUE
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— XX —
VACANCES DE PAQUES SUR LA COTE D’AZUR
(Suite)
pour visiter les Laboratoires du Dr Voronoff, installes au Palais
Grimaldi.
La journee du samedi 18 avril sera consacree a la Principaute de
Monaco, au Palais de ses Princes et au Musee Oceanographique. Dans
I’apres-midi et la soiree, on visitera les oelebres jardins et le Casino
de Monte-Carlo. Le lendemain, on prendra la route de la Moyenne
Corniche pour voir Beaulieu et sa flore tropicale, Villefranqbe et sa
rade. On sera de retour a Nice dans l’apres-midi du dimancihe 19, et
les voyageurs pourront, a leur gre, prolonger leur sejour dans la ,
metropole du littoral, ou la quitter par les grands trains de la soiree.
11s pourront egalenient prendre part a une Excursion facultative
(A suivre, page d’annonces XXI).
feTABLISSEMENT HYDR0THERAP1QUE
ET
MAISON DE CONVALESCENCE
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Anciens Internes des Asiles de la Seine
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NERVEUSES ET DES TOXICOMANIES
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— XXI —
VACANCES DE PAQUES SUR LA COTE D’AZUR
(Suite)
dans les Alpes, qui sera organisee pour eux le lundi 20 avril, et a
un Voyage en Corse, qui partira du port de Nice, si un nombre suffi-
sant de voyageurs en fait la demande.
Les parcours seront tous effectues en autocars. Des conferences et
demonstrations seront faites chaque jour. Les adherents recevront
des permis de parcours a tarif reduit, valables pendant un mois sur
les Ghemins de fer francais, italiens et roumains. Les etudiants en
medecine seront admis aux memes conditions que les medecins.
Le Secretariat de la Societe, 2't, me Verdi, a Nice, envoie gratuite-
tement, des a present, le programme defaille du voyage et tous les
renseignements. qui lui seront demandes.
( A suivre page d’annonces XXII).
CHATEAU DU BEL-AIR
VILLENEUVE-St-GEORGES, 1 5 minutes de Paris '
65 trains par jour dans chaque sens
Voitures a la gare de Villeneuve-St-Georges : Trajet en 3 minutes
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Convalescences
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Desintoxications
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— XXII —
SECOND CONGRES
DE L’ ASSOCIATION INTERNATIONALE
POUR L’ETUDE DES RADIATIONS SOLAIRES
TERRESTRES ET COSMIQUES
(15-17 juillet 1936)
Le premier Congres de I’Association (tenu du 15 au 17 juillet 1935), a
ete consacre a « VEnfant a la Mer et a la Montagne ». — Le second
Congres aura lieu a la meme date (15-17 juillet 1936) et en voici le
theme :
« Que savons-nous des Radiations electriques solaires ? — de
« l’Electricite atmospherique et de l’lonisation de l’air ? — de la
« Radio-activite des roches et des eaux ? — Quelle est l’influence de
(.4 suiure page d’annonces XXIllj.
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— XXIII —
SECOND CONGRES
DE L’ASSOCIATION INTERNATIONALE
POUR L’ETUDE DES RADIATIONS SOLAIRES
TERRESTRES ET COSMIQUES
(15-17 juillet 1936)
(Suite)
« ces Radiations ambiantes sur la charge electrique du corps humain
« et, partant, sur l’apparition et 1’evolution des Maladies aigues et
« chroniques ? »
Ce second Congres sera tenu a La Malou (Herault). Des a present,
l’Association prie tous ceux qui voudront bien lui donner leur concours,
de signaler les travaux deja publies, — les noms des personnalites
(A mivrt page d’annoncet XXIV).
MAISON de SANTE de PREFARGIER
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Traitement
des maladies
nerveuses
et mentales,
de l’alcoolisme,
des toxicomanies.
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Deux medecins specialistes residant a l’Etablissement
Medecin-Directeur : Dr A. Roller — Medecin-Adjoint : Dr Ch. Barbezat
. PROSPECTUS -
— XXIV —
SECOND CONGRES
DE L’ASSOCIATION INTERNATIONALE
POUR L’ETUDE DES RADIATIONS SOLAIRES
TERRESTRES ET COSMIQUES
(15-17 juillet 1936)
(Suite)
avant l’experience necessaire pour apporter une niise an point des
questions posees, — et les noms des chercheurs pouvant exposer leurs
constatations et ieurs essais, on, tout au inoins, les suggestions et les
hypotheses pouvant servir de base scientifique pour des etudes nou-
velles. Priere d’ecrire, a cet effet, au Secretariat de l’ Association, 24,
rue Verdi, & Nice.
(A suivre, page d’annonees XXVI).
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intoxications
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L’etaklissement est largement ouvert a toas les Medecint
qui peavent continuer d’y frailer leurs malades
Moyens de communication : Tramway n° 54, Place de la Trinite-Enghien (s arrete
devant l'Etablissement). — Chemin de fer gare du Nord, trajet en 10 minutes. — Automobiles,
route d’Enghien, 7 kilometres de Paris.
— XXVI —
VOYAGE MEDICAL AU PLUS GRAND MAROC
PAR LE RIFF, LE GRAND-ATLAS ET LE SOUSS
(PAQUES 1936)
Un voyage reserve aux medecins et aux personnes specialement
recommandees par eux sera organise a Paqiies, au Maroc. De pro¬
gramme inedit, il aura ceci de particulier, qu’outre les endroits
classiques, il visitera des regions, nouvellement ouvertes a la colo¬
nisation, du Riff, du Grand Atlas et du Souss. Itineraire : Taiiger,
Tetouan (Maroc espagnol), Ouezzan, route du Riff, Fes, Moulay-Idriss,
Volubilis, Rabat, Marrakech, traversee complete du Grand Atlas par
le col de Tizni-Test, Taroudant (chef-lieu du Souss)', Agadir, Mogador,
Safi, Mazagan, Azemmour, Casablanca.
(A suivre, page d’dnnonces XXVIII).
TRA ITEM ENTS AURIQUES
Tuberculose D. P. Rhumatisme
(Voie intramusculaire)
Oleochrysine Lumiere
Suspension huileuse d’auro-thiopropanol sulfonate de calcium
Allochrysine Lumiere
Sel organique d’or
DBSENSIBILISATWM omnivalentes NON SPECIFIQUES
Anaphylaxie, Manie, Melancolie
EMGE LUMIERE
(Thiosulfate magn6sien)
voie veineuse
voie musculaire
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Pres IvYOJV
Fond6 en 1881 par le Docteur Ant. COURJON
Direction m6dicale
Dr Remi COURJON, Medecin des Asiles, Ancien Chef de Clinique Neuro-
Psychiatrique a la Faculty de Lyon, Expert pres la Cour d’Appel de Lyon.
D>' Jean THEVENON, Ex-interne des Hopitaux de Lyon, Ancien Chef de
Clinique Neuro-Psychiatrique a la Faculte de Lyon.
Un medecin-adjoint
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ment par, categories distinc-
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instables, hyperemotifs, an-
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paresseux, negligents,
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retes, querelleurs, mauvais
instincts, insomniques,
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moral. Retardes scolaires et i jff. |Aj
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© NOTICE IEEUSTRER SIJR DEMANDS ADRESSEE A M. EE DIRECTEUR ©
— XXVIII —
VOYAGE MEDICAL AU PLUS GRAND MAROC
PAR LE RIFF, LE GRAND-ATLAS ET LE SOUSS
(PAQUES 1936)
(Suite)
Dans chaque ville du Circuit il a ete prevu un guide indigene pour
les visites,
Le depart aura lieu de Marseille le 4 avril, le retour dans le meme
port, le 21 avril. Prix forfaitaire : 3.885 francs franpais.
S’adresser pour tous reriseignements a la Section des voyages de
« Bruxelles-Medical », 29, boulevard Adolphe-Max a Bruxelles.'
Passeport. — Les voyageurs se rendant au Maroc franpais et espa-
gnol doivent etre porteurs d’un passeport. Independamment du passe¬
port, les mineurs voyageant isolement devront presenter une autorisa-
tion de leurs parents.
llllllllllllllllll
VIEEA liUMIER
a BJLOIS
consacree am maladies mentales
SOMMAIRE DU N° 4 (tome I), AVRIL 1936
MEMOIRES ORIGINAUX
G. Petit et J. Delmond. — Le syndrome d’Adie en pathologie mentale, Ses
jj, rapports avec les syndromes neuro- et psycho-anemiques . 497
F. Morel. — Examen audiometrique de malades presentant des hallucinations
auditives verbales . 520
G. Gassiot et J. Leclerc. — .Ascaridiose et psychopathie . 534
P. Tomesco, N. Gruia Ionesco et P. Constantinesco. — Recherches sur l’index-
tyrosine de polypeptid6mie dans les maladies mentales . 548
W.-M. Van der Scheer et W. Hemmes. — Les tendances actuelles de la psy-
p chiatrie en Hollande . 554
SOCIETt MEDICO-PSYCHOLOGIQUE
Seance du lundi 27 avril 1930
Adoption du proces-verbal . 581
Correspondance . 581
Election d’un mem lire correspondant na¬
tional . 582
A. Cain et A. Ceilliei:. — Contribution a
l’etude des psycho-anemies. Examen psy-
ehiatrique de quatre cas d’anemie de Bier-
mer . 582
Ph. Paoniez et A. Ceiluer. — Remarques et‘
statistiques sur le service de psychiatric
d’urgencc de 1’hopital St-Antoine . . . 589
(.Suite du sommuire, page II).
Annates Medico-Psijchologiqnes.
A.
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Maladies
Systeme
nerveux
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et de la
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du Bois de Boulogne), dans un grand pare.
Remise a neuf et embellie depuis la guerre, la maison regoit, dans des parties
distinctes (chateau et pavilions disperses dans la verdure du pare), des convales¬
cents, neurastheniques, nerveux, intoxiques ou psychopathes.
Chateau et pavilions reunissent toutes les conditions les meilleures d’liygiene
et de bien-etre (chauffage central, eau chaude, electricite, eau de source), etc.
Les personnes qui y sSjournent peuvent y disposer a leur gre d’une chambre
meublee avec luxe, d’un cabinet de toilette, d’un salon, d’une salle de bains,
Les Medecins de la Maison de Sante et leurs families prennent leurs repas avec
les pensionnaires qui desirent frequenter la salle a manger.
La Maison est largement ouverte a Messieurs les Medecins, qui peuvent a/ns/
continuer k suivre leurs malades.
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Medecins Directeurs :
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Medecin assistant : Docteur LECLERCQ
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Syndromes post-encephal itiques .
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2 granules, ou ao gouttes, a a 3 fois par jour
entre les repas de preference,
i ampoule par jour.
Spasmes digestifs.
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— XVIII —
INFORMATIONS
XV REUNION NEUROLOGIQUE
INTERNATIONALE ANNUELLE
Paris, 26 et 27 mai 1936
La XV' Reunion Neurologique Internationale se tiendra a Paris, 1'es
mardi 26 et mercredi 27 mai 1!)36, a la Salpetriere, 47, boulevard de
J’Hopital (Amphitheatre de l’Ecole des Infirm ieres).
Les seances auront lieu le matin de 9 h. a 12 h. et l’apres-midi de
15 h. a 18 h.
La question suivante a ete mise a l’etude :
La circulation cerebrale
Physiologie : Vasomotricite et nutrition : MM. Villaret, Justin
Besanqon, de Seze et Cachera.
M. Riser (de Toulouse) avec la collaboration de MM. Becq, Goua-
dan, Meriel, Planques et de Miles Cambefort et Laritry.
Pathologie : Clinique : MM. Alajouanine et Thurei..
Radiognostic : Angiographic cerebrale : M. F.gas Moniz (de Lis-
bonne).
(4 silivre, page tVannoncea XIX).
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— XIX —
XV' REUNION NEUROLOGIQUE
INTERNATIONALE ANNUELLE
Paris, 26 et 27 mai 1936
(Suite)
Pendant la Reunion Neurologique, les adherents entendront ega-
lement l’expose des travaux du Fonds Dejerine par :
M. Laruelle (de Bruxelles). — Sur la structure de la substance
arise de la moelle,
M. Dechaume (de Lyon). — Amyelies experimentales. Etude anato-
moclinique et du Fonds Babinski par:
M. Barre (de Strasbourg). — Syndromes pyramiduux frustes.
MM. David et Puech. — Syndrome adiposo-yenital.
Reglement des Reunions Neurologiques
Internationales annuelies
La Societe de Neurplogie de Paris, dans le but de faciliter les echan-
ges de vues sur les Questions Neurologiques d’actualite, a institue,
chaque annee, tine Reunion Neurologique a laquelle participent, outre
ses membres nationaux et etrangers, des personnalites scientitiques
directement invitees par la Societe.
Ces Reunions Neurologiques pnt lieu a Paris. Elies comportent
deux jours de travaux avec deux' seances par jour.
Les questions presentant un interct a la fois scienlifique et pratique
(A snivre, page d’annonces XX.).
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— XX —
XV' REUNION NEUROLOGIQUE
INTERNATIONALE ANNUELLE
Paris, 26 et 27 mai 1936
(Suite)
sont mises en discussion a la suite d’un expose fait par des Rappor¬
teurs designes a l’avance par la Societe.
Le programme de la discussion est adresse a ceux qui annoncent
leur participation a la Reunion.
Les communications portent uniqiiement sur ies questions posies.
La duree de chaque communication ne peut depasser dix minutes. II
est accorde, pour chaque communication, au plus quatre pages d’im-
pression et une page pour chaque discussion.
Ne sont publiees dans les comptes rendus de la Reunion que les
communications ou discussions dont le texte est remis au cours des
seances.
Des projections cliniques ou anatomiques; ainsi que des presenta¬
tions de malades peuvent etre faites, apres entente prealable avec le
Secretaire general.
Priere d’adresser les reponses aux invitations et les titres de com- .
munications au Secretaire general : D' Crouzon, 70 bis, Avenue d’lena,
Paris, 16°.
Les Grands Reseaux de Chemins de fer francais nous accorderont,
cette annee encore, la reduction de tarif des Congres.
U suivre, page d'cmnonces XXI).
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Pres IvYOX
Fond6 en 1881 par le Docteur Arit. COURJON
Direotton m6dicale
Dr Remi COURJON, Medecin des Asiles, Ancien Chef de Clinique Neuro-
Psychiatrique a la Faculte de Lyon, Expert pres la Cour d'Appel de Lyon.
D'- Jean THEVENON, Ex-interne des Hopitaux de Lyon, Ancien Chef de
Clinique Neuro-Psychiatrique a la Faculte de Lyon.
Un medecin-adjoint
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Pour toils renseignements : s’adresser au Directeur a Meyzieu,
tel. n° 5, ou a Lyon, Cabinet du D'~ Remi Courjon, 4, rue
President Carnot, les mardi el jeudi de 15 a 17 h. Tel.
Franklin 07-28.
— XXI —
XV' REUNION NEUROLOGIQUE
INTERNATIONALE ANNUELLE
Paris, 26 et 27 mai 1936
(Suite)
Les adherents qui desirent beneficier de cette reduction doivent
adresser aux Wagons-Lits-Cook, 40, rue de l’Arcade, avant le 10 mai,
le ui's nom, prenom, qualite, domicile et Vitineraire suivi du domicile
on du point d’ entree en France a Paris et vice-versa, avec la mention
des points indispensables pour jalonner Vitineraire et, s’il y a lieu, les
points d’ entree sur chaque reseau.
Les Reseaux sont disposes a examiner avec bienveillance les deman-
des de prorogation de validite des bons de reduction pour les adhe¬
rents ayant a parcourir de tres grandes distances pour assister a la
Reunion.
Les bons de reduction seront adresses aux interesses par les soins
des Wagons-Lits-Cook dont les Agences pourront, en outre, s’occuper
de toutes questions relatives au s6jour a Paris des adherents a la
Reunion.
Une excursion aux environs de Paris sera organisee apres la
Reunion.
A
La Societe tiendra sa seance mensuelle le jeudi 28 mai, au siege de
1’Academie de Chirurgie, 12, rue de Seine. Cette seance sera consacree
aux communications portant sur les questions diverses.
■ _ . (4 suivre, page d’aimonces XXII).
traitements auriques
Tuberculose D. P. Rhumatisme
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~ - - i?
) ab ore
( voie veineuse
) vole muscuiaire
- ■- ■■■■■■■ . . .
— XXII —
SOCIETE SUISSE DE PSYCHIATRIE
Assemblee de Printemps 1936
Samedi 2, et dimanche 3 mai 1936, d Geneve
Programme
Premiere seance. Samedi 2 mai a 15 heures dans l’ Amphitheatre
de la Clinique chirurgicale (entree par i.e Boulevard de la CluseX
1. Allocution du President, Dr H. Flournoy, Geneve.
2. Necrologies : D! Bertsciiinger, Breitenau, Schaffhouse, par le
D' Kielholz, Konigsfelden (Argovie) ; Dr Bezzola, Celerina (Orisons),
par le D’ Braun, Zurich.
3. Rapports: a) I)' A. ■ Brousseau, Paris: L’ automatisms mental
selon G. de Clerambault ;
b) IP F, Morel, Geneve : Etude cliniqiie des syndromes d‘ auto¬
matisms.
4. Discussion des rapports. La discussion sera ouverte par M. le
Prof. Ladame, et le Dr G. de Morsier, charge de cours, Geneve.
— XXIII —
SOCIETE SUISSE DE PSYCHIATRIE
Assemblee de Printemps 1936
(Suite)
5. Communications scientifiques.
6. Banquet officiel a 20 h. 30 a l’Hotel Metropole.
II" STANCE. DlMANCHE 3 MAI A 8 HEURES, A L’ASILE CLINIQUE
psychiatrique, Bel-Air, Chene
1. 8 h. Seance administrative.
1) Communications du President.
2) Rapport de la Commission de psychotherapie (Dr Mor-
genthaler).
3) Rapport sur la Bibliotheque suisse tie psychiatric.
4) Rapport des autres Commissions.
5) Rapport de la Caisse et des Verificateurs des comptes.
6) Admission de nouveaux membres.
7) Nomination de deux membres correspondants.
8) Propositions individuelles.
(A suivre, paye d’annonces XXIV).
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SOCIETE SUISSE DE PSYCHIATRIE
Assemblee de Printemps 1936
(Suite)
2. 9 h. 1/4. Buffet froid offert par l’Asile.
3. 9 h. 3/4. Suite des communications scientifiques et de la dis¬
cussion.
4. 11 h. Visite de la Clinique psychiatrique.
5. 13 h. Lunch facultatif a l’Hotel Metropole (Le convert a 4 fr.).
Communications annoncees
Prof. Pfersdorff, Strasbourg : « Les qutdmatismes du langage ».
L. Redalie, Geneve : « Automatisme mental on reaction psychi -
que ? »
H. Bersot, Le Landeron : « Repartition, age et formes de maladies
des malades mentaux soignes en Suisse » (avec projections).
H. Schmid, Miinchenbuchsee et H. Bersot, Le Landeron : « Les
phenotnenes moteurs dans le choc insulinique » (avec iibn cinema-
tographique).
u suivre, page d’annonces XXVI).
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— XXVI —
IX CONGRES
DES
SOCIETES D’OTO-NEURO-QPHTALMOLOGIE
Reunion Internationale en langue erancaise
Ce Congres se tiendra a Lyon, les , 29, 30 et 31 mai 1936, sous la
presidence de M. le prof. M. Lannois. Le rapport sur les arachnoid ites
de la base da cerveau sera presente par MM. H. et R. Bourgeois,
Lapouge (Otologie), H. Roger, P. Cossa (Neurologie), P. Carlotti
(Ophtalmologie), Clovis Vincent (Neuro-Chirurgie).
Le Bureau du Congres est ainsi constitue : President honoraire,
Prof. Rollet ; President, Prof. M. LaNnois ; Vice-Presidents, Prof. P.
Bonnet, J. Collet, J. Froment, J. Lepine; Membres du Bureau, le pre¬
sident de la Societe d’oto-rhino-laryngologie de Lyon et du sud-est,
M. Chavanne et le secretaire de la Societe d’oto-rhino-laryngologie
de Lyon et du sud-est, M. Sargnon, le president de la Societe d’ophtal-
mologie de Lyon, M. Grandclement et le secretaire de la Societe
d’ophalmologie dc Lyon, M. Bussy, le medecin lieutenant-colonel
Gautier et. le medecin-commandant Desgouttes-Talbot, chefs de
service a l’hopital Desgenettes, MM. Beriel, Dechaume, Devic,
Rebattu, Ricard, Wertheimer, medecins et chirurgiens des Hopitaux
dc Lyon.
Secretariat local : M. Gaillaru avec MM. Mayoux et Mounier-
Kuhn (Otologie), Bourrat et P. Girard (Neurologic), Paufique et
U' suivre, page d: anno nee s XXVIII).
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devant l'Etablissement). — Chemin de fer gare du Nord, trajet en 10 minutes. — Automobiles,
route d’Enghien, 7 kilometres de Paris.
— XXVIII —
IX CONGRES
DES
SOCIETES D’OTO-NEURO-OPHTALMOLOGIE
(Suite)
approfondie du rapport,
ayant trait a la meme question;
du Congres ne comporte
SOMMAIRE DU N° 5 (tome 1), MAI 1936
MEMOIRES ORIGIN AUX
H. Roger et J. Alliez. — Choree fibrillaire de Morvan, acrodynie infantile
*• et troubles psychiques . 689
| E. LarriviS et R. Mathon. — Contribution a l’etude des formes mentales
V des tumeurs cerebrales . 694
Alberto Brochado. -- Le syndrome de Capras . 706
A. Repond. — Les tendances actuelles de la psycbiatrie en Suisse . 718
SOCIETE MEDICO-PSY CHOLOGIQUE
Seance du jendi Vi mai 193G j (). Daumezon. — Dipsomanie reactionnelle
t Seances de juilfet et octobre . 738 I ct pModique . 739
(Suite du sommaire, page 11).
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Mddecin-adjoint : Docteur P. DELMAS
A nnales Medico-Psychologiques.
A.
— II
G. Daumezon. — Amnesie retardee dans une
intoxication oxycarbonee . 742
M. Brissot et Del'suc. — Parkinsonisme
post-encephalitique chez un enfant traite
par la methode de Reenter. Resultats peu
encourageants . 746
M. Brtssot et Delsuc. — Polydactylie chez
un imbecile mental. Ponce surnume-
raire . 752
L. Marchand, Mile P. Petit et J. Fortineau.
— Meningite aigue pneumococeique en-
kystee chez un paralytique general. 754
L. Marchand. — Neurinome du nerf acous-
tique. Cecite et troubles psychiques 760
P. Courbon et Mile S. Rousset. — Impul¬
sions au suicide chez un vieillard epilep-
* tique . . . 766
P. Courbon et Fortineau. — Impulsion au
magnicide r£v61atrice d’hebephrenie. 770
Seance du lundi 25 mai l'J-JG
Adoption du proces-verbal . 776
Correspondance . 776
Celebration du IIP Centenaire de I’Univer|
site Harvard . 776
Vioeu concernant la protection des malades
mentaux . 777
Rapport sur le memoire presente pour le
prix Aubanel . 778
Rapport sur le memoire presente pour le
prix Moreau de Tours . 780
J. Vie. — Rapport sur les Assistantes socia-
les psychiatriques . 783
A. Porot. — Res Services hospitaliers de
psychiatrie dans l’Afrique du Nord (Alge-
rie et Tunisie) . 793
A. Porot et R. Valence. — Maladie de Bier-
mer et responsabilife medico-Wgale (a
(Suite du sommaire, page IV).
— Ill —
CHATEAU DE SURESNES
T6I6phone : SURESNES 2.88
Maison
de Santd
de Repos
dB Regimes
Fondee par
M. le Dr MAGNAN
Membre de
l'Acadimie de MSdecine
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du Bois de Boulogne), dans un grand pare.
Remise a neuf et embellie depuis la guerre, la maison refoit, dans des parties
distinctes (chateau et pavilions disperses dans la verdure du pare), des convales¬
cents, neurastheniques, nerveux, intoxiques ou psychopathes.
Chateau et pavilions reunissent toutes les conditions les meilleures d’hygiene
et de bien-etre (chauffage central, eau cliaude, electricite, eau de source), etc.
Les personnes qui y sejournent peuvent y disposer a leur gre d’une chambre
meublee avec luxe, d’un cabinet de toilette, d’un salon, d’une salle de bains,
etc.
Les Medecins de la Maison de Sante et leurs families prennent leurs repas avec
les pensionnaires qui desirent frequenter la salle a manger.
La Maison est largement ouverte a Messieurs ies M6decins, qui peuvent ainsi
continuer k suivre leurs malades.
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Medecins Directeurs :
Dr FILLASSIER 0. * Dr DURAND-SALADIN
NOTICE SUR DEMANDE
Communications : Tramway du Val d’Or a la Porte Maillot
Le Chftteau
prop os d‘une expertise) . 80(5
H. Roger, Albert-Gremieux et J. Alliez. —
Syndrome catatonique post-typhique cura¬
ble . 810
H. Roger et Albert-Cremieux. — - Les trou¬
bles psychiques de la melitococcie. . 816
J. Hamel et R. Buisson. — Anxiete ehez un
deprime hypocondriaque. Heureux effet
J, Picard et (1. Ma-hquet. — Nanisme
achondroplasique ; hyperorchidie ; exhi¬
bitions et bestialite sadique . 827
■T. Picard et G. Marquet. — Syndrome de
delire aigu ehez un predispose. Succes
d’un traitement par le carbone intra-
veineux . 832
SOCIETES
Societe de Neurologie de Paris
Seance dn jeudi 7 mai 1936
Hp'ijithiques dans les tumours du-cervelet et dtt
, IV« ventricule . 83t>
Th. de Martel, Guillaume et 'J’hurel. — Tumcur
dn rachis ^econdaire a un kyste du thorax 836
G. Heuver, Mme Roudinesco et Mme Lesueur. —
Reaction myotonique isolee des tl^chisseurs de
(Suite dn sommaire page VI).
MON PE 5NNTE PE BELLEVUE (S.-ef-O.)
8, Avenue du 11 Novembre Observaloire 10=62
Medecin-directeur : Dr BUSSARD
Medecin assistant : Dr Paul CARRETTE
Psycho-
nevroses
■=*>
Intoxica¬
tions
Convales¬
cences
Cet etablissement, situe sur ie coteau de Bellevue, a proximite du bois. de
Meudon, est compose, de plusieurs pavilions dans un pare. II offre tout le
contort moderne, eclairage electrique, eau courante chaude et froide dans les
chambres, chauffage central.
J. Lhebmittf et Albessar. — • Syndrome adipo-
genital. Traitement sp.eciflque. Guerison... 837
J.-A. Bai! rk et O. Metzger. — Etat des reactions
ethyl ique
.... 837 |
t du
e du bulhe
ortancc de l’ced^me cerebral
— V —
VILLA DES PAGES
LE VfiSINET (S.-et-O.)
40, Avenue Horace Vernet
TRAITEMENT DES AFFECTIONS NERVEUSES
ET DES MALADIES DE LA NUTRITION
REPOS, CONVALESCENCES, REGIMES
Cures de disintoxication
Psychotherapie, Reeducation, Physiotherapie
12 chalets pourvus du confort moderne
dissemines dans un pare de 5 hectares.
Chambres ou appartements a plusieurs pieces
La clinique est entierement ouverte aux Medecins
qui peuvent ainsi conserver la direction de leurs malades
Medecins directeurs : Docteurs LEULIER, MIGNON, CASALIS
Medecin assistant : Docteur LECLERCQ
Telephone : LE VESINET 12
— VI
P. Divry. — Cbolesteatome clu cervelet . 840
Vermeylen et Heernu. — Maladie de Dercum
avec troubles mentaux predominants . . •. . . 840.
Societe beige de Neurologie
Seance du 25 avril 1936
J. Ley. — Ictus apoplectiforme sulvi d'acalculio:
avec dyslexic et dysgraphle sans aucun autre
trouble de la serie aphasique chez un poly-
glotte . : . . . 841
H. Baonvilu:, M. Moreau et J. Titeca. J- Syn¬
drome protuberantiel . 841
J. de Busscher. — Tumeur epipliysaire; cnvahis-
sement des ventricules cerebraux . . 842
Caleewaert. — Deux observations anatomo-cli-
niques de maladie de Landry . . 842
J. Moldaver et J. Titeca. — Sclerose laterale
amyotrophique a debut bulbaire . . 842
Evrard. — - Meningite pneumococcique trauma-
tiquc . . 842
(Suite du sommaire page VIII).
INSTITUT MEDIC0-PEDAG0GI0UE
DE VITRY-SUR-SEINE
Adresse : 22 ? rue Saint- Aubin, Vitry-sur-Seine (Seine). Tele¬
phone : Italie 06-96. Renseignements a l’Etablissement ou
164, faubourg St'Honore ( V 1 1 Ie) , chez le Dr Paul-Boncour.
Telephone : Elysees 32-36.
Affections traitees : Maison d’education et de traitement pour
enfants et adolescents des deux sexes : retardes, nerveux,
difficiles, etc.
Disposition : Pavilions separes. Parc
de 5 hectares.
Confort : Eau courante chaude et
froide. Chauffage central.
Traitement : Hydrotherapique.
Directeurs : Dr Paul-Boncour,
O. * et G. Albouy.
Tli. Ai.ajouanine et Til. hornet. — r.e lamums-
sement laminaire de l’ecorce cerebrale. Kamol-
i lissement partiel localise a la Itl° ou a la V*
couche. Ses rapports avec la disposition vascu-
laire du cortex . . 838
Societe de Medecine Legale
de France
x. — Une autoevisceration c
Societe de Medecine Mentale
de Belgique
- Seance du 25 avril 193G
G. Mu vie et B. Batselaere. — <
l’etude du syndrome denomm
pieds en tourche » .
Massaut et Mathieu. — Sur la t
an irvDtoDhane dans les maladies
— VII —
Saint- REMY
CLINIQUE MEDICALE
46, Boul. Carnot Tel. Regional 755 et 850
LE VfSINET (S.-et-O.).
TRAITEMENT
des affections du Systeme nerveux, des
intoxications etdes maladies de la nutrition
Repos — Convalescences — Regimes
Electrotherapie. — — Hydrotherapie
Dans banlieue agreable, paisible et same.
Tres belle installation modele, 6 pavilions separes
dans un pare fleuri de 2 hectares -
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bles, cabinets de toilette avec S. B. et W. C. prives.
Galeries ensoleillees. Terrain et salons de jeux.
Excellente cuisine bourgeoise et de regimes
Nl MALADES CONTAGIEUX OU BRUYANTS
- MEDECIN-DIRECTEUR -
-- Dr P. ALLAMAGNY -
avec la collaboration du Dr VIGNAUD,
ex-Directeur de la Maison de Sante de Vanves
et d'un medecin assistant
— VIII =:
ANALYSES
LIVRES, THESES, BROCHURES;
Psychologie.
V. Jankelevitch. — L’lronie . . 843
F. Baumgarten. — La gratitude chez les cnfauts
et les adolescents . 845
Psychiatrie.
P. Faveret. — La schizophrenic et les etats schi-
zoides dans le milieu mllitaire . 84fi
G. Fromaget. — Les mesures de protection a
I’igard des pervers qui s’engagent dans l’ar-
mee . 840
Histoire de la Medecine.
R. Dumesnil. — Histoire illustree de la mede¬
cine . 847
JOURNAUX ET REVUES
Neuro-psychiatrie.
P. 'Penia. — La narcolepsie . 8484
M. Levin. — Lc role du cortex cerebral dans lai|
narcolepsie. Classillcation de la narcolepsie et3
des troubles associes . . 849
R. Clement. — Encephalites epidemiques (unite
ou pluralite '! . 849 i
F. Terhjen. — Les sequellcs oculaires tardivesa
de Pcncephalite epidemique . 849
M. Teulieres et J. Beauvieux. — Les maniiesta-l
tions oculaires tardives dans l’cncephalite epi-,1
demique . . 8503?
M. J. Cooper. — Mouvcmelits associes de la lan-
gue controles par Belfort volontaire dans_l’en- j
cephalitc epidemique . 850 i
(.Suite du sommaire page X). j
CHATEAU DES COUDRAIES
DIVONNE-LES-BAINS
OUVERT Altitude 519 m. (Geneve 16 km.) — AIN
TOUTE
L’ANNEE La Grande Station Francaise de Repos
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Indication speciale de cure pour les
troubles fonctionnels du SYSTEME NERVEUX
ET DES MALADIES DE LA NUTRITION
qui s'y rattachent
Etablissement hydrotherapique
dans le pare.
Hydrotherapies Psychotherapie. Cures d’air, de repos,
d'exercices -et de regimes. Massotherapie. Electrothe¬
rapies Radiologie' - - - = -
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Les Hotels dans le Parc.
Hotel du Golf. Premiere realisation hoteliere de la sup¬
pression des bruits. Hotel Chicago. Le Grand H6tel.
Maison de Regime, sous 1a direction d'un medecin
specialise, seconde d'un personnel competent. Cuisine-
de diefetique. Laboratoire d'analyses e:t de recher-
ches biologiques. - — —
Distractions.
Theatre. Concerts. Cinema. Parc pour enfants - -
9
Tous les sports.
Golf 18 trous. Tennis. Promenades. Canotage (5 km. du
lac). Peche a la truite - — — ^ — ..
Directeur General : TARTAKOWSKY
— X —
— XI —
LES RIVES DE PRANGINS
PRANGINS pres {AC YON (Suisse)
ETABLISSEMENT DE PSYCHOTHERAPY
CONFORT MODERNE
TRAITEMENT des AFFECTIONS NERVEUSES
ANALYSES PSYCHOLOGIQUES - CURES DE REPOS - REGIMES
SUGGESTION - REEDUCATION - PHYSIOTHERAPIE
Traitement organoth6rapique avec controle biologique (Cures d’insuline,
pyroth6rapie, malariath6rapie) — Laboratojre d’analyses — Rayons X
llll •- - Divers ateliers trfis' bien installs -- -- ||||
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I . Sports d’ete et sports d’hiver . I
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.. . . , , \Dr O.-L. FOREL, Privat-Docent a l’Universite de Geneve ;
Medecins-chefs j p, R de SAUSSURE, Privat-Docent 4 TUniversite de Geneve.
Th. Deteniioff. — .De l’apparitiun dc tableaux
cliniqucs pscudo-schizophi'eniqucs dans la mc-
scnccplialitc . 85(1
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chosc associee a tine tum'eur cerebellcuse do
la ligne medianc . 850
O. -J. Volfovski. — Troubles psyehlques du type
« acairia » dans la choree de Huntington 850
R. Cristini. — Un eas de choree atypique chez
un sujet hysterique . 85,0
L. Bai.lif, Cli. Ballif et E. Glinoer. — Psychas¬
thenic avee acces hysteroides ou simulation? 857
H. Codet. — Le problcmc aetuel de Bhysteric 857
P. Haiitenueiio. — Classification des nevroses 857
Cl.-H. Barnacle, E.-G. Ebaucii et E. Lemere. —
ReCherehes sur les associations motriees dans
les psychonevroses . 858
A. Eunc.k. — Reeherchcs critiques sur les concepts
fondamentaux de l’hypnotismc . 858
W.-C. Menniueh. — l'acteurs psychologiques dans
l’etiologic du diabetc . 858
- Syphilis nord-africaine et loe
Anatomie.
R. Anthony. — Etude du ccrveau d’un sat
biologiste et medeeiu . .
O. Rossi et G. Gastaldi. — La regeneration
tissu nerveux chez les yertebres superleurs
V. Tronconi. — Etude, sur la nevroglie limuai-.
A. Romero. — Recherelies sur les alterations de
la Tievroglie dans la meningo-encephalite
culeuse .
A. Baiuu’. — Les libres motriees intramedullaireS
des raclnes rachidlennes posterieures . . .
A. Juba. — Sur le champ de projection de la;
vision centrale dans le corps genouille e;
d’hemiaplasie du ce
. 81
unmaire, page XIV)-.
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MEDICO - PSYCHOLOGIQUE
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Medecins assistants : IE COMET, Ancien Chef de Clinique de la Faculty
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Ecole du JDocteur Henriette Hoffei
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Entero colites. Dysenterie.
Toutes les Diarrhees.
La constipation spasmodique.
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Extrait concentre de vitamine, A. B. et C.
Ergosterol irradie
Unc cuilleree a cafe
Carences et Pre-carences.
Rachitisme.
Demineralisation.
Troubles de la.Croissance
geiyeseiiine
Deux a troix granules ou dragees ou 20 a 3o
gouttes a chacun des trols repas ou une ampoule
injectable cheque jour pendant 10 jours.
Hypo-acidite gastrique.
Syndrome solaire.
Dyspepsie atonique.
Palpitations et Tachycardie
des coeurs nerveux.
GEMTROPIAE
1 granules, ^ ou 2 0 gouttes, a a^3 fois par jour,
1 ampoule injectable par jour.
Hyperchlorydrie.
Spasmes digestifs — Vomissements.
Coliques — Diarrhees.
cuenoscopolahhne
PoLONOVSKl et N.TZBERG
4 a 8 granules, ou 40 a 80 gouttes par jour,
cn x ou 3 prises, i ampoule par jour.
Maladie de Parkinson.
Syndromes post-encephalitiques.
Anesthesie chirurgicale ou obstetricale.
«MHYO§CYAMIlVE
Polonovsk. et Nitzberg
2 granules, ou 10 gouttes, a a 3 fois par jour
entre les repas de preference.
Spasmes digestifs.
Tremblements.
Syndromes parkinsonicns.
Sueurs des tuberculeux.
&MO§TRYCHYHE
ftENOSTMENIOtJElS
Cacodylate de Genostrychnme et de Gc'neierine.
a granules, ou 20 gouttes a chacun des trois repas.
1 ampoule injectable chaque jour.
Asthenie.
Neurasthenie — Surmenage.
Anemie — Convalescence.
Paralysies atoniques.
&ENOMOKPIII1IE
Polonovski et Nitzberg
En comprimes doses a a Ctgrs ( a a 3 fois
dosecs a 4 Ctgrs.
La Douleur.
L’Anxiete — 1’Agitation.
Les Dyspnees spasmodiques.
La Demorphinisation.
tCHANTILLONS MtDICAUX SUR DEMANDS
— XVI —
POSOLOGIE
LA DOSE UTILE SERA f'JXEE PAR PROGRESSION
SOCIETE PARISIENNE D'EXPANSION CHIMIQUE
SPECIA
Marques POULENC Freres et USINES DU RHONE